The Cranberries, Roses édition limitée (Roses + Live 2010), 13,99€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Voilà un moment que je n'avais pas causé musique. Je me rattrape aujourd'hui avec le nouvel album des Cranberries.

 

Qu'est-ce que j'ai kiffé quand j'ai appris que les Cranberries, groupe phare des années 90, allaient enfin sortir un nouvel album ! Comment j'ai cherché à fond dans mon entourage qui voudrait venir les voir en concert avec moi !

Je n'ai jamais été fan, mais en apprenant leur retour, je me suis rendu compte que, plus qu'aimer, j'adorais pas mal de leurs morceaux. Une pléiade de tubes à leur actif (Dreams, Linger, Can't be with you, Animal instinct, Ode to my family, Promises, Zombie, Ridiculous toughts, Hollywood, Loud and clear, Salvation, Just my imagination, Analyse, Free to decide, et je suis sûr d'en oublier...) qui se sont jetés à ma figure. Putain, les Cranberries, quoi !

 

Avant l'album, j'écoute Show me the way, je me dis « Waouhh ! 'Tain, ça en jette, ça va donner ! » Puis je découvre le premier single de l'album : Tomorrow. Mouais. C'est pas mal, c'est même bon, mais c'est un peu mou du gland. Mais bon, je ne perds pas espoir.

En week-end à Rennes, il me faut une aide féminine pour que le vendeur accepte de me le vendre samedi. Merci Fillotte ! Une édition limitée avec le CD du concert "retrouvailles" deux ans auparavant, quelle bonne idée ! C'est le premier que j'écoute dans la voiture, histoire de revoir un peu leur carrière ! Tout y est, ou presque. Mais le son est pas terrible (mon poste est très bon, je précise avant que les mauvaises langues...), le concert est un immense brouhaha ou les chansons se suivent et se ressemblent. De la guitare, de la batterie, hop, le tour est joué ! Mais ça me laisse un peu sur ma faim.

 

Puis l'album, enfin ! Conduct : bonne première piste ; Tomorrow : pas mal non plus. Ça commence assez bien. C'est après que ça se gâte. Exceptés le toujours aussi jouissif Show me the way (devenu Show me sur l'album), le bon Losing my mind et le pathétique Schizophrenic playboys qui reprend tellement tout ce qui a fait le groupe qu'il n'en devient qu'une mauvaise copie assourdissante, tout est mou. Tout est mou, et pas ce qu'il y a de meilleur. Si seulement c'était beau, ou agréable (ou les deux, mais là j'en demande trop...). Mais non ! Même pas.

 

Dolores, la chanteuse, avait prévenu : l'idée n'était pas de faire un album à tubes, mais de se faire plaisir en faisant de la musique. Je ne sais pas s'ils ont réussi leur second objectif, mais en tout cas, le premier est rempli à merveille.

 

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Claire Checcaglini, Bienvenue au Front, Journal d'une infiltrée, témoignage politique, 300 pages, février 2012, Jacob-Duvernet, 19,95 € ***

Publié le par Sébastien Almira

En mai, Claire Checcaglini prend le nom de sa grand-mère et appelle le Front National. Elle veut assister à une réunion avant de prendre sa carte. « Il vaudrait mieux que vous adhériez d'abord. Ensuite, c'est monsieur Blanchard qui prendra la décision. » Pas le choix, on n'a pas le droit d'assister à une réunion du FN si on n'est pas sûr d'être un vrai partisan. Devenue Gabrielle Picard, la journaliste adhère au Front. Elle veut gravir les échelons, découvrir de l'intérieur qui sont les militants, quelles sont les raisons qui les poussent à voter et s'investir pour le parti d'extrême-droite. Elle souhaite vivre le Front pour le dire haut et fort. Bienvenue au Front, journal d'une infiltrée a été tiré à 7000 exemplaires, depuis sa sortie il y a quelques jours il s'en est vendu plus de 2500.

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« Puisque le Front avance masqué, j'avancerai masquée, moi aussi. Je ne fais, au fond, qu'appliquer les méthodes qui sont les leurs. (…) Je ne souhaite réhabiliter personne, ne rien édulcorer, ne rien excuser, ne rien justifier, seulement donner à voir comment, qu'ils soient anciens militants ou nouvelles recrues, ils vivent leur adhésion au Front. (…) Durant huit mois, je vais donc aller à la rencontre de personnes qui ne font nullement partie de mon entourage et dont j'ai toujours profondément méprisé, rejeté l'engagement, des personnes que je n'ai pu voir qu'en tant que potentiels dangers pour la démocratie, qu'ils en soient ou non conscients.(...)

Comment peut-on être membre d'un parti dont on sait par l'Histoire ce que son idéologie peut engendrer ? « Je vais au pays des salauds », avais-je dit au début de ma plongée frontiste à mon éditeur. De ce pays, je ne reviendrai pas indemne, je le pressens. » (pages d'introduction)

 

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Pendant huit mois, elle a donc fait son trou, infiltré le Front, de la simple militante au statut de « sauveur » du Front voulue comme candidate aux législatives. Elle a rencontré des militants, des secrétaires départementaux, des cadres haut placés. Et elle raconte tout. Si tant est qu'on peut parfois se demander, devant l'étendue inouïe de sa mémoire lorsqu'elle relate un discours ou une discussion, si elle n'invente rien. Toutefois, j'ai cru à tout. D'abord parce qu'il me semble que le but de la journaliste n'était pas d'infiltrer un parti pour mentir (elle aurait pu mentir sans infiltrer le Front). Ensuite parce que ce qui est relaté dans Bienvenue au Front, journal d'une infiltrée me paraît parfaitement envisageable.

Après le doute possible sur la véracité des propos relatés se pose la question d'avancer cachée. C'est ce que Marine Le Pen a avancé comme argument pour dénoncer Claire Checcaglini. D'après elle, son travail fait honte à la profession. Elle a d'ailleurs décidé de porter plainte pour « violation des règles premières de la déontologie des journalistes » et pour avoir tenu des propos diffamatoires à son encontre. Je vois ça et là des commentaires, des articles, des vidéos malmenant la journaliste, dénigrant le travail effectué sur ce livre, l'insultant même (voir la vidéo et les commentaires chez Robert Ménard, c'est affolant http://www.nationspresse.info/?p=161960 ). Alors, oui, c'est pas beau de mentir, encore moins à des gens qui vous accueillent convenablement et vous font très vite confiance (car Claire Checcaglini ne s'en cache pas, elle a été très bien reçue au Front). Mais, comme elle le dit à un lecteur du 20 minutes, croyez-vous que le maire de Plessis-Robinson et vice-préseident du conseil général des hauts de Seine, Philippe Pemezec, se serait vanté de « faire très gaffe » quant à l’attribution des logements sociaux aux Arabes dans sa ville ?

Croyez-vous que Rémi Carillon, son directeur départemental (Sylvain, dans le livre) lui aurait révélé ses projets pour purifier la France (en gros, monter une armée pour faire face aux musulmans qui attaqueront la France lorsqu'il dévoilera son référendum : « 1. La France cède à l'Islam en échange d'une paix durable, quitte à ce que la France devienne une république islamique. 2. L'Islam cède à la France (expulsion pure et simple des musulmans de France vers leurs pays d'origine), quitte à provoquer une guerre civile. », pages 33-34) ?

Croyez-vous qu'elle aurait assisté aux réunions privées du FN où Vincent Reynouard (créateur du site "PHDNM" (Pour une Histoire Débarrassée des Nombreux Mensonges) clamait que l'Holocauste est un mythe et demandait pourquoi on laissait néodevant nazi lorsqu'on parle de lui ? Croyez-vous qu'elle aurait pu apporté autant de matière à son livre ?

 

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Non, et c'est bien cela qui rend le travail de journaliste intéressant : Claire Checcaglini nous rapporte des faits que personne ne peut rapporter. Le trait peut paraître grossier, Robert Ménard attaquait dans son interview la journaliste sur son but : enquêter sur un parti ou bien confirmer ses pensées ? Il est vrai qu'elle part avec des a priori qu'elle exploite en profondeur. Elle ne s'en cache pas. Mais ce qu'elle voulait faire, c'est vérifier si la dédiabolisation effectuée de main de maitre par Marine Le Pen était de façade ou réelle. Et force est de constater que non :

 


« Voilà la stratégie. Nous n'aurons jamais les voix des musulmans, c'est une cible que je n'ai pas. Si je caresse l'Islam dans le sens du poil de temps en temps, ce n'est pas pour eux, c'est pour les Français qui croient encore, ces cons-là, que l'Islam est une religion.Ces gens-là, je ne vais pas perdre leur électorat. Si je dis que l'Islam n'est pas fréquentable, que c'est la pire des choses, ils me traiteront de raciste et ne voteront pas pour moi. De sorte que, pour le moment, c'est eux que je caresse dans le sens du poil. Alors, je flatte la laïcité, parce que les Français sont très laïcs, ils sont même laïcards, ils estiment que toutes les religions ont le droit de vivre. C'est leur credo, ils ont appris ça depuis qu'ils sont tout petits, le principe de laïcité, ils le trouvent formidable. Donc je fais en sorte de les flatter. En attendant, le Front ne rentre pas dans le lard de l'Islam, et moi ça m'emmerde. »

Marine Le Pen à Rémi Carillon, pages 199-200

 

D'ailleurs, « la dédiabolisation du Front avait à ce point fonctionné que des remarques ouvertement racistes n'étaient plus considérées comme telles. Marcel paraît tout aussi sincère en nous expliquant qu'il n'aime pas les noirs que lorsqu'il se défend de tout racisme. (…) Ainsi, le mouvement étant soit-disant devenu un parti comme un autre, ne pas aimer les noirs, les étrangers ou les musulmans est-il aussi devenu une opinion comme les autres. » (page 220)

 

D'une, le FN n'a pas changé. De deux, comme il est considéré comme un parti normal, leurs idées deviennent normales pour eux. En des mots polis, certains des militants et cadres FN sont des racistes dangereux. D'autres sont presque des idiots. C'est le cas de Rémi Carillon, dont trois membres de la famille sont morts dans les camps de concentration, « lui qui semble n'avoir rien compris à une logique passée qui avait pourtant décimé sa propre famille ! Celui qui préconisait un nettoyage ethnique de la France a dans son entourage des victimes de la haine des autres. » (page 92). C'est également le cas de Guillaume ou encore Sébastien, qui croient aveuglément tout ce qu'on leur dit. Le premier se délecte notamment du discours de Maitre Collard sur le procès Barbie où il parle des larmes d'un enfant qui n'existe même pas ! Il y a chez les manifestants et militants un manque d'information ambiant qui les conduit à s'abreuver des paroles des plus grands racistes contemporains sans s'en rendre compte.

 

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C'est assez inquiétant et c'est pour cette raison que le livre de Claire Checcaglini est intéressant, pour ne pas dire salutaire (on passera toutefois sur un style journalistique frisant l'amateurisme). D'abord pour les Français qui ont cru au changement du Front National. Ensuite à ceux qui hésitent à voter pour eux (que ce soit par mécontentement ou par dépit). Enfin pour les militants qui ne se rendent pas compte de tout.

À ceux qui sont racistes, révisionnistes, extrémistes, ce livre ne plaira pas. Espérons que les autres s'y penchent autant qu'ils se sont penché sur Indignez-vous, qui n'avait pourtant rien de remarquable, ni même d'intéressant.

Espérons également que le succès du livre donnera l'occasion aux éditions Jacob-Duvernet de payer un correcteur. Le livre est en effet truffé de coquilles et de fautes en tout genre : lettres inversées, virgule avant la dernière lettre d'un mot, fautes d'orthographe, fautes d'accord, oublie d'un guillemet, plusieurs double-espaces par page, etc. C'est simple, je n'ai jamais vu autant de fautes dans un livre, même dans des épreuves non corrigées ! (Le second tirage vient de bénéficier d'une correction)

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Le cinéma de février (La Dame de Fer, La colline aux coquelicots, Sécurité rapprochée, Star Wars 1 - 3D, La Taupe)

Publié le par Sébastien Almira

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- Pour ce deuxième volet cinéma de l'année, encore cinq films vus pendant le mois. Premièrement, La Dame de fer. Meryl Streep n'a pas volé son oscar. Elle est épatante, comme souvent. J'ai en revanche été déçu par ce que Phyllida Lloyd a fait du film. Pas de véritable biopic sur Margaret Thatcher, mais un espèce de fourre-tout poussif. Dès qu'une scène montre la dame de fer dans une position inconfortable (manifestations, mesures drastiques, trahison, etc.), la réalisatrice enchaine aussitôt avec une scène où on la voit vieille : une pauvre femme sujette a des hallucinations, seule, folle et malheureuse. Elle écrase systématiquement les mauvais traits de Margaret Thatcher par des scènes censées nous tirer compassion et tendresse. À trop vouloir jouer la carte du tragique, elle finit par minimiser le rôle de la femme politique la plus controversée au monde et le film souffre d'un cruel manque de conviction et de caractère. Dommage...

- Avec un père qu'on ne présente plus Goro Miyazaki se lance lui aussi dans le cinéma d'animation. Après Les Contes de Terremer en 2007, voici La colline aux coquelicots, jolie histoire d'amitié, d'amour et d'espoir ancrée dans le monde moderne et réel entre deux étudiants prêts à tout pour sauver le Quartier Latin de la destruction. À voir !

- Denzel Washington et Ryan Reynolds partagent l'affiche d'un thriller musclé. Le premier est un ancien agent de la CIA traqué pour la vente d'informations top secret. Le second est chargé d'assurer sa Sécurité Rapprochée. Mais le bleu n'a pas idée du danger de se frotter à Tobin Frost et des révélations qu'il détient. Un très bon thriller, au dénouement attendu, mais aux scènes d'action souvent époustouflantes et au rythme haletant.

- Quand j'ai vu Star Wars (épisode 1) en 3D, j'ai été plus impressionné de voir le chef d'œuvre sur grand écran qu'en 3D. Si celle-ci est assez bonne, il n'y a aucun moment où je m'en suis pris plein la gueule. (film ***** / 3D ***)

- Enfin, j'ai vu La Taupe, le film intelligent de ce début d'année, encensé par les critiques de tout bord (seuls La Croix, Studio Ciné Live, Ecran Large, Télérama etLes Cahiers du Cinéma ont moyennement ou pas aimé). Objectivement, c'est loin d'être un mauvais film. Je pense même qu'on peut le qualifier de très bon film. Seulement, c'est long. Très long. Et c'est parfois peu compréhensible. Alors je ne suis pas surdoué, mais je ne suis pas non plus tout à fait idiot non plus... D'ailleurs, voici quelques commentaires pris sur allociné :

« Bof ! C'est ce qu'on appelle un film intimiste où tout est dit dans les non dits et les expressions de visage. Bon d'accord mais il y a une limite... là on frise le ridicule . Ex : on frappe à la porte, smiley mets une minute pour tourner le visage vers la porte de quelques centimètres, c'est soit génial, soit ridicule, moi j'ai choisi. C'est vrai qu'à ce rythme on remplit de la pellicule pour pas cher. En plus si on n'a pas lu le bouquin autant dire que c'est incompréhensible. » (Snoopy Snoopy)

« Je suis désolée mais on n'y comprend rien à ce film, le scénario est simple: qui est la taupe? Tout ce qu'il y a autour est futile, difficile même d'apprécier le jeu des acteurs dans ces conditions! » (lapichacha9)

« A force de nous laisser dans les suspens le plus longtemps possible, ce film est d'une longueur effroyable » (Claudine G)

Bref, vous avez compris, je n'en fais pas plus.

 

 

Et vous, qu'avez-vous vu, adoré, détesté ce mois-ci ?!

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Arthur Dreyfus, Belle famille, roman, 240 pages, janvier 2012, Gallimard, 17,90 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Voilà, j'inaugure tardivement la rentrée de janvier avec le second roman d'Arthur Dreyfus, jeune touche-à-tout culturel (romans, presse, radio, courts métrages). Place à Belle famille, une famille pas comme les autres !

 

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« Pourquoi Madec ne se divertissait-il pas ? Pourquoi regardait-il la vie au lieu de la vivre ? Jamais il ne s'était senti si malheureux, seulement il ne comprenait pas la nécessité d'aller à l'école, à l'église, chez le dentiste, de recevoir des cousins à dîner. » page 60

 

Disons que Madec Macand est un petit rouquin de sept ans solitaire entouré de deux blondinets qui évoquent « quelque chose de doucereux, sucré, malléable » et n'appliquent que le côté le plus bête du rôle de frère. Les parents ne se soucient pas plus de lui. Le père est le pantin de sa femme. Le couple est bercé par l'habitude des années, plus de rêve dans leur relation, qu'une sempiternelle liste de jours qui s'amoncellent sur l'autel d'une jeunesse qu'on imagine plus fougueuse (« Stéphane avait été mignon ; et puis un jour, on n'en avait plus parlé », page 66, voir extrait en fin d'article).

 

Vous souvenez-vous de l'affaire Maddie ? Madeleine McCann, une petite anglaise de quatre ans, disparaissait en pleines vacances au Portugal en 2007. L'affaire n'est toujours pas résolue et l'enquêteur a publié en 2010 un livre aussitôt interdit à la vente où il expliquait sa version des faits : les parents mentaient, Maddie était morte (certainement accidentellement), ils avaient fait disparaître le corps et avaient monté la plus grande arnaque à l'enlèvement du siècle. Ils avaient même embaucher un chargé de communication qui avait récolté plus de douze millions d'euros et fait de l'affaire un remarquable coup médiatique puisque Madonna, Bono, la reine d'Angleterre et même le Pape étaient intervenus publiquement.

 

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Disons que la famille Macand part en vacances en Toscane, que Madec meurt accidentellement, que la mère fait disparaître le corps, que l'oncle débarque avec ses théories médiatiques et qu'ils montent ensemble – même si le père et l'oncle n'en savent rien – la plus grande arnaque à l'enlèvement du monde.

Vous l'aurez compris, le point de départ de cette Belle famille est ce fait divers qui avait traversé le monde entier. Un thème à la mode, le fait divers, en ce moment (Morgan Sportès, Tout, tout de suite ; Emmanuelle Donoghue, Room ; Régis Jauffret, Claustria, Sévère ; etc.) dont le jeune écrivain se défend : ce qui l'a intéressé dans l'écriture de ce roman, c'est le point de départ, ce fait divers dont il a fait ce qu'il a voulu, sans se soucier de la vérité vraie, tout en désacralisant le rôle de mère à travers Laurence Macand (prénom choisi parce qu'il le trouve « creux »), une mère qui n'est pas coupable mais qui le devient, à cause de son mensonge.

Le point fort de cette appropriation est de ne pas relater le fait divers comme il a eu lieu mais comme il l'imagine. On n'est pas dans la retranscription – journalistique ou romancée –, mais bien dans le roman. D'ailleurs, la scène de l'accident n'intervient pas dans les premières pages. Arthur Dreyfus nous laisse le temps de découvrir la famille, Madec, sans savoir ce qui les attend, de nous attacher même à cet enfant pas comme les autres. Il se donne ainsi la possibilité de développer sur le caractère des personnages, en particulier la mère, qui en prend pour son grade (voir dernier extrait), parfois avec humour, souvent avec rudesse. On n'est pas plongé directement dans la mort d'un inconnu mais, au beau milieu de vacances ensoleillées en Italie, dans celle, affreuse, d'un enfant pour lequel on a de la tendresse. Ce qui nous rend sa mort et le rôle de la mère plus insupportable encore.

 

Les périphrases à répétitions (« la mère de Madec », « le mari de Laurence », « le père de Madec », « la femme de Stéphane »), censées espacer l'usage de Stéphane, il, Laurence et elle m'ont parfois éreinté. Le thème, plus rude (d'apparence en tout cas : il faut se méfier de certains dénouements), a rendu ma lecture moins agréable, moins vacancière (pourtant, on y est !) que celle de La synthèse du camphre (critique ici) mais pas moins intéressante. Il mélange les genres, comme dans son premier roman – où s'entremêlaient seconde guerre mondiale et amourette aux heures du net –, et sa satire sociale vire ici quasiment au thriller. Une fois de plus, lire Arthur Dreyfus n'est pas de tout repos. Sans conteste on tient là un des écrivains les plus talentueux de sa génération. Expression que l'on use plus qu'on l'utilise désormais, mais qui sied parfaitement à l'auteur de Belle famille, un livre glaçant qui ne manque toutefois pas d'humour. Gageons que sa carrière d'écrivain connaisse le même succès que la campagne médiatique des parents McCann et Macand.

 

 

 


interview d'Arthur Dreyfus par Karine Papillaud 

 


Extraits :

 

« Alléguant que ses parents étaient d'accord, Mahaut (une petite copine) lui avait aussi proposé de faire un enfant. Il suffisait de s'embrasser sur la bouche. Madec ignorait si ses parents à lui seraient d'accord : après le baiser, mortifié, il avait regagné son lit, convaincu d'avoir commis l'irréparable. Au matin, soulevant lentement sa couette, il avait cherché un bébé dans la chambre. Par chance, personne n'était né. » page 65

 

« Comme nombre de maitresses femmes, Laurence fonctionnait sur le mode de la domination tacite, tuant dans l'œuf toute tentative de rébellion. On pressentait qu'en la réfutant, on se heureterait à son souverain mépris – et son génie était de laisser croire qu'on la blesserait également d'une manière irréparable. S'il n'en était rien, tout reposait sur une forme de terrorisme moral qui dissuade les taulards de s'incriminer mutuellement. Exaltée par son catholicisme, enhardie par sa trinité de femme-mère-médecin, les vérités qu'elle assenait faisaient passer ses contradicteurs pour des fous ou des crétins.

(…) Il démentait sa femme dans son for intérieur, mais pacifiait à longueur de journée. Stéphane était comme l'employé de sa compagne – n'était-elle pas la maitresse de maison ? –, et en dépit de la répartition sexuelle des tâches, lorsqu'il sortait les poubelles ou allait arroser les hortensias, il obéissait non aux nécessités ménagères, mais aux diktats de Laurence. À l'hôpital, il restait sous ses ordres (elle dirigeait le service cardiologie). Stéphane se souciait peu des on-dit. Plus fin que sa femme, il avait compris que c'était en la dotant d'une illusion de pouvoir qu'elle demeurait inoffensive – et souvent grotesque. Il en était conscient, c'était sa fugace vengeance.

Les Macand formaient un couple aux rôles prédéfinis. L'idée n'était pas d'échanger au jour le jour – mais de maintenir le cap. Tous deux tiraient un certain réconfort de cette lâcheté réciproque. À de rares occasions, un éclair de sensualité traversait leur ménage et, durant une nuit de vacances, un soir de Noël, les masques tombaient. Les époux se reconnaissaient. Ils faisaient l'amour. Alors Stéphane mettait de côté sa sujétion, il montait à quatre pattes sur Laurence et l'agrippait aux hanches. Le lendemain, on tirait les rideaux d'un doigt de pied, on ne parlait pas. La lumière du dehors était jolie. Quelques minutes plus tard survenait la première discorde, pour le grille-pain ou pour une brosse à cheveux. La tendresse se fanait instantanément. Chacun réintégrait sa carapace. » pages 49 à 51.

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Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Publié le par Sébastien Almira

Roman de Stieg Larsson, 570 pages, Actes Sud, 2006, 23 €, Babel, 2010, 10 € ****

Film de Niels Arden Opley, Suède, avec Michael Nygvist et Noomi Rapace, 2h30, 2009 **

Film de David Fincher, USA, avec Daniel Craig et Rooney Mara, 2h30, 2012 ****

 

 

millenium.jpgAlors qu'il vient de perdre un procès pour diffamation contre le multi-millionaire Hans-Erik Wennerström, Mickaël Blomkvist décide de prendre ses distances avec Millénium, le journal qu'il co-dirige avec sa maitresse. C'est alors qu'une autre figure majeure de l'industrie suédoise le contacte pour lui confier une mission délicate. Officiellement, écrire ses mémoire. Officieusement, découvrir ce qui est arrivé à sa nièce, qu'il chérissait et qui a mystérieusement disparue lors du conseil administratif annuel de l'entreprise familiale. Seule la famille était présente, un accident bloquait l'accès à l'île, personne n'a pu entrer ou sortir de l'île. Pour le convaincre d'accepter, Henrik Vanger double son salaire de journaliste et promet de lui offrir Wennerström sur un plateau.

Blomkvist sera aidé par Lisbeth Salander, jeune hackeuse professionnelle au look gothique, pleine de piercings et de tatouages, en proie à des agitations caractérielles qui lui valent d'être suivie par un gros porc de tuteur un peu trop porté sur le sexe.

De découvertes en révélations, de rebondissements en fausses pistes, Stieg Larsson cuisine un polar nordique classique au dénouement un brin perturbant, qui explique en quoi certains hommes n'aiment pas les femmes. Là où ce premier tome mérite ses quatre étoiles, c'est que je n'aime pas les romans policiers. J'en lis très peu, mais il m'arrive d'être ébahi devant certains, où Millénium côtoie les Dix petits nègres et autre Crime de l'Orient-Express. Chez Stieg Larsson, il y a quelque chose dans l'écriture et/ou la façon de raconter une histoire qui sort de l'ordinaire. Je n'ai pas réussi, depuis trois ans, à mettre des mots clairs dessus, mais il y a « un petit quelque chose en plus » qui fait que j'ai gravement accroché, comme jadis pour les Harry Potter. Visiblement, je ne suis pas le seul non amateur de polars à être tombé sous le charme de ceux-ci !

Il est mort après avoir déposé ses trois manuscrits chez Norstedts Förlag. Publié dès 2005 en Suède, la trilogie de Larsson atteint aujourd'hui des ventes pharamineuses : plus de deux millions de lecteurs en Suède, plus d'un million d'exemplaires de chaque tome vendus en France... et un total de cinquante millions de livres vendus dans le monde ! On ne peut pas dire que l'écrivain a volé son succès, et je vous conseille vivement d'y participer !

 


affiche-millenium.jpgJe ne me souviens pas trop de la version suédoise, sinon qu'elle ne m'avait pas convaincu du tout. Notamment pour le choix de certains acteurs (Blomkvist est un séducteur qui se tape qui il veut, excusez-moi Michael Nygvist mais vous ne représentez pas tout à fait ce genre d'homme). Je ne saurais dire les points négatifs que j'y ai trouvé sur le moment mais je dois avouer que Noomi Rapace en Lisbeth était époustouflante et que la scène de viol était aussi choquante que réussie. En tout cas, j'avais été assez déçu pour ne pas voir les deux films suivants.

Je ne savais pas trop quoi attendre de l'adaptation de David Fincher. Même si l'homme a réalisé quelques incontournables, j'avais un peur de voir une superbe incarnation du film à gros budget américain, qui plus est avec Daniel Craig dans le rôle principal, un acteur que je ne portais jusque là pas très haut dans mon estime.

Millenium-de-Fincher-afficheEt bien, j'ai été très très agréablement surpris. Daniel Craig, Rooney Mara (Lisbeth) et la bande son tiennent leur rôle à la perfection (exceptés les pulls un peu trop « mode gay » que Fincher a cru bon de faire porter sans cesse à Craig pour appuyer le côté journaliste fashion). La réalisation, les scènes, les images sont parfois à couper le souffle (à l'image du travail fait sur le générique de début). Et l'adaptation est assez fidèle au roman. On pourra peut-être trouver le film un peu longuet mais pas outre-mesure. Fincher a fait l'effort de ne pas resservir de l'interminable Benjamin Button.

En somme / Si le polar suédois a de beaux jours devant lui (merci le succès de Millénium !), l'adaptation de David Fincher, qui possède dans la réalisation le même genre de « petit quelque chose en plus » que le roman de Larsson, est à préférer à la version suédoise.

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Quel lecteur suis-je ?

Publié le par Sébastien Almira

Il arrive parfois qu'une sorte de chaîne circule sur des blogs littéraires. Le principe ? Une liste de questions (pas toujours en rapport avec les livres) auxquelles il faut répondre, poster sur son blog et taguer d'autres personnes pour les enjoindre à répondre à leur tour.

Je crois n'avoir jamais répondu à ce genre de chaînes qui ont tendance à m'agacer. Là, je viens d'en voir une sur un blog ami (Sur La Route de Jostein), aucun tag, aucune obligation de sa part, et des questions, ma foi, intéressantes !

Alors voilà, c'est une première, je me livre à cet exercice que je critiquai il y a quelques lignes encore...

 

1984

1) Quel est le roman que tu as hâte de lire, en ce moment?

Le prochain sur ma liste : Rhapsodie pour une dent creuse de Régis Délicata, un premier roman que Grasset vient de publier et dont j'ai lu des bonnes choses. Et celui que je n'ai pas le temps de lire depuis que je le veux, 1984 d'Orwell.


2) Quel livre aurais-tu voulu écrire?

Je ne peux pas en dire qu'un seul, mais nos contemporains, j'aurais voulu devancer Amélie Nothomb pour écrire Acide Sulfurique, une décapante satyre de la télé-réalité qui m'a scotché et que j'ai relu plusieurs fois. J'aurais également aimé écrire Les fleurs du mal ou Le joueur d'échec.

 

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3) Quelle est ta plus folle lecture, le livre le plus inattendu, déjanté, original?

J'ai peur de ne pas être original, je ne trouve pas de livre qui réponde parfaitement à la question. Disons que j'ai eu un petit choc en lisant King Kong Théorie de Virginie Despentes, qu'Acide Sulfurique est assez original, déjanté et choquant... Ah si ! Un été sur le magnifique de Patrice Pluyette (Seuil, 2011) m'a laissé perplexe, original, déjanté, inattendu, c'est certain !


4) Dans quel endroit insolite as-tu déjà lu?

Dans la rue (en marchant !). Pas très insolite, mais on fait ce qu'on peut !

 

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5) Cite ton auteur préféré et l'auteur que tu ne liras jamais?

Parce ce que c'est le seul auteur dont j'ai lu tous les livres, qu'en moyenne ce sont les siens que je préfère, qu'elle a une imagination sans limite et un style cynique, drôle et inimitable, Amélie Nothomb.

Beaucoup de classiques me tombent des mains. Il m'est par exemple très difficile de lire Hugo, Balzac, Proust, Zola et compagnie. Mais pour chacun, je sais qu'il me faudra en lire au moins un. Un auteur que je ne lirai jamais ? Peut-être Houellebecq, Angot et Sollers.


6) Comment choisis-tu tes lectures?

En général, je me fie rarement aux gens qui me disent "lis ça, c'est génial" alors que c'est ce que je fais sans cesse. Mais je commence à faire confiance à mon entourage, aux blogueurs que je suis, aux critiques. Après, je ne lis pas tout ce qui y est décrit comme génial, très bon, exceptionnel, etc. Cela dépend aussi de l'histoire.

Le plus souvent, c'est dans la presse et sur les tables des librairies que je choisis les livres que je veux lire, avec l'intrigue.

 

linus.JPG7) Est-ce que tu lisais beaucoup dans ta petite enfance?

Oui ! Ma mère m'a toujours acheté pas mal de livres. Mais j'ai commencé tard à lire de "vrais livres" ! En troisième, donc j'avais 15 ans. J'ai commencé par Amélie Nothomb avec Métaphysique des tubes. Avant je me cantonnais à relire tous les ans les intégrales d'Astérix et de Tom-Tom et Nana ! Avec quelques exceptions : livres scolaires et quelques rares romans jeunesse (Ciel ! Mon prof est extra-terrestre, Le destin de Linus Hoppe, par exemple).


8) Dans tes lectures, y-a-t-il une situation particulière, une invention, une impression dont tu te souviens? Laquelle?

Je dirais, lorsqu'un auteur parvient à me faire ressentir ce que vit un personnage, me fait tellement pénétrer le roman que je souffre, rit, pleure en même temps que ce personnage. Le plus flagrant fut Harry Potter et l'Ordre du Phénix. Chaque scène avec le professeur Ombrage est un supplice (la plume de la punition...) ou une jouissance (les affronts du professeur McGonagall...)

 

americandarling.gif9) Quel est le plus joli titre de livre (ou la plus belle couverture) qui te vient à l'esprit?

La plus belle couverture est celle d'un livre que je n'ai pas lu : American darling de Russel Banks (Actes Sud fait souvent des couvertures magnifiques). Je viens de parcourir mon carnet et je ne trouve pas de titre qui m'éblouisse.


10) Préfères-tu les livres reliés ou les liseuses?

Les livres reliés sans hésitation. Je suis libraire et anti-numérique !


11) Combien de temps peux-tu passer sans lire?

Cela dépend. Parfois, j'ai envie de lire chaque jour. Surtout quand je suis sur un livre qui me passionne. A l'inverse, d'autres fois, je peux ne pas avoir envie de lire pendant deux ou trois semaines . Cette extrémité est toutefois assez rare !

 

A vous !

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Le cinéma de janvier (Sherlock Holmes 2, L'amour dure trois ans, The darkest hour, La vérité si je mens ! 3, Millénium 1)

Publié le par Sébastien Almira

Nouvelle formule pour le cinéma cette année : un article par mois où je vous parle enfin de TOUT ce que j'ai vu ! Mais en résumé. puisque je ne suis pas très à l'aise pour me lancer dans des argumentaires techniques et artistiques sur le septième art, je vous livre désormais mon ressenti en toute simplicité.

Mes gros coups de coeur bénéficieront toutefois toujours d'un article pour eux tout seul !

 

Je passeai rapidement sur les très bons Drive et The artist, de l'inquiétant Polisse de Maïwen et de Mélancholia que je n'ai pas du tout aimé, vus dans le cadre du best of 2011 des cinémas UGC à 3€.

 

70564-sherlock-holmes-2-sherlock-holmes-jeu-d-ombres L-amour-dure-trois-ans.jpg the-darkest-hour-poster1.jpg laverite3.jpg Millenium-de-Fincher-affiche.jpg

             ***                                  **                                  *                                 ***                            ****

 

Des nouveautés 2012, j'ai été un peu déçu par L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder, comédie comique et romantique avec d'excellents jeux d'acteurs (Gaspard proust, Louise Bourgoin, JoeyStarr que je n'aime pourtant pas et Valérie Lemercier). C'est sympa, c'est drôle, mais la bande-annonce est mieux. Beigbeder s'en sort pas mal, mais cherche trop à rendre sa comédie différente des autres et se perd un peu avec la forme de son film.

The Darkest Hour est quasiment pourri de toute part. Acteurs, scénarion, dialogues (Palme d'Or de niaiserie), etc. La 3D ne sert vraiment à rien : 2 minutes utiles sur 1h30. Pas de vraie fin, mais la hantise d'une suite... Restent de belles images de Moscou et des effets spéciaux peu nombreux mais assez réussis.

Le second Sherlock Holmes est vraiment pas mal, scénario ce qu'il faut de compliqué, acteurs au top (Robert Downey Jr, Jude Law, Noomie Rapace...), effets spéciaux réussis, etc.

Encore une suite : La vérité si je mens 3. Alors autant le dire de suite : j'ai pris mon pied ! On peut dire ce qu'on veut : le scénario est moins bon, trop alambiqué, peu réaliste et ressemble énormément à celui du deuxième film, le jeu des acteurs est peut-être un peu moins bon, José Garcia est carrément énervant, l'humour est plus potache, moins fin qu'avant. Mais sérieusement, quel pied de retrouver la bande de potes malchanceux les plus chanceux au monde ! Alors j'ai jugé ça plus comme les bonnes retrouvailles d'une bande de potes que comme un vrai film qui demande de l'exigence de la part du public.

Enfin, la version américaine de Millénium, par David Fincher. Il y aura un article consacré au livre et au film dans la nouvelle partie du blog : "des romans au cinéma", mais je vous le dis quand même : c'est une brillante réussite.

 

 

Et vous, qu'avez-vous vu, adoré, détesté ce mois-ci ?!

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José Carlos Somoza, L'appât, roman, 400 pages, Actes Sud, septembre 2011, 23 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

« On nous choisissait parce que nous jouissions en détruisant ceux qui nous détruisaient, et nous nous y adonnions entièrement, nous étions des bombes pleines de vengeance et peu nous importait d'exploser à côtés des gens cruels. » (page 62)

 

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Depuis la bombe du 9 novembre, les autorités ont bien compris que la police conventionnelle ne servait plus à rien, que les plus hautes technologies étaient aussi vite dépassées que contournées par les tueurs en série, psychopathes et autres terroristes.

Des siècles plus tôt, Shakespeare et son cercle gnostique ont parsemé leurs pièces connues et moins connues d'explications du psynome et des philias. En gros, notre désir est roi, il contrôle ce que nous sommes, pensons, faisons. Nous ne pouvons en réchapper. Ce qui permet donc à la police scientifique de traquer tout criminel grâce à des appâts entraînés à former des masques pouvant stopper le plus grand malade grâce à des gestes, mots, regards ou lumières qui agissent sur le désir et active une dépendance. Tout dépend du théâtre de Shakespeare, chacune de ses pièces livre le secret d'une philia (nom donné aux différentes catégorisations de désirs : philia Holocauste, philia Ambigu, etc.) et les appâts répètent sans fin ces pièces sur scène pour en apprendre les moindres détails et être prêts à aller chasser.

D'autant que l'Empoisonneur et le Spectateur terrifient l'Espagne.

Diana Blanco est la meilleure d'entre eux et, lorsque sa sœur parvient à se faire repérer par le Spectateur, qui torture des prostituées pour satisfaire son psynome, elle n'aura de cesse de le traquer pour l'accrocher et sauver sa sœur.

 

somoza

 

L'intrique policière paraît des plus simples, mais Somoza ne fait pas les choses à moitié. Il crée une uchronie tournant autour d'une théorie élaborée et parsème son récit de rebondissements, d'indices et de fausses pistes à tour de bras ! Comme dans Daphné disparue, on se laisse balloter telle une marionnette, un peu perdu devant des pistes simples et logiques qui finissent toujours par nous faire passer pour des idiots. À chaque soulagement, Somoza nous reprend en main, sans nous laisser de répit jusqu'au dénouement final, théâtral et surprenant. Plusieurs fois, je me suis dit « bah, c'était pas si compliqué, c'est un bon roman, mais pas autant que tous les avis que j'ai lus le prétendent », et je me suis trompé tout autant de fois. La trame racontée plus haut n'est qu'un incipit après lequel vous risquez d'être surpris.

Je suis vraiment subjugué devant le talent, le génie même, de Somoza à entortiller des milliers de fils qui rendent le récit complexe et passionnant et qu'il parvient à dénouer avec une simplicité déconcertante à la fin. Comme dans Daphné disparue, que je vous conseille encore plus. Il poursuit d'ailleurs son exploration du milieu artistique, puisqu'après la peinture (Clara et la pénombre), la poésie (La Dame n°13) et la littérature (Daphné disparue), il signe un nouveau thriller artistique, sur le théâtre, vous l'aurez compris.

Les quelques défauts de la première partie m'empêchent de le qualifier de chef d'œuvre (traduction [ou écriture...] bancale, fautes de frappes [dont une partie de narration qui se retrouve dialogue à cause d'un tiret mal placé], erreur sur les prénoms dans un même paragraphe...), mais passée la période d'acclimatation et ces quelques erreurs, je n'ai vraiment plus pu lâcher L'appât, un thriller saisissant et implacable.

Et visiblement, je ne suis pas le seul à avoir été accroché par le masque que Shakespeare et Somoza ont créé !

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Le meilleur de 2011, les voeux pour 2012, les remerciements, tout ça... (enfin !)

Publié le par Sébastien Almira

2011.jpg

 

En 2011 j'ai beaucoup lu et j'ai bien aimé beaucoup de livres, que ce soit des bandes dessinées ou des romans. Mais il n'y avait pas grand chose qui m'ait ébloui, du moins en romans et en musique. Je me souviens qu'en 2008, j'aurais été incapable de dresser la liste des trois ou cinq livres de l'année (Un homme accidentel de Philippe Besson, La tectonique des sentiments d'Eric-Emmanuel Schmitt, Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl, La Porte des Enfers de Laurent Gaudé, Une fille du feu d'Emmanuelle Bayamack-Tam, Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo, Daphné disparue de José Carlos Somoza, rien qu'en littérature adulte).

 

Je voulais attendre encore un peu avant de publier cet article. Attendre de lire les romans de la rentrée de septembre qui attendaient encore sur mes étagères (Une femme fuyant l'annonce de David Grossman, L'appât de José Carlos Somoza, Room d'Emma Donoghue, Scintillation de John Burnside, Un été sur la magnifique de Patrice Pluyette et Héritage de Nicholas Shakespeare). Mais il commence à se faire tard, janvier est terminé et je ne vous ai toujours pas souhaité une bonne année en vous livrant mes coups de cœur et coups de gueule de 2011.

Alors les voilà, sans Room, sans Une femme fuyant l'annonce, sans Scintillation. Mais avec L'appât. Et Dieu que j'ai bien fait de le lire avant ! C'est le seul roman adulte que j'ai vraiment adoré. Avant ce week-end, j'en publierai une critique, promis !

 

Merci à vous de passer aussi souvent sur le blog, chaque année plus nombreux. Visiblement, vous n'êtes pas trop tentés de laisser des commentaires (merci toutefois aux courageux !) alors je vous encourage à nouveau : les commentaires, les échanges font vivre le blog et les œuvres qui y sont présentées, alors n'hésitez pas, partagez votre avis !

Merci également aux éditeurs, libraires et sites internet qui me permettent de recevoir certains livres en service de presse. Que les lectures se révèlent bonnes ou pas, merci !

 

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente année 2012 un peu en retard avec autant de bonheur que de découvertes littéraires, cinématographiques et musicales !

 

Je tiens également à préciser que je n'ai pas d'actions chez Actes Sud et Grasset.

 

Sébastien

BONNE-ANNEE-2012.jpg

 

 

 

LE MEILLEUR DE L'ANNEE 2011

N'oubliez pas de nous faire découvrir vos meilleurs et vos pires moments artisiques de l'année à votre tour !

 

somoza.jpgLivres adultes

1/ L'appât, José Carlos Somoza, Actes Sud (article)

2/ L'ampleur du saccage, Kaoutar Harchi, Actes Sud (article)

3/ Premier bilan après l'apocalypse, Frédéric Beigbeder, Grasset (article)
4/ Les imperfectionnistes, Tom Rachman, Grasset (article)
5/ J'apprends l'hébreu, Denis Lachaud, Actes Sud (article)

 

La déception : Moi, Pascal F., Pascal Fioretto (Chiflet & Cie)

La bouse de l'année : Du temps qu'on existait, Marien Defalvard (Grasset)

 

 

de-pins.jpgBandes dessinées

1/ La Marche du crabe, Arthur de Pins (tomes 1 & 2) (Soleil, Noctambule)

2/ Le très grand vide d'Alphonse Tabouret, Sibylline, Capucine et Jérôme d'Avian (Ankama)

3/ Zombillénium, Arthur de Pins (tomes 1 & 2) (Dargaud)

4/ Droit au but, Si tu vas à Rio, Garréra, Skiav, Agnello, Zampano (tome 8) (Hugo BD)

5/ Blast, Manu Larcenet (tomes 1 & 2) (Dargaud)

 

 

1Romans jeunesse

1/ La Déclaration, La Résistance, La Révélation, Gemma Malley, Naïve (article)

2/ L'invention d'Hugo Cabret, Brian Selznick, Bayard Jeunesse (article)

3/ Seuls dans la ville, Yves Grevet, Syros (article)
4/ Hunger Games, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse (article)
5/ Oublie les mille et une nuits, Marc Varvello, Bayard Jeunesse (article)

 

 

aladdin-theatre-copie-1.jpgAlbums jeunesse

1/ Aladin, Niroot Puttapipat et Marie-Cécile Cassanhol (Gründ)

2/ Le bus de Rosa, Fabrizio Silei et Maurizio A. C. Quarello (Sarbacane)

3/ Vert secret, Max Ducos (Sarbacane)

4/ Le messager du clair de lune, Jean-marie Robillard et Marie Desbons (Le Buveur d'Encre)

5/ Perdu, Alice Brière-Hacquet (MeMo)

 

 

true gritCinéma

1/ True Grit des frères Cohen, avec Matt Damon et Jeff Bridges (article)

2/ Drive de Nicolas Winding Refn, avec Ryan Gosling

3/ Rango de Gore Verbinski (article)

4/ Intouchables d'Olivier Nakache et Eric Toledano, avec Omar Sy et François Cluzet (article)
5/ The artist de Michel Hazanavicius, avec Jean Dujardin et Berenice Bejo

 

La déception : Au delà de Clint Eastwood, avec Matt Damon et Cécile de France (article)

La bouse de l'année : Stone de John Curran (avec pourtant Robert de Niro, Edward Norton et Milla Jovovich) dispute la palme (d'or ?) à Tree of Life de Terrence malick (avec Brad Pitt, Sean Penn en touriste et l'insupportable voix off mystico-sensuelle) (article)

 

 

Hurts---Happiness--Official-Album-Cover-.jpgMusique

1/ Hapiness, Hurts

2/ Aphrodite Tour Les Folies, Kylie Minogue (2 CD + DVD) (article)

3/ 21, Adele

4/ Franky Knight, Émilie Simon

5/ le retour des Cranberries avec Roses (27 février)

La déception : Born this way, Lady Gaga

L'album qui m'a irrité toute l'année : Zaz, Zaz

 

précisions musicales :

L'album de Lady Gaga n'est pas si mauvais que ça, quelques titres sont même franchement géniaux (Marry the night notamment), mais quand je vois la quantité astronomique de plagiats déguisés en clins d'oeil, je ne peux décemment pas la classer parmi le meilleur de l'année.

Enfin, Zaz est la personnalité qui m'aura le plus irrité cette année, tout milieu artistique confondu ! Quoi que « Pep menez, pep traonienn, d'am c'halon zo kaer », ça m'a gonflé aussi...

Et pour bien commencer l'année, écoutez Show me the way des Cranberries, disponible en téléchargement légal et gratuit sur leur site officiel !

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Hugo Cabret

Publié le par Sébastien Almira

L'invention d'Hugo Cabret, Brian Selznick, Bayard Jeunesse, 2008 pour le grand format, 17,90 €, 2011 pour le semi-poche, 12,90 € (environ 500 pages, dont 300 d'illustrations noir et blanc de l'auteur) ****

Hugo Cabret, Martin Scorsese, 2011, Paramount / Metropolitan, avec Asa Butterfield, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Chloé Moretz, Christopher Lee (environ 2h) ***

 

 

 

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Hugo Cabret, avant d'être le héros de la nouvelle super-production nommé onze fois aux Oscars de Martin Scorsese, est le héros d'un roman jeunesse. C'est important de le savoir car le roman est meilleur que le film.

 

Hugo n'a pas eu trop de chance. Son père est mort dans un incendie, son oncle alcoolique le force à arrêter l'école pour apprendre son métier : remonter les pendules de la gare de Paris. Tout ce qu'il reste de son père à Hugo est un automate trouvé au fin fond du musée où il travaillait, le carnet où il archivait tous les schémas et indications concernant l'automate et l'art de réparer n'importe quel mécanisme. Lorsque son oncle disparaît, Hugo continue de s'occuper des horloges de la gare sans se faire voir et de réparer l'automate, dont il est sûr qu'il lui délivrera un message de son père.

Jusqu'au jour où le marchand de jouets chez qui il vole régulièrement les outils et les pièces dont il a besoin, le surprend. Perturbé à la vue du carnet et des dessins qu'il renferme, il le lui confisque. Hugo n'a alors plus qu'un but : récupérer le carnet et terminer l'automate.

Aidé de la petite-fille du marchand, il est entrainé dans une fantastique aventure qui les conduira de leur Paris des années 30 à la naissance du cinéma et au génie oublié, Georges Méliès, magicien, père des effets spéciaux (alors appelés trucages), premier réalisateur et créateur du premier studio de cinéma en France.

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hugo2hugo1Le roman de Selznick renferme une importante galerie d'illustrations noir et blanc qui sont une part véritable du récit. Il arrive que, sur une dizaine de double pages, s'enchainent des dessins représentant une scène entière. Celle-ci n'est pas racontée par le narrateur, d'où l'importance des illustrations de Selznick, fort réussies.

Pas long, le texte est facilement lisible à partir de 9 ans, sans limite d'âge ! L'écriture est fluide, agréable et on se laisse facilement entrainer dans l'univers merveilleux du conte de Selznick. Ça se lit très vite et il reste dans nos têtes un petit air de chant de Noël accompagné de flocons de neiges.

 

Le film de Scorsese restitue à la perfection l'ambiance et l'intrigue du livre pour en accentuer le côté conte de Noël : personnages atypiques, musique et situations théâtrales, vieux Paris merveilleux, neige à foison, petites lunettes sur Papi acariâtre, etc.

Esthétiquement, le film a de quoi se vanter aux Oscars. Il faut dire qu'il a coûté la modique somme de 170 millions de dollars. Alors il a plutôt intérêt à être bien fait.

Mais il n'est pas parfait pour autant, d'où ma large préférence au roman. D'abord, il est trop long. Vingt minutes de moins auraient été les bienvenues. Les scènes semblent s'allonger sous nos yeux comme de la pâte à pain et, franchement, on s'ennuie. Ensuite, Asa Butterfield (qui joue Hugo Cabret) n'est pas foncièrement un mauvais acteur, mais il en fait trop, dramatisant sans cesse la situation, un peu à la manière de Freddie Highmore dans Arthur et les Minimoys. Se sentent-ils pousser des ailes parce qu'ils jouent dans une grosse production ou surjouent-ils pour cacher leur manque d'expérience ?

 

04-Hugo-Cabret.jpg

 

Voilà donc un merveilleux conte de Noël à lire sans modération, un vibrant hommage au père de la sciences-fiction à voir malgré la longueur. Préférez tout de même le livre qui, en plus, est un bel objet à offrir grâce aux illustrations !

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