La mort de Virgin.

Publié le par Sébastien Almira

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L'occupation sur les Champs-Élysées


Voilà, c'est fini.

C'est une aventure extraordinaire qui s'achève en France aussi.

 

Parce que Virgin, à l'origine c'est anglais. D'abord, c'était un magazine qui parlait de musique, de disques que l'on ne trouvait pas facilement dans le commerce, déjà un vrai travail de spécialistes, de découvreurs. Devant le nombre de personnes demandant où trouver tel ou tel disque, Richard Branson et Nik Powell ouvrent un comptoir à Londres en 1971 qui ne vend que les disques dont ils parlent dans le magazine, c'est Virgin Records and Tapes. Puis une première boutique voit le jour sur Oxford Street à Londres en 1979. Et une autre. Et une autre. Dans les années 80 et 90, c'est une centaine de Virgin Megastore qui ouvrent leurs portes en Angleterre !

 

Vu le succés, ils décident de s'attaquer au reste du monde : les États-Unis, le Japon, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, l'Australie, l'Egypte... En France, l'offre est diversifiée pour concurrencer la Fnac qui règne, impitoyabe depuis 1974, écrasant sur son passage un grand nombre de libraires et de disquaires. Ainsi, l'enseigne vendra également des livres, des vidéos, des jeux et de la papèterie. On est en 1988 et Richard Branson vise rien moins qu'un somptueux bâtiment, dont l'escalier de marbre et la porte du coffre-fort de l'ancienne City Bank sont classées, de 8500m² sur les Champs-Élysées. L'année suivante, Marseille est investie, puis Bordeaux en 1990. Là aussi, de beaux bâtiment en pierre sont choisis.

 

En France, l'impact de Virgin n'est pas aussi important que dans son Angleterre natale, mais l'aventure devient rapidement une institution. Le vaisseau amiral, sur les Champs-Élysées, est visité par les touristes du monde entier autant que par les artistes en promotion. Lorsqu'un reportage sur la rentrée littéraire ou sur la sortie d'un nouvel album de Mylène Farmer est tourné, c'est au Virgin des Champs-Élysées que l'on vient. Le succés est colossal. L'enseigne peut également se targuer de n'embaucher que des spécialistes. Pas de faux libraire, pas de faux disquaire. Que des passionnés qui se battent pour faire découvrir des réalisateurs, des chanteurs, des auteurs injustement inconnus, qui se battent pour la culture. "Virgin, la culture du plaisir".


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                 Oxford Street à Londres                                                                                 New York

 

Mais des loyers faramineux, une direction hasardeuse (quel est l'incapable qui a décidé de ne pas proposer de site de vente sur internet ? et j'en passe), une baisse massive du marché du disque (qui représentait la majorité de l'activité), puis de la vidéo, la crise qui fait du tort à la culture, Amazon qui détruit les librairies, etc., tout ça fait qu'après les États-Unis, l'Angleterre et de nombreux autres pays, c'est au tour de la France de voir disparaître les 26 derniers Virgin Megastore du territoire (il y en a eu jusqu'à une quarantaine) que Richard Branson avait vendus à Lagardère qui a revendu 80% à Buttler Capital, tout en gardant 14%, les 6% restant appartenant au PDG de Virgin Mobile.

 

En janvier, la direction dépose le bilan, pendant quelques mois, on espère une retructuration qui sauvera l'entreprise. Puis l'administrateur judiciaire déclare les magasins en cession. Pendant plusieurs semaines, on attend des repreneurs sérieux mais on doit se contenter d'une bande de branques qui entendent obtenir 11 magasins, la marque Virgin et plusieurs millions d'euros de stock pour 1,2 million d'euros (Rougier et Plé)... Toutes les propositions sont rejetés par le tribunal de commerce lundi 10 juin 2013.

 

Mardi matin, la direction annonce la fermeture de tous les magasins pour le vendredi 14 juin. Le jour même, quatre magasins sont occupés par les employés : celui des Champs-Élysées, de Barbès (Paris), de Rouen et de Strasbourg afin d'obtenir un PSE décent. 6 millions d'euros étaient au départ sur la table pour une entreprise qui compte encore 1000 salariés. Dont une grande partie de vendeurs spécialisés depuis des années en musique ou en vidéo qui ne retrouveront pas de travail dans leur branche et pour lesquels une réorientation semble indispensable. Mais l'argent disponible est loin de suffire puisqu'il ne dépasse pas le minimum légal (1/5e de salaire mensuel par année travaillée, donc 200 € pour un salarié au SMIC qui a un an d'ancienneté, 2000 € pour un salarié qui a dix ans de boîte). La direction décide alors de fermer immédiatement les 26 magasins de la chaîne pour des "raisons de sécurité". Quelques jours plus tard, Les Grands Boulevards à Paris, Dunkerke, Avignon et Plan de Campagne rejoignent la mobilisation.

 

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                       Virgin des Champs                               occupation chez Lagardère                              Virgin des Champs

 

Lundi 17 juin 2013, l'entreprise est officiellement mise en liquidation et l'occupation se poursuit jour et nuit dans huit magasins pour obtenir 15 millions d'euros afin de faire appel à un cabinet de reclassement et de disposer d'un peu plus d'indemnité de licenciement.

Hier soir, jeudi 20 juin 2013, un accord a été signé avec Maître Lévy, qui s'occupe de la liquidation et qui souhaite nous voir quitter les lieux le plus vite possible. Après dix jours d'occupation et des mois de lutte (la première manifestion a eu lieu le 29 décembre 2012), nous avons obtenu la somme demandée et nous tirerons notre révérence à nos clients demain après-midi avec des groupes et DJ "Virgin" qui se produiront devant le Virgin des Champs-Élysées de 12 à 19h à l'occasion de la fête de la musique. Enfin, nous ferons nos adieux au magasin qui a accompagné pendant un an, cinq ans, vingt-cinq ans, une équipe soudée et passionnée de 180 salariés (1000 pour la France). Un lieu emblématique de la culture en France. Un lieu mythique.

 

Une page se tourne, à nous d'en écrire de belles. Mais Virgin fut pour nous une aventure extraordinaire. Une aventure humaine, culturelle, faîte d'échange avec les collègues, les clients, les éditeurs, les artistes, faîte de moments inoublables, sur laquelle restera à jamais un brin de nostalgie pour certains, une larme pour d'autres, mais pour tous un goût amer, un goût d'inachevé en même temps qu'un souvenir impérissable. Merci aux collègues et aux clients.

 

702488-virgin-megastore-nice.jpgVirgin de Nice

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Yves Grevet, Nox, Ailleurs (2), roman ado, 420 pages, Syros, avril 2013, 16,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ayant perdu la feuille sur laquelle j'avais écrit une bonne partie de ma critique pour ce deuxième tome de Nox, et vous ayant déjà fait part de ma grande flemmardise, vous comprendrez aisément que je ne suis pas de taille à recommencer cet article. Je vous parlerai donc assez rapidement de la fin de la dernière série pour ado d'Yves Grevet, le père de Méto.

 

Si vous souhaitez vous ré-imprégner du premier tome, vous pouvez en lire le résumé et la critique ici.

J'avais beaucoup apprécié que l'auteur invente vraiment quelque chose de nouveau, sans piocher des idées, des scènes, des personnages dans Méto, ce qui aurait été facile et attendu. Dans Nox, il met la barre un peu plus haut au niveau de l'âge, des enjeux politiques et sociaux, de la dureté des fait. Et il le faisait très bien. Ça tenait la route du début à la fin.

Et bien c'est toujours le cas avec ce génial second tome, dont on ne peut s'empêcher de tourner les pages à une vitesse incroyable ! L'aventure, le suspense, les doutes et les surprises de l'amitié, l'espoir et l'amour (et l'espoir de l'amour) sont toujours une question de survie. Et de survie, il en est d'ailleurs plus que jamais question. Car, sans vous dévoiler quoi que ce soit de la suite de l'intrigue, pour Lucen, Firmie et même Ludmilla, il va falloir s'accrocher pour tenter de s'en sortir, de survivre, et peut-être de réapprendre à vivre.

 

En somme, voilà un très bon final à la nouvelle dystopie d'Yves Grevet, un auteur jeunesse sur lequel il faut compter. N'hésitez pas à lire Méto (article), Seuls dans la ville (article) et L'école est finie (article) qui, dans des genres bien différents, prouvent que la littérature n'est pas morte, qu'elle donne envie de lire et qu'Yves Grevet en est le parfait exemple !

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Collection Poche chez Zulma !

Publié le par Sébastien Almira

Zulma

 

Dans un soucis de faire découvrir des perles publiées par leurs soins en grand format mais dont le succès n'a pas été assez grand pour une sortie chez les gros éditeurs de poche et que les libraires retournent petit à petit jusqu'à ce qu'ils disparaissent de la circulation (oh ! les vilains libraires !), Zulma créé sa propre collection de poche.

Le design et la qualité restent les mêmes, si ce n'est le retrait des rabats et une déclinaison argentée qui s'ajoute à la couverture d'origine. Proportionnellement, le format Zulma semble respecté et le résultat est plus large de cinq millimètres qu'un poche conventionnel et à peine moins haut. Le prix, lui, est plus élevé que chez la concurrence, mais vu le soin apporté à la réalisation, on ne va pas chipoter. D'autant qu'à 8,95€ le livre, on est sensiblement dans la même fourchette que chez Babel, la collection poche d'Actes Sud.

La fréquence de publication devrait être de huit à douze titres par an. Les quatre premiers titres sont disponibles depuis le 2 mai. C'est peut-être l'occasion de lire de jolies découvertes qui vous étaient passées sous le nez ! Voici les deux que j'ai lus. Les deux autres sont C'est moi qui éteins les lumière de Zoyâ Pirzäd (traduit du persan par Christophe Balaÿ, 280 pages, 9,95 €) et Mes seuls adieux d'Anjana Appachana (traduit de l'anglais (Indes) par Alain Porte, 230 pages, 8,95 €).

 

 

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David Toscana, El ùltimo lector, roman traduit de l'espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo, 180 pages ***

Icamole, petit village au nord du Mexique. Tirant de l'eau de son puits, en plein sécheresse, Remigio y trouve le corps d'une fillette inconnue. Effrayé qu'on puisse le confondre, il décide de se débarrasser du corps. Lucio, bibliothécaire viré par l'administration, fait de la résistance. Sa bibliothèque reste ouverte et il continue de lire tous les livres qu'il a reçu du temps où elle était officiellement ouverte, à mettre en étagères ceux qui sont dignes d'être lus et à jeter dans une pièce infestée de cafards ceux qui ne le sont pas selon lui. À la lumière de ses lectures, il mène l'enquête sur la fillette, comme sur tout le reste, persuadé qu'il est que tout se révèle en lisant, que toute histoire qui survient a été écrite quelque part.

Un roman, tantôt drôle (l'auteur n'hésite notamment pas à distiller fréquemment dans la bouche du bibliothécaire des pensées qui sont certainement les siennes, acerbes à souhait, sur ce que sont devenus la littérature et la plupart des écrivains), tantôt dur (tant la réalité de la sécheresse, de l'éloignement, de la pauvreté, est bien contée), tantôt réaliste, tantôt fantasque qui vous enivre de ses mots, de ses lectures, de sa virtuosité, jusqu'au dernier paragraphe. Peut-être le dernier paragraphe de livre qui m'aura le plus bluffé, le plus accroché, le plus plu.

« Il ouvre un livre et se met à lire. Par prudence, il a pris un roman récent, un de ceux qui ne se donnent pas la peine d'expliquer un repas en détail, sauf s'il s'agit d'auteurs féminins ou peut-être d'un écrivain latino-américain qui, à ses débuts, croyait que l'écriture pouvait régler les problèmes sociaux mais qui, avec les années, a préféré divertir les femmes à chaussures vernies qui lui demandaient un autographe entre flatteries, coquetteries et déclarations d'amour pour tout ce qui vient de l'étranger, car il fut un temps où j'incarnais un peuple, dit-il, mais aujourd'hui je suis franco, germano ou bulgarophile. Mon personnage brandissait un poignard, maintenant il a un verre de vin à la main. Il dormait dans une ruelle, à présent il se plaint que sa chambre d'hôtel n'ait as vue sur la mer. » page 17

 

 

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Gert Ledig, Sous les bombes, roman traduit de l'allemand par Cécile Wajsbrot, 210 pages ****

« Un jour de juillet 1944, en une heure et neuf minutes, le temps d'une attaque aérienne sur une grande ville allemande. Dans cet univers d'horreur et de cruauté où luisent les derniers feux du fanatisme, subsistent malgré tout des traces d'humanité : le lieutenant qui refuse une mission absurde ; le radio qui n'ose pas dire la vérité à une mère ; l'aviateur américain qui lance des bombes sur le cimetière pour ne faire mourir que des mort. Des hommes et des femmes qui, dans l'urgence de survivre, tentent de ne pas oublier qu'ils ont aussi à vivre. »

Époustouflant, éprouvant, harassant roman qui court sur seulement soixante-dix minutes d'une attaque aérienne qui a vraisemblablement lieu sur Munich, Sous les bombes porte son nom à la perfection. Que l'on soit dans le sous-sol d'un hôpital où des dizaines de personnes sont réfugiées, avec des soldats dans un blockhaus, sous les éboulis où une jeune fille se fait violer ou dans les airs avec un soldat américain dont le parachute ne veut pas s'ouvrir, on est constamment écrasé par le poids des bombes.

Gert Ledig a fait cette guerre, en a tiré deux romans (Les orgues de Staline, 1955 et Sous les bombes, 1956, réédité en 1999 en Allemagne, en 2003 en France chez Zulma) et c'est encore plus terrible de lire ce témoignage de guerre sous forme de roman, écrit avec un détachement perturbant par un soldat allemand.

L'écriture, rapide, vive, puissante, donne au récit un rythme éprouvant, une force inouïe. Je n'ai jamais lu un texte aussi vivant sur la mort, mais on n'en sort pas indemne.

« Lorsque la première bombe tomba, le souffle projeta des enfants morts contre le mur. Ils avaient été asphyxiés l'avant-veille dans une cave. On les avait mis au cimetière parce que les pères combattaient sur le front et qu'il fallait chercher les mères. On n'en retrouva qu'une. Mais écrasée sous les décombres. Les représailles ressemblaient à cela. » page 9

 

 

Alors, même si David Toscana écrit dans El ùltimo lector qu' « Alberto Santin ne saura jamais rien de cela car écrire n'est pas vivre et lire ne l'est pas non plus » (page 57), lisez !

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Le cinéma de mai 2013 (Trance / Epic / Un grand mariage / Mud / The Iceman / Only God forgives)

Publié le par Sébastien Almira

affiche-trance.jpgTrance, de Danny Boyle, 1h40 ****

Commissaire-priseur, Simon (James McAvoy) se fait le complice du gang de Franck (Vincent Cassel) pour voler Le vol des sorcières de Fransisco Goya, d’une valeur de plusieurs millions de dollars, mai ne se souvient pas où il l'a caché. Après les menaces et la torture, Franck engage une spécialiste de l’hypnose (Rosario Dawson). On pénètre dans les méandres de l’esprit de Simon et ce voyage ne laissera personne indemne.

En virtuose, Danny Boyle construit une sorte d'Inception intimiste, moins grandiloquent, qui parait brouillon au début, mais se révèle parfaitement maîtrisé. Les acteurs parfaits, la bande son et les images, servent à la perfection ce petit bijou de Danny Boyle qui commence comme un simple film de braquage et finit par vous hypnotiser dans les recoins de son scénario, sublimé par une ambiance feutrée et des couleurs vives qui rendent l'obscurité chaleureuse, excitante et inquiétante.

 

 

affiche-epic.jpgEpic, la bataille du royaume secret, de Chris Wedge, 1h40 ****

Les créateurs de L'âge de glace et de Rio vous propose leur nouveau bébé : Epic, sorte de mix entre Arthur et les Minimoys et Arriety, comme le fait remarquer Noémi dans son article (ici). C'est l'histoire d'une guerre insoupçonnable qui fait rage autour de nous : la nature est peuplée d'êtres magiques minuscules qui tentent de combattre les bons ou les méchants, au choix. Une reine de la forêt qui doit trouver un successeur avant minuit, une humaine qui se fait rapetisser pour sauver leur monde (et le sien, parce que sinon, le grand méchant qui ressemble beaucoup à M le Maudit et son idiot de fils qui ressemble à l'idiot de fils de M le Maudit vont détruire la forêt), une histoire d'amour impossible entre les deux mondes, un univers magnifique dans la nature, etc. Ça fait beaucoup de points communs avec la saga Arthur de Luc Besson.

Mais ça vaut quand même vachement le coup !

 

 

affiche-un-grand-mariage.jpgUn grand mariage, de Justin Zackham, 1h30 **

Le spitch est assez simple, voire attendu : un bogosse se marie, sa famille est tordue, rien ne va se passer comme prévue. À partir de là, tout est permis, le réalisateur ne s'interdit rien et les situations comiques, les quiproquos, les tromperies, les blagues en tout genre vont fuser pendant une heure et demi.

On pourra regretter cette avalanche de situations à la limite du grotesque mais les acteurs (Robert De Niro, Susan Sarandon, Katherine Heigl, Diane Keaton, Ben Barnes, Robin Williams, etc.) portent assez bien le film pour oublier que c'est gros comme une maison et pour passer un bon moment !

 

 

 

 

affiche-mud.jpgMud, de Jeff Nichols, 2h10 *****

Je ne sais comment décrire Mud. Ni l'histoire, ni ce que j'ai ressenti, ni comment je l'ai aimé. Parce que je l'ai aimé. Le personnage, comme le film. Mais c'est un peu compliqué. Je ne sais pas si c'est un grand film, pourtant je lui attribue cinq étoiles sans hésiter.

Entre drame, romance et polar, Mud est une vraie aventure humaine avec de la tristesse comme de la joie, de l'amour et de l'amitié comme des déceptions, de la contemplation comme de l'action, de l'humour comme de l'inquiétude.

En tout cas, Mud est une merveille. Mud, c'est un voyage exceptionnel, une leçon. Une leçon de cinéma.

Un véritable coup de cœur !


 

 

affiche-iceman.jpgThe Iceman, d'Ariel Vromen, (tiré de faits réels) 1h45 ***

On estime à une centaine le nombre de meurtres (certains avec torture) que Richard Kuklinski, surnommé The Iceman, a perpétré au moment de son arrestation en 1986. Comment ce pur modèle du rêve américain est devenu tueur à gages et a réussi à mener une double vie pendant plus de vingt ans ?

Michaël Shannon incarne à la perfection cet homme froid comme la glace, qui torturait et tuait pour les plus grands truands de New York. The Iceman n'est pas indispensable, mais c'est un bon thriller qui fait dans la sobriété et reflète bien la personnalité de Kuklinski et le paradoxe entre ses deux vies.

 

 

 

 

affiche-only-god-forgives.jpgOnly God forgives, de Nicolas Winding Refn, 1h30 *

Des mecs qui mettent trois secondes à faire un pas, c'est pas possible.

Des plans de quinze secondes sur des poings serrés, c'est pas possible.

Des plans de trente secondes sur un mec immobile, c'est pas possible.

Des mecs qui tournent autour de la caméra pendant quarante-cinq secondes, c'est pas possible.

Des scènes dont on ne sait s'il faut en rire ou s'insurger (jamais vu une scène aussi grotesque que la rencontre entre la mère, le fils et la pute au restaurant), c'est pas possible.

C'est bien beau d'avoir un départ de scénario (Kristin Scott Thomas grimmée en travelo culturiste (merci Mathilde pour cette formidable description) débarque des États-Unis à Bangkok pour récupérer le corps de son fils aîné, assassiné, et fait tout pour le venger. Ryan Gosling, le petit dernier, n'a que sa belle gueule pour lui, et sa mère le lui fait bien sentir), de filmer le bogosse du moment sous toutes les coutures, de jouer sur l'ultra-violence parce que c'est à la mode et sur des plans saturés de couleurs pour avoir de belles images, mais, visiblement, Monsieur Winding Refn, c'est loin d'être suffisant pour faire un bon film. Par contre, pour la branlette, pour l'auto-satisfaction, pour se regarder filmer, c'est parfait. A quand l'auto-fellation ?

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Daniel Glattauer, À toi pour l'éternité, roman traduit de l'Allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret, 250 pages, Grasset, mai 2013, 17,90 € °

Publié le par Sébastien Almira

 

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Autant j'avais aimé lire Quand souffle le vent du nord (critique ici) et La septième vague (critique là), vous savez, ces romans épistolaires de qualité très moyennes qui ont eu un joli succès en grand format comme en poche, mais qui étaient très bien pour m'accompagner pendant mes vacances. Autant j'ai trouvé nulle au possible la troisième traduction française de Daniel Glattauer, le Marc Lévy autrichien. Et pourtant, j'étais en vacances en Grèce pour celui-ci.

 

Peut-être que le passage de l'épistolaire au récit pur et dur a laissé la magie des deux premiers livres en chemin. C'est dommage parce qu'il ne reste, pour le coup, plus rien pour sauver À toi pour l'éternité de la médiocrité dans laquelle il se vautre du début à la fin sans aucun sursaut ni même lueur de tentative de qualité.

L'absence de style de l'auteur (à moins que la médiocrité soit un choix) rend la lecture désagréable.

 

C'est lourd au possible, plein de répétitions, de clins d’œil qui se veulent intelligents et poétiques :

« Le matin, seulement, la présence d'un homme à côté d'elle sous la couverture lui manquait parfois. Ce ne devait pas être n'importe qui, même pas juste quelqu'un, mais un homme bien particulier. Et malheureusement, il ne pouvait donc s'agir de personne que Judith connaissait déjà. » page 11

« Il avait recommencé à étinceler, de façon moins éclatante qu'à la brillante époque de son grand-père. » pages 12-13

Sur deux ou trois pages à partir de la quinzième, Judith se demande si son prétendant n'a pas appuyé de telle façon sur le « vous » de « Cela ne devrait pas vous étonner » qui voudrait dire que, qui sous-entend que, parce que non il n'a pas simplement appuyé pour souligner le fait que, il a carrément fait un vous majuscule pour dire, et pour souligner que, et parce que ci, et parce que ça...

 

Les dialogues sont aussi affligeants que leur présentation est énervante :

« « Peut-être pourrais-je vous offrir un café un jour », demanda alors Berghofer ou Burghofer ou Bergmeier. « Oui, pourquoi pas », répliqua Judith, car cela n'avait pas d'importance (non mais, sans déconner, « car cela n'avait pas d'importance », qu'est-ce que c'est que cette réflexion à la mords-moi le nœud?!). Ses joues étaient devenues écarlates. Elle devait vraiment y aller. Lui : « Bien, bien. » Elle : « Oui. » Lui : « Bon. » Elle : « Oui. » Lui : « Pour le café, je passerai un de ces jours dans votre magasin, si cela vous va. » Elle : « Oui, passez. » Lui : « Cela me ferait plaisir. » Elle : « Oui. » » page 20

 

C'est parfois carrément incorrect :

« Il se sourit même une fois à son Roland, qui lui massa deux secondes l'épaule droite. » page 10

 

Le seul point positif de ce troisième roman, c'est que Daniel Glattauer a réussi se renouveler quelque peu et à surprendre le lecteur. Ce qui commence comme une banale et bancale histoire d'amour se termine avec une intrigue tordue que n'aurais pas renié Amélie Nothomb. Mais c'est loin de suffire pour combler les spectaculaires lacunes littéraires et grammaticales de l'auteur.

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La Grèce dans tous ses états

Publié le par Sébastien Almira

Trois semaines après mon retour de Grèce, après vous l'avoir promis, je vais vous en parler.

Pas un article conventionnel du genre “le premier jour, nous sommes allés à... où nous avons fait...”. Ni du genre “lundi 6 mai 2013, 9h43 : visite du... 8€”. Ni du genre “En raison de la guerre de..., le site de... a été partiellement détruit, ce qui subodore que...”

Non, je suis plutôt du genre « putain, c'était trop génial ! Un truc de ouf, j'te jure ! Oh la la, t'aurais vu les trucs qu'on a visités ! Et la bouffe qu'on s'est tapée ! Et le temps qu'il a fait ! J'en reviens pas... Et, putain, qu'est-ce que ça nous a fait chier de revenir en France... Déjà, le samedi soir, on était dans un hôtel de fou avec piscine sur le toit, au vingt-et-unième étage, alors t'imagines comment on n'avait pas envie de partir dimanche midi après avoir écrit les cartes postales en maillot, sur un transat, entre deux plongeons ! Alors en plus, quand on a dû monter dans le RER B pour rentrer à la maison et qu'on a eu besoin de mettre sweat et veste, alors qu'on se baladait en short et en tongs en Grèce... »

 

Voilà, déjà, ce serait plutôt comme ça que je le raconterai tellement c'était super comme vacances. Mais comme on est pas autour d'un dîner sympa entre potes, avec une bonne bouteille de vin, je vais vous faire un petit compte-rendu de ce qui nous a le plus émerveillés, surpris,effrayés et déçus ! Vous êtes prêts à embarquer pour la Grèce dans tous ses états ?!

 

 

Les 7 merveilles

 

L'Acropole (un peu bâteau, mais bon).

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Nauplie (Nafplie), une petite ville de 15000 habitants qui ressemble à un village du sud de la France, avec le côté touristique fêtard d'une grande ville, le tout au bord de la mer. Désolé, mes photos ne reflètent pas vraiment l'ambiance qui se dégageait de cette ville, mais je vous assure que si vous allez en Grèce, vous ne serez pas déçus de vous arrêter à Nauplie !

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La citadelle Palamède à Nauplie, une des trois cités défensives de la ville. Au sommet d'une falaise, cernée par la mer, le cadre est magnifique et plein d'histoire.

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Alipa Beach, la plage d'un minuscule bled (Nyfi) paumé au milieu de la région la plus reculée (le Magne) du Péloponnèse. Un petit coin de paradis au milieu de nulle part où vous ne serez pas écrasé par les touristes !

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Les routes du Péloponnèse, à plusieurs dizaines, voire centaines de mètres de hauteur, dans des gorges ou au dessus de l'eau. La mer et la montagne en même temps, jamais fait une balade en voiture aussi belle. Inconvénient : les épingles en montagnes avec la mer en bas, ça ralentit vachement le trajet.

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La cuisine grecque. La palme revient pêle-mêle au restaurant Tzitzikas & Mermingas à Athènes (fromage pané au bacon nappé de miel et sésame, oignons farcis notamment au bacon et aux épinards, poisson aux légumes croquants... Partenariat avec un vigneron pour avoir un très bon vin au nom du resto!), au pub Pur Bliss à Athènes (photo 1) (supers coktails dont le Kiss me Kate qui a enchanté ma soirée et en-cas dont une très bonne tarte poulet, poivrons, feta), à l'Antica Geleteria di Roma à Nauplie (un glacier artisanal tenu par des Italiens, et je peux vous dire que les glaces y sont tellement succulentes que j'y suis retourné ! La Zuppa, miam miam!) et au restaurant gastronomico-romantique Mythos à Patras (photo 2) (on s'en est sortis à moins de 30€ avec une grosse salade grecque, la délicieuse tarte Mythos, une fricassée de cèpes et du vin).

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La piscine et le bar du President Hotel à Athènes, au vingt-et-unième étage ! Trés agréable après une semaine de rêve, mais harassante.

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Les 6 insolites

 

Ne pas jeter de papier aux toilettes ! Les canalisations étant trop petites, ça risque de les boucher, alors on jette tout à la poubelle...

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Les gens roulent n'importe comment. Sans clignotant, ils doublent par la gauche, par la droite, par la bande d'arrêt d'urgence, la plupart roulent continuellement dans la bande d'arrêt d'urgence (même sur autoroute!) pour laisser les autres les doubler (on a déjà vu quatre voitures au même niveau sur une deux voies).

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Vu un seul McDo en huit jours et 1400km parcourus.

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Nombre de maisons délabrées et laissées à l'abandon, ou commencées d'être construites et laissées à l'abandon. Sur la première photo, vous pouvez voir le village traditionnel de Vathia, entièrement abandonné !

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Pour dire « oui », on bouge la tête de gauche à droite en disant « né », et pour dire « non », c'est de haut en bas en disant « ochi » ou faisant « tss ».


Les horaires de la vie grecque : on ne petit-déjeune quasiment pas, on déjeune entre 14 et 17h, on dîne largement après 22h, on va au bar après 23 et on fait la fête jusqu'au petit matin sans distinction entre la semaine et le week-end ! (photo prise vers 2h du matin un dimanche soir dans une des rues pleines de monde à Athènes)

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Les 5 frayeurs

 

Le premier rentrage à pieds en pleine nuit dans Athènes, sans métro, avec un plan parfois approximatif et des noms de rues parfois écrits uniquement en lettres grecques...


Le pas trouvage du passage qui menait du parking à la domatia (commerce florissant de particuliers qui louent des chambres, à plus ou moins grande échelle) à Nauplie, pourtant expliqué sur plan par le patron de l'établissement. En pleine nuit, à l'orée d'une foret flippante (la domatia est peu chère, au sommet de la ville et jouit d'une visibilité unique sur l'ensemble de la ville), sans luminosité, à une heure de fatigue extrême. Flip + fatigue = nerfs à vif.


La descente en voiture de routes hallucinantes dans le Péloponnèse et surtout dans le Magne, pas du tout dangereuses (je kiffe les épingles au bord d'une falaise!). Sur la deuxième photo, on ne dirait peut-être pas, mais le GPS, dans sa grande bêtise, nous a fait passer par les minuscules routes pavées qui montaient comme pas possible avec des virages ahurissants dont un a failli nous être fatal (impossible de tourner en une manoeuvre, et le démarrage en côte infaisable qui a fait reculer la voiture d'un mètre à côté d'un précipice...) dans un village où une route en gouron toute neuve permettait d'éviter ces mêmes ruelles...

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La presque panne d'essence en plein Magne (je le refais pour les poissons rouges : le Magne est juste le coin le plus reculé d'une région pas très développée dans un pays en crise. On trouvait des bleds de 50 habitant tous les 5km et un supermarché tous les 50km). En revanche, ça ne manquait pas d'animaux...

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Le je-sais-pas-comment-ça-s'appelle à l'aéroport de Genève (escale) qui voulait pas nous laisser entrer du côté français avec les trois bouteilles d'alcool achetées au Free Duty. Non mais oh !

 

 

Les 4 déceptions

 

Les trajets en montagne qui se sont révélés plus longs que je ne pensais et qui nous ont fait perdre pas mal de temps.

Pas avoir visité l'ancienne Olympie parce que le guide disait qu'ils fermaient à 19h30 alors qu'à 17h15 c'était déjà fermé...

Pas avoir fait le train à crémaillère entre Diakofto et Kalavryta (un des rares trains de la sorte au monde, un trajet apparemment superbe).

Ne pas être resté plus longtemps dans ce pays de rêve parce que, oui, c'était des vacances de folie et maintenant vous êtes dégoûtés et vous m'en voulez à mort et vous avez trop envie d'aller en Grèce. Ouais ben moi aussi j'ai trop envie, alors pas la peine de râler...

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Sandrine Kao, Le banc, roman à partir de 10 ans, 115 pages, Syros, avril 2013, 6€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Alex est originaire de Taïwan. Son père y est reparti après quelques mois de chômage en France pour trouver du travail et leur envoyer de l'argent en attendant de trouver une meilleure solution.

Mais à la maison, c'est pas la joie.

D'abord, l'argent commence à manquer. D'autant que le père appelle de moins en moins souvent. Et lorsqu'un typhon frappe Taïwan, Alex et sa mère sont plus qu'inquiets.

Ensuite, il y a les voisins, une communauté d'asiatiques très soudée. Mais pas avec tout le monde. Alex et sa mère doivent faire face aux quolibets et aux rumeurs certains.

Et en plus de ça, sur le banc où mange Alex tous les midis, faute d'argent pour aller à la cantine ou pour rentrer en bus chez lui, il commence à trouver des inscriptions au blanco du genre “Alex bol de riz” ou “face de citron”.

 

Alors, lorsque Sybille devient son amie, il retrouve un peu espoir. Mais entre les mystérieuses insultes, le caractère des filles, les doutes sur son père et les amitiés qui peuvent se briser au moindre coup de vent, c'est pas facile pour Alex...

 

Un roman intéressant, bien écrit et bien mené, pas trop court, pas trop long, pour les jeunes lecteurs de 10-12 ans, avec un peu de suspense, un peu d'humour, et peut-être un peu d'amour...

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Myriam Gallot, Le pays à l'envers, roman à partir de 8-9 ans, 100 pages, Syros, avril 2013, 6€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Voilà un bien joli petit roman jeunesse. L'éditeur le conseille aux plus de dix ans, mai le personnage principal ayant sept ans, je le conseillerais dès 8 ans pour les bons lecteurs et 9 pour les autres.

 

C'est l'histoire de Pablo, sept ans, dont le père est uruguayen et la mère française. Il vit à Montévideo et n'a jamais voyagé. Sa mère décide qu'il est temps qu'il découvre ses origines et l'envoie en France pour deux semaines. Il arrive en avion à Paris, chez Tonton Fabrice qu'il n'a jamais vu, avant d'aller en train, puis en bateau sur l'île d'Ouessant chez Papilou et Mamina, ses grands-parents maternels qu'il n'a pas vus depuis des lustres et dont il n'a de souvenir que la voix au téléphone.

 

Ça fait un peu beaucoup pour le pauvre petit Pablo, qui va en plus devoir manger les plats antillais de Maina, des caramels et du beurre salés, faire face au vent, à la pluie et à la brise marine et supporter l'éloignement de ses parents et de son pays natal.

 

C'est une très jolie histoire, qui se lit presque d'une traite, sans prétention, avec un peu de pluie et de tristesse, mais aussi d'humour et d'espoir, sur l'éloignement et le chox des cultures à destinations des jeunes lecteurs !

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Răzvan Rădulescu, La vie et les agissements d'Ilie Cazane, roman traduit du roumain par Philippe Roublière, 260 pages, Zulma, mars 2013, 20,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ilie Cazane sont deux personnages hors du commun. Le premier du nom n'a jamais travaillé, mais réussit pourtant à vivre comme il faut grâce à une gueule sympathique et un bagou qui ensorcelle les serveurs comme les policiers, les filles comme les beaux-parents. C'est ainsi que nait le second, son fils.

Sous le régime du Conducător Ceauşescu, on suit de manière décousue le chemin des deux héros, la vie et les agissements d'Ilie Cazane.

L'élément principal du roman réside en le génie du père qui parvient à faire pousser des tomates grosses comme des courges. Assez vite, tout le village est au courant et les autorités le somment de leur révéler son secret afin d'en produire industriellement. Mais le bonheur d'Ilie Cazane qui fera aussi son malheur est qu'il n'a pas de secret. Il se fait emprisonner, interroger, torturer, mais n'a rien à répondre, rien à dévoiler.

 

« Sur le visage du premier, auparavant grassouillet et jovial, de l'incertitude se lisait. Il était troublé. Il tenait dans les bras une tomate de cinquante centimètres de diamètre et on voyait, tant il transpirait, combien il lui avait été difficile de l'apporter jusque-là. L'officier posa la tomate dans un coin et dit :

- Cazane, Cazane, je t'ai donné de ma propre main des graines pourries. Avec le plus mauvais terreau possible. Tu as planté la graine, nu comme un ver. Nous t'avons surveillé, nous t'avons fouillé jusque dans l'arrière-train. Nous t'avons repris la caisse. Nous sommes au cœur de l'hiver. Et regarde quelle tomate a poussé !

Désespéré, le Colonel se mit à hurler :

- Donne-moi tes poudrettes, Cazane, sinon tu pourriras ici !

Cazane, assez faible, vieilli, répondit :

- Je vous les donnerais bien, mais je n'ai mis aucune poudre.

Le Colonel pleurait.

- Je sais bien, Cazane, je sais que tu n'en as pas mis. Mais je ne peux le croire. » page 19

 

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Avec cet élément de l'histoire, assez kafkaïen, je m'attendais, à tort, à un roman absurde, à une critique cynique et extravagante du régime de Ceauşescu. Que nenni ! Si certains passages soulèvent l'ahurissement et d'autres prêtent à sourire, aucun ne m'a tiré d'éclat de rire, et le côté kafkaïen ne va pas très loin.

Le roman n'en est pas pour autant mauvais, loin de là. Il y a même un point assez remarquable à préciser : la plume de Răzvan Rădulescu, décrit comme « l'un des auteurs les plus inventifs de sa génération ». Aussi fluide qu'élégante, elle procure un réel plaisir de lecture, en nous baladant au grès des envies de l'auteur, au fil de son récit décousu et de ses interminables passages narratifs et/ou descriptifs. C'est grâce à ses envolées littéraires que je ne me suis pas ennuyé des histoires secondaires comme la description d'un village ou la vie toute entière de celle qui a été il y a fort longtemps la logeuse du Colonel Chirită en charge de l'affaire Cazane. L'auteur n'a pas peur de noyer ses lecteurs dans de longues descriptions, ne lésinant jamais sur d'innombrables détails qui n'ont d'autre utilité que de rendre le récit le plus réaliste possible. Sinon, qui se soucierait de savoir que « Madame Sticlaru, malgré ses quatre-vingt-dix kilos (ainsi que le lui avait indiqué la balance de la polyclinique Sainte-Vendredi, à sa dernière consultation), se mouvait avec agilité », et qu'un jour, elle avait été vue« sur la selle d'une motocyclette, attendre que le feu passe au vert, au carrefour de la rue Moşilor et de la place Obor » (page 140) ?

Cependant, je ne cache pas ma déception quant à l'histoire. Je m'attendais à plus cynique, plus burlesque, plus extravagant, mais la vie et les agissements d'Ilie Cazane père et fils, entre la nature désinvolte et mystérieuse du premier et l'enfance solitaire et drôlatique du second, m'ont tout de même fait passer un bon moment, servi par l'écriture exquise de Răzvan Rădulescu.

 

 

Merci à Catherine Henry des éditions Zulma pour l'envoi de ce livre !

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Le cinéma de mars-avril 2013 (20 ans d'écart / Les Croods / Les amants passagers / Les galins / Jurassik Park 3D)

Publié le par Sébastien Almira

 

20 ans d'écart20 ans d'écart, de David Moreau, 1h30 **

Alice (Virginie Effira), 38 ans, belle, ambitieuse, est contrainte de faire semblant de sortir avec un petit jeunot (Pierre Niney) afin de battre sa jeune concurrente pour une promotion. Mais elle n'a pas dit la vérité au pauvre prétendant. Si en plus l'amour s'en mêle, situations cocasses sont au rendez-vous ! Mais le kitsh n'est jamais loin et le final est en plein dedans. Dommage pour cette comédie simple, un peu naïve, mais fraiche et agréable, avec des acteurs efficaces.

 

 

 

les-croods.jpgLes Croods, de Chris Sanders et Kirk DeMicco, 1h30 ****

Lorsque la caverne où ils vivent depuis toujours "en sécurité" (puisque, c'est bien connu "tout ce qui est nouveau est dangereux") est détruite et leur univers familier réduit en miettes, les Croods, famille préhistorique déjantée à mort, se retrouvent obligés d’entreprendre leur premier grand voyage en famille. Entre conflits générationnels et bouleversements sismiques, ils vont découvrir un nouveau monde fascinant, rempli de créatures fantastiques, et un futur au-delà de tout ce qu’ils avaient imaginé. Humour et images ébouriffantes sont au rendez-vous ! Un super film d'animation pour toute la famille !

 

les-amants-passagers.jpgLes amants passagers, de Pedro Almodovar, 1h30 *

Voilà un très décevant Almodovar. Le réalisateur culte joue la carte du kitsh à fond, mais la vulgarité et les clichés homosexuels n'ont d'égal qu'un scénario creux. Quelques micro-intrigues permettent de ne pas avoir l'impression d'être uniquement dans un avion qui va peut-être s'écraser, mis ça ne suffit pas : l'heure et demi que dure cette farce finalement peu comique semble s'allonger à l'infini, à cause d'un rythme assez mal maitrisé. Bref, restez fidèles à Talons aiguilles, Tout sur ma mère ou encore Volver.

 

 

les-gamins.jpgLes gamins, d'Anthony Marciano, 1h35 ***

Tout juste fiancé, Thomas (Max Boulbil) rencontre son futur beau-père (Alain Chabat), marié depuis 30 ans à Suzanne (Sandrine Kiberlain). Désabusé, convaincu d’être passé à côté de sa vie à cause de son couple, il dissuade Thomas d’épouser sa fille et le pousse à tout plaquer pour se lancer à deux dans une nouvelle vie de gamins pleine de péripéties, persuadés que la liberté est ailleurs. J'ai mis un peu de temps à accrocher et à rire, mais il faut dire que le duo Boulbil-Chabat fonctionne très bien, que Kiberlain est une grande actrice et que le scénarion ne manque pas de ressources. Une très bonne comédie, légère et drôle.

 

 

jurassik-park-3D.jpgJurassik Park, 3D, de Steven Spielberg, 2h, film *** / 3D *

Plus besoin de présenter Jurassik Park. Ce qui change cette année, c'est la 3D. C'était donc l'occasion de revoir ce film culte de Spielberg. Certains plans, déjà impressionnants sur grand écran, le sont encore plus avec la 3D mais ça ne suffit pas à la rendre nécessaire. Elle est très souvent inutile et fait plus mal aux yeux qu'elle n'impressionne vraiment.

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