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Philippe Besson, De là, on voit la mer, roman, 200 pages, Julliard, janvier 2013, 19€ ****

Publié le par Sébastien Almira

 

besson1.JPG

 

Dernièrement, j'ai un peu décroché de l'œuvre de Philippe Besson. La trahison de Thomas Spencer ne m'avait pas convaincu, le vrai Philippe Besson ne revenant que dans les dernières pages. Retour parmi les hommes, la suite d'En l'absence des hommes, m'avait laissé un goût de déjà vu et de lassitude. Enfin, je n'ai toujours pas lu Une bonne raison de se tuer, paru l'année dernière, par peur d'être de nouveau déçu.

Mais pour cette première lecture de la rentrée de janvier, voilà que je retrouve ce qui m'a fait apprécier d'autres romans de l'auteur.

 

« Quand l'histoire commence, on est dans la violence de l'été, l'extravagante violence des étés italiens. Le soleil frappe si fort qu'il rend insoutenable au regard le blanc des façades alentour. Il fait aussi la pierre brûlante : impossible d'aller pieds nus. La mer au loin est étale, striée de reflets, on dirait des diamants. Et puis il y a ce bleu, le bleu du ciel, partout, sans taches, électrique, tellement pur. Et pas un souffle d'air. » page 11

 

Louise, une auteure parisienne, la quarantaine, remporte un franc succès avec des livres qui dépeignent le quotidien de personnages recelant eux d'éclats de sa vie à elle, mais ne parvient plus à écrire et doute de son couple. Elle ne se demande pas si elle va quitter son mari, mais elle pense qu'à force l'amour s'en va, remplacé par les habitudes, et que c'est désormais cela qui fait tenir son microcosme. Une amie lui prête une maison avec vue sur la mer en Toscane, là-bas, elle va écrire et rencontrer un jeune homme de vingt ans qui pourrait bien faire voler sa vie en éclats. Quid des habitudes qui faisaient sa vie ? Quid de la liberté ?

Vous me direz que l'histoire n'a rien de transcendant, que vous en avez lus des romans avec des histoires d'écrivains qui ne parviennent plus à écrire, de couples déchirés par l'infidélité, voire d'auteurs qui ne parviennent plus à écrire et dont l'infidélité ronge le couple. Et je veux bien vous croire. Mais c'est sans compter sur la plume d'un Philippe Besson au meilleur de sa forme.

Besson 2 © Stéphane Gizard

 

Ses romans sont toujours empreints de nostalgie, de solitude et de tristesse, le tout savamment servi par une écriture maniérée, travaillée, esthétique. Les aficionados seront ravis de retrouver l'auteur des grands moments, celui d'En l'albsence des hommes, de Se résoudre aux adieux ou encore d'Un homme accidentel. De retrouver la force et la nervosité qui rendent sa prose si vivante, si belle et si violente, celle que je n'avais pas retrouvée dans La trahison de Thomas Spencer.

Ceux qui partagent mon avis seront également ravis de voir que s'il excellait surtout auparavant dans les histoires homosexuelles, qu'il raconte avec plus de force et de beauté, il réussit ici à raconter une histoire d'amour hétérosexuelle, double qui plus est, avec autant de passion. De là, on voit la mer paraît au premier abord un peu banal, mais s'y l'on s'y plonge, on est renversé par la plume de Philippe Besson, qui rend émouvant et bouleversant un quotidien morne, presque belle et chaleureuse une région pauvre et industrielle, magnifique une simple histoire.

En somme, voilà le magnifique portrait d'une femme qui apprend à prendre sa vie en mains, l'écrasant portrait d'une ville industrielle d'Italie (Livourne), le portrait sans concession des sentiments humains. Du grand Besson.

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