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Yak Rivais, Les ficelles du pantin, farce burlesque, 130 pages, Attila, avril 2012, 12 € *****

Publié le par Sébastien Almira

 

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À cause de cette flemme incurable dont je vous ai parlé hier, je n'ai pas écrit cette critique à temps pour la publier en pleine élection présidentielle. On peut dire que j'ai raté mon coup car Yak Rivais a commencé il y a trente ans à raconter l'histoire d'un despote qui ne veut pas quitter le pouvoir et l'a publié juste avant les élections. Bon, vous me direz, la flemme a été plus grande chez lui que chez moi. À moins qu'il ait attendu le bon Président...

 

Vitellius est un « président autocrate et corrompu dépassé par la chute des institutions, cynique, populiste et vulgaire, obsédé sexuel adulé puis haï ». Les élections présidentielles approchent et son adversaire, Vespasien, est donné gagnant par tous les sondages. La démocratie reviendrait enfin et Vitellius chuterait de son piédestal. Or, ça, il ne le veut pas.

Et pour garder le pouvoir, il est prêt à tout : tricherie, insurrection, tirer lui-même sur les passants et son armée pour déclencher une guerre civile. Cloitré dans son palais, il s'amuse comme un petit fou entre deux coups rapides avec la première fille ramassé par un de ses sbires. Avec son homme de main, Herr Doktor et son ministre de l'intérieur, Faux-Cul, il monte l'opération Coup de Jarnac, où des militants déposent des sacs de bulletins à son nom dans plusieurs bureaux de vote pour faire croire à un coup monté de son rival Vespasien.

Mais entre ceux qui se retournent contre lui, ceux qui tombent et ceux qui se rendent compte de son coup monté, rien ne va comme il veut.

 

« Je le sais que Vespasien a demandé une enquête ! Vous croyez que la République a le temps d'attendre ?!... Quoi « forfaiture » ? Quoi « élu légitime » ? Vous vous moquez du monde ? Un type qui a triché !... Comment ça il n'y est pour rien ! Comment ça la quantité de bulletins oubliés n'est pas importantes ! Vous rigolez ! C'est lui qui a tout manigancé, et moi, je me laisserais posséder ? Pas question ! Le pouvoir, c'est moi ! Le Président, c'est moi ! Le Conseil constitutionnel je m'assieds dessus et je les annule, vos élections truquées ! Et je reste où je suis ! À n'importe quel prix, entendez-vous ! À n'importe quel prix ! Je vous emmerde ! » (page 70)

 

Au cours d'une seule nuit, Yak Rivais nous entraine dans la folle course entre un despote qui veut garder sa place et le favori qui veut remettre la démocratie au pouvoir. Humour noir, répliques cinglantes, actions violentes, Yak Rivais n'y va pas de main morte pour monter une farce grand-guignolesque de haute voltige qui court sur 130 pages en surfant sur Jarry, Bretch ou encore Ionesco pour notre plus grand plaisir !

Le propos peut paraître effrayant, mais ne vous inquiétez pas, cela n'arrivera pas. En tout cas, cela n'est pas arrivé cette année. Alors ruez-vous en librairie une semaine après les isoloirs et délectez-vous de ce coup d'état de maître jubilatoire !

 

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« - C'est quoi ton boulot de Président, au juste ? Je veux dire : en quoi ça consiste ?

- Gagner beaucoup de fric pour arroser ceux qui m'aident à garder ma place.

- Tout le monde en profite ?

- Ceux qui me sont utiles. Parce qu'ils font voter les autres.

- Comment ça ?

- Par exemple, toi tu es une idiote, tu lis la presse gratuite. Bon. Dedans, c'est de la propagande pour moi tous les jours. Donc le propriétaire est un ami. Ou bien la télévision ! Tu la regardes. Elle me fait de la propagande. Les patrons sont mes amis : tous les patrons de quelque chose, et tous les responsables de n'importe quoi qui me rend service où ils sont casés. C'est donnant-donnant. Les très riches, par exemple, je baisse leurs impôts, et pour me remercier, ils me versent une partie de leurs économies à titre privé pour que je puisse mener mes campagnes. Tu piges ?

- Ça doit te prendre beaucoup de temps de t'occuper de tout ça ! s'extasie la pute.

- Pour le tout-venant, les affaires courantes, il y a les ministres. Moi j'ai pas de temps à perdre.

- Tes ministres alors, c'est des larbins ?

- Ouais. Ils se servent au passage mais ils répartissent les cadeaux par catégories ou groupes de pression.

- Et le peuple ?

- On s'en fout. Des fois, on s'en sert pour brusquer les choses. Après on l'oublie. Ce n'est qu'un grouillement d'asticots. »

(pages 72-73)

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Thomas (@thomaslouis) 07/06/2012


Je viens de le voir à la librairie aujourd'hui, j'ai vraiment failli l'acheter.. J'aurais dû voir ce billet avant !