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Le cinéma de novembre 2013 (Gravity, Fonzy, Malavita, Les garçons et Guillaume à table !, Hunger Games 2)

Publié le par Sébastien Almira

 

Gravity-Affiche-Cinema-Georges-Clooney.jpgGravity, d'Alfonso Cuaron, 1h30 *

Alors, le film sensation de la fin d'année, celui dont tout le monde parle depuis sa sortie (alors que deux semaines plus tôt, personne n'en connaissait l'existence), celui que trois millions et demi de spectateurs ont déjà vu (c'est écrit sur les bus), celui qui est traité de chef d’œuvre dans toute la presse, qu'est-ce qu'il a de si génial ?

Bah franchement, pas grand chose ! Rien à dire sur les images, c'est super bien fait, on a l'impression d'être dans l'espace avec George Clooney et Sandra Bullock. Mais le problème, c'est justement d'y être avec cette poupée chirurgicale qui crie, qui souffle, qui pleure, qui aboie (oui, oui) pendant une heure et demi. Insupportable. Et en plus je me suis fait chier. Parce que, soyons honnête, il ne se passe rien, on s'ennuie à mourir pendant 1h30 qui semble durer une éternité.

Vide intersidéral.

 

 

fonzy_affiche.jpgFonzy, d'Isabelle Doval, 1h40 *

Quelle drôle d'idée que d'avoir fait un remake du génial Starbuck (critique ici) seulement un an après sa sortie ! Quelle drôle d'idée que d'être allé le voir...

Côté scénario, rien ne change : il y a vingt ans, Fonzy a donné son sperme et aujourd'hui il est le géniteur de 533 enfants dont 142 veulent connaître son identité.

Les gags sont les mêmes, mais en moins drôles. Les scènes émotion sont les mêmes, mais en pas crédible. Les rôles sont les mêmes, mais avec de mauvais jeux d'acteur. Les enfants sont les mêmes, mais le nymphomane en moins.

Bref, vous l'aurez compris : Starbuck n'a aucun souci à se faire.

 

 

MALAVITA_Affiche-Teaser.jpgMalavita, de Luc Besson, 1h45 ***

Alors c'est sûr, ça aurait pu être mieux. Je lis par-ci par-là que Besson a fait du Besson, qu'il n'a pas fait d'effort pour adapter le roman de Benaquista. Que je n'ai pas encore lu.

Et ben, moi, j'ai aimé. Les acteurs sont parfaits (Robert de Niro, Michelle Pfeiffer en têtes d'affiche), l'humour est là (qui aurait être plus présent comme, je le suppose, dans le roman éponyme, chez Gallimard et Folio). C'est un peu attendu, mais ça se regarde franchement avec beaucoup de plaisir !

Cela dit, je lirai quand même le roman et sa suite (Malavita encore) parce que je me suis attaché à cette petite famille de mafieux contrainte de se cacher et que je veux vite les retrouver !

 

 

les-garcons.jpgLes garçons et Guillaume, à table !, de Guillaume Gallienne, 1h20 *

C'est l'histoire d'un garçon qui veut être une fille. Puis il veut être sa mère. Puis il pense que sa mère ne veut pas, alors il décide d'être toutes les autres femmes à la fois. Il est efféminé à mort, a peur des chevaux, est amoureux d'un garçon, apprend le flamenco en Espagne, essaie de coucher avec un homme. Et finalement, il devient hétéro. Mais sa mère ne le croit pas.

Voilà, c'est l'histoire de Guillaume Gallienne qui, sur une scène de théâtre, raconte son histoire. Et ça devient un film. Et toutes les blagues sont dans la bande-annonce. Et c'est super chiant. Reste qu'il refait bien sa mère.

 

 

The-Hunger-Games-Catching-Fire-Lembrasement-Affiche-Finale-.jpgHunger Games 2, L'embrasement,

de Francis Lawrence, 2h20 ****

Exit Gary Ross (Pleasantville, Pur sang la légende de Seabiscuit), bienvenue à Francis Lawrence (Constantine, Je suis une légende, De l'eau pour les éléphants). Et c'est franchement beaucoup mieux. Plus fidèle au livre, mieux réalisé, plus compréhensible (bonjour les détails pas expliqués ou survolés, histoire que les non-lecteurs ne comprennent rien, dans le premier!), ce deuxième volet est tout autant spectaculaire et ravira les fans.

J'ai juste trouvé le jeu de Jennifer Lawrence un peu mauvais (cf la première scène émotion où elle passe dix secondes à se tordre la bouche dans tous les sens pour faire croire qu'elle est triste) et les doublages français atroces (ceux de Liam Hemsworth, mon dieu...) au début du film.

L'arrêt brutal du film est rageant, vivement la suite.

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Zazie, Cyclo Tour, au Zénith de Paris, 29 novembre 2013

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION SPOILERS

 

Photo bientôt (bug en cours)

 

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Alors que son huitième album studio, Cyclo, paru il y a quelques mois, est une catastrophe commerciale (article ici), Zazie entame une tournée des Zénith, pas toujours complets. La semaine dernière, elle s'est produite par trois fois à Paris, j'y étais.

 

En première partie, nous avons eu droit à Papillon Paravel, avec qui Zazie avait partagé le titre Je te tiens sur son précédent album. Je n'avais pas apprécié le duo et n'étais donc pas ravi de le voir sur scène, mais j'ai été agréablement surpris par les deux premiers titres chantés, avant que sa voix, sa nonchalance, ses mélodies et son trip sur les oiseaux ne m'agacent.

 

Puis place à la faiseuse de tubes, celle qui sait mener son public à la baguette, faisant répéter des aïe aïe aïe, des ouïe ouïe ouïe et des ouaf ouaf, faisant chanter Rodéo, Larsen ou Je suis un homme à la salle entière, faisant sauter la fosse et taper des pieds les gradins sur Rue de la paix. Mais voilà que la chanteuse a décidé de surprendre, rendant honneur à son dernier album assez mélancolique. Le rideau s'ouvre et elle entonne Où allons-nous, une ballade dont le premier couplet est incompréhensible sur scène, mais qui finira par un instrumental démentiel. La machine est lancée, Zazie alterne les tubes (Larsen, Ça fait mal et ça fait rien, Rodéo, Je suis un homme, Adam et Yves...) et les titres plus sombres, plus lents (Des astres, Les contraires, Je ne sais pas, Chanson d'ami, J'envoie valser...).

Quel plaisir de pouvoir chanter les incontournables live (Rodéo, Je suis un homme, Larsen, Adam et Yves), de retrouver des titres pas chantés depuis un moment (Ça fait mal et ça fait rien, La dolce vita) et surtout d'avoir enfin certains titres de 7 oubliés lors de la précédente tournée (L'amour dollar <3, Electro libre, Polygame).

Côté déception, l'oublie de Mademoiselle, peut-être le plus joli titre de l'album Cyclo, et je me serais bien passé du titre Des Astres (mon dieu, quel ennui), d'un (faux) final encore sur Ça, et de la version perturbante et décevante de Rue de la paix, qui commence comme une ballade de Björk pour finir sur du rock, mais sans le synthé qui fait tout le charme de la chanson originale. Le public est resté de marbre un moment.

D'ailleurs, pour avoir vu Zazie en concert à chaque tournée depuis le Rodéo Tour en 2005, j'ai trouvé qu'il y avait une baisse de régime dans le public, comme pour la dernière tournée de Mylène Farmer (article ici et ici). Avant, le public balançait les bras au rythme des ballades et applaudissait à tout rompre sur les tubes. Là, il fallait, autant pour l'une que pour l'autre, qu'elle fasse le geste, pour que les gens applaudissent. C'est un peu étrange comme ambiance de concert mais enfin.

Heureusement que Zazie sait mettre l'ambiance, tant en musique qu'en petites pauses humour, du genre « et si on racontait une histoire, les gars ! » Et Zazie de descendre au niveau de la fosse pour demander à quelques personnes d'enchaîner les phrases afin de raconter l'histoire du Vicomte de Trucmuche de la Pénardière qui veut sortir avec la Princesse de PrunaBella, mais attention parce que le Maradja débarque et est à fond sur le vicomte... Ou encore avec l'intermède Caïpirinha où elle raconte ses interviews pour Cyclo où tout le monde lui demandait si elle allait bien parce que quand même l'album il est un peu mélancolique et il laisse un sentiment de tristesse un peu diffus et je me souviens plus quoi. Du coup, elle se dit qu'en réinterprétant ses titres tristes sur de la musique joyeuse, ça passera mieux, et voilà qu'on se retrouve avec Temps plus vieux, Sur toi, Je suis un hommeet Un point c'est toi à la sauce brésilienne !

 

Au final, c'est un très bon et très beau (jeux de lumières et d'écrans particulièrement réussis) concert que Zazie, en tailleur bleu marine à pois et chapeau, a partagé avec son public. Deux heures de tubes, de ballades, de chansons-surprise, d'humour, de musiciens qui s'amusent (période « acoustique » habituelle (mais pas chiante, cette fois : marre des réinterprétations plus molles tu meurs à la guitare acoustique) où chacun est venu s'asseoir sur le bord de la scène avec des petits claviers portatifs, avec au programme Chanson d'amour, Chanson d'ami, et petits instrumentaux).

Zazie était accompagnée, pour notre plus grand plaisir, de l'indispensable Matthieu Rabaté à la batterie, de l'amoureux Philippe Paradis à la guitare, d'Olivier Coursier d'AaRON aux claviers et à la programmation et de ceux dont j'ai oublié le nom.

 

 

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Bergsveinn Birgisson, La Lettre à Helga, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, 130 pages, Zulma, août 2013, 16,50 € *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ah ! La lettre à Helga ! Vous aussi, vous en avez entendu un bien fou en librairie, à la télé, dans la presse, chez des amis ? Face à ce terrible complot, j'ai été bien obligé de lire cette merveille. Et ce fut également l'occasion de participer pour la seconde fois aux matches de la rentrée PriceMinister.

Et comme avec Limonov d'Emmanuel Carrère, je suis encore à la bourre pour rendre ma critique. Mais, cette fois, ce n'est pas juste pas fainéantise. Non, cette fois, c'est parce que j'avais du mal à avancer dans le livre, pourtant très court. Mais que voulez-vous, quand rien ne vous donne envie de continuer la lecture...

 

C'est donc l'histoire d'un homme, Bjarni, qui écrit une lettre, vous l'aurez compris, à Helga. Une longue lettre à la seule femme qu'il ait vraiment aimée. C'est l'occasion pour le brave Bjarni de nous parler d'Unnur, sa femme qui vient de mourir d'une longue maladie. Elle qui avait bien compris (« C'est elle que tu aurais dû prendre. Et pas une brebis stérile comme moi. C'est elle que tu as toujours voulue, pas moi. » page 13). L'occasion de nous parler de son élevage de moutons, des pêches solitaires, de son travail de contrôleur du fourrage ou encore de son neveu Marteinn. L'occasion de découvrir comment il est devenu l'amant de cette Helga. Quelle idée saugrenue, d'ailleurs, que de raconter cette histoire à la principale intéressée, comme si elle n'était pas au courant qu'un jour ils ont été les derniers à descendre des pâturages et que tout le monde en a profité pour lancer la rumeur qui a changé leur vie : ils étaient amants. Sous les regards accusateurs et les paroles en douce, Bjarni se dit que, quitte à souffrir de cette situation jusque dans le lit conjugal, autant que la rumeur soit fondée. Et à partir de là, Helga gagna son cœur.

 

On m'avait vendu ça comme un roman magnifique, une histoire merveilleuse, une lettre touchante, un homme avec de l'humour. Et autant vous le dire sans détour : je me suis ennuyé ferme. Ce n'est pourtant pas un mauvais livre. L'écriture est intéressante, agréable, mais le propos m'a laissé de marbre. Cependant, je ne doute pas que cette Lettre à Helga continuera d'enchanter nombre de lecteurs et de lectrices.

 

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Merci à Olivier Moss et aux Matches de la Rentrée PriceMinister pour l'envoi de ce livre.

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Guillaume Staelens, Itinéraire d'un poète apache, roman, 300 pages, Viviane Hamy, août 2013, 22 € ****

Publié le par Sébastien Almira

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Deuxième coup de cœur adulte de la rentrée, deuxième coup de cœur chez Viviane Hamy.

 

« Quel était le combat de ma génération ? Suivre de longues études, ingurgiter des polycopiés pour se payer une baraque préfabriquée, un écran géant et des vacances en Thaïlande ? Pour crever dans une salle de bains, la joue contre le carreau froid, le bide débordant du peignoir blasonné ? Une vie pasteurisée ? Un plat sous vide ?

Je passe la main. » page 83

 

Je pourrais vous dire de relire le titre au lieu de vous faire un résumé car c'est presque ça. Mais c'est quand même un peu plus. Le premier roman de Guillaume Staelens retrace sur une quinzaine d'années la vie de Nicholas Stanley, de la tribu indienne des Nez-Percés par sa mère et américain par son père, du genre PDG d'une multi-nationale. Ado solitaire vivant seul avec sa mère, il se réfugie dans les livres, Poe, Burroughs, Thoreau, Melville. Passionné de BD et de comics, il dessine aussi à ses heures perdues. Rebelle sans véritable cause, intéressé par la politique, l'écologie, l'histoire, il s'éparpille un peu, avance sans but, vit au jour le jour, fait des rencontres, lâche tout du jour au lendemain pour changer de pays, vivre une nouvelle aventure.

C'est un peu tout ça que raconte le livre. On évolue avec ce métisse amérindien qui s'émerveille partout mas ne trouve de place nulle part. « Mon métissage se résumait à deux portes ouvertes qui me claqueraient brutalement au nez. » (page 198) On voyage aux quatre coins de l'Amérique. New York (« demeures somptueuses, façades fluo, galeries d'art et restos miteux, la cohérence était bannie, don du ciel pour un dessinateur débutant » page 94), Seattle, Vancouver, le Yukon, Porto Rico, La Nouvelle Orléans, Buenos Aires (« un univers métissé dans un décor de vieille Europe : l'avenir du monde » page 231) ...

 

« Buenos Aires fut secouée par les émeutes. Pendant deux jours, les 19 et 20 décembre, des milliers de manifestants descendirent dans la rue : ¡Que se vayan todos ! Ils exigeaient le départ de la clique dirigeante, notoirement corrompue. Et tout de suite !

La situation économique se révélait pire que les prédictions d'Al. La présidence néolibérale de Mehen avait précipité la faillite. Un Argentin sur quatre était sans emploi. La carte de crédit servait de mode de vie, la politique d'austérité n'avait fait qu'aggraver la situation.

Durant ces quelques heures, je vécu le soulèvement d'un peuple en furie. Scènes d'émeutes et de saccages, magasins pillés par une population de tous les âges, toutes classes sociales confondues, par des retraités, des mères de famille. Les rang des émeutiers grossissaient de jour en jour.

Les cordons policiers cernaient les supermarchés, temples modernes qui avaient enlaidi le pays. La répression raviva la flamme. Murs tagués, boutiques barricadées, chaos généralisé : comme un avant-goût du monde à venir.

Je discutai, dialoguai avec les émeutiers. Le combat visait bien plus haut que les ventres ou les porte-monnaie. Il fallait dégager le président, Fernando De la Rùa, tyran d'opérette imposé par Washington et le FMI. Les gringos ne pouvaient plus imposer leurs marionnettes. Les émeutes étaient une deuxième guerre d'indépendance. » page 229

 

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Au fil de ses pérégrinations, on en apprend sur l'histoire de la ville, du pays, sur la politique actuelle, sur l'évolution politique des États-Unis, sur la transformation du continent sud-américain avec l'élection de Chavez, Lula, Michelle Bachelet et des autres. Vous saurez tout sur le Mercosur, l'Alba, les magouilles entre présidents, l'évolution fulgurante du Brésil de Lula. On en apprend aussi un paquet sur le rock, le grunge et les groupes qui ont suivi. Nirvana, Smashing Pumpkins, Björk, Oasis, les Red Hot...

Nicholas Stanley est une vraie pile électrique. Sans cesse en mouvement, il visite et découvre tout ce qu'il peut. Vous êtes prêts à le suivre ?

 

« Le grunge avait contaminé les étudiants. Mépris pour l'élégance, cheveux sur les épaules, langage ordurier, chemises de bûcheron en loques étaient les symptômes. Les jeunes blancs se laissaient gagner par la léthargie et l'angoisse. Les regards mélancoliques étaient ceux de Bartelby ou de Cobain. La drogue envahissait les couloirs. Nevermindavait désarmé une jeunesse née pendant la guerre du Viêt-Nam. » page 77

 

C'est un véritable coup de cœur que ce bien étrange road-movie. C'est grunge, poétique, ethnique, identitaire, politique, littéraire, musical, touristique, historique. Pris dans une spirale autant auto-destructrice (clope, alcool, drogue) que merveilleuse, le héros de cette tragédie qui ne manque pas de rebondissement vous fera vivre une aventure hors du commun, à mi-chemin entre la satire sociale et le récit de voyage.

 

« Offrande suprême, la région m'offrit ses aurores boréales. C'est ici, dans l'extrême Nord canadien, que des millions de watts se déchargent, loin des curieux.

Pendant les nuits d'un noir d'encre, des volutes vert-rose enflammaient la voûte. Ballets d'électrons, particules élémentaires, jeux de lumière. Continûment mouvantes, les aurores formaient un arc, ou un cercle, pour finir en rideaux s'échappant vers l'horizon illimité. Leurs drapés imprévus simulaient une couronne de roi déchu.

Très hautes, fragiles et intenses, les nappes vertes, jaunes, rouges, bleues s'entrelaçaient, avant de disparaître dans le néant. J'observais la folie électrique de l'Univers agoniser en symphonie colorée. J'étais sur le toit du monde.

Le Yukon était une météorite échappée du cosmos. Un arc-en-ciel dans la nuit noire. L'endroit idéal pour mourir. » page 159

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Le cinéma d'octobre 2013 (9 mois ferme / Blue Jasmine / La vie d'Adèle / Au bonheur des ogres / L'extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet)

Publié le par Sébastien Almira

 

9-mois-ferme-affiche.jpg9 mois ferme, d'Albert Dupontel, 1h20 *****

Quel pied ! Albert Dupontel en taulard complètement à la masse (« - ça met combien de temps ça ? - Ben 9 mois ! - Ben j'en sais rien, moi, je connais pas tout ça, chui pas une fille! ») et Sandrine Kiberlain en juge psycho-rigide et célibataire endurcie sont juste énormes ! Si en plus, elle tombe enceinte et se retrouve prisonnière de lui, qui demande son aide pour sortir de cette terrible affaire de cambriolage suivi de meurtre avec bouffage d'yeux, vous vous doutez du comique de situation ravageur qui s'abat sur vous pendant ce trop court bijou. On rit à s'en faire mal aux abdos et on en redemande tellement c'est bon ! Et intelligent, en plus de ça : de quoi redorer l'image de la comédie française.

 

 

blue_jasmine.jpgBlue Jasmine, de Woody Allen, 1h35 ***

Deux sœurs. Une aristo dont les affaires juteuses du mari lui assure une vie de rêve. Une simple caissière dont la vie n'a rien de passionnant. C'est comme ça que ça commence. Mais les affaires dudit mari n'ont pas grand chose de légal et l'adultère semble être une passion pour lui. Criblée de dettes, dépressive, à moitié folle, Jasmine (Kate Blanchett) vient vivre quelques temps chez sa sœur Ginger. Histoire que Papy Woody vous prouve que la richesse n'apporte pas forcément le bonheur et qu'on peut vivre heureux même pauvre. C'est plein de bons sentiments, mais la fin est un peu plombante. Soit disant son meilleur film depuis longtemps. Moi je dis pas mal. Cate Blanchett, il est vrai, est parfaite dans ce rôle pas si facile.

 

 

PHOTO-Le-poster-officiel-de-La-Vie-d-Adele_portrait_w532.jpgLa vie d'Adèle, d'Abdellatif Kechiche, 3h ****

Je suis enfin allé voir la Palme d'Or qui a fait couler tant d'encre. Au-delà de tout ce qui a fait scandale, La vie d'Adèle est un très bon film. Les deux actrices principales (Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos) sont d'une justesse qui frise la perfection, chaque scène est d'un réalisme troublant, parfois dérangeant. On en voit des bouches en gros plan bouffer du spaghetti bolo pendant de trop longues secondes. On en voit des larmes et de la morve couler dans la bouche d'Adèle. On en voit de la bite en érection (une seule, d'accord), du cunnilingus et de l'anulingus, et vas-y que je te lèche la chatte pendant que tu me lèche le cul. Et ça dure longtemps en plus, de vraies scènes de sexe.

On a le temps de tout voir, en trois heures, par l'image, par les sentiments, les mots, les gestes. Tout est développé pour qu'on ait l'impression de vivre leur histoire avec elles. On est dans leur vie. C'est le but, et c'est réussi. C'est beau, mais un peu plombant sur la fin.

 

 

au_bonheur_des_ogres.jpegAu bonheur des ogres, de Nicolas Bary, 1h30 ****

Adaptation du premier tome de la saga Malaussène de Daniel Pennac, que je n'ai pas lu, Au bonheur des ogres est un joli film, plein de couleurs et d'humour. C'est une tribu un peu étrange et très bordélique dont le frère aîné s'occupe le temps que la mère effectue une longue cavale amoureuse aux quatre coins du globes. Benjamin Malaussène est bouc émissaire professionnel dans un grand magasin parisien qui a l'air de cacher bien des secrets. Il devient rapidement le principal suspect de la police et devra jouer des pieds et des mains pour découvrir la vérité et ne pas perdre sa tribu. Loufoque, mignon, joyeux, Au bonheur des ogres se dévore avec gourmandise !

 

 

 

21006006_20130913150332044.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpgL'extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet, 1h40 **

Lauréat du prestigieux prix Baird du Musée Smithsonian de Washington, TS Spivet, une jeune garçon surdoué de dix ans, quitte le ranch familial et traverse les États-Unis pour se rendre à la cérémonie, où personne ne sait qu'il est encore un enfant. Adaptation de l'éponyme roman de Rief Larsen qui rencontre un beau succès critique et public, je m'attendais à être émerveillé par la trame, le voyage, l'ambiance, les couleurs, etc. Et finalement, je n'ai vu qu'une bande-annonce plus longue que l'officielle (d'ailleurs, il faut vraiment arrêter de tout raconter dans vos bande-annonces, les gars, c'est juste pas possible...). Et même si c'est mignon, ça n'en est pas moins décevant.

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Étienne Davodeau, Le chien qui louche, bande-dessinée, 140 pages, Futuropolis / Louvre Éditions, octobre 2013, 20 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Je ne suis pas spécialiste de la bande-dessinée, si tant est que je le sois en littérature. Mais le fait est que – et vous l'aurez remarqué par la présence insignifiante d'articles sur le neuvième art – je ne sais pas en parler, parce que je n'y connais rien. Alors, j'en lis, mais je n'en parle pas.

Et face à la pénurie d'articles littéraires ces derniers jours, dus à quelques vacances en Méditerranée et prochainement à Rennes et Bordeaux et à un ralentissement de mon rythme de lecture, j'ai décidé de me jeter à l'eau pour vous parler d'une BD que je viens de lire.

 

J'avais lu Lulu femme nue pendant les derniers moments de Virgin, quand nous n'avions plus grand chose à faire, plus grand monde à renseigner (à part « où sont les caisses ? », « où est la sortie ? », « C'est normal qu'il n'y a plus de Victor Hugo en rayon ? C'est n'importe quoi ! Ça ne m'étonne pas que vous fermiez... ») et encore moins à conseiller. Ça m'avait bien plu. Aussi, quand une collègue m'a chaudement recommandé de lire Les Ignorants, qui ne me tentait pas, j'ai commencé.

Et j'ai bien fait. D'abord parce que j'aime beaucoup le dessin de Davodeau. Ensuite parce que j'aime le vin, et que j'ai pris quelques notes sur des procédés et bonnes bouteilles.

 

C'est donc tout naturellement que j'ai acheté sa nouvelle parution, Le chien qui louche. Ça y est, je commence à raconter ma vie au lieu de parler des livres en question, comme Nina sur le blog Reading in the rain... Blog que je vous conseille pour les lectures très variés de Nina et ses articles écrits sans langue de bois et toujours avec humour.

 

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Bien, bien. Donc, Le chien qui louche. Quel drôle de titre, me direz-vous. Il s'agit en fait du titre d'une peinture du dix-neuvième siècle d'un ancêtre de la petite amie d'un gars qui bosse au Louvre. Fabien est agent de surveillance, il aime son métier. Et lorsque Mathilde le présente à sa famille (alors qu'elle ne veut toujours pas vivre avec lui), ses frères en profitent pour sortir la fameuse croûte du grenier. De quiproquos en malentendus, Fabien se sent obligé de parler de l’œuvre au musée. D'autant qu'un fidèle visiteur partage avec lui un mystérieux secret sur le Louvre.

 

Entre une petite amie aussi distante qu'aimante, cette révélation dont il n'a jamais entendue parler et sa belle-famille qui lui tombe dessus à tout moment pour savoir si le tableau va entrer au Louvre ou non, Fabien ne sait plus où donner de la tête !

 

Les personnages hauts en couleur (bien qu'en noir et blanc) qu'a créés Davodeau nous embarquent dans une aventure humaine cocasse et intelligente. Vie de couple (en bon naturaliste, il s'intéresse là encore aux petites gens) et grandes questions sur l'art (qui peut décider de la valeur d'une œuvre?), l'auteur-dessinateur mélange à nouveau les genres (BD-vin dans Les ignorants) pour notre plus grand plaisir. Même si Le chien qui louche aurait pu s'encombrer de quelques pages de plus.

 

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Dany Laferrière, Journal d'un écrivain en pyjama, essai littéraire, 310 pages, Grasset, août 2013, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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L'art d'écrire un roman, par Dany Laferrière !

Voilà ce qui aurait pu être la phrase d'accroche à placer sur le bandeau de ce livre. En 182 notes, qui sont tout autant de « leçons » prodiguées par l'écrivain Haïtien, vous saurez tout de l'art d'écrire de la littérature. C'est un peu le but du livre, même si l'auteur s'en défend.

 

Aussi humble que prétentieux, l'auteur de Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer sera donc votre professeur le temps de quelques heures.

Vous saurez comment ne pas commencer un roman, comment traiter vos personnages, comment utiliser le présent et le passé, comment éviter certains mots, comment décrire un baiser, comment conclure, comment lire, comment s'entraîner. Que ce soit un détail technique ou une généralité sur l'argent, le temps, la lecture ou l'écriture, vous saurez tout.

Il n'hésite pas non plus à parler de lui. De son expérience, de son entourage, de la façon dont ont été reçus ses livres par la critique, par le public et par sa famille. Il dévoile des morceaux de vie qui ont forgé l'homme et l'écrivain qu'il est devenu.

 

C'est franchement très intéressant. Pas pour tout le monde, certes, mais tout de même. Non sans humour et poésie, Dany Laferrière construit un essai (qu'il tente parfois de nous faire prendre pour un roman), sous forme de courts chapitres – une ou deux pages – dont l'intérêt et l'utilité ne sont pas dénués de sens. Certains chapitres sont à lire sans modération, comme « Le grand écrivain » page 122, « Un puissant lecteur » page 129, « La bibliothèque de l'écrivain » page 155 ou encore « Le courage de s'exposer » page 176. d'autres sont plus qu'anecdotiques. Moyens, inutiles, pompeux, etc.

Le problème, c'est qu'à trop se défendre de la moindre prétention, le côté donneur de leçons clignote de plus en plus fort. « Vous remarquerez que l'écrivain en panne d'idée se croit toujours obligé de définir l'écriture. » page 288

 

 


 

 

Je vous mets quelques extraits, parmi les dizaines que j'ai notés :

 

« Puis je me mettais à écrire, en effleurant les touches du clavier de façon à faire le moindre bruit possible. Après un moment j'étais ailleurs, et je tapais comme un dératé jusqu'à ce qu'un voisin me hurle me hurle de cesser ce vacarme. Ce plaisir profond d'écrire dans une ville endormie. Je n'avais que ça en tête : écrire. C'était pour moi une fête perpétuelle. » page 16

 

« Je ne connais pas de plus vif plaisir que d'entendre, sur votre passage, une jeune fille glisser à l'oreille de sa copine : « C'est lui l'écrivain dont je te parlais. » En effet, c'est moi. » page 19

 

« Je reste convaincu que la meilleure école d'écriture se fait par la lecture. C'est en lisant qu'on apprend à écrire. Les bons livres forment le goût. Nos sens sont alors bien aiguisés. On sait quand une phrase sonne juste parce qu'on en a lu souvent de bonnes. Le rythme et la musique finissent par courir dans nos veines. » page 29

 

« Ne vous précipitez pas à écrire un livre uniquement parce que le sujet vous semble intéressant. Ce n'est peut-être pas suffisant pour trois ans d'angoisse et quelques jours de fêtes ça et là. » page 39

 

« Visez le cœur du lecteur même si on sait que c'est avec sa tête qu'il lit. » page 43

 

« Les meilleures fins sont celles qui suivent la pente naturelle du récit, même si ça manque de rebondissements. Les grands classiques évitent les conclusions trop étonnantes. (…) C'est souvent mieux une fin sans tragédie ni grands rebondissements. Un personnage s'enfonce dans la foule. » pages 45-46

 

« Les gens veulent toujours savoir d'où viennent toutes ces idées farfelues qu'ils voient dans les livres. Ça ne leur viendra jamais à l'esprit qu'elles viennent d'eux. Sans cette modestie du lecteur il n'y aura pas de littérature. » page 67

 

« On doit faire bien attention à ne pas multiplier les adjectifs (c'est une épice qui coûte cher). Si un drap est déjà blanc, on n'a pas besoin d'ajouter qu'il est lumineux. Plus vous ajoutez de qualificatifs, moins on vous croit. » page 96

 

« Entre deux phrases longues, vous pouvez glisser une brève. C'est pour le rythme. Le lecteur sent alors que vous maîtrisez la chose. » page 96

 

« Un lecteur c'est quelqu'un qui n'arrive pas à finir une lettre de sa mère, mais dévore six cent pages de quelqu'un qu'il ne connaît pas. » page 114

 

« Le roman est réussi quand à la fin il est différent de ce qu'on a prévu au début. » page 138

 

« Écrire un jour un livre qui mérite l'arbre qu'on a dû abattre pour le fabriquer. » page 253

 

« Lorsque vous êtes pris de découragement devant l'impression que tout a été écrit, il faut vous dire que tout n'a pas été lu, surtout le livre que vous êtes en train d'écrire. » page 292

 

« Mais si vous vous trouvez à l'entrée d'un tel tunnel, alors emportez avec vous ce petit manuel. Il ne vous servira à rien si vous avez du talent, et il ne fera que vous retenir inutilement si vous n'en avez pas, mais emportez-le pour ne pas avoir à l'écrire plus tard. Une corvée de moins... » page 26

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David Levithan, A comme Aujourd'hui, roman à partir de 14 ans, 370 pages, Les Grandes Personnes, septembre 2013, 17 € *****

Publié le par Sébastien Almira

                      

Et ça continue avec les coups de cœur de la rentrée côté ado ! Et quel coup de cœur ! Le genre d'histoire qu'on ne lit pas tous les jours. Le genre de personnages auxquels on s'attache instantanément. Le genre de livre qu'on ne peut pas lâcher (ça vous rappelle Harry Potter, vous aussi ?). Du genre beaucoup trop court aussi. Parce que, vu le niveau, j'aurais aimé continuer lire ce roman pendant un mois sur des milliers de pages, plutôt que me risquer à entamer autre chose.

A est un garçon de seize ans (vous me direz : et comment on sait que c'est un garçon ? Lui, il le sait mais, effectivement, bonne question...) qui change de corps chaque jour. Tantôt dans le corps d'une fille, tantôt dans celui d'un garçon, mais toujours de son âge. C'est comme ça depuis qu'il est né. Alors, au début, il ne s'en rendait pas compte. Il trouvait ça normal, il disait à ses parents d'un jour qu'ils allaient les abandonner, comme les autres, lorsqu'ils lui parlaient de vacances prochaines, de pique-nique le week-end, d'école le lendemain. Et un jour, il a compris qu'il n'était pas comme les autres. Que les autres avaient la même vie tous les jours. Que lui n'aurait jamais les mêmes parents, les mêmes amis, la même chambre, les mêmes habitudes, le même look. Qu'il n'aurait jamais la même vie, jamais une vie, mais des milliers de vies.


« Je me réveille.
Aussitôt, je dois déterminer qui je suis. Et il n'est pas seulement question de mon corps – ouvrir les yeux et découvrir si la peau de mon bras est claire ou foncée, si mes cheveux sont longs ou courts, si je suis gros ou maigre, garçon ou fille, couvert de cicatrices ou lisse comme un bébé. S'adapter au physique, c'est finalement ce qu'il y a de plus facile quand on se réveille chaque matin dans un corps différent. Non, le véritable défi, c'est d'appréhender la vie, le contextede ce corps.
Chaque jour, je suis quelqu'un d'autre. Je suis moi-même – je sais que je suis moi-même –, mais je suis aussi un autre.
Et c'est comme ça depuis toujours. » page 7

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                                                                C comme Caméléon

Alors il s'est fixé des règles. Interférer le moins possible dans vie de ses hôtes. Ne pas leur apporter d'ennuis. Ne pas chambouler leur vie. Ne pas demander à leur entourage de lui raconter quelque chose (il ne sait pas si son hôte s'en souviendrait le lendemain, « cela doit être atroce de se confier à quelqu'un et de constater dès le lendemain qu'il a tout oublié. Je ne veux pas porter cette responsabilité-là. » page 27). Ne pas s'attacher. S'endormir avant minuit (sinon, le changement de corps est très douloureux). Etc.

Mais un jour, il rencontre Rihannon, la petite amie du garçon dont il emprunte le corps. Coup de foudre absolu auquel il ne s'attendait pas. Et malgré des habitudes parfaites, A a bien l'intention d'aller à l'encontre de toutes ses règles pour la revoir. Il ne pense plus qu'à elle. Rihannon. Qu'il se retrouve dans le corps d'une pom-pom girl avec tous les garçons du lycée à ses pieds, dans celui d'un jeune obèse asocial, d'une adolescente au bout du rouleau prête à se suicider ou encore d'un jeune gay qui file le parfait amour, il ne pense qu'à Rihannon. Et il va tout faire pour la retrouver, pour la revoir, pour lui parler, pour l'aimer. Avec un grand A.

« Que se passe-t-il au moment précis où l'on tombe amoureux ? Comment un laps de temps aussi court peut-il contenir quelque chose d'aussi immense ? Soudain, je comprends pourquoi les gens ont parfois une impression de déjà-vu, pourquoi certains croient à des vies antérieures : l'écho de ce que j'éprouve résonne bien au-delà des quelques années que j'ai vécues sur cette terre. » page 32
« Les gens sont rarement aussi attirants dans la réalité que dans le regard de ceux qui en sont amoureux. » page 45

Et c'est là qu'est tout l'enjeu du roman de David Levithan. Bien entendu, que va-t-il se passer ? Va-t-il réussir ? Etc. etc. C'est le but, il faut du suspense, de l'amour, des rires, des larmes, des disputes et des baisers.
Mais au delà de la pure histoire d'amour, c'est l'hypothèse de celle-ci qui fait l'enjeu de tout le livre. A change sans cesse de corps, n'a jamais la même enveloppe, n'est jamais dans la même ville, ne peut parfois pas se déplacer, a d'autres fois une apparence repoussante, est souvent une fille. Même s'il est toujours le même au fond, il n'est jamais tout à fait la même personne. Comment aimer, comment se faire aimer ? Comment être soi, comment être quelqu'un ?
A doit faire face à un problème de taille et à côté, ce garçon qui raconte que le Diable l'a possédé le temps d'une journée (comment a-t-il fait pour se souvenir du passage de A dans son corps ?), ce n'est pas grand chose. A est confronté à la réalité de son existence, de son identité et de ses possibilités.

« Le problème, quand vous vous retrouvez chaque jour dans un nouveau corps, c'est que vous avez beau avoir une histoire, celle-ci demeurera toujours invisible. En étant chaque fois un autre, je dois faire les choses différemment et, d'une certaine façon, repartir à zéro. » page 175

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                                                                   David Levithan

A comme Aujourd'hui est un roman original qui semble sans fin. Que dire de cette galerie de personnages infinie et détonante ?! Ça part dans tous les sens, chaque jour on rencontre de nouveaux personnages, avec de nouveaux problèmes et de nouveaux enjeux. On est en perpétuelle découverte, en perpétuelle surprise. On ne se lasse pas des personnages, on apprend à peine à les aimer que, déjà, il faut les quitter. On a de quoi s'identifier à beaucoup de monde et c'est assez inédit. Même s'il est parfois frustrant de devoir quitter certains personnages.
A comme Aujourd'hui est un roman bouleversant. L'histoire d'amour improbable entre A et Rihannon, et tout ce qu'elle soulève, a de quoi émouvoir. Elle doit faire face à des obstacles particuliers qui la rendent encore plus unique, ainsi on n'a pas l'impression de lire n'importe quel roman d'amour pour adolescents.
A comme Aujourd'hui est un roman philosophique. Avec toutes les questions qu'A se pose, celles que j'ai soulevées un peu plus haut et tout ce que vous remarquerez en le lisant, il a de quoi faire réfléchir. Sur les personnages bien sûr, mais aussi sur vous-même, sur vos choix, sur l'amour et sur la vie en général. Et c'est aussi, à plusieurs reprises, un appel à la tolérance.
A comme Aujourd'hui est un roman jouissif. J'ai ressenti un plaisir de lecture tellement énorme en le lisant que je n'en reviens toujours pas. Terminé il y a une dizaine de jours, je pourrais le relire sans peine dès à présent. Même si la solitude évidente de A est un thème omniprésent du roman, celui-ci a un pouvoir déridant assez prononcé.
A comme Aujourd'hui est un roman époustouflant. Il m'a distrait, enchanté, amusé, bluffé. L'année dernière, je n'avais pas hésité à dire que Chapardeuse de Rebecca Makkai était sans doute l'un des plus beaux romans que j'avais lus. Cette année, c'est au tour de A comme Aujourd'hui de revêtir une couronne de lauriers : c'est l'un des meilleurs romans ado que j'ai lus, si ce n'est le.

« Avant même d'ouvrir les yeux, j'aime Vic. Biologiquement fille, il se sent garçon. Il s'est défini tout seul, comme moi. Il sait qui il veut être. La plupart des jeunes de notre âge ne sont pas confrontés à ce genre de problèmes. Mais quand on tient à vivre en accord avec sa propre vérité, il est nécessaire de partir à sa recherche, processus qui s'avère souvent douloureux au début, puis gratifiant. » page 292

« Je sens les larmes me monter aux yeux, puis couler le long de mes joues. Je ne connais pas l'homme dont ils parlent – je ne connais personne ici. Je ne fais pas partie de leur univers... et je comprends enfin que c'est pour cette raison que je pleure. Parce que je ne fais pas et je ne ferai jamais partie d'une famille, ni d'une communauté. Je le sais depuis longtemps, depuis des années, mais c'est seulement aujourd'hui que cela me frappe de plein fouet. Jamais personne ne pleurera ma disparition. Jamais personne ne me regrettera comme on regrette le grand-père de Marc. Je ne laisserai à personne des souvenirs tels que ceux auxquels je viens d'être confronté. Qui me connaît, qui sait ce que j'ai fait ? Si je disparais, il n'y aura même pas un corps sur lequel se recueillir : pas de funérailles, pas d'enterrement. Si je disparais, nul ne se souviendra de mon passage sur cette terre, si ce n'est Rihannon. » page 309

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Lyonel Trouillot, Parabole du failli, roman, 180 pages, Actes Sud, août 2013, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

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Pedro est un jeune comédien haïtien à qui le succès semble enfin sourire. Mais, en tournée à l'étranger, il se jette du haut d'un immeuble.

Un ami, l'un de ses deux colocataires, tente de comprendre les raisons de ce suicide à travers une vibrante et virulente plaidoirie qu'il adresse au défunt lui-même.

 

Je dois l'avouer de suite : je n'ai pas terminé ce roman. Pourtant, la trame avait de quoi accrocher et l'écriture de Lyonel Trouillot est, ne pesons pas nos mots, magnifiques. Mais j'ai passé le stade où je me forçais à tout finir. Là, j'aimais ce que je lisais, mais je ne ressentais pas l'intérêt de continuer. Tout simplement.

 

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Voici quelques extraits que j'ai eu le temps de noter et qui vous donneront, je l'espère, l'envie de lire cette Parabole du failli et l'envie de revenir me donner votre avis.

 

« Aux vieilles qui s'essoufflaient en grimpant la colline de leurs chaussures d'un autre temps et auxquelles tu offrais quelquefois ton bras, parce que la pente est raide et que ce n'est pas plus mal si les forts aident les faibles. Tu aimais les vieilles autant que les enfants et, toutes fières, avec des sourires de bal de débutantes, elles grimpaient à ton bras cette satanée de colline qui avait épuisé leurs rêves, leurs jambes, leurs amours. Le dernier homme à leur avoir donné le bras avant toi était mort depuis longtemps. Va-t'en-savoir-pourquoi, cette putain de colline est une machine à faire des veuves. » page 14

 

« Tant pis s'ils ne t'écoutaient pas et te tournaient le dos. Tu disais qu'il faut parler aux hommes comme le dos du vent, en retard de vitesse, « à perte », comme dit le poète. « Tout se perd et rien ne vous touche ». Mais rien n'est absolu, éternel, définitif. Pas même la merde. Et, à force de tourner, il arrive que le vent revienne sur ses pas, ramasse de vieux mots, de consignes d'amour autrefois inaudibles, et tout n'est pas perdu. Tu traînais dans la rue ton sac de paraboles, comme l'autre qui n'en finissait pas de dire à sa mère et ses amis, à son père adoptif – un brave type, celui-là, quelle modestie faut-il pour prendre pour épouse la mère d'un enfant né comme au passage du vent –, aux ouvriers et aux comptables, aux pêcheurs et aux érudits : « … en vérité, je vous le dis... » Toi, tu disais : « Les bulletins de nouvelles, c'est de la sauce piquante versée sur le malheur, les infos c'est le pouvoir, inventez des informations à la convenance de vos rêves et vos rêves prendront le pouvoir. » Tu avais beau dire ces choses, nous exhorter à la méfiance quand nous écoutions la radio, le soir où, en écoutant la station étrangère que la femme du camionneur impose à son mari comme une thérapie conjugale, nous avons entendu qu'un garçon de chez nous s'était jeté du douzième étage d'un immeuble d'une grande ville, que les causes de son suicide n'étaient pas connues, nous avons compris qu'entre deux mensonges, les bulletins de nouvelles nous révélaient parfois de tristes vérités. Nous te croyions ailleurs, donnant la comédie. Et voilà que par la voix du présentateur, tu rentrais chez toi, dans notre deux-pièces, comme par effraction, comme la pire des surprises, comme si ton corps s'était brisé là, devant nous, dans la chambre. » pages 15-16

 

« Quand les pauvres se mettent à avoir de la classe et s'expriment comme des chérubins vivant dans les nuages, c'est qu'ils se laissent atteindre par les vices des riches. » page 16

 

« Et, parfois quand on a trop bu, l'un ou l'autre se jette dessus (son matelas) et joue à être toi. Mais, merde, nous n'avons pas ton talent pour être soi-même et les autres. » page 19

 

« C'est toujours sur le dos des autres que l'on développe des amitiés. Le truc, c'est de choisir quels autres. » page 22

 

« Le malheur, c'est comme la copie d'un élève qui a mal appris à la base. On peut juste la noter et constater l'échec. » page 24

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Arnaud Tiercelin, Mon frère est une sorcière, roman à partir de 9 ans, pages, Rouergue, Dacodac, octobre 2013, 7,80 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Arnaud est en CM2 et il adore son maître. Aussi, quand ce dernier disparaît une semaine pour formation et qu’il est remplacé par une certaine Viviane, il n’aime pas du tout ça. Viviane, c’est un prénom de sorcière, lui apprend son frère Hugues, qui vient d'entrer au lycée et qui écoute du rock à fond pour faire ses devoirs parce que ça « déchire la tête et vide l'esprit ».

De jour en jour, Arnaud a de plus en plus peur d’elle, au point de se rendre malade. Son frère lui donne alors des conseils pour démasquer la sorcière, mais ce n'était peut-être pas une bonne idée...

 

« Je me retourne et je vois une grande femme. Je lève les yeux et j’ai l’impression qu’elle touche le ciel. Elle est grande, plus grande que mon maître. Elle a des cheveux longs qui lui tombent dans le dos. Et ils sont tout noirs. Ils brillent alors que le soleil ne brille même pas, lui. Ses yeux sont bleus, très profonds. Et ses ongles sont tous recouverts d’un vernis noir comme si elle avait trempé ses doigts dans du goudron. Elle porte sur son pull un collier avec un pendentif noir qui brille comme une étoile.

Moi ? Rien. J’attends Lucie.

C’est tout ce qui me vient en tête.

Tu es dans quelle classe ?

CM2.

Et comment tu t’appelles ?

Arnaud.

Arnaud ? Tiens, comme mon fils. En plus, il doit avoir à peu près ton âge…

Et tout en souriant, elle replace ses cheveux doucement, comme Monica Bellucci, l’actrice de cinéma.

Puis, je la vois rejoindre les maîtresses et c’est là que je réalise.

C’est elle.

Mme Vernon. Viviane, quoi ! » page 7

 

En plus, il y a Lucie, son amoureuse d'un jour, qui le suit à la trace. Et ça non plus, il n'aime pas trop, Arnaud. Il demande aussi à son frère comment c'est quand on est amoureux :

 

« – Bon, en fait, y a trois signes quand tu es amoureux :

1. Quand la fille est là, t’as mal au ventre.

2. Quand elle est pas là, t’as encore plus mal au ventre.

3. Quand t’es près d’elle, tu parles de la météo, sans savoir pourquoi, juste pour pas qu’il y ait de silence.

(...)

Je n’ai pas mal au ventre, enfin, ça pique juste un peu et je n’ai pas d’amoureuse. Mais il me fait peur avec ses signes. J’ai dit Lucie parce qu’elle est toujours collée à moi. Et elle veut toujours être à côté de moi dans le rang et me demande toujours si je l’aime.

Mais ce n’est plus mon amoureuse.

Bon, il y a eu le voyage en Dordogne mais notre histoire n’a duré que sept heures vingt-deux minutes et trois secondes.

Ça compte comme histoire d’amour, ça ? » (pages 16-17)

 

C'est un roman drôle autour d’un garçon de dix ans qui se laisse emporter par ses peurs, sa trop grande imagination et celle de son frère ! C'est mignon tout plein et c'est très bien adapté à la tranche d'âge qui correspond (9-12 ans), ce qui n'est pas toujours le cas niveau vocabulaire et manière de s'exprimer dans les romans jeunesse pour cet âge.

 

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Allez, un dernier pour la route :

« La sonnerie retentit et j’avance péniblement jusqu’au rang. Et puis, on m’attrape par le bras ! Je fais un bond de quatre mètres.

Je sens une respiration, on dirait un fauve. Je ferme les yeux.

On me secoue par la manche, je bouche mes oreilles, je ne veux rien entendre.

On me tient encore plus fort !

Alors, je dresse à toute vitesse dans ma tête la liste de mes ennemis possibles.

 

Est-ce que ça pourrait être Guillaume ?

C’est vrai qu’une fois j’ai osé lui dire que je trouvais sa copine Joanna super belle.

 

Est-ce que c’est Nicolas ?

C’est vrai que je n’arrête pas de lui dire qu’il est aussi con que son con de père qui est aussi le maire de notre ville. (Je sais qu’il est con son père, c’est mon père qui n’arrête pas de le dire lorsqu’il lit le journal.)

 

Et si c’était Jonathan ?

C’est vrai qu’une fois je l’ai traité de pauvre parce qu’il avait des baskets trouées, tellement foutues qu’on voyait ses chaussettes au bout.

Alors, qui ?

Guillaume, Nicolas ou Jonathan ? » page 7

 

 

Merci à Adèle Leproux des éditions du Rouergue pour ce livre !

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