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Makenzy Orcel, Les Immortelles, roman, 130 pages, Zulma, août 2012, 16,50€ *****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR ! 

 

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Première surprise de la rentrée, et pas des moindres. Jeune auteur haïtien, Makenzy Orcel rend hommage aux putains de Port-au-Prince, parties dans l'ouragan.

 

« - Qu'est-ce que tu fais dans la vie, toi ?

Ma question préférée.

- Je suis écrivain.

- Écrivain ! Ça tombe bien... Tu me donnes ce que je te demande et toi après tu pourras m'avoir dans tous les sens que tu voudras.

Marché conclus. Je devais juste écrire et ensuite, la sauter. Ça me plaisait bien cette idée. Déjà le livre, ça ne se vend pas. Éditer à compte de sexe. Ça pourrait bien compenser certaines choses. »

pages 12 et 13

 

Et la prostituée de lui raconter l'histoire des filles de la Grand-Rue. Geralda Grand-Devant, la mère de toutes les putains. « Les hommes se bousculaient pour être le premier à goûter sa chatte, là, sous les yeux des autres » (page 89). La petite, surnommée Shakira. Celle à qui notre guide de la Grand-Rue a tout appris, celle qu'elle a prise sous son aile. Celle qui enchantait tous les hommes. Celle que rien d'autre n'intéressait que lire. Celle qui a fui sa mère. Sa mère qui la recherche activement, prête à tout pour avoir le moindre indice.

« La petite. Elle est morte après douze jours sous les décombres, après avoir prié tous les saints. Cette nuit-là, la terre voguait. Voltigeait. Dansait. S'abîmait pour s'exhumer d'elle-même. Se déchirait. Gisait au sol tel un mourant. Marchait sur ses propres décombres. » (page 15)

Et toutes les autres, pour ne pas qu'on les oublie. Pour les rendre Immortelles.

 

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Pas besoin d'en raconter plus, de toutes façons, c'est assez court, ça se lit comme on sent une fleur, comme on écoute un poème, comme on regarde danser une ballerine, comme on touche de la soie. Avec plaisir, avec délectation.

Je pourrais utiliser une quantité astronomique de superlatifs pour vous raconter ma lecture et vous donner envie, mais je dirais simplement que c'est un récit très poétique, pas vulgaire, dont la prose semble bénéfique tellement on s'enivre de la lire. Et je me suis bien ennivré de la petite musique de Makenzy Orcel dont j'attends de découvrir un prochain roman !

Enfin : c'est magnifique. Vous savez, quand on insiste, qu'on espace chaque syllabe pour accentuer le propos : MA – GNI – FI – QUE !

 

Allez, un dernier pour la route :

« Cette nuit-là, c'était brusque et rapide. Si seulement ça te laissait le temps de t'échapper. Comment veux-tu, l'écrivain, que je comprenne ça ? Le destin a voulu que tu sois là aujourd'hui, dans cette pièce, en face de moi, juste à cette place où elle aimait s'asseoir pour lire, pour que tu rendes comptes de tout ça. Pour que tu la rendes vivante parmi les morts. La petite. Elle le disait souvent, les personnages des livres ne meurent jamais. Sont les maitres du temps. » page 108

 

6 juin 2012

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syannelle 27/08/2012


Bonjour, ce livre m'attire beaucoup! Merci pour votre avis! ;-)