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Littérature adulte

Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 14:21

 

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« Svetlana, Ludmilla, Lorenzo, Esteban, c'est pour vous que je prends la parole, mais rassurez-vous, je ne m'attends à rien, vu que vous êtes les uns comme les autres incapables du moindre sursaut de lucidité comme du moindre mouvement de gratitude. » page 26

 

Celle que je vous présentais il y a quelques semaines comme un monstre littéraire, dans la critique que j'écrivais sur sa truculente pièce, Mon père m'a donné un mari (critique ici), ne s'est pas contentée de publier en janvier du théâtre. Chez POL, est paru en même temps un gros roman au titre qui colle parfaitement à l’œuvre de l'injustement méconnue Emmanuelle Bayamack-Tam.

 

Si tout n'a pas péri avec mon innocence est un portrait de famille, un roman-fleuve qui court sur quelques années, mais attention, on n'est pas chez Danielle Steel ! Pas de secrets familiaux à la mords-moi le nœud en basse campagne avec, au mieux, une histoire d'adultère datant de Mathusalem. D'abord, le roman familial chez Bayamack-Tam, il faut le prendre avec sa plume particulière, osée, parfois dérangeante, extravagante et cynique. Ensuite, il faut l'accepter avec des personnages complètement tordus, sinon quel intérêt ? Il faut y aller les yeux fermés, sans peur d'être bousculé, froissé, envahi par la haine comme les larmes, le désespoir comme le rire.

 

« Svetlana, Ludmilla, Kimberley, Lorenzo, Esteban : une telle bigarrure folklorique pourrait laisser penser que nous n'avons pas le même père, mais ce serait là aussi mal connaître Gladys, et notre géniteur commun s'appelle Patrick, comme tous les garçons de sa génération. Je tiens à signaler qu'il n'est pour rien dans le choix de nos prénoms. On peut même avancer qu'il n'est pour rien dans tout, ce qui ne l'empêche pas de se croire indispensable et de dépenser une énergie folle pour jouer les chefs de famille. À quelque heure qu'on le prenne, mon père a toujours l'air surmené et préoccupé. Notre éducation est sa grande affaire, même s'il n'y pense que par à-coups, par crises intermittentes au cours desquelles il nous prend à part pour des mises en garde solennelles, des sermons prononcés la voix tremblante et les yeux dans les yeux, qui m'ont toujours laissée très froide et dont je soupçonne mes frères et sœurs d'être aussi peu affectés que moi, bien que nous n'en ayons jamais parlé, vu que mon père n'est pas un sujet de conversation. Il faut croire qu'il est dans sa nature de ne pas oblitérer les esprits et de n'intéresser personne. Il y a des gens comme ça, dont la vie va être entièrement obscure, quelque énergie qu'ils mettent à exister. » pages 22-23

 

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Une fois qu'on accepte de pénétrer l'univers particulier de l'auteure, on s'immisce petit à petit dans cette famille décousue, extravagante, presque immonde. Entre une mère, Gladys, née difforme (l'auteure crée toujours des personnages hors du commun, qu'ils soient difformes, obèses et/ou magnifiques. Quel plaisir d'ailleurs de retrouver la Charonne d'Une fille du feu, Charonne la magnifique enchanteresse dont les formes énormes ne l'empêchent pas d'être d'une beauté à couper le souffle), un père inutile, une grand-mère tantôt exubérante, tantôt fantomatique, un grand-père vaniteux, des sœurs bêtes de concours à moitié demeurées et des frères jumeaux parvenant tant bien que mal à exister au milieu de ce joyeux bordel, la famille de Kimberley, la narratrice, a de quoi nous tenir en haleine au grès des repas frisant le crime contre l'humanité, des compétitions sportives des filles dont Gladys est complètement gaga, des moqueries perpétuelles auxquelles doivent faire face Kim et ses deux petits frères, des rencontres que Kim fera au cours d'un apprentissage de la vie pas comme les autres.

 

Entre baise avec le très endurant Sven, lecture de Baudelaire et cours de gymnastique rythmique, Kimberley s'est d'ailleurs donné pour mission de sauver ses deux petits agneaux de cette famille de tordus, « des adultes aussi enfantins que déraisonnables », et du destin terne et désespéré qui les attend. Y parviendra-t-elle alors qu'elle doit déjà tenter de se sauver elle-même ?

 

Si le point de départ et le déroulement de l'histoire ont de quoi détonner et s'accordent à merveille avec le ton enlevé et cynique d'Emmanuelle Bayamack-Tam, dont la noirceur n'a d'égal que la folie, j'ai trouvé que le récit perdait en puissance sur la longueur. Un passage à vide après la première moitié qui donne moins de souffle, de force à la fin qu'au début et qu'aux autre livres que j'ai lus d'elle, Une fille du feu et Mon père m'a donné un mari. Et c'est bien dommage parce qu'à part cette baisse de régime et ces inélégants « positivement affreux » et autres « positivement sensationnel », je me suis surpris à apprécier une saga familiale, ce qui est pourtant loin d'être ma tasse de thé.

Saga familiale qui vient d'ailleurs de remporter le prix Alexandre Vialatte 2013, son premier prix littéraire, enfin ! Le jury a trouvé le roman « remarquable pour ses qualités stylistiques, son humour, son audace stylistique, en écho à l'esprit de Vialatte. » Un roman sur l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte, un roman sur la vie. Sur la vie d'êtres pas comme les autres peut-être parce qu'eux ne cachent pas les tares et les faiblesses qu'ils pensent être leurs forces. Un roman sur la vie d'êtres humains qui n'étaient peut-être pas faits pour exister.

 

« On n'est pas fait pour la vie et on nous y balance comme ça, sans prévenir. Il suffit d'avoir assisté une fois à un accouchement pour savoir qu'il n'y a rien de plus contre-nature que de naître : tout le monde souffre, tout le monde hurle, la mère, l'enfant, et même le père s'il a eu l'idée saugrenue de se pointer. » page 401

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 10:00

 

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« Bien sûr, je me leurre, puisqu'il faudrait pour recouvrir la souveraineté de mon corps, quitter la ville et non m'y perdre, mais aveuglé par mon orgueil je crois l'asservir et m'obstine à arpenter ses rues engluées de crasse. » pages 14-15

 

L'auteur prodige d'Une éducation libertine et du Sel a encore frappé. Fidèle à son talent, il nous sert ses thèmes fétiches dans une ambiance chaude, glauque et désespérée dont lui seul a le secret.

 

Dans une ville tropicale, un homme que l'on imagine jeune déambule sans fin à travers la jungle urbaine que représentent gitons, prostituées, pauvreté, maladies et pourritures. Maître dans l'art de conter la misère la plus désarmante, les odeurs les plus insupportables, la pourriture la plus répugnante, Jean-Baptiste Del Amo s'en donne à cœur joie dans ce court récit halluciné.

 

Depuis qu'il a salement baisé avec un jeune giton, le narrateur n'a de cesse d'essayer de le retrouver. Cette scène de sexe (pages 22 à 26) d'ailleurs me fait penser à celle de la cave dans Une éducation libertine. Là encore, l'écrivain raconte une coucherie dépravée, crasseuse, puante avec de tels mots, de tels sentiments que j'ai rarement lu une scène aussi sensuelle. Avec pourtant peu de paroles, il instaure une atmosphère scandaleusement excitante. Cette capacité à vous faire passer quelque chose de crade en quelque chose de beau ou d'excitant est assez inquiétante pour nous, pauvres lecteurs pris au piège de la machinerie Del Amo, et à la fois preuve du génie de l'écrivain, aussi bien capable de nous plonger sur les bords des rues de Paris et de la Seine puantes et abjectes dans le premier, de la Méditerranée dont le sel appelait invariablement le héros du second, et enfin au bord d'une plage grouillante de gitons sales et seuls dans son troisième roman.

Le lien à l'eau, à la mer, à l'océan, est toujours présent, « l'odeur du port n'est jamais loin, chargée de sel et d'un parfum de pourriture. » page 129

Avec une maîtrise incroyable, il parvient à nous faire ressentir aussi bien la pourriture que l'excitation, les odeurs que les non-dits.

 

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                                                              Folio, mars 2010, 8,10€                 Folio, janvier 2012, 6,95€

 

« Le désir geint et lancine dans mon ventre, nourri par la pourriture de la chambre, odeur de sexe crasseux, de bois piqué, de fruit talé, d'urine rance, de sueur tropicale. J'éprouve le besoin de me vautrer dans cette souillure, d'en jouir impunément. Je ferai alors de moi un homme libre et dévasté. » pages 20-21

« Je dessine des cercles dans le dédale que le jour inonde enfin et l'agitation des rues dissipe l'énigme de la nuit. La ville continue de déverser en moi son flux. La faim me tenaille, des flots de bile remontent à ma bouche, brûlent ma gorge où subsiste encore l'impression de la queue du giton et des blessures qu'elle y a infligées. » page 31

 

Dans son errance, le narrateur rencontre d'autres gitons, qui le ramène sans cesse au premier (« La réalité du giton glisse vers l'idée du giton en une estampe glorieuse et sacrée qhe je ne peux plus percevoir et célèbre pourtant en pensée. » page 37), des vieilles putes, des enfants souillés (« Elle connaît ces petites femelles affamées dont le vagin semble être un puits sans fond où les hommes s'engouffrent jusqu'à la ruine et elle les jalouse en secret quand elle ne les maudit pas à voix haute. » page 57), des ouvriers peu scrupuleux des endroits où traîne leur sexe.

Dans son errance, il raconte tout e qu'il voit de ces quotidiens qui ne sont pas des vies, de ces espérances, des ces déceptions.

Dans son errance, il se lie avec deux jeunes miséreux dont il raconte l'histoire.

Dans son errance, il n'oublie rien de nous retranscrire. Et la lecture devient douloureuse. La sensualité laisse place à l'effroi.

 

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« Les habitants de cette ville y naissent dans l'ignorance de ce avait pu mener leurs ancêtres à s'y établir. Ils y grandissaient dans l'incompréhension de ce qui avait poussé leurs parents à y demeurer. Ils y mouraient enfin dans l'hébétude d'une existence dérisoire, laissant derrière eux une descendance repoussant toujours plus loin les limites de l'ignorance, de l'incompréhension, de l'hébétude, au point que la ville, pour qui la traversait à quelques décennies de distance et en aurait gardé un souvenir même vague, semblait franchir d'une époque à l'autre une étape nouvelle et improbable dans la barbarie et l'abjection. Des touristes en route vers quelque plage du Sud ou paysage qu'ils rêvaient pittoresque erraient dans les rues perpendiculaires, leur affliction tout juste contenue. Des gosses asthmatiques jouent au ballon dans la poussière rouge des rues. Des vieillards osseux fument sur le pas des maisons, toussent et crachent à leurs pieds des glaires sombres. Ici, dit Isabel, ne pose la question de comment il crèvera. Les fumées des camions, les fumées des sucreries, les fumées de la décharge à la sortie de la ville. Un jour ou l'autre, tu finis par cracher un bout de poumon. Reste juste à savoir quand. Pour tuer le temps, les touristes rejoignent aux tables des gargotes ou des petits hôtels les hommes et les femmes du coin et s'enivrent avec eux sous le soleil implacable. » pages 120-121

 

Je pourrais vous citer des passages à n'en plus finir, j'en ai notés tant d'autres, mais arrêtons-nous là et savourons ceux-ci. Vous la voyez, vous l'entendez, vous la sentez, vous la ressentez, la langue impressionnante de Jean-Baptiste Del Amo ?

Que vous ayez déjà dévoré Une éducation libertine (Goncourt du Premier Roman ô combien mérité) et Le Sel, que vous ne connaissiez pas encore cet écrivain, jetez-vous sur Pornographia, hallucinant de maîtrise, de sensualité, de pourriture et de génie.

Et ne me dîtes plus qu'en France on n'a plus d'écrivains depuis le dix-neuvième siècle.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Jeudi 21 mars 2013 4 21 /03 /Mars /2013 09:23

 

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Écrivain-voyageur, journaliste, auteur du Dernier roi d'Angkor, Jean-Luc Coatalem s'est fait passé pour un promotteur de voyage afin de pouvoir pénétrer en Corée du Nord. Dans Nouilles froides à Pyongyang, il relate cette expérience unique, qu'il a vécu avec un ami en mal d'émotions et de voyage.

 

D'après Noémi du blog Pop-Corn et Marque-Page (article ici), on n'apprend rien avec ce livre si on a déjà lu des témoignages sur le sujet. Je n'en avais pas lus, j'avais seulement entendu par-ci par-là quelques infos saugrenue sur ce bout de pays qui l'est tout autant, si ce n'est plus.

Car ce que j'ai lu dans ce récit-roman de voyage est à la limite de l'absurde. Même en connaissant un peu le sujet, je n'ai pu m'empêcher d'être surpris par les anecdotes aberrantes de Jean-Luc Coatalem. Entre le programme officiel qui ne supporte aucun changement, les autoroutes à huit voies sur lesquelles aucun véhicule ne circule, les restaurants gastronomiques qui servent des quarts de champignons bouillis ou des algues et les agents du gouvernements se faisant passer pour des religieux afin d'arrêter les croyants qui se rendraient en catimini, il y a de quoi, au choix, rire ou s'offusquer de la politique et de la vie nord-coréennes.

L'écriture est agréable, sans lourdeur, elle accompagne comme il faut cet incongru voyage. Mais pour autant, je n'ai pas accroché autant que je l'espérais. Je pensais être emballé par un expérience de lecture à laquelle je ne suis pas habitué (les récits de voyage), qui plus est à la destination plus qu'intéressante. Mais j'ai même allègrement sauté quelques dizaines de pages, passée la première centaine, par désintérêt.

 

À lire si le sujet vous intéresse sans que vous en sachiez déjà beaucoup. Je ne le vous déconseille pas vraiment, mais je ne vous le conseille pas vivement non plus.

 

 

Merci toutefois à Lucie Roblot des éditions Grasset pour l'envoi de ce livre.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Vendredi 1 mars 2013 5 01 /03 /Mars /2013 09:33

 

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À la manière d'Abdellah Taïa il y a quelques mois avec Infidèles, au Seuil également (lire critique), voici un roman complètement anecdotique sur le monde arabe.

Plutôt bien écrit, narré à la deuxième personne du singulier, au présent comme au futur, Mauvaises passes raconte l'histoire de Mohamed Ibrahim, un Cairote d'une vingtaine d'années qui prend une chambre en coloc avec un ami en centre ville afin de pourvoir à leurs besoins sexuels en toute tranquillité, malgré le mariage prochainement prévu avec sa cousine Hind.

 

Honnêtement, la quatrième de couverture est plus complexe que le roman. En cent-vingt pages imprimés en caractères à peine moins gros que chez Nothomb, Mohamed S. al-Azab raconte les difficultés de trouver un logement, les mœurs conservatrices d'un pays en lambeaux et de familles bridées par la religion, la sexualité inassouvie de la population.

Et c'est intéressant, parfois même presque drôle, mais dieu que c'est rapidement balancé ! Mauvaises passes donne l'impression d'un mémoire sur la vie cairote pas tout à fait fini, un peu bâclé. Un brouillon. Un brouillon bien ficelé, bien mené, mais pas assez touffu.

N'en reste pas grand chose une fois refermé, malgré de bons ingrédients et de bons arguments.

 

« La chambre ne leur plaira pas du tout. Ta mère restera interdite devant la vulgarité des femmes assises devant l'immeuble et ses yeux lanceront des éclairs. Sur le moment, elle se gardera de tout commentaire, mais éclatera au cours du repas :

« Quel être sensé abandonnerait la maison de ses parents pour s'installer dans un cloaque pareil ?! »

Elle se verra aussitôt interrompue par les rires indulgents de ton père, lequel te connaît assez pour savoir que tu ne resteras pas ici bien longtemps.

Hind se sentira un peu perdue dans ces murs. Elle se contentera d'écouter les autres, muette, et de mastiquer lentement.

En fin d'après-midi, ta famille repartira à Madinet el-Salam et toi tu prendras le bus d'Aïn Shams pour raccompagner Hind chez elle. Dans l'entrée de son immeuble, elle te dira :

« Cette histoire de chambre ne me dit rien qui vaille. Franchement, je commence à douter de toi. »

Tu te mettras à rire en lui donnant de petites tapes dans le dos et elle te repoussera gentiment avant de s'engager dans l'escalier – ne pouvant voir son visage, tu ne sauras pas si, à cet instant, elle partage ou non ton hilarité. » page 15-16

 

Merci toutefois aux éditions du Seuil pour l'envoi de ce livre.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Lundi 25 février 2013 1 25 /02 /Fév /2013 10:06

 

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« Tanguy Rouvet, adolescent de dix-huit ans, ne peut pas n'être qu'un vulgaire psychopathe. Ce statut peu enviable ne récompenserait pas les efforts d'imagination qu'il investit à se trouver mille et une bonnes raisons de se faire justice lui-même. Au terme d'un road-movie où les phases d'action et d'introspection engendre une tension ininterrompue, Tanguy parviendra-t-il à nous convaincre que derrière l'implacable enchaînement des faits tragiques se cache un être en quête d'absolu ? »

 

 

Ça commence donc par un argumentaire certes pompeux, mais aguicheur. Ça continue avec l'histoire de Tanguy qui fuit son domicile et son histoire après avoir étranglé sa mère. Ça se poursuit effectivement avec un road-movie, assez chaotique il faut le dire. En ça, l'argumentaire n'est pas mensonger.

Quant à la tension ininterrompue et l'implacable enchaînement des faits tragiques, je suppose que tout est question de point de vue. L'enchaînement n'a de tragique que l'impression qu'il laisse au lecteur. Les phases d'introspection prennent tellement le pas sur l'action que j'ai sauté des pages entières, c'est dire. Et je suis au regret de vous dire que l'histoire complètement absurde de ce pauvre gars ne m'a pas convaincu une seule seconde. Pas de quête d'absolu pour moi, donc.

 

Je m'étonne d'une chose : la seule qualité à vraiment sauver dans ce roman est l'écriture incisive et implacable (c'est plutôt là que j'emploierai cet adjectif, mais tout est question de point de vue) de Christophe Carpentier. Or il n'en est fait aucune mention dans la quatrième de couverture, citée plus haut. D'où la première étoile.

Divisé en cinq parties (Dijon, Les Alpes, Chamonix, Toulon et El Ejido), le roman est inégal et m'a souvent ennuyé. Néanmoins, j'ai trouvé assez intéressante la dernière partie, lorsque le jeune anti-héros se retrouve dans un paradis agricole pour exploitants sans scrupule ou enfer agricole pour sans-papiers morts vivants, au choix. D'où la deuxième étoile.


 

« La notion de bonheur est souvent affaire de comparaison avec plus malheureux que soi. » page 237

« Mais cette fois il en éprouve une excitation décuplée, sans doute qu'en matière de sexe, tout n'est qu'une question de familiarisation avec l'obscène, rien ne demeure durablement choquant. » page 275

« Il sait qu'il mène la seule existence qu'il mérite de vivre, parce que nulle autre existence ne lui conviendrait mieux que celle-ci, précaire et affligeante, horrifiante et cynique, qui ressemble à une collision permanente, une collision à laquelle il voue un culte sans bornes, ce culte de la collision qui seul est capable de mobiliser de façon optimale son énergie physique et psychique afin de se nourrir en continu de cette formidable cruauté qui fait battre le cœur du monde. » page 279


 

Merci toutefois à Jean-Paul Hirsch et Antonie Delebecque des éditions POL pour l'envoi de ce livre.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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