Amélie Nothomb, Barbe bleue, roman, 170 pages, Albin Michel, 23 août 2012, 16,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

barbe bleue

 

Amélie Nothomb et moi, c'est une grande histoire d'amour. Et comme dans toute histoire d'amour, à plus forte raison les grandes, il y a des hauts et des bas. Je ne vais pas vous la refaire chaque année mais, pour aller vite, il y a eu pas mal de bas dernièrement.

Cette année, ce que vous verrez en premier risque de vous éblouir, la première de couverture est magnifique. Le titre vous interpellera, Barbe Bleue, mais vous commencerez à vous demander si c'est un bon ou mauvais présage. Et enfin, la quatrième de couv achèvera de rendre votre appréciation mitigée : « La colocataire est la femme idéale. » Pour moi, c'est passer à côté du livre que de foutre cette citation en guise de résumé. On sait bien que les gens n'achètent plus Nothomb grâce au résumé, mais il y a toutefois eu plus frappant : « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus. Il leur en fallut le spectacle. » ou « La faim, c'est moi. ».

 

Mais le plus important, c'est ce qu'il y a à l'intérieur. Un détournement de conte, comme son nom l'indique. Un Grand d'Espagne, qui a fait de la dignité son métier (« Quelle est votre occupation ? - Aucune. - À quoi passez-vous votre temps alors ? - Je suis Espagnol. - Ma question n'était pas de cet ordre. - C'est mon activité. - En quoi consiste-t-elle ? - Aucune dignité n'arrive à la cheville de la dignité espagnole. Je suis digne à plein temps. - Et ce soir par exemple, comment manifesterez-vous votre dignité ? - Je relirai le greffe de l'Inquisition. C'est admirable. Comment a-t-on pu médire de cette instance ? » pages 19-20), prêt à tout pour défendre le catholicisme et avide de lectures ancestrales, vit cloîtré dans son hôtel particulier en plein septième arrondissement de paris depuis la mort de ses parents par explosion il y a vingt ans. Pour combler son ennui et son besoin de femmes, il publie une annonce de colocation à laquelle Saturnine répond.

Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est que les huit colocataires précédentes de don Elemirion Nibal y Milcar ont toutes disparues. Ont-elles succombé et bravé l'interdiction du maître des lieux ?

 

« Ceci est la porte d'entrée de la chambre noire, où je développe mes photos. Elle n'est pas fermée à clef, question de confiance. Si vous y pénétriez, je le saurais, et il vous en cuirait. » page 15

 

Après ce début prometteur, Amélie Nothomb fait ce qu'elle sait faire de mieux : un huis clos dont les fils se dénouent au fil de dialogues. Chez la Belge, nul besoin de descriptions extravagantes et poétiques, de parcours psychologiques de chaque personnage, de centaines de pages. Elle ne s'encombre pas d'inutile et va toujours au plus vite. Peut-être un peu trop si l'on pense au moment où la jeune femme tombe à son tour amoureuse de don Elemirio. Mais tout est réuni pour faire de Barbe Bleue un grand Nothomb : intrigue décalée, dialogues endiablés, questions métaphysiques, humour cynique, meurtres ou au moins disparitions inexpliquées, suspense, apologie du champagne (« L'inventeur du champagne rosé a réussi contraire de la quête des alchimistes : il a transformé l'or en grenadine » page 59), etc.

Et ce fut une très bonne lecture, je suis même resté éveillé jusqu'à 1h30 du matin pour le finir ! Mais comme l'an dernier, une fois le livre refermé, je me suis dit « ouais, ben c'était bien, mais c'est fini, quoi, et puis plus rien... ». À la différence que Tuer le père était un bon roman qui se lit facilement, agréablement, et qui n'en demandait pas plus alors que Barbe Bleue aurait pu être à la hauteur d'Hygiène de l'assassin, Les Catilinaires ou Cosmétique de l'ennemi s'il ne manquait pas tant de puissance. Car j'ai trouvé le problème de cette nouvelle création. Habituellement, c'est un problème de fin qui paralyse les romans d'Amélie Nothomb. Cette fois, c'est un manque cruel de puissance. Pour un roman qui se veut cruel, c'est ballot.

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Teju Cole, Open City, roman traduit de l'américain par Guillaume-Jean Milan, 350 pages, août 2012, Denoël, 21,50 € °

Publié le par Sébastien Almira

open city

 

Ne vous fiez pas au bandeau de l'éditeur : Beaudelaire aurait écrit un roman d'une bien autre trempe ! C'est l'histoire d'un mec qui marche pas mal. Faut le dire, le mec, il est balèze, parce qu'il marche bien 250 ou 300 pages sur 350. J'avais jamais vu ça, alors faut quand même saluer l'effort. Marcher aussi longtemps. Et puis surtout, raconter un mec qui marche sur autant de pages. Vu comment je me suis ennuyé en lisant les épreuves non corrigées, je me demande comment l'auteur ne s'est pas fait lui-même ennuyer en l'écrivant.

 

Ce qui est d'autant plus dommage, c'est que c'était le premier SP* que je lisais de la rentrée. Pas de résumé, pas d'argumentaire, pas d'info sur l'auteur qui en est à son premier roman. Seul le titre, Open City, m'a interpelé. Ça sonnait un peu anticipation, un peu roman noir, un peu suspense...

Ce qu'il y a de plus noir dans le livre, c'est le personnage principal, dont j'ai oublié le nom (je l'ai lu y'a un mois alors). Il est noir. Vu le peu d'informations que je suis en mesure de vous délivrer, je le dis, c'est toujours ça pour ajouter une ligne à cette première critique de la rentrée.

 

Donc, le mec marche le long de truc Street, quelques lignes plus loin, il croise un infirme sur machin Street, après, il va acheter un sandwich à l'angle de bidule Avenue et de quelque part Boulevard. Quelques pages plus tard, il rend visite à un ancien prof malade qui lui raconte que quelques jours plus tôt il a eu untel au téléphone. Après, il est rentrée chez lui en passant par somewhere Street, où il a aidé un vieillard à traverser.

Ça a duré bien soixante pages et à partir de là je me suis mis à sauter des paragraphes entiers, deux ou trois pages, puis carrément des dizaines de pages. Je voulais savoir ce qui se passait après. Si il y avait une histoire à raconter, autre que celle d'un homme qui marche. Et bien tenez-vous bien ! Parce que notre homme a continué indéfiniment de marcher le long de something Avenue en passant par boring Street. Sans rire, chaque fois que je sautais un passage, mes yeux se posaient sur une phrase qui commençais invariablement par « je marchais sur truc Street » ou « après avoir tournée au coin de machin Avenue et le Boulevard j'me fais chier, j'ai croisé un homme aux cheveux bruns. »

 

Bon, vous comprenez aisément que je vous déconseille de dépenser 21,50 € pour lire ça. Sauf si vous aimez marcher (ou regarder les autres marcher) et les noms de rues. Puis, je vous parlerai bientôt de bien meilleurs romans, alors passez votre chemin !

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* pour les non initiés : les libraires, journalistes, blogueurs, peuvent recevoir des Services de Presse de la part des éditeurs, avant la sortie du livre, sous forme d'épreuves non corrigées ou sous sa forme finale, texte corrigé, jaquette et tout.

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Rentrée littéraire de septembre 2012 : c'est parti !

Publié le par Sébastien Almira

 

646

C'est le nombre de romans attendus pour cette nouvelle rentrée littéraire. Dans quinze jours, ils vont envahir vos librairies tels un raz de marée, après une tout aussi dévastatrice cession de retours.

646 romans, un « signe de prudence » selon Livres Hebdo, qui doit avoir un taux d'expressions toutes faites à utiliser dans chaque articles. 8 romans sur 654 en moins, moi j'appelle pas ça un signe de prudence. J'appelle ça du hasard, un éditeur qui disparaît, Gallimard et Albin Michel qui auraient choisi deux manuscrits de moins sur une vingtaine, ou ce que vous voulez d'autre. Le mystérieux « ca », auteur de l'article, va plus loin dans ses investigations puisque « le nombre de romans français est inférieur de 2% à celui de 2011 », ou la la, 2%, j'en reviens pas !

Trêve de plaisanterie, cette année s'annonce aussi chargée que la précédente. Des grands noms en veux-tu en voilà, des premiers romans plus ou moins réussis, promis à plus ou moins de succès, des belles surprises, des grosses déceptions et de belles confirmations. Bref, vous aurez de quoi vous en mettre plein la tête. Mais pas n'importe quoi ! Des phrases poignantes, des jolies histoires, des personnages loufoques, des passages émouvants, des livres grandioses, oui ! Mais pas des phrases sirupeuses, des histoires inutiles, des personnages creux, des passages chiants à mourir, des livres navrants.

Et cette année encore, je suis là pour vous aider ! Avec déjà plus d'une douzaine de critiques sous le coude, je continue mes lectures, pour mon plaisir bien entendu, mais aussi pour vous éclairer dans le brouillard épais de la rentrée littéraire !

Alors bienvenue à vous dans ce joyeux bordel qui va durer jusqu'en octobre, à raison de deux ou trois articles par semaine, et bonnes lectures !


 

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Très prochainement, retrouvez les critiques, notamment et dans le désordre, des nouveaux romans d'Amélie Nothomb, Philippe Djian, Tierno Monénembo, Alain Blottière, Max Monnehay, Jérôme Noirez, Leslie Kaplan, Stéphane Michaka, Dominique Resch, Abdellah Taïa, Jérôme Ferrari, Chuck Palahniuk et des premiers romans de Makenzy Orcel, Lucile Bordes, Julia Deck et Teju Cole.

Vous trouverez également dans l'encart "Article à (re)découvrir" mes coups de coeur des rentrées précédentes, et courant septembre un récapitulatif des sélections des prix automnaux.

 

 

Critiques déjà publiées (cliquez sur le titre pour y accéder) :

- Téju Cole, Open City, Denoël °

- Amélie Nothomb, Barbe bleue, Albin Michel ***

- Jérôme Noirez, 120 journées, Calmann-Lévy °

- Dominique Resch, C'est qui Catherine Deneuve, Autrement (15 août)

- Philippe Djian, Oh... (17 août)

- Makenzy Orcel, Les Immortelles, Zulma (20 août)


 

photographies : Jérôme Ferrari, Amélie Nothomb, Tierno Monénembo, Chuck Palahniuk, Max Monnehay et Abdellah Taïa.

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Claire-Lise Marguier, Le faire ou mourir, roman, 100 pages, Rouergue, collection doado, août 2011, 9,50 € *****

Publié le par Sébastien Almira

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Je m'étais rarement pris une claque avec un roman ado, j'avais jamais pleuré je crois en lisant un livre. À votre tour, maintenant.

 

À bientôt seize ans, Damien Decarolis ne sait pas très bien où il en est, ni même qui il est. Pas de véritable ami, pas de projet de vie, un corps de fille, peur de tout, aucun courage, Dam DeCaro comme surnom, on trouve bien des raisons de se moquer de lui, à la maison comme à la récré. Jusqu'au jour où il fait la connaissance de Samy et sa bande. Piercings, cheveux noirs, eye-liner, ils n'ont peur de rien et ne se gênent pas pour le dire. Avec Mag, Fann, Mika, Lo-LO et Samy, il va vivre. Enfin.

 

Dam est le narrateur, il s'adresse directement à nous, disant tout ce qu'il a peur de dire aux autres, racontant comment il se taillade l'intérieur des cuisses pour se sentir mieux, évacuer le trop plein. Sans langue de bois, il nous parle des émotions troubles qu'il ressent en présence de Samy et lorsqu'il est contraint de le quitter. Il nous dit l'enfer à la maison, son père qui le prive de tout parce qu'il le prend pour un pédé, sa mère qui ne dit rien, sa sœur qui fait psycho, la chouchou de la famille. Il nous dit la fièvre de retrouver Samy malgré les interdictions. Il ose nous raconter tout ce qui bouillonne en permanence à l'intérieur de lui, ce qui le détruit, faute de ne pas sortir.

 

« Je ne pouvais pas tout assumer à la fois, l'intérieur de moi et l'image à l'extérieur. » page 41

 

Et je peux vous dire que j'ai été bouleversé comme pas possible par son récit. Je l'ai fini pendant la nuit et j'ai encore, aujourd'hui, une boule au ventre en écrivant mon article, en relisant quelques passages. C'est extrêmement bien écrit et maitrisé, à plus forte raison pour un premier roman. C'est perturbant, c'est prenant, c'est angoissant, c'est magnifique, c'est fort, c'est dur, c'est beau, c'est poignant, c'est bouleversant, c'est tout ça à la fois, et bien plus encore. Le genre de roman qui vous prend aux tripes et qui change quelque chose en vous, qui a une incidence sur vos vies. La première chose que j'ai faite après l'avoir fini, c'est me tourner dans le lit, l'enlacer et lui dire je t'aime. Après, j'ai pensé aux personnes que j'ai perdues, et c'est sorti, ça s'arrêtait plus. C'était pas réfléchi, c'est venu comme ça, d'un coup. Ne pas garder les choses pour soi, extérioriser, sinon ça implose, puis ça explose. C'est ce qui arrive à Dam. Et c'est pas beau à voir.

Il faut lire Le faire ou mourir, que vous soyez une fille ou un garçon, que vous ayez 15 ou 30 ans.

 

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« Il s'est mis face à moi, a pris mon poignet de sa main droite, a repoussé la mèche sur mon front d'un doigt, comme s'il voulait voir mes yeux gris. C'est pas compliqué, pourtant, Dam, de dire ce qu'on ressent, il a dit. Je te montre l'exemple ? C'était pas vraiment une question et j'ai eu beaucoup de mal à lever les yeux vers lui. Il a dit j'aime être avec toi. J'aime t'embrasser. J'aime quand tu souris, et d'autant plus que ça n'arrive pas souvent. Quand je croise la bande des skateurs, je rêve de leur mettre une branlée pour avoir levé la main sur toi. Il a caressé mon poignet un peu plus haut, a caressé mon bras. Et toi il ? a demandé. Moi ? j'ai dit. Je savais plus ou moins ce que j'éprouvais , mais ça voulait pas sortir. J'ai essayé pourtant. J'ai dit tout bas j'aime bien être avec toi, mais j'ai pas pu le regarder, j'ai baissé les yeux encore, alors il m'a poussé sur le lit pour que je m'y assois. Il s'est mis à genoux devant moi. Il avait pas lâché mon bras, il a tendu la main pour caresser mon front. J'ai dû soutenir son regard. Ne te défile pas, il a dit. Dis les choses. Tout ce que tu veux. Tout ce que tu ressens, ce qui te passe par la tête. Arrête de te cacher derrière ce masque. S'il te plait, il a dit dans un souffle. Les larmes sont montées à mes yeux. Samy, j'ai murmuré, j'aime... j'aime... Je me suis tu. Il fallait juste rajouter une lettre entre le sujet et le verbe de cette phrase ridicule et usée jusqu'à la trame, et j'en étais incapable, pire que si j'avais dû déplacer un continent. Tu aimes quoi ? il a demandé pour m'aider. Toi, j'ai répondu très vite. J'ai rougi, il a souri. Il m'a encouragé, ce sourire. Je sais pas comment ni pourquoi c'est arrivé, j'ai expliqué tout bas, mais c'est comme ça. J'aime quand... quand tu me frôles et que ça me fait trembler. J'ai l'impression de devenir fou parce que je fais qu'y penser, je pense qu'à toi, Samy. Tout le temps. Mais ça, je peux pas le dire, j'ai ajouté. Pourquoi tu pourrais pas ? il a demandé tout doucement. Si c'est ce que tu ressens. Parce que, j'ai essayé d'expliquer, c'est pas... ça se dit pas... Je me suis embrouillé. Il me fixait toujours de ses yeux d'eau (note : Samy a les yeux bleus), j'ai failli me mettre à pleurer, quel boulet ! Il a dit ça se dit pas à un garçon, c'est ça que tu veux dire ? J'ai hoché la tête en rougissant encore. Lui il avait pas peur des mots alors que moi ça me foutait une trouille pas possible même de juste d'imaginer que je pourrais les dire. Pourquoi ? il a répété. T'as de ces questions ! J'ai ri, pour pas pleurer, mais il l'a bien compris.

Alors je sais pas ce qui s'est passé. Y a comme une vague qui a déferlé sur moi ou en dedans de moi, j'ai eu l'impression de me noyer. J'ai inspiré très vite pour pas être dévasté. Parce que c'est pas comme la vie ! j'ai dit d'une drôle de voix aiguë en criant presque. C'est pas ce qu'on nous apprend, c'est pas comme ça que ça doit se passer, c'est pas comme ça que ça marche ! Je comprends pas pourquoi je peux pas te dire les choses que je pense, Samy, j'ai jamais assez de cran pour ça (mon cœur battait tellement fort que ça me faisait mal). Et puis même, j'ai ajouté en essayant de me calmer, à quoi ça servirait ? On s'en fout. C'est sans intérêt. Je pense à trop de choses à la fois, ça bouillonne là-dedans et je peux pas me calmer, les sentiments sont là et c'est tout, et la plupart du temps ça fait mal, et j'aime quand tu prends ma main et j'ai envie... (j'ai hésité). J'ai envie qu'il se passe... quelque chose... plus que ça, je sais pas, mais j'ai la trouille Samy, si tu savais à quel point j'ai la trouille, ça m'est venu comme ça et je peux plus m'arrêter d'avoir la trouille ! » pages 37 à 39

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Madonna, Le Stade de France, suivi de L'arnaque du siècle, concerts, 2h35, 14 et 26 juillet 2012, Live Nation, hors de prix, ****/°

Publié le par Sébastien Almira

Afin de promouvoir un dernier album au succès plus que décevant (MDNA fuyait déjà les charts en ayant à peine dépassé le million il y a quelques semaines), la Madone se lançait le 28 mai dans une tournée marathon. Deux mois avant la première à Tel-Aviv, qui a tout de même été repoussé au lendemain, elle annonçait à la presse être à cours d'idée. Pour une telle show-woman et à quelques semaines de sa tournée, ça la foutait mal. Finalement, elle s'est montrée, au Stade de France à la hauteur de sa réputation.

 

STADE  DE FRANCE 14/07/2012

Martin Solveig assurait la première partie. Et justement, il a assuré. Une heure de mix. Du Madonna, du Solveig, et des autres. Avec une surprise de taille pour son final : Will.I.Am était là pour chanter son dernier tube, This is love, et I gotta feeling. Le public était chauffé un max avant le show. Show qui se fit attendre jusqu'à 22h15. Une déception, tout de même. Et de taille : Martin Solveig est un Français qui se produit en France devant 70 000 Français (non, Madonna n'a pas rempli le Stade de France) et il a le culot de parler anglais les deux tiers du temps... sauf quand il vante les mérites de la star de travailler avec beaucoup de Français. No comment).

intro

Intro mystique, violente et suffisamment spectaculaire pour faire oublier son précédent Sticky and Sweet Tour (l'affreuse tournée qui faisait suite en 2008 à l'affreux album Hard Candy et qui lui rapporta tout de même des centaines de millions de dollars) sur Girl Gone Wild après quelques chants basques dans un décor ecclésiastique.

Un premier tableau assez sombre avec un éclair de bonheur lors des premières notes de Papa don't preach, qui retombe lorsqu'elle enchaine après le premier refrain sur Hung up revisité sans Abba. Parce que c'est son grand kiff depuis 2008 de couper ses chansons. Ce soir-là, Papa don't preach, Give me all your luvin et Celebration y sont passées.

Gang Bang, moment très attendu des fans. Un motel apparaît sur scène et dans une chorégraphie taillée au millimètre et à la seconde près, la femme trompée tue chaque homme qui l'approche. Sur I don't give A, Nicki Minaj nous a fait le plaisir de n'apparaitre que sur écrans, et c'était déjà bien assez.

Voilà qu'elle entonne Express yourself et réveille la guerre qui la lie à Lady Gaga. Pour clore le scandale de plagiat, elle mêle Born this way à son vieux tube et lance quelques paroles de She's not me à la fin, histoire d'enfoncer le clou. Provoc' gratuite, mais ça m'a plu. Il faut dire que le titre de Gaga passait inaperçu tellement le plagiat est évident.

gimmie-all-your-luvin1.jpgElle chante alors Give me all your luvin', le premier extrait de l'album MDNA, en tenue de majorette, accompagnée d'une vingtaine d'hommes marionnettes jouant du tambour. Un tableau du plus bel effet si elle n'avait écourté la chanson. Il faut dire que le choix des singles n'était peut-être pas le plus judicieux. Se vengerait-elle de l'insuccès de celui-ci ? Ah vous n'avez pas acheté mon titre, et bien vous ne l'écouterez pas en entier !

Sur ce, Madonna part enfiler un costume de mauvais goût sur une interlude de mauvais goût (trois secondes de plusieurs de ses tubes cernées de grésillement qui s'accouplent maladroitement forment Turn up the Hits). Bon, je tiens à préciser qu'elle n'est pas la show woman la mieux vêtue lors de ses concerts, mais lors du Sticky and Sweet Tour et de ce MDNA Tour, elle atteint tout de même des sommets. Les costumes sont grossiers, passe-partout ou bien grotesques. Seul Jean-Paul Gaultier sauve les meubles avec sa seule création.

Là, elle déforme la jolie sucrerie pop estivale Turn up the radio avec sa guitare électrique avant de défigurer Open your heart avec le trio basque Kalakan et de prononcer un discours politisé sur les libertés, l'entraide, les différences, le 14 juillet, la France, etc. C'est tout de même paradoxal une artiste qui s'investit autant et demande à ses fans de le faire et d'un autre côté, qui vend des places de concerts plus de cent euros pour faire des centaines de millions de bénéfices qui iront sur son compte en banque plus que dans celui d'associations.

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les cônes de Madonna + la cage de Mylène Farmer + le costume de Mylène Farmer = le costume de Madonna

Arrive le plus beau tableau du spectacle, avec le plus beau costume, pompé sur d'anciens costumes de Mylène Farmer et d'elle-même. Elle chante pour la énième fois Vogue, mais ça m'a plu. Elle chante Candy Shop, chanson que je n'aimais pas, mais ça m'a plu. Elle chante Human Nature, et ça m'a plu. Elle chante Like a virgin en défigurant la mélodie, accompagnée d'un piano et de cordes, mais ça m'a plu. La particularité de ce costume, comme celui que le même Jean-Paul a créé en 2009 pour Mylène Farmer, est qu'il se défait en plusieurs temps, histoire de s'effeuiller au fil des chansons en ressemblant toujours à quelque chose. Le point négatif est qu'elle va un peu loin dans son strip-tease puisqu'elle montre son sein blanc, son têton rouge et son cul blanc à la fin de Human Nature. Ok, c'est dans le strip, oops ! dans le trip de la chanson, mais quand même, à 55 ans, il serait temps de se calmer.

Les chorégraphies avec miroirs, l'effeuillage, les costumes (bravo pour ceux des danseurs aussi !) les instrumentalisations font de ce tableau une merveille !

lepen.jpgArrive l'excellent interlude Nobody Knows me, qui succède à celle de Sorry en 2006 au Confessions Tour. Madonna y dénonce les inégalités, les injustices et ceux qui les prônent. À son père, Marine Le Pen succède avec une croix gammée sur le front. Celle-ci porte plainte parce qu'on ose caractériser ses particularités. Quand on décide de prendre la suite de Jean-Marie Le Pen, on prend ses responsabilités.

like-a-prayer.jpgEt la fin approche. Elle enchaine quatre chansons que j'adore dans une tenue affreuse, genre côte de maille en forme de sac de pomme de terre avec un collier de fleur hawaïen autour du cou, histoire de se la jouer yéyé sur I'm a sinner, éclair de génie de William Orbit qui se noie malheureusement dans un afflux de sons bourrins. La tuerie électro I'm addicted de Benny Bennassi fait des ravages sur scène avant que Like a prayer ne continue d'enchanter le stade entier. Une chorale est bien entendu présente pour sublimer le titre et le final montre le bout de son nez. C'est le récent tube Celebration qui clôt le show avec une choré sympa sur les cubes qui forment une partie du décor (trois rangées de cinq cubes qui sortent du sol indépendamment les uns des autres afin de pouvoir créer plusieurs ambiances sans redondance). Un point noir à ce final : sa brusquerie. Déjà la chanson est amputée de son deuxième couplet, le refrain assez peu repris à la fin et l'arrêt plus brutal tu meurs. Allez hop, arrêt de la musique sans roulement de tambour, ni rien, disparition de la troupe derrière une lignée de cubes, rallumage des lumières et tout le monde s'en va. Le tout en deux secondes chrono.

 

Malgré quelques ombres au tableau (les costumes, le son affreux sur deux ou trois titres, le play-back, et même le live, le final trop brusque), la Madone reprend sa place après une dernière tournée franchement dégueulasse. Une première partie géniale et un spectacle à couper le souffle avec de très beaux moments et des titres qui font plaisir !

 

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OLYMPIA 26/07/2012

Et comme elle ne fait pas les choses à moitié, elle annonce quelques jours après qu'elle se produira au mythique Olympia le 26 juillet. Événement ! Après l'immensité du Stade de France, l'intimité de l'Olympia. Sold out en deux temps trois mouvements, les places entre 80 et 276 € se vendent à 500 sur le net. Certains fans campent même devant la salle de concert plusieurs jours avant. Double événement, puisque le concert sera diffusé en direct sur Youtube !

Et là, c'est le drame ! Le plus gros foutage de gueule de toute sa carrière. Le concert commence avec presque une heure de retard (déjà, annoncer 22h15 pour un concert dans une salle où elle n'a pas l'excuse d'attendre l'obscurité pour l'intro, c'était limite).

La setlist est évidemment ajustée pour convenir à l'endroit. Pas d'intro grandiose sur Girl Gone Wild, le tube de son dernier album, pas de Girl Gone Wild du tout d'ailleurs. Elle rentre sur scène sur Turn up the radio après le toujours aussi affreux Turn up the hits. Suivent Open your heart, un discours politique rallongé pour l'occasion où elle se défend de critiquer « Maouine Le Pan », la ballade Masterpiece, l'interlude Justify my love, le tableau Vogue / Candy Shop / Human Nature amputé de Like a Virgin et plus mou qu'au Stade de France. On entend encore plus les moments où elle chante en live et on la remercie finalement de nous épargner ça la plupart du temps. Viennent ensuite les deux surprises de ce concert surprise : Beautiful killer, une chanson du dernier album adulée par les fans, que je n'aime pas plus que ça, mixée à la musique de Die another day. Puis la reprise, avec un danseur, de Je t'aime, moi non plus de Gainsbourg. Le tableau est sympa et original. Un « Je t'aime » s'affiche sur les écrans lorsqu'elle quitte la scène, je me dis qu'elle aurait quand même pu mettre « je vous aime », que ç'aurait été sympa pour ses fans, enfin des mots français pour eux, autres que « on va tout niquer » et « merci ». Mais bon, j'attends la suite.

Le problème est qu'il n'y a pas eu de suite. Le concert venait en fait de finir. J'hésite entre le point d'exclamation et les points de suspension tellement je reste perplexe devant tant de mesquinerie. Faire payer 200 € ses fans pour montrer son cul sur Human Nature, causer dix minutes politique en anglais et chanter huit titres en bon play-back et en mauvais live pour un concert de quarante-cinq minutes, c'est aussi honteux que scandaleux.

Je ne regrette pas d'avoir payé 122 € pour la voir au Stade de France, mais vraiment, là c'est se foutre de la gueule du monde. Histoire de dire « Je vous avais promis un concert exceptionnel et intimiste, entre nous, et je vous ai bien niqués ! Merci pour les sous quand même. Allez, sans rancune : je t'aime ! »

Madonna : une artiste qui gagnerait à tomber de son piédestal (elle n'en descendra pas seule) et à devenir humaine.

 

Pour clore cet article, voici une petite vidéo montrant le mécontentement des fans à la fin du concert à l'Olympia. Et j'espère que Madonna a compris que son propre public la traitait de salope et demandait à être remboursé. Des fans qui commencent vraiment à en avoir marre d'être pris pour des cons.

 


 

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Lectures estivales

Publié le par Sébastien Almira

Je vous ai concocté pour les vacances une petite sélection de lectures fraiches, agréables, drôles, grandioses et prenantes. Si vous avez déjà pris la route des vacances, j'arrive trop tard. Quelle idée de préparer fin juillet, me direz-vous ? Et bien, je vous répondrai que j'habite Paris !

Allez, c'est parti pour cinq romans adultes en poche, parce que c'est quand même plus pratique à emmener partout, et parce qu'on dépense bien assez en vacances.

En tout cas, j'espère que cette petite sélection vous donnera des idées de lectures (même si vous n'êtes pas en vacances) et j'attends avec impatience vos retours. Cliquez sur les photos de Et si c'était niais, Les Imperfectionnistes et Quand souffle le vent du nord pour accéder aux articles complets !

 

 

et si c'était niaisCommençons par un coup de cœur qui dure depuis quelques

années. Pascal Fioretto est un virtuose du pastiche. Dans ce

thriller littéraire, il s'en prend à vos auteurs préférés, en écrivant

chaque chapitre à la manière de l'un d'entre eux : Beigbéder,

Vargas, Nothomb, BHL, D'Ormesson, Angot... Non, Angot

c'est l'auteur préféré de personne, pardon ! D'ailleurs, elle

est la première à disparaître. Mais qui enlève des écrivains

célèbres ? Un bel exercice de styles, à mourir de rire !

Et si c'était niais, Pascal Fioretto, Pocket, 6,10 €


 

imperfectionnistesUne chronique saisissante d'un journal international

basé à Rome. En apprenant à connaître le moindre

employé ou collaborateur de ce petit journal, vous découvrirez

l'Italie, Le Caire, Paris, New York, etc., à travers une galerie de

personnages passionnants, pleins de forces et de faiblesses,

de la naissance à la mort de la presse indépendante. Une fresque

impressionnante.

Une très belle lecture à consommer sans modération et sans ennui.

Les Imperfectionnistes, Tom Rachman, Livre de Poche, 7,60 €


 

sans gurbGurb est un extraterrestre en reconnaissance sur Terre.

Il disparaît en plein Barcelone, sous l'apparence de Madonna.

Sans nouvelles de Gurb est le journal tenu très quotidiennement

par son acolyte, qui le recherche désespérément et ne cesse de

s'étonner des inventions et des mœurs terriennes. Ces pérégrinations

extradécalées et extrasatyriques sont irrésistibles. Certains passages

sont à mourir de rire et vous ne regretterez pas ce voyage extraordinaire

à Barcelone par l'un des meilleurs auteurs hispaniques contemporains !

Sans nouvelles de Gurb, Eduardo Mendoza, Points, 5,20 €


 

quand souffleAllez, un peu plus léger, parfait pour les vacances, surtout l'été, voici

le roman sentimental de la sélection. Une femme se plante dans l'adresse

mail lorsqu'elle tente d'arrêter son abonnement à un magazine.

C'est un homme, célibataire, qui répond. S'en suit un échange de mails

qui fait monter le suspense jusqu'à la fin avec la question qui vous taraudera

tout le long de votre lecture : Emmie et Léo vont-ils se rencontrer ?!

Les liaisons dangereuses version 2.0, moins scandaleuses et plus légères,

sont arrivées.

Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer, Livre de Poche, 7,10 €

 

 

 

souffleursVoilà un petit bijou que vous aurez du mal à trouver (à part au Virgin des Champs Élysée, avec un joli coup de cœur en plus !). Et pour cause, c'est tout le contraire d'un best-seller idiot. Une auteure méconnue du grand public vous offre un magnifique roman dans lequel deux jumeaux qui se sont aimés charnellement se retrouvent sous le ciel de Venise plusieurs années après.

Là, ils s'affrontent avec la pièce qu'ils sont venus présenter, l'un avec Othello de Shakespeare, l'autre avec Britannicus de Racine. Un roman fantasque (chacun possède une tête qu'il trimballe dans un panier, en guise de souffleur) et exquis sur l'amour, la trahison et le théâtre.

Les souffleurs, Cécile Ladjali, Babel, 6,60 €

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Le cinéma de juin (The Dictator, Les femmes du bus 678, L'âge de glace 4)

Publié le par Sébastien Almira

 

dictator.jpgThe Dictator *****

Ah ! Moi qui aime rire, finement ou grassement, cette année je suis servi ! La vérité si je mens 3, Infidèles, 30° couleur, Radiostars et, surtout, surtout : Le Prénom et maintenant The Dictator ! Que me réserve le second semestre ?!

Après Bruno et Borat, le trublion Sacha Baron Cohen prend les traits d'un dictateur en pays islamique qu'un proche veut faire remplacer par un sosie pour faire de Wadiya une démocratie, pouvoir enfin vendre le pétrole et se faire un max de thunes. Aidé par une lesbienne pas rasée sous les bras qui voie la vie en bio et le prend pour un sans-papiers victime de la dictature du Général Amiral Aladeen, il tente de reprendre le dessus afin d'empêcher cette catastrophe ! De gags en rebondissements, il n'arrête pas une seconde et vous imaginez que rien ne se passe comme prévu ! Et pour me faire tordre de rire pendant 1h20, on peut dire qu'il a de la ressource, le garçon ! C'est de la bombe (dixit Kim Jong-Il) !

 

femmes-du-bus.jpgLes femmes du bus 678 ****

J'ai failli me faire chier. Ah, ça le fait pas de commencer une critique comme ça ? N'empêche que... Bon d'accord, j'arrête. Je me souviens d'Une séparation. C'était bien, mais c'était chiant. Là, c'était bien, mieux même, et en plus, c'était pas chiant ! Les actrices sont très bonnes, la réalisation soignée et le sujet, grave, peut parfois porter à rire.

Des femmes, victimes d'attouchements dans les bus bondés du Caire, décident de se rebeller en agressant leurs agresseurs. Un inspecteur mène l'enquête pendant qu'on ébranle le schéma machiste des relations hommes-femmes et des carcans sociaux égypriens.

Un grand film.

 

age-de-glace.jpgL'âge de glace 4, la dérive des continents ****

Vous avez toujours rêvé de tout savoir sur la formation des continents, sur les chamboulements des plaques sismiques ? Et bien figurez-vous que tout est de la faute de Scrat le glandu ! À cause de lui, la joyeuse troupe de Manny le mammouth est scindée en deux et ce dernier devra affronter, avec Diego le tigre, Sid le paresseux et son affreuse grand-mère (qui provoquera à elle seule pas mal de scènes hilarantes) une troupe de pirates bien décidée à les empêcher de rentrer chez eux.

Peut-être un tout petit peu moins emballé par l'intrigue que pour le troisième volet (Le temps des dinosaures), j'ai trouvé cette suite aussi bien faite et au moins aussi drôle ! C'est dire !

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Pendant l'été...

Publié le par Sébastien Almira

Un petit article pour m'exuser du manque d'article ambiant sur le blog depuis quelques semaines.

Que je m'exlique : voilà deux mois et demi que je travaille de nouveau en librairie. Donc, déjà moins de temps pour écrire. Mais surtout nous avons des services de presse de la rentrée depuis mi-avril. J'ai commencé mon treizième roman de la rentrée hier et je ne lis quasiment rien d'autre depuis (si ce n'est certains romans de la sélection Prix des Lecteurs du Livre de Poche, dont je suis juré).

Je prépare donc activement la rentrée puisque fait rare, j'écris mes critiques de suite après avoir lu les livres, j'en ai plus d'une dizaine en boîte pour vous et je vous les présenterai dès le début du mois d'août., je pense, pour que vous puissiez commencer à faire le tri dans la masse qui s'apprête à innonder vos libraires préférés !

 

D'ici là, je vous prépare quelques articles :

- un compte-rendu du concert de Madonna au Stade de France !

- un mini "Cinéma de juin" (trois films vus seulement cette fois : The Dictator, Les femmes du bus 678 et L'âge de glace 4) !

- et si vous êtes sage un petit article sur vos lectures de l'été (j'avais même pas pensé à le faire avant) !

 

Voilà, je vous souhaite de bonnes vacances pour ceux qui le sont, du courage pour ceux qui bossent et de bonnes lectures bien entendu !

Enfin, n'oubliez pas que le blog se nourrit de vos commentaires, alors n'hésitez pas à donner votre avis !

 

Sébastien Almira

 

 

P1020599.JPG

Pis, si vous ne savez pas où partir, allez au Sud ! Le vrai été, c'est là-bas.

(Plage de Sainte-Croix, début juillet)

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Amélie Nothomb, Barbe Bleue, roman, 170 pages, Albin Michel, 23 août 2012, 16,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

barbe-bleue.jpg

 

 

Amélie Nothomb et moi, c'est une grande histoire d'amour. Et comme dans toute histoire d'amour, à plus forte raison les grandes, il y a des hauts et des bas. Je ne vais pas vous la refaire chaque année mais, pour aller vite, il y a eu pas mal de bas dernièrement.

Cette année, ce que vous verrez en premier risque de vous éblouir, la première de couverture est magnifique. Le titre vous interpellera, Barbe Bleue, mais vous commencerez à vous demander si c'est un bon ou mauvais présage. Et enfin, la quatrième de couv achèvera de rendre votre appréciation mitigée : « La colocataire est la femme idéale. » Pour moi, c'est passer à côté du livre que de foutre cette citation en guise de résumé. On sait bien que les gens n'achètent plus Nothomb grâce au résumé, mais il y a toutefois eu plus frappant : « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus. Il leur en fallut le spectacle. » ou « La faim, c'est moi. ».

 

Mais le plus important, c'est ce qu'il y a à l'intérieur. Un détournement de conte, comme son nom l'indique. Un Grand d'Espagne, qui a fait de la dignité son métier (« Quelle est votre occupation ? - Aucune. - À quoi passez-vous votre temps alors ? - Je suis Espagnol. - Ma question n'était pas de cet ordre. - C'est mon activité. - En quoi consiste-t-elle ? - Aucune dignité n'arrive à la cheville de la dignité espagnole. Je suis digne à plein temps. - Et ce soir par exemple, comment manifesterez-vous votre dignité ? - Je relirai le greffe de l'Inquisition. C'est admirable. Comment a-t-on pu médire de cette instance ? » pages 19-20), prêt à tout pour défendre le catholicisme et avide de lectures ancestrales, vit cloîtré dans son hôtel particulier en plein septième arrondissement de paris depuis la mort de ses parents par explosion il y a vingt ans. Pour combler son ennui et son besoin de femmes, il publie une annonce de colocation à laquelle Saturnine répond.

Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est que les huit colocataires précédentes de don Elemirion Nibal y Milcar ont toutes disparues. Ont-elles succombé et bravé l'interdiction du maître des lieux ?

 

« Ceci est la porte d'entrée de la chambre noire, où je développe mes photos. Elle n'est pas fermée à clef, question de confiance. Si vous y pénétriez, je le saurais, et il vous en cuirait. » page 15

 

Après ce début prometteur, Amélie Nothomb fait ce qu'elle sait faire de mieux : un huis clos dont les fils se dénouent au fil de dialogues. Chez la Belge, nul besoin de descriptions extravagantes et poétiques, de parcours psychologiques de chaque personnage, de centaines de pages. Elle ne s'encombre pas d'inutile et va toujours au plus vite. Peut-être un peu trop si l'on pense au moment où la jeune femme tombe à son tour amoureuse de don Elemirio. Mais tout est réuni pour faire de Barbe Bleue un grand Nothomb : intrigue décalée, dialogues endiablés, questions métaphysiques, humour cynique, meurtres ou au moins disparitions inexpliquées, suspense, apologie du champagne (« L'inventeur du champagne rosé a réussi contraire de la quête des alchimistes : il a transformé l'or en grenadine » page 59), etc.

Et ce fut une très bonne lecture, je suis même resté éveillé jusqu'à 1h30 du matin pour le finir ! Mais comme l'an dernier, une fois le livre refermé, je me suis dit « ouais, ben c'était bien, mais c'est fini, quoi, et puis plus rien... ». À la différence que Tuer le père était un bon roman qui se lit facilement, agréablement, et qui n'en demandait pas plus alors que Barbe Bleue aurait pu être à la hauteur d'Hygiène de l'assassin, Les Catilinaires ou Cosmétique de l'ennemi s'il ne manquait pas tant de puissance. Car j'ai trouvé le problème de cette nouvelle création. Habituellement, c'est un problème de fin qui paralyse les romans d'Amélie Nothomb. Cette fois, c'est un manque cruel de puissance. Pour un roman qui se veut cruel, c'est ballot.

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Le cinéma de mai (De rouille et d'os, Moonrise Kingdom, Margin Call, Dark Shadows, Men in Black 3, Cosmopolis)

Publié le par Sébastien Almira

 

de-rouille.jpgDe rouille et d'os ***

Après être sorti de la salle, je me suis dit que ça sentait la Palme d'or à plein nez. Je me suis trompé, mais c'est le type de film fait pour remporter des prix. Très beau jeu d'acteurs entre un Matthias Schoenaerts mutique et, il faut le dire, complètement con, et une Marion Cotillard qui ne tire pas trop sur la corde sensible. Réalisateur traité de génie ou de ringard, au choix. Sujet social en vogue : les handicapés. Un peu d'action, des sentiments (bien que souvent à sens unique), un (petit) peu d'humour, etc. On mixe tout pour faire un grand film à prix et on obtient De rouille et d'os.

C'est loin d'être mauvais, mais c'est trop travaillé pour et trop attendu pour être un chef-d'œuvre.

 

moonrise-kingdom.jpgMoonrise Kingdom ***

Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray à contre-emploi dans la nouvelle ré-création de Wes Anderson (La vie aquatique, A bord du darjeeling Limited, Fantastic Mr Fox). Deux ado solitaires tombent amoureux dès qu'ils se voient et sont prêts à tout pour se retrouver. En 1965, sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, Sam est en camp de scouts, Suzy chez elle. Bourré d'humour, décalé au possible, ce film à la saveur de goûter d'anniversaire et à l'odeur de randonnée en forêt se savoure comme un pot de Nutella ou de lait concentré sucré à la cuillère !

 

 

margin-call.jpgMargin Call **

La déception d'un film qui partait pourtant avec de sérieux atouts : Kevin Spacey, Jeremy Irons, Demi Moore, Zachary Quinto et Simon Baker en tête. Une intrigue boursière. Une gigantesque entreprise de traders se rend compte qu'un mauvais calcul leur a fait perdre des milliards et que ça ne va pas en s'arrangeant. Pour le big boss, un Jéremy Irons pas bien calé dans rôle (Tommy Lee Jones, dans The Company Men, était parfait), il faut être le premier, le meilleur ou bien tricher pour survivre à Wall Street. Mais il est trop tard pour être le premier ou le meilleur, il ne reste plus qu'à ruiner les autres. Margin Call ou comment créer un crash boursier...

Déception à cause du manque de carrure de Jeremy Irons, à cause du rythme lancinant, à cause du manque d'explications sur les raisons et les rouages. Sinon, bonne réalisation et bons acteurs.

 

dark-shadows.jpgDark Shadows ****

Quand j'ai vu la bande-annonce, j'ai eu peur que Tim Burton ne s'en sorte pas, entre le film fantastico-gothique et la comédie. J'avais peur qu'une comédie potache et bancale voie le jour sous ses mains d'argent. Me voilà rassuré sur un point : nulle comédie potache en vue, l'humour est beaucoup moins important que ce que je pensais et espérais. Les acteurs sont géniaux (Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Michelle Pfeiffer, Chloé Moretz, Eva Green), la BO excellente, le scénario burtonien à souhait (enterré vivant et transformé en vampire par la sorcière qu'il a éconduit en 1752, Barnabas Collins refait surface en 1972. Malheureusement pour lui, sa sorcière mal aimée a pris son monopole dans l'industrie de la pêche et compte bien l'attirer dans ses filets. Avec l'aide de sa descendance, il tente de lutter), les images, les plans, les couleurs, les décors magnifiques. Mais c'est un peu long, et la fin se perd en surenchère de rebondissements. Dommage, j'aurais pu être dithyrambique. Pas de cinq étoiles ce mois-ci !

 

men.jpgMen in Black 3 ***

Boris, le monstre qui avait été emprisonné en 1969 par K (Tommy Lee Jones), s'échappe de prison en 2012 et retourne dans le passé mettre en place son projet d'envahir la terre avec son petit peuple ! Là, il tue K. C'est pour ça que J (Will Smith) retourne à son tour dans le passé pour sauver K et tuer Boris. Il se retrouve avec un K jeune joué par Josh Brolin, parfait.

Le début du film n'est pas terrible, les vannes sont nazes, et c'est du déjà-vu. Mais le réalisateur, épaulé par Etan Cohen pour le scénario, se réveille et la suite se révèle à la hauteur de la série ! À voir avec plaisir, comme les précédents, en sachant quel genre de film on va voir.

 

cosmopolis.jpgCosmopolis °

Sérieusement, qu'est-ce que c'est que cette merde ?! Une journée dans la peau d'un trader qui se la joue sex-symbol avec une moitié de nez, une peau glabre et trois poils sur le torse, qui veut absolument se faire couper les cheveux à l'autre bout de la ville alors que la visite du Président des USA paralyse Manhattan. Dans sa belle limousine, Eric Packer (Robert Pattinson), baise sa collaboratrice (Juliette Binoche), parle avec un geek de prochain crash boursier, rencontre à trois reprises sa femme comme par hasard toujours à l'heure de manger en plus, c'est vachement bien fait quand même ! Il se fait taguer son bolide en passant en plein milieu des émeutes, il va en boite (je rappelle qu'il était censé aller chez le coiffeur), il ressort et il refait jour ! Merveilleux. Il tue son garde du corps et va se faire couper les cheveux. Après, il rentre à pieds, et quelqu'un tente de le tuer. Le hasard étant un des personnages principaux, il trouve le bon bâtiment, la bonne entrée (pourtant bien cachée), le bon étage et la bonne porte. Tout ça du premier coup. Et s'en suit un discours incompréhensible avec le danger public qui sort des chiottes une serviette sur la tête. Eric se tire une balle dans la main et à la fin, on sait pas ce qui se passe. Ah oui, entre temps, il y a eu plein de dialogues avortés, de questions sans réponses (pourtant, « quel âge as-tu ? », c'est pas bien compliqué...). Cela dit, on ne pourra pas enlever à Cronemberg son sens de l'image.

Je prend le pari qu'aucune autre sortie cette année ne viendra éclipser Cosmopolis pour remporter ma palme de la bouse de l'année.

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