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Tout le monde écrit

Publié le par Sébastien Almira

De nos jours, tout le monde écrit. Il n'est pas rare d'avoir une sœur, un ami, un voisin qui écrit. C'est la grande mode. Écrire des poèmes, raconter sa vie... Cet été encore, une de mes voisins, en apprenant que je travaillais en librairie, m'a avoué que son rêve était d'écrire et de publier ses mémoires. Il a trente ans. Il n'a jamais écrit mais rêve de le faire.

Pourquoi rêve-t-on d'écrire, un jour ? Vous voulez écrire ? Écrivez donc ! Que l'on voit ce que ça donne. Que l'on voit combien de dizaines de manuscrits sur des millions valent la peine. Que l'on rigole un peu. Tant de gens “font de la poésie” que cette dernière est tombée de son piédestal. Plus de beau, plus de sensationnel, plus de choc, plus d'émerveillement. Tout le monde écrit, tout le monde s'en fout. On est dans une ère de démocratisation de l'écriture quand la lecture, elle, ne fait que baisser. Quel étrange paradoxe ! Ne sont-ce pas les mêmes, ceux qui aiment lire et qui écrivent ? N'est-ce pas la lecture qui donne goût à l'écriture ? Apparemment pas puisque tout le monde écrit mais que personne ne lit. pardon, le dernier Marc Lévy s'est écoulé à plus de 500 000 exemplaires.

 

Qui écrit ? Et surtout cette question : pourquoi ? Qu'est-ce qui, dans le cerveau humain, les pousse à prendre la plume ? Le besoin de reconnaissance ? La jalousie ? Le besoin inéluctable d'écrire ? Ou simplement le plaisir de le faire ? Un peu de tout ou une seule raison ?

Il en est de même pour ceux qui ont réussi la dure épreuve de la publication. Certains ont un besoin absolu d'écrire chaque jour, quitte à se lever à 4 heures du matin et boire un litre de thé noir, d'autres par plaisir et par période, d'autres encore qui n'écrivent que par soucis de reconnaissance... J'avoue faire un peu partie de ceux-là, mais les éternels timides ont besoin de reconnaissance pour se sentir exister. Vous voyez, j'ai une excuse ! Le besoin d'écrire est là, bien sûr, ou plutôt de raconter les histoires qui se bousculent dans ma tête, tellement nombreuses, mais ce qui me pousse le plus à écrire, c'est l'envie et le besoin d'être lu. Rien de tel qu'un compliment ! Suis-je imbus de moi-même ? Non, je ne me fais pas de compliment. Quoi que...

Cette excuse parlant des grands timides, je ne l'invente pas pour m'excuser d'être ce que je suis. Non, c'est réel, les timides, qui plus est lorsqu'ils sont perfectionnistes, ont besoin de reconnaissance. De toute façon, le perfectionnisme n'est que le résultat de ce besoin de plaire : pour plaire, il faut mettre le paquet, il fait que tout soit parfait. Il nous faut être regardés, écoutés, contemplés, complimentés, encensés. On en ressort, en apparence, peut-être égoïstes et prétentieux, mais ce n'est qu'une carapace qui cache la nécessité d'être sans cesse rassuré. C'est que pour cela que beaucoup de personnes introverties se lancent dans les arts. Beaucoup de génies sont de grands timides perfectionnistes.

 

Tout le monde écrit, tous pour des raisons différentes, aussi nombreuses soient-elles pour chacun. Mais tout le monde écrit, tout le monde pollue. 700 romans en deux mois, des millions de livres imprimés, des millions de livres non achetés, des millions de livres non lus, retournés, gâchés. C'est la dure réalité que nous vivons. Pas que nous connaissons puisque, si tout le monde écrit, je l'ai dit tout à l'heure, tout le monde s'en fout. Aucun de ceux qui polluent ne sait ce que le livre et son monde sont en passe de devenir.

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Sébastien 25/10/2010 08:07


Alors, ma petite Karen, tu n'es pas sans savoir que je supporte assez mal les mauvaises critiques, mais que je les accepte et m'en sert, sans le dire, par fierté.
Je n'attends évidemment pas seulement les critiques (qu'elles soient positives ou négatives) de la part de mes amis, même si c'est longtemps ce queai eu. Depuis quelques mois, mon blog s'exporte
hors de mon cercle de connaissanc epour toucher la blogosphère en premier lieu, puis certains auteurs, attachés de presse ou éditeurs m'ayant déjà contacté. Ce ne sont pas des forcément des
critiques, mais le seul fait que le "monde" se rende compte de ce que l'on fait est déjà une grande chose. Les critiques en sont une autre et elles sont importantes.
Je dis avoir besoin de reconnaissance, de savoir que ce que je fais a un échos, mais je n'attends pas que de bonnes critiques (la preuve : j'accepte tes corrections, c'est une grande chose pour moi
! ^^).
Le message commence à être long, je ne sais plus ce que j'ai dit ou pas, alors je poste et on verra ce que j'ai à ajouter la prochaine fois !

Constance : google reader ? c'est-à-dire ? ^^ en tout cas, tu es dans mes favoris (google) et sur mon blog (liens très sélectifs !)


constance93 25/10/2010 02:02


à Seb : bon, et bien, c'est le moment de te dire que tu es rentré dans mon google reader et que j'aime beaucoup ton blog ;)
à Karen : chaque critique que j'ai reçu vis-à-vis de mon blog, très différent de celui de Seb car il ne concerne que la lecture, m'a énormément touché. je suis très sensible aux critiques,
négatives comme positives. Les positives ont bien sûr l'avantage, comme le souligne Seb, de nous faire plaisir et de nous donner confiance en nous mais elles ont aussi le désavantage de nous rendre
un peu arrogant et de nous laisser nous reposer sur des aquis. Les négatives ont l'avantage d'être parfois constructives, le désavantage de parfois nous faire perdre nos moyens et notre
motivation.
j'ai toujours essayé de voir une critiques négative, surtout à propos de mon blog, comme une proposition d'aide et d'amélioration alors même que ces personnes étaient parfois animées de mauvaises
intentions. je la reçois, parfois violemment, mais j'attends avant d'agir, j'y réfléchis et je décide de sa justice ou pas avant d'agir contre elle. voilà comment, je crois, je réceptionne les
critiques. après, c'est sûrement différent chez tout le monde...


Karen 24/10/2010 13:48


Je peux très bien comprendre ce besoin d'exposer la moindre création (ou le moindre achat (étant donné que Sébastien a évoqué son tee-shirt)). Mais il me semble que le premier risque suite à cette
"publication" est de se faire critiquer. Certes on reçoit toujours généralement les félicitations des amis qui sont fières de voir que le leur a réalisé quelque chose, mais on ne peut se contenter
de ce public-là (ou bien l'on est à la fois extrêmement imbu de soi-même et très peu croyant en ses propres talents).
Du coup, je me pose une question (à laquelle il sera difficilement possible d'avoir des réponses sincères, je le crains) : comment réagissez-vous aux critiques ?


constance93 23/10/2010 23:38


ton article m'a fait penser à deux choses auxquelles je ne pensais pas penser en venant ici :
- tout d'abord à mon dernier cours de philosophie où j'ai appris que selon Nietzche les génies étaient tous des monomaniaques. Je trouve que ce que tu as dit sur les artistes (qui seraient de
"grands timides perfectionnistes") rejoint un peu cette idée...
- ensuite à moi-même. Oui, je sais, en lisant un billet sur un livre, un film ou un cd, on pense à nous : vais-je aimer ? mon interlocuteur a t-il vraiment les même goûts que moi ? etc. Mais là,
j'ai pensé au pourquoi mon blog. Je n'écris pas au sens où tu l'as dit. Je ne fais pas de griffonnages sur un bout de papier en espérant être un jour publié. Je ne ressens que rarement ce besoin
d'écrire pour extérioriser des sentiments. Mais j'ai un blog. Et j'écris des billets dessus. Pourquoi ? Qu'est-ce-qui m'a motivé à la base ?
J'ai commencé par chercher dans mes souvenirs pour me rappeler la naissance de mon blog, le contexte et les raisons qui m'ont poussé à le créer. Je me rappelle que c'était après le Goncourt des
Lycéens. Que j'avais une folle envie de partager mes lectures. Que je voulais surtout exprimer mon point de vue sur mes lectures. Avoir ce droit à la parole et au partage. Pouvoir trouver des gens
- oh, pas beaucoup, mais quelques-uns - qui avaient lus les même livres que moi (chose quasi impossible dans la réalité, excepté pour les best-sellers que tout le monde lit) et avaient un point de
vue différent sur eux (chose également impossible pour les best-sellers où la discussion autour d'eux s'arrêtent souvent à : "j'ai passé un super moment de lecture", "c'était entraînant" et
autres).
Et puis je me suis posée des questions : cette raison, que je trouve plutôt noble, est-elle la vraie ? N'y-en-a-t-il pas une autre que je peux voir et accepter maintenant, avec le recul ? Je crois
que si. Je pense que j'avais envie de m'afficher, d'affirmer mon point de vue et de montrer que j'étais capable d'avoir un avis. C'est sûrement pour ça que juste après la création de mon blog et
quatre ou cinq articles, j'ai annoncé la victoire de la première critique de mon blog à un concours de critiques lycéennes. Pour ça aussi que j'aime bien travailler énormément des billets qui je
sais seront plus lus que d'autres. Comme tu le fais remarqué, j'ai l'envie et le besoin d'être lu (d'ailleurs, merci d'y être passé et d'y avoir laissé des commentaires :) ).


bon, et bien, je crois qu'entre la révision du statut du génie selon Nietzche et mon introspection vis-à-vis de l'écriture, j'ai bien avancé en philo ce soir grâce à ton billet ;)


Sébastien Almira 24/10/2010 08:07



Le débat voulu n'a pas beaucoup avancé dans les commentaires mais, au moins, il t'a fait travaillé ta philo !


Non, sans rire, moi aussi je ne pensais pas écrire pour les raisons que j'énonce, au départ. Mais je me suis rendu compte au fur et à mesure (et pas seulement pour l'écriture, il en va de même
lorsque je cuisine ou que je m'achète un nouveau tee-shirt, j'ai ce besoin impérial d'être complimenté) que la reconnaissance m'est indispensable. j'ai besoin de savoir que les gens pensent du
bien de ce que je fais pour continuer à le faire, sinon je perds confiance. Pas au point d'arrêter, certes. j'aime trop écrire pour m'arrêter.


Mais j'ai besoin de sentir, de savoir, que je n'écris pas en vain, que quelqu'un (quelques-uns, encore mieux ^^) est là (sont là) pour lire et pour apprécier, reviennent, et me le font savoir.


Il s'agit peurt-être (certainement) de prétention et de fierté, mais c'est avant tout, je pense, un besoin de voir que l'on est pas seul et qu'on ne fait pas les choses pour rien.


Se sentir "aimé" pour vivre, en somme... (c'est kitsh, je sais !)



Karen 24/09/2010 16:18


En réponse à Nymphette :
> En revanche, je doute qu'une proportion conséquente d'entre nous ait l'idée (raisonnable) d'être publié

Je ne peux dire quelle proportion des gens qui écrivent ont l'intention de se faire publier. En revanche, après avoir publié dans plusieurs maisons d'éditions (de très petites et très grandes
renommées), et ayant les pieds dans le milieu de l'édition, je peux te dire que la proportion des gens qui souhaitent se faire éditer mais qui ne le mérite amplement pas (souvent parce qu'ils sont
débordants de prétention et manquent énormément de recul) est affligeante. J'ai eu l'occasion de constater cela particulièrement pour le genre littéraire. Presque tous (ceux qui envoient leur
manuscrit) sont persuadés d'avoir écrit un roman révolutionnaire, unique, bouleversant, alors que ce qu'ils nous donnent à lire est tout juste bon à garder caché dans un journal intime.
Le fin mot de Noann me parait être une évidence : "Il faut créer parce qu'on aime ça, et non pour obtenir un retour."


Sébastien Almira 24/09/2010 17:07



Rectification pour le message de Karen : elle a travaillé, et non publié, dans plusieurs maisons d'édition !


 


Nymphette ne revient pas participer au débat qu'elle attendait ?



La Nymphette 14/09/2010 17:30


Je te trouve bien dur... Evidemment, nous écrivons tous pour être lu, vu, remarqué. En revanche, je doute qu'une proportion conséquente d'entre nous ait l'idée (raisonnable) d'être publié. Après
tout, le volume d'écrit est une conséquence certaine de l'éducation des masses, et il serait intéressant de comparer le volume de lecture à l'aune de ce critère. Lit-on comparativement moins
qu'avant? Y a t-il moins de "vrais léttrés"? Ou les lecteurs "populaires" de Levy et autres sont-ils plus visibles que les autres? Pas facile de trimballer un beau volume dans le métro!
Je trouve ton analyse intéressante, mais elle me pose davantage de questions qu'elle ne me donne de réponses...
Il serait intéressant d'organiser un "droit de réponse", qu'en dis-tu?


Sébastien Almira 14/09/2010 18:32



Je suis peut-être dur, mais je le suis aussi avec moi-même, je suis conscient que même si écrire est plus qu'un plaisir, une passion, je le fais également par soucis de reconnaissance (ne
serait-ce qu'un "j'aime bien ce que t'as écrit sur tel livre !" de la part d'un ami). Ce n'est certes pas mon but premier, et heureusement. Mais on peut se demander à combien le pourcentage de
ceux qui n'écrivent que pour la reconnaissance et le succés se monte !


Bien entendu, il y a droit de réponse ! Comme pour tout ce que je publie ici, chacun a le droit de répondre et d'entamer un débat, et heureusement !


Dernière chose, si mon article t'apporte plus de questions que de réponses véritables, c'est peut-être qu'en tant que jeune libraire et écrivain, j'ai plus de remarques et de questions que de
réponses sûres à donner. Mais j'attends les vôtres avec impatience pour tenter d'avancer dans le débat !



noann 07/09/2010 00:40


J'ai publié un roman et un recueil de nouvelles chez deux petits éditeurs, assez mal distribués, sans promotion autre que les sites

Plus d'infos ici : www.noann-lyne.com (si je puis me permettre le lien)

Merci

J'ai repensé à cet article. Il m'a fait comprendre bien des choses. En fait c'est peut-être un mauvais but de chercher la reconnaissance. Il faut créer parce qu'on aime ça, et non pour obtenir un
retour


noann 05/09/2010 01:08


J'aime beaucoup cette analyse.

Récemment mon éditeur m'interrogeais sur mes motivations. Pourquoi écrivez-vous ? J'ai répondu que je ne savais pas faire autrement. Je ne pouvais pas donner de réponse en réalité.

Mais vous avez peut-être mis le doigt sur une des raisons Sébastien, à laquelle je n'avais pas songé un instant :

"les éternels timides ont besoin de reconnaissance pour se sentir exister"

J'avoue être un peu de cette catégorie. Et quelle déception quand on voit que l'ouvrage est publié et que... tout le monde s'en fout. L'absence de réactions, voire les "fous nous la paix" nous
renvoient à notre ancienne perplexité.
Je pensais écrire pour exister, et voilà que mes publications me prouvent que je n'existe pour personne.

Avant que je sois publié, on me disait : "ah. Tu écris. Et tu es publié ?" Je devais bien avouer que... 'non'
A présent que je suis publié, on me demande : "et tu vends beaucoup ? On trouve ton livre chez tel libraire ?" Je dois bien avouer que... 'non'
Peut-être un jour serai-je publié chez un gros éditeur (le rêve - quelle joie !). Me demandera-t-on si je suis en lice pour le Goncourt...?

Il y aura un jour plus d'écrivains que de lecteurs...


Sébastien Almira 06/09/2010 12:31



Les voies de l'édition, à plus fortes raisons que celles du seigneur, sont impénétrables !


je crois qu'il y a déjà plus d'écriteurs que de lecteurs. Malheureusement, le nombre d'écrivains, lui, n'est pas très élevé...


Qu'avez-vous écrit Noann et chez qui, qui ne soit soit ni connu, ni reconnu ?



mex 03/09/2010 09:57


Une autre culture


Sébastien Almira 06/09/2010 12:28



Oui mais encore ?