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Nicholas Shakespeare, Héritage, roman, 420 pages, septembre 2011, Grasset ***

Publié le par Sébastien Almira

 

Je suppose que le nom sur la couverture a attiré quelques regards et quelques porte-monnaie en cette rentrée automnale. Tiens, Shakespeare ! Il n'est pas mort ?

Ce Shakespeare-là n'écrit pas de théâtre. Bien d'autres choses, mais pas de théâtre. Entre autres, des essais sur Mario Vargas Llosa et Bruce Chatwin, ainsi que des romans et le scénario de l'adaptation de l'un d'eux (The dancer upstairs) par John Malkovitch.

De ses premiers romans, seul La vision d'Elena Silve avait été publié en France (1991, Albin Michel). Pourtant Inheritance (2010, Harvill) profite d'une traduction instantanée chez Grasset. Et ils ne s'y sont pas trompé. Car Héritage est un très bon livre.

 

heritage.jpg

 

Andy Larkham bosse dans l'édition. Cela peut paraître prestigieux, comme dans les films américains. Mais non, lui, « il travaillait dans une petite maison d'édition dont le fonds de commerce était le développement personnel : surmonter la perte d'un être cher, vaincre les épreuves, bien vivre sa grossesse. Et une flopée de syndromes qui, à force, ne le faisaient même plus rire » (page 40). Il sont trois, il fait tout le boulot, il est mal payé. Sa fiancée le plaque parce qu'il n'est pas assez riche, mais la raison officielle est son nouveau mec (plus riche). Le genre de fille trop belle pour ne pas avoir oublié d'être conne et vénale. Les factures s'empilent sur le buffet, mais pas l'argent qu'il doit à sa collègue.

En gros, sa vie sent la poisse à plein nez. Et un jour, miracle, un enterrement ! Sa poisse se transforme en chance : il se trompe de chapelle. Lorsqu'il s'en rend compte, il ne fuit pas par respect pour le défunt et parce qu'il arriverait de toute façon à l'enterrement de son ancien professeur. D'autant que l'adage « un de plus, un de moins... » ne fonctionne pas ici : ils sont quatre, en comptant le curée et le notaire. Et Andy, il a bien fait de rester, car le défunt est millionnaire et a légué sa fortune aux seules personnes présentes pendant la messe.

 

« Mais qui était ce Christopher Madigan ? Et pourquoi avait-il agi ainsi ? » (page 97)

 

À votre avis, qu'est-ce qu'on fait quand on se retrouve avec 17 millions de dollars sur son compte en banque ? Quand on ne sait pas d'où vient cet argent, qui est ce mystérieux bienfaiteur ?

On en profite, on fait des cadeaux à son entourage avant de se faire plaisir comme il se doit ?

On devient un connard imbus de soi-même, du genre à ne plus penser qu'à baiser les plus belles filles, boire et bouffer dans des restos hors de prix et oublier ses amis ?

On cherche à savoir qui était cet homme qui a fait de nous un millionnaire par erreur et pourquoi sa fille n'était pas là pendant la messe ?

On est pris de remords d'avoir accepté alors que la fille du défunt n'a rien eu ?

 

shakespeare

 

Et bien Nicholas Shakespeare n'a pas choisi. Notre petit héros va passer par tous ces états. Il sera un ami, un frère, un fils généreux avant d'être un connard profiteur. Ses remords auront laissé place à une joie et un soulagement intenses. Et il jouera au yoyo avec son besoin de tout connaître de Christopher Madigan.

Avec un humour so british, une plume délicate, quelques rebondissements bien pesés et la vie bien remplie d'un homme solitaire à raconter, le Shakespeare Junior nous entraine dans une aventure qui court sur plusieurs continents pendant de longues années. De l'Australie à Londres en passant par le génocide turc des Arméniens, de sa jeunesse pauvre mais heureuse à sa vie riche mais solitaire en passant par une douloureuse histoire d'amour et des relations en dents de scie avec sa fille, Andy va tout apprendre de la vie de Madigan, qui n'est pas celui qu'il croyait. Mais trouvera-t-il le moyen de prouver à sa fille, Jeanine, qu'il n'est pas le monstre qu'elle croit ?

 

Sérieusement, je ne suis pas le plus fort pour expliquer que telle phrase est renversante de sensibilité, que tel personnage est épatant de par son histoire et son caractère, que telle description est magnifiée par jeu de mot, que telle scène est suffocante de vérité. En somme, je ne suis pas le plus pédant des critiques littéraires.

Mais ce que je peux vous dire, c'est que j'ai reçu Héritage en service de presse en juillet, que je l'ai longtemps laissé de côté au profit d'autres livres par forcément meilleurs, que j'ai attendu que ma grand-mère prenne du plaisir à le lire, pour m'y mettre aussi. Six mois. Il n'est donc plus trop d'actualité, certainement plus sur beaucoup de tables de librairie maintenant que la rentrée de janvier a pris place, mais j'espère que vous en trouverez bien un exemplaire caché en rayon car il s'agit là d'une très bonne lecture. Pas de celles qui vous chamboulent par leur propos, qui vous émerveillent par leur poésie, qui vous tirent de grands éclats de rire ou vous font pleurer comme une madeleine. Non, juste comme un très bon roman qui vous fait passer un super moment et vous permet de vous évader un peu dans l'histoire d'un homme, de ses origines et de ce qui a fait sa vie. Et croyez-moi, on a envie de tourner la page, puis la suivante, pour tout connaître de Christopher Madigan !

 

 

27/01/2012 : Même François Hollande connait Nicholas Shakespeare. Malgré lui.

« Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve »

 

 

Merci aux éditions Grasset pour l'envoi de ce livre.

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Lire Ecouter Voir 20/06/2012 22:44


Tel que vous le décrivez, ce livre est effectivement une bonne surprise ! L'intrigue qui peut paraître légère au départ, permet de multiples réflexions. Ce que j'ai le plus apprécié notamment ce
sont les personnages, notamment Andy et Christopher, qui sont ni totalement blancs ou noirs, mais comme tout le monde, avec leur travers, leurs zones d'ombre et de lumière. Un très très bon
moment de lecture !


Et effectivement la notoriété de Nicholas Shakespeare dépasse la seule sphère littéraire ^^


Bonne soirée,


Elodie

Sébastien Almira 22/06/2012 10:17



Merci pour cet avis, entièrement d'accord !



dasola 26/01/2012 15:56


Bonjour Sébastien, ton billet est tellement bien que mon ami a envie de lire le roman. Tu lui a donné plus envie que moi. Bravo. Bonne après-midi.

Sébastien Almira 26/01/2012 16:18



Ah ! Très heureux du compliment, un peu moins pour toi ^^ merci pour le commentaire !