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Sabri Louatah, Les sauvages, tome 1, roman, 300 pages, Flammarion/Versilio, janvier 2012, 19€ **

Publié le par Sébastien Almira

sauvagesEn lisant en retard le premier des quatre tomes des Sauvages, il est d'autant plus d'actualité. Le roman se passe sur une seule journée, la veille du second tour des élections présidentielles. Le candidat socialiste qui fait face à Nicolas Sarkozy s'appelle Idder Chaouch. Pour la première fois, un candidat d'origine maghrébine est favori pour l'élection suprême. Vous allez vous dire « encore de la politique sur ce blog ! Pfiouu... », mais il ne s'agit pas que de ça. Pour l'instant, il ne s'agit d'ailleurs pas beaucoup de ça.

 

Le cœur de l'histoire, c'est le mariage de Slim. À Saint-Étienne, la turbulente famille Nerrouche est en effervescence. Entre Krim, le personnage principal, qui a l'air étrange depuis quelques semaines, sa mère, Rabia, qui s'est mise à Meetic pour tromper l'ennui, les rumeurs d'homosexualité qui courent sur le jeune marié, la cousine Kamelia et ses gros seins, Khalida ou la grand-mère arabe typique, le cousin acteur de la série à la mode avec laquelle M6 explose Plus belle la vie, ou encore Nazir, le mystérieux cousin qui n'est pas venu... les portraits sont saisissants de vérité, on a l'impression d'y être, de les connaître tous, leurs petites manies, leurs préférences, on vit les liens et les tensions au sein de la famille Nerrouche comme si on en faisait partie. Et si on s'y perd, un arbre généalogique nous aide page 7 !

 


Entre les préparatifs du mariage, les mystérieux messages que Krim reçoit, les tensions entre les deux familles (algérienne pour la mariée, kabyle pour le marié), le travesti qui se fait enlever par l'oncle de la mariée, Sabri Louatah ne s'y perd pas. Il raconte son histoire comme une série télévisée, entre rires et larmes, et à grand renfort de rebondissemen ts. Avec un style vif et incisif, il noue autant qu'il dénoue les fils de son intrigue afin de nous balader dans les mystères qu'il a parsemés tout au long du récit, et de la série entière on l'imagine.

 

Une lecture très agréable où cependant, je l'avoue, j'ai sauté quelques passages qui m'ennuyaient un peu. En vingt-quatre heures chrono, Sabri Louatah dresse un portrait de famille aussi vivant qu'inquiétant, un vif argumentaire pro et anti Chaouch jusqu'au dénouement pour le moins sanglant et surprenant qui vous fera peut-être attendre la suite avec impatiente ! Personnellement, j'ai de moins en moins envie de lire la suite. Ce premier tome m'a bien plu, même si j'ai sauté quelques passages, mais je ne ressens ni le besoin, ni une envie incommensurable de lire la suite. La connaître, oui. La lire, non.

 

 

 

Extraits :

 

« Il arriva chez la mémé au milieu du classique des classiques : une grande conversation de famille sur la différence entre les Kabyles et les Arabes. Les yeux de lynx de sa mère (qui était toujours en première ligne dans un débat) le singularisèrent tout de suite parmi la foule de ses cousins massés dans le couloir.

- Krim, Krim, viens, viens chéri. Le pauvre, il doit avoir faim.

Krim se faufila entre ses tantes et ses oncles pour rejoindre la toute petite place que sa mère lui avait faite sur le canapé. Il y avait des nouveaux venus : Rachida, la plus jeunes de ses tantes, se rongeait les ongles sur une chaise un peu à l'écart de l'agitation autour de la table basse, criant de temps à autres sur Myriam ou sur Mathieu. Il y avait d'autres cousins dans la pièce voisine ainsi que la troisième des « grandes » : Bekhi, dont le mari Ayoub avait pourtant récemment fait un infarctus.

- Dis bonjour, krim, dis bonjour à khalé.

Le tonton Ayoub se laissa faire la bise sans lever une fesse de son fauteuil. C'était un homme d'une envergure considérable, large d'épaules et de poitrine, qui mesurait pas loin d'un mètre quatre-vingt-dix et dont la vie ingrate passée sur les chantiers ne l'avait jamais empêché de se présenter en public dans des costumes gris bien taillés, mocassins cirés et ongles propres. Ses ongles étaient d'ailleurs ce par quoi on comprenait qu'il était sur le déclin : certains étaient cerclés de noir, la plupart n'étaient pas coupés et deux ou trois même étaient sales. Il prit la nuque de Krim dans son énorme paluche et s'adressa à quelqu'un d'invisible entre Rabia et son fils Toufik sur le canapé d'en face :

- Laïnalek. Il a grandi hein ?

Krim ne savait pas comment réagir : ça faisait au moins quatre ans qu'il avait sa taille actuelle, mais il comprit au doux regard mi-clos de tatan Bekhi que le vieux lion n'avait peut-être plus toute sa tête.

- Viens Krim, prends, prends ! Qu'est-ce que tu veux, un zlébia ? Un morkrout ? » pages 102-104

 

« - Et puis moi je le trouve courageux d'avoir parlé d'identité nationale et de sécurité. Il marque une vraie rupture avec la tradition du PS, je veux dire ces conneries d'il y a dix ans sur le sentiment d'insécurité, le sentiment d'insécurité ! Enfin merde, faut vraiment habiter entre Bastille et Oberkampf pou croire que l'insécurité c'est juste un sentiment. Voilà, Chaouch il a mis les pieds dans le plat, et d'ailleurs ça lui a réussi, il a coupé l'herbe sous le pied de Sarko, il l'a attaqué sur son bilan au lieu de discuter de ses intentions comme d'habitude...

- J'arrive pas à y croire, répondit Fouad exagérément scandalisé.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Incroyable ! Tu te rends même pas compte en plus ! Et non, tu fais même pas semblant ! Putain mon vieux, ça te réussit pas l'exil...

- Mais qu'est-ce que j'ai bien pu dire pour heurter tes chastes oreilles de bobo parisien ?

- L'air de rien, comme ça, s'étrangla Fouad, tu lies identité nationale et insécurité ! Mais en fait c'est pas ta faute, tu te contentes de répéter les éléments de langage que le gang de Sarko nous martèle depuis des mois, ça veut juste dire que ça marche, que plus c'est gros plus ça passe, ça me rend juste dingue ! » pages 187-188

 

 

 

Merci aux éditions Flammarion pour l'envoi de ce livre !

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Thomas 08/05/2012 20:25


Soit dit en passant : super blog ! 

Sébastien Almira 11/05/2012 10:13



Merci ;-)