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Philippe Besson, Retour parmi les hommes, roman, 210 pages, Julliard, janvier 2011, 18 € **

Publié le par Sébastien Almira

philippe-besson-en-l-absence-des-hommes.jpgEn 1999, Philippe Besson publiait un premier roman qui lui valut pléthores de critiques dithyrambiques. Il racontait un fulgurant épisode de la vie de Vincent de L'Étoile qui, du haut de ses seize ans, découvrait l'amour aux côtés d'Arthur, le fils de la bonne, durant sa semaine de permission, et le sens de la vie, de l'amitié et de la littérature avec Marcel Proust. C'était lorsque Vincent perdait Arthur à la guerre que Philippe Besson refermait son premier chef d'œuvre.

 

Douze ans après, il nous offre la suite de ses aventures. Durant sept ans, Vincent a erré au Moyen-orient, en Italie, en Amérique, avant de se faire rattraper par son passé. Sa mère l'envoie chercher car elle le veut à ses côtés avant de mourir et son père est décédé cinq ans plus tôt. C'est la mort qu'il fuyait, c'est elle qui le rattrape et le force à revenir dans cette demeure bourge et morne où il ne s'entend pas avec la femme qui l'a mis au monde et où il n'a rien à faire, sinon déplorer la disparition de tous ceux qui l'entourent.

Mais ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il rencontrerait un homme. Le troisième qui importerait. Après la jeunesse et l'amour d'Arthur, l'amitié et la littérature de Marcel Proust, le voilà face à la jeunesse et la littérature de Raymond Radiguet.

 

Si le plus grand talent de Philippe Besson réside en son style d'une beauté inouïe, avec lequel il dit la brutalité des actes et des sentiments, dans la beauté comme dans la laideur, à force de le lire celui-ci s'essouffle. Au fil des romans, son style s'alourdit, n'étonne, ni n'émerveille plus.

Certains passages restent d'une exquise beauté, comme lorsqu'il raconte les pays, les contrées, les peuples. On retrouve d'ailleurs là l'un de ses thèmes de prédilection, le voyage. Dans Se résoudre aux adieux, véritable ode au voyage, les descriptions magnifiques se succédaient sans qu'on s'en lasse jamais.

 

« De l'Afrique, je pourrais parler indéfiniment. Tout y est, et rien n'y est. C'est le désert à perte de vue, l'horizon qu'on ne rejoint jamais, c'est la splendeur, le silence et le sacré. Et ce n'est que du sable. Rien que du sable. C'est les visages magnifiques, les peaux qui scintillent, les dessins superbes, des allures inoubliables. Et c'est aussi la peau dévorée par les mouches, la maigreur et la faim. C'est la lenteur, une sorte de majesté, une manière de dominer le temps, de le mépriser peut-être, une extraordinaire désinvolture à l'égard de la marche du monde. C'est l'homme noir, nimbé de ses mystères, lesté de ses traditions, colportant des fables extraordinaires, inventant une longue chaîne de fraternité. Et c'est aussi l'homme blanc, vorace, impérial, âpre au gain, qui n'a que faire des légendes ancestrales, ne vivant que dans un présent immédiat. » (page 41)

 

besson«  Et après ? Après, il y a eu la Grèce. J'aurais dû aimer ce pays languide, où règne une certaine volupté. Aimer la pierre blanche, les rochers qui surplombent la mer, les forêts incendiées. Aimer ce territoire où sont nés la démocratie et la philosophie. Non, décidément, ce ne sont pas les raisons de m'y plaire qui manquaient. En réalité, le poids du passé m'a immédiatement écrasé. À Athènes, l'Antiquité est partout. Où qu'on se trouve, une agora, un théâtre, un temple, un musée. Partout, des colonnes, des statues, du marbre, de la céramique. Trop de beauté ancienne, trop d'un temps figé, trop d'un monde fossilisé. Il m'a semblé marcher au royaume des morts. » (page 55)

 

Mais en dehors de ses descriptions, son style garde une apparence trop travaillée qui finit par peser et manquer de fluidité. L'attrait des répétitions se transforme en prestance toc et pas glam qui donne une tournure ultra dramatique à la plus insignifiante des actions.

« Et à ces seuls mots, elle se raidit. On ne voit que ça, le raidissement de tout son corps »

« Il dit : « si tu veux, je te le confierai, ce manuscrit. » Je dis : « Oui. » Et ce oui s'apparente à ceux qu'on prononce aux mariages. »

« Il dit : « Je n'en pouvais plus de ta solitude. » Et je suis aussitôt écrasé par la violence sublime de sa phrase. Il dit son impertinence, son impétuosité, sa compassion, en quelques mots à peine. Il dit l'élan qui l'a porté vers moi, mélange d'agacement et de sympathie. Et moi, je ne réponds rien. » (dans ce chapitre, d'ailleurs, 5 paragraphes sur 7 commencent par « Il dit »)

« Alors je fais ceci, que je ne commande pas, qui s'impose à moi […]. Il y a ma façon de féliciter, de dire merci. Il y a mon désir de consoler. »

 

7648661593_retour-parmi-les-hommes.jpgIl y a, il dit, je dis, on ne voit que ça, il n'y a que ça, il n'y a plus que ça, il y a eu, il y avait là, il faut avouer, il faut dire, il est là, je sais.

Ouvrez n'importe quelle page de Retour parmi les hommes et vous y trouverez au moins trois de ses expressions. Il n'y a plus que ça. Cette écriture torturée qui a fait son heure de gloire, qu'il conjugue à tous les temps, à tort et à travers. Et elle est belle, cette écriture, mais elle devient lourde à porter, lourde à lire, lourde à digérer.

S'ajoutent que ce roman est d'une tristesse infinie à chaque page, que le schéma est quasiment le même que dans En l'absence des hommes (un jeune homme découvrant l'amour avec un jeune soldat et la vie avec un écrivain de renom, dans le premier ; un jeune homme redécouvrant l'amour avec un jeune écrivain qui entretient une relation avec une danseuse de cabaret, un grand poète (Jean Cocteau) et un jeune peintre lui faisant découvrir le tout-Paris, dans la suite).


Alors cette fois encore, après La trahison de Thomas Spencer (critique ici) qui manquait cruellement de poigne jusqu'aux vingt dernières pages, j'ai été déçu du nouveau et tant attendu Philippe Besson, qui reste néanmoins un très beau roman. Peut-être que ce n'était pas la bonne période pour le lire, peut-être que je me lasse, peut-être que je devrais me contenter d'En l'absence des hommes et d'Un homme accidentel, véritables chef d'oeuvre.

 

 

Interview de Philippe Besson pour Retour parmi les hommes, dans On n'est pas couché, par Laurent Ruquier, avec Eric Nolleau et le toujours aussi bête Eric Zemmour.


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Croqueuse2Livres 03/03/2011 12:37


Bonjour !
Petite question hs par rapport à ton article : tu m'autorises à t'envoyer un mail ? J'ai une demande à te soumettre, quelques questions pour un dossier que je prépare et je cherche quelques
témoignages de blogueurs. C'est assez urgent, dis moi si par hasard tu aurais le temps de répondre à une dizaine de questions par mail :) Merci d'avance !


Sébastien Almira 03/03/2011 14:10



Pas de soucis ! Je répondrais aujourd'hui si possible !