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Thomas Gormet, Sept jours à l'envers, roman à partir de 12 ans, 65 pages, Rouergue, collection doado, septembre 2013, 8 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Metteur en scène, comédien, auteur pour la jeunesse, Thomas Gormet publie son premier roman pour ados, et c'est pas mal réussi.

L'histoire est assez simple : un collégien de 13 ans perd quelqu'un d'important, il raconte la semaine entière, de l'accident à l'enterrement, sans larmoiement, sans apitoiement.

Le style aussi, est assez simple. À la hauteur d'un collégien de treize ans. Ça n'ennuie pas, ça ne déplaît pas.

 

Ce qui est en revanche très bien dans Sept jours à l'envers, c'est la construction, comme son titre l'indique, à l'envers. Le narrateur raconte sa semaine à partir de l'enterrement (samedi), jusqu'à l'accident lui-même (dimanche), sept jours plus tôt. Le principe est sympa, permet d'ajouter du suspense puisqu'on ne découvre qui est la victime qu'au dernier moment, après quelques indices parsemés ça et là, entre les sentiments et les réflexions de l'adolescent, ses souvenirs avec la personne dont il semblait très proche, et les propositions de réponses à la devinette que ce dernier lui avait posé avant l'accident.

 

Et je dois dire que même si je m'attendais à ressentir de la tristesse, je ne m'attendais pas à être touché au point de pleurer le plus sérieusement du monde. Ce court roman, s'il n'est pas « remarquable », est assez réussi pour nous accrocher jusqu'à la dernière page, et quelle dernière page...

 

 

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Samedi

« Et tous, tous (je le dis bien deux fois, il n’y a pas d’erreur d’impression), après avoir dit leurs condoléances, ils baissent la tête vers moi et affichent un regard de chien mouillé (une moitié de sourire sur un côté du visage, les yeux qui tombent en gouttes d’eau) et ils me frottent le haut du crâne comme si j’étais une sorte d’animal qu’on ébouriffe machinalement. Et moi je me laisse faire et je me dis qu’à la fin de la journée, je vais avoir la tête comme Michael Jackson. Quand il était petit, les cheveux en l’air et tout frisés.

Pour l’instant, c’est mon cœur qui est tout frisé, emmêlé et serré. Serré comme le col de ma chemise qui me démange de partout. »

 

Mercredi

« Alors je la suis, dans ses « formalités ». On va à la mairie, au commissariat et dans un cabinet d’assurances aussi, à cause de l’accident. Des endroits laids, aux couleurs pastel et aux moquettes usées, avec beaucoup de monde, où on attend très longtemps dans des salles d’attente. Ça fait bizarre de voir autant de gens d’un coup. On est tellement restés tous les trois enfermés à la maison depuis quelques jours. À maman aussi, ça doit lui faire bizarre. Elle reste assise silencieuse à côté de moi. Depuis dimanche, on n’a dû échanger que quelques mots. C’est comme si une fois qu’elle s’était assurée que j’allais bien, que j’étais bien en vie, moi, alors bizarrement je ne comptais plus. »

 

Dimanche

« 2 minutes 5 secondes. Assis sur le banc devant l’entrée de l’immeuble, j’ai les yeux rivés à ma montre. Il arrive toujours à se débrouiller pour être là pile à l’heure. Je le soupçonne d’arriver en avance et d’attendre au coin de la rue pour déboucher dix secondes avant la fin du chrono.

 

1 minute 12 secondes. Une veille dame avec un fichu en plastique passe devant moi. Bizarre. Il fait super beau.

 

55 secondes. Il ne va pas tarder. Dans l’immeuble en face, quelqu’un ouvre une fenêtre et ça me renvoie le reflet du soleil. Je ferme les yeux un moment.

 

13 secondes. Je sens qu’il va rater son pari. Je repense à sa devinette. Qu’est-ce qui est long, vert, et bête comme ses pieds ? Aucune idée. J’ai de toute façon perdu l’habitude d’essayer de trouver les bonnes réponses à ses devinettes.

 

0 seconde. Je regarde au bout de la rue. Rien. Il a perdu. Tiens, on n’avait jamais envisagé ça. Que se passerait-il le jour où il ne tiendrait pas le chrono ? »

 

 

 

Merci à Adèle Leproux des éditions du Rouergue pour ce livre !

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gogo 03/01/2016 13:49

mdr pleurer c'est un peu fort comme même juste ressentir de la tristesse je veux bien mais chialer xD