De l'écrit à l'écran

Samedi 7 décembre 2013 6 07 /12 /Déc /2013 10:00

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Bande dessinée ****

Transperceneige 1 - L 'échappé, Rochette & Lob, 110p, Casterman, 1999, épuisé

Transperceneige 2 - L'arpenteur, Rochette & Legrand, 65p, Casterman, 1999, épuisé

Transperceneige 3 - La Traversée, Rochette & Legrand, 65p, Casterman, 2000, 11,65 €

Le Transperceneige - L'intégrale, 250 pages, Casterman, août 2013, 35 €

 

Film **

The Snowpiercer, de Bong Joon Ho, avec Chris Evans, Song Kang-Ho, Jamie Bell, John Hurt, Tilda Swinton et Ed Harris, 2h

 

 

Je me dis toujours quand sort une adaptation cinématographique « Tiens ! C'est l'occasion de lire le bouquin ! », mais je ne prends quasi jamais le temps de le faire avant. Pour les bande-dessinées du Transperceneige, c'est la déception du film qui m'a redonné l'envie. Je voulais savoir si la fin pourrie était la même dans la BD.

 

Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir, après un point de départ semblable (une catastrophe climatique, un immense train où vivent depuis des années les derniers survivants de la Terre, une organisation politique et sociale qui a tout de la dictature, les pauvres entassés dans des wagons de queue ruinés par la crasse, la famine et la mort, les riches à l'avant profitant des saunas, boîtes de nuit, caviar et champagne), que tout le reste n'a strictement aucun rapport !

 

Je ne voudrais pas vous raconter les différences scénaristiques entre l'original et l'adaptation car ce serait trop vous révéler de la bande dessinée.

J'avoue avoir eu un peu de mal avec le dessin au début. Il faut dire que, visuellement, le film est très réussi, donc dans mon imaginaire restaient figées les images du film. Je me suis habitué au dessin noir et blanc, au réalisme et à la profondeur travaillés, mais il a fallu s'habituer à un dessin différent dans les deux derniers tomes. Je ne saurais vous expliquer les différences car je ne suis pas spécialiste BD, mais Rochette a complètement changé de dessin, peut-être pour signifier le renouveau de l'histoire (là est la plus grande différence entre les BD et le film, ce qui se passe dans les deux derniers tomes est inexistant dans l'adaptation, exceptée la fin du troisième volet.).

Voyez par vous-même avec ces deux planches.

 

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À l'origine, c'est le dessinateur Alexis qui avait commencé le Transperceneige, en créant seize planches avant de mourir en 1977. Rochette prit la suite et le scénario changea. C'est la version d'Alexis que le réalisateur coréen Bong Joon Ho a, semble-t-il, préféré utiliser pour son film, changeant quelque peu la trame du premier tome, délaissant carrément celle des deux suivants, jusqu'à rattraper la fin en cours de route. Fin qui avait un peu détruit dans ma tête tout le film (pourtant assez bon). En lisant la BD, je me rends compte qu'il a repris l'idée générale de la fin, mais en changeant complètement la forme et en la rendant très cinématographique et décevante.

 

 

Au final, le film est particulièrement bon si on enlève la fin et qu'on n'a pas lu la bande dessinée. Alors lisez plutôt l'intégrale BD (le premier tome, épuisé, atteint 150 € d'occasion !). L’œuvre de Rochette, Lob et Legrand impressionne par sa créativité et son ambiance sombre et étouffante, même si les thèmes habituels de la grande aventure post-apocalyptique sont quasi tous présent (l'arche, la société organisée selon des critères sociaux très précis, la critique de notre société actuelle, la progression d'un héros avant tout attaché à sa survie, la rébellion, les trahisons, l'histoire d'amour que l'on pense impossible, etc.).

 

 

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Par Sébastien Almira - Publié dans : De l'écrit à l'écran
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Lundi 22 octobre 2012 1 22 /10 /Oct /2012 12:22

Jean Teulé, roman, 160 pages, Julliard, 2006, 17,25 €, Pocket, 2008, 5,20 € ****

Olivier Ka et Domitille Collardey, BD, Delcourt, septembre 2010, 14,95 € ****

Patrice Leconte, film d'animation, 1h25, Diabolo Films, octobre 2012 **

 

 

La famille Tuvache tient depuis des générations une boutique d'objets en tout genre pour se suicider. Las d'une vie triste, sombre et sans intérêt, vous voulez en finir ? Chez les Tuvache, vous trouverez de quoi passer de l'autre côté : de la simple corde aux instruments diaboliques en passant par les poisons féminins et les revolvers, il y en aura pour tout le monde. Mais la famille à la sombre réputation, genre de famille Adams plus conventionnelle, sans éclat, va voir son quotidien voler en éclats lorsque nait le petit dernier, Alan. Le problème avec Alan, c'est qu'il est blond et qu'il respire la joie de vivre. Entre farces, chansonnettes et sourire collé aux lèvres en permanence, il agace ses parents et trouble les clients. Pas bon pour le commerce, tout ça ! Vous vous doutez bien que, parti comme c'est, ça risque de bien finir. C'est là le pourquoi de cette histoire : est-ce qu'Alan parviendra à apporter à sa famille et au reste de la ville morose dans laquelle il vit la joie et le bonheur ? Pas compliqué, mais sympa et original.

 

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Franchement, je ne me souviens pas tout à fait du roman, c'était il y a bien quatre ou cinq ans. Mais j'avais aimé. Beaucoup même. J'avais rigolé pas mal de fois. D'abord parce que le scénario s'y prêtait régulièrement, ensuite parce que Jean Teulé raconte ses histoires avec une plume fantaisiste, parfois cynique, mais (presque) toujours drôle. Et puis, le naissance du magasin des suicides, c'est quand même lui, c'est son idée, son histoire. J'aurais aimé inventé une telle fable, qu'on imagine aussi sombre et délurée !

 

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Une agréable surprise que voilà ! Dans la BD, Alan devient roux mais, à part ça, tout va bien. L'esprit du roman est respecté, les personnages tiennent la route, le dessin vaut le coup d'œil et l'humour est toujours présent. Et la couv' est magnifique, représentative de l'histoire toute entière.

 

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Aïe, ça se gâte avec le film ! Tout n'est pas réussi, mais tout n'est pas raté non plus. Ou tout n'est pas noir, tout n'est pas rose. Justement, le plus gros problème, c'est que tout est trop rose. Madame Tuvache (normalement frêle, commune et terne) devient, chez patrice Leconte, une grosse rousse au chignon impeccable, portant une robe rouge à décolleté, un petit gilet mauve, un collier de perles énormes et des lunettes roses à la forme fantaisiste. Non ! Ça ne va pas du tout ! Au lieu de transposer, il dénature !

Et il ne s'arrête pas là : le magasin des suicides ressemble à un magasin de bonbons qui rivalise d'éclat avec l'apparence de la Tuvache. La fille est une blonde plantureuse qui parle comme une ado débile d'aujourd'hui, avec des han à la fin de chaque phrase (« mais j'en ai trop marre de cette vie-han, j'aimerais tellement me suicider moi aussi-hannn ! »). Outre ces deux personnages très peu crédibles, Monsieur ressemble, lui, à un croque-mort. Il sauve les meubles.

Ensuite, l'ambiance du film. Trop de chansons. Vraiment trop. Plus que chez Disney et, en plus, elles sont longues et lourdes. Visuellement, même si les codes ne sont pas respectés, c'est pas mal fait.

Voilà, il s'agit d'une version édulcorée du roman, avec des chansons pour enfants, des codes visuels pour enfants, mais avec une histoire pour adultes. En gros, tiraillé entre sa représentation du roman et les impératifs commerciaux des big boss, Patrice Leconte signe un film à moitié raté qui ne sait même pas à quel public s'adresser. Dommage.

Par Sébastien Almira - Publié dans : De l'écrit à l'écran
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 13:27

Roman de Stieg Larsson, 570 pages, Actes Sud, 2006, 23 €, Babel, 2010, 10 € ****

Film de Niels Arden Opley, Suède, avec Michael Nygvist et Noomi Rapace, 2h30, 2009 **

Film de David Fincher, USA, avec Daniel Craig et Rooney Mara, 2h30, 2012 ****

 

 

millenium.jpg Alors qu'il vient de perdre un procès pour diffamation contre le multi-millionaire Hans-Erik Wennerström, Mickaël Blomkvist décide de prendre ses distances avec Millénium, le journal qu'il co-dirige avec sa maitresse. C'est alors qu'une autre figure majeure de l'industrie suédoise le contacte pour lui confier une mission délicate. Officiellement, écrire ses mémoire. Officieusement, découvrir ce qui est arrivé à sa nièce, qu'il chérissait et qui a mystérieusement disparue lors du conseil administratif annuel de l'entreprise familiale. Seule la famille était présente, un accident bloquait l'accès à l'île, personne n'a pu entrer ou sortir de l'île. Pour le convaincre d'accepter, Henrik Vanger double son salaire de journaliste et promet de lui offrir Wennerström sur un plateau.

Blomkvist sera aidé par Lisbeth Salander, jeune hackeuse professionnelle au look gothique, pleine de piercings et de tatouages, en proie à des agitations caractérielles qui lui valent d'être suivie par un gros porc de tuteur un peu trop porté sur le sexe.

De découvertes en révélations, de rebondissements en fausses pistes, Stieg Larsson cuisine un polar nordique classique au dénouement un brin perturbant, qui explique en quoi certains hommes n'aiment pas les femmes. Là où ce premier tome mérite ses quatre étoiles, c'est que je n'aime pas les romans policiers. J'en lis très peu, mais il m'arrive d'être ébahi devant certains, où Millénium côtoie les Dix petits nègres et autre Crime de l'Orient-Express. Chez Stieg Larsson, il y a quelque chose dans l'écriture et/ou la façon de raconter une histoire qui sort de l'ordinaire. Je n'ai pas réussi, depuis trois ans, à mettre des mots clairs dessus, mais il y a « un petit quelque chose en plus » qui fait que j'ai gravement accroché, comme jadis pour les Harry Potter. Visiblement, je ne suis pas le seul non amateur de polars à être tombé sous le charme de ceux-ci !

Il est mort après avoir déposé ses trois manuscrits chez Norstedts Förlag. Publié dès 2005 en Suède, la trilogie de Larsson atteint aujourd'hui des ventes pharamineuses : plus de deux millions de lecteurs en Suède, plus d'un million d'exemplaires de chaque tome vendus en France... et un total de cinquante millions de livres vendus dans le monde ! On ne peut pas dire que l'écrivain a volé son succès, et je vous conseille vivement d'y participer !

 


affiche-millenium.jpgJe ne me souviens pas trop de la version suédoise, sinon qu'elle ne m'avait pas convaincu du tout. Notamment pour le choix de certains acteurs (Blomkvist est un séducteur qui se tape qui il veut, excusez-moi Michael Nygvist mais vous ne représentez pas tout à fait ce genre d'homme). Je ne saurais dire les points négatifs que j'y ai trouvé sur le moment mais je dois avouer que Noomi Rapace en Lisbeth était époustouflante et que la scène de viol était aussi choquante que réussie. En tout cas, j'avais été assez déçu pour ne pas voir les deux films suivants.

Je ne savais pas trop quoi attendre de l'adaptation de David Fincher. Même si l'homme a réalisé quelques incontournables, j'avais un peur de voir une superbe incarnation du film à gros budget américain, qui plus est avec Daniel Craig dans le rôle principal, un acteur que je ne portais jusque là pas très haut dans mon estime.

Millenium-de-Fincher-afficheEt bien, j'ai été très très agréablement surpris. Daniel Craig, Rooney Mara (Lisbeth) et la bande son tiennent leur rôle à la perfection (exceptés les pulls un peu trop « mode gay » que Fincher a cru bon de faire porter sans cesse à Craig pour appuyer le côté journaliste fashion). La réalisation, les scènes, les images sont parfois à couper le souffle (à l'image du travail fait sur le générique de début). Et l'adaptation est assez fidèle au roman. On pourra peut-être trouver le film un peu longuet mais pas outre-mesure. Fincher a fait l'effort de ne pas resservir de l'interminable Benjamin Button.

En somme / Si le polar suédois a de beaux jours devant lui (merci le succès de Millénium !), l'adaptation de David Fincher, qui possède dans la réalisation le même genre de « petit quelque chose en plus » que le roman de Larsson, est à préférer à la version suédoise.

Par Sébastien Almira - Publié dans : De l'écrit à l'écran
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 14:17

L'invention d'Hugo Cabret, Brian Selznick, Bayard Jeunesse, 2008 pour le grand format, 17,90 €, 2011 pour le semi-poche, 12,90 € (environ 500 pages, dont 300 d'illustrations noir et blanc de l'auteur) ****

Hugo Cabret, Martin Scorsese, 2011, Paramount / Metropolitan, avec Asa Butterfield, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Chloé Moretz, Christopher Lee (environ 2h) ***

 

 

 

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Hugo Cabret, avant d'être le héros de la nouvelle super-production nommé onze fois aux Oscars de Martin Scorsese, est le héros d'un roman jeunesse. C'est important de le savoir car le roman est meilleur que le film.

 

Hugo n'a pas eu trop de chance. Son père est mort dans un incendie, son oncle alcoolique le force à arrêter l'école pour apprendre son métier : remonter les pendules de la gare de Paris. Tout ce qu'il reste de son père à Hugo est un automate trouvé au fin fond du musée où il travaillait, le carnet où il archivait tous les schémas et indications concernant l'automate et l'art de réparer n'importe quel mécanisme. Lorsque son oncle disparaît, Hugo continue de s'occuper des horloges de la gare sans se faire voir et de réparer l'automate, dont il est sûr qu'il lui délivrera un message de son père.

Jusqu'au jour où le marchand de jouets chez qui il vole régulièrement les outils et les pièces dont il a besoin, le surprend. Perturbé à la vue du carnet et des dessins qu'il renferme, il le lui confisque. Hugo n'a alors plus qu'un but : récupérer le carnet et terminer l'automate.

Aidé de la petite-fille du marchand, il est entrainé dans une fantastique aventure qui les conduira de leur Paris des années 30 à la naissance du cinéma et au génie oublié, Georges Méliès, magicien, père des effets spéciaux (alors appelés trucages), premier réalisateur et créateur du premier studio de cinéma en France.

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hugo2hugo1Le roman de Selznick renferme une importante galerie d'illustrations noir et blanc qui sont une part véritable du récit. Il arrive que, sur une dizaine de double pages, s'enchainent des dessins représentant une scène entière. Celle-ci n'est pas racontée par le narrateur, d'où l'importance des illustrations de Selznick, fort réussies.

Pas long, le texte est facilement lisible à partir de 9 ans, sans limite d'âge ! L'écriture est fluide, agréable et on se laisse facilement entrainer dans l'univers merveilleux du conte de Selznick. Ça se lit très vite et il reste dans nos têtes un petit air de chant de Noël accompagné de flocons de neiges.

 

Le film de Scorsese restitue à la perfection l'ambiance et l'intrigue du livre pour en accentuer le côté conte de Noël : personnages atypiques, musique et situations théâtrales, vieux Paris merveilleux, neige à foison, petites lunettes sur Papi acariâtre, etc.

Esthétiquement, le film a de quoi se vanter aux Oscars. Il faut dire qu'il a coûté la modique somme de 170 millions de dollars. Alors il a plutôt intérêt à être bien fait.

Mais il n'est pas parfait pour autant, d'où ma large préférence au roman. D'abord, il est trop long. Vingt minutes de moins auraient été les bienvenues. Les scènes semblent s'allonger sous nos yeux comme de la pâte à pain et, franchement, on s'ennuie. Ensuite, Asa Butterfield (qui joue Hugo Cabret) n'est pas foncièrement un mauvais acteur, mais il en fait trop, dramatisant sans cesse la situation, un peu à la manière de Freddie Highmore dans Arthur et les Minimoys. Se sentent-ils pousser des ailes parce qu'ils jouent dans une grosse production ou surjouent-ils pour cacher leur manque d'expérience ?

 

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Voilà donc un merveilleux conte de Noël à lire sans modération, un vibrant hommage au père de la sciences-fiction à voir malgré la longueur. Préférez tout de même le livre qui, en plus, est un bel objet à offrir grâce aux illustrations !

Par Sébastien Almira - Publié dans : De l'écrit à l'écran
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 11:26

Mygale, roman policier de Thierry Jonquet, 150 pages, Gallimard, Série Noire (1984), Folio policier (1995, réédition 1999), 5,70 € ****

La piel que habito, film de Pedro Almodovar, 2h, El Deseo (2011) ***

 

jonquet-2Pour sa deuxième adaptation littéraire, Pedro Almodovar s'attaque au culte et court roman noir de Thierry Jonquet, Mygale, où un célèbre chirurgien entretient une étrange relation avec une jeune et désirable femme qu'il ne laisse sortir de sa chambre que pour la prostituer et l'inviter dans des restaurants chics. Dès le début du roman, on fait face à trois narrations distinctes, sans liens apparents. Ève, enfermée dans sa chambre, passe son temps à dessiner et jouer du piano, lorsque Richard ne la sort pas. Car il s'agit bien de cela : Ève est sa chose, elle n'existe que par les désirs de son geôlier. On suit également deux jeunes hommes, le premier, Alex, est recherché par la police pour avoir braquer une banque tandis que le second, Vincent, est retenu prisonnier, mais tous deux sont dans la même situation qu'Ève : enfermés.

D'une plume élégante et froide, précise et neutre, qui sied bien à l'intrigue : chirurgicale, Thierry Jonquet met en place un climat inquiétant, hypnotique. On pénètre un cauchemar, trois même, sans savoir quand et comment ceux-ci se rejoindront. Une pépite, noire à souhait !

 

la_piel_que_habito-2.jpgOn comprend aisément que le roman ait plu à Pedro Almodovar, les thèmes et la noirceur du récit lui sied parfaitement. Il a cependant choisi d'adapter le roman assez librement, commençant par l'histoire actuelle d'Ève, se souciant du passé et des intrigues connexes seulement dans la seconde moitié du film. Le braqueur est toujours présent, mais son rôle a été réinventé. Le lien avec Ève n'est plus le même, il remonte plus loin, il fait exister d'autres personnages, d'autres scènes, d'autres liens. La figure maternelle, chère au cinéaste, fait son apparition, développant un pan de l'histoire d'Ève que Jonquet ne faisait que survoler. Mais cette fois, à la bienveillance habituelle des mères almodovariennes, il faut rajouter la destruction. Marisa Paredes joue de nouveau pour Almodovar et remplit le rôle de mère protectrice et destructrice à merveille.

L'ensemble est plus touffu, plus complexe, plus profond, mais en même temps la construction est plus bancale et rend le film paradoxalement moins profond. Les narrations connexes semblent jetées à la fin du film sans autre but que faire avancer l'histoire, alors que dans le livre, chaque narration a son importance et aucune ne se soumet à la supériorité d'une autre. Peut-être le film mérite-t-il d'être vu une seconde fois pour un meilleur jugement.

 

 

En attendant, chacun vaut le détour.

Mygale pour sa construction aussi froide et chirurgicale que l'écriture de Thierry Jonquet, pour le fil qui se dévoile au fil des chapitres, pour mieux nous glacer d'effroi devant une vérité à laquelle on était loin de s'attendre.

La piel que habito pour le jeu épatant des acteurs (Antonio Banderas, Marisa Paredes et la jeune et ravissante Elena Anaya), pour la profondeur psychologique de l'intrigue et des personnages, pour le suspense tout en finesse et la touche almodovarienne.

Les fins sont également différentes, alors ne choisissez pas : lisez Mygale, voyez La piel que habito et soufflez un bon coup.

Par Sébastien Almira - Publié dans : De l'écrit à l'écran
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