Les Patates en Campagne

Publié le par Sébastien Almira

Il était une fois une contrée peuplée de patates. En fait, on nous prend un peu pour des cons parfois, alors les patates c'est parfaitement trouvé, et puis c'est un peu plus rigolo. Pour la seconde fois en presque trois ans de blog (oula, faut que je regarde exactement la date !), je vais déplacer mon propos de la culture à la politique. Mais il s'agit tout de même de création alors...

 

 

Patate-Land, nous sommes un petit groupe de Patates qui tente de survivre. Nous sommes six et avons toujours vécu ensemble. Je vous glisse une petite photo de nous !

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Moi, je suis le chef. Parce que je suis le plus vieux, le plus sage et surtout, parce que je suis double-face. Enfin, quand je dis que je suis le chef, c'est pas que je décide de tout, que les autres m'obéissent, ou quoi. C'est juste que je suis le plus ancien et qu'on me demande souvent mon avis. Même les autres familles. Je dois avouer que c'est assez agréable de se sentir important, utile. Mais c'est parfois pesant. Il m'arrive d'avoir envie d'îles désertes. Fuir, sans regret, sans responsabilité. La liberté. Mais bon, je me ferais chier au bout d'un moment...

Je suis le premier à gauche sur notre photo de famille. Et mon autre côté, c'est celui-ci :

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Il y a aussi Hey ! Hey, il est toujours content. Ne croyez pas que je le trouve bennet, mais il faut dire ce qui est. Son vocabulaire se limite à crier "hey !" à chaque fois qu'il croise quelqu'un et à sourire bêtement, gentiment. C'est d'ailleurs pour ça qu'on l'a surnommé Hey !

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Le petit dernier, c'est le fils de Hey et de la petite à côté de moi sur la photo de famille, Zulma. Ouais, elle s'appelle Zulma parce qu'elle aime bien lire et qu'elle adore les éditions Zulma. Vous trouvez certainement ça débile, mais c'est son choix. Et j'estime que nos choix doivent être nos droits. Quand on l'a adoptée, elle a dit "J'aime lire, je veux m'appeler Zulma, comme la maison d'édition. C'est celle que je préfère, et vous êtes ma nouvelle maison, alors." Et elle respire la bonté. Toujours prête à aider son prochain, avec le sourire en plus. Et ça, c'est rare de nos jours...

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Voilà Embryon, leur fils. Pour l'instant, il parle pas. On verra bien.

4.jpegEt puis, il y a aussi Pan et La Morte. La pauvre, elle a la bouche cousue, et elle a tout le temps l'air triste. Elle nous fait de la peine. Mais on l'aime bien. Et puis quand on l'a trouvée, tout le monde se moquait d'elle, on l'a recueillie, on la nourrit pas (la faute à sa bouche cousue...) mais on prend soin d'elle.7.jpeg

Pan, lui, on se demande si il va pas tourner mal. Il joue souvent avec des armes. Et quand on réussit à les lui confisquer, il terrorise les passants et les courgettes. Il court dans la rue et saute à côté d'eux en criant "Pan !" On se demande ce qu'on va en faire...

L'autre fois, il a même essayé de tuer La Morte. Devant des gosses...

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Bon faut dire que le gouvernement n'arrange pas les choses. On vit dans un climat assez particulier depuis quelques temps. On n'a presque plus d'aides, on est sans cesse stigmatisés, on nous parle de violence, de sécurité, d'insécurité, et ça créé des tensions partout. C'est sûr, à force de nous parler de haine, de nous en montrer partout (même là où y'en a pas...), ben ils nous dressent les uns contre les autres. On le ressent bien. Mais surtout à l'extérieur. Jusqu'au jour où ça vous explose à la figure, au sein même de votre famille...


Mais on commence à en avoir assez, nous. On a peur. Pas des gens, on sait qu'ils sont instrumentalisés par le gouvernement, que c'est pas leur fautes. C'est des victimes. Bon c'est sûr, du coup on sait pas trop de quoi ils sont capables mais le vrai problème, c'est quand même cette milice, cette dictature qui se dit "République" et dont il faut se débarrasser à tout prix. Sinon, c'est nous qui finiront nus comme des vers, cernés par les forces de l'ordre. Et là, j'vous le dit, ça va faire mal. Aïe !

11.jpegIls vont nous manger tout cru, et on finira aux cimetières des Patates. Comme tous les dissidents déjà pris. Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Bush, c'est fini merde ! On veut pas finir comme ça, nous... On est en république, pas en prison.

12.jpegIls jettent même les leurs ! Si ! Regardez, on en voit des Aïe ! Ils jettent tout ce qui leur plait pas assez. Ils gardent que le meilleur, le gratin ! La vermine, ils en veulent pas. Alors, même si, nous, on vivait plutôt tranquille dans notre coin, sans rien demander à personne, ben il faut bien le dire : maintenant, on se réveille et on s'insurge. Et pour ça, on  n'a pas besoin de Stéphane Hessel et de son bouquin de dix pages qui sert à rien.

Nous, on veut juste être libre. Comme avant. Alors, prenons le pouvoir ! Parce que la liberté ne s'achète pas, mais se prend.

 

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Texte, mise en scène et photographies de Sébastien Almira.

Toute reproduction et/ou utilisation est formellement interdite.

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Madonna, M.D.N.A., éd. lim. 12 titres + 5, Interscope, mars 2012 ****

Publié le par Sébastien Almira

madonna-mdnaPresque trente ans que Madonna règne sur les charts avec toute une flopée de tubes : Holyday, Like a virgin, Papa don't preach, La isla bonita, Like a prayer, Express yourself, Vogue, Frozen, Music, Hung up, Sorry, Celebration et j'en passe, ça donne assez le vertige. Mais le phénomène s'essouffle. Si elle vendait plus de dix, voire vingt, millions de chacun de ses premiers albums, cela fait une dizaine d'année qu'elle est à la traine. Son dernier album, pop urbaine aux sonorités rap-R'n'B n'a d'ailleurs pas conquis grand monde.

Si on ajoute à cette baisse de régime le phénomène Lady Gaga (près de 90 millions de disques vendus en deux albums et une dizaine de tubes, shows impressionnants, costumes excentriques...) dont certains disent qu'elle est la nouvelle Madonna, le retour de la Madonne se devait d'être à la hauteur de sa carrière.

Et elle a mis le paquet. Publicités, radio, télés, concours, annonces, et surtout concert en pleine finale du Super Bowl. Mais beaucoup ne semblent pas satisfaits de sa prestation et son lead single, Give me all your luvin', ne convainc pas grand monde. Un mois plus tard est lancé Girl Gone Wild, plus dance et autant commercial.

Si aux États-Unis, Madonna a effectué son meilleur démarrage depuis Music avec 359 000 exemplaires vendus, ce ne sont que 56 000 Anglais et 41 000 Français qui ont acheté MDNA. Elle ne parvient même pas à décrocher la première place en France.

La sauce du grand retour n'a pas totalement prise mais qu'en est-il véritablement de l'album ?

 

 

L'album commence sur Girl Gone Wild. Pas trop de risque, mais Benny Benassi en a fait un titre terriblement efficace auquel on s'habitue vite. Aurait peut-être dû sortir en premier single.

 

Deuxième piste, grosse caisse de basse, mélodie répétitive et étouffante pour le Gang Bang. Les paroles ne sont pas très recherchées mais viennent du cœur (bang bang, shot you dead, shot my lover in the head / bang bang, shot you dead and I have no regrets). Ne fera pas un tube, faute de véritable refrain, mais aura certainement une place et une mise en scène de premier choix lors de la tournée. William Orbit a fait du titre le plus déroutant de l'album le préféré des fans (sondage ouvert sur le site Madonna-Electronica).

I'm addicted est un pur plaisir électro réalisé par Benny Benassi. Beaucoup moins commercial que Girl Gone Wild, mais autant efficace. Une bombe !

Premier titre du DJ français, Turn up the radio. Ça sent le single de l'été et ça veut tout dire.

Vient ensuite le premier extrait de l'album, également signé Martin Solveig. J'ai bien aimé Give me all your luvin' à sa sortie, mais je m'en vite lassé. Bonbon pop-dance entêtant et pas très recherché, avec MIA et Nicky Minaj, histoire de montrer que Madonna est encore dans le coup.

Deuxième apparition de Nicky Minaj sur Some Girls, pop-dance-R'n'B qui m'a paru ringarde aux premières écoutes. Ça se laisse finalement écouter.

Superstar, comme pas mal de titres de cet album, s'apprécie au fil des écoutes. Je le trouvais ridicule et finalement je l'aime bien. Pour une fois Madonna semble chanter pour le plaisir et ne pas se prendre la tête. Agréable.

Troisième et dernière apparition de Nicky Minaj (ouf !) sur I don't give a. Un titre pop-R'n'B pas mal mais qui lasse vite. Belle incursion de choeurs toutefois.

Avec I'm a sinner, William Orbit rappelle à ceux qui auraient oublié qu'il est l'homme de Ray of Light. Les références sont nombreuses (Ray of light, Shanti/Ashtangiet Beautiful Stranger, etc.) et le titre rappelle également, pour son côté original, certains morceaux d'American Life. Belles références puisqu'il s'agit de mes albums préférés. I'm a sinner me comble, d'autant plus qu'elle me cite (Saint Sebastian, don't you cry ?). Non, je ne pleure pas, je m'extasie !

Love Spent m'a paru très brouillon la première fois. Des sons pop, des synthés aux airs de violons sanglants, des claquages de mains sauce R'n'B, des guitares de cow-boy, etc. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression qu'il ne sera pas sur la set-list de la tournée. Dommage parce que c'est finalement un très bon titre, le pont et les refrains finaux sont extra !

Masterpiece, Golden Globe de la meilleure chanson pour le film W.E., se laisse écouter et finit par se faire très apprécier. Aussi classique que jolie mais, encore une fois, après plusieurs écoutes.

Deuxième ballade et dernier titre de l'album « standard », Falling Free commence comme Histoires naturelles de Nolwenn Leroy et montre que la Madonne n'est pas qu'une faiseuse de tubes et sait faire passer des émotions en posant simplement sa voix sur quelques cordes et touches de piano.

 

madonna.jpgTitres bonus

Beautiful Killer est, selon le classement dont j'ai parlé plus haut, le second titre préféré des fans sur l'album. Mouais, ça se laisse écouter, mais pour moi, c'est un des moins bons.

I Fucked up est une sorte de ballade pop qui s'accélère au fil des secondes. Pas mal...

B-Day Song sur laquelle MIA refait une apparition est le même genre de titre que Superstar. Je ne l'aimais pas trop, la trouvais presque ridicule au début. Mais force est de constater que c'est une bonne chanson, pas de celles qui vous fera danser, mais peut-être dandiner de la tête !

Après trois titres bonus signés Martin Solveig, voici un Benny Benassi : Best friend. Bof.

Enfin, le remix de Give me all your luvin' par LMFAO. Par fan du duo électro, j'avoue que je préfère leur remix à la chanson originale.

 

 

madonne-mdna-photo-photos-promo.jpgMoitié électro, moitié pop, M.D.N.A. est censée représenter l'A.D.N. de Madonna, et il s'en sort plutôt bien, voire très bien. Mais il faut plusieurs écoutes pour apprécier vraiment ce douzième album. Aux premières écoutes, j'étais assez réservé mais à force d'écoutes, certains titres jugés initialement moyens prennent de l'ampleur (Girl Gone Wild, Masterpiece, Love Spent, I don't give a), d'autres passés inaperçus ou trouvés mauvais se révèlent sympathiques par la suite (Superstar, Some Girls, B-day Song, I fucked up). Certains restent toutefois fades. C'est à l'appréciation de chacun mais, perso, Give me all your luvin', Some girls, Beautiful killer et Best friend, je m'en serais autant passé que des apparitions à répétition de Nicky Minaj.

En tout cas, Madonna est de retour avec un très bon album, loin du désastreux Hard Candy, qui compte nombre de pépites (I'm addicted, Gang Bang, Girl Gone Wild, Masterpiece, I'm a sinner), assoit son statut de Reine de la Pop et et laisse présager un beau show au Stade de France le 14 juillet prochain !

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Michael Cunningham, Crépuscule, roman, 300 pages, Belfond, février 2012, 20€ *

Publié le par Sébastien Almira

 

michael_cuuningham.jpgL'auteur des Heures est de retour. Et Belfond n'y va pas de main morte : il s'agit d'un roman éblouissant sur l'art, le désir, le couple, la mort. Le grand retour de Michael Cunningham pour une œuvre d'une douloureuse beauté.

 

En réalité, l'écrivain new-yorkais a mis cinq ans pour écrire un roman de débutant indigne du reste de son œuvre. Peter et Rebecca représentent le couple new-yorkais par excellence : il dirige une galerie qui commence à compter, elle est éditrice d'un magazine sur la mode et l'art. Ils sont riches, possèdent un superbe loft à Soho, fréquentent des amis brillants et importants...

« Voilà ce qu'ils sont : un couple d'âge moyen assis à l'arrière d'un taxi. Peter et sa femme, mariés depuis vingt et un ans (presque vingt-deux), complices à présent, qui aiment plaisanter, ne font plus beaucoup l'amour, mais quand même un peu, contrairement à d'autres couples mariés. »

Mais lorsque Mizzy, le jeune frère de Rebecca, qui nous est décrit comme une beauté crépusculaire (tiens !), un « Rodin de bronze », presque androgyne, musclé, sensuel et perturbé (la drogue détruit sa vie sociale et professionnelle), rien ne va plus. Car si Peter n'est pas très chaud pour héberger quelques temps un branleur drogué, il va en tomber amoureux.

 

La quatrième de couverture reste mystérieuse à ce sujet, laissant entrevoir un grand roman romantique, sensuel, douloureux. Mais il n'ayez crainte, il n'en est rien !

Premièrement, on se demande ce qui est arrivé à l'auteur du prix Pulitzer et du PEN/Faulkner Award (pour Les Heures). L'écriture est loin de mériter un prix ici. Si dans la deuxième partie du roman, elle peut être qualifiée de banale, elle est carrément brouillon dans la première partie ( des « il y a », des « tu fais ci, tu vas là », des questions narratives à n'en plus finir « et ensuite ? », « quels sont les fantasmes de Mizzy ? » « que lui arrive-t-il ? » « comment est-ce arrivé ? » « N'a t-il pas vu cent fois ce Rodin ? » « Vraiment ? » « Qui peut voir la différence ? »...).

crepuscule.gifDeuxièmement, certains passages frisent le grotesque. Eric Neuhoff, dans Le Figaro, résume très bien : « Le ridicule se glisse petit à petit dans cette version Manhattan de Théorème. Comment peut-on avoir écrit Les Heures, La Maison du bout du monde et produire cette sitcom en caractères d'imprimerie ? Le roman «gay» vient de faire son entrée dans la collection «Harlequin». Il était temps. »

Troisièmement, alors qu'on nous promettait un chef d'œuvre, le roman manque de profondeur, de hauteur, de volonté. À la moitié du roman, j'avais toujours l'impression d'être dans la situation d'exposition... Michael Cunningham semble fatigué, un peu comme quelqu'un qui se repose sur ses lauriers, mais qui a tout de même mis cinq ans à proposer ce faiblard roman de gare qui satisfera même pas les fans de Marc lévy.

 

Excepté pour quelques réflexions sur l'art (certaines œuvres contemporaines, la perception qu'on en a, etc.), vous pouvez allègrement passer à côté du dernier Cunningham. Replongez-vous plutôt dans Les Heures, Le Livre des jours, De chair et de sang ou La maison du bout du monde. C'est plus sûr.

 

 

Merci à Abeline de

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pour ce livre !

 

 

 


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Régis Délicata, Rhapsodie pour une dent creuse, roman, 350 pages, Grasset, janvier 2012, 19€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Alors que je commence ma critique, je ne sais pas encore quelle note je vais donner à ce premier roman dont les qualités m'ont sauté aux yeux tout le long de la lecture mais dont les défauts se font plus persistants depuis.

 

Il est tellement bien écrit que c'en devient perturbant. Les surdoués, les journalistes bobos et autres afficionados de Frédéric Dard et Michel Audiard (puisque l'auteur les a visiblement pastichés) me traiteront de bouffon, mais rarement je n'ai autant buté dans un roman sur un mot, une expression, une phrase, un dialogue, un paragraphe entier. Certains passages restent pour moi encore un mystère. Il faut dire que Régis Délicata est féru de cinéma et a truffé son récit de références littéraires et cinématographiques. Lui qui se dit « le David Bowie de la littérature » dresse en fait un catalogue de tout ce qui se fait de plus pointu en langue française.

 

Giuseppe Gavotti est trouveur d'objets introuvables pour collectionneurs extravagants. « En résumé, c'est très simple : collectionner est une activité de crétin. Mon activité consiste à collectionner l'argent des crétins », explique-t-il à Lucien. Lucien, c'est moi, c'est vous, c'est une « personne pourvue d'une intelligence minimum ». C'est à lui qu'il s'adresse tout au long du livre pour raconter l'une de ses aventures. Il nous prévient, d'ailleurs, qu'on ne pourra pas démêler le vrai du faux, mais ça importe peu. Ce qu'il faut retenir de l'histoire, c'est que :

« Ceci étant dit, et bien dit, j'entamerai sans plus attendre le récit honnête, méthodique et dénué de tout agrément superflu de ce qui m'est arrivé l'année dernière lorsque Mr. John T. Garner s'attacha mes services, ainsi que l'assurance de se voir remettre, pour une somme modique, le dentier de Robert Mitchum. » page 19

 

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Vous imaginez bien qu'en exposant la situation dix pages après avoir commencé à parler à Lucien, le narrateur passera par bien d'autres détails superflus. À vrai dire, il ne raconte quasiment que des détails superflus. Vous souhaitez connaître les grandes lignes ? Savoir comment ? Savoir quand ? Et bien vous ne le saurez pas. Ce que vous apprendrez en revanche, c'est que son voisin est un connard, son neveu un profiteur ; ce sont ses descriptions, de Los Angeles (en une phrase d'une page ! pp 95-96), des gens qui l'entourent (dont certaines à mourir de rire, le valet de John T. Garner devient sous sa plume une « allégorie de la constipation, queue de pie et gueule de plâtre (…) glabre, édouardien, glissant et expressif comme un bouton de porte (…), les yeux sous un front blême semblaient deux olivettes dans un bloc de saindoux » page 34). Ce que vous découvrirez, c'est l'épopée rocambolesque et absurde tout en ellipses de Giuseppe Gavotti. Tout en ellipses à cause d'un manque cruel d'explications logiques. Mais pendant la lecture, ce n'est pas vraiment gênant. J'ai plutôt ressenti du plaisir à suivre cet anti-héro au fil des pages.

 

L'ennui, c'est que les digressions et ellipses en tout genre, les références à répétition et l'érudition loufoque de Régis Délicata parasitent le récit. Un récit baroque, original, extravagant et exigeant qui se lit avec délectation mais laisse un goût amer d'inachevé et d'incompréhension.

 

Je devrais instaurer une nouvelle note, le deux étoiles et demi...

 

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Le cinéma de mars (Infidèles, Cloclo, 30° couleur, Comme un chef, Extrêmement fort et incroyabement près, Hunger Games 1)

Publié le par Sébastien Almira

 

infidèlesInfidèles ***

On ne présente plus le film et le sujet. Certains sketches sont à mourir de rire (la réunion des sex-addict anonymes animée par Sandrine Kimberlain et les deux plus courts, celui de Manu Payet et Isabelle Nanty et celui de Guillaume Canet), d'autres vraiment sympa (ouverture et fermeture par les deux infidèles) et un particulièrement bien tourné et joué (La Question, par Emmanuelle Bercot, avec Jean Dujardin et Alexandra Lamy). Dans l'ensemble, ça se tient, c'est sympa à voir, ça bouscule. Mais quelques sketches viennent gâcher le tableau. Dommage.


  cloclo

Cloclo ***

Ouais, c'est sympa à voir, les images sont belles, Jérémy Reinier s'est tellement imprégné du personnage qu'on y croit dur comme fer. Faut dire qu'il s'est entrainé (physiquement, vocalement, sur les attitudes et le caractère) plusieurs heures par jour pendant des mois ! Mais Claude François, c'est pas ma tasse de thé. Et voir comment c'est un connard, ben quand on n'est pas fan, ça aide pas. Mais objectivement, c'est un bon film.

 

 

30-Couleur-film30° couleur ***

Historien connu et reconnu, Patrick retourne en Martinique avec sa fille parce que sa mère est mourante, après trente ans d'absence. Et là, c'est le drame ! Les retrouvailles sont empreintes de rancœur, le choc des cultures est trop important pour le parisien guindé et borné qu'il est devenu, et le cadavre de sa mère disparaît mystérieusement. J'ai eu peur plusieurs fois de l'allure que prenait le film, du contraste entre le deuil à la maison et le carnaval dans la rue où son ami d'enfance, Zamba, se dandine en talons aiguille. On est ému, on rigole pas mal dans ce second film de Lucien Jean-Baptiste (Ma première étoile), on réfléchit aussi et on se dit en sortant de la salle qu'il faut profiter de la vie.

 

comme-un-chef

 

Comme un chef **

Petite comédie bien française aux allures de téléfilm avec Jean Reno en chef étoilé (en manque d'imagination qui risque de perdre son boulot à cause d'un rachat par un homme d'affaires un peu trop bête et un peu trop porté sur l'argent) et Michaël Youn en cuisto de luxe qui ne parvient pas à trouver de boulot. Alors, oui, tout est prévisible, tout est cliché mais, franchement, ça fait du bien de rire grassement devant tant de bonne bouffe !

 

 

extremement-fort-et-incroyablement-pres-extremely-loud-and-Extrêmement fort et incroyablement près ****

Quand on lit les avis sur Allociné ou Sens Critique, on pourrait penser que les gens parlent d'un livre de Marc Lévy... Mais non, je vous assure, cette histoire est touchante (voire bouleversante, mais je ne voudrais pas non plus passer pour une fillette [j'ai pleuré quatre fois, chhuut ! ]) sans tomber dans un mièvre dégoulinant de bons sentiments. Je comprends cela dit qu'on puisse être énervé par l'acteur et/ou le personnage de l'enfant. C'est l'aventure dans tout New York d'Oskar, 9 ans, dont le père, friand d'énigmes en tout genre, est mort dans le World Trade Center. Un an après, il découvre une clef dont il est certain qu'elle lui délivrera un message. La magnifique et nécessaire quête d'un gamin paumé. Un coup de cœur !

 

hunger gamesHunger Games **

Adaptation plus que moyenne du best-seller de Suzanne Collins. Il y a du bon, et du mauvais. En fait, il y a pas mal de bon, mais le problème c'est que tout est survolé, donc le bon devient mauvais. Je m'explique : la retranscription de la vie dans le District 12 est très bien. Mais dans ceux qui n'ont pas lu le livre, qui a compris les 42 inscriptions de Gayle ? le marché de La Plaque ? le rôle du District 13 ? Les acteurs sont pas mal, les images non plus, mais au lieu de montrer des gens courir dans la forêt la moitié du film, on aurait mieux fait de nous expliquer les raisons, les enjeux, les détails des Hunger Games. J'irai voir la suite, parce que quand même c'est cool de voir une série qu'on a aimé lire sur grand écran, mais bon... (critique des livres ici)

 

 

 

Et vous, qu'avez-vous vu, aimé, détesté ce mois-ci au ciné ?!

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The Cranberries, Roses édition limitée (Roses + Live 2010), 13,99€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Voilà un moment que je n'avais pas causé musique. Je me rattrape aujourd'hui avec le nouvel album des Cranberries.

 

Qu'est-ce que j'ai kiffé quand j'ai appris que les Cranberries, groupe phare des années 90, allaient enfin sortir un nouvel album ! Comment j'ai cherché à fond dans mon entourage qui voudrait venir les voir en concert avec moi !

Je n'ai jamais été fan, mais en apprenant leur retour, je me suis rendu compte que, plus qu'aimer, j'adorais pas mal de leurs morceaux. Une pléiade de tubes à leur actif (Dreams, Linger, Can't be with you, Animal instinct, Ode to my family, Promises, Zombie, Ridiculous toughts, Hollywood, Loud and clear, Salvation, Just my imagination, Analyse, Free to decide, et je suis sûr d'en oublier...) qui se sont jetés à ma figure. Putain, les Cranberries, quoi !

 

Avant l'album, j'écoute Show me the way, je me dis « Waouhh ! 'Tain, ça en jette, ça va donner ! » Puis je découvre le premier single de l'album : Tomorrow. Mouais. C'est pas mal, c'est même bon, mais c'est un peu mou du gland. Mais bon, je ne perds pas espoir.

En week-end à Rennes, il me faut une aide féminine pour que le vendeur accepte de me le vendre samedi. Merci Fillotte ! Une édition limitée avec le CD du concert "retrouvailles" deux ans auparavant, quelle bonne idée ! C'est le premier que j'écoute dans la voiture, histoire de revoir un peu leur carrière ! Tout y est, ou presque. Mais le son est pas terrible (mon poste est très bon, je précise avant que les mauvaises langues...), le concert est un immense brouhaha ou les chansons se suivent et se ressemblent. De la guitare, de la batterie, hop, le tour est joué ! Mais ça me laisse un peu sur ma faim.

 

Puis l'album, enfin ! Conduct : bonne première piste ; Tomorrow : pas mal non plus. Ça commence assez bien. C'est après que ça se gâte. Exceptés le toujours aussi jouissif Show me the way (devenu Show me sur l'album), le bon Losing my mind et le pathétique Schizophrenic playboys qui reprend tellement tout ce qui a fait le groupe qu'il n'en devient qu'une mauvaise copie assourdissante, tout est mou. Tout est mou, et pas ce qu'il y a de meilleur. Si seulement c'était beau, ou agréable (ou les deux, mais là j'en demande trop...). Mais non ! Même pas.

 

Dolores, la chanteuse, avait prévenu : l'idée n'était pas de faire un album à tubes, mais de se faire plaisir en faisant de la musique. Je ne sais pas s'ils ont réussi leur second objectif, mais en tout cas, le premier est rempli à merveille.

 

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Claire Checcaglini, Bienvenue au Front, Journal d'une infiltrée, témoignage politique, 300 pages, février 2012, Jacob-Duvernet, 19,95 € ***

Publié le par Sébastien Almira

En mai, Claire Checcaglini prend le nom de sa grand-mère et appelle le Front National. Elle veut assister à une réunion avant de prendre sa carte. « Il vaudrait mieux que vous adhériez d'abord. Ensuite, c'est monsieur Blanchard qui prendra la décision. » Pas le choix, on n'a pas le droit d'assister à une réunion du FN si on n'est pas sûr d'être un vrai partisan. Devenue Gabrielle Picard, la journaliste adhère au Front. Elle veut gravir les échelons, découvrir de l'intérieur qui sont les militants, quelles sont les raisons qui les poussent à voter et s'investir pour le parti d'extrême-droite. Elle souhaite vivre le Front pour le dire haut et fort. Bienvenue au Front, journal d'une infiltrée a été tiré à 7000 exemplaires, depuis sa sortie il y a quelques jours il s'en est vendu plus de 2500.

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« Puisque le Front avance masqué, j'avancerai masquée, moi aussi. Je ne fais, au fond, qu'appliquer les méthodes qui sont les leurs. (…) Je ne souhaite réhabiliter personne, ne rien édulcorer, ne rien excuser, ne rien justifier, seulement donner à voir comment, qu'ils soient anciens militants ou nouvelles recrues, ils vivent leur adhésion au Front. (…) Durant huit mois, je vais donc aller à la rencontre de personnes qui ne font nullement partie de mon entourage et dont j'ai toujours profondément méprisé, rejeté l'engagement, des personnes que je n'ai pu voir qu'en tant que potentiels dangers pour la démocratie, qu'ils en soient ou non conscients.(...)

Comment peut-on être membre d'un parti dont on sait par l'Histoire ce que son idéologie peut engendrer ? « Je vais au pays des salauds », avais-je dit au début de ma plongée frontiste à mon éditeur. De ce pays, je ne reviendrai pas indemne, je le pressens. » (pages d'introduction)

 

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Pendant huit mois, elle a donc fait son trou, infiltré le Front, de la simple militante au statut de « sauveur » du Front voulue comme candidate aux législatives. Elle a rencontré des militants, des secrétaires départementaux, des cadres haut placés. Et elle raconte tout. Si tant est qu'on peut parfois se demander, devant l'étendue inouïe de sa mémoire lorsqu'elle relate un discours ou une discussion, si elle n'invente rien. Toutefois, j'ai cru à tout. D'abord parce qu'il me semble que le but de la journaliste n'était pas d'infiltrer un parti pour mentir (elle aurait pu mentir sans infiltrer le Front). Ensuite parce que ce qui est relaté dans Bienvenue au Front, journal d'une infiltrée me paraît parfaitement envisageable.

Après le doute possible sur la véracité des propos relatés se pose la question d'avancer cachée. C'est ce que Marine Le Pen a avancé comme argument pour dénoncer Claire Checcaglini. D'après elle, son travail fait honte à la profession. Elle a d'ailleurs décidé de porter plainte pour « violation des règles premières de la déontologie des journalistes » et pour avoir tenu des propos diffamatoires à son encontre. Je vois ça et là des commentaires, des articles, des vidéos malmenant la journaliste, dénigrant le travail effectué sur ce livre, l'insultant même (voir la vidéo et les commentaires chez Robert Ménard, c'est affolant http://www.nationspresse.info/?p=161960 ). Alors, oui, c'est pas beau de mentir, encore moins à des gens qui vous accueillent convenablement et vous font très vite confiance (car Claire Checcaglini ne s'en cache pas, elle a été très bien reçue au Front). Mais, comme elle le dit à un lecteur du 20 minutes, croyez-vous que le maire de Plessis-Robinson et vice-préseident du conseil général des hauts de Seine, Philippe Pemezec, se serait vanté de « faire très gaffe » quant à l’attribution des logements sociaux aux Arabes dans sa ville ?

Croyez-vous que Rémi Carillon, son directeur départemental (Sylvain, dans le livre) lui aurait révélé ses projets pour purifier la France (en gros, monter une armée pour faire face aux musulmans qui attaqueront la France lorsqu'il dévoilera son référendum : « 1. La France cède à l'Islam en échange d'une paix durable, quitte à ce que la France devienne une république islamique. 2. L'Islam cède à la France (expulsion pure et simple des musulmans de France vers leurs pays d'origine), quitte à provoquer une guerre civile. », pages 33-34) ?

Croyez-vous qu'elle aurait assisté aux réunions privées du FN où Vincent Reynouard (créateur du site "PHDNM" (Pour une Histoire Débarrassée des Nombreux Mensonges) clamait que l'Holocauste est un mythe et demandait pourquoi on laissait néodevant nazi lorsqu'on parle de lui ? Croyez-vous qu'elle aurait pu apporté autant de matière à son livre ?

 

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Non, et c'est bien cela qui rend le travail de journaliste intéressant : Claire Checcaglini nous rapporte des faits que personne ne peut rapporter. Le trait peut paraître grossier, Robert Ménard attaquait dans son interview la journaliste sur son but : enquêter sur un parti ou bien confirmer ses pensées ? Il est vrai qu'elle part avec des a priori qu'elle exploite en profondeur. Elle ne s'en cache pas. Mais ce qu'elle voulait faire, c'est vérifier si la dédiabolisation effectuée de main de maitre par Marine Le Pen était de façade ou réelle. Et force est de constater que non :

 


« Voilà la stratégie. Nous n'aurons jamais les voix des musulmans, c'est une cible que je n'ai pas. Si je caresse l'Islam dans le sens du poil de temps en temps, ce n'est pas pour eux, c'est pour les Français qui croient encore, ces cons-là, que l'Islam est une religion.Ces gens-là, je ne vais pas perdre leur électorat. Si je dis que l'Islam n'est pas fréquentable, que c'est la pire des choses, ils me traiteront de raciste et ne voteront pas pour moi. De sorte que, pour le moment, c'est eux que je caresse dans le sens du poil. Alors, je flatte la laïcité, parce que les Français sont très laïcs, ils sont même laïcards, ils estiment que toutes les religions ont le droit de vivre. C'est leur credo, ils ont appris ça depuis qu'ils sont tout petits, le principe de laïcité, ils le trouvent formidable. Donc je fais en sorte de les flatter. En attendant, le Front ne rentre pas dans le lard de l'Islam, et moi ça m'emmerde. »

Marine Le Pen à Rémi Carillon, pages 199-200

 

D'ailleurs, « la dédiabolisation du Front avait à ce point fonctionné que des remarques ouvertement racistes n'étaient plus considérées comme telles. Marcel paraît tout aussi sincère en nous expliquant qu'il n'aime pas les noirs que lorsqu'il se défend de tout racisme. (…) Ainsi, le mouvement étant soit-disant devenu un parti comme un autre, ne pas aimer les noirs, les étrangers ou les musulmans est-il aussi devenu une opinion comme les autres. » (page 220)

 

D'une, le FN n'a pas changé. De deux, comme il est considéré comme un parti normal, leurs idées deviennent normales pour eux. En des mots polis, certains des militants et cadres FN sont des racistes dangereux. D'autres sont presque des idiots. C'est le cas de Rémi Carillon, dont trois membres de la famille sont morts dans les camps de concentration, « lui qui semble n'avoir rien compris à une logique passée qui avait pourtant décimé sa propre famille ! Celui qui préconisait un nettoyage ethnique de la France a dans son entourage des victimes de la haine des autres. » (page 92). C'est également le cas de Guillaume ou encore Sébastien, qui croient aveuglément tout ce qu'on leur dit. Le premier se délecte notamment du discours de Maitre Collard sur le procès Barbie où il parle des larmes d'un enfant qui n'existe même pas ! Il y a chez les manifestants et militants un manque d'information ambiant qui les conduit à s'abreuver des paroles des plus grands racistes contemporains sans s'en rendre compte.

 

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C'est assez inquiétant et c'est pour cette raison que le livre de Claire Checcaglini est intéressant, pour ne pas dire salutaire (on passera toutefois sur un style journalistique frisant l'amateurisme). D'abord pour les Français qui ont cru au changement du Front National. Ensuite à ceux qui hésitent à voter pour eux (que ce soit par mécontentement ou par dépit). Enfin pour les militants qui ne se rendent pas compte de tout.

À ceux qui sont racistes, révisionnistes, extrémistes, ce livre ne plaira pas. Espérons que les autres s'y penchent autant qu'ils se sont penché sur Indignez-vous, qui n'avait pourtant rien de remarquable, ni même d'intéressant.

Espérons également que le succès du livre donnera l'occasion aux éditions Jacob-Duvernet de payer un correcteur. Le livre est en effet truffé de coquilles et de fautes en tout genre : lettres inversées, virgule avant la dernière lettre d'un mot, fautes d'orthographe, fautes d'accord, oublie d'un guillemet, plusieurs double-espaces par page, etc. C'est simple, je n'ai jamais vu autant de fautes dans un livre, même dans des épreuves non corrigées ! (Le second tirage vient de bénéficier d'une correction)

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Le cinéma de février (La Dame de Fer, La colline aux coquelicots, Sécurité rapprochée, Star Wars 1 - 3D, La Taupe)

Publié le par Sébastien Almira

LA_DAME_DE_FER_120x160.jpg colline-coquelicots_8229.jpg Securite-Rapprochee.jpg Star-Wars-episode-1-La-Menace-fantome-3D-affiche.jpg film-la-taupe-169913.gif.jpg

            **                       ***                       ***                      ****                        **

 

- Pour ce deuxième volet cinéma de l'année, encore cinq films vus pendant le mois. Premièrement, La Dame de fer. Meryl Streep n'a pas volé son oscar. Elle est épatante, comme souvent. J'ai en revanche été déçu par ce que Phyllida Lloyd a fait du film. Pas de véritable biopic sur Margaret Thatcher, mais un espèce de fourre-tout poussif. Dès qu'une scène montre la dame de fer dans une position inconfortable (manifestations, mesures drastiques, trahison, etc.), la réalisatrice enchaine aussitôt avec une scène où on la voit vieille : une pauvre femme sujette a des hallucinations, seule, folle et malheureuse. Elle écrase systématiquement les mauvais traits de Margaret Thatcher par des scènes censées nous tirer compassion et tendresse. À trop vouloir jouer la carte du tragique, elle finit par minimiser le rôle de la femme politique la plus controversée au monde et le film souffre d'un cruel manque de conviction et de caractère. Dommage...

- Avec un père qu'on ne présente plus Goro Miyazaki se lance lui aussi dans le cinéma d'animation. Après Les Contes de Terremer en 2007, voici La colline aux coquelicots, jolie histoire d'amitié, d'amour et d'espoir ancrée dans le monde moderne et réel entre deux étudiants prêts à tout pour sauver le Quartier Latin de la destruction. À voir !

- Denzel Washington et Ryan Reynolds partagent l'affiche d'un thriller musclé. Le premier est un ancien agent de la CIA traqué pour la vente d'informations top secret. Le second est chargé d'assurer sa Sécurité Rapprochée. Mais le bleu n'a pas idée du danger de se frotter à Tobin Frost et des révélations qu'il détient. Un très bon thriller, au dénouement attendu, mais aux scènes d'action souvent époustouflantes et au rythme haletant.

- Quand j'ai vu Star Wars (épisode 1) en 3D, j'ai été plus impressionné de voir le chef d'œuvre sur grand écran qu'en 3D. Si celle-ci est assez bonne, il n'y a aucun moment où je m'en suis pris plein la gueule. (film ***** / 3D ***)

- Enfin, j'ai vu La Taupe, le film intelligent de ce début d'année, encensé par les critiques de tout bord (seuls La Croix, Studio Ciné Live, Ecran Large, Télérama etLes Cahiers du Cinéma ont moyennement ou pas aimé). Objectivement, c'est loin d'être un mauvais film. Je pense même qu'on peut le qualifier de très bon film. Seulement, c'est long. Très long. Et c'est parfois peu compréhensible. Alors je ne suis pas surdoué, mais je ne suis pas non plus tout à fait idiot non plus... D'ailleurs, voici quelques commentaires pris sur allociné :

« Bof ! C'est ce qu'on appelle un film intimiste où tout est dit dans les non dits et les expressions de visage. Bon d'accord mais il y a une limite... là on frise le ridicule . Ex : on frappe à la porte, smiley mets une minute pour tourner le visage vers la porte de quelques centimètres, c'est soit génial, soit ridicule, moi j'ai choisi. C'est vrai qu'à ce rythme on remplit de la pellicule pour pas cher. En plus si on n'a pas lu le bouquin autant dire que c'est incompréhensible. » (Snoopy Snoopy)

« Je suis désolée mais on n'y comprend rien à ce film, le scénario est simple: qui est la taupe? Tout ce qu'il y a autour est futile, difficile même d'apprécier le jeu des acteurs dans ces conditions! » (lapichacha9)

« A force de nous laisser dans les suspens le plus longtemps possible, ce film est d'une longueur effroyable » (Claudine G)

Bref, vous avez compris, je n'en fais pas plus.

 

 

Et vous, qu'avez-vous vu, adoré, détesté ce mois-ci ?!

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Arthur Dreyfus, Belle famille, roman, 240 pages, janvier 2012, Gallimard, 17,90 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Voilà, j'inaugure tardivement la rentrée de janvier avec le second roman d'Arthur Dreyfus, jeune touche-à-tout culturel (romans, presse, radio, courts métrages). Place à Belle famille, une famille pas comme les autres !

 

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« Pourquoi Madec ne se divertissait-il pas ? Pourquoi regardait-il la vie au lieu de la vivre ? Jamais il ne s'était senti si malheureux, seulement il ne comprenait pas la nécessité d'aller à l'école, à l'église, chez le dentiste, de recevoir des cousins à dîner. » page 60

 

Disons que Madec Macand est un petit rouquin de sept ans solitaire entouré de deux blondinets qui évoquent « quelque chose de doucereux, sucré, malléable » et n'appliquent que le côté le plus bête du rôle de frère. Les parents ne se soucient pas plus de lui. Le père est le pantin de sa femme. Le couple est bercé par l'habitude des années, plus de rêve dans leur relation, qu'une sempiternelle liste de jours qui s'amoncellent sur l'autel d'une jeunesse qu'on imagine plus fougueuse (« Stéphane avait été mignon ; et puis un jour, on n'en avait plus parlé », page 66, voir extrait en fin d'article).

 

Vous souvenez-vous de l'affaire Maddie ? Madeleine McCann, une petite anglaise de quatre ans, disparaissait en pleines vacances au Portugal en 2007. L'affaire n'est toujours pas résolue et l'enquêteur a publié en 2010 un livre aussitôt interdit à la vente où il expliquait sa version des faits : les parents mentaient, Maddie était morte (certainement accidentellement), ils avaient fait disparaître le corps et avaient monté la plus grande arnaque à l'enlèvement du siècle. Ils avaient même embaucher un chargé de communication qui avait récolté plus de douze millions d'euros et fait de l'affaire un remarquable coup médiatique puisque Madonna, Bono, la reine d'Angleterre et même le Pape étaient intervenus publiquement.

 

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Disons que la famille Macand part en vacances en Toscane, que Madec meurt accidentellement, que la mère fait disparaître le corps, que l'oncle débarque avec ses théories médiatiques et qu'ils montent ensemble – même si le père et l'oncle n'en savent rien – la plus grande arnaque à l'enlèvement du monde.

Vous l'aurez compris, le point de départ de cette Belle famille est ce fait divers qui avait traversé le monde entier. Un thème à la mode, le fait divers, en ce moment (Morgan Sportès, Tout, tout de suite ; Emmanuelle Donoghue, Room ; Régis Jauffret, Claustria, Sévère ; etc.) dont le jeune écrivain se défend : ce qui l'a intéressé dans l'écriture de ce roman, c'est le point de départ, ce fait divers dont il a fait ce qu'il a voulu, sans se soucier de la vérité vraie, tout en désacralisant le rôle de mère à travers Laurence Macand (prénom choisi parce qu'il le trouve « creux »), une mère qui n'est pas coupable mais qui le devient, à cause de son mensonge.

Le point fort de cette appropriation est de ne pas relater le fait divers comme il a eu lieu mais comme il l'imagine. On n'est pas dans la retranscription – journalistique ou romancée –, mais bien dans le roman. D'ailleurs, la scène de l'accident n'intervient pas dans les premières pages. Arthur Dreyfus nous laisse le temps de découvrir la famille, Madec, sans savoir ce qui les attend, de nous attacher même à cet enfant pas comme les autres. Il se donne ainsi la possibilité de développer sur le caractère des personnages, en particulier la mère, qui en prend pour son grade (voir dernier extrait), parfois avec humour, souvent avec rudesse. On n'est pas plongé directement dans la mort d'un inconnu mais, au beau milieu de vacances ensoleillées en Italie, dans celle, affreuse, d'un enfant pour lequel on a de la tendresse. Ce qui nous rend sa mort et le rôle de la mère plus insupportable encore.

 

Les périphrases à répétitions (« la mère de Madec », « le mari de Laurence », « le père de Madec », « la femme de Stéphane »), censées espacer l'usage de Stéphane, il, Laurence et elle m'ont parfois éreinté. Le thème, plus rude (d'apparence en tout cas : il faut se méfier de certains dénouements), a rendu ma lecture moins agréable, moins vacancière (pourtant, on y est !) que celle de La synthèse du camphre (critique ici) mais pas moins intéressante. Il mélange les genres, comme dans son premier roman – où s'entremêlaient seconde guerre mondiale et amourette aux heures du net –, et sa satire sociale vire ici quasiment au thriller. Une fois de plus, lire Arthur Dreyfus n'est pas de tout repos. Sans conteste on tient là un des écrivains les plus talentueux de sa génération. Expression que l'on use plus qu'on l'utilise désormais, mais qui sied parfaitement à l'auteur de Belle famille, un livre glaçant qui ne manque toutefois pas d'humour. Gageons que sa carrière d'écrivain connaisse le même succès que la campagne médiatique des parents McCann et Macand.

 

 

 


interview d'Arthur Dreyfus par Karine Papillaud 

 


Extraits :

 

« Alléguant que ses parents étaient d'accord, Mahaut (une petite copine) lui avait aussi proposé de faire un enfant. Il suffisait de s'embrasser sur la bouche. Madec ignorait si ses parents à lui seraient d'accord : après le baiser, mortifié, il avait regagné son lit, convaincu d'avoir commis l'irréparable. Au matin, soulevant lentement sa couette, il avait cherché un bébé dans la chambre. Par chance, personne n'était né. » page 65

 

« Comme nombre de maitresses femmes, Laurence fonctionnait sur le mode de la domination tacite, tuant dans l'œuf toute tentative de rébellion. On pressentait qu'en la réfutant, on se heureterait à son souverain mépris – et son génie était de laisser croire qu'on la blesserait également d'une manière irréparable. S'il n'en était rien, tout reposait sur une forme de terrorisme moral qui dissuade les taulards de s'incriminer mutuellement. Exaltée par son catholicisme, enhardie par sa trinité de femme-mère-médecin, les vérités qu'elle assenait faisaient passer ses contradicteurs pour des fous ou des crétins.

(…) Il démentait sa femme dans son for intérieur, mais pacifiait à longueur de journée. Stéphane était comme l'employé de sa compagne – n'était-elle pas la maitresse de maison ? –, et en dépit de la répartition sexuelle des tâches, lorsqu'il sortait les poubelles ou allait arroser les hortensias, il obéissait non aux nécessités ménagères, mais aux diktats de Laurence. À l'hôpital, il restait sous ses ordres (elle dirigeait le service cardiologie). Stéphane se souciait peu des on-dit. Plus fin que sa femme, il avait compris que c'était en la dotant d'une illusion de pouvoir qu'elle demeurait inoffensive – et souvent grotesque. Il en était conscient, c'était sa fugace vengeance.

Les Macand formaient un couple aux rôles prédéfinis. L'idée n'était pas d'échanger au jour le jour – mais de maintenir le cap. Tous deux tiraient un certain réconfort de cette lâcheté réciproque. À de rares occasions, un éclair de sensualité traversait leur ménage et, durant une nuit de vacances, un soir de Noël, les masques tombaient. Les époux se reconnaissaient. Ils faisaient l'amour. Alors Stéphane mettait de côté sa sujétion, il montait à quatre pattes sur Laurence et l'agrippait aux hanches. Le lendemain, on tirait les rideaux d'un doigt de pied, on ne parlait pas. La lumière du dehors était jolie. Quelques minutes plus tard survenait la première discorde, pour le grille-pain ou pour une brosse à cheveux. La tendresse se fanait instantanément. Chacun réintégrait sa carapace. » pages 49 à 51.

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Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Publié le par Sébastien Almira

Roman de Stieg Larsson, 570 pages, Actes Sud, 2006, 23 €, Babel, 2010, 10 € ****

Film de Niels Arden Opley, Suède, avec Michael Nygvist et Noomi Rapace, 2h30, 2009 **

Film de David Fincher, USA, avec Daniel Craig et Rooney Mara, 2h30, 2012 ****

 

 

millenium.jpgAlors qu'il vient de perdre un procès pour diffamation contre le multi-millionaire Hans-Erik Wennerström, Mickaël Blomkvist décide de prendre ses distances avec Millénium, le journal qu'il co-dirige avec sa maitresse. C'est alors qu'une autre figure majeure de l'industrie suédoise le contacte pour lui confier une mission délicate. Officiellement, écrire ses mémoire. Officieusement, découvrir ce qui est arrivé à sa nièce, qu'il chérissait et qui a mystérieusement disparue lors du conseil administratif annuel de l'entreprise familiale. Seule la famille était présente, un accident bloquait l'accès à l'île, personne n'a pu entrer ou sortir de l'île. Pour le convaincre d'accepter, Henrik Vanger double son salaire de journaliste et promet de lui offrir Wennerström sur un plateau.

Blomkvist sera aidé par Lisbeth Salander, jeune hackeuse professionnelle au look gothique, pleine de piercings et de tatouages, en proie à des agitations caractérielles qui lui valent d'être suivie par un gros porc de tuteur un peu trop porté sur le sexe.

De découvertes en révélations, de rebondissements en fausses pistes, Stieg Larsson cuisine un polar nordique classique au dénouement un brin perturbant, qui explique en quoi certains hommes n'aiment pas les femmes. Là où ce premier tome mérite ses quatre étoiles, c'est que je n'aime pas les romans policiers. J'en lis très peu, mais il m'arrive d'être ébahi devant certains, où Millénium côtoie les Dix petits nègres et autre Crime de l'Orient-Express. Chez Stieg Larsson, il y a quelque chose dans l'écriture et/ou la façon de raconter une histoire qui sort de l'ordinaire. Je n'ai pas réussi, depuis trois ans, à mettre des mots clairs dessus, mais il y a « un petit quelque chose en plus » qui fait que j'ai gravement accroché, comme jadis pour les Harry Potter. Visiblement, je ne suis pas le seul non amateur de polars à être tombé sous le charme de ceux-ci !

Il est mort après avoir déposé ses trois manuscrits chez Norstedts Förlag. Publié dès 2005 en Suède, la trilogie de Larsson atteint aujourd'hui des ventes pharamineuses : plus de deux millions de lecteurs en Suède, plus d'un million d'exemplaires de chaque tome vendus en France... et un total de cinquante millions de livres vendus dans le monde ! On ne peut pas dire que l'écrivain a volé son succès, et je vous conseille vivement d'y participer !

 


affiche-millenium.jpgJe ne me souviens pas trop de la version suédoise, sinon qu'elle ne m'avait pas convaincu du tout. Notamment pour le choix de certains acteurs (Blomkvist est un séducteur qui se tape qui il veut, excusez-moi Michael Nygvist mais vous ne représentez pas tout à fait ce genre d'homme). Je ne saurais dire les points négatifs que j'y ai trouvé sur le moment mais je dois avouer que Noomi Rapace en Lisbeth était époustouflante et que la scène de viol était aussi choquante que réussie. En tout cas, j'avais été assez déçu pour ne pas voir les deux films suivants.

Je ne savais pas trop quoi attendre de l'adaptation de David Fincher. Même si l'homme a réalisé quelques incontournables, j'avais un peur de voir une superbe incarnation du film à gros budget américain, qui plus est avec Daniel Craig dans le rôle principal, un acteur que je ne portais jusque là pas très haut dans mon estime.

Millenium-de-Fincher-afficheEt bien, j'ai été très très agréablement surpris. Daniel Craig, Rooney Mara (Lisbeth) et la bande son tiennent leur rôle à la perfection (exceptés les pulls un peu trop « mode gay » que Fincher a cru bon de faire porter sans cesse à Craig pour appuyer le côté journaliste fashion). La réalisation, les scènes, les images sont parfois à couper le souffle (à l'image du travail fait sur le générique de début). Et l'adaptation est assez fidèle au roman. On pourra peut-être trouver le film un peu longuet mais pas outre-mesure. Fincher a fait l'effort de ne pas resservir de l'interminable Benjamin Button.

En somme / Si le polar suédois a de beaux jours devant lui (merci le succès de Millénium !), l'adaptation de David Fincher, qui possède dans la réalisation le même genre de « petit quelque chose en plus » que le roman de Larsson, est à préférer à la version suédoise.

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