Ben Fountain, Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, traduit de l'américain par Michel Lederer, roman, 400 pages, Albin Michel, janvier 2013, 22€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Bon, histoire de passer rapidement sur le côté négatif de ma critique : j'ai mis du temps à apprécier ma lecture. J'ai trouvé ça un peu lent, un peu long, un peu trop américain. Ce n'est certainement pas pour rien qu'on l'a comparé à Jonathan Franzen (impossible de retrouver où, qui, mais je suis certain d'avoir lu ça). Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, c'est le récit de quelques jours sur 400 pages. Et moi j'aime pas trop les gros pavés qui s'éternisent sur les détails. Mais quand l'histoire a commencé à prendre de l'ampleur, quand on a arrêté de simplement savoir que tel Bravo était assis à la gauche d'untel, que celui-ci a bu une bière alors qu'il n'en avait pas le droit et que celui-là avait besoin d'un Advil pour la calmer sa murge de la veille, je suis rentré dans l'histoire, et j'ai continué pour savoir la suite, et non plus simplement pour pouvoir écrire quelque chose dessus.

 

Un accrochage avec des insurgés irakiens, trois minutes quarante-trois de pure violence filmées par Fox News, désormais en boucle sur YouTube, et les huit survivants de la compagnie Bravo deviennent du jour au lendemain les enfants chéris de l'Amérique. Conviés par l'administration Bush à effectuer une « Tournée de la Victoire » censée ranimer la flamme du soutien à la guerre, ils sont partout accueillis en héros, jusque dans le stade de Dallas où doit se clôturer leur tournée à l'occasion du grand match de football annuel de Thanksgiving.

En fait, ce qui fait que le roman n'est pas qu'une succession de scènes dans des stades, d'apéros et de pensées intérieures, c'est que tout ne va pas se passer comme prévu.

Il y a Albert, le producteur qui tente par tous les moyens de vendre leur histoire pour en faire un film. Les gens intéressés se bousculent sur son BlackBerry, mais il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Il y a Dime, le commandant, qui veille sur ses hommes avec autant de sévérité et de tendresse que s'ils étaient ses gosses. Il y a Billy, le héros malgré lui, qui ne cesse de repenser à la mort de Shroom au front et de se demander s'il a envie d'y retourner, s'il peut y échapper, comme sa sœur le lui promet (elle a contacté un groupe qui...) depuis qu'il a passé deux jours dans sa famille, histoire d'éviter un nouveau massacre et d'éviter de perdre la première fille dont il vient de tomber amoureux. Parce que Billy n'est encore qu'un gamin, comme ses compagnons d'arme, ses amis, ils ont la vingtaine pour les plus vieux d'entre eux. Et certains commencent à se demander si on ne se fout pas un peu de leur gueule.

 

« Mais les Bravo peuvent se permettre de rire et de se sentir supérieurs, parce qu'ils savent qu'on les utilise. Bien sûr qu'on les utilise, ils baignent dans la manipulation, c'est leur élément, car quel est le boulot d'un soldat sinon d'être un pion qu'on avance ? » page 45

 

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Il y a d'autres morceaux d'histoires, d'autres considérations, j'en oublie certainement. Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn est plus complexe qu'il n'y paraît. Ça s'affine au fil des pages, on avance, on découvre. Les questions, les réponses, le propos, les nons-dits.

Entre politique, football américain, souvenirs de guerre, discours alcoolisés, tentatives d'approche de Beyonce pendant la mi-temps (les Destiny's Child sont là pour faire le show et ils ne pensent qu'à les baiser), Ben Foutain navigue dans un flot de mots, de phrases, de sujets, afin de remonter le cours d'une satire de l'Amérique d'aujourd'hui, celle qui se croit la plus forte, la plus grande, la plus belle, celle qui manipule, celle qui calcule, et celle qui chute.

Finalement, c'est un très bon roman. Avec du foot, des soldats, de l'alcool, des pom-pom girl, des richissimes propriétaires, des questions sociales, politiques et personnelles, bref, un roman américain ! Exubérant autant qu'intérieur, drôle autant que satirique, festif autant que sombre, à l'image de la couverture, un très bon roman américain.

 

« "Il semblerait que cette bande d'insurgés avait choisi de mourir, a déclaré le colonel Travers au Time, et nos hommes étaient tout disposés à les y aider."C'était d'un côté comme de l'autre, mais ce n'est qu'à la fin qu'ils se sont décidés, huit ou dix kamikazes qui ont jailli des roseaux en courant, en hurlant et en tirant à l'arme automatique, un ultime rush orgasmique de martyrs vers les portes du paradis musulman. Pendant toute sa vie militaire, on rêve d'un moment pareil, et chaque soldat s'en est donné à cœur joie, déclenchant un feu d'enfer, et les hadjs ont explosé, cheveux, dents, yeux, mains, têtes éclatées, comme des melons, poitrines réduites en chair à pâtée, un spectacle auquel on ne pouvait pas croire, qu'on oublierait pas, qui ne laisserait jamais l'âme en paix. Oh ! Mon peuple ! La pitié n'était pas de mise, point final. » page 170

 

 

 

Merci à Carol Menville des éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre !

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Philippe Besson, De là, on voit la mer, roman, 200 pages, Julliard, janvier 2013, 19€ ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Dernièrement, j'ai un peu décroché de l'œuvre de Philippe Besson. La trahison de Thomas Spencer ne m'avait pas convaincu, le vrai Philippe Besson ne revenant que dans les dernières pages. Retour parmi les hommes, la suite d'En l'absence des hommes, m'avait laissé un goût de déjà vu et de lassitude. Enfin, je n'ai toujours pas lu Une bonne raison de se tuer, paru l'année dernière, par peur d'être de nouveau déçu.

Mais pour cette première lecture de la rentrée de janvier, voilà que je retrouve ce qui m'a fait apprécier d'autres romans de l'auteur.

 

« Quand l'histoire commence, on est dans la violence de l'été, l'extravagante violence des étés italiens. Le soleil frappe si fort qu'il rend insoutenable au regard le blanc des façades alentour. Il fait aussi la pierre brûlante : impossible d'aller pieds nus. La mer au loin est étale, striée de reflets, on dirait des diamants. Et puis il y a ce bleu, le bleu du ciel, partout, sans taches, électrique, tellement pur. Et pas un souffle d'air. » page 11

 

Louise, une auteure parisienne, la quarantaine, remporte un franc succès avec des livres qui dépeignent le quotidien de personnages recelant eux d'éclats de sa vie à elle, mais ne parvient plus à écrire et doute de son couple. Elle ne se demande pas si elle va quitter son mari, mais elle pense qu'à force l'amour s'en va, remplacé par les habitudes, et que c'est désormais cela qui fait tenir son microcosme. Une amie lui prête une maison avec vue sur la mer en Toscane, là-bas, elle va écrire et rencontrer un jeune homme de vingt ans qui pourrait bien faire voler sa vie en éclats. Quid des habitudes qui faisaient sa vie ? Quid de la liberté ?

Vous me direz que l'histoire n'a rien de transcendant, que vous en avez lus des romans avec des histoires d'écrivains qui ne parviennent plus à écrire, de couples déchirés par l'infidélité, voire d'auteurs qui ne parviennent plus à écrire et dont l'infidélité ronge le couple. Et je veux bien vous croire. Mais c'est sans compter sur la plume d'un Philippe Besson au meilleur de sa forme.

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Ses romans sont toujours empreints de nostalgie, de solitude et de tristesse, le tout savamment servi par une écriture maniérée, travaillée, esthétique. Les aficionados seront ravis de retrouver l'auteur des grands moments, celui d'En l'albsence des hommes, de Se résoudre aux adieux ou encore d'Un homme accidentel. De retrouver la force et la nervosité qui rendent sa prose si vivante, si belle et si violente, celle que je n'avais pas retrouvée dans La trahison de Thomas Spencer.

Ceux qui partagent mon avis seront également ravis de voir que s'il excellait surtout auparavant dans les histoires homosexuelles, qu'il raconte avec plus de force et de beauté, il réussit ici à raconter une histoire d'amour hétérosexuelle, double qui plus est, avec autant de passion. De là, on voit la mer paraît au premier abord un peu banal, mais s'y l'on s'y plonge, on est renversé par la plume de Philippe Besson, qui rend émouvant et bouleversant un quotidien morne, presque belle et chaleureuse une région pauvre et industrielle, magnifique une simple histoire.

En somme, voilà le magnifique portrait d'une femme qui apprend à prendre sa vie en mains, l'écrasant portrait d'une ville industrielle d'Italie (Livourne), le portrait sans concession des sentiments humains. Du grand Besson.

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Le meilleur de 2012 (rien que ça !)

Publié le par Sébastien Almira

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Cette année, contrairement à l'année dernière, je ne m'y prends pas avec un mois de retard parce que j'ai toujours pas fini ma pile de livres de la rentrée de septembre !

Cette année, contrairement à l'année dernière, il n'y a qu'un  livre de la rentrée que je n'ai pas lu (La vallée des masques de Tarun Tejpal chez Albin Michel) et un livre ado que je n'ai pas fini, mais qui commence très bien (Brigades des crimes imaginaires et autres histoires fantastiques et déglinguées de Daniel Nayeri chez Hélium).

Cette année, contrairement à l'année dernière, j'ai aimé beaucoup de romans et le choix a été difficile non plus par manque de livres, mais par abondance de livres. J'ai également eu du mal à choisir les films et les romans ado qui remporteraient le graal. Pour ces derniers, je ne me suis pas embarassés, je les ai tous gardés ! Hé ho ! Je vous entends critiquer, mais je m'en fous, parce que cette année, contrairement à l'année dernière, je n'avais pas assez d'albums jeunesse à mettre, alors ça équilibre !

Cette année, comme l'année dernière, vous pouvez retrouver les articles écrits sur les livres, CD, films qui vous intéressent grâce au petit lien (ici) après chaque titre chroniqué.

Mes énormes coups de coeur, que je vous balance comme ça, sont Chapardeuse, Le faire ou mourir, L'école est finie, La maison en petits cubes, Ernest et Rebecca, Batchalo, Peter et Sally, Pool Party de Ponderosa et tous les films cités.

 

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter, comme l'année dernière, une excellente année 2013, pleine de belles découvertes et d'énormes coups de coeur (n'hésitez pas à piocher dans les miens pour ça ^^) !

Merci d'être de plus en plus nombreux sur le blog et à très bientôt pour de nouveaux articles et de nouveaux échanges car, je le répète : le blog se nourrit de votre avis autant que du mien !

 

 

 

LITTÉRATURE

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1. Chapardeuse, Rebecca Makkai (ici)

2. Les Immortelles, Makenzy Orcel (ici)

3. Le Terroriste Noir, Tierno Monénembo (ici)

4. Les ficelles du pantin, Yack Rivais (ici)

5. Swamplandia, Karen Russell (ici)

la déception : Crépuscule, Michael Cunningham (ici) / Géographie de la bêtise, Max Monnehay (ici)

la bouse : Oh..., Philippe Djian (ici) / Une semaine de vacances, Christine Angot (ici)

 

LITTÉRATURE JEUNESSE

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1. Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier (ici)

2. L'école est finie, Yves Grevet (ici)

3. Max, Sarah Cohen-Scali (ici)

4. Comment devenir une rock star (ou pas), Anne Percin (ici)

5. La fugue d'Alexandre Raimbaud, Rose Philippon (ici)

6. Nox, Yves Grevet (ici)

 

ALBUMS JEUNESSE

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1. La maison des petits cubes, Hirata Kenya et Katô Kunyo

2. C'est l'histoire d'un éléphant, Agnès de Lestrade et Guillaume Plantevin

3. Feng, Thierry Dedieu

 

BANDES DESSINÉES

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1. Ernest et Rebecca, tome 4, Antonello Dalena et Guillaume Bianco

2. Batchalo, Michaël Le Galli et Arnaud Betend

3. Peter et Sally, tome 1, Bacaria et Lepithec

4. La marche du crabe, tome 3, Arthur de Pins

5. La survie de l'espèce, Paul Jorion et Grégory Maklès

la déception : La loge écarlate, Pierre Colin-Thibert et Stéphane Soularue

la bouse : Lou, tome 6, David Neel

 

CINÉMA

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1. Le prénom, Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patellière (ici)

2. L'odyssée de Pi, Ang Lee (ici)

3. Millénium, David Fincher (ici)

4. Starbuck, Ken Scott (ici)

5. Les mondes de Ralph, Rich Moore

la déception : La dame de fer, Phyllida Lloyd (ici) / Main dans la main, Valérie Donzelli (ici)

la bouse : Cosmopolis, David Cronenberg (ici)

 

MUSIQUE

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1. Pool Party, Ponderosa (ici)

2. Our version of events, Emili Sandé

3. Abbey Road Cession, Kylie Minogue

4. Monkey Me, Mylène Farmer (ici)

5. Halcyon, Ellie Goulding

la déception : Roses, The cranberries / Cession Cubana, Zucchero

la bouse : Sans attendre, Céline Dion / les tacata, tacabro et compagnie

 

 

Et vous, qu'avez-vous adoré, detesté, cette année ?!

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Le cinéma de décembre (Comme des frères / De l'autre côté du périph / Main dans la main / L'Odyssée de Pi)

Publié le par Sébastien Almira

 

comme-des-freres.jpgComme des frères, de Hugo Gélin, 1h44 ****

Charlie meurt avant le voyage qu'elle devait faire en Corse avec Boris, Elie et Maxime, ses trois meilleurs amis. Ils décident de lui rendre un dernier hommage et entament un périple caustique, à la limite de la catastrophe et bourré de tendresse, qui les mènera jusqu'à la maison de vacances de Charlie. Un scénario qui peut paraître déjà vu (Machin meurt, il faut faire un dernier voyage pour lui rendre hommage), sauf que les trois gars ne s'apprécient pas plus que ça. Un film de « potes » qui dépote et, en même temps, qui m'a touché plus que je n'aurais pensé. Une très belle surprise avec des acteurs au top (François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle, Pierre Niney et Mélanie Thierry).

 

 

 

periph.jpgDe l'autre côté du périph, de Charlie Charhon, 1h36 **

Omar Sy est désormais un acteur bankable, c'est sur lui que repose ce polar comique qui met en scène Ousmane Diakité, flic de banlieue (Omar Sy), et François Monge, jeune capitaine de la police criminelle de Paris, rêvant de gravir les échelons du 36 Quai des Orfèvres (Laurent Lafitte). Contraints de mener l'enquête sur la mort de la femme du premier patron de France, entre des caractères, une vision du monde et des protocoles très différents, des gros bonnets qui leur mettent des bâtons dans les roues, le tandem foireux va faire des étincelles.

C'est assez souvent drôle, ça tient debout, c'est pas mauvais au niveau de la réalisation, et la fin est trop précipitée. Ça va pas défriser les tailleurs Chanel du XVIe, mais aux Halles, ça va faire un tabac.


 

main-dans-la-main.jpgMain dans la main, de Valérie Donzelli, 1h25 **

Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm jouent la directrice et prof de danse de l'Opéra de Paris et un ouvrier de banlieue qui se retrouvent coincés sous un sort un peu étrange : après un baiser hasardeux, ils ne peuvent plus se séparer et sont obligés de faire les mêmes choses, les mêmes gestes.

L'idée est originale, mais le charme n'opère pas tout le temps. Ça ne tient pas toujours debout, mais ça reste mignon à plusieurs égards. Jolie bande originale, beau jeu d'acteurs, mais ça ne suffit pas pour moi : manque de cohérence, manque d'humour. Dommage.

 

 

odyssee-de-pi.jpgL'Odyssée de Pi, d'Ang Lee, 2h05 *****

N'ayant toujours pas vu Les 5 légendes et Les mondes de Ralph, mon film de Noël sera L'Odyssée de Pi ! Il remporte le pari haut la main puisque j'ai été entièrement conquis par l'histoire de Piscine Patel, un jeune Indien contraint de quitter son pays avec sa famille et les animaux de leur zoo. Mais le bateau échoue et la garçon va poursuivre son voyage en compagnie de Richard Parker, un féroce tigre du Bengale. Les images sont splendides, la 3D rendant la beauté plus renversante encore, l'odyssée extravagante de ces deux êtres un peu paumés en pleine mer et devant faire face ensemble aux éléments, à la faim, à l'ennui, est exquise, magique.

L'Odyssée de Pi est une merveille en tout points : la photographie, le jeu, le scénario, le sens, le rêve vendu par Ang Lee qui, en véritable virtuose, nous embarque sans ménagement mais avec tellement de beauté et de tendresse dans une aventure hors du commun !

 

 

Allez, cadeau pour bien débuter l'année,

et accessoirement vous donner encore plus envie de voir L'Odyssée de Pi :

 

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Sarah Cohen-Scali, Max, roman ado, 470 pages, Scripto Gallimard, mai 2012, 15,90 € *****

Publié le par Sébastien Almira

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Max est à la fois l'ovni et le roman choc de la production jeunesse de cette année. Assez impressionnant, il ne plaira pas à tout le monde et il ne faudra pas le mettre entre toutes les mains.

 

Le programme Lebensborn, ça vous dit quelque chose ? C'est ce que Himmler avait mis au point pour peupler l'Europe d'Aryens. On choisissait les femmes les plus blondes, les plus grandes, les plus belles, aux yeux les plus claires, à la peau la plus blanche. On les mettait dans des chambres avec des soldats allemands triés, eux aussi, sur le volet et, neuf mois plus tard, on récoltait les futurs représentants de la race suprême que l'on élevait dans des heim. Plus tard, on enleva aussi les enfants Polonais qui pourraient faire l'affaire, histoire de grossir les rangs. À six ans, les gamins intégraient des Napola, sorte d'école militaire pour enfants, où on leur enseignait à être forts, combattifs et obéissants, avant de les envoyer au front dès seize ans. Ou bien, de beaux couple d'Allemands les adoptaient, les plus hauts placés dans la société ayant l'embarras du choix, les demandes d'adoption des gens normaux étant jetées quasi automatiquement.

 

 

« Notre Führer bien-aimé a dit : « Nous devons construire un monde nouveau ! Le jeune Allemand du futur doit être souple et élancé, vif comme un lévrier, coriace comme du cuir et dur comme de l'acier de Krupp ! »

Voilà, c'est exactement ce que je veux : être souple. Élancé. Vif. Dur. Coriace. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Je combattrai au lieu de prier. Oh ! Mon Führer, je ne veux pas te décevoir ! Je ne te décevrai pas ! D'ailleurs, il faut que je me ressaisisse. Pourquoi ces craintes ? Elles sont ridicules, injustifiées, il est évident que je vais ressembler à ma maman» page 9

 

C'est comme ça que Max parle, avant même de naître. Car notre narrateur est le premier bébé à naître dans le cadre du programme Lebensborn. Avant qu'Hitler lui-même ne le baptise, sa mère l'appellera Max. nous suivrons Max tout au long de sa croissance, de son éducation, son apprentissage. Ce ne sera pas facile. Pour nous, lecteurs. Parce que, pour lui, tout va bien. Encore fœtus, il croit déjà en Hitler comme en un dieu tout puissant, il veut réussir à tout prix, sans s'embarrasser d'une mère, de sentiments, de doutes. Il veut être fort, le plus fort, le plus méritant, le meilleur élément dans le projet fou de Himmler.

Et c'est ça qui pourra être difficile, perturbant, à lire. Un fœtus pro-Hitler, ce n'est pas tous les jours qu'on en croise, il faut s'y faire. Il faut se faire aussi à son langage : avant sa naissance, il parle déjà comme s'il avait quinze ans (et « cette salope d'infirmière » par-ci, et « ces pourritures de Juifs » par-là...). On suivra son histoire, celle de l'Allemagne nazie, celle du programme Lebensborn et celle de son seul ami, Lukas, le Juif qui se fait passer pour un Allemand, de la naissance de Max le 19 avril 1936 à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

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Et même s'il faudra un temps à certains (il m'en a fallu) pour s'habituer et entrer vraiment dans le roman, je vous assure que, par la suite, ça fuse. Ce n'est pas le page-turner le plus agréable du monde, vu le sujet, mais c'est le genre de livre qu'on ne peut plus lâcher une fois qu'on y est bien installé. Si tant est que l'on puisse bien s'y installer.

Sarah Cohen-Scali, habituée des romans ado, signe une fable crue, violente, tellement énorme qu'on a du mal à y croire mais malheureusement si réaliste. Une note, à la fin du livre, nous renseigne sur la majorité des personnages qui ont réellement existé, dont Lukas (Salomon Perel dans la réalité), l'adolescent juif qui s'est miraculeusement fait passer pour un Aryen, qui s'est battu sur le front avant d'intégrer un collège d'élite des jeunesses hitlériennes. Elle précise également dans cette partie que les grands pontes du programme ont été jugés à la fin de la guerre, mais que le tribunal allié n'a pas retenu le « caractère criminel » du Lebensborn et les a relâchés.

 

Comme je vous le disais au début de la chronique : Max est un livre coup de poing, l'ovni jeunesse de cette année, un roman incroyable qui a le mérite d'apprendre quelque chose aux jeunes générations sans que ce soit rebutant comme un documentaire. Percutant et rudement bien écrit, c'est un livre important dans la production jeunesse, de surcroit au moment où Mein Kampf est sur le point de tomber dans le domaine public.

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Sylvie Deshors, Douce nuit, Minus !, roman ado, 90 pages, novembre 2012, Doado noir, Rouergue, 9,70 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Dans la famille Romans courts chez Doado, je demande le conte de Noël. Bonne pioche, avec Douce nuit, Minus !

Parce qu'ils sont pauvres, parce que sa mère a tenté de voler un jeu vidéo pour lui offrir, parce que le vigile l'a coincée et court désormais après lui, un ado prend la fuite le soir de Noël.

Pour son premier réveillon sans sa mère, il se réfugie au creux des rochers, sur la plage qu'il imagine déserte, jusqu'à ce que Nasta, un étrange garçon, débarque. La vingtaine, Rangers défoncées, pantalon trop court, portant la cape et un bâton faisant office d'arme. Fan de jeu vidéo, notre héros voit en Nasta un super-héros qui va illuminer son soir de solitude, mais leurs aventures vont vite déraper et devenir un jeu grandeur nature, sans télécommande ni console, avec une seule vie et pas de pause possible.

 

« Dans un jeu de console, on suit un personnage et bientôt on connait les limites de l'univers, les paliers, les ouvertures, on maîtrise les effets des actions jusqu'à la montée crescendo et soudain on a fait le tour du jeu. Au bout d'une trentaine d'heures, le jeu redevient un objet, un boitier en plastique un peu ennuyeux. » page 94

 

Mais dans cette sombre réalité, Sylvie Deshors ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer. Ni au lecteur, ni à son personnage. Sans temps mort, elle nous entraine dans un univers hyper réaliste où s'entrechoquent bastons et frissons sur fond de jeux vidéos.

Comme soir de Noël, on peut rêver mieux, me direz-vous, en pensant à celui qui se profile, mais quand on se fait enlever, on ne pense plus à ce genre de choses ; ce qu'on veut, c'est juste s'en sortir, rester en vie, sauvegarder son unique vie. Moins facile, comme jeu, que de profiter de son réveillon comme vous et moi nous apprêtons à le faire, hein ?!

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En retard pour Noël ? Voici les idées LIVRE de dernière minute !

Publié le par Sébastien Almira

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En cette dernière semaine avant Noël, vous n'avez toujours pas fini d'acheter vos cadeaux ?! Manque de temps ? Manque d'idées ? Ne vous inquiétez pas, j'ai ce qu'il vous faut : une mine de romans, de bandes dessinées et d'albums jeunesse à offrir et à s'offrir !

 

 

Des romans à offrir et lire sans modération !

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D'abord, petite exclusivité sur mon imminent « le meilleur de 2012 », mon roman préféré de l'année, qui conviendra peut-être plus à une femme, mais qu'un homme un minimum sensible et/ou rêveur lira avec un plaisir évident aussi : Chapardeuse de Rebacca Makkai chez Gallimard (critique ici), une merveilleuse ode à la liberté et au bonheur, un des plus beaux romans que j'ai lus. Ensuite, un autre premier roman, Les Immortelles de Makenzy Orcel chez Zulma (critique ici), une poétique et magnifique vision de la prostitution à travers l'histoire de celles qui ont péri à Haïti, dans une édition créée avec beaucoup de soin, merci Zulma !

Il ne faudrait pas que j'oublie de vous conseiller Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka chez Phébus (critique ici) et Le Terroriste Noir de Tierno Monénembo au Seuil (critique ici), deux romans puissants et vibrants qui vous tiennent en haleine entre dureté et tendresse, entre un sort malheureux et quelques éclaircies.

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Vous préférez offrir quelque chose de plus cynique, Les ficelles du pantin de Yak Rivais (critique ici) vous tend les bras. Fable grinçante que n'auraient pas renié Ionesco et Jarry, voilà l'histoire d'une nuit où un despote est prêt à tout pour ne pas céder le pouvoir au démocrate qui a remporté les élections !

Enfin, je vous donne deux idées de romans parus il y a quatre ans, différents, mais à la langue éblouissante, à l'imagination débordante et à la maitrise grandiose : Daphné disparue de José Carlos Somoza chez Actes Sud et Les Maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl chez Gallimard, le premier étant un labyrinthe littéraire en forme de thriller et le second dans la lignée des romans anglais du XIXe, un roman impressionnant que n'aurait pas renié le maître littéraire de l'auteur : Dickens.


 

Votre budget préfère les poches ?

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Commençons par rire un peu, voire beaucoup, avec Sans nouvelles de Gurb d'Edouardo Mendoza chez Points (lire ici), Satané Dieu ! de Jean-Louis Fournier au Livre de Poche (lire ici), Et si c'était niais de Pascal Fioretto chez Pocket et la pièce Le Père-Noël est une ordure chez Babel ou Pocket illustré. Ces livres ne manquent jamais de me faire littéralement exploser de rire !

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Vous préférez offrir des émotions ? Vous allez être servi avec La Porte des Enfers de Laurent Gaudé chez Babel, un roman aussi dur que magnifique, et je pèse mes mots, qui vous emplira de larmes comme d'espoir.

Vous êtes plutôt branché fresque historique, aventures ? Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo chez Folio est un roman scandaleusement impressionnant d'un auteur de 24 ans (à l'époque) qui se permet de jouer à Bel Amide Maupassant. Le magicien de Lublin de Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature en 1978 « pour son art de conteur enthousiaste qui, prenant racine dans la culture et les traditions judéo-polonaises, ramène à la vie l'universalité de la condition humaine », paru chez J'ai Lu il y a quelques semaines est une originale thèse sur la vie, la liberté, le sexe, les sentiments et la religion, à travers l'histoire d'un magicien gangrené par les femmes qui se demande s'il lui faudra en choisir une, et laquelle, sinon Dieu ?

Enfin, s'il vous faut un bon polar, je ne vais pas faire dans l'originalité, parce que j'en lis assez peu. C'est Millénium de Stieg Larsson chez Babel pour les deux premiers tomes que je vous conseille d'offrir (lire ici).

 

 

C'est plutôt des BD qu'il vous faut ?

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Je vous conseille vivement d'offrir Arthur De Pins. Que ce soit sa trilogie La Marche du crabe chez Soleil ou bien le coffret des deux premiers tomes de Zombillénium chez Dupuis. Un dessin simple mais efficace pour deux séries complètement différentes, qui montrent le talent, l'humour et l'imagination sans borne de l'homme !

Si vous souhaitez expliquer à quelqu'un le monde de la bourse et du capitalisme depuis les débuts de l'humanité, La survie de l'espèce de Paul Jorion et Grégory Maklès chez Futuropolis/Arte est pour vous. Non sans humour, avec des personnages humains et en Légo, un cadeau original et utile !

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Restons au pays des rires et du cynisme avec Peter et Sally par Bacaria et Lepithec chez Sarbacane, deux sacrés mioches prêts à tout pour expérimenter le plus grand nombre de bêtises. Humour ravageur à ne pas mettre entre toutes les mains malgré un dessin enfantin. Plus à destination de la jeunesse, succombez aux irrésistibles Ernest et Rebecca par Antonello Dalena et Guillaume Bianco au Lombard (déjà 4 tomes !), une petite fille aux cheveux roses, boudeuse et baroudeuse, dont le meilleur ami est un microbe !

Un peu d'histoire ? Batchalo de Michaël Le Galli et Arnaud Betend chez Delcourt vous attend pour vous emporter au beau milieu de la Seconde Guerre mondiale, où un camp de tsiganes et un flic s'associent pour retrouver leurs enfants disparus... Avec, en bonus, un mini-documentaire sur la véritable histoire des Tsiganes sous Hitler.

 

 

Pour vos ados, voici quelques romans :

                meto-integrale-copie-1.jpg   grevet   1

Puisque c'est à la mode depuis quelques années, commençons par l'anticipation et la dystopie. D'abord avec Yves Grevet. Vous pourrez offrir l'époustouflante trilogie Méto désormais disponible en un seul volume chez Syros (critique ici) ou bien le très court récit tout aussi impressionnant L'école est finie (critique ici), sorte de nouveau Matin Brun. Ensuite avec La Déclaration, La Résistance et La Révélation de Gemma Malley, publiés par Naïve (critique ici), gage de la qualité de cette trilogie. Si Métoplaira plus majoritairement aux garçons et La Déclaration aux filles, vous pouvez inverser sans problème pour les lecteurs qui aiment ce genre.

percin1  percin2  percin3  la-fugue-dalexandre-raimbaud-26-07-PLAT1-1 - copie

Encore une trilogie à vous proposer, celle d'Anne Percin : Comment (bien) rater ses vacances, Comment (bien) gérer sa love story et Comment devenir une rock star (ou pas) au Rouergue (critique ici). Hyper drôle, c'est l'histoire d'un ado qui n'a aucun problème d'intelligence et de cynisme, mais dont la vie sociale n'est pas très développée. Les événements ne vont pas tous en sa faveur, et les situations sont à mourir de rire. Jusqu'à la fin, on ne peut plus le lâcher ! Quel pied !

Un peu le même genre, La fugue d'Alexandre Raimbaud de Rose Philippon chez Hélium (critique ici) raconte l'histoire abracadabrantesque d'un ado pris dans une intrigue mafieuse qui ravira petits et grands ados.

                    matilda.jpg   charlie-chocolaterie.jpg   hugo2

Pour les plus jeunes, dirigez-vous vers le maître incontesté de la littérature jeunesse : Roald Dahl. Matilda (qui vient de reparaitre dans une jolie édition collector chez Gallimard Jeunesse) ou Charlie et la chocolaterie chez Folio continueront d'émerveiller vos enfants ! Ou bien vers un roman qui a fait parler de lui l'an dernier grâce à son adaptation cinématographique par Martin Scorsese : Hugo Cabret de Brian Selznick chez Bayard (critique ici), un merveilleux et enchanteur conte de Noël en texte et dessins de l'auteur lui-même.

 

 

Et pour les plus jeunes, quelques albums :

     taupe.jpg   anne-hiversaire.jpg   arbre-sans-fin.jpg

Dans les vieux de la vieille, je vous conseille le mythique De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête de Wolf Erlbruch chez Milan et les merveilleux Château d'Anne Hiversaire (très drôle, en plus) et L'arbre sans fin (mon album préféré de moi de quand j'étais petit !) de Claude Ponti à l'École des Loisirs.

       maison.jpg   JEROME-PAR-COEUR-THOMAS-SCOTTO   bus-rosa.jpg

Plus récents, La maison en petits cubes de Hirata Kenya et Katô Kunyo chez Nobi Nobi est un petit bijou venu du Japon dont le court-métrage a remporté l'Award Academy du court-métrage d'animation ; et Jérôme par cœur de Thomas Scotto et Olivier Tallec chez Actes Sud, premier album jeunesse à parler d'homosexualité, avec tendresse et intelligence ; Le bus de Rosa de Fabrizio Silei et Maurizio A.C. Quarello chez Sarbacane, ou l'histoire de Rosa Parks racontée par un vieil homme à son petit fils dans le musée où trône le bus où Rosa a osé dire non. Trois albums vraiment magnifiques !

aladdin théâtre-copie-1Et si vous voulez le plus beau pop-up du monde (Quoi j'exagère ? Je dis ce que je veux !), il faudra vous tourner vers Aladin traduit par Marie-Céline Cassanhol et merveilleusement illustré par Niroot Puttapipat chez Gründ, paru l'an dernier.

 

 

Alors ? Tentés ?

Si vous avez d'autres idées à partager, n'hésitez pas !

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Le cinéma de novembre (Argo, Skyfall, Frankenweenie, Looper)

Publié le par Sébastien Almira

 

argo.jpgArgo, de Ben Affleck, 2h ****

En pleine révolution iranienne en 1979, des centaines de militants envahissent l'ambassade américaine de Téhéran et prennent tous les employés en otage. Mais six sont parvenus à s'échapper et trouvent refuge chez l'ambassadeur du Canada. Un spécialiste de l'exfiltration de la CIA, joué par le réalisateur Ben Affleck, monte un scénario ahurissant pour les sortir de là. Tiré d'une histoire vraie, que je ne connaissais pas, j'ai trouvé que, ma foi, Ben Affleck s'en sortait très bien. Au niveau de la réalisation, du scénario, de la direction des acteurs et du suspense insoutenable du dénouement. Un très bon film.

 

 

 

skyfall.jpgSkyfall, de Sam Mendes, 2h20 ****

Dernière production de l'artillerie lourde James Bond, Skyfall est visiblement plus intellectuel et moins épique que d'accoutumée. Visiblement, parce que je ne me souviens quasiment pas des rares James Bond que j'ai vus. Aussi, je n'ai pas été déçu par la beauté des images qui primait sur l'action et par le manque de combats. J'ai été happé pendant 2h20 sans reprendre mon souffle une seconde, j'ai été surpris par les rebondissements, j'étais vraiment dans le film. Le seul point noir, c'est qu'une fois le film terminé, j'ai trouvé que le scénario manquait de consistance, qu'il tenait sur un post-it. Pourtant, ça ne m'a pas gêné pendant. Je vous redis quand j'aurais vu les autres, mais pour le moment c'est un super James Bond pour moi !

 

 

frankenweenie.jpgFrankenweenie, de Tim Burton, 1h30 ****

Deuxième réalisation de Tim Burton à sortir cette année, Frankenweenie version 2012 est un allongement du second court-métrage du réalisateur fou. À l'époque, en 1984, Disney n'y croyait pas et a refusé le projet. Cette fois-ci, ils reviennent le chercher, une fois devenu une véritable star. Victor Frankenstein est dévasté par la perte de son chien Sparky. Par chance, Victor est féru de sciences et va tenter par tous les moyens de redonner vie à celui qui est aussi son seul ami. Tourné en stop-motion avec un appareil photo numérique, Frankenweenie est une petite merveille d'animation, autant au niveau des images que du message. Un petit bijou d'humour noir, en noir et blanc, qui ravira petits et grands !

 

 

looper.jpegLooper, de Rian Johnson, 1h50 ***

En 2074, on a inventé la machine à remonter le temps, on l'a interdite, mais les plus puissantes mafias s'en servent pour envoyer ceux dont on souhaite se débarrasser trente ans plus tôt car il est impossible de le faire sans avoir les autorités sur le dos. En 2044, ce sont les loopers qui se chargent du sale boulot en échange de quatre lingots d'argent par tête, et huit d'or lorsque c'est leur propre futur qui leur est envoyé. Joseph Gordon-Lewitt en 2044 devient Bruce Willis en 2074 et lorsque ce dernier sera envoyé se faire descendre par son passé, il va y avoir du sport. Entre ce qu'on croit, ce qu'on ne voit pas, ce qui n'est pas expliqué, il est difficile de tout comprendre en voyant le film. J'ai dû lire des forums pour comprendre certaines choses, et je suis étonné de voir que les gens expliquent même des choses qui ne sont pas dans le film... Tout ce flou m'embête beaucoup parce que, sans ça, j'aurais adoré Looper. Je suis un peu mitigé, et il faudrait que je le revoie pour lui donner une vraie note. Et vous ? Vous l'avez vu ? Compris ? Aimé ? Avez-vous des explications à m'apporter ?

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Mylène Farmer, Monkey Me, 12 titres, Polydor, décembre 2012 ****

Publié le par Sébastien Almira

 

Mylene-Farmer-Monkey-Me.jpg

 

Deux ans après avoir réalisé l'inégal Bleu Noir (critique ici) avec Moby, Archive et Red One, Mylène Farmer retrouve son acolyte de toujours : Laurent Boutonnat. Pour l'occasion, elle accroche de nouveaux records à son tableau de chasse : un treizième single n°1 avec À l'ombre (elle détient le record de singles n°1 en France depuis son cinquième en 2008), une tournée marathon de 540 000 places sur 38 dates en France, Belgique, Suisse, Russie et Biélo-Russie dont une majorité sont entièrement ou quasi complètes, 155 911 billets vendus en six heures, 189 734 dans la journée (elle détenait le record depuis 2008 avec 100 000 billets pour la première journée), dix Bercy mis en vente dont six complets en quelques jours (elle est celle qui se produit le plus longtemps dans cette salle de 17 000 places : 13 fois en 2006 pour un concert qui ne sera transporté nulle part ailleurs, 10 fois l'année prochaine), meilleur démarrage de l'année pour la première journée et la première semaine avec 148 000 exemplaires, devançant ainsi Céline Dion, Les Enfoirés et Johnny Hallyday...

Bref, la star n'a pas raté son retour. Mais que valent vraiment ces retrouvailles avec l'homme qui a taillé certains des plus gros tubes français (Libertine, Sans Contrefaçon, Pourvu qu'elles soient douces, Ainsi soit je, Désenchantée, XXL, Rêver, Les mots, C'est une belle journée...) et qui semble s'essouffler un peu ces derniers temps ?

 

 

       l'ombre l-ombre3.jpg l-ombre4.jpg

Pour le clip d'À l'ombre, esthétiquement très réussi, Laurent Boutonnat revient derrière la caméra,

inspiré par la Transfiguration d'Olivier de Sagazan.

 

J'avoue avoir eu un peu peur avec les deux inédits du best of l'année dernière. Si Du temps était dans l'air du temps avec son effusion de synthés, Sois-moi/Be me reste la plus mauvaise chanson de sa carrière, ringarde à mort, au refrain taillé chez Britney Spears. Le premier extrait de l'album ne m'avait pas non plus convaincu comme auparavant (Sans contrefaçon, Désenchantée, XXL, L'âme-stram-gram, Fuck them all, Dégénération et Oui... mais non remplissaient infiniment mieux leur rôle de lead single). À l'ombre débute par une ligne de synthé affreusement daté, à la limite de l'inécoutable, qui court sur toute la chanson, le texte est une caricature des textes farmeriens et la mélodie ne casse pas des briques. À force d'écoutes, surtout au sein de l'album et avec casque, le titre prend plus d'ampleur et le synthé sait se faire oublier après ses premières secondes de solitude. Mais il faut un certain temps avant de s'habituer, un temps que le grand public ne prend pas la peine de prendre. À force, le titre devient même bon, voire très bon (toujours en éjectant le synthé du début).

Ne vous inquiétez pas : pour d'autres titres, c'est dès la première écoute que l'on accroche (ou pas). Laurent Boutonnat n'a pas pu s'empêcher de caser d'autres sonorités incompréhensiblement datées dans l'album (J'ai essayé de vivre et À force de notamment), et de foutre du synthé partout, jusque dans les deux seules vraies balades de l'album (Quand et Je te dis tout). Vraiment dommage qu'un compositeur qui a su faire preuve de tant de talent par le passé se mette aujourd'hui à suivre une mode qu'il ne maitrise pas tout à fait. Certains titres sont parfaitement réussis, mais d'autres semblent figés dans les années 80 et 90, comme si le tandem nous proposait des titres enregistrés pour les précédents albums et finalement écartés au moment de la production.

De plus, certains arrangements semblent tout droit repris d'autres morceaux de Mylène Farmer et d'Alizée lorsque cette dernière était produite par le tandem. Vous retrouverez les arrangements de Elle a dit et Ici-bas sur nombre de titres des deux chanteuses, les accords de J'ai essayé de vivre sur Paradis inanimé, la mélodie de certaines phrases du refrain de Monkey Me sur Youpidou d'Alizée, les choeurs de Nuit d'hiver basés sur la mélodie des refrains de Hey ! Amigo ! d'Alizée, l'intro de Tu ne le dis pas est la même que celle d'À contre-courant d'Alizée avec un instrument différent, les choeurs de Love Dance sont calqués sur ceux de Papa m'aime pas de Mélissa Mars, et je ne dois pas tout avoir remarqué...

Deuxième point négatif, et pas des moindres : les textes de Mylène. Connue autant pour son image sulfureuse que ses textes magnifiques, cette année, elle ne s'est pas foulée :

 

« La la la la la / If you say so / La la la la la / Won't let me go / La la la la la / Lupo lupo / Mon meli melo / Meli melo / La la la la la //

Do you love me / Love me do / Me do love you / Me too !/ You me love do / Love me do you / Dis... Love me ? //

Doux est le fou / Des fossettes / à genoux, ga... / ...lipettes / De la chance, l'en... / ...tre nous / Est immense »

dans Love Dance

« Délivrez-moi / Tap ta da / Je suis pas là / Suis pas de ce monde //

Si je suis sans guidon / Et j'y suis / Et ben... je me vautre //

Là / C'est un autre moi / C'est monkey me / C'est monkey me / L'animal là / Je manque ici / Je manque ici / De facéties... »

dans Monkey Me

 

C'est ce qui me déçoit le plus dans ce nouvel album. Des « dis », des « moi », des « toi », des « là », des phrases qui se répètent d'un titre à l'autre, en veux-tu, en voilà. La ringardise de certains arrangements peut être mise sur le compte d'une volonté de faire avec son temps, sans savoir le faire. Mais les textes de Mylène Farmer, vraiment, je ne vois aucune excuse recevable. C'est effarant tantôt de banalité, tantôt de médiocrité.

 

mf

Journal de 20h avec Claire Chazal, sur TF1, le dimanche 3 décembre 2012

(8,4 millions de téléspectateurs, pic d'audiance à 9,2 millions lors de son interview)

 

Après ces deux gros points noirs, passons au positif : la voix de Mylène est toujours juste, mieux mise en avant, même si elle utilise un peu souvent « l'étirage de voix » (cf. À l'ombre, Elle a dit, À force de, Tu ne le dis pas, J'ai essayé de vivre), quelques incartades dans les graves sont présentes. De ce côté, c'est réussi.

Les mélodies sont très souvent accrocheuses, là-dessus le tandem n'a pas perdu la main. Il n'y a à mon sens pas vraiment de tube à la Désenchantée, Sans Contrefaçon ou C'est dans l'air, mais l'album a du potentiel (Elle a dit, Tu ne le dis pas,À force de...). Du côté des balades, certains risquent de rester sur leur faim car l'album est, à l'image de Point de Suture  en 2008, indéniablement taillé pour la scène : seulement deux balades et demi pour douze titres. Mais celles-ci raviront les amateurs. Je ne suis pas particulièrement fan de Quand, mais il faut reconnaître qu'elle est jolie. Un peu trop épurée à mon goût. Je te dis toutest la merveille de l'album. Piano old school qui me fait penser à du Brel, du Barbara, ou du Aznavour, auquel s'ajoutera une batterie diaboliquement magnifique qui fait penser à Avant que l'ombre... et Si j'avais au moins... : ça sent le final à plein nez ! De même que Nuit d'hiver, sorte d'extended remix club de Chloé (assez réussi, même si les chœurs sont un copier-coller des refrains de Hey ! Amigo !, chanson créée pour Alizée en 2003) vingt-cinq ans après, sent l'intro de concert à plein nez ! La demi-balade qui reste, c'est A-t-on jamais, un titre qui ne ressemble guère au reste de la discographie de la chanteuse. Des envolées d' « alléluia » dans des refrains puissants, des chœurs de toute beauté que vient malheureusement gâcher une fin trop courte et frustrante.


mylene

photographie de Nathalie Delépine

 

Du bon et du mauvais, que je vais tenter de résumer plus clairement :

- Laurent Boutonnat tente de se renouveler musicalement mais a un peu de mal à entrer dans la modernité. Le résultat est parfois cruellement daté.

- Mylène Farmer a perdu sa plume renversante de beauté. Où sont passés les textes de Je t'aime mélancolie, Je te rends ton amour, Fuck them all, Avant que l'ombre...? Textes cheap sont au programme dans Monkey Me.

- Depuis l'album Bleu noir où sa voix a été mieux mise en avant par Moby et Archive, la chanteuse semble vouloir poursuivre l'expérience. On l'entend mieux, on la comprend mieux, ça ne fait pas de mal (même s'il y a toujours quelques passages où j'ai eu besoin des paroles pour la comprendre).

- Les mélodies sont accrocheuses, comme d'accoutumée, malgré l'absence de gros tubes. Et il y a de l'originalité au niveau des mélodies (A-t-on jamais,À force de, J'ai essayé de vivre...). Excepté le ridicule Love Dance et le banal Monkey Me.

- Un point qu'il ne me semble pas avoir évoqué : le cas Henry Neu. Le designer attitré de la star est toujours là, pour notre plus grand malheur. Qu'est-ce que c'est que cette pochette du single À l'ombre ? Ces textes pas dans l'ordre, ces fautes, ces doubles espaces, dans le livret ? Du travail d'amateur.

 

Au final, je pense que Monkey Me aurait pu être un excellent album, faisant la part belle à la dance et à la pop, mais il souffre de deux problèmes majeurs qui l'en empêchent : les arrangements et les textes. En tout cas, ça ne semble pas gêner la grande majorité des fans, qui adorent et placent même le banal Monkey Me en tête de leurs chansons préférées de ce neuvième album studio. Je pense qu'il prendra une ampleur plus importante sur scène, à condition que de bons choix soient faits pour la setlist. Quatre étoiles sur cinq parc que, quand même, ça fait du bien d'entendre de nouvelles chansons de Mylène Farmer et que les points positifs ont tendance à primer sur ceux négatifs chez quelqu'un qu'on aime.

Si vous voulez vous faire une idée et vérifier que Mylène Farmer est toujours au top (ou presque), écoutez en priorité Tu ne le dis pas, A-t-on jamais et Je te dis tout.

Et n'hésitez pas à partager votre opinion !


 

 

 

 

 

 

Si c'est sur scène que vous souhaitez vous faire une idée, voici les dates de la tournée Timeless 2013 :

 

SEPTEMBRE

07 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

08 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

10 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

11 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

13 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

14 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

17 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

18 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

20 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

21 - PARIS Palais Omnisports de Paris-Bercy

24 - LYON Halle Tony Garnier

25 - LYON Halle Tony Garnier

27 - LYON Halle Tony Garnier

28 - LYON Halle Tony Garnier

 

OCTOBRE

01 - MONTPELLIER Park & Suites Arena

02 - MONTPELLIER Park & Suites Arena

05 - MONTPELLIER Park & Suites Arena

08 - NANTES Zénith

09 - NANTES Zénith

11 - NANTES Zénith

12 - NANTES Zénith

15 - STRASBOURG Zénith

16 - STRASBOURG Zénith

18 - GENÈVE Palexpo Arena

19 - GENÈVE Palexpo Arena

27 - MINSK Minsk Arena

 

NOVEMBRE

01 - MOSCOU Olimpiyski

04 - SAINT PETERSBOURG SKK Arena

13 - BRUXELLES Palais 12

15 - BRUXELLES Palais 12

16 - BRUXELLES Palais 12

20 - DOUAI Gayant Expo

22 - DOUAI Gayant Expo

23 - DOUAI Gayant Expo

26 - TOULOUSE Zénith

27 - TOULOUSE Zénith

30 - TOULOUSE Zénith

 

DECEMBRE

03 - CLERMONT-FERRAND Zénith d'Auvergne

06 - NICE Palais Nikaïa

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Pascale Gautier, Les vieilles, Prix Renaudot Poche, roman, 210 pages, Joëlle Losfeld, janvier 2010, 18,80€, Folio, novembre 2011, 5,95€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

vieilles.jpg

 

Sacré Prix Renaudot Poche le lendemain de mon achat, Les vieilles est un court roman humoristique sur les vieilles, comme son titre l'indique. Les ronchonnes, les acariâtres, les rigolotes, les dépressives. Bref, tout y passe. Des courses à la drague en passant par la peur de la solitude au repas dominical forcé, Pascale Gautier dépeint la vie des personnes âgées avec cynisme et tendresse. Dit comme ça, ça donne envie, hein ! En plus, Renaudot poche, quoi !

 

Mais bon, sincèrement, je ne me suis pas plu plus que ça. Ça m'a amusé quelques pages, le temps de me foutre de certaines d'entre elles, de rire de leur bêtise, de leurs peurs et de leurs manies, de m'attendrir pour l'une et d'avoir envie de tuer une autre. Mais ça devient vite répétitif et ennuyeux.

Voilà, je ne suis pas rentré dedans, mais certains y trouveront certainement leur compte, d'où les deux étoiles, parce que le roman n'est pas mauvais du tout, pas mal écrit. Juste que quand un roman ou un film est censé être drôle, je veux en avoir pour mon argent. Un peu le même pronostic, en somme que C'est Maman qui a tué le Père-Noël d'Alexandra Varrin.

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