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Philippe Besson, La maison atlantique, roman, 210 pages, janvier 2014, Julliard, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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« La maison, justement. Il faut que j'en parle. Oui, c'est important, tout de même. C'est là que tout s'est noué puis dénoué. » page 15

 

Et l'on critiquera longtemps Amélie Nothomb pour sa régularité éditoriale, mais l'on oublie que bien d'autres auteurs publient un livre par an aussi. C'est le cas de Philippe Besson, dont les romans sont tour à tour magnifiques et décevants.

 

Mais quel cru, cette année ! Un texte fort, émouvant et beau où tensions et sentiments s'insinuent entre les pages pour vous atteindre au cœur.

Un tout jeune bachelier, au lieu de profiter du dernier été avant la dispersion géographique estudiantine pour « partir avec (ses) camarades dans des campings improbables ou des villas prêtées par des connaissances lointaines dont aucun d'(eux) n'avait jamais entendu parler », est contraint de passer un mois avec on père dans la maison atlantique. Dans, pas à, car ce point de départ annonce un huis clos entre les deux hommes, un père avocat d'affaire, peu aimant, peu compréhensif, trop absent, « trop occupé à jongler avec les millions et les décalages horaires », pour qui gagner est plus qu'une nécessité une passion ; un fils entre l'enfance et l'âge adulte, entre la vie et la nostalgie.

La maison atlantique, c'est la maison de vacances familiale, celle-là même où la mère est morte trois années plus tôt. L'occasion pour l'auteur de faire jouer une fois de plus à la mer un rôle important.

 

« Mon petit-déjeuner, je le prenais seul. En guise de retrouvailles, je n'avais droit qu'à un partage d'espace. Nous occupions un même lieu, lui et moi, mais nous menions deux existences séparées. » page 25

 

Lorsqu'un couple de voisins entre en scène et que le père, qui ne supporte pas de perdre, se met en tête de séduire la jeune mariée, la machine infernale s'accélère et l'affrontement entre les deux hommes gagne en intensité. La nostalgie, les regrets, le ressenti, la haine refont surface, si tant est qu'ils aient été un jour enfouis, et la catastrophe approche à grand pas.

 

Dans ce « théâtre d'ombres et de fantômes », raconté par le fils, les phrases de Philippe Besson sont comme d'habitude courtes et fortes. La poésie mélancolique et le rythme de son phrasé emportent le lecteur dans un texte d'une intensité propre à l'auteur, à laquelle je n'aurais qu'un reproche à faire : un usage légèrement hystérique de la virgule. Comme dans Un homme accidentel ou Se résoudre aux adieux (ses deux meilleurs livres, selon moi, auxquels il convient désormais d'ajouter La maison atlantique), Philippe Besson fait preuve d'une verve sans pareille et d'une jolie musique lorsqu'il parle des gens : « on aurait dit qu'il avait poussé d'un coup, sans doute vers l'âge de seize ans, et que cette surprise lui était restée, l'avait ancré pour longtemps dans la timidité et la douceur » (page 45) et vous propose peut-être un des meilleurs romans de la rentrée de janvier.

Besson 2 © Stéphane Gizard

 

 

« Si, je sais : pendant les premiers jours, je suis retourné sur mes pas.

Ou sur les siens.

 

D'abord, je me suis rendu au phare. J'ai toujours aimé m'en approcher en fixant des yeux son sommet. J'ai alors l'impression que l'étrange édifice se meut lentement, découpé dans le bleu du ciel. Que son centre de gravité se déplace. Que le bloc de granit perd sa pesanteur, gagne en légèreté. Combien de marins sont-ils rentrés au port, guidés par son signal ?

(…)

Et puis, j'ai traîné près du vieil embarcadère, désormais laissé à l'abandon. Même au plus fort de la saison, il ne vient plus grand monde. Les vacanciers fuient ce bout de plage, ponctué de galets et de varech, ils ont l'impression que les nappes de fuel dégagées par les anciens bacs n'ont pas tout à fait disparu. Moi, j'affectionne le bois pourri, le fer rouillé.

J'ai dû faire un crochet par le port, où les bateaux de plaisance ressemblent à des cocottes en papier échouées sur la vase lorsque la marée est basse, où les mâts font entendre un tintement étrange lorsqu'elle est haute. J'ai pensé à ceux qui prennent le large, pour de bon, ceux dont le visage est strié de rides et dont le regard a quelque chose d'inaccessible.

Là, j'ai vu des enfants, un cornet de glace à la main, les doigts collants parce que ça dégouline, le cou tordu pour ne rien perdre. Au Grand Café, on ne sert plus ces coupes gigantesques de toutes les couleurs, éclairées de minuscules feux d'artifice et ponctuées de parasols en papier froissé. C'est désormais un simple comptoir où s'agglutinent les touristes.

Plus loin, j'ai remarqué qu'on avait refait la petite place, installé de jolis pavés pour embellir les trottoirs. Le Café du Commerce, lui-même, avait été repeint de frais. Ma mère m'y emmenait souvent, le soir. Nous dînions d'huîtres et de vin blanc. Ou plutôt elle me laissait tremper ses lèvres dans son verre. Quand nous rentrions, elle disait que la tête lui tournait. Cette expression me faisait penser à une toupie. Parfois, on ne se rend pas du tout compte que les gens se noient devant nos yeux.

 

Oui, je suppose que j'ai tenté de renouer avec les années d'avant, dans une bouffée de nostalgie qui aurait pu sembler curieuse chez un jeune homme de dix-huit ans. Au fond, très vite, dans m vie, j'ai deviné que le passé ne cesserait de me hanter. »

pages 30-31

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jostein 11/02/2014 11:45


je viens de lire son précédent roman, De là, on voit la mer. Et comme pour d'autres romans avant, je ne suis pas vraiment séduite. Trop de langueur.
Je me suis dit que cet auteur n'était pas pour moi et ton avis sur La maison atlantique me rend hésitante.

Sébastien Almira 11/02/2014 23:33



Et bien ça dépend lesquels t'avaient déçue auparavant. Ceux que j'ai préférés sont un homme accidentel, se résoudre aux adieux et le dernier. Je trouve que ce sont les trois où on retrouve
vraiment la verve qui fait toute la.splendeur et la nervosité d'un texte de Besson.


Mais tu es peut-être tout simplement hermétique à son œuvre !