Manzel Mimi

Publié le par Sébastien Almira

Cela faisait longtemps qu'aucun attentat à la culture n'était passé par ici. Attention, aujourd'hui, je vous envois du lourd : Manzel Mimi fait sensation avec ses titres électro sur sa chaîne Youtube.


Le plus fort, c'est qu'elle écrit les paroles et compose la musique de ses chansons.


Elle fait preuve d'une maîtrise exceptionnelle du tempo et de la voix, les cris sur Parti trop tôt s'insèrent à merveille aux couplets, les choeurs de On va bouger dans un rythme endiablé sont d'une justesse délicieuse et niveau compréhension des mots Mylène Farmer n'a qu'à aller se rhabiller.

 

 

Je cesse immédiatement de vous faire saliver : place à la musique !

 

 

 

 


 

 


 

 


 

 

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Le cinéma de l'été (Moi, moche et méchant 2 / Insaisissables / The Lone Ranger / Les flingueuses / Kick Ass 2 / RED 2)

Publié le par Sébastien Almira

 

 

1008392_fr_moi__moche_et_mechant_2_1372149189192.jpgMoi, moche et méchant 2, de Chris Renaud et Pierre Coffin, 1h30 ***

L'été des suites et des blockbusters commence avec ce dessin animé dont le premier volet m'avait fait complètement craqué. C'était donc dans une joie quasi indescriptible que j'attendais ce deuxième film. Et franchement, ils ont mis le paquet. Personnages hauts en couleurs, mignons encore plus présents, nombre incalculables de gags, suspense, action et même deux amourettes potentielles qui raviront petits et grands. Oui, sur le papier, « c'est trooop géniaaaaal ! », mais ça ne prend pas aussi bien que le premier. Peut-être sur les enfants, oui. Mais le charme a un peu disparu et tous les moyens mis en place pour accrocher encore le public n'ont pas suffi à me refaire craquer. Ça reste très bien quand même. (sortie le 17/12/2014 de... Minions, un spi-off sur les minions!)

 

 

674366-insaisissable-affiche.jpgInsaisissables, de Louis Larretier, 1h50 ****

Casting de haute voltige (Jesse Eisenberg, Morgan Freeman, Mark Ruffalo, Michaël Caine, mélanie Laurent) pour les aventures de quatre magiciens de renom qui braquent des banques afin d'offrir de l'argent aux spectateurs. Le FBI et Interpol sont sur le coup, mais aucune preuve n'est valable et on ne sait à qui se fier de cet ancien magicien censé aider l'enquête ou de cette petite Française envoyée à la rescousse. Que sera le fameux troisième et dernier coup spectaculaire des Quatre Cavaliers et qui tire les ficelles de ce spectacle où magie, action, suspense et vengeance nous emportent dans une spirale infernale ? Juste un petit bémol sur la révélation finale qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, presque pas crédible... Sinon : spectaculaire !

 

 

lone_ranger_ver10.jpgThe Lone Ranger, de Gore Verbinski, 2h20 ****

Tonto, le guerrier indien, raconte comment John Reid, un ancien défenseur de la loi, est devenu un justicier légendaire. Ces deux héros à part vont devoir apprendre à faire équipe pour affronter le pire de la cupidité et de la corruption. Johnny Depp, grimé en anti-héros indien, est hilarant et décalé sans en faire des tonnes, la photographie est superbe, l'aventure spectaculaire, les rebondissements multiples et l'humour ravageur. Le message est un peu le même que dans le génial Rango mais ne prend pas trop de place dans ce qui reste clairement un divertissement grand public. Avec ses qualités comme ses défauts. Oui, des détails, voire des scènes entières, ne sont pas crédibles, mais c'est ce qui fait le charme loufoque de ce western jouissif ! Le tandem Johnny Depp - Armie Hammer fait des étincelles et entraîne le public dans un tourbillon de surprises et d’humour, qui peine injustement à trouver son public.

 

 

1009837_fr_les_flingueuses_1372320240536.jpgLes flingueuses, de Paul Feig, 1h50 ***

Ashburn (Sandra Bullock), agent spécial du FBI rigoureuse, méthodique et arrogante et Mullins (Mélissa McCarthy), simple agent de police au fort tempérament et au langage fleuri sont contraintes de travailler ensemble pour arrêter un baron de la drogue sans pitié. Elles doivent lutter contre une tripotée de criminels, contre leur hiérarchie et contre l'envie de s'entre-tuer !

Forcément, c'est le genre de film où on n'évite pas le sur-jeu, les situations peu crédibles et trop poussées mais, sérieusement, je me suis pas mal amusé, j'ai ri et j'ai bien pris mon pied avec ces deux flingueuses hors norme !

 

 

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Kick Ass 2, de Jeff Wadlow, 1h50 ****

Encore une suite ! Encore un blockbuster ! Oui mai quelle suite ! Et quel blockbuster ! Quel pied, putain ! Même pas besoin de raconter l'histoire, si vous avez aimé le premier, vous allez adorer le deuxième ! Bon, d'accord, je connais quelqu'un qui a été déçu... Mais c'est pas grave ! Allez vous éclater avec Kick Ass, Hit Girl, Mother Fucker (Red Mist plus mauvais que jamais, qui décide de s'en prendre à tous les super-héros avec une armée de gangsters plus violents les uns que les autres), le Colonel Stars (Jim Carrey, avec des dents qui valent le détour!), Stripes et tous les autres, vous allez rire et en prendre plein les yeux et les oreilles !

 

 

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RED 2, de Dean Parisot, 1h50 ***

Exit Robert Schwentke, Dean Parisot prend la tête de RED 2. Connais pas mais Robert avait fait du meilleur boulot. C'est un plaisir de retrouver les acteurs du premier volet, auxquels s'ajoutent Anthony Hopkins et l'inutile Catherine Zeta-Jones, mais c'est pas aussi kiffant. Et ouais, c'était mieux avant ! C'est quand même pas trop mal, mais peut-être serait-il temps de vraiment prendre la retraite.

 

 

 

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Benoît Minville, Je suis sa fille, roman à partir de 15 ans, 250 pages, Sarbacane, Xprim', septembre 2013, 14,90 € *****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Encore une fois en cette rentrée, les coups de coeur se trouvent du côté de la littérature jeunesse. Prêts à embarquer (passez outre la couverture, c'est pas ce qu'ils ont fait de meilleur) pour le meilleur roman ado de l'année ?!

 

 

Je suis sa fille est un coup de poing dans la mare autant qu'un morceau de rêve, un livre drôle autant qu'émouvant. Et... à vrai dire, ça fait un moment que je ne sais comment continuer cet article, que je ne sais comment trouver des mots assez forts pour vous parler de ce roman magnifique qui m'a tellement pris aux tripes pendant 250 pages qu'une fois terminé ma lecture en service de presse numérique, je me suis empressé d'aller l'acheter ; à la Fnac en plus – ceux qui me connaissent comprendront l'effort.

 

« Avant, mon père aimait son job. Sûr qu'il aurait préféré passer sa vie en tournée à tuer vingt-trois heures par jour sur les routes pour une heure de bonheur sur scène, mais la réalité et ma bouche à nourrir l'ont très vite ramené dans un chemin plus conventionnel, fait de gobelets court-sucré, de briefings deadlinés et d'allers-retours en mode vertical, RdC-7ᵉ. » page 12

 

C'est d'abord l'histoire d'une relation fusionnelle entre un père et sa fille. « Le monde se divise en deux catégories, poussinette : ceux qui rient et ceux qui font la tronche ; toi, tu ries. » Une vie faite de partage, de bonté, d'amour et de rock'n'roll. L'histoire d'un père qui s'est sacrifié et qui, poussé à bout par un système inhumain, commet l'irréparable. Joan ne peut supporter de voir son père en soins intensifs, entre la vie et la mort, et va chercher de l'aide et du réconfort auprès de son meilleur ami Hugo. « Hugo est un miraculé qui a décidé de ne plus jamais pleurer tant qu'il peut rire. » Depuis qu'il a miraculeusement survécu à deux cancers et perdu un poumon, Hugo n'en fait qu'à sa tête : il vit pour vivre et non pas pour survivre. Ce qui semble être sa devise lui vient de son frère, Vasco : « La liberté c'est comme le sexe, quand t'en abuses ça finit par ne plus rien avoir d'exceptionnel. » Armé d'un physique de mannequin, d'une gentillesse hors norme, d'un humour et d'un sens de la répartie à toute épreuve, il vit, profite, s'adapte pour aller toujours plus loin, plus haut, pour vivre plus fort. « Je m'adapte au monde qui m'entoure : je suis son plus fidèle enfant. »

 

« Il a ce visage parfait des acteurs américains de teen movies qui jouent toujours les ados à l'âge de 25 ans. En constante représentation, de ses sourcils taillés à sa coupe de cheveux hyper étudiée, de ses casquettes à visière plate jusqu'à ses fringues parfaitement tendance. Je ne peux même pas dire qu'il est mon meilleur ami gay : Hugo goûte tout, aime tout, en musique comme en amour. » page 22

 

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Benoît Minville

 

C'est donc aussi l'histoire d'une amitié de haut niveau. Chacun ferait n'importe quoi pour l'autre. Même couper court à un grand moment : « Hey, Joanny, t'aurais dû m'appeler, y a le dernier clip de Mylène Farmer qui passe sur W9 et j'étais en train de me taper une énorme bran... » (page 22), même partir à l'aventure et prendre des risques immenses :

 

« OUI. Je veux un coupable ! Si Papa ne se réveille pas... Si ce monde n'a plus aucune putain de morale !... Si c'est son histoire qu'on matraque aujourd'hui et qu'on oubliera demain... Si tout ça vaut mieux qu'une vie à leurs yeux, alors oui, moi aussi je vais entrer dans leur folie, d'accord ? Je n'ai jamais souhaité la mort de personne, mon père m'a enseigné le contraire de ça, mais j'ai besoin de voir les yeux du maître de ce monde de merde me supplier de ne pas le tuer. Ces ignorants du malheur qui s'accommodent des cadavres qu'ils entassent. Je veux buter ce salaud. Ça te paraît débile, Hugo ? Tu crois que c'est un délire de gamine ? » pages 26-27

 

« Est-ce que tu vas te réveiller, Papa ? Je n'en sais rien ; mais s'il le fait, je veux qu'il sache que je ne l'ai trahi en allant à l'encontre de ses valeurs que pour une seule et unique raison : pour arrêter tout ça. Pour qu'après, plus aucun papa, plus aucune mère ne se retrouve à fixer un écran d'ordi éteint. Je ne demande rien, ni excuses ni pardon. J'ai trop pensé. Je voudrais juste que ce monde redevienne beau.

Juste arrêter tout ça. C'est illusoire ; et cependant, ça n'a jamais paru aussi réalisable que maintenant. » page 32

 

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la Nationale 7

 

C'est enfin l'histoire extraordinaire d'une traversée de la France par la mythique nationale 7 dans la toute autant mythique Ford Mercury (la même que James Dean) « empruntée » au frère d'Hugo, de Paris à Nice, à la recherche du grand patron, avec un flingue dans la boîte à gants. Une histoire de vengeance. Une histoire d'aventure aussi. Une histoire d'amitié et peut-être même une histoire d'amour.

Sans oublier Vasco et son pote Djib qui devaient se faire un super week-end avant l'entretien de Djib (futur requin des finances sans cesse moqué par Vasco qui, lui, trime sur les chantiers depuis des années pour se payer sa superbe caisse) et qui se retrouvent coincés sur une aire d'autoroute avec un routier un peu louche et la Fiat Panda de Djib qui vient de lâcher alors qu'ils partaient à la recherche d'Hugo, son connard de frère qu'il aime plus que tout mais à qui il a terriblement envie de casser la gueule pour avoir osé voler sa voiture de rêve.

C'est aussi bourré d'humour et ça fait du bien de souffler entre les crises de rage et les crises de larmes de Joanny. Non pas que ça pèse, mais c'est un peu dur quand même d'être dans la tête de cette ado pommée, véritable boule de haine et de larmes, qui, à mesure du voyage, ne sait toujours pas si elle sera capable de tirer sur son coupable. C'est dur de se poser aussi la question. C'est dur d'être Joan. Et il faut bien la tendresse, l'humour et la folie d'un Hugo pour ne pas sombrer.

 

« Nan ??? Râââh, le mec !

T'as trouvé des mouchoirs ?

Mieux : la confirmation ultime que mon frangin est un immensenaze.

Il ne se gausse pas : il se fout carrément de sa gueule. Avec un sourire de lézard borgne, il me tend le livre qu'il a dégoté au fond de la boîte à gants.

Tiens : 50 nuances de Grey. Tu sais, le « néo porno chic ». Je pense que tu en feras un parfait usage.

Ton frère lit ça ?!

Faut croire, entre Auto Plus et France Football... Ça flatte sa part de féminité peut-être, ou alors il espère piocher des conseils sur la sexualité des années 2000. Tu imagines, le malheureux, il pense toujours que le banana split n'est qu'une glace qu'on sert sur des patins à roulettes... Vas-y Joanny, fais-toi plaisir : c'est un pavé, en plus. » page 59

 

« Oh, vise la tronche de ce mec... On lui a pas dit que c'était dangereux de faire des trucs avec sa sœur.

Ma réponse :

Ça fait longtemps que t'as pas pris le RER en début d'après-midi, toi... » page 85

 

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la Ford Mercury de James Dean

 

C'est une aventure envoûtante, entêtante, magnifique et violente dans laquelle on embarque pour le meilleur et pour le pire (la route réserve quelques surprises...). L'écriture est simple, directe et rythmée, le tout raconté par Joan, juste comme il faut : avec le langage d'une fille de 17 ans qui a été élevée dans le respect de l'autre, mais qui ne mâche pas ses mots, qui n'hésite pas à lâcher un « putain », mais qui n'en fait pas trop. Benoît Minville a trouvé le juste milieu au niveau de l'écriture et du rythme ; ni trop rapide et trop éprouvant qui nous ferait passer à côté de la beauté de l'histoire, ni trop lent et trop mièvre qui nous endormirait à tous les coups.

C'est un road-trip un peu magique dans lequel on pénètre, un roman d'initiation fort et fun qui se dévore avec un plaisir non dissimulé. Un peu comme Chapardeuse pour moi l'année dernière (article ici), on y entre et on ne veut pas en sortir, on s'attache aux personnages, on fait la route avec eux, on fait partie de l'aventure, et on en redemande.

Je n'ai pas aimé plus que ça L'écume des jours, je n'ai pas pu terminer L'attrape-cœur, mais j'ai l'impression qu'à la manière de ces deux romans cultes, Je suis sa fille est un roman générationnel. Ouh la ! S'emparer de mots qu'on ne maîtrise pas, c'est dangereux ! Mais je suis persuadé que si le premier roman de Benoît Minville parvient à sortir la tête de l'eau en cette période folle de rentrée littéraire, il peut rencontrer un large public qui saura l'apprécier à sa juste valeur et lui donner la place qu'il mérite dans la littérature, sans distinction d'âge. Comme L'attrape-cœur.

 

« Et nous voilà prêts à traverser la France pour la partie de Mille Bornes la plus rock'n'roll de l'histoire... » page 41

 

 

 

Merci à Tibo Bérard des éditions Sarbacane pour ce livre et bravo pour son talent de découvreur !

 

 

 

Découvrez deux autres articles sur Je suis sa fille :

Une souris et des livres

Des romans entre deux mondes

Et une interview très intéressante de Benoît Minville :

Une souris et des livres

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Walter Siti, Une douleur normale, roman traduit de l'italien par Martine Segonds-Bauer, 210 pages, Verdier, août 2013, 20 € *

Publié le par Sébastien Almira

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Turin, 1994. Walter est écrivain, il écrit les Réparations d'amour pour Mimmo, son ami. Pour lui prouver son amour pour lui. Pour lui prouver que « l'amour homosexuel peut être durable et s'intégrer sans trop de peines au sein d'une vie consacrée à l'écriture. »

Mais le manuscrit est refusé par son éditeur (« Enfin, tu ne vois pas que ce sont des putes ? Ils ne publient que de la littérature de seconde zone, ne te mets pas dans cet état. » page 10). Mais son image d'homme fort est ternie par le refus d'un livre significatif, il devient faible, passe son temps à pleurnicher mais ne supporte pas que Mimmo gâche sa vie à ses côtés, à le soutenir, avec « son inaltérable tendresse ». Aussi, il décide qu'il est temps de le faire partir. Le quitter lui briserait le cœur, se suicider lui bousillerait les nerfs : le seul moyen que Walter trouve est de se rendre haïssable à ses yeux afin qu'il le quitte de lui-même.

Il décide de réécrire le livre, en l'arrangeant selon ses besoins, sans peur de mentir, d’exagérer, de passer sous silence ou d'inventer.

« Oui, j'ai ajouté un peu de mensonge, et j'en rendrai compte à tout tribunal qui en fera la requête : mais ce qui me surprend encore, c'est qu'on ait besoin de si peu de manipulations pour transformer un livre en un autre. Je veux dire : un livre pour se faire pardonner en un livre pour se faire abandonner. » page 12

 

La construction du roman est originale. En 1998, Walter nous parle de cette histoire, c'est le début du livre qu'il écrit, et dans lequel il intègre quelques pages plus tard le livre qu'il a écrit en 1994 à Mimmo, ainsi que, dans une police de caractères et un corps de texte différents, tous les ajouts qui en ont fait la deuxième version. Avant de revenir en 1998 dans les dernières pages d'Une douleur normale pour nous expliquer la réaction de son jeune ami.

 

Le procédé est intéressant, l'intrigue avait quelque chose de troublant, de psychologique et semblait faire appel aux émotions. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.

L'incipit est involontairement complexe, l'auteur semble ne pas s'en sortir avec ses phrases dans les trois premières pages. Un peu comme une dissertation qu'on écrit sans plan, ni relecture, au lycée. Dans d'autres passages, tout se mélange, les idées, les phrases, les significations, comme les signes de ponctuations (guillemets, parenthèses, tirets d'incise, italiques à n'en plus finir).

« Tu m'avais dit un soir « aujourd'hui j'ai lavé la voiture » et le monde soudain avait coulé de source, frais au point d'aller y faire un tour (« tu es l'un de ces pullmans qui ont la vie pour trousseau »). T'adressant à tes amies pour vanter la force de séduction du paréo : « Il m'a pratiquement violé », pour moi, au contraire, ç'avait été la première fois que je t'avais appelé « amour saint » ̶qui est le contraire de « sacré », l'adjectif que je réservais aux culturistes. L'intimité retentissait contre les murs de mes gestes et me laissait étourdi, agrippé à la queue visible du mode (italique dans le texte)sur lequel tout avait commencé. » page 40-41

 

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De plus, dès qu'il se met à décortiquer leur vie de couple, tout fout le camp. On ne se passionne ni pour l'un, ni pour l'autre, ni pour leur histoire dont l'intérêt est à peu près équivalent au sex-appeal de Walter, écrivain bedonnant d'une cinquantaine d'années. Aucune saveur ne se dégage de leur histoire d'amour, comme de l'histoire générale. On peine à poursuivre la lecture.

D'autant que le récit est bancal et le propos desservi par un illogisme ambiant (Walter écrit la première version pour se faire pardonner, pour se faire aimer, pour prouver que l'amour homosexuel existe, et la seconde version pour se faire haïr, abandonner. Alors pourquoi, dès la première version, écrit-il « Désormais tu sais à quel point je peux simuler : je ne voulais plus de toi, j'aurais donné un œil pour que ça se termine sur-le-champ » page 73, « Tu es tiède » page 79, « T'aimer est un labeur » page 80, « le rôle que je jouais : combien de fois, en faisant l'amour avec toi, ai-je espéré qu'à ta place il y ait quelqu'un d'autre ! » page 14).

Outre une complexité brouillonne, un problème de logique dans le propos et une cruelle perte d'intérêt, on peut regretter des passages à la limite du ridicule (« "Je voulais être au centre de la vie et avec toi j'y suis, mon raton", disais-tu : moi le rongeur sorti d'un conte pour faire le chauffeur. » page 35, « Mais le soir je te retrouvais nu, mon fiancé, sous les couvertures ; le panier rempli de pain, les yeux luisant d'une allégresse insensée. » page 61) et des tournures on ne peut plus familières (« Mon Dieu ne lui dis pas ça, qu'il va prendre la pose. », « Nous nous embrassions que l'omelette était encore chaude. » page 38).

 

Encore une grosse déception en cette rentrée 2013 avec ce roman qui finit par devenir brouillon et peu compréhensible dans le fond comme dans la forme, pourtant publié chez un éditeur de qualité. La fin (quelques dizaines de pages) tente de sauver les meubles, mais elle arrive un peu tard.

 

 

Merci toutefois à Colette Olive des éditions Verdier pour l'envoi de ce livre.

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Stéphane Servant, Le cœur des louves, roman à partir de 16 ans, 530 pages, Rouergue, Doado, août 2013, 17,50 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Comme ça fait quelques semaines que je l'ai lu et qu'il est de toute façon inutile d'en dire trop sur l'histoire, je copie un petit résumé de chez Decitre :

« Célia et sa mère, une écrivaine à succès en panne d'écriture, reviennent vivre dans la maison de leur grand-mère, morte depuis des années, au cœur d'un village perdu dans les montagnes. Leur retour est mal vécu par certains, comme s'il ravivait de vieilles histoires enfouies. » Et je peux vous dire qu'il va en raviver des vieilles histoires enfouies, des haines et d'anciennes amours, de terribles secrets et quelques souvenirs heureux.

 

« Alors oui, ce soir-là, alors que la vieille femme plongeait son regard de l'autre côté de la fenêtre, elle s'était dit que sa grand-mère avait quelque chose de la sorcière. Peut-être pas de celles qui volent sur un balai. Mais elle était de ces femmes qui ont dans le cœur un éclat de lune qui les pousse à marcher à côté du monde. » page 39

 

À vrai dire, c'est un roman d'apparence très sombre, qui frise parfois avec la fantastique ; disons plutôt un côté un peu mystique. L'ambiance que parvient à instaurer Stéphane Servant vous imprègne tout entier à mesure de votre lecture. Une ambiance morose, morbide, malsaine dans laquelle tente désespérément de garder la tête haute et de survivre la jeune Célia, la petite-fille de celle qui jadis était appelé la sorcière et la putain. Et si, en plus, sa mère se défile dans une semi-dépression d'où elle ne parvient pas à écrire le foutu manuscrit que son éditeur lui réclame depuis des lustres... Vouée à elle-même, Célia affronte seule (ou presque) les fantômes du passé comme les vivants qui ne cachent pas leur haine sans nom (et sans explication aucune) envers sa famille.

 

 

« - Tout est si confus depuis que je suis arrivée ici. Parfois, j'i l'impression de ne plus savoir où est la réalité.

- La réalité ? Quelle réalité ? demande Alice en souriant.

- Eh bien, je ne sais pa, ce qui relie les gens entre eux. Les sentiments, les histoires.

- La réalité est un mensonge, Célia.

- Un mensonge ?

- Tu crois qu'on voit les choses comme elles sont ? Vraiment ? interroge Alice qui tire des tissus du coffre en bois. Tu sais quoi ? Moi je pense que tout ça, c'est des inventions. Des inventions d'humains. Des illusions. On met des mots sur des choses qui n'existent pas. On se persuade comme ça que notre vie a un sens. On se donne des prétextes pour faire passer la peine ou la douleur. On court après des rêves de bonheur. Et qu'est-ce qui reste au final ? Rien. Il reste rien ? » page 147

 

L'auteur nous sert une galerie de personnages (principaux, secondaires et même les plus insignifiants) impressionnante. On finit par connaître tous les traits de caractères, toutes les manies, toutes les relations et, finalement, tous les secrets, de tout le village. Il y a dans la tenue de cette histoire comme dans l'écriture une grande maîtrise de la part de Stéphane Servant. Chaque personnage, chaque lien, chaque secret, chaque détail, chaque paysage est travaillé au scalpel pour ne rien laisser au hasard. Ça impressionne à la lecture.

En parlant de paysages, la forêt devient un personnage à part entière du Cœur des louves. Vous connaîtrez chaque recoin des bois par cœur, vous découvrirez le lac noir et sa légende qui effraient tant les habitants du village. Les descriptions plantent le décor de manière autoritaire : vous y êtes, vous ne pouvez vous échapper, contraints que vous êtes de suivre le destin sinueux de ces trois générations de femmes pas décidées à se laisser marcher sur les pieds. Vous les suivez malgré le froid et la neige, malgré les superstitions et les légendes, malgré la haine et le désespoir. Vous n'y pouvez rien.

 

« Les vieilles personnes sont comme les enfants. Pour être heureux, il leur suffit de croire à leur propres histoires. » page 251

 

Je ne sais pas combien de temps il a fallu à l'écrivain pour écrire Le cœur des louves mais c'est un vaste projet qu'il a monté au millimètre près, en veillant à ce que tout soit parfait. Des personnages au paysages, des secrets aux légendes, des sentiments aux non-dits, vous ne trouverez aucune faille. Cette histoire de secrets de famille sur fonds de pseudo-sorcellerie sur trois générations de femmes (aussi hors du commun soient-elles) ne me tentaient pas le moins du monde quand j'ai découvert un résumé mais c'est un énorme coup de cœur de l'équipe du Rouergue qui m'a quasi été envoyé de force et que j'ai commencé à lire pour ça. Alors, Adèle, forcez-moi encore ! Redonnez-moi du Coeur des louves, puisque j'étais près de passer à côté d'une telle merveille, je vous suivrai encore la prochaine fois. Les yeux fermés.

Vous aussi, laissez-vous tentez par ce roman magistral pour grands ados, et pour adultes même, au pouvoir envoûtant, dont vous ne parviendrez pas à vous défaire de sitôt. Une vraie histoire de sorcellerie, je vous dis...

 

 

Un immense merci à Adèle Leproux des éditions du Rouergue pour ce livre magnifique !

 

 

Un coup de cœur collégial, journalistes, blogueurs et libraires (liste non exhaustive) :

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Le blog de Benoît

 

 

Encore quelques extraits :

 

« Et au bout du chemin, le Moulin est bien là, planté de guingois dans un béal boueux. Ses murs lépreux envahis de mousses et de lierre. Ses fenêtres au verre grossièrement dépoli. Les volets vermoulus, le jardin mangé d'herbes folles et de bidons d'huile et de pièces de voiture rongées de rouille comme des carcasses d'animaux. Et, derrière la bâtisse, la forêt énorme qui menace d'engloutir le bâtiment. Comme elle s'approche en frissonnant, au rez-de-chaussée, un visage apparaît derrière une fenêtre étoilée. Un œil tuméfié. Les lèvres fendues. Le visage ravagé d'une jeune fille qu'elle reconnaît. Alice. Et quand Alice l’aperçoit, ses lèvres derrière la vitre forment silencieusement le prénom de cette ombre qui grelotte au-dehors : "Célia." » page 67

 

« Faisait-elle partie de ces pauvres filles qui se retrouvent grosses pour avoir dit oui trop tôt, non trop tard, ou qui n'avaient simplement rien dit parce qu'elles ne savaient pas quoi dire ou parce qu'on les avait fait taire ? » page 442-443

 

« Les yeux ne servent à rien. Il suffit de savoir sentir. Ressentir le monde autour de soi. Sa laisser pénétrer du chaos sans forcément chercher à tout ordonner. Parce que nous-même nous ne sommes pas autre chose qu'une part du chaos. » page 472

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Patricia Reznikov, La Transcendante, roman, 270 pages, Albin Michel, août 2013, 19 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Après Karine Tuil (critique ici) et Amélie Nothomb (critique ici), il fallait me sortir de cette morosité et ce fut chose faite avec La Transcendante.
 
« Un jour, mon appartement a brûlé, et avec lui, toute ma bibliothèque.
Tous les auteurs que j'aimais, ceux qui m'avaient aidée à me construire, ceux qui m'avaient accompagnée comme une famille, ceux qui avaient bercé mes moments de solitude, tous sont partis en fumée. Comme dans un mauvais rêve, une sorte d'holocauste. Sont morts des poètes russes, américains, des romanciers français, anglais, allemands. Et d'une certaine manière, moi aussi, je suis morte avec eux.
À partir de ce moment ma vie a changé. Je n'ai plus cru en rien, ni au bonheur, ni à l'immortalité, ni que la vie puisse avoir une signification. Le fait qu'un appartement et tous les souvenirs qu'il renferme, tous les secrets, se transforment en cendres, le fait d'échapper de justesse à la mort me sont apparus comme l'événement le plus sinistre, le plus dénué de sens qui soit. L'épreuve n'a pas fait de moi une meilleure personne. Je ne suis pas devenue plus sage, plus généreuse, je n'ai pas eu de révélation. Je me suis sentie amoindrie, amère. Je me suis refermée sur moi-même pour lécher mes plaies. » pages 9-10
 
Après qu'un incendie ait réduit son appartement en cendres, Pauline part à Boston sur les traces du seul livre qui a survéc : La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, histoire de remettre de l'ordre dans sa tête, dans son corps, dans sa vie. Elle y restera jusqu'à ce qu'elle comprenne ce qu'elle est venue y chercher et y fera des rencontres étonnantes : un libraire-cyclope qui l'effraie, un homme-oiseau qui l'intrigue plus qu'il ne faudrait et une petite vieille complètement barge qui se met en tête de lui faire visiter l'Amérique d'Hawthorne et des transcendantalistes, accoutrée des plus étranges déguisements, en commençant la moitié de ses phrases par « Il faut imaginer qu'à cette époque... » et l'autre par « Mais non, je ne suis pas folle ! » avant de se lancer dans des explications historiques, littéraires et hautes en couleurs d'un port, d'une rue ou d'un bûcher.
 
Ça se lit sans rechigner, non sans un certain plaisir, même si on peut avoir quelques reproches à faire au roman. Comme une écriture parfois hésitante du fait que l'auteure est à l'origine américaine (elle vit en France et écrit en français). Comme un côté parfois un peu cheap du genre grandes phrases sur la vie, clichés et autres ingrédients de romans féminins (« Ça, my dear, ça s'appelle la vie, le temps qui passe. Cette lessiveuse qui nous secoue et nous recrache, parfois à peine vivants. Parfois morts. Souvent morts d'ailleurs. » page 103 ou encore l'usage hyper fréquent de l'adjectif « charmant »).
Malgré cela, ou peut-être à cause de ça, il ressort du roman une douceur quasi magique et une fraîcheur prêtes à vous entourer, vous envoûter, non sans humour, histoire de vous rendre attachants une héroïne paumée, une vieille qui se déguise en moustachu ou en petite fille pour une raison mystérieuse, ou encore la plume de Patricia Reznikov.
 
Et ça fonctionne, ça se lit avec un plaisir non dissimulé, on apprend pas mal de choses sur Hawthorne, sa famille, son entourage littéraire (Thoreau et Emmerson, notamment, qui étaient ses amis), on passe un joli moment à Salem, on visite le plus vieux restaurant des États-Unis ou le cimetière de Sleepy Hollow en même temps qu'on découvre l'histoire de personnages qui ont tous des secret qui les hantent. « Mais c'est forcément une histoire très mélancolique, une entreprise vouée à l'échec... » dira Pauline, la narratrice. Et il semble que cette phrase sied bien au roman dans lequel elle tente de survivre.
Merci à Carol Menville des éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre.
 
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Interview de l'aureure :

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Les détournements de couverture de Clémentine Mélois

Publié le par Sébastien Almira

Je viens de découvrir le travail hilarant de Clémentine Mélois, qui s'amuse des plus célèbres livres classiques en en détournant le titre, l'auteur, la couverture, ou les trois. Jouant sur les sonorités et les significations, elle propose une cinquantaine de détournements que vous pouvez retrouver à cette adresse :

http://blended.fr/art/lis-tes-ratures/

 

 

Pour vous mettre l'eau à la bouche, en voici quelques exemples !

 

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Susin Nielsen, Le journal malgré lui de Henry K. Larsen, roman à partir de 13 ans traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec, 230 pages, 14,50 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Quelque chose me dit que Cecil n'est pas la crème de la crème des psychologues. Déjà, il est gratuit. (…) Son bureau est minuscule et encombré, avec des meubles bas de gamme, abîmés et tâchés. Et puis, on dirait qu'il n'a pas pu se payer de vêtements neufs depuis 1969. nous n'avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m'y amener l'air de rien. Il me pose des questions orientées. Mais quand il le fait, je prends ma voix de robot pour lui répondre. « Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d'humanoïde. » » page 6

 

Avec cet extrait choisi pour a quatrième de couv', on découvre un peu tous les pendants de ce formidable roman pour ados : l'humour du narrateur (indispensable depuis la tripotée de journaux intimes du genre qui envahissent, pour mon plus grand plaisir je dois l'avouer, les rayons jeunesse depuis quelques années), le côté sombre de l'histoire porté par le mystérieux « ÇA ». Ce suspense court sur une bonne partie du livre car, vous vous en doutez, Henry n'est résolument pas prêt à parler de l'histoire de son frère Jesse, ni de celle de sa mère.

Quelques détails sont distillés au fur et à mesure de ce journal malgré lui d'un ado mal dans sa peau à cause de ÇA, à cause des bourrelets qui lui collent à la peau depuis, de l'inévitable déménagement sans sa mère, de ses nouveaux voisins (un Indien un peu trop gentil, un peu trop présent et qui pue un peu trop le curry et une blondasse qui tente un peu trop de mettre le grappin sur son père), à cause du nouveau collège bien entendu (comme tout ado mal dans sa peau qui se respecte) où un espèce d'énergumène que tout le monde rejette s'est mis en tête de devenir son meilleur ami et où une fille un peu bizarre et à l'ouest lui fait tourner la tête (mais ça, bien sûr, il ne veut pas l'avouer), et enfin à cause des fameuses séances avec un psy qui porte des chaussettes trouées.

 

Henry a de quoi noircir les pages du cahier offert par son psy, celui-là même qu'il avait bien entendu jeté à la poubelle aussitôt arrivé chez lui, et qu'il avait récupéré juste pour écrire qu'il «était hors de question qu'il écrive quoi que ce soit d'autre dedans ».

 

S'il ne parvient pas à honorer sa promesse, il parvient toutefois à nous tenir en haleine entre ce qu'il appelle ses « furies », son mal-être ambiant, ses souvenirs sur son frère, ses quelques brins d'espoirs, les matches de catch dont il est fan et un paquet de situations comiques. L'humour est au rendez-vous pour ne pas nous faire broyer du noir à notre tour et ce Journal malgré lui est complètement réussi : on s'attache à ce rouquin grassouillet fan de catch comme on s'attache au grand écervelé Maxime Mainard, fan de rock et associal, de Comment (bien) rater ses vacances. Un super roman ado qui prouve une fois de plus le talent des éditeurs d'Hélium.

 

Voilà de quoi fausser le ton d'une rentrée adulte pour l'instant banale et décevante ! La semaine prochaine, vous découvrirez mon deuxième coup de cœur ado : Le cœur des louves de Stéphane Servant au Rouergue, dont vous risquez d'entendre pas mal parler puisqu'il est bien parti pour devenir, comme Le journal malgré lui d'Henry K Larsen, un énorme coup de cœur des libraires et des blogueurs en général !

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Amélie Nothomb, La nostalgie heureuse, « roman », 150 pages, Albin Michel, août 2013, 16,50€ *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Malgré les déceptions, je persiste à dévorer chaque année le nouveau Nothomb, vous le savez bien. Mais le dévorage est chaque année moins vorace, la dégustation moins exquise et le verdict moins convaincu. Page 139 de La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb écrit « Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo ». J'ai plutôt l'impression qu'on a ici à faire avec une écrivaine regrettée qui se dissout dans sa singularité jusqu'à en devenir une auteure ordinaire.

À trop vouloir réitérer ses meilleurs succès critiques et publics, elle s'éloigne de son talent et on peine de plus en plus à retrouver dans ses livres ce qui nous avait pourtant, pensait-on, irrévocablement accroché à son œuvre étrange et jouissive quelques années plus tôt.

 

En 2012, on a proposé à la Belge de retourner au Japon pour tourner un reportage sur son enfance. Elle part donc quelques jours sur l'archipel nippon avec une équipe de France 5 qui la suit partout : chez son ancienne nourrice, dans son ancienne école, à la rencontre de son ancien fiancé, etc.

Avec Fukushima, la crise et le temps qui passe, beaucoup de choses ont changé et elle ne reconnaît presque rien. Entre les déceptions qui y sont liées et l'émotion suscitée par des retrouvailles ou la découverte de certains lieux, on suit pas à pas les déambulations de la Belge née à Kobé, vivant en France, de retour au Japon. Car La nostalgie heureuse n'est pas un roman, mais plutôt une sorte de journal de bord du reportage.

 

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Amélie Nothomb, dans le reportage Empreintes, pour France 5

 

Si habituellement ses romans autobiographiques sont ceux qui séduisent le plus le grand public (à peu près deux fois plus de ventes que ses vrais romans), je doute que celui-ci intéresse quiconque, à part une poignée de fans.

Côté littéraire, je peine à retrouver l'Amélie Nothomb que je connais. Entre un avant-propos déguisé en premier chapitre travaillé plus que d'accoutumée et des expressions plus que familières parsemées dans le reste du récit ( « Je crève la dalle » page 143, « Dire que c'est moi qui ai enseigné le français à ce gars ! » page 112, etc.), le style est complètement aléatoire, moins percutant, moins drôle et le propos moins intéressant. À moins que ce ne soit l'effet de la lassitude.

 

Une déception de plus qui m'aura toutefois permis de comprendre pourquoi la plupart de ses derniers romans souffrent d'une absence de fin : page 70, elle cite Flaubert, « La bêtise, c'est de conclure. »

La nostalgie heureuse est certainement son plus mauvais roman ; un livre très moyen, au style et à l'humour bâclé, assez inintéressant et qu'il convient de ne pas le conseiller aux non-fans, qui ne comprendraient pas du tout l'engouement autour d'Amélie Nothomb. Il y en a tant d'autres à lui préférer dans la vingtaine qu'elle a publiée pour ne pas perdre de temps avec celui-ci.

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Karine Tuil, L'invention de nos vies, roman, 490 pages, Grasset, août 2013, 20,90 € °

Publié le par Sébastien Almira

 

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Il y a trois amis sur les bancs de Sciences-Po. Un Juif, un Arabe, une fille. L'Arabe vient d'un milieu défavorisé, le Juif est né avec une cuillère en argent dans la bouche. Et c'est ce dernier qui sort avec Nina. Mais quand ses parents meurent, qu'il rate les cours, à la limite de la dépression, Nina le trompe allègrement avec l'Arabe. Celui-ci décide de partir faire carrière aux États-Unis et lance un ultimatum à Nina : elle part vivre le rêve américain avec lui ou elle reste avec un raté. Contre toute attente, elle décide de rester.

 

Vingt ans plus tard, l'Arabe est une super star, un avocat de prestige qui a autant sa place dans les journaux et le petit écran que Paris Hilton et le Juif est un écrivain raté qui croupit en banlieue. Alors, « à mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c'est la déflagration... », phrase de quatrième de couv' ô combien pompeuse, suivie de « roman d'une puissance et d'une habileté hors du commun, où la petite histoire d'un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle », rien que ça.

 

J'aurais dû m'arrêter à cet argumentaire prétentieux au possible mais, bêtement, je me suis dit que ça avait l'air pas mal. D'autant que j'avais beaucoup apprécié Six mois, six jours (critique ici) de la même auteure.

L'écriture donne envie de se donner des coups avec le pavé qu'est L'invention de nos vies (500 pages). C'est à la fois ampoulé, basique et assommant (tiens...). Et vas-y que je t'aligne les mots un peu comme ça vient pour te pondre des phrase de deux kilomètres qui te feront croire que je mérite un grand prix de langue française alors que c'est juste chiant à mourir. Comme l'histoire d'ailleurs. Ça sent le grand roman social qui pète plus haut que son cul à plein nez, sans mauvais jeu de mots. Et comme c'est calibré pour recevoir un grand prix, tu te rendras même pas compte que c'est de la merde parce que t'achètes ce qu'on veut bien te faire acheter. Et en cette rentrée, avec Sorj Chalandon et Metin Arditi fraîchement débarqué de chez Actes Sud (alors que, clairement, je ne fais pas le poids face à ces deux grands écrivains), c'est moi, Karine Tuil, que Grasset va pousser sur le devant de la scène ! Au programme, envoi massif de services de presse aux journalistes de renom et aux libraires, matraquage médiatique et pots de vin aux grands jurys !

Elle est pas belle, la vie ?! Quelle invention !

 

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Oui, c'est un peu violent. Et alors ? Pour ma première lecture de la rentrée, elle aurait pu se permettre d'être bonne. Au lieu de ça, elle commence une désastreuse rentrée 2013 avec aucun coup de cœur, excepté en jeunesse, pour le moment. Elle donnait le ton, j'en fais de même. Et ça ne s'arrange pas avec le prochain article : La nostalgie heureuse d'Amélie Nothomb.

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