Patricia Reznikov, La Transcendante, roman, 270 pages, Albin Michel, août 2013, 19 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Après Karine Tuil (critique ici) et Amélie Nothomb (critique ici), il fallait me sortir de cette morosité et ce fut chose faite avec La Transcendante.
 
« Un jour, mon appartement a brûlé, et avec lui, toute ma bibliothèque.
Tous les auteurs que j'aimais, ceux qui m'avaient aidée à me construire, ceux qui m'avaient accompagnée comme une famille, ceux qui avaient bercé mes moments de solitude, tous sont partis en fumée. Comme dans un mauvais rêve, une sorte d'holocauste. Sont morts des poètes russes, américains, des romanciers français, anglais, allemands. Et d'une certaine manière, moi aussi, je suis morte avec eux.
À partir de ce moment ma vie a changé. Je n'ai plus cru en rien, ni au bonheur, ni à l'immortalité, ni que la vie puisse avoir une signification. Le fait qu'un appartement et tous les souvenirs qu'il renferme, tous les secrets, se transforment en cendres, le fait d'échapper de justesse à la mort me sont apparus comme l'événement le plus sinistre, le plus dénué de sens qui soit. L'épreuve n'a pas fait de moi une meilleure personne. Je ne suis pas devenue plus sage, plus généreuse, je n'ai pas eu de révélation. Je me suis sentie amoindrie, amère. Je me suis refermée sur moi-même pour lécher mes plaies. » pages 9-10
 
Après qu'un incendie ait réduit son appartement en cendres, Pauline part à Boston sur les traces du seul livre qui a survéc : La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, histoire de remettre de l'ordre dans sa tête, dans son corps, dans sa vie. Elle y restera jusqu'à ce qu'elle comprenne ce qu'elle est venue y chercher et y fera des rencontres étonnantes : un libraire-cyclope qui l'effraie, un homme-oiseau qui l'intrigue plus qu'il ne faudrait et une petite vieille complètement barge qui se met en tête de lui faire visiter l'Amérique d'Hawthorne et des transcendantalistes, accoutrée des plus étranges déguisements, en commençant la moitié de ses phrases par « Il faut imaginer qu'à cette époque... » et l'autre par « Mais non, je ne suis pas folle ! » avant de se lancer dans des explications historiques, littéraires et hautes en couleurs d'un port, d'une rue ou d'un bûcher.
 
Ça se lit sans rechigner, non sans un certain plaisir, même si on peut avoir quelques reproches à faire au roman. Comme une écriture parfois hésitante du fait que l'auteure est à l'origine américaine (elle vit en France et écrit en français). Comme un côté parfois un peu cheap du genre grandes phrases sur la vie, clichés et autres ingrédients de romans féminins (« Ça, my dear, ça s'appelle la vie, le temps qui passe. Cette lessiveuse qui nous secoue et nous recrache, parfois à peine vivants. Parfois morts. Souvent morts d'ailleurs. » page 103 ou encore l'usage hyper fréquent de l'adjectif « charmant »).
Malgré cela, ou peut-être à cause de ça, il ressort du roman une douceur quasi magique et une fraîcheur prêtes à vous entourer, vous envoûter, non sans humour, histoire de vous rendre attachants une héroïne paumée, une vieille qui se déguise en moustachu ou en petite fille pour une raison mystérieuse, ou encore la plume de Patricia Reznikov.
 
Et ça fonctionne, ça se lit avec un plaisir non dissimulé, on apprend pas mal de choses sur Hawthorne, sa famille, son entourage littéraire (Thoreau et Emmerson, notamment, qui étaient ses amis), on passe un joli moment à Salem, on visite le plus vieux restaurant des États-Unis ou le cimetière de Sleepy Hollow en même temps qu'on découvre l'histoire de personnages qui ont tous des secret qui les hantent. « Mais c'est forcément une histoire très mélancolique, une entreprise vouée à l'échec... » dira Pauline, la narratrice. Et il semble que cette phrase sied bien au roman dans lequel elle tente de survivre.
Merci à Carol Menville des éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre.
 
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Interview de l'aureure :

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Les détournements de couverture de Clémentine Mélois

Publié le par Sébastien Almira

Je viens de découvrir le travail hilarant de Clémentine Mélois, qui s'amuse des plus célèbres livres classiques en en détournant le titre, l'auteur, la couverture, ou les trois. Jouant sur les sonorités et les significations, elle propose une cinquantaine de détournements que vous pouvez retrouver à cette adresse :

http://blended.fr/art/lis-tes-ratures/

 

 

Pour vous mettre l'eau à la bouche, en voici quelques exemples !

 

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Susin Nielsen, Le journal malgré lui de Henry K. Larsen, roman à partir de 13 ans traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec, 230 pages, 14,50 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Quelque chose me dit que Cecil n'est pas la crème de la crème des psychologues. Déjà, il est gratuit. (…) Son bureau est minuscule et encombré, avec des meubles bas de gamme, abîmés et tâchés. Et puis, on dirait qu'il n'a pas pu se payer de vêtements neufs depuis 1969. nous n'avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m'y amener l'air de rien. Il me pose des questions orientées. Mais quand il le fait, je prends ma voix de robot pour lui répondre. « Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d'humanoïde. » » page 6

 

Avec cet extrait choisi pour a quatrième de couv', on découvre un peu tous les pendants de ce formidable roman pour ados : l'humour du narrateur (indispensable depuis la tripotée de journaux intimes du genre qui envahissent, pour mon plus grand plaisir je dois l'avouer, les rayons jeunesse depuis quelques années), le côté sombre de l'histoire porté par le mystérieux « ÇA ». Ce suspense court sur une bonne partie du livre car, vous vous en doutez, Henry n'est résolument pas prêt à parler de l'histoire de son frère Jesse, ni de celle de sa mère.

Quelques détails sont distillés au fur et à mesure de ce journal malgré lui d'un ado mal dans sa peau à cause de ÇA, à cause des bourrelets qui lui collent à la peau depuis, de l'inévitable déménagement sans sa mère, de ses nouveaux voisins (un Indien un peu trop gentil, un peu trop présent et qui pue un peu trop le curry et une blondasse qui tente un peu trop de mettre le grappin sur son père), à cause du nouveau collège bien entendu (comme tout ado mal dans sa peau qui se respecte) où un espèce d'énergumène que tout le monde rejette s'est mis en tête de devenir son meilleur ami et où une fille un peu bizarre et à l'ouest lui fait tourner la tête (mais ça, bien sûr, il ne veut pas l'avouer), et enfin à cause des fameuses séances avec un psy qui porte des chaussettes trouées.

 

Henry a de quoi noircir les pages du cahier offert par son psy, celui-là même qu'il avait bien entendu jeté à la poubelle aussitôt arrivé chez lui, et qu'il avait récupéré juste pour écrire qu'il «était hors de question qu'il écrive quoi que ce soit d'autre dedans ».

 

S'il ne parvient pas à honorer sa promesse, il parvient toutefois à nous tenir en haleine entre ce qu'il appelle ses « furies », son mal-être ambiant, ses souvenirs sur son frère, ses quelques brins d'espoirs, les matches de catch dont il est fan et un paquet de situations comiques. L'humour est au rendez-vous pour ne pas nous faire broyer du noir à notre tour et ce Journal malgré lui est complètement réussi : on s'attache à ce rouquin grassouillet fan de catch comme on s'attache au grand écervelé Maxime Mainard, fan de rock et associal, de Comment (bien) rater ses vacances. Un super roman ado qui prouve une fois de plus le talent des éditeurs d'Hélium.

 

Voilà de quoi fausser le ton d'une rentrée adulte pour l'instant banale et décevante ! La semaine prochaine, vous découvrirez mon deuxième coup de cœur ado : Le cœur des louves de Stéphane Servant au Rouergue, dont vous risquez d'entendre pas mal parler puisqu'il est bien parti pour devenir, comme Le journal malgré lui d'Henry K Larsen, un énorme coup de cœur des libraires et des blogueurs en général !

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Amélie Nothomb, La nostalgie heureuse, « roman », 150 pages, Albin Michel, août 2013, 16,50€ *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Malgré les déceptions, je persiste à dévorer chaque année le nouveau Nothomb, vous le savez bien. Mais le dévorage est chaque année moins vorace, la dégustation moins exquise et le verdict moins convaincu. Page 139 de La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb écrit « Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo ». J'ai plutôt l'impression qu'on a ici à faire avec une écrivaine regrettée qui se dissout dans sa singularité jusqu'à en devenir une auteure ordinaire.

À trop vouloir réitérer ses meilleurs succès critiques et publics, elle s'éloigne de son talent et on peine de plus en plus à retrouver dans ses livres ce qui nous avait pourtant, pensait-on, irrévocablement accroché à son œuvre étrange et jouissive quelques années plus tôt.

 

En 2012, on a proposé à la Belge de retourner au Japon pour tourner un reportage sur son enfance. Elle part donc quelques jours sur l'archipel nippon avec une équipe de France 5 qui la suit partout : chez son ancienne nourrice, dans son ancienne école, à la rencontre de son ancien fiancé, etc.

Avec Fukushima, la crise et le temps qui passe, beaucoup de choses ont changé et elle ne reconnaît presque rien. Entre les déceptions qui y sont liées et l'émotion suscitée par des retrouvailles ou la découverte de certains lieux, on suit pas à pas les déambulations de la Belge née à Kobé, vivant en France, de retour au Japon. Car La nostalgie heureuse n'est pas un roman, mais plutôt une sorte de journal de bord du reportage.

 

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Amélie Nothomb, dans le reportage Empreintes, pour France 5

 

Si habituellement ses romans autobiographiques sont ceux qui séduisent le plus le grand public (à peu près deux fois plus de ventes que ses vrais romans), je doute que celui-ci intéresse quiconque, à part une poignée de fans.

Côté littéraire, je peine à retrouver l'Amélie Nothomb que je connais. Entre un avant-propos déguisé en premier chapitre travaillé plus que d'accoutumée et des expressions plus que familières parsemées dans le reste du récit ( « Je crève la dalle » page 143, « Dire que c'est moi qui ai enseigné le français à ce gars ! » page 112, etc.), le style est complètement aléatoire, moins percutant, moins drôle et le propos moins intéressant. À moins que ce ne soit l'effet de la lassitude.

 

Une déception de plus qui m'aura toutefois permis de comprendre pourquoi la plupart de ses derniers romans souffrent d'une absence de fin : page 70, elle cite Flaubert, « La bêtise, c'est de conclure. »

La nostalgie heureuse est certainement son plus mauvais roman ; un livre très moyen, au style et à l'humour bâclé, assez inintéressant et qu'il convient de ne pas le conseiller aux non-fans, qui ne comprendraient pas du tout l'engouement autour d'Amélie Nothomb. Il y en a tant d'autres à lui préférer dans la vingtaine qu'elle a publiée pour ne pas perdre de temps avec celui-ci.

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Karine Tuil, L'invention de nos vies, roman, 490 pages, Grasset, août 2013, 20,90 € °

Publié le par Sébastien Almira

 

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Il y a trois amis sur les bancs de Sciences-Po. Un Juif, un Arabe, une fille. L'Arabe vient d'un milieu défavorisé, le Juif est né avec une cuillère en argent dans la bouche. Et c'est ce dernier qui sort avec Nina. Mais quand ses parents meurent, qu'il rate les cours, à la limite de la dépression, Nina le trompe allègrement avec l'Arabe. Celui-ci décide de partir faire carrière aux États-Unis et lance un ultimatum à Nina : elle part vivre le rêve américain avec lui ou elle reste avec un raté. Contre toute attente, elle décide de rester.

 

Vingt ans plus tard, l'Arabe est une super star, un avocat de prestige qui a autant sa place dans les journaux et le petit écran que Paris Hilton et le Juif est un écrivain raté qui croupit en banlieue. Alors, « à mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c'est la déflagration... », phrase de quatrième de couv' ô combien pompeuse, suivie de « roman d'une puissance et d'une habileté hors du commun, où la petite histoire d'un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle », rien que ça.

 

J'aurais dû m'arrêter à cet argumentaire prétentieux au possible mais, bêtement, je me suis dit que ça avait l'air pas mal. D'autant que j'avais beaucoup apprécié Six mois, six jours (critique ici) de la même auteure.

L'écriture donne envie de se donner des coups avec le pavé qu'est L'invention de nos vies (500 pages). C'est à la fois ampoulé, basique et assommant (tiens...). Et vas-y que je t'aligne les mots un peu comme ça vient pour te pondre des phrase de deux kilomètres qui te feront croire que je mérite un grand prix de langue française alors que c'est juste chiant à mourir. Comme l'histoire d'ailleurs. Ça sent le grand roman social qui pète plus haut que son cul à plein nez, sans mauvais jeu de mots. Et comme c'est calibré pour recevoir un grand prix, tu te rendras même pas compte que c'est de la merde parce que t'achètes ce qu'on veut bien te faire acheter. Et en cette rentrée, avec Sorj Chalandon et Metin Arditi fraîchement débarqué de chez Actes Sud (alors que, clairement, je ne fais pas le poids face à ces deux grands écrivains), c'est moi, Karine Tuil, que Grasset va pousser sur le devant de la scène ! Au programme, envoi massif de services de presse aux journalistes de renom et aux libraires, matraquage médiatique et pots de vin aux grands jurys !

Elle est pas belle, la vie ?! Quelle invention !

 

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Oui, c'est un peu violent. Et alors ? Pour ma première lecture de la rentrée, elle aurait pu se permettre d'être bonne. Au lieu de ça, elle commence une désastreuse rentrée 2013 avec aucun coup de cœur, excepté en jeunesse, pour le moment. Elle donnait le ton, j'en fais de même. Et ça ne s'arrange pas avec le prochain article : La nostalgie heureuse d'Amélie Nothomb.

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Publié le par Sébastien Almira

 

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L'an dernier, mon article s'appelait 646. En cette rentrée de septembre 2013, c'est 13% de nouveautés en moins que les libraires devront caser sur leurs tables ou, tant pis pour ceux-là, dans leurs étagères, voire sous table en attendant d'avoir une place libre... Douze ans qu'on n'était pas passé en dessous de la barre des 600 ! À la louche, une centaine de romans en moins, mais 17 premiers romans de plus. Les éditeurs jouent la sécurité au niveau quantité, mais prennent des risques avec leurs nouvelles découvertes. C'est bien la seule part en augmentation, les romans français passent de 426 nouveautés à 357 et les romans étrangers de 220 à 198.

 

Un retour en force des premiers romans qui, on l'espère, laissera plus de place aux découvertes qu'aux best-sellers en cette rentrée ! Les best-sellers seront toutefois là : Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, Jean d'Ormesson, Yasmina Khadra, Jean-Louis Fournier, Yann Moix, Sorj Chalandon, Jean-Philippe Toussaint, Nancy Houston ou encore Véronique Ovaldé répondent présents côté français et Colum McCann, Richard Ford, Louise Erdrich, Douglas Kennedy, Ian McEwan, Dan Simmons, Joyce Carol Oates, José Saramago, Laura Kasischke ou encore Jonas Jonasson se chargeront de faire vivre les lettres étrangères jusqu'à Noël.

 

Les romanciers français, comme toujours majoritaires, prennent selon Livres Hebdo « le pouls du monde et le parcourent du Japon à l'Argentine, en faisant une escale remarquée aux États-Unis, insufflant de l'épique dans un cru 2013 par ailleurs centré sur le corps et la relation au père. »

On parle également d'une rentrée française assez glamour et sexy, parfois sociale.

 

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Dans les romans les plus attendus, outre l'habituel Amélie Nothomb (son plus mauvais, cette année), on peut citer Pierre Mérot qui, après d'innombrables péripéties, attérit chez Flammarion pour un récit dont la noirceur aurait effrayé plus d'un éditeur...

L'un des meilleurs titres de livre : 36 heures dans la vie d'une femme (parce que 24, c'est pas assez), d'Agnès Bihl chez Don Quichotte.

La première phrase de la rentrée : « Je suis mort par étourderie, mardi soir à 21h15 », tirée du livre ci-dessus.

Les coups de cœur prévisibles des libraires : Laura Kasischke, Sorj Chalandon, Louise Erdrich, Ian McEwan, Richard Powers , Véronique Ovaldé.

On verra plus tard pour les surprises !

 

 

La rentrée, ça commence dans quelques jours à peine et sur Culturez-Vous, ça commence samedi !

En attendant, je vous souhaites d'excellentes lectures, accompagnées de belles découvertes et de puissantes confirmations !

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MS MR, Secondhand Rapture, 12 titres, Colombia, mai 2013, 16 € *****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Cela fait des mois que je veux vous parler de MS MR, et je n'ai aucune autre excuse que la flemme et la peur de ne pas savoir en parler comme il faut. Parce que MS MR, ce n'est pas comme un nouvel album de Mylène Farmer, ce n'est pas quelque chose que je connais assez bien pour y poser des mots aussi facilement que sur un livre. Non, MS MR, c'est un peu l'inconnu pour moi.

 

Mais avant de tenter de vous entraîner avec moi dans l'univers envoûtant de leur premier disque, laissez-moi vous raconter comment j'ai découvert ce groupe.

Comme vous l'avez certainement déjà remarqué à travers mes deux derniers articles sur la fin de Virgin ou, il y a longtemps au détour d'un pique envers la Fnac au profit de Virgin, j'ai toujours été un ardent défenseur de la chaîne culturelle qui vient de disparaître et ce, avant même d'y travailler. On passera sur « à Virgin, au moins, on avait de vrais libraires ! » pour se concentrer sur le rayon musique, que je ne connaissais certes pas beaucoup, mais assez pour pouvoir vous dire que les disquaires à Virgin étaient (dans une grande majorité) des spécialistes de la musique, et plus particulièrement spécialistes d'un genre, d'une tendance, d'une époque, etc. C'est à Virgin que j'ai découvert TOUS les artistes inconnus ou peu connus du grand public et ceux qui ont percé par la suite. Au détour d'une mise en avant, d'un coup de cœur, ou plus récemment de collègues.

Alors je ne dis pas qu'ailleurs personne ne s'y connaît, je dis simplement qu'à Virgin j'ai découvert The XX plusieurs mois avant qu'on les entende à la radio, à la télé, qu'on les voie dans les Inrocks. À Virgin, j'ai découvert Hurts, groupe toujours aussi peu connu en France. À Virgin, j'ai découvert Ellie Goulding parce qu'Anything could happen passait plusieurs fois par jour au channel plusieurs mois avant qu'I need your love en featuring avec Calvin Harris inonde les ondes. Grâce à des collègues, j'ai découvert White Lies, Half Moon Run, Fever Ray ou encore MS MR.

Et maintenant que Virgin n'existe plus, il va falloir que je me débrouille autrement pour faire des découvertes pareilles, pour trouver des disques en import introuvables en général en France... Alors, les gens, si vous connaissez des supers blogs, sites de musique, je suis ouvert à vos conseils.

 

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Maintenant que je vous ai dit comment, je vais vous dire pourquoi.

Parce que le premier titre, Hurricane, sorti l'an dernier, est aussi envoûtant qu'un titre de Rihanna est entraînant en boîte de nuit.

Parce qu'il m'a fait attendre fébrilement un possible album des moi durant. Album enfin arrivé en mai.

Parce que la pop baroque, mystérieuse et presque effrayante est sublimée par la voix suave et rauque de Lizzy Plapinger (MS).

Parce que les mélodies de l'album entier sont magnifiques, que les titres soient dansants ou lents, étincelants ou sombres.

Parce que je ne comprends rien aux paroles, alors je ne sais pas si, comme la quasi totalité de la production anglo-saxonne, les textes sont à chier.

Parce que les sons se ressemblent parfois, mais qu'on s'en fout tellement c'est beau.

Parce que la production de Max Hershenox (MR) est parfaitement maîtrisée.

Parce que les Inrocks ont dit que MS MR apportent quelque chose « à la musique contemporaine dans cette manière de confronter une pop acidulée aux textures cheap du r’n’b, dans cette volonté de défier les normes, pour mieux les simplifier. »

Parce qu'en plus d'avoir des airs de pop baroque, leur musique mêle habilement (toujours selon les Inrocks) la sensualité de la Soul à la subtilité de l'électro. Enfin, quant à la subtilité de l'électro, tout est affaire de point de vue. Ici, c'est certain, c'est subtil. Mais on ne peut pas dire de toute la scène électro qu'elle est subtile...

 

Enfin, parce que c'est à la fois puissant, élégant, délicat, envoûtant (ça, vous l'aurez compris, à force), entêtant, mélodique, délicieusement mélancolique, furieusement lumineux. En un mot ; MAGNIFIQUE.

 

 

Pour finir de vous convaincre, écoutez :

 

 


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Robin Thicke, Blurred Lines, 10 titres, Polydor, juillet 2013, 14,99 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Puisque je pars quinze jours dans le sud samedi, c'est l'occasion idéale pour vous parler d'un des disques de l'été. Robin Thicke fait parler lui depuis quelques semaines avec son tube Blurred Lines, et l'album du même nom vient de sortir. Un disque court (dix pistes), chaud et entraînant, pour passer un bel été.

 

L'homme avait travaillé avec Mary J. Blige, Mariah Carey, Chrisina Aguilera ou encore Michaël Jackson avant de se lancer lui-même dans la chanson.

Son sixième album, le premier dont on parle en France si je ne m'abuse, est un disque pop qui lorgne sans vergogne vers le funk, le disco et le R'n'B. On retrouve ainsi des influences des Bee Gees, de Jamiroquaï, de Barry White et de certainement plein d'autres que je ne connais ou ne reconnais pas.

On pense souvent à Craig David et Justin Timberlake. Genre, ça pourrait être le dernier album de ce dernier s'il n'avait pas sorti le prétentieux et paresseux The 20/20 Experience il y a quelques mois. Il y a quelque chose de diablement sexy à la Timberlake dans la voix, dans le regard et les poses (voir le clip de Blurred Lines) et, comme lui, il n'hésite pas chanter dans les aigus, ce qui fait parfois des contrastes plutôt sympas au sein d'un même titre.

 

Voilà donc un bon disque qui mêle habilement pop, R'n'B, funk et disco, entre modernité et old school, à emmener en vacances, à passer en soirée, à écouter en faisant le ménage, histoire de tortiller du cul en toute circonstance !

 

 


 

 

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En attendant la rentrée...

Publié le par Sébastien Almira

Chers amis, chers lecteurs,

 

En attendant la rentrée littéraire, l'été sera creux. Seuls quelques articles seront publiés. Quelques disques dont j'ai vraiment envie de vous parler, du cinéma, mais peu de livres. Et dès la mi-août, la littérature fera son grand retour avec une rentrée déjà en préparation !

 

Je vous parlerai du plus mauvais Nothomb (La Nostalgie heureuse, chez Albin Michel), du joli roman de Patricia Reznikov (La Transcendante, chez Albin Michel), du premier Lyonel Trouillot que je lis (Parabole du failli, chez Actes Sud), du soporifique et prétentieux Karine Tuil (L'invention de nos vies, chez Grasset), du génial Journal malgré lui d'Henry K. Larsen de Susin Nielsen côté jeunesse chez Hélium, et de ceux que je n'ai pas encore lus, dont Le rire du grand blessé de Cécile Coulon chez Viviane Hamy et Urbs de Raphaël Meltz chez Attila qui ont l'air géniaux !

 

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Pour vous faire patienter un peu, voici de jolis extraits de Parabole du failli de Lyonel Trouillot, commencé hier et qui s'annonce magnifique :

"Aux vieilles qui s'essoufflaient en grimpant la colline de leurs chaussures d'un autre temps et auxquelles tu offrais quelquefois ton bras, parce que la pente est raide et que ce n'est pas plus mal si les forts aident les faibles. Tu aimais les vieilles autant que les enfants et, toutes fières, avec des sourires de bal de débutantes, elles grimpaient à ton bras cette satanée de colline qui avait épuisé leurs rêves, leurs jambes, leurs amours. Le dernier homme à leur avoir donné le bras avant toi était mort depuis longtemps. Va-t'en-savoir-pourquoi, cette putain de colline est une machine à faire des veuves."

"Quand les pauvres se mettent à avoir de la classe et s'expriment comme des chérubins vivant dans les nuages, c'est qu'ils se laissent atteindre par les vices des riches."

"C'est toujours sur le dos des autres que l'on développe des amitiés. Le truc, c'est de choisir quels autres."

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Claire-Lise Marguier, Les noces clandestines, roman, 120 pages, Le Rouergue, collection La Brune, janvier 2013, 13,80 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Dure est la chute après le grandiose Le faire ou mourir qui, l'année dernière, m'avait ému, puis retourné et fini par m'impressionner (critique ici). Après cette première incursion dans le monde des adolescents, la Toulousaine s'en prend au roman adulte.

 

Toujours au Rouergue, toujours sous la forme d'un court récit, toujours avec un style raffiné et percutant, toujours une histoire pas ordinaire dans l'ordinaire, toujours une noirceur ambiante malgré une beauté renversante, toujours un rapprochement initialement pas évident mais plus qu'envoûtant et laissant peu de place à un quelconque échappatoire.

 

Malgré ces points communs, Claire-Lise Marguier ne fait pas dans la redite, et c'est tout à son honneur. Mais ce qui m'a gêné dans cette histoire d'enlèvement, puis de séquestration et enfin d'envoûtement, c'est un final pas du tout à la hauteur de ce qui le précède.

Ce qui le précède, c'est une histoire dont on ne peut de dépêtrer. Accrochés qu'on est à ses Noces clandestines, on tourne fébrilement les pages de ce que l'on prend pour un petit bijou noir assez lumineux pour ne pas plonger dans un sentiment de dégoût et d'effondrement.

Ce qui le précède, c'est une nouvelle démonstration du talent de la romancière de créer une étrange bulle emprunte d'un plaisir mélancolique dans laquelle on se laisse bercer autant que bousculer.

 

Et après ça, le final fait preuve d'une fadeur, d'un manque de profondeur et d'imagination, au moins aussi égal à la virtuosité du reste, qui brise la bulle dans laquelle on nous enveloppait innocemment depuis presque une centaine de pages. Et on lit les vingt dernières pages en sautant allègrement des paragraphes entiers avant de se rendre compte qu'on a bien été dupés : on a été débarqué d'un petit chef-d’œuvre et rien n'a été entrepris pour nous y replonger.

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