Robin Thicke, Blurred Lines, 10 titres, Polydor, juillet 2013, 14,99 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Puisque je pars quinze jours dans le sud samedi, c'est l'occasion idéale pour vous parler d'un des disques de l'été. Robin Thicke fait parler lui depuis quelques semaines avec son tube Blurred Lines, et l'album du même nom vient de sortir. Un disque court (dix pistes), chaud et entraînant, pour passer un bel été.

 

L'homme avait travaillé avec Mary J. Blige, Mariah Carey, Chrisina Aguilera ou encore Michaël Jackson avant de se lancer lui-même dans la chanson.

Son sixième album, le premier dont on parle en France si je ne m'abuse, est un disque pop qui lorgne sans vergogne vers le funk, le disco et le R'n'B. On retrouve ainsi des influences des Bee Gees, de Jamiroquaï, de Barry White et de certainement plein d'autres que je ne connais ou ne reconnais pas.

On pense souvent à Craig David et Justin Timberlake. Genre, ça pourrait être le dernier album de ce dernier s'il n'avait pas sorti le prétentieux et paresseux The 20/20 Experience il y a quelques mois. Il y a quelque chose de diablement sexy à la Timberlake dans la voix, dans le regard et les poses (voir le clip de Blurred Lines) et, comme lui, il n'hésite pas chanter dans les aigus, ce qui fait parfois des contrastes plutôt sympas au sein d'un même titre.

 

Voilà donc un bon disque qui mêle habilement pop, R'n'B, funk et disco, entre modernité et old school, à emmener en vacances, à passer en soirée, à écouter en faisant le ménage, histoire de tortiller du cul en toute circonstance !

 

 


 

 

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En attendant la rentrée...

Publié le par Sébastien Almira

Chers amis, chers lecteurs,

 

En attendant la rentrée littéraire, l'été sera creux. Seuls quelques articles seront publiés. Quelques disques dont j'ai vraiment envie de vous parler, du cinéma, mais peu de livres. Et dès la mi-août, la littérature fera son grand retour avec une rentrée déjà en préparation !

 

Je vous parlerai du plus mauvais Nothomb (La Nostalgie heureuse, chez Albin Michel), du joli roman de Patricia Reznikov (La Transcendante, chez Albin Michel), du premier Lyonel Trouillot que je lis (Parabole du failli, chez Actes Sud), du soporifique et prétentieux Karine Tuil (L'invention de nos vies, chez Grasset), du génial Journal malgré lui d'Henry K. Larsen de Susin Nielsen côté jeunesse chez Hélium, et de ceux que je n'ai pas encore lus, dont Le rire du grand blessé de Cécile Coulon chez Viviane Hamy et Urbs de Raphaël Meltz chez Attila qui ont l'air géniaux !

 

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Pour vous faire patienter un peu, voici de jolis extraits de Parabole du failli de Lyonel Trouillot, commencé hier et qui s'annonce magnifique :

"Aux vieilles qui s'essoufflaient en grimpant la colline de leurs chaussures d'un autre temps et auxquelles tu offrais quelquefois ton bras, parce que la pente est raide et que ce n'est pas plus mal si les forts aident les faibles. Tu aimais les vieilles autant que les enfants et, toutes fières, avec des sourires de bal de débutantes, elles grimpaient à ton bras cette satanée de colline qui avait épuisé leurs rêves, leurs jambes, leurs amours. Le dernier homme à leur avoir donné le bras avant toi était mort depuis longtemps. Va-t'en-savoir-pourquoi, cette putain de colline est une machine à faire des veuves."

"Quand les pauvres se mettent à avoir de la classe et s'expriment comme des chérubins vivant dans les nuages, c'est qu'ils se laissent atteindre par les vices des riches."

"C'est toujours sur le dos des autres que l'on développe des amitiés. Le truc, c'est de choisir quels autres."

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Claire-Lise Marguier, Les noces clandestines, roman, 120 pages, Le Rouergue, collection La Brune, janvier 2013, 13,80 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Dure est la chute après le grandiose Le faire ou mourir qui, l'année dernière, m'avait ému, puis retourné et fini par m'impressionner (critique ici). Après cette première incursion dans le monde des adolescents, la Toulousaine s'en prend au roman adulte.

 

Toujours au Rouergue, toujours sous la forme d'un court récit, toujours avec un style raffiné et percutant, toujours une histoire pas ordinaire dans l'ordinaire, toujours une noirceur ambiante malgré une beauté renversante, toujours un rapprochement initialement pas évident mais plus qu'envoûtant et laissant peu de place à un quelconque échappatoire.

 

Malgré ces points communs, Claire-Lise Marguier ne fait pas dans la redite, et c'est tout à son honneur. Mais ce qui m'a gêné dans cette histoire d'enlèvement, puis de séquestration et enfin d'envoûtement, c'est un final pas du tout à la hauteur de ce qui le précède.

Ce qui le précède, c'est une histoire dont on ne peut de dépêtrer. Accrochés qu'on est à ses Noces clandestines, on tourne fébrilement les pages de ce que l'on prend pour un petit bijou noir assez lumineux pour ne pas plonger dans un sentiment de dégoût et d'effondrement.

Ce qui le précède, c'est une nouvelle démonstration du talent de la romancière de créer une étrange bulle emprunte d'un plaisir mélancolique dans laquelle on se laisse bercer autant que bousculer.

 

Et après ça, le final fait preuve d'une fadeur, d'un manque de profondeur et d'imagination, au moins aussi égal à la virtuosité du reste, qui brise la bulle dans laquelle on nous enveloppait innocemment depuis presque une centaine de pages. Et on lit les vingt dernières pages en sautant allègrement des paragraphes entiers avant de se rendre compte qu'on a bien été dupés : on a été débarqué d'un petit chef-d’œuvre et rien n'a été entrepris pour nous y replonger.

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Lectures estivales 2013

Publié le par Sébastien Almira

Deuxième édition des lectures estivales, sans retard cette année, s'il-vous-plaît ! Vu le temps, je suis plutôt en avance, d'ailleurs. Ne me dîtes pas que vous habitez le sud et qu'il fait très beau, parce que vous avez aussi le mistral depuis le début de la semaine, alors pas de cagades !

Cette année, je ne me cantonne pas qu'aux livres de poche, mais il y en a pour tous les goûts et tous les budgets.

 

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Commençons par le moins cher et le plus drôle : en attendant le film de Luc Besson avec Michelle Pfeiffer, Robert De Niro et Tommy Lee Jones, lisez ou relisez les fantastiques aventures familiales des Blake, Américains récemment installés en Normandie, dont les sourires, les bonnes intentions et le secret qu'ils cachent vont entraîner une multitude de scènes à l'humour ravageur !

Malavita, Tonino Benaquista, Folio, 7,50 €

 

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Deuxième poche, moins tordant mais qui vous fera voyager en Amérique du sud avec la plume magnifique de David Toscana dont le personnage cherche dans ses lectures la réponse à toute chose de la vie, et plus particulièrement à la disparition d'une fillette. Très beau roman.

El ultimo lector, David Toscana, Zulma poche, 8,95 € (critique)

 

zanzibar

En grand format, je vous propose d'allier cette fois l'humour et le voyage avec Zanzibar. Ou l'histoire folle de deux journalistes ratés qui décident de faire le tour du monde tout frais payés en se faisant passer pour des journalistes touristiques de renom. Mené sous forme d'enquête sur leur mort plus qu'étrange, Zanzibar accompagnera à merveille vos vacances !

Zanzibar, Thibault de Montaigu, Fayard, 18 € (critique)

 

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Si vous aspirez à plus de sensualité, sans tomber dans la niaiserie et la facilité, Pornographia, le troisième roman de Jean-Baptiste Del Amo est pour vous. Emprunt d'une sensualité torride, dure et poisseuse, rendue presque magnifique grâce à la langue prodigieuse du jeune auteur, Pornographia est un chef d’œuvre de plus à son tableau. Âmes sensibles, s'abstenir.

Pornographia, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard, 14,50 € (critique)

 

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Enfin, vous devez tous profiter de cet été pour lire l'un des plus belles histoires que j'ai lues : Chapardeuse de Rebecca Makkai, paru l'année dernière. Une bibliothécaire fuit bon gré, mal gré une vie morne avec un gamin solitaire qui passe son temps à lire ses recommandations. Un road-movie magique, magnifique, qui donne le sourire à chaque page. Un énorme coup de cœur.

Chapardeuse, Rebacca Makkai, Gallimard, 21 € (critique)

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Willy Moon, Here's Willy Moon, 12 titres, Universal Island Records, avril 2013, 14,99 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Willy Moon a tout juste 24 ans, il vient de Nouvelle-Zélande et il chante le rock comme un crooner des années 50.

D'une voix torride, il fait sensation en mêlant rockabilly, hip-hop et électro. Étrange, vous avez dit ? C'est pourtant ce qu'il fait sur son premier album, Here's Willy Moon, dont l'esthétisme rejoint les rythmes rocks des années 50 sur lesquels il lorgne sans avoir à en rougir.

Il enchaîne douze titres chic et choc, hyper entraînants pour la majorité, avec une classe incontestable malgré le mélange des genres dans lequel il semble férocement prendre son pied.

 

Peut-être connaissez-vous déjà le garçon dont le titre Yeah Yeah samplant le Wu-Tang Clan a été choisi par plusieurs marques pour dynamiter leurs campagnes de pub. En Angleterre,il fait la première partie de Jack White et, après plusieurs singles, il sort enfin son premier en avril dernier. Dix titres originaux et deux reprises (I put a smell on you de Screamin’ Jay Hawkins et I’m Shakin’ de Little Willie John) composent ce fantastique disque aux allures de cabaret rock géant (certains titres auraient parfaitement leur place dans un film de Baz Luhrmann)

 

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Willy Moon, photographié(s) par sa petite amie photographe, Saha Rainbow

 

Avant ça, c'était pas la joie. Revenu à Londres à 18 ans, il est fauché, s'installe dans une chambre sans fenêtre dans une usine désaffectée et devient peintre en bâtiment. Il dira « J’avais un boulot abominable dans une ville grise et glauque que désormais je méprisais. Je me sentais comme un héros de Dickens arrivant aux États-Unis le cœur rempli d’espoir et découvrant la plus sinistre des villes. » C'est une femme qui lui fera découvrir l'amour en même temps que les disques des Andrew Sisters. Je vous passe les détails (si vous les voulez, lisez l'article des Inrocks), mais c'est à ce moment qu'il commence à écrire, composer et enregistrer les chansons que vous pouvez écouter ci-dessous avant d'aller acheter l'album court mais intense et envoûtant de cet Elvis des temps modernes !

 

 

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Jean-Claude Mourlevat, Silhouette, nouvelles à partir de 12 ans, 220 pages, Scripto Gallimard, janvier 2013, 9 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Jean-Claude Mourlevat, l'auteur du Chagrin du Roi mort et du Combat d'hiver, publie a publié ce début d'année un recueil de dix nouvelles qui ont pour point commun de toutes finir mal. Humour noir, absurde, peur, c'est le point commun de ces histoires d'une vingtaine de pages chacune.

 

Un ado a réussi à convaincre ses parents de le laisser partir en colo et qu'il était assez grand pour fermer seul la maison alors que ceux-ci sont déjà en vacances. Il se rend compte sur le trajet que s'il a suivi à la règle la trentaine d'instructions de sa mère, il a enfermé le chat dans sa chambre. Il se met en tête de quitter le groupe en pleine aire d'autoroute pour le sauver, mais il n'est pas au bout de ses surprises.

Un vieil homme qui n'en a plus que pour quelques mois décide d'aller à la rencontre de tous ceux qu'il a pu blesser afin de se faire pardonner. Mais le pardon n'est pas si facile et la vengeance est un plat qui se mange froid.

Un féru d'orthographe et de grammaire veut punir le premier ministre pour ses fautes. Vous connaissez l'arroseur arrosé ? Lui ne s'y attendait pas, en tout cas !

 

Entre meurtres, vengeances, hontes, haines, jalousies, rejets et perte de la mémoire, Mourlevat nous a concocté dix perles sur lesquelles plane toujours l'inquiétante ombre de la pire nature humaine. Si toutes les nouvelles ne se valent pas, si certaines vous intéresseront moins, ce recueil reste néanmoins de bonne facture et plaira sans peine aux adolescents qui n'ont pas peur de voir le vrai visage du monde et de nos congénères. Mention spéciale à la dernière nouvelle, machiavélique à souhait, qui s'enroule autour de vous comme autour des silhouettes qui peuplent ce livre jusqu'au dénouement aussi jubilatoire que redoutable !

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La mort de Virgin.

Publié le par Sébastien Almira

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L'occupation sur les Champs-Élysées


Voilà, c'est fini.

C'est une aventure extraordinaire qui s'achève en France aussi.

 

Parce que Virgin, à l'origine c'est anglais. D'abord, c'était un magazine qui parlait de musique, de disques que l'on ne trouvait pas facilement dans le commerce, déjà un vrai travail de spécialistes, de découvreurs. Devant le nombre de personnes demandant où trouver tel ou tel disque, Richard Branson et Nik Powell ouvrent un comptoir à Londres en 1971 qui ne vend que les disques dont ils parlent dans le magazine, c'est Virgin Records and Tapes. Puis une première boutique voit le jour sur Oxford Street à Londres en 1979. Et une autre. Et une autre. Dans les années 80 et 90, c'est une centaine de Virgin Megastore qui ouvrent leurs portes en Angleterre !

 

Vu le succés, ils décident de s'attaquer au reste du monde : les États-Unis, le Japon, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, l'Australie, l'Egypte... En France, l'offre est diversifiée pour concurrencer la Fnac qui règne, impitoyabe depuis 1974, écrasant sur son passage un grand nombre de libraires et de disquaires. Ainsi, l'enseigne vendra également des livres, des vidéos, des jeux et de la papèterie. On est en 1988 et Richard Branson vise rien moins qu'un somptueux bâtiment, dont l'escalier de marbre et la porte du coffre-fort de l'ancienne City Bank sont classées, de 8500m² sur les Champs-Élysées. L'année suivante, Marseille est investie, puis Bordeaux en 1990. Là aussi, de beaux bâtiment en pierre sont choisis.

 

En France, l'impact de Virgin n'est pas aussi important que dans son Angleterre natale, mais l'aventure devient rapidement une institution. Le vaisseau amiral, sur les Champs-Élysées, est visité par les touristes du monde entier autant que par les artistes en promotion. Lorsqu'un reportage sur la rentrée littéraire ou sur la sortie d'un nouvel album de Mylène Farmer est tourné, c'est au Virgin des Champs-Élysées que l'on vient. Le succés est colossal. L'enseigne peut également se targuer de n'embaucher que des spécialistes. Pas de faux libraire, pas de faux disquaire. Que des passionnés qui se battent pour faire découvrir des réalisateurs, des chanteurs, des auteurs injustement inconnus, qui se battent pour la culture. "Virgin, la culture du plaisir".


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                 Oxford Street à Londres                                                                                 New York

 

Mais des loyers faramineux, une direction hasardeuse (quel est l'incapable qui a décidé de ne pas proposer de site de vente sur internet ? et j'en passe), une baisse massive du marché du disque (qui représentait la majorité de l'activité), puis de la vidéo, la crise qui fait du tort à la culture, Amazon qui détruit les librairies, etc., tout ça fait qu'après les États-Unis, l'Angleterre et de nombreux autres pays, c'est au tour de la France de voir disparaître les 26 derniers Virgin Megastore du territoire (il y en a eu jusqu'à une quarantaine) que Richard Branson avait vendus à Lagardère qui a revendu 80% à Buttler Capital, tout en gardant 14%, les 6% restant appartenant au PDG de Virgin Mobile.

 

En janvier, la direction dépose le bilan, pendant quelques mois, on espère une retructuration qui sauvera l'entreprise. Puis l'administrateur judiciaire déclare les magasins en cession. Pendant plusieurs semaines, on attend des repreneurs sérieux mais on doit se contenter d'une bande de branques qui entendent obtenir 11 magasins, la marque Virgin et plusieurs millions d'euros de stock pour 1,2 million d'euros (Rougier et Plé)... Toutes les propositions sont rejetés par le tribunal de commerce lundi 10 juin 2013.

 

Mardi matin, la direction annonce la fermeture de tous les magasins pour le vendredi 14 juin. Le jour même, quatre magasins sont occupés par les employés : celui des Champs-Élysées, de Barbès (Paris), de Rouen et de Strasbourg afin d'obtenir un PSE décent. 6 millions d'euros étaient au départ sur la table pour une entreprise qui compte encore 1000 salariés. Dont une grande partie de vendeurs spécialisés depuis des années en musique ou en vidéo qui ne retrouveront pas de travail dans leur branche et pour lesquels une réorientation semble indispensable. Mais l'argent disponible est loin de suffire puisqu'il ne dépasse pas le minimum légal (1/5e de salaire mensuel par année travaillée, donc 200 € pour un salarié au SMIC qui a un an d'ancienneté, 2000 € pour un salarié qui a dix ans de boîte). La direction décide alors de fermer immédiatement les 26 magasins de la chaîne pour des "raisons de sécurité". Quelques jours plus tard, Les Grands Boulevards à Paris, Dunkerke, Avignon et Plan de Campagne rejoignent la mobilisation.

 

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                       Virgin des Champs                               occupation chez Lagardère                              Virgin des Champs

 

Lundi 17 juin 2013, l'entreprise est officiellement mise en liquidation et l'occupation se poursuit jour et nuit dans huit magasins pour obtenir 15 millions d'euros afin de faire appel à un cabinet de reclassement et de disposer d'un peu plus d'indemnité de licenciement.

Hier soir, jeudi 20 juin 2013, un accord a été signé avec Maître Lévy, qui s'occupe de la liquidation et qui souhaite nous voir quitter les lieux le plus vite possible. Après dix jours d'occupation et des mois de lutte (la première manifestion a eu lieu le 29 décembre 2012), nous avons obtenu la somme demandée et nous tirerons notre révérence à nos clients demain après-midi avec des groupes et DJ "Virgin" qui se produiront devant le Virgin des Champs-Élysées de 12 à 19h à l'occasion de la fête de la musique. Enfin, nous ferons nos adieux au magasin qui a accompagné pendant un an, cinq ans, vingt-cinq ans, une équipe soudée et passionnée de 180 salariés (1000 pour la France). Un lieu emblématique de la culture en France. Un lieu mythique.

 

Une page se tourne, à nous d'en écrire de belles. Mais Virgin fut pour nous une aventure extraordinaire. Une aventure humaine, culturelle, faîte d'échange avec les collègues, les clients, les éditeurs, les artistes, faîte de moments inoublables, sur laquelle restera à jamais un brin de nostalgie pour certains, une larme pour d'autres, mais pour tous un goût amer, un goût d'inachevé en même temps qu'un souvenir impérissable. Merci aux collègues et aux clients.

 

702488-virgin-megastore-nice.jpgVirgin de Nice

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Yves Grevet, Nox, Ailleurs (2), roman ado, 420 pages, Syros, avril 2013, 16,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ayant perdu la feuille sur laquelle j'avais écrit une bonne partie de ma critique pour ce deuxième tome de Nox, et vous ayant déjà fait part de ma grande flemmardise, vous comprendrez aisément que je ne suis pas de taille à recommencer cet article. Je vous parlerai donc assez rapidement de la fin de la dernière série pour ado d'Yves Grevet, le père de Méto.

 

Si vous souhaitez vous ré-imprégner du premier tome, vous pouvez en lire le résumé et la critique ici.

J'avais beaucoup apprécié que l'auteur invente vraiment quelque chose de nouveau, sans piocher des idées, des scènes, des personnages dans Méto, ce qui aurait été facile et attendu. Dans Nox, il met la barre un peu plus haut au niveau de l'âge, des enjeux politiques et sociaux, de la dureté des fait. Et il le faisait très bien. Ça tenait la route du début à la fin.

Et bien c'est toujours le cas avec ce génial second tome, dont on ne peut s'empêcher de tourner les pages à une vitesse incroyable ! L'aventure, le suspense, les doutes et les surprises de l'amitié, l'espoir et l'amour (et l'espoir de l'amour) sont toujours une question de survie. Et de survie, il en est d'ailleurs plus que jamais question. Car, sans vous dévoiler quoi que ce soit de la suite de l'intrigue, pour Lucen, Firmie et même Ludmilla, il va falloir s'accrocher pour tenter de s'en sortir, de survivre, et peut-être de réapprendre à vivre.

 

En somme, voilà un très bon final à la nouvelle dystopie d'Yves Grevet, un auteur jeunesse sur lequel il faut compter. N'hésitez pas à lire Méto (article), Seuls dans la ville (article) et L'école est finie (article) qui, dans des genres bien différents, prouvent que la littérature n'est pas morte, qu'elle donne envie de lire et qu'Yves Grevet en est le parfait exemple !

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Collection Poche chez Zulma !

Publié le par Sébastien Almira

Zulma

 

Dans un soucis de faire découvrir des perles publiées par leurs soins en grand format mais dont le succès n'a pas été assez grand pour une sortie chez les gros éditeurs de poche et que les libraires retournent petit à petit jusqu'à ce qu'ils disparaissent de la circulation (oh ! les vilains libraires !), Zulma créé sa propre collection de poche.

Le design et la qualité restent les mêmes, si ce n'est le retrait des rabats et une déclinaison argentée qui s'ajoute à la couverture d'origine. Proportionnellement, le format Zulma semble respecté et le résultat est plus large de cinq millimètres qu'un poche conventionnel et à peine moins haut. Le prix, lui, est plus élevé que chez la concurrence, mais vu le soin apporté à la réalisation, on ne va pas chipoter. D'autant qu'à 8,95€ le livre, on est sensiblement dans la même fourchette que chez Babel, la collection poche d'Actes Sud.

La fréquence de publication devrait être de huit à douze titres par an. Les quatre premiers titres sont disponibles depuis le 2 mai. C'est peut-être l'occasion de lire de jolies découvertes qui vous étaient passées sous le nez ! Voici les deux que j'ai lus. Les deux autres sont C'est moi qui éteins les lumière de Zoyâ Pirzäd (traduit du persan par Christophe Balaÿ, 280 pages, 9,95 €) et Mes seuls adieux d'Anjana Appachana (traduit de l'anglais (Indes) par Alain Porte, 230 pages, 8,95 €).

 

 

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David Toscana, El ùltimo lector, roman traduit de l'espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo, 180 pages ***

Icamole, petit village au nord du Mexique. Tirant de l'eau de son puits, en plein sécheresse, Remigio y trouve le corps d'une fillette inconnue. Effrayé qu'on puisse le confondre, il décide de se débarrasser du corps. Lucio, bibliothécaire viré par l'administration, fait de la résistance. Sa bibliothèque reste ouverte et il continue de lire tous les livres qu'il a reçu du temps où elle était officiellement ouverte, à mettre en étagères ceux qui sont dignes d'être lus et à jeter dans une pièce infestée de cafards ceux qui ne le sont pas selon lui. À la lumière de ses lectures, il mène l'enquête sur la fillette, comme sur tout le reste, persuadé qu'il est que tout se révèle en lisant, que toute histoire qui survient a été écrite quelque part.

Un roman, tantôt drôle (l'auteur n'hésite notamment pas à distiller fréquemment dans la bouche du bibliothécaire des pensées qui sont certainement les siennes, acerbes à souhait, sur ce que sont devenus la littérature et la plupart des écrivains), tantôt dur (tant la réalité de la sécheresse, de l'éloignement, de la pauvreté, est bien contée), tantôt réaliste, tantôt fantasque qui vous enivre de ses mots, de ses lectures, de sa virtuosité, jusqu'au dernier paragraphe. Peut-être le dernier paragraphe de livre qui m'aura le plus bluffé, le plus accroché, le plus plu.

« Il ouvre un livre et se met à lire. Par prudence, il a pris un roman récent, un de ceux qui ne se donnent pas la peine d'expliquer un repas en détail, sauf s'il s'agit d'auteurs féminins ou peut-être d'un écrivain latino-américain qui, à ses débuts, croyait que l'écriture pouvait régler les problèmes sociaux mais qui, avec les années, a préféré divertir les femmes à chaussures vernies qui lui demandaient un autographe entre flatteries, coquetteries et déclarations d'amour pour tout ce qui vient de l'étranger, car il fut un temps où j'incarnais un peuple, dit-il, mais aujourd'hui je suis franco, germano ou bulgarophile. Mon personnage brandissait un poignard, maintenant il a un verre de vin à la main. Il dormait dans une ruelle, à présent il se plaint que sa chambre d'hôtel n'ait as vue sur la mer. » page 17

 

 

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Gert Ledig, Sous les bombes, roman traduit de l'allemand par Cécile Wajsbrot, 210 pages ****

« Un jour de juillet 1944, en une heure et neuf minutes, le temps d'une attaque aérienne sur une grande ville allemande. Dans cet univers d'horreur et de cruauté où luisent les derniers feux du fanatisme, subsistent malgré tout des traces d'humanité : le lieutenant qui refuse une mission absurde ; le radio qui n'ose pas dire la vérité à une mère ; l'aviateur américain qui lance des bombes sur le cimetière pour ne faire mourir que des mort. Des hommes et des femmes qui, dans l'urgence de survivre, tentent de ne pas oublier qu'ils ont aussi à vivre. »

Époustouflant, éprouvant, harassant roman qui court sur seulement soixante-dix minutes d'une attaque aérienne qui a vraisemblablement lieu sur Munich, Sous les bombes porte son nom à la perfection. Que l'on soit dans le sous-sol d'un hôpital où des dizaines de personnes sont réfugiées, avec des soldats dans un blockhaus, sous les éboulis où une jeune fille se fait violer ou dans les airs avec un soldat américain dont le parachute ne veut pas s'ouvrir, on est constamment écrasé par le poids des bombes.

Gert Ledig a fait cette guerre, en a tiré deux romans (Les orgues de Staline, 1955 et Sous les bombes, 1956, réédité en 1999 en Allemagne, en 2003 en France chez Zulma) et c'est encore plus terrible de lire ce témoignage de guerre sous forme de roman, écrit avec un détachement perturbant par un soldat allemand.

L'écriture, rapide, vive, puissante, donne au récit un rythme éprouvant, une force inouïe. Je n'ai jamais lu un texte aussi vivant sur la mort, mais on n'en sort pas indemne.

« Lorsque la première bombe tomba, le souffle projeta des enfants morts contre le mur. Ils avaient été asphyxiés l'avant-veille dans une cave. On les avait mis au cimetière parce que les pères combattaient sur le front et qu'il fallait chercher les mères. On n'en retrouva qu'une. Mais écrasée sous les décombres. Les représailles ressemblaient à cela. » page 9

 

 

Alors, même si David Toscana écrit dans El ùltimo lector qu' « Alberto Santin ne saura jamais rien de cela car écrire n'est pas vivre et lire ne l'est pas non plus » (page 57), lisez !

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Le cinéma de mai 2013 (Trance / Epic / Un grand mariage / Mud / The Iceman / Only God forgives)

Publié le par Sébastien Almira

affiche-trance.jpgTrance, de Danny Boyle, 1h40 ****

Commissaire-priseur, Simon (James McAvoy) se fait le complice du gang de Franck (Vincent Cassel) pour voler Le vol des sorcières de Fransisco Goya, d’une valeur de plusieurs millions de dollars, mai ne se souvient pas où il l'a caché. Après les menaces et la torture, Franck engage une spécialiste de l’hypnose (Rosario Dawson). On pénètre dans les méandres de l’esprit de Simon et ce voyage ne laissera personne indemne.

En virtuose, Danny Boyle construit une sorte d'Inception intimiste, moins grandiloquent, qui parait brouillon au début, mais se révèle parfaitement maîtrisé. Les acteurs parfaits, la bande son et les images, servent à la perfection ce petit bijou de Danny Boyle qui commence comme un simple film de braquage et finit par vous hypnotiser dans les recoins de son scénario, sublimé par une ambiance feutrée et des couleurs vives qui rendent l'obscurité chaleureuse, excitante et inquiétante.

 

 

affiche-epic.jpgEpic, la bataille du royaume secret, de Chris Wedge, 1h40 ****

Les créateurs de L'âge de glace et de Rio vous propose leur nouveau bébé : Epic, sorte de mix entre Arthur et les Minimoys et Arriety, comme le fait remarquer Noémi dans son article (ici). C'est l'histoire d'une guerre insoupçonnable qui fait rage autour de nous : la nature est peuplée d'êtres magiques minuscules qui tentent de combattre les bons ou les méchants, au choix. Une reine de la forêt qui doit trouver un successeur avant minuit, une humaine qui se fait rapetisser pour sauver leur monde (et le sien, parce que sinon, le grand méchant qui ressemble beaucoup à M le Maudit et son idiot de fils qui ressemble à l'idiot de fils de M le Maudit vont détruire la forêt), une histoire d'amour impossible entre les deux mondes, un univers magnifique dans la nature, etc. Ça fait beaucoup de points communs avec la saga Arthur de Luc Besson.

Mais ça vaut quand même vachement le coup !

 

 

affiche-un-grand-mariage.jpgUn grand mariage, de Justin Zackham, 1h30 **

Le spitch est assez simple, voire attendu : un bogosse se marie, sa famille est tordue, rien ne va se passer comme prévue. À partir de là, tout est permis, le réalisateur ne s'interdit rien et les situations comiques, les quiproquos, les tromperies, les blagues en tout genre vont fuser pendant une heure et demi.

On pourra regretter cette avalanche de situations à la limite du grotesque mais les acteurs (Robert De Niro, Susan Sarandon, Katherine Heigl, Diane Keaton, Ben Barnes, Robin Williams, etc.) portent assez bien le film pour oublier que c'est gros comme une maison et pour passer un bon moment !

 

 

 

 

affiche-mud.jpgMud, de Jeff Nichols, 2h10 *****

Je ne sais comment décrire Mud. Ni l'histoire, ni ce que j'ai ressenti, ni comment je l'ai aimé. Parce que je l'ai aimé. Le personnage, comme le film. Mais c'est un peu compliqué. Je ne sais pas si c'est un grand film, pourtant je lui attribue cinq étoiles sans hésiter.

Entre drame, romance et polar, Mud est une vraie aventure humaine avec de la tristesse comme de la joie, de l'amour et de l'amitié comme des déceptions, de la contemplation comme de l'action, de l'humour comme de l'inquiétude.

En tout cas, Mud est une merveille. Mud, c'est un voyage exceptionnel, une leçon. Une leçon de cinéma.

Un véritable coup de cœur !


 

 

affiche-iceman.jpgThe Iceman, d'Ariel Vromen, (tiré de faits réels) 1h45 ***

On estime à une centaine le nombre de meurtres (certains avec torture) que Richard Kuklinski, surnommé The Iceman, a perpétré au moment de son arrestation en 1986. Comment ce pur modèle du rêve américain est devenu tueur à gages et a réussi à mener une double vie pendant plus de vingt ans ?

Michaël Shannon incarne à la perfection cet homme froid comme la glace, qui torturait et tuait pour les plus grands truands de New York. The Iceman n'est pas indispensable, mais c'est un bon thriller qui fait dans la sobriété et reflète bien la personnalité de Kuklinski et le paradoxe entre ses deux vies.

 

 

 

 

affiche-only-god-forgives.jpgOnly God forgives, de Nicolas Winding Refn, 1h30 *

Des mecs qui mettent trois secondes à faire un pas, c'est pas possible.

Des plans de quinze secondes sur des poings serrés, c'est pas possible.

Des plans de trente secondes sur un mec immobile, c'est pas possible.

Des mecs qui tournent autour de la caméra pendant quarante-cinq secondes, c'est pas possible.

Des scènes dont on ne sait s'il faut en rire ou s'insurger (jamais vu une scène aussi grotesque que la rencontre entre la mère, le fils et la pute au restaurant), c'est pas possible.

C'est bien beau d'avoir un départ de scénario (Kristin Scott Thomas grimmée en travelo culturiste (merci Mathilde pour cette formidable description) débarque des États-Unis à Bangkok pour récupérer le corps de son fils aîné, assassiné, et fait tout pour le venger. Ryan Gosling, le petit dernier, n'a que sa belle gueule pour lui, et sa mère le lui fait bien sentir), de filmer le bogosse du moment sous toutes les coutures, de jouer sur l'ultra-violence parce que c'est à la mode et sur des plans saturés de couleurs pour avoir de belles images, mais, visiblement, Monsieur Winding Refn, c'est loin d'être suffisant pour faire un bon film. Par contre, pour la branlette, pour l'auto-satisfaction, pour se regarder filmer, c'est parfait. A quand l'auto-fellation ?

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