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Yves Grevet, Nox, Ici-bas (1), roman ado, 410 pages, octobre 2012, Syros 16,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

En six ans à peine, Yves Grevet a créé une œuvre majeure dans la littérature jeunesse en infiltrant tous les domaines, ou presque. De l'anticipation au policier en passant par une veine plus sociale, ancrée dans la réalité, ce touche-à-tout enchante des générations de lecteurs. J'avais moi-même adoré (et je pèse mes mots) Méto, Seuls dans la ville et  L'école est finie dont vous pourrez retrouver mes articles en cliquant sur les titres.

C'est donc avec une grande ferveur que je me suis jeté sur son nouveau roman dès que je l'ai vu, au milieu de la pile de services de presse du rayon jeunesse il y a quelques semaines.

 

Yves Grevet attaque avec Nox une nouvelle dystopie. J'avais peur de me retrouver avec des relans de Méto trainant un peu partout dans le livre, mais pas du tout. Il a eu l'intelligence (et les capacités) d'inventer quelque chose de complètement nouveau, un univers, des lieux, des personnages, des enjeux. Il ne se répète pas et ça s'appelle, je crois, le talent.

 

doigts.jpg mon oncle meto1 meto2 meto3 jacquot.jpg  grevet  seuls dans la ville   meto.jpg   nox1.jpg

 

Dans une société qui pourrait être la nôtre, la nature a été ravagée par l'homme. La ville est comme sur une montagne.

La ville haute ressemble à ce que nous connaissons : bâtiments cossus, électricité à tout va, beaux vêtements, parfums, nourriture de qualité, etc.

Quant à la ville basse, elle se trouve sous un épais nuage de pollution qui empêchent ses habitants de voir ne serait-ce qu'un rayon de soleil. Pour produire son électricité, chaque habitant doit pédaler ou marcher avec des chainettes pour l'emmagasiner. Les garçons apprennent le métier de leur père. Les filles, elles, doivent se trouver un bon garçon qui la mettra enceinte avant l'âge adulte, sous peine d'être la risée du quartier, et qu'elle épousera car la vie est trop courte, ici-bas, pour perdre du temps. On se dirige dans l'obscurité grâce aux coordonnées géographiques et à un système de cordage qui relie toutes les rues. On n'habite plus 40 Rue de la paix ou 182 Impasse des Étourneaux, mais en 232.20 ou en 700.17. La hauteur de notre habitation est proportionnelle à notre statut social. Plus on est haut, plus on est considéré, et plus on est proche de la ville haute, interdite quand même cela dit. En dessous de 100 vivent les Moincent, de vrais parias...

Bien entendu, la milice veille, qui est autorisée à tous les abus. Et certains en feront les frais.

 

Au milieu de ça, quatre amis d'enfance dans la ville basse, une fille dans la ville haute.

Ludmilla hésite à rentrer dans la résistance, son père est un grand ponte chargé de la sécurité civile, ils ne manquent de rien, elle est heureuse. Jusqu'au jour où sa gouvernante est contrainte de partir. En cherchant à savoir pourquoi, elle est amenée à réfléchir à sa condition et à celle de la ville basse.

Lucen, Gerges, Maurce et Jea (tout, dans la ville basse, est amputé de quelque chose : une lettre pour les prénoms, des ingrédients pour la nourriture, etc.) sont comme quatre frères. Pourtant leur amitié est mise à mal par le destin qui les attend. Le père de Gerges est responsable de la Milice locale des Caspistes (CASP pour Chacun À Sa Place) tandis que le père de Jea milite pour les Coivistes (COIV pour Chacun Où Il Veut) et que celui de Maurce, disparu, était probablement un terroriste. Le père de Lucen, héros du livre, est réparateur d'objets et fait tout pour paraître neutre.

Ces différences vont finir par peser sur leurs relations. Et maintenant que certains commencent à travailler et cherchent une copine, le court des choses s'accélère et la confrontation devient impossible à éviter.

 

Même s'il traite à nouveau des thèmes qui lui sont chers (l'oppression, la résistance, la liberté, les liens familiaux, la solidarité, l'amitié), Yves Grevet invente un univers complètement différent de ses précédents livres. Il change également de procédé d'écriture puisque trois narrateurs prennent la parole dans ce premier tome de Nox, Ludmilla, Lucen et Gerges. Procédé qui entraîne un point fort (le dédoublement de certaines scènes permet de les vivre de deux façons différentes) et un point faible (cela peut devenir répétitif). L'écriture est toujours fluide et maitrisée, sans fioriture et, surtout, sans lourdeur ni faute de français, fait à souligner pour un ouvrage jeunesse.

Voilà donc un très bon premier tome, qui augure une suite explosive, et qui ne souffre que d'un seul défaut majeur : attendre un an la suite d'un livre dont on a tourné les pages avec autant de frénésie que de passion est une véritable torture.

 

 

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Le cinéma de septembre (La part des anges, Boy, The secret, Robot & Frank, Starbuck)

Publié le par Sébastien Almira

 

En pleine rentrée littéraire, voilà que je m'intéresse un peu à la rentrée du cinéma. Vous ne saviez pas qu'il y en avait une ? Moi non plus ! Et je ne vous donnerai pas de chiffres, de données techniques, de pourcentages, etc., pour la simple et bonne raison que je n'en ai pas. Je sais qu'elle existe et c'est déjà pas mal. Maintenant, place aux films que j'ai vus ce mois-ci.

 

affiche-la-part-des-anges.jpgLa part des anges, Ken Loach ***

Comédie un brin brittish, La part des anges raconte un morceau de l'histoire de jeunes délinquants ayant évité la prison. Lors de leurs heures de travaux d'intérêts généraux, ils auront le temps de sympathiser entre eux et avec leur éducateur, Henri, qui va les initier à l'art du whisky ! Les voilà embarqués dans de drôles d'aventures qui les mèneront jusqu'à leur dernière connerie lors d'une vente aux enchères d'un fut de whisky d'une qualité et d'un prix absolument exceptionnels ! Tourné de manière réaliste, sans froufrou, ce film est délicatement savoureux !

 

 

boyBoy, Taika Waititi ****

Un petit gars Mahori, fan de Michaël Jackson, qui se la raconte un peu en public, et qui vit dans un monde imaginaire lorsqu'il est seul (un vrai gamin ! Hyper attachant, cela dit), est laissé seul avec ses frères, cousins, cousines, une semaine par sa grand-mère qui se rend à un enterrement. Entre temps, le père, qui n'a plus donné signe de vie depuis un moment, revient avec sa bande de cassos pour retrouver un hypothétique butin enterré dans le jardin. Boy va devoir confronter ses rêves à la réalité.

Une jolie histoire, un brin déjantée, haute en couleurs des images d'une beauté époustouflante, un rythme agréable (ni trop lent, ni trop rapide), un côté un peu merveilleux (pas dans le sens fantastique / SF) et un humour délicat font de ce film un petit bijou qui donne le sourire !

Malheureusement, je vous en parle un peu tard, il ne doit plus passer nulle part... Mais peut-être un DVD bientôt !

 

the-secret.jpgThe Secret, Pascal Laugier **

Des enfants sont régulièrement enlevés dans un bled en ruine du fin fond des États-Unis, tout le monde a son idée sur la question mais personne ne réussit à pincer The Tall Man, l'homme qu'on aurait apperçu dans la fôret...

Les deux forces du film sont un suspense et des retournements de situation auxquels on ne s'attend pas (d'ailleurs, l'idée de scénario elle-même est étonnante), ainsi que de beaux plans. Mais le jeu des acteurs et le scénario sont trop froids et décousus. Ne restera pas dans les annales.

 

 

robot---frank.jpgRobot & Frank, Jake Schreier ***

Un gentleman cambrioleur à la retraite se voit affublé d'un robot censé lui faciliter la vie et, accessoirement, censé faciliter celle de son fils qui n'aura plus besoin de faire le trajet tous les wekk-end pour lui rendre visite. Mais la cohabitation finit par se passer mieux que prévu. Au point que Frank décide de monter un autre casse, avec l'aide du robot !

Frais, attachant, intelligent et jubilatoire, ce film se savoure sans accro et non sans plaisir ! Avec Frank Langella et Susan Sarandon.

 

 

starbuckStarbuck, Ken Scott *****

Alors qu'il s'apprête à être père, David Wosniak, un véritable boulet qui doit un paquet de fric à des vauriens, n'est pas capable de faire correctement son boulot de livreur dans la boucherie familiale, et j'en passe, apprend qu'en donnant son sperme pendant un an lorsqu'il était étudiant, il a donné naissance à 533 enfants, dont 117 sont bien déterminés à le retrouver.

Une comédie québécoise (il faut s'accrocher au début !) complètement barrée, pas lourde du tout, au scénario original, aux acteurs parfaits et à l'humour décapant ! À voir de toute urgence !

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Chuck Palahniuk, Snuff, roman, 210 pages, Sonatines, septembre 2012, 16,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

  ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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Après deux coupes de champagne et trois verres de vin, j'écris enfin mon article sur Snuff. Il fallait bien ça pour parler du nouveau roman choc de Chuck Palahniuk sans penser qu'on allait me prendre pour un pervers aussitôt que je l'aurais publié.

Car, oui, après avoir descendu en bonne et due forme Christine Angot et ses souvenirs d'enfance incestueux, voilà que je vais vous dire du bien d'un snuff book américain.

 

Mais avant tout, quelques rappels s'imposent. D'abord, Chuck Palahniuk, derrière un nom rustiquement kitch, est tout de même l'auteur culte de Fight Club, qui était un livre avant d'être un film. Ensuite, le snuff movie, c'est une sorte de légende urbaine. Avant le fêlé qui a récemment filmé le meurtre d'un étudiant asiatique, on n'avait aucune preuve qu'un vrai snuff existât. Le principe fait froid dans le dos, puisqu'il s'agit de filmer un vrai meurtre précédé de torture, voire de viol. Une fois ces bases posées, on peut commencer.

 

Cassie Wright, star du porno sur le retour, décide de terminer sa carrière « en beauté » en jouant dans le plus gros gang-bang jamais organisé. En une nuit, ce sont pas moins de six-cent hommes, jeunes ou vieux, beaux ou moches, obsédés ou inexpérimentés, appelés par groupes de trois, à raison d'une minute chacun, qui vont littéralement lui passer dessus afin qu'elle batte le record du monde de partenaires en une seule fois. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Car, si certains sont venus pour le plaisir de se taper la célèbre porn-star, d'autres ont une idée bien précise derrière la tête.

 

Pour mener son récit, l'écrivain fait intervenir quatre personnages à tour de rôle : le numéro 72, un jeune puceau qui a des choses à mettre au clair, le numéro 137, un comédien sur le déclin que son producteur a envoyé ici pour remonter la pente et accessoirement fou amoureux de la Cassie Wright, le numéro 600, l'acteur porno qui a fait débuter Cassie dans des conditions pas tout à fait exemplaires, à présent quelque peu décati, et Sheila, l'assistante. Le gros de l'histoire se passe dans la salle d'attente, où l'orgie est d'ordre alimentaire : chewing-gums, chips, bonbons, sodas, préservatifs (oui, oui, il y en a qui mâchent de la capote comme d'autres un brin de paille, mais on n'est pas chez Pagnol ici) se confondent dans un joyeux bordel de transpiration et de saleté.

C'est là que les hommes attendent leur tour et que Chuck Palahniuk dévoile les rouages de son scénario. Implacable. Avec suspense et rebondissements, indices et retournements de situation. Le lieu enlève au roman le glauque qu'on imagine dès le résumé. En effet, si l'on assiste à quelques scènes dans la chambre sacrée, on reste surtout à l'extérieur à imaginer ce qui se passe en haut de l'escalier, à mater les films qui ont fait le succès de Cassie et à découvrir les prémices de l'histoire, les débuts du sex-toy (saviez-vous que le vibro-masseur fut l'un des trois appareils électriques dont ont joui les Américains ?), l'histoire du film porno, les records à battre et les doutes à abattre.

D'un écriture efficace, sans détour et sans concession, Chuck Palahniuk signe un polar trash, subversif et presque malsain qui vous fera, au choix, vous arracher les cheveux comme ma collègue devant « un livre glauque et sans intérêt » ou bien vous délecter d'un thriller pornographique détonnant.

 

palahniuk

 

« Ces trayeurs de poireaux. L'un d'eux me fait signe d'approcher, en repliant ses doigts vers lui comme s'il hélait une serveuse dans un restau. Je le quitte pas des yeux. Me dirige vers lui. Ce loser lève l'autre main, écarte les doigts pour me montrer le billet de cinquante qu'il tient dans sa paume. Le billet tout mou et transparent à cause du beurre de cacahuète. Détrempé par l'eau en bouteille. Des taches grasses de rouge à lèvres à un bout. Le loser glisse le bifton sur mon écritoire et dit : « regarde bien ta liste, chérie, et tu verras que je suis le prochain... » Un pot-de-vin. » page 27, Sheila.

 

« Je dis au jeunot : « n'espère pas qu'elle sera aussi sexy. »

Les yeux du 72, marron clair, comme les miens autrefois.

La fille là-haut (film passant sur les écrans de la salle d'attente), qui est en train de sucer le clito de Boodles Absolut, disait qu'un jour elle allait diriger l'industrie. La jeune et douce Cassie Wright, la façon qu'elle avait de dire ça, comme s'ils étaient tous à la merci de sa langue.

Mais quand je regarde autour de moi, ce regroupement disparate de fions qu'on appelle aujourd'hui comme du bétail, je dirais que sa carrière a plutôt suivi la trajectoire inverse. » page 33, Mr 600.

 

« Je ramonais Cassie Wright à fond, et la fille au chrono a dit « fini. »

(…) Je l'ai prise en levrette, à quatre pattes, mes mains refermées sur la peau de son cul mouillé et détendu et j'ai entendu Cassie Wright dire « Virez-moi ce petit salaud ! »

Des mains se sont emparées de moi par derrière. Des doigts ont arraché mes doigts à ses cuisses. Des types m'ont tiré en arrière jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que ma bite en elle, je me suis cabré, mon gland encore en elle, puis il est sorti, et ça a giclé en un long ruban blanc sur ses fesses.

À l'autre bout de son corps, la bouche de Cassi Wright a dit : « Vous filmez bien ça, hein ? »

Le réalisateur a dit : « On le garde pour le trailer, celui-là. » Il a bu un peu de jus d'orange à la paille coudée et a dit : « Attention, petit, tu vas finir par nous noyer. » page 179, Mr … (surprise !)

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Stéphane Michaka, Ciseaux, roman, 260 pages, Fayard, août 2012, 19€ ***

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

ciseaux

Vous avez déjà lu des nouvelles de Raymond Carver ? Moi non. Mais j'ai lu Ciseaux pour vous. La vie, la femme, l'éditeur de Carver. Et ben sa vie est pas mal, alors pourquoi pas son œuvre ?

 

Stéphane Michaka, auteur de La fille de Carnegie chez Rivages Noir, offre ses chapitres à plusieurs narrateurs : Raymond, sa femme Marianne, son éditeur Douglas, puis Joanne, dont je vous laisse le soin de découvrir qui elle est. On suit parfois une scène de la vie du grand novelliste à travers différents points de vue. L'auteur (Michaka, à ne pas confondre avec Carver, que nous surnommerons l'écrivain) nous gratifie également de trois fausses nouvelles de l'écrivain. Avant publication. Parce que vous ne le savez peut-être pas, mais si Raymond Carver méritait bien un roman, c'est qu'en plus de ses dettes, de ses problèmes avec sa femme et avec l'alcool, il était en constante bataille avec son éditeur pour faire respecter ses textes. Sa vie était un vrai foutoir, et ça méritait bien une histoire !

« Ma réputation, je la dois à mon coup de ciseaux, mon habileté à tailler dans les textes que je publie. Mais il y a autre chose : ma façon, sous un mot, d'en découvrir un autre. Plus net, plus précis. Une incision qui libère ce que la phrase enfouissait. » page 41 Douglas

Surnommé Ciseaux, celui-ci charcutait littéralement les nouvelles de l'écrivain, et celles des autres. Voyez dans l'extrait final comment il travaillait les textes, n'hésitant pas à réduire de moitié, voire bien plus, les textes qu'on lui confiait.

 

carver.jpgRaymond Carver

 

Non sans humour, l'auteur nous raconte quelques pans de la vie de l'écrivain. C'est fluide, agréable, et surtout : pas prise de tête. Ne partez pas en vous disant « oh mon dieu, la vie d'un écrivain, ce que c'est barbant ! » Raymond Carver n'a rien de barbant, même quand on ne le connait pas. La psychologie des personnages est assez bien creusée par Michaka sans pour autant avoir la teneur d'un compte-rendu psychanalytique. Le personnage de Douglas est particulièrement intéressant. Peut-être celui qui a le plus d'importance finalement. Le roman ne porte-t-il pas son surnom en guise de titre ? On ne peut s'empêcher, tour à tour, d'envier son rôle, de ressentir jusqu'à de la haine, de rire de ses maladresses.

« Comment cela ? Comment cela, « il ne veut pas » ? Passe-le-moi, je te dis. Lorraine... tourne le combiné vers lui. Ithaque, c'est Papa. Papa n'est pas content. Papa doit rester au travail, il va rentrer tard. C'est Maman qui va te lire Le Démon de la Perversité. C'est Maman, pour une fois. Alors tu vas au lit, tu m'entends ? Ithaque, arrête tes conneries. Si tu ne vas pas au lit, Papa va rentrer et il va te couper les couilles. Quoi, Lorraine ? « On ne peut pas... », « On ne doit pas... » On n'a pas de couilles à trois ans ? Mon fils a des... Ithaque a des... D'accord, c'est toi qui gères. » page 47 Douglas

 

Mais l'écrivain n'est pas pour autant laissé de côté. Son alcoolisme nous est raconté jusque dans la marque de ses alcools favoris. Ses disputes de couple sont rentabilisées (racontée de son point de vue, de celui de sa femme, puis dans une de ses nouvelles dont il prend soin de détourner les faits mais qui ne fait pas illusion bien longtemps) : « Mais ce n'était pas son genre d'histoire. Lui, c'était les couples qui se gâchent l'existence, des gens qui n'arrivent pas à rester sobres ou à construire un foyer. Il parlait de ce qu'il connaissait. » page 188 (la femme, sur son mari, dans une nouvelle de Raymond). On le suit en colloque, on le suit chez sa maitresse, faire le guet devant chez l'amant supposé de sa femme, car Monsieur est jaloux de la réciprocité, n'allez pas croire !

 

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Gordon Lish, éditeur de Raymond Carver

 

« Mon père était un homme bon.

Un homme bon et un alcoolique. Je crois qu'il m'a transmis plus d'alcoolisme que de bonté, mais je garde espoir d'inverser la tendance.

Il m'emmenait pêcher. Si on me montrait une carte avec les lacs de la région où j'ai grandi, je ne pourrais même pas dire où se trouvent les poissons. Pas la moindre idée. Les bons coins où pêcher, je ne pourrais les indiquer à personne.

C'est ma devise en ce moment. Je dis aux étudiants : Personne ne peut chercher à votre place, c'est à vous de trouver le chemin. Quand ils entendent cela, ils semblent déçus.

Peut-être que je ne suis pas fait pour enseigner ?

Le tic-tac de l'horloge emplit la pièce. Depuis cinq minutes, je suis plus vieux d'une année. J'aurais voulu arrêter l'alcool. Dommage. Ce sera pour la prochaine fois. » page 135, Raymond

 

Je ne vous en dis pas plus, je crois en avoir déjà trop dit. C'est vraiment un très bon et très beau roman que voilà. Sur les affres d'un écrivain désespéré, sur le rôle d'un éditeur (qu'aurait été Raymond Carver si Ciseaux n'avait justement pas ciselé ses textes ?), sur la littérature. Maitrisé du début à la fin, dans n'importe quelle narration comme dans les nouvelles que Stéphane Michaka invente, Ciseaux est une très agréable lecture qui me conforte dans mon idée : la rentrée 2012 s'annonce bien. Très bien !

 

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Stéphane Michaka

 

« J'ai sorti Raymond de la poubelle. Sa première phrase de démange depuis ce matin. J'ignore pourquoi. Elle n'avait l'air de rien. Ou plutôt, elle avait ce petit air de rien qui vous monte à la tête. « Les sirènes des ambulances, c'est ce que je ramène de mes nuits de garde. » Les sirènes... Je ramène des sirènes. De mes nuits. C'est ce que je ra... Je ramène des sirènes de mes nuits. Pourquoi employer plus de mots ? Raymond ramène des sirènes de ses nuits. C'est tout. On comprend. « De minuit à 8 heures, elles se succèdent, parfois elles se mélangent, sur la chaussée à deux voies qui entourent... » Ouh là. Elles se mélangent autour de l'hôpital, point. « Dans ma guérite de veilleur, je les entends de loin, de près, et plus du tout ensuite lorsque... » Démangeaison, prurit. Prutit entre deux virgules. « Tous feux allumés mais sans bruit, elles stationnent à l'arrière, délestées d'un blessé ou d'un mort. » Tu ne vois pas qu' « arrière » égale « relégation » égale « mort » ? soit tu choisis l'arrière, soit tu choisis la mort. Tu as trop de cœur, Raymond. Quand elles stationnent à l'arrière, je les entends de ma guérite. « Sur le moment, je n'y pense pas plus que ça. » Pourquoi « sur le moment » ? Tu y es, dans le moment. « Les urgences, pour moi, ce sont des bruits lointains... » aïe, lointains, adjectif, squame. « … perçus depuis une cage en verre. » Tout cela, hop, à la trappe.

Qu'est-ce que ça donne ?

Je ramène des sirènes de mes nuits. À la ligne. Elles se mélangent autour de l'hôpital. Quand elles stationnent à l'arrière, je les entends de ma guérite. Je n'y pense pas plus que ça. Les urgences sont des bruits perçus depuis une cage en verre. À la ligne.

Pas un mot de trop. Une seule virgule après l'arrière qui est la mort.

Raymond, tu commences à me plaire. » pages 49-50, Douglas

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PRIX LITTÉRAIRES AUTOMNE 2012 (MAJ le 07/11/2012)

Publié le par Sébastien Almira

Décidément, 2012 est l'année des surprises du côté des prix littéraires ! Patrick Deville, favori depuis le début semble très déçu de rater le Goncourt, le Médicis récompense une inconnue (ouf, Philippe Djian repart bredouille !), le Renaudot est donné à Scholastique Mukasonga, qui n'était pas dans la sélection finale, ni même dans la première. Actes Sud obtient son deuxième Goncourt grâce à Jérôme Ferrari, huit ans après Laurent Gaudé, boudé cette année de tout côté.

Alors que Joël Dicker (Académie Française), Jérôme Ferrari (Goncourt) et Patrick Deville (Fémina) vont se disputer les places laissées par E. L. James (Fifty shades of et Cinquante nuances de Grey) et J. K. Rowling (Une place à prendre), on attend les lauréats de prix moins importants, qui peuvent néanmoins se réveler être de jolies surprises ! J'ai encore espoir pour Makenzy orcel avec Les Immortelles et Alain Blottière avec Rêveurs.

 

 

MAJ 10/10/2012 :

- en rouge, les deuxièmes sélections !

- sélection Prix des Libraires

- Christine Angot remporte le Prix Sade...

MAJ 16/10/2012 :

- Prix Nobel de littérature 2012

- les sélections finales en bordeaux gras

- sélection finale de l'Académie Française

MAJ 21/10/2012 :

- sélection finale des prix Décembre et Fémina

- sélection France Télévision

MAJ 24/10/2012 :

- deuxième sélecion de l'Interallié

MAJ 26/10/2012 :

- Joël Dicker remporte le Grand Prix de l'Académie Française

MAJ 30/10/2012 :

- sélection finale des prix Goncourt et Renaudot

MAJ 05/11/2012 :

- Patrick Deville et Julie Otsuka remportent le prix Fémina français et étranger

MAJ 07/11/2012 :

- Emmanuelle Pireyre et Avraham B. Yehoshua remportent le prix Médicis français et étranger

- Jérôme Ferrari remporte le prix Goncourt (5 voix contre 4 pour Patrick Deville)

- deuxième sélection du prix des libraires (avec deux nouvelles recrues)

- Scholastique Mukasonga remporte le prix Renaudot, alors qu'elle ne faisait pas partie de la sélection

MAJ 08/11/2012 :

- ajout des liens vers les critiques sur le blog

- Mathieu Riboulet remporte le prix Décembre

- Oscar Coop-Phane remporte le prix de Flore

MAJ 12/11/2012 :

- Leslie Kaplan remporte le prix Wepler

- sélection finale du prix Interallié

MAJ 14/11/2012 :

- sélection finale du prix Goncourt des lycéens

MAJ 16/11/2012 :

- Philippe Djian remporte le prix Interallié (What's the fuck ?!)

- Joël Dicker remporte le prix Goncourt des Lycéens

 


PRIX NOBEL DE LITTERATURE

MO YAN

 

 

GONCOURT

Décerné à Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome

Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Serge Bramly, Orchidée fixe (JC Lattes)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil), prix du roman Fnac
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L'Age d'homme)
Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Gaspard-Marie Janvier, Quel trésor ! (Fayard)
Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)
Tierno Monenembo, Le terroriste noir (Seuil) (critique)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

 

 

GONCOURT DES LYCEENS

Décerné à Joël Dicker pour La vérité sur l'affaire Québert

  Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)

Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L'Age d'homme)

Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)

Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)

Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)


 

RENAUDOT

Décerné à Scholastique Mukasonga pour Notre-Dame du Nil

Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
Christian Authier, Une certaine fatigue (Stock)
Aurélien Bellanger, La Théorie de l’information (Gallimard)
Anne Berest, Les patriarches (Grasset)
Mohamed Boudjedra, Le parti des coïncidences (Alma)
Agnès Desarthe, Une partie de chasse (L’Olivier)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Christophe Donner, A quoi jouent les hommes (Grasset)
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Henri Lopes, Une enfant de Poto-Poto (« Continents noirs » Gallimard)
Abdellah Taïa, Infidèles (Seuil) (critique)
Jean-Loup Trassard, L’homme des haies (Gallimard)
Florian Zeller, La jouissance : un roman européen (Gallimard)

 

 

FEMINA 

Romans français

Décerné à Patrick Deville pour Peste et choléra
Thierry Bestingel, Ils désertent (Fayard)
Jeanne Cordelier, Escalier F (Phébus)
Julia Deck, Viviane Élisabeth Fauville (Minuit) (critique)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L’Age d’homme)
Philippe Djian, « Oh !» (Gallimard) (critique)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Claudie Hunzinger, La Survivance (Grasset)
Leslie Kaplan, Millefeuille (P.O.L) (critique)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser éditeur)
Florence Noiville, L’attachement (Stock)
Gisèle Pineau, Cent vies et des poussières (Mercure de France)
Nathalie Rheims, Laisser les cendres s’envoler (Léo Scheer)
Catherine Safonoff, Le mineur et le canari (Zoé)
Colombe Schneck, La réparation (Grasset)
Antoine Senanque, Salut Marie (Grasset)
Anne Serre, Petite table, soit mise ! (Verdier)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

+ Lancelot Hamelin, Le couvre-feu d'octobre (L'Arpenteur/Gallimard)
+ Bruno Le Maire, Musique absolue. Une répétition avec Carlos Kleiber (Gallimard)


Romans étrangers

Décerné à Julie Otsuka pour Certaines n'avaient jamais vu la mer

Sébastien Barry, Du côté de Canaan (J.Losfeld)
Michiel Heyns, La dactylographe de Mr James (P. Rey)
Yan Lianke, Les quatre livres (P. Picquier)
Antonio Lobo Antunes, La nébuleuse de l'insomnie (Bourgois)
Audur Ava Olafsdottir, L'embellie (Zulma)
Michael Ondaatje, La table des autres (L’Olivier)
Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer (Phébus) (critique)
José Luís Peixoto, Livro (Grasset)
Juan Gabriel Vasquez, Le bruit des choses qui tombent (Seuil)
Jeannette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (L’Olivier)
Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Grasset)

 

 

MEDICIS

Romans français

Décerné à Emmanuelle Pireyre pour Féerie générale
Claude Arnaud, Brève saison au paradis (Grasset)
Aurélien Bellanger, Théorie de l’information (Gallimard)
Alain Blottière, Rêveurs (Gallimard) (critique)
François Bon, Autobiographie des objets (Seuil)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Philippe Djian, Oh! (Gallimard) (critique)
Lancelot Hamelin, Le Couvre-feu d’octobre («L’Arpenteur», Gallimard)
Claudie Hunzinger, La Survivance (Grasset)
Leslie Kaplan, Millefeuille (POL) (critique)
Emmanuelle Pireyre, Féerie générale (L’Olivier)
Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde: fictions et réalités (Verdier)
Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges (Grasset)
Abdellah Taïa, Infidèles (Seuil) (critique)
Gary Victor, Maudite éducation (Philippe Rey)

Romans étrangers

Décerné à Avraham B. Yehoshua pour Rétrospective
Margaux Fragoso, Tigre, tigre!  (Flammarion)
Vassili Golovanov, Espace et labyrinthes: récits (Verdier)
António Lobo Antunes, La Nébuleuse de l’insomnie (Bourgois)
Ferdinand von Schirach, Coupables (Gallimard)
Gonçalo M. Tavares, Un Voyage en Inde (V.Hamy)
Juan Gabriel Vasquez, Le Bruit des choses qui tombent (Seuil)
Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Calmann-Lévy/Grasset)
Alejandro Zambra, Personnages secondaires (L’Olivier)

  + Salman Rushdie, Joseph Anton, Une autobiographie (Plon)

 

 

ACADÉMIE FRANÇAISE

Décerné à Joël Dicker pour La Vérité sur l'affaire Harry Quebert

Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)
Joël Dicker, La Vérité sur l'affaire Harry Quebert (De Fallois/L'âge d'homme)
Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)
Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Luc Lang, Mother (Stock)
Tobie Nathan, Ethno-roman (Grasset)
Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges (Grasset)

 

 

INTERALLIÉ

Décerné à Philippe Djian pour Oh...

Nicolas d'Estienne d'Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/ L'âge d'homme)
Philippe Djian, "Oh…" (Gallimard) (critique)
Christophe Donner, A quoi jouent les hommes (Grasset)
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Gaspard-Marie Janvier, Quel trésor ! (Fayard)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Colombe Schneck, La réparation (Grasset)

 

 

DÉCEMBRE

Décerné à Mathieu Riboulet pour Les œuvres de miséricorde

Christine Angot, Une semaine de vacances  
Olivier Bouillère, Le poivre (P.O.L)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Michaël Ferrier, Fukushima. Récit d’un désastre (Gallimard)
François Meyronnis, Tout autre. Une confession (Gallimard)
Mathieu Riboulet, Les œuvres de miséricorde (Verdier)
Pascal Quignard, Les Désarçonnés (Grasset)

 

 

PRIX DE FLORE

Décerné à Oscar Coop-Phane pour Zénith Hotel

Carl Aderhold, Fermeture éclair (Lattès)
Pit Agarmen, La nuit a dévoré le monde (Robert Laffont)
Santiago Amigorena, La première défaite (P.O.L.)
Aurélien Bellanger, La théorie de l’information (Gallimard)
Anne Berest, Les patriarches (Grasset)
Oscar Coop-Phane, Zenith Hôtel (Finitude)
Philippe Djian, "Oh…" (Gallimard) (critique)
Stéphane Michaka, Ciseaux (Fayard) (critique)
Anne Serre, Petite table, sois mise! (Verdier)
Marie Simon, Les pieds nus (Léo Scheer)

 

 

PRIX DES LIBRAIRES

Olivier Adam, Les lisières (Flammarion)
Metin Arditi, Prince d’orchestre (Actes Sud)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit) (critique)
Nathalie Démoulin, La grande bleue (Editions du Rouergue)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois),
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Eric Faye, Devenir immortel et puis mourir (Corti)
Jérôme Ferrari, Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Yannick Grannec, La déesse des petites victoires (Anne Carrière)
Cécile Guilbert, Réanimation (Grasset)
Thierry Hesse, L’inconscience (L’Olivier)
Fabrice Humbert, Avant la chute (Le Passage)
Serge Joncour, L’amour sans le faire (Flammarion)
Fabienne Juhel, Les oubliés de la lande (Editions du Rouergue)
Marie-Hélène Lafon, Les pays (Buchet-Chastel)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Mathieu Larnaudie, Acharnement (Actes Sud)
Douna Loup, Les lignes de ta paume (Mercure de France)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser)
Hubert Mingarelli, Un repas en hiver (Stock)
Derek Munn, Mon cri de Tarzan (Leo Scheer)
Makenzy Orcel, Les Immortelles (Zulma) (critique)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

+ Thierry bestingel, Ils désertent (Fayard)

+ Alain Blottière, Rêveurs (Gallimard) (critique)

 

 

PRIX WEPLER

Décerné à Leslie Kaplan pour Millefeuille

Jakuta Alikavazovic, La Blonde et le bunker (l’Olivier)
Oscar Coop-Phane,
Zénith hôtel (Finitude)
Jeanne Cordelier,
Escalier F (Phébus)
François Cusset,
À l’abri du déclin du monde (P.O.L)
Patrick Declerck,
Démons me turlupinant (Gallimard)
Leslie Kaplan,
Millefeuille (P.O.L)
(critique)
Pauline Klein, Fermer l’œil de la nuit (Allia)
Luc Lang,
Mother (Stock)
Emmanuelle Pireyre,
Féérie générale (l’Olivier)
Dominique de Rivaz,
Rose Envy (Zoé)
Anne Serre,
Petite table, sois mise ! (Verdier)

Éric Vuillard, Congo (Actes Sud)

 

 

PRIX SADE

Décerné à Christine Angot pour Une semaine de vacances

Les Oeuvres de miséricorde, de Mathieu Riboulet (Verdier)
Petite Table, sois mise !, de Anne Serre (Verdier)
Nuit Noire, de Christophe Siebert (Rivière Blanche)
Les Immortelles, de Makenzy Orcel (Zulma) (critique)
Six érotiques plus un, de Jacques Drillon (le Promeneur)
Une semaine de vacances, de Christine Angot (Flammarion)

 

 

PRIX FRANCE TELEVISION

Christine Angot, Une semaine de vacances (Flammarion)
Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours)
Maryse Condé, La vie sans fards (Lattès)
Patrick Deville, Peste & Choléra (Seuil)
Jean Echenoz, 14 ( Minuit)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

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Rebecca Makkai, Chapardeuse, traduit de l'américain par Samuel Todd, roman, 360 pages, Gallimard, août 2012, 21€ *****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !


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Voici le premier roman d'une merveilleuse conteuse. Un roman qu'on ne peut pas lâcher et qui donne le sourire. Au milieu de la Seconde Guerre mondiale et de l'inceste, les deux sujets à la mode en cette rentrée, je vous assure que ça fait du bien. Beaucoup de bien.

 

Lucy est bibliothécaire. Pas une de ces vieilles bibliothécaires psychorigides, sexuellement frustrées, habillées comme des bonnes sœurs, qui sentent le moisi et vivent avec une centaine de chats. Plutôt, une jeune femme bientôt trentenaire, célibataire aussi, descendante d'une longue lignée de Russes racontant des histoires un peu louches et ayant certainement trempé dans d'autres pas plus légales.

Ian a dix ans. Il est fils unique de chrétiens très crétins prêts à faire quatre heures de route aller-retour chaque week-end pour un stage chez le Pasteur Bob, l'homme qui rend les homos hétéro. Fan de Roald Dahl et un peu rêveur, il pourrait passer sa vie à la bibliothèque si sa mère ne surveillait pas étroitement ses lectures, ses amis et son emploi du temps.

Ces deux-là s'adorent sans vraiment se le dire jusqu'au jour où ils vont fuir ensemble leur bourgade perdue du Middle West.

 

Entre chantage (du genre « si tu me ramène chez mes parents, je dirai que tu m'as enlevé en me proposant des bonbons et tu iras en prison »), pleurs et éclats de rire, hymne australien et révélations russes lors d'un passage chez ses parents à Chicago, amant un peu lourd prêt à tout pour retrouver Lucy et filature pas très discrète, on ne s'ennuie jamais ! On embarque avec un plaisir non contenu dans cette aventure où la bibliothécaire et l'enfant forment un tandem irrésistible, comme Matilda et sa maitresse (délicieuse comparaison, soulignée dans le roman) et Ian nous force à continuer de lire, en même temps qu'il force Lucy à poursuivre son périple états-unien.

 

C'est sans cliché et sans pathos que Rebecca Makkai conte le road movie magique de Ian et Lucy. La plume pleine de tendresse, de poésie et de couleurs, elle dessine le tableau de gens enfin heureux et, par la même occasion, elle nous rend heureux. En tout cas, elle m'a rendu heureux, elle m'a fait sourire à chaque fois que je reprenais le livre. J'ai fui avec ses personnages le temps de leur périple, j'ai rêvé de romans, de personnages et de héros avec Ian, j'ai douté de cette famille russe, de cet amant encombrant et des risques encourus par cette virée à travers les États-Unis avec Lucy.

J'ai pénétré la bulle qu'elle a créée pour qu'ils se sentent libres et heureux, ensemble, et c'était beau, magique et émouvant d'être dans cette petite merveille que je vous souhaite vraiment de lire. Certains diront « comme du petit lait », pour moi ce sera comme un tiramisu aux speculoos et un verre de Moscato d'Asti. Je ne dirai pas que c'est l'un des meilleurs romans que j'ai lus, mais c'est l'un des plus beaux, assurément.

 

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Plongé dans ma lecture, je n'ai plus pensé à prendre de notes ou même cocher des passages après quelques pages, voici donc le seul extrait que j'ai eu le temps de noter :

« Je devais incliner l'aspirateur avec soin autour des piles de livres qui servaient de meubles d'appoint, de guéridons pour tasses de café, courrier et magazines. Je me refusais à avoir des étagères, horrifiée à l'idée de devoir classer les livres selon un système trop strict – Dewey ou alphabétique ou pire - , et donc les bouquins étaient en piles, parfois aussi grandes que moi dans un ordre des plus subjectifs.

Ainsi Nabokov trônait entre Gogol et Hemingway, en équilibre entre le Vieux Monde et le Nouveau ; Willa Cather, Theodore Dreiser et Thomas Hardy étaient empilés ensemble non pas pour leur proximité chronologique mais parce que je leur trouvais à tous une forme de sécheresse (dans le cas de Dreiser, c'était plus lié à son nom) ; George Eliot et Jane Austen partageaient une pile avec Thackeray parce que tout ce que j'avais de lui était La foire aux vanités, et je pensais que Becky Sharp se sentirait mieux en présence de dames (au fond de moi, je craignais qu'à côté de David Copperfield elle ne tentât de le séduire). Et puis il y avait diverses piles d'auteurs contemporains dont je pensais qu'ils se seraient bien entendus à une sauterie. Plus trois piles de livres insipides selon moi, mais que je gardais au cas où quelqu'un me demandait de les lui prêter : par exemple, un livre captivant sur une famille d'artistes de cirque ou ce roman expérimental sur une bonne sœur qui voyageait dans le temps. J'aurais détesté devoir répondre que oui, je savais quel livre serait parfait, mais que je venais de m'en débarrasser. Certes, cela arrivait rarement. Mais parfois Tim – mon logeur – ou son compagnon Lenny s'invitaient pour examiner les piles et me posaient ma question préférée : « Hé, qu'est-ce que tu me conseillerais de lire? » Mieux valait être prête. » pages 43-44

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Christine Angot, Une semaine de vacances, roman (no comment), 130 pages (correspondant à dix pages sur word), Flammarion, septembre 2012, 14€ °

Publié le par Sébastien Almira

 

VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE JAMBON ?!

 

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Non contente de nous avoir raconté l'inceste, le viol, le Brésil, l'amour avec Doc et autres petits bonheurs de la vie, Christine Angot remet le couvert cette année. Cette fois, pas de changement d'éditeur (il faut dire qu'elle les a déjà presque tous faits), Flammarion la garde pour un deuxième livre consécutif. C'est qu'ils n'ont pas peur, chez Flammarion. Bernard Comment, au Seuil, avait risqué sa place après l'échec cuisant du Marché des amants (25 000 exemplaires vendus pour un premier tirage de 50 000 et 240 000 € pour la faire venir chez eux).

 

Sa nouvelle production, Une semaine de vacances, se compose de 130 pages sans doute imprimées chez À Vu d'oeil (éditeur de livres à gros caractères pour personnes mal-voyantes), à raison d'une vingtaine de lignes de huit mots par page, cernées de marges plus larges que le texte. Le tout pour la modique somme de 14 €.

 

Oui, d'accord, me direz-vous, mais pour lire quoi ?! Et bien pour lire L'inceste, son plus gros succès, publié en 1999. voilà la meilleure recette d'Angot : se réécrire. Sauf qu'elle est désormais capable de faire des phrases. Des vraies. Sans trop de répétitions. Comme ça. Ça.

Elle raconte comment son père lui a fait manger une tranche de jambon enroulée autour de sa b***. Affligeant. Écrire, publier, lire un roman de Christine Angot est une offense à la littérature. Non pas que je suis sans cœur , elle s'est tout de même faite violer par son père...

Quoi que, avec la tronche qu'elle a, on peut se demander si ce n'est pas juste un moyen de vendre... Je suis ignoble ? Oui, peut-être. Certainement, même. Mais je ne la supporte plus. Angot, c'est un peu comme une flaque de vomi sur votre chemin, un peu comme un vieux qui se racle la gorge, la trachée, les intestins pendant trente secondes avant de cracher un immonde mollard à vos pieds, un peu comme une tranche de jambon cuit enroulée autour du sexe de votre père. C'est quelque chose qui me dégoûte. Alors, oui, je suis ignoble, mais finalement pas plus qu'elle.

Cet article aussi, d'ailleurs, est ignoble, ne croyez pas que je dirai ne serait-ce qu'une chose gentille au sujet d'Angot. Ne poussez pas non plus le bouchon trop loin en vous demandant si j'ai lu Une semaine de vacances. Je vous arrête tout de suite : je n'ai pas dépassé la troisième page. Je m'étais déjà farci plusieurs pages de Léonore, toujours, faut pas déconner non plus.

 

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« Ils refusent mon quatrième roman, Interview. Je repars à la recherche d'un éditeur. Léonore, toujours (vous vous souvenez, son précédent roman déjà bien dégueulasse où elle parle de sa fille, « Léonore ? C'était devenu de la merde, comme la littérature. Mon amour comme une bite dressée. »), les avait choqués (mais putain, tu m'étonnes !). Le rapport de lecture dit que je suis dangereuse pour mon entourage. »

 

Voilà, c'est ça, merci Gallimard ! En plus d'être immonde, elle est dangereuse. Et pas seulement pour son entourage, mais aussi pour les lecteurs et pour la littérature. Lire innocemment un roman d'Angot en pensant qu'il s'agit de littérature, c'est dangereux pour les vrais écrivains.

Benjamin Berton, critique littéraire, écrivait sur Fluctuat.net que Le marché des amants était son meilleur livre, mais aussi le livre « le plus ridicule que vous pourrez jamais lire si vous aimez, disons, la littérature d'ambition ».

 

Bref, vous l'aurez compris, Angot est la personne écrivant des livres (non, désolé, mais « écrivain », ni même « auteur », je peux pas...) que je déteste le plus, devant Houellebecq et Lévy (Lévy, il s'est tapé Mylène Farmer, et ça, je peux pas lui pardonner). Pas seulement pour sa gueule et son personnage de débile profonde (quiconque l'a déjà vue en vrai comprendra que cette expression n'est pas seulement une représentation exagérée de mes sentiments à son égard, mais la pure vérité), mais aussi pour ses livres, véritables crimes contre l'humanité et la littérature, avec lesquels elle abuse régulièrement des milliers de lecteurs.

Alors, ne vous faites pas avoir, ne reprenez pas de jambon. Lisez. De la littérature. De la vraie. Vraie littérature.

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Karen Russell, Swamplandia, roman traduit de l'américain par Valérie Malfoy, 450 pages, Albin Michel, août 2012, 22,50€ ****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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Voilà un premier roman américain qui promettait d'être haut en couleurs dès sa jolie jaquette. Le résumé continuait de nous mettre des étoiles plein les yeux avec l'histoire d'un parc d'attractions dédié aux alligators.

 

« Notre parc abritait quatre-vingt-dix-huit alligators dans la fosse. Nous avions aussi le Chemin des reptiles, une promenade en planches de trois kilomètres qui passait entre les palmiers des everglades et les touffes de laîche aux grandes feuilles coupantes, conçue et fabriquée par papa et grand-père. Là, on pouvait voir les caïmans, des gavials, des pythons birmans ou africains, toutes sortes de grenouilles arboricoles, un terrier de tortues au ventre rouge et des liserons pleureurs, ainsi qu'un rare crocodile cubain : Mathusalem – croco qui imitait si bien un rondin qu'il n'avait bougé qu'une seule fois en ma présence, quand sa mâchoire blanche s'était ouverte d'un seul coup comme une valise.

Nous n'avions qu'un seul mammifère, Judy Garland, une ourse brune de Floride, sauvée par mes grands-parents alors qu'elle était toute petite, à l'époque où l'espèce hantait encore les pinèdes du nord. Sa fourrure ressemblait à une carpette roussie – mon frère prétendait qu'elle souffrait d'un genre de pelade. Elle savait faire un tour, enfin, une sorte de tour : le Chef lui avait appris à hocher la tête pendant Somewhere over the rainbow. Une horreur. Ses dodelinements terrifiaient les petits enfants et scandalisaient leurs parents. « Au secours ! s'écriaient-ils. Cette bête a une crise cardiaque ! » C'est vrai qu'elle n'avait pas le sens du rythme, mais il fallait la garder, selon le Chef, parce qu'elle faisait partie de la famille . » pages 15-16

 

Hilola Bigtree, dompteuse d'alligators de classe internationale, cuisinière exécrable et mère de trois enfants, est la star de Swamplandia. Son plongeon dans la fosse aux Seths (c'est ainsi qu'ils surnomment leurs alligators noirs) rameute toute la Floride. Si bien qu'au lendemain de sa mort, les autres spectacles ne suffisent plus : le parc se désemplit, le bateau faisant la navette entre le continent et les Dix Milles Îles ne vient plus tous les jours et leur nouveau concurrent, le Monde de l'Obscur, marchant du tonnerre, Swamplandia finit par tomber dans l'oubli. L'ambiance n'est pas au beau fixe chez les Bigtree.

Profitant de cette accalmie, Kiwi, l'aîné, qui en a assez de ne s'instruire que par un semblant de cours par correspondance et par de vieux ouvrages de la Bibliothèque Flottante (une petite embarcation qui desservait en livres les Dix Milles Îles dans les années 30 et 40, abandonnée depuis dans une petite crique), fuit sur le continent avec l'espoir de s'inscrire en université et de travailler à côté pour envoyer de l'argent à sa famille. Mais l'employeur à la mode, c'est le Monde de l'Obscur...

Criblé de dettes, Chef Bigtree, le père, part une nouvelle fois sur la terre ferme pour un voyage d'affaires d'une durée indéterminée censé rassembler les fonds afin de lancer la nouvelle version du parc.

Osceola (Ossie, pour les intimes) dit parler aux esprits depuis qu'elle se plonge toute la sainte journée dans le Télégraphe Spirite et tombe amoureuse du fantôme de Louis Thancksgiving, un dragueur de fond qui a beaucoup de choses à raconter.

Enfin, Ava, la plus jeune et la plus fervente défenseuse de Swamplandia, s'entraine à devenir aussi douée que sa mère, tente d'élever une petite Seth née rouge qu'elle cajole comme un bébé, de communiquer avec son frère, et de ramener sa sœur Ossie à la raison et à la maison.

 

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Quelque peu mensongère, la quatrième de couverture s'évertue à ne montrer que le côté édulcoré de l'histoire : un parc d'attractions formidable qu'une fillette tente de sauver. Mais l'intrigue est, comme je vous l'ai racontée, bien plus profonde que ça. Et les couleurs vives de la jaquette s'évanouissent vite dans la jungle des Dix Milles Îles et dans le Monde de l'Obscur où nous suivront cette tripotée de personnages atypiques qui tentent de survivre.

 

« Sélectionné par le New York Timescomme l'un des cinq meilleurs romans américains de l'année 2011, Swamplandia plonge le lecteur dans l'univers luxuriant et magique de Karen Russell, dont l'écriture inventive n'est pas la moindre des qualités. »

 

Effectivement, l'écriture de l'auteure nous emporte avec une facilité déconcertante dans cet univers inconnu et particulier qui fourmille de personnages farfelus et de situations cocasses. Et on finit même par le trouver magique et luxuriant, alors que l'intrigue n'est pas des plus joyeuses. Étrangement, c'est comme ça que j'ai ressenti ma lecture, un voyage merveilleux servi par une écriture voluptueuse.

J'ai été déstabilisé par la tournure des événements, je m'attendais à voir une famille unie autour d'Ava Bigtree tenter de sauver leur monde et que ce serait là toute l'histoire, alors que pas du tout.

Plus que déstabilisé, j'ai même été déçu. Pourtant j'ai aimé quand même Swamplandia. J'ai aimé suivre les membres de cette famille pas comme les autres, voyager dans la jungle dangereuse des Dix Milles Îles, découvrir les entrailles du Monde de l'Obscur, rendre visite au grand-père qui perd la boule en maison de retraite, découvrir l'histoire de Louis Thanksgiving, le jeune dragueur de fond tué à la tâche dans les années 30, ne pas savoir si je devais me méfier de l'Oiseleur, etc. Oui j'ai aimé tout ça, et bien plus encore, malgré ma déception. J'ai voyagé le temps de quelques heures à l'autre bout du monde, à une autre époque, dans un univers sombre et désespéré et pourtant si merveilleux.

 

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Ponderosa, Pool Party, 10 titres, New West, 2012, 8,99€ ****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION DECOUVERTE PHENOMENE !

 

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Vraiment, comme souvent lorsque je parle de musique, je ne sais pas trop quoi dire, parce que ce n'est pas mon métier, mon milieu. Alors souvent, je m'abstiens. Mais là, il fallait que je vous en parle.

 

C'est arrivé comme, il y a trois, j'ai découvert The XX. À Virgin, la pochette d'un album inconnu, mis en avant par les disquaires, qui m'attire. Alors j'écoute, et wow !

Voilà, c'est arrivé comme ça, la semaine dernière, en furetant au rayon musique du Virgin des Champs Elysées. J'ai vu cette pochette, avec son étiquette "import", j'ai écouté trois débuts de chansons qui m'ont foutu des frissons, à fond dans les oreilles. Et j'ai acheté leur CD. Parce que j'aime pas tout écouter, tout découvrir d'un coup. Je fais durer le suspense.

Faut dire qu'à 8,99€ le CD de dix titres, à plus forte raison lorsqu'ils sont bons, c'est donné.

 

Faut peut-être que je vous dise un peu ce que c'est comme musique. Pour être large, on va dire qu'il s'agit de pop-rock. Même qu'à certains moments, ça m'a fait penser à du Coldplay (le nouveau single, Navajo, par exemple). Mais du Coldplay dont les chevilles n'auraient pas enflé avec le succès. Du Coldplay croisé avec du Archive, avec quelques sons originaux, saturés, sourds, electro parfois même.

C'est pas violent, ça gueule pas, c'est doux sur deux ou trois morceaux, mais sinon c'est assez énergique, avec une force tendue, prête à imploser, que je serais incapable de vous expliquer. Je ne sais même pas expliquer pourquoi ces mots-là. Juste une impression. Un peu comme la reprise de Forever young d'Alphaville par Youth Group, terriblement prenante et émouvante. Il n'y a qu'à écouter (avec casque, fort et jusqu'à la fin, c'est mieux) l'impressionnant Here I am born pour se convaincre d'acheter ce grand disque.

 

Au moins : écoutez et dites-moi si je raconte n'importe quoi !

 

 


 

 

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Julia Deck, Viviane Élisabeth Fauville, roman, 150 pages, Minuit, août 2012, 13,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Que dire de ce roman, le treizième de la rentrée que je lis ? Emprunté sur les conseils d'une amie qui l'avait aimé, je n'en attendais rien de spécial. Même si la quatrième de couv m'avait interpellé :

« Vous êtes Viviane Élisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. Heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main. »

 

Le principe de narration est intrigant. Quelqu'un, ce mystérieux sauveur, raconte l'histoire en s'adressant à Viviane. Mais parfois, il change de procédé et raconte les faits à la troisième personne du singulier. Puis quand entre en scène celle qui a découvert le corps, le « vous » change de destinataire. Tantôt c'est Viviane, tantôt c'est l'autre. Original au départ, le procédé devient rapidement traitre et barbant. À moins que la Viviane ne soit fêlée...

Quant à l'intrigue, je l'ai suivie avec intérêt jusqu'à la révélation finale. Je n'ai pas besoin de vous en raconter plus, avec la quatrième de couv, vous connaissez le gros de l'histoire. Julia Deck raconte le périple d'une femme qui doit faire face à son mari, à la police, à ses vertiges et à ses peurs. Et je dois dire qu'on finit par s'y attacher. Et au moindre de ses faux-pas, on se dit non, c'est pas possible, elle est bête, elle va se faire avoir ! On souhaite qu'elle soit innocentée, qu'elle s'en sorte. De ce côté-là, Julia Deck a réussi son coup. Son anti-héroïne est parfaite. Meurtrière, mais aimé du lecteur.

Le début de l'histoire aussi, ce n'est pas un page-turner, mais on a quand même envie de poursuivre sa lecture pour connaître la fin. En revanche, je n'en dirais pas autant de la fin du roman. Le dénouement a du mal à passer et le soufflé retombe.

D'abord, quid de ce mystérieux sauveur ?

Ensuite, l'histoire s'embrouille et ni la plume de Julia Deck, ni l'empathie éprouvée pour son personnage principal ne parvient à atténuer la chute. Je ne comprenais pas pourquoi et je me suis ennuyé. Pas jusqu'à dire que c'était ridicule, mais non, ça ne colle pas, quelque chose ne va pas.

 

Non, vraiment, je n'ai pas accroché, pas compris les subtilités que l'auteure dit avoir truffé son récit. D'ailleurs, celui-ci faisait beaucoup plus que les 150 pages qu'elle nous livre. Elle dit avoir réduit au maximum pour ne pas emmêler le lecteur, pour que l'on comprenne ce qu'elle a voulu faire de son intrigue, de son personnage. Mais moi, je n'ai compris qu'on était simplement censé comprendre que Viviane Elisabeth Fauville est folle. Alors je ne vous le déconseillerais pas à grands coups de poings, mais pourquoi pas à grands coups de livres ! Bien meilleurs.

 

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