Rebecca Makkai, Chapardeuse, traduit de l'américain par Samuel Todd, roman, 360 pages, Gallimard, août 2012, 21€ *****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !


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Voici le premier roman d'une merveilleuse conteuse. Un roman qu'on ne peut pas lâcher et qui donne le sourire. Au milieu de la Seconde Guerre mondiale et de l'inceste, les deux sujets à la mode en cette rentrée, je vous assure que ça fait du bien. Beaucoup de bien.

 

Lucy est bibliothécaire. Pas une de ces vieilles bibliothécaires psychorigides, sexuellement frustrées, habillées comme des bonnes sœurs, qui sentent le moisi et vivent avec une centaine de chats. Plutôt, une jeune femme bientôt trentenaire, célibataire aussi, descendante d'une longue lignée de Russes racontant des histoires un peu louches et ayant certainement trempé dans d'autres pas plus légales.

Ian a dix ans. Il est fils unique de chrétiens très crétins prêts à faire quatre heures de route aller-retour chaque week-end pour un stage chez le Pasteur Bob, l'homme qui rend les homos hétéro. Fan de Roald Dahl et un peu rêveur, il pourrait passer sa vie à la bibliothèque si sa mère ne surveillait pas étroitement ses lectures, ses amis et son emploi du temps.

Ces deux-là s'adorent sans vraiment se le dire jusqu'au jour où ils vont fuir ensemble leur bourgade perdue du Middle West.

 

Entre chantage (du genre « si tu me ramène chez mes parents, je dirai que tu m'as enlevé en me proposant des bonbons et tu iras en prison »), pleurs et éclats de rire, hymne australien et révélations russes lors d'un passage chez ses parents à Chicago, amant un peu lourd prêt à tout pour retrouver Lucy et filature pas très discrète, on ne s'ennuie jamais ! On embarque avec un plaisir non contenu dans cette aventure où la bibliothécaire et l'enfant forment un tandem irrésistible, comme Matilda et sa maitresse (délicieuse comparaison, soulignée dans le roman) et Ian nous force à continuer de lire, en même temps qu'il force Lucy à poursuivre son périple états-unien.

 

C'est sans cliché et sans pathos que Rebecca Makkai conte le road movie magique de Ian et Lucy. La plume pleine de tendresse, de poésie et de couleurs, elle dessine le tableau de gens enfin heureux et, par la même occasion, elle nous rend heureux. En tout cas, elle m'a rendu heureux, elle m'a fait sourire à chaque fois que je reprenais le livre. J'ai fui avec ses personnages le temps de leur périple, j'ai rêvé de romans, de personnages et de héros avec Ian, j'ai douté de cette famille russe, de cet amant encombrant et des risques encourus par cette virée à travers les États-Unis avec Lucy.

J'ai pénétré la bulle qu'elle a créée pour qu'ils se sentent libres et heureux, ensemble, et c'était beau, magique et émouvant d'être dans cette petite merveille que je vous souhaite vraiment de lire. Certains diront « comme du petit lait », pour moi ce sera comme un tiramisu aux speculoos et un verre de Moscato d'Asti. Je ne dirai pas que c'est l'un des meilleurs romans que j'ai lus, mais c'est l'un des plus beaux, assurément.

 

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Plongé dans ma lecture, je n'ai plus pensé à prendre de notes ou même cocher des passages après quelques pages, voici donc le seul extrait que j'ai eu le temps de noter :

« Je devais incliner l'aspirateur avec soin autour des piles de livres qui servaient de meubles d'appoint, de guéridons pour tasses de café, courrier et magazines. Je me refusais à avoir des étagères, horrifiée à l'idée de devoir classer les livres selon un système trop strict – Dewey ou alphabétique ou pire - , et donc les bouquins étaient en piles, parfois aussi grandes que moi dans un ordre des plus subjectifs.

Ainsi Nabokov trônait entre Gogol et Hemingway, en équilibre entre le Vieux Monde et le Nouveau ; Willa Cather, Theodore Dreiser et Thomas Hardy étaient empilés ensemble non pas pour leur proximité chronologique mais parce que je leur trouvais à tous une forme de sécheresse (dans le cas de Dreiser, c'était plus lié à son nom) ; George Eliot et Jane Austen partageaient une pile avec Thackeray parce que tout ce que j'avais de lui était La foire aux vanités, et je pensais que Becky Sharp se sentirait mieux en présence de dames (au fond de moi, je craignais qu'à côté de David Copperfield elle ne tentât de le séduire). Et puis il y avait diverses piles d'auteurs contemporains dont je pensais qu'ils se seraient bien entendus à une sauterie. Plus trois piles de livres insipides selon moi, mais que je gardais au cas où quelqu'un me demandait de les lui prêter : par exemple, un livre captivant sur une famille d'artistes de cirque ou ce roman expérimental sur une bonne sœur qui voyageait dans le temps. J'aurais détesté devoir répondre que oui, je savais quel livre serait parfait, mais que je venais de m'en débarrasser. Certes, cela arrivait rarement. Mais parfois Tim – mon logeur – ou son compagnon Lenny s'invitaient pour examiner les piles et me posaient ma question préférée : « Hé, qu'est-ce que tu me conseillerais de lire? » Mieux valait être prête. » pages 43-44

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Croqueuse2Livres 27/09/2012


Hyper tentant après lecture de ta critique ! Vais peut-être attendre la sortie poche mais je me le note ;)

Pierre 29/09/2012


Une chose est sûre, après avoir lu ton enthousiasme très convaincant, c'est mon prochain achat !

dan29000 01/10/2012


excellent point de vue sur ce superbe roman que je viens aussi de terminer,je prépare un article pour lundi prochain...Bravo pour votre blog...Dan

Mélanie 04/01/2013


J'ai aussi lu ce livre, que j'ai trouvé à la bibliothèque ! Dès que je l'ai vu j'ai craqué, il a fallu que je le lise tout de suite, et je n'ai pas du tout été déçue. Je vous le conseille
également, très bon choix de lecture !


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