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Mathieu Riboulet, Avec Bastien, roman, 120 pages, Verdier, août 2010, 13,80 € *

Publié le par Sébastien Almira

riboulet2.jpgBastien a grandi à Bongue, en Corrèze, avec ses parents et ses deux frères. Il tombe amoureux à huit ans d'un camarade de classe laissé de côté par les autres à cause de son physique disgracieux. Mais Nicolas meurt dans un accident de voiture pendant les vacances. Bastien ne lui avait rien avoué et son image le hantera à jamais.

Bastien veut devenir paysanne. Il porte les vêtements de sa grand-mère, dans le grenier. Suzanne, une vieille voisine qui a toujours foulé la terre de Bongue, lui apprend les mystères de la vie et de la nature. Il veut devenir Suzanne, donc paysanne.

Cadet de la famille, il sera finalement le premier à quitter la maison familiale, pour Paris où, mené par l'un de ses amants devant les caméras, il devient acteur porno, car « en s'offrant à tous sur les tables du monde entier il a résolu la question de sa fidélité à Nicolas. Je n'ai pu être à un, je serai donc à tous. »

Bastien aimerait être une femme, mais il n'est qu'un homme. Un homme avec un courage de femme. Il a compris que « le courage des femmes, c'était d'aller chercher les hommes qui allaient les ouvrir, les emplir, les quitter, parfois sans un mot, parfois aussi avec beaucoup d'amour, c'était de rendre aux hommes un immense service amoureux en prenant soin de leur laisser croire qu'ils leur faisaient une fleur, c'était d'absoudre leur bêtise, leur petitesse, leur forfanterie dans un grand geste tendre. Ce courage-là serait le sien. »

 

Bastien fascine le narrateur, qu'on ne connait pas. Il noue un véritable culte à cet acteur qui n'est pas comme les autres et s'évertue à nous inventer sa vie. Sans fioriture, on découvre l'enfance supposée de Bastien (qui ne s'appelle même pas ainsi ; le roman commence par « Appelons-le Bastien. »), son amour pour Nicolas, son amitié pour Suzanne, sa tendance revêtir les jupons de sa défunte ailleule, son arrivée à Paris, ses petits boulots, ses amants, sa carrière dans le cinéma X. Il en profite également pour nous livrer son avis sur l'image donnée et l'utilité de la pornographie, des images plus généralement, sur l'amour, la fraternité, la différence.

Le ton est subtil mais fait preuve d'une lenteur tout aussi épatante qui rend parfois le tout un tantinet éreintant et lancriboulet1.jpginant. Ce road-movie d'à peine quelques dizaines de pages traîne pourtant en longueur, même en étant coupé par les propos tantôt pornographiques, tantôt philosophiques du narrateur. Entre roman, biographie rêvée et traité sociologique, on ne sait comment pénétrer ce livre, contrairement au narrateur qui sait si bien comment pénétrer Bastien, mais n'y parvient pas.

 

« Et dans le souffle de sidération qui me traverse, comme devant tout avènement inouï de l'art porté à ses plus hauts quartiers d'évidence, je murmure oh la belle fille, ma maîtrise du langage soudain envoyée au néant par l'émergence de la beauté, avant de laisser place au silence entêtant de la contemplation. » (page 31)

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Twenty 25/08/2010 14:07


Il a l'air bien pourtant ^^


Sébastien Almira 27/08/2010 21:04



Il n'en a malheureusement que l'air ! Tu le liras et me diras si tu t'es également fait chier ou si, contrairement à moi, tu as autant aimé que ton idée te le laisse supposer.