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Ponderosa, Pool Party, 10 titres, New West, 2012, 8,99€ ****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION DECOUVERTE PHENOMENE !

 

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Vraiment, comme souvent lorsque je parle de musique, je ne sais pas trop quoi dire, parce que ce n'est pas mon métier, mon milieu. Alors souvent, je m'abstiens. Mais là, il fallait que je vous en parle.

 

C'est arrivé comme, il y a trois, j'ai découvert The XX. À Virgin, la pochette d'un album inconnu, mis en avant par les disquaires, qui m'attire. Alors j'écoute, et wow !

Voilà, c'est arrivé comme ça, la semaine dernière, en furetant au rayon musique du Virgin des Champs Elysées. J'ai vu cette pochette, avec son étiquette "import", j'ai écouté trois débuts de chansons qui m'ont foutu des frissons, à fond dans les oreilles. Et j'ai acheté leur CD. Parce que j'aime pas tout écouter, tout découvrir d'un coup. Je fais durer le suspense.

Faut dire qu'à 8,99€ le CD de dix titres, à plus forte raison lorsqu'ils sont bons, c'est donné.

 

Faut peut-être que je vous dise un peu ce que c'est comme musique. Pour être large, on va dire qu'il s'agit de pop-rock. Même qu'à certains moments, ça m'a fait penser à du Coldplay (le nouveau single, Navajo, par exemple). Mais du Coldplay dont les chevilles n'auraient pas enflé avec le succès. Du Coldplay croisé avec du Archive, avec quelques sons originaux, saturés, sourds, electro parfois même.

C'est pas violent, ça gueule pas, c'est doux sur deux ou trois morceaux, mais sinon c'est assez énergique, avec une force tendue, prête à imploser, que je serais incapable de vous expliquer. Je ne sais même pas expliquer pourquoi ces mots-là. Juste une impression. Un peu comme la reprise de Forever young d'Alphaville par Youth Group, terriblement prenante et émouvante. Il n'y a qu'à écouter (avec casque, fort et jusqu'à la fin, c'est mieux) l'impressionnant Here I am born pour se convaincre d'acheter ce grand disque.

 

Au moins : écoutez et dites-moi si je raconte n'importe quoi !

 

 


 

 

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Julia Deck, Viviane Élisabeth Fauville, roman, 150 pages, Minuit, août 2012, 13,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Que dire de ce roman, le treizième de la rentrée que je lis ? Emprunté sur les conseils d'une amie qui l'avait aimé, je n'en attendais rien de spécial. Même si la quatrième de couv m'avait interpellé :

« Vous êtes Viviane Élisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. Heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main. »

 

Le principe de narration est intrigant. Quelqu'un, ce mystérieux sauveur, raconte l'histoire en s'adressant à Viviane. Mais parfois, il change de procédé et raconte les faits à la troisième personne du singulier. Puis quand entre en scène celle qui a découvert le corps, le « vous » change de destinataire. Tantôt c'est Viviane, tantôt c'est l'autre. Original au départ, le procédé devient rapidement traitre et barbant. À moins que la Viviane ne soit fêlée...

Quant à l'intrigue, je l'ai suivie avec intérêt jusqu'à la révélation finale. Je n'ai pas besoin de vous en raconter plus, avec la quatrième de couv, vous connaissez le gros de l'histoire. Julia Deck raconte le périple d'une femme qui doit faire face à son mari, à la police, à ses vertiges et à ses peurs. Et je dois dire qu'on finit par s'y attacher. Et au moindre de ses faux-pas, on se dit non, c'est pas possible, elle est bête, elle va se faire avoir ! On souhaite qu'elle soit innocentée, qu'elle s'en sorte. De ce côté-là, Julia Deck a réussi son coup. Son anti-héroïne est parfaite. Meurtrière, mais aimé du lecteur.

Le début de l'histoire aussi, ce n'est pas un page-turner, mais on a quand même envie de poursuivre sa lecture pour connaître la fin. En revanche, je n'en dirais pas autant de la fin du roman. Le dénouement a du mal à passer et le soufflé retombe.

D'abord, quid de ce mystérieux sauveur ?

Ensuite, l'histoire s'embrouille et ni la plume de Julia Deck, ni l'empathie éprouvée pour son personnage principal ne parvient à atténuer la chute. Je ne comprenais pas pourquoi et je me suis ennuyé. Pas jusqu'à dire que c'était ridicule, mais non, ça ne colle pas, quelque chose ne va pas.

 

Non, vraiment, je n'ai pas accroché, pas compris les subtilités que l'auteure dit avoir truffé son récit. D'ailleurs, celui-ci faisait beaucoup plus que les 150 pages qu'elle nous livre. Elle dit avoir réduit au maximum pour ne pas emmêler le lecteur, pour que l'on comprenne ce qu'elle a voulu faire de son intrigue, de son personnage. Mais moi, je n'ai compris qu'on était simplement censé comprendre que Viviane Elisabeth Fauville est folle. Alors je ne vous le déconseillerais pas à grands coups de poings, mais pourquoi pas à grands coups de livres ! Bien meilleurs.

 

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Tierno Monénembo, Le Terroriste Noir, roman, 220 pages, Seuil, août 2012, 17 € *****

Publié le par Sébastien Almira

 

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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De Monénembo, je n'avais rien lu. À vrai dire, rien de son œuvre ne me donnait envie. C'est sur les conseils d'autres libraires dont c'était le coup de cœur de la rentrée que j'ai emprunté son nouveau roman, Le Terroriste Noir. Et je n'ai pas été déçu ! Avec Les Immortelles de Makenzy Orcel, il s'agit pour moi des deux meilleurs romans de la rentrée, pour l'instant.

 

« Le nègre mangea le fromage et le poulet, vida la bouteille de Contrexéville mais refusa obstinément la cochonnaille et le vin. L'Étienne faillit lui dire : « On ne fait pas le difficile dans l'état qui est le vôtre. », mais il s'en dispensa. Il pensa que c'était à cause de la compassion que lui inspirait cette situation aussi désolante qu'inattendue, il comprendrait plus tard que c'était parce qu'il venait de rencontrer l'homme le plus inoubliable de son existence. » page 17

 

Le nègre était un soldat guinéen enrôlé dans l'armée française pendant la Seconde Guerre mondiale. Un tirailleur Sénégalais, comme on les appelle. Le gros de l'histoire se passe à Romaincourt, dans les Vosges, un « bled perdu où rien ni personne n'arrivait, même pas les bombes, même pas les chiens des Boches, même pas la rumeur du monde. » (page 97) Là, le soldat noir est recueilli après avoir fui. Ce n'est d'ailleurs que lorsqu'il raconte la bataille dans laquelle il fut capturé par les Allemands, avant de s'évader, qu'on apprend son nom, qu'au bout de quatre-vingt pages qu'Addi Bâ devient quelqu'un. Amadou Hady Bah, ou encore Addi Bâ Mamadou, est un véritable héros oublié de la Résistance, auquel Tierno Monénembo rend ici un magnifique hommage.

La narratrice venait de voir le jour et, soixante ans plus tard, elle raconte toute l'histoire au neveu du soldat noir, par bribes. Parfois elle parle au neveu (« vous savez... »), puis elle se replonge vite dans le cours de sa mémoire, revivant comme à l'époque l'histoire de celui qu'elle a fini par aduler. Celui-là même qui réchappa aux Allemands par trois fois, qui créa un des premiers maquis de la région, et qui en mourra.

Car elle ne raconte pas tout dans l'ordre, mais au fil de ses souvenirs. Elle se souvient d'un détail, elle anticipe une action, mais elle en viendra à tout dévoiler de cette affaire qui a secoué Romaincourt, de cet homme qui a donné son nom à une rue du village.

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Addi Bâ

 

Après une scène touchante où la narratrice emmène un petit juif à la Grande Mosquée de Paris pour le faire protéger et où ce dernier annonce « Hâtons-nous lentement » à l'Arabe qui ouvre la porte (des centaines de juifs auraient été sauvés des nazis grâce à la grande Mosquée de Paris) :

« J'ignorais que de simples mots avaient le pouvoir magique d'un sésame. Je ne savais pas que le monde se résumait souvent à des barrières et à des mots de passe. C'était le désastre, Monsieur. Survivre représentait déjà en soi un acte de résistance. Sauver sa peau revenait à sauver les autres, tous les autres.

Mais ça, c'est quelque chose que l'on ne comprend pas tout de suite. Il faut attendre la fin du cauchemar, que tout s'arrête : la famine et la peur, les parades militaires, le vacarme des trains, le déluge des bombes. Et c'est seulement lorsque les vallons ont repris leurs couleurs que vous réalisez à quoi vous venez d'échapper, et combien une parole, un geste insignifiant concourent à préserver la vie. Même moi, Monsieur, j'avais fait de la résistance à mon insu et sans l'avoir demandé. » page 157

 

Le choix de dévoiler des moments de l'histoire, des détails, des indices au gré des envies de la narratrice permet une construction, sans être originale, différente des récits habituels sur la guerre, et qui permet un suspense et une envie de tourner la page assez importants. Qui sont ces femmes dont le soldat partage les nuits ? Comment les deux familles de Romaincourt en sont venues à la haine ? Qui a dénoncé Addi Bâ ? De plus, le Prix Renaudot pour Le Roi de Kahel s'intéresse ici à un pan de la Seconde Guerre mondiale assez méconnu.

Mais ce qui m'a le plus plu, c'est qu'il ne fasse pas de son projet un récit historique, un essai sur la résistance et sur les tirailleurs sénégalais. C'est qu'il ne verse pas dans le pathos. J'ai eu un petit pincement au cœur à la fin alors que je savais pertinemment depuis le début que le soldat noir allait mourir. La narratrice raconte, elle fait vivre Addi Bâ encore une fois, mais elle n'en fait pas des tonnes. C'est bouleversant sans être larmoyant, sombre sans être glauque et puissant sans être grandiloquent.

J'ai été emporté dans ce roman magnifique comme rarement et je suis sûr que vous ne serez pas déçus non plus !

 

monenembo2.jpgTierno Monenembo

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Le cinéma de l'été (Rebelle, My Best Men, Batman The Dark Knight Rises)

Publié le par Sébastien Almira

 

Après une effervescence de films chroniqués avant l'été, ce fut le vide sidéral pendant deux mois. Et pour cause : je n'ai vu que trois films cet été ! Les voici enfin.


 

rebelle.jpgRebelle ****

Un très bon Pixar, pas l'histoire qui était le plus faite pour me plaire (l'Ecosse médiévale, très peu pour moi), mais une très bonne surprise. Merida est la seule fille qui ne veut pas devenir une princesse. Malheureusement pour elle, elle l'est déjà ! Même que ses parents viennent d'organiser un tournoi afin de choisir qui des trois fils de riches voisins aura sa main. Mais Merida ne compte pas se laisser faire ! Une sacrée dose d'humour, des personnages hauts en couleurs, un refus des règles, de l'aventure, de la magie, de l'action, du suspense. L'équipe de Mark Andrews et Brenda Chapman a mis le paquet sur l'intrigue, l'humour et le visuel pour la sortie annuelle du petit cousin de Disney.

 

 

my-best-men.jpgMy Best Men ****

Le réalisateur de Priscilla, folle du désert, Stephen Elliott, signe le Very Bad Trip du mariage. Quand cette référence faisait de l'enterrement de vie de garçon un enfer de situations comiques et catastrophiques en chaine, My Best Men fait la même chose de la journée de mariage d'un jeune Anglais déconneur (le beau Xavier Samuel, demoiselles !) à une riche Australienne promise à une carrière politique d'envergure (son père est sénateur et entend bien lui léguer sa place en guise de cadeau de mariage). La bande de potes du marié (déjantée à souhait) est spécialement venue pour l'occasion et, je vous le dis, ça va partir en vrille ! À vous tordre de rire !

 

 

batman.jpgBatman, The Dark Knight Rises *****

Alors que la guerre des pro et anti Batman 3 fait des ravages, je viens enfoncer le clou. On passera rapidement outre la piètre apparition d'une Marion Cotillard visiblement peu inspirée et très peu convaincante, car le reste vaut vraiment le coup. Les 2h45 je ne les ai pas senties passer. Et les notes kitsch finales ne sont pas venues entacher le grand spectacle auquel je venais d'assister. Ce sont vraiment les seuls défauts que l'on peut trouver à ce dernier volet de la trilogie Nolan, un réalisateur dont j'ai bien l'impression que certains dénigrent désormais par haine du succès. Du genre, quand on est les seuls à connaître, on profite du génie du mec, mais dès que celui-ci est entré dans la lumière, il fait bon d'y taper dessus à coups d'arguments faiblards et/ou mensongers.

Bref, voici une digne fin, peut-être plus dans la lignée sociale, psychologique et politique du premier (Batman Begins) que du second (Batman, The Dark Knight), un pur divertissement à la manière des anciens films (d'une extrême qualité toutefois).

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Max Monnehay, Géographie de la bêtise, roman, 220 pages, Seuil, août 2012, 17 € *

Publié le par Sébastien Almira

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En 2006, Max Monnehay publiais Corpus Christine chez Albin Michel, petit bijou de cynisme qui m'avait bluffé et avait convoqué en moi une attente fébrile pour les six années suivantes. Car la belle a mis six ans pour écrire son second roman et en a profité pour changer d'éditeur.

 

Et dès la quatrième de couv', ça envoie bien comme il faut : « Lorsque Pierrot décide de fonder un village des idiots où lui et ses semblables pourront vivre en paix, sans plus avoir à souffrir d'ostracisme, il ignore qu'ils seront si nombreux à le suivre dans l'aventure. (…) Mais bientôt leur bonheur fait des envieux, et ce Paradis terrestre finit par attirer des hommes et des femmes qui n'ont rien à y faire. Face à cette menace, Pierrot imposera désormais à chaque nouvel arrivant un examen très spécial, un test de QI inversé, diablement efficace mais que Bastien trafiquera afin que puisse entrer au village et dans sa vie Elisa, la femme qu'il aime. »

 

Avec un tel point de départ, je m'attendais à un roman débordant d'humour, de cynisme, de trouvailles dans la vie de ce village des idiots. Mais que nenni ! D'abord Bastien, le narrateur, alterne les chapitres où il se souvient d'épisodes de sa jeunesse avec une mère complètement folle, les chapitres où il raconte quelques scènes de la vie au village et enfin, ceux où il est l'un des seuls survivants, brûlé vif, d'un carnage dont l'explication viendra au fil du récit. La construction choisie par l'auteure laisse place au suspense, mais empêche hélas de pénétrer dans l'histoire. Pas d'immersion dans le village des idiots, pas d'esquisse de roman culte tel que La conjuration des imbéciles.

Je voulais rentrer dans le roman, visiter ce village, apprendre à connaître chaque habitant, découvrir leurs tics imbéciles, leurs vies simplettes et rire un bon coup dans un livre que j'imaginais déjà garder, prêter, relire et offrir. Mais j'ai dû me contenter de survoler l'histoire de ces idiots, quelque part autour de celle de Bastien, qui est le vrai but du récit : raconter l'histoire d'un branleur ayant vécu une enfance de martyr, se faisant passer pour un idiot et aimant une autre débile qui a raté sa vie, qui se fait passer pour une idiote mais qui, elle, l'est finalement profondément.

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Le deuxième point qui m'a déçu est le style qu'a voulu se donner Max Monnehay. Travaillé à l'extrême. À coups de tournures alambiquées, elle étale un travail d'écriture de longue haleine mais n'hésite pas, pour rester à la mode, à user de renvois à la ligne après des phrases de cinq mots, de grossièretés et de formules hype pour ressembler aux auteurs américains qu'il fait bon aimer.

Comment peuvent se côtoyer ces mots, ces phrases : « Que vous soyez lectrices et non lecteurs n'y changera rien, c'est bien un chibre que vous bougerez en Elisa au rythme infernal des reproches que vous ne manquerez pas de formuler à mon égard, parce que, s'il est admis par la multitude que la littérature n'a pas de sexe, j'ai encore le pouvoir de vous greffer entre les jambes celui qui me convient. Un gros machin tout dur, en l'occurrence. » (pages 164-165) ? Le cul entre deux chaises, elle chasse tout naturel de son écriture.

 

Voici donc une Géographie de la bêtise dont j'attendais beaucoup (peut-être trop) et qui ne m'a que très moyennement convaincu. Entre la construction ne permettant pas de se plonger comme il faut dans le récit et l'écriture trop travaillée pour paraître naturelle, j'ai bien l'impression que Max Monnehay est complètement passée à côté de son affaire. J'attends toutefois vos avis avec impatience.

En attendant, je vous laisse méditer sur cette citation « Utopie : c'est quand t'es assez crétin pour penser que le monde pourrait être autre chose qu'une immonde saloperie. » (page 32). Ai-je été crétin d'espérer un chef d'œuvre ?

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Alain Blottière, Rêveurs, roman, 160 pages, Gallimard, août 2012, 15,90 € ***

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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Après Le Tombeau de Tommy, Alain Blottière récidive ! Adepte des narrations multiples, il nous plonge cette fois dans l'histoire de deux adolescents que tout sépare. Les chapitres lient, grâce à des phrases qui commencent à la fin d'un paragraphe et se terminent au début du suivant, l'histoire de Nathan, jeune parisien aisé, quasi dépressif depuis la mort de sa mère, qui se réfugie dans le rêve indien (« jeu » du foulard) et celle de Goma, jeune Égyptien qui vit dans la misère des rues et la violence des prisons, qui rêve d'ailleurs. L'un est censé bientôt venir en vacances en Égypte, l'autre rêve de vivre en France. Le tout en plein Printemps Arabe.

 

Lumineuse lorsqu'il décrit notamment le parc de l'île Saint-Germain (« Ils ont marché sans rien dire jusqu'au centre de l'île, puis pris vers l'ouest le chemin qui passait entre les jardins clos et les jardins de messicoles et menait aux jardins imprévus. Raph connaissait tout le labyrinthe de leurs sentiers dallés qui disparaissaient à moitié dans les herbes folles et les fleurs contournaient les arbres fruitiers, les mares à grenouilles et les ruches à miel. Il n'y avait personne à cette heure à part quelques pêcheurs au loin qu'on devinait parfois à cause de cannes qui dépassaient des haies, le long de la rive du grand bras de la Seine. Les bruits de la ville ne passaient pas ce filtre arcadien qui donnait sa propre musique frémissante dans le petit vent du soir, son concerto pour frou-frou de fougères, fredonnement de feuillage, pépiement d'oiseaux et bourdonnement d'abeille. » page 96), étourdissante lorsqu'il nous plonge dans l'enfer des prisons ou l'horreur de la rue (« C'était non pas un gaz qui faisait pleurer, mais un gaz qui déchirait les poumons, rendait sourd, aveugle et sans force. (…) Les Ultras organisaient l'offensive, coordonnaient les attaques, balançaient les cocktails Molotov et les fumigènes, puis tous les combattants refluaient quand s'élançait la meute en noir, tirant ses cartouches de gaz et ses balles en caoutchouc en visant la tête avant de reculer à son tour sous une pluie de cailloux. Aussitôt, avant une nouvelle offensive, les motos chinoises évacuaient les blessés dont ceux aux orbites ensanglantées et ceux qui allaient mourir, gazés, qu'on voyait effondrés sur le sol, les yeux exorbités, pris de convulsions avant de devenir inertes et de rendre l'âme. » pages 158-159), la plume d'Alain Blottière est toujours juste, sensible, élégante, sans jamais en faire trop, sans verser dans le pathos, le larmoyant ou la prétention littéraire. En France comme en Égypte, dans les beaux quartiers comme dans les logis de misère, un baiser comme une tuerie, le jeu du foulard comme un rêve d'ailleurs, tout est raconté, conté même, avec une écriture fluide, nimbée d'une pointe de poésie et vêtue d'élégance. Rien à dire, Alain Blottière est bel et bien un merveilleux conteur, malgré les sujets graves qu'il choisit de conter.

 

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photo de Charles Guislain

 

Encore une fois, il parvient à me tenir en haleine et m'éblouir avec une intrigue qui n'était pas tellement faite pour me plaire. À la manière de Stieg Larsson qui m'avait conquis avec un polar. Merveilleusement bien écrit, criant de vérité sur des émeutes qui ont peut-être seulement remplacé un mal par un autre et lumineusement sombre, voici un grand livre à lire dès aujourd'hui* !

 

« En ce vendredi de colère, ils avaient afflué par milliers de Dar el-Salam, du haut et du bas, ils avaient fait sauter tous les barrages pour venir prendre d'assaut l'enfer des hommes en noir et se débarasser de cette peste qui depuis des décennies rongeait les âmes. Au risque de leur vie, ils étaient venus pour en finir, les va-nu-pieds des ruelles putrides comme les étudiants d'Aïn Chams ou d'Al Azhar, les fonctionnaires pères de famille et les secrétaires, les collégiens et les chômeurs, les chauffeurs, les vendeurs ambulants, il y en avait de tous les âges, des barbes blanches et des petits de dix ans, et parmi cette multitude désarmée certains venaient de tomber sous les balles. » page 104

 

 

* sortie le 5 septembre 2012

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Lucile Bordes, Je suis la marquise de Carabas, roman, 140 pages, Liana Lévi, août 2012, 14,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE CŒUR !

 

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Voilà un bien joli premier roman. De ces découvertes qui nous émerveillent, qui nous emportent le temps de quelques heures, qui nous font voyager dans un imaginaire fantasque et intimiste. Celui de la famille Pitou. Du Grand Théâtre Pitou.

 

Une jeune femme traque les indices discordants dans la biographie de son grand-père, un instituteur au soir de sa vie. Lui qui n'a jamais rien dit lui révèle qu'elle vient d'une longue lignée (une centaine d'années !) de marionnettistes forains. C'est l'occasion de traverser des pages d'histoire de 1850 à 1953, dans un roman certes très court, avec Auguste, le premier Pitou, Crasmagne, la marionnette vedette, et les générations suivantes. C'est l'occasion de découvrir la création des décors, des costumes, le montage des spectacles, le succès grandissant de la petite troupe familiale, jusqu'à l'arrivée tonitruante du cinéma, qui ne sera pas sans incidences. C'est l'occasion de traverser un pan d'Histoire à travers une famille de voyageurs.

 

Tout en douceur, tout en émotions, Lucile Bordes brode (oh le joli jeu de mot !) le récit de la famille qu'elle vient de se découvrir, sa famille. Vraiment, je ne saurais vous en dire plus, sinon que c'est un petit bijou qui se lit avec beaucoup de plaisir. Pour celles et ceux qui ont déjà suivi mes conseils sur Les Souffleurs de Cécile Ladjali, ou qui l'ont lu d'eux-mêmes, si vous l'avez aimé, vous risquez d'aimer aussi cette petite balade fantasque !

 

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Abdellah Taïa, Infidèles, roman, 180 pages, Seuil, août 2012, 16,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Auteur de L'Armée du Salut et du Jour du Roi (Prix de Flore 2010), Abdellah Taïa est le chef de file de la jeune littérature maghrébine. Vu comme un infidèle par les islamistes, il est adulé par les jeunes et les modernistes. Son credo ? Prôner la liberté, toutes les libertés. La liberté de penser, de dire, d'agir, d'être.

 

Dans Infidèles, il raconte l'histoire d'une mère et son fils. Deux Marocains qui finiront par fuir en Égypte, à la recherche de la liberté, de leur salut. Jallal aide sa mère, Slima, à trouver des hommes. Car, comme sa mère adoptive, Slima est prostituée et introductrice. Elle vends son corps et elle aide les jeunes mariés à réussir leur nuit de noces, quitte à masturber le mari pour le faire bander et à introduire elle-même son sexe dans le vagin vierge de la mariée.

Il y a cette réalité, déjà terrible, puis celle d'après. La souffrance des conséquences d'un métier à risques, d'une jeunesse perdue, de vies éteintes qui ne s'illuminent qu'en présence de l'autre et de ce mystérieux soldat qui partage leur adoration pour Marilyn Monroe et ne leur causera pas que du bien.

Puis il y aura deux rencontres, l'un après l'autre, qui bouleverseront irrévocablement leur vie : deux belges convertis à l'Islam. Hasard ? Lumière ou ombre ?

 

« Et d'où cette rumeur est-elle partie ? Tu le sais ? Du Maroc, j'imagine. Elle n'a pas pu naïtre ailleurs. Il n'y a que ce pays pour pousser à ce point-là ses citoyens vers le précipice. Tenter de détruire coûte que coûte. Les poursuivre partout de sa malédiction. Je ne sais pas si Samira Saïd (chanteuse marocaine ayant elle aussi fui en Égypte) a couché ou non avec ces pétrodollars, mais elle a eu en tout cas raison de quitter le Maroc. On fait tout pour vous arrêter, vous contrôler, vous maintenir petit, petite. Là-bas, on vous oblige à vous prostituer, on vous prend votre argent, et, après, on vous renie, on vous traite de salope, de femme indigne, de mécréante. Mais ce sont eux les mécréants. Des êtres sans cœur. Je suis sûre que Samira Saïa n'a pas fait ce film porno. Les Marocains, enragés maintenant qu'ils n'ont plus prise sur elle, ont inventé cette histoire. Ils ne comprennent pas qu'on aille ailleurs et qu'on s'y épanouisse. Cela les dépasse. Tout de suite, on vous considère comme un traître. Elle a eu raison de partir et d'aller contre tous. D'aller loin. Et si, pour eux, réussir c'est devenir une pute, alors toutes les Marocaines sont des putes. » page 85

 

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Abdellah Taïa n'y va pas de main morte dans cette chronique accablante du Maroc à travers une mère et un fils pas comme les autres. Sans peur de la cruauté et de la vulgarité, il dresse un portrait sans concession d'un pays à la dérive, de vies à l'abandon.

Tel une Christine Angot, il commence son récit de manière très déplaisante : des phrases courtes. Très courtes. Des phrases courtes et répétitives. Très. Comme je le fais. Comme ça. Et c'est énervant. Très. Il se rattrape néanmoins par la suite en revenant à une écriture plus fluide, moins saccadé, plus agréable, jusqu'au final original, sur un ton moins grave, presque drôle.

Il s'agit d'un beau roman, qui peut bouleverser comme n'avoir aucun effet. Ce sera un juste milieu pour moi. Pas une lecture indispensable, mais un roman important pour dire une réalité qu'on ne connait pas entièrement, un roman qui peut en toucher plus d'un, plus d'une.

 

« Casablanca avait en elle, dans son ventre, huit millions de Marocains qui venaient de partout. Du Rif. De l'Atlas. De Fès. De Taourit. D'Errachidia. De la Chaouia. De Doukkala. Des Arabes. Des Berbères. Des ivrognes. Des ambitieux. Des prostituées. Beaucoup de prostituées. Des âmes perdues. La jungle. La folie. L'injustice partout, jour et nuit. L'arrogance. La perversion. L'Argent-roi. Le crime pour loi. Rien de romantique. Tout était sale. Tout était pourri. Tout était en train de disparaître, de s'effondrer. Tout était échec. Tout était fermé. Y compris les portes de Dieu. Tout était meurtre. Meurtres. Casablanca était une ville triste. Plus qu'ailleurs au Maroc, la tristesse profonde, inguérissable, avait envahi tout dans cette ville. L'espoir n'existait plus. L'Islam libre, ouvert, n'existait plus. L'amour y était inconnu, étranger, désespéré. » pages 157-158

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Leslie Kaplan, Millefeuille, roman, 250 pages, POL, août 2012, 16 € *

Publié le par Sébastien Almira

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« Quand je l'ai connu, Jean Pierre Millefeuille habitait déjà depuis longtemps rue Antoine-Bourdelle, une petite rue à côté de la gare Montparnasse. Conversations, échanges. Séduction réciproque. Pas du tout le vieux crispé sur ses acquis de pensée, ses habitudes. Une fois j'allai chez lui avec Zoé, la fille d'une amie. Après Zoé me dit, Je ne sais pas si je l'aime, non vraiment je ne sais pas.

Pourtant elle retourna le voir, et emmena même Léo, un amoureux. C'est là que tout a commencé. »

 

C'est ainsi que Paul Otchatovski-Laurens a choisi de vendre le nouveau roman de Leslie Kaplan. Ça ne casse pas des briques, mais ça m'a interpellé. J'avais envie de savoir à quoi correspondait ce « tout » qui avait commencé comme ça.

Ah oui ! Aussi, ce qui m'a intrigué et attiré, c'est surtout le titre. On ne se refait pas !

 

Jean-Pierre Millefeuille, professeur à la retraite, veuf, obsédé par mort et par ses pensées, écrit un article sur les rois pour un magazine (ça fait des mois qu'il y est...). Il voit des amis (Micheline, Jeanne, Charles, Ernest et par mégarde Joseph le SDF), Zoé et Léo, son fils Jean. Il passe son temps à lire Shakespeare, à boire des bières et manger de la choucroute à la brasserie d'en bas. Il fait les boutiques pour s'acheter des chaussures. Va souvent « voir les nouveautés » à la Fnac rue de Rennes, alors qu'il la trouve laide et n'y achète jamais rien. Organise des dîners, des soirées entre amis où on boit du bon vin et on parle littérature. Des fois, il part même en week-end chez Micheline. Il ne semble pas avoir de problèmes d'argent.

Ses problèmes, à Millefeuille, c'est la mort, les cauchemars (un jour, il se voit sans nez...), c'est le premier chapitre du roman de Léo qu'il est censé lire et commenter, c'est le jeune couple de SDF à qui il a donné cent euros et qu'il souhaite aider.

Voilà l'histoire de Millefeuille, et du roman. Un homme qui mange de la choucroute, lit Shakespeare et qui commente souvent ses pensées à voix hautes.

 

« Le type plus âgé qui était avec eux, lui, avait vraiment l'air d'un sale type, une allure de délinquant, peut-être une sorte de chef.

Après tout, je n'en sais rien.

Trop facile, eux, des innocents.

Quand on est si jeune... quand on est si jeune... quoi, quand on est si jeune ?

Pas une excuse d'être jeune. Pas un crime non plus.

Et pareil pour les vieux, se dit Millefeuille en rigolant.

Moi je suis vieux, et j'ai l'intention d'être encore plus vieux.

Il faut que j'aie le temps... se dit Millefeuille.

Le temps de quoi ? se demanda Millefeuille.

Le temps, le temps...

Le temps de commettre tous les crimes que je porte en moi, se dit Jean-Pierre Millefeuille, et il se mit à rire tout seul, un vrai rire.

Je pense trop, se dit Millefeuille, quand on commence... quand on commence...

Eh bien quand on commence on pense n'importe quoi, se dit Millefeuille en se levant et en se secouant.

Il se rassit en se disant, C'est idiot. J'ai envie de rester encore un peu.

Un ange passa. »

page 121, où Millefeuille est assis, seul, dans un parc. Je n'ai oublié aucun mot, aucune virgule, rajouté ni enlevé aucune majuscule.

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Ce qui est le plus original dans le roman, ce n'est certainement pas l'histoire, vous l'aurez compris. C'est l'écriture de Leslie Kaplan. Je n'avais rien lu d'elle avant Millefeuille, alors je ne sais pas si la construction est propre à ce roman ou si c'est une habitude chez l'auteure de Mon Amérique commence en Pologne. Les codes structurels du récit sont littéralement explosés. Les dialogues ne sont signifiés que par quelques « dit-il » au milieu d'une phrase, par une majuscule après une virgule, pas un saut de ligne. Mais pas de tiret, pas de guillemets. Il faut se débrouiller avec le peu d'informations pour démêler la narration des pensées de Millefeuille et des dialogues.

Les codes grammaticaux sont également bousculés. Mais ça, c'est plus habituel dans la littérature française. Et puis il ne faut pas oublier qu'on est chez POL, la maison où il fait bon écrire différemment.

« Il se fit un café et des toasts en écoutant les nouvelles, et ensuite avec un peu de temps d'avance il sortit, direction Opéra, Quand faut y aller faut y aller. » page 30

 

Rien de bien transcendant dans l'intrigue, qui devient complètement débile à la fin. J'ai beau chercher un autre mot, moins familier, je ne trouve rien qui corresponde mieux à la fin du livre. Et puis, les pensées de Millefeuille, à longueur de temps, qu'est-ce que c'est agaçant (« Ah quel idiot, s'entendit dire Millefeuille, excédé, en même temps surpris par son propre ton. Pas de contenu précis, juste ça, Quel idiot. (…) Comme il détestait être surpris, et surtout se surprendre lui-même, il changea de sujet. » page 20, je précise que, dans cette scène, il est seul chez lui). C'est fatigant, il ne cesse de penser, dans sa tête, à voix haute, de se surprendre, de commenter ses pensées, de penser qu'il ne pense à rien, de penser qu'il pense trop. Ce livre n'est pas un épisode de quelques mois dans la vie d'un homme, mais la vie des pensées de cet homme.

 

Bref, j'ai été enthousiasmé un moment par la forme, puis ça a fini par me barber autant que le fond. Si vous avez trois heures à tuer, entraînez-vous plutôt à faire un millefeuille, et gardez-moi une part.

 

« Le téléphone va sonner, se dit Millefeuille. Le téléphone va sonner, quelqu'un va m'appeler, je parlerai à quelqu'un.

Le téléphone ne sonna pas.

Évidemment, pensa Millefeuille. Évidemment. Je n'existe pour personne. Et quand je mourrai... personne ne se souviendra de moi. » page 161

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Makenzy Orcel, Les Immortelles, roman, 130 pages, Zulma, août 2012, 16,50€ *****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR ! 

 

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Première surprise de la rentrée, et pas des moindres. Jeune auteur haïtien, Makenzy Orcel rend hommage aux putains de Port-au-Prince, parties dans l'ouragan.

 

« - Qu'est-ce que tu fais dans la vie, toi ?

Ma question préférée.

- Je suis écrivain.

- Écrivain ! Ça tombe bien... Tu me donnes ce que je te demande et toi après tu pourras m'avoir dans tous les sens que tu voudras.

Marché conclus. Je devais juste écrire et ensuite, la sauter. Ça me plaisait bien cette idée. Déjà le livre, ça ne se vend pas. Éditer à compte de sexe. Ça pourrait bien compenser certaines choses. »

pages 12 et 13

 

Et la prostituée de lui raconter l'histoire des filles de la Grand-Rue. Geralda Grand-Devant, la mère de toutes les putains. « Les hommes se bousculaient pour être le premier à goûter sa chatte, là, sous les yeux des autres » (page 89). La petite, surnommée Shakira. Celle à qui notre guide de la Grand-Rue a tout appris, celle qu'elle a prise sous son aile. Celle qui enchantait tous les hommes. Celle que rien d'autre n'intéressait que lire. Celle qui a fui sa mère. Sa mère qui la recherche activement, prête à tout pour avoir le moindre indice.

« La petite. Elle est morte après douze jours sous les décombres, après avoir prié tous les saints. Cette nuit-là, la terre voguait. Voltigeait. Dansait. S'abîmait pour s'exhumer d'elle-même. Se déchirait. Gisait au sol tel un mourant. Marchait sur ses propres décombres. » (page 15)

Et toutes les autres, pour ne pas qu'on les oublie. Pour les rendre Immortelles.

 

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Pas besoin d'en raconter plus, de toutes façons, c'est assez court, ça se lit comme on sent une fleur, comme on écoute un poème, comme on regarde danser une ballerine, comme on touche de la soie. Avec plaisir, avec délectation.

Je pourrais utiliser une quantité astronomique de superlatifs pour vous raconter ma lecture et vous donner envie, mais je dirais simplement que c'est un récit très poétique, pas vulgaire, dont la prose semble bénéfique tellement on s'enivre de la lire. Et je me suis bien ennivré de la petite musique de Makenzy Orcel dont j'attends de découvrir un prochain roman !

Enfin : c'est magnifique. Vous savez, quand on insiste, qu'on espace chaque syllabe pour accentuer le propos : MA – GNI – FI – QUE !

 

Allez, un dernier pour la route :

« Cette nuit-là, c'était brusque et rapide. Si seulement ça te laissait le temps de t'échapper. Comment veux-tu, l'écrivain, que je comprenne ça ? Le destin a voulu que tu sois là aujourd'hui, dans cette pièce, en face de moi, juste à cette place où elle aimait s'asseoir pour lire, pour que tu rendes comptes de tout ça. Pour que tu la rendes vivante parmi les morts. La petite. Elle le disait souvent, les personnages des livres ne meurent jamais. Sont les maitres du temps. » page 108

 

6 juin 2012

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