Tom Rachman, Les Imperfectionnistes, roman, 390 pages, Grasset, janvier 2011, 20 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

Picture-42578008.jpgAutant commencer par là : je suis loin d'être friand des vastes étendues romancées, des grandes fresques historiques, de la vie d'un homme ou d'un entreprise qui court sur des décennies. Je ne suis pas friand des grands romans américains, si vous préférez, qu'ils viennent du nord ou du sud. À l'étranger, on dit que les écrivains français sont nombrilistes. Et bien je les préfère bien souvent aux donneurs de leçons outre-atlantique qui changent à chaque roman de personnages et de lieux pour finalement raconter la même histoire.

Pourtant, en janvier, j'ai été tenté par un de ces romans. Et voilà que je viens de lire Les Imperfectionnistes, premier roman d'un journaliste de trente-six ans, fresque d'un journal international basé à Rome qui court sur une cinquantaine d'années.

 

 

L'aventure commence en 1953 lorsque Cyrus Ott propose à Betty et Léo de s'embarquer avec lui dans la création d'un journal qu'il veut indépendant, international et de qualité, et s'étend jusqu'en 2006. La plus grande partie du livre se passe d'ailleurs de nos jours, où Tom Rachman centre chacun de ses onze chapitres sur un des collaborateurs du journal. Entre chaque fragment de vie, un fragment de l'histoire du journal, de sa naissance à nos jours. Aujourd'hui, la vie d'un journal en crise, comme n'importe quel journal, à cause de la télévision, d'internet, de la presse gratuite.

C'est alors l'occasion pour l'auteur de crayonner le portrait d'hommes et de femmes que tout oppose.


rachman.gifC'est un vieux correspondant parisien délaissé par ses enfants et par sa femme, de vingt ans sa cadette, qui couche ouvertement avec le voisin d'en face. Il a bien eu son heure de gloire, mais ne parvient plus à décrocher le moindre scoop.

C'est une rédactrice en chef qui décide de tout, au boulot comme à la maison, et qui vient de se faire tromper par un mari un peu bennêt. Alors lorsqu'elle rencontre son ancien petit ami, conseiller au bureau de Berlusconi, le dilemme s'empare d'elle.

C'est un jeune pigiste au Caire qui ne sait par où commencer un travail de journaliste et qui se fait bouffer par un grand reporter imbus de lui-même qui débarque chez lui à l'improviste « Il a le don étrange de me marcher dessus tout en m'obligeant à me sentir redevable. » (page 212)

C'est une secrétaire de direction là depuis un stage non rémunéré vingt ans auparavant, « avec un moins d'entrain et un peu plus de kilos, même si elle continue de s'habiller comme en 1987. » (page 230)

C'est le responsable de rubrique nécrologique, très certainement le titre le plus honorifique du journal, qui doit interviewer une vieille féministe sur le point de mourir en faisant croire à un simple portrait. « Son but ultime au journal est de ne rien faire, de publier le moins possible, et de partir en douce quand tout le monde a les yeux tournés. Ambitions professionnelles jusqu'ici réalisées de manière spectaculaire. » (page 45-46)

C'est une vieille lectrice dont la fidélité sans faille a failli coûter vingt ans de retard sur l'actualité.

Ou encore, c'est un héritier de l'empire Ott qui se retrouve à la tête du journal, comme un fonctionnaire au placard, et qui n'y connait strictement rien au journalisme, ni à rien d'autre qui touche de trop près au monde du travail.

 

 

rachman2.jpgEn somme, c'est la vie d'un journal indépendant, international et de qualité qui subit les affres de notre temps, ceux-là même racontés au sein de ses pages économie. Une grande épopée journalistique, une vibrante galerie de personnages aussi ternes que hauts en couleurs, une belle promenade à Rome, un extraordinaire roman-fleuve qui représente quasiment tout ce que je n'aime pas en littérature et que j'ai pourtant trouvé bien écrit, assemblé et titré. Et, de surcroit, avec un humeur subtilement cynique.

 

 

 

La première photo (paysage) est la création de Catherine Foyot, photographe dont vous pouvez accéder au site officiel en cliquant sur la photo ou dans la rubrique liens "Pour passer le temps".

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Tournée 2011/2012 : Zazie en concert à la Médoquine

Publié le par Sébastien Almira

 

ATTENTION SPOILERS

setlist / info / photos

 

En fin d'année, Zazie publiait son septième album (critique ici), projet incompris au succès incomplet. Ce fut l'occasion pour moi d'acheter ma place de concert, pour la troisième fois.

La première, c'était à Marseille pour le Rodéo Tour en 2005, au Dôme, 8500 places, 6000 vendues. L'ambiance y était électrique, le show envoutant ; le blanc prédominait et, avec l'intro, laissait voir une scénographie stylisée, bien qu'assez peu travaillée ; la setlist était parfaite bien qu'un peu courte.

La deuxième, c'était à Bordeaux pour le Totem Tour en 2007, à la Patinoire Mériadeck, 5500 places, pas toutes vendues non plus. L'ambiance était morne passé le premier mètre de fans devant la scène, Zazie faisait preuve d'une étonnante vitalité dans un concert qui évoluait entre tubes mettant le feu (dans le premier mètre) et certaines de ses plus belles ballades.

Deux concerts quasiment parfaits, qui me faisaient acheter ma place sans crainte, priant au passage une nouvellement fan et un non fan de m'accompagner.

 

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Pour cette tournée, Zazie a choisi de ne faire que des petites salles pour enlever de ses oreilles les petites machines à sons et se retrouver vraiment avec le public. Je rajouterai un argument commercial dévalorisant, Zazie ne remplit pas les grandes salles. Et c'est bien la preuve que le public ne lui donne pas la place qu'elle mérite. Mais passons ! D'une quarantaine de dates au départ, la tournée a pris l'ampleur d'un marathon : 92 dates pour le moment étalées sur un an, et dont une bonne partie sont complètes ! Et hier soir, c'était la troisième, la Médoquine à Bordeaux.

 

C'est là que je me suis encore retrouvé au premier rang.

La première surprise fut l'entrée sur scène. La musique commence sur Plus fort (instrumental électro ou les paroles tiennent en une phrase toutes les minutes : attention, ça va être plus fort) alors que les lumières sont toujours allumées, enchaine avec FM Air, et Zazie et ses musiciens entrent par la droite de la scène en marchant, tout simplement.

La deuxième surprise fut la tenue de Zazie. Non que je ne soit pas habitué à la voir chanter en jeans, mais cette fois elle portait des chaussures. Pour chanter Les pieds nus, avouez que ce n'est pas top.

Dès le début, la chanteuse met l'ambiance, plus qu'à la Patinoire, malgré deux fois moins de public. FM Air, chantée pour la première fois sur scène, est un pur délice ; Gomme et Des Rails suivent et le bonheur continue avec Les pieds nus. Mais après je ne comprends plus ce qui se passe.

C'est la troisième surprise, et de taille : la setlist. Exceptés les trois premiers titres, la moitié du concert n'a pas été travaillée pour mettre l'ambiance et, même étant fan, je me suis ennuyé. J'étais là, même version que dans la précédente tournée ; Aux armes citoyennes, magnifique ballade féministe qui semble avoir rendu l'âme ici ; Le Dimanche, monologue de Dieu créant le monde que Zazie n'arrive pas à faire décoller sur scène ; La La La, ballade tout simple de l'album Zen, dans une version aux vertus anesthésiantes ; Zen, d'un ennui à mourir, ambiance feu de camps, tout le monde assis en rond, guitare à la main, plus molle que jamais ; Le Jour J, en duo avec son guitariste de petit ami, comme Zen.

On pourra reprocher aux deux suivantes de ne pas mettre le feu non plus, mais Je vous aime et Pas que beau ont le mérite d'être brillamment jouées et interprétées.

 

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Et là commence ce qu'on appelle un concert de Zazie, c'est-à-dire un concert où Zazie est capable de mettre l'ambiance sur n'importe quel titre. S'enchainent Être et avoir, Chanson d'amour, À copier cent fois (pas vraiment indispensable), L'addition (avec d'excellents arrangements), Avant l'amour et le medley que j'attendais avec impatience, parait-il qu'on dit mash-up : Rodéo et son recyclage, Amazone. Dommage qu'Amazone n'ait pas été plus utilisée. À partir de là, Zazie met vraiment le feu à chaque chanson. D'autant que suivent les terriblement efficaces Poupées zarbies et Rue de la Paix qui s'enchainent grâce à leurs claviers entêtants. Zazie se la rejoue pianiste du Totem Tour en interprétant Sur toi avant de faire sa première et habituelle sortie de scène.

 

C'est alors l'occasion d'imaginer les quatre ou cinq titres qui manquent pour finir ce concert en beauté et oublier la passade mortelle à laquelle on a finalement survécu après s'être demandé si on achèterait le DVD ou non.

Il manquerait bien Larsen, Un point c'est toi, Tous des anges, Sucré salé, Je tu ils, Tout le monde, Adam et Yves, Danse avec loops, Un peu beaucoup, Oui, Si j'étais moi, On éteint, Yin Yang (que j'attends désespérément qu'elle fasse sur scène), Polygame, Electro libre et, bien entendu, L'amour dollar, véritable tube de son dernier album ! Ça laisse le choix de faire un final génial. Mais Zazie en a décidé autrement, elle revient sur Je suis un homme (ben oui, elle avait dit que si elle la faisait pas, les gens seraient pas contents), enchaine avec Oui, puis l'ambiance se détend pour s'affaisser avec la jolie Trois petits tours qui était, et aurait dû rester, l'inédit de la tournée Zazie sème la Zizanie (Ze Live), avant de finir son concert par une version à la guitare de Tout le monde chantée par le public qui l'ovationne quelques instants avant qu'elle ne disparaisse comme elle était apparue.

 

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Alors, je suis perplexe.

Premièrement, le moins important : la scénographie est encore moins travaillée qu'auparavant, seuls quatre écrans en fond de scène projettent parfois quelques images (surtout des fleurs et des formes géométriques) souvent pompées sur Totem Tour. D'accord, c'est une tournée des petites salles, la scénographie est ramenée au minimum, l'artiste prime sur le reste... Mais quand même, avec la thématique de la maison sur l'album, il y avait de quoi faire !

Deuxièmement, pas très important pour vous : mais j'étais quand même coincé entre un mec de cinquante ans qui secouait la tête à s'en briser les cervicales même les titres les plus lents et un jeune dont l'ambition était certainement de devenir chanteuse de variété, qui me montrait l'étendue de son talent au gré des timbres de voix de Zazie. Et tout y passé.

Troisièmement, le dernier point, primordial : la 7list. Ne croyez pas que je râle seulement parce que mon titre préféré de l'album 7 n'y figure pas. Mais sérieusement, pourquoi six chansons d'affilée qui foutent une ambiance d'enterrement ? Pourquoi À copier cent fois, sans aucun intérêt sur scène ? Pourquoi un final en queue de poisson (qui nous a toutefois permis de voir sa fille, Lola !) ? Au moins quatre titres (J'étais là, Aux armes citoyennes, La la la, À copier cent fois) auraient pu être remplacés par des titres plus stimulants ou plus intéressants musicalement : L'amour Dollar, Electro libre, Danse avec les loops, etc. Et Zen aurait mérité une meilleure version. Il n'en a pas eu de bonne depuis Ze Live en 2002... Comme on dit, pour son plus grand tube, ça craint ! Et pour finir, quid de l'habituel bonus « 1 inédit + 1 reprise » ? D'accord, c'est un cadeau de Zazie, pas un dû, mais on s'y habitue et ça manque !

 

 

Voilà, tout ce long article pour dire que je suis perplexe, que Zazie est toujours en forme, qu'elle sait mettre l'ambiance, qu'elle est humaine et proche de son public, mais qu'elle s'est chiée sur la setlist et que la scénographie est tellement faible qu'elle en devient inutile, ce qui en fait un concert quelque peu bancal. Vivement le prochain.

 

La deuxième photo a été empruntée au site It's Pop ! (cliquez sur le site pour accéder à son article sur le concert à Colombes)

La troisième photo est extraite du Totem Tour. (pas trouvé d'autres photos ^^)

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Rio ***/ Rango ****

Publié le par Sébastien Almira

Deux films d'animation aujourd'hui, d'un genre différent, mais tout deux délicieux !

 

 

rio.jpgLe premier, "à partir de trois ans" selon le site Allociné, raconte l'histoire de Blue, un perroquet bleu originaire du Brésil, qui voit son quotidien bien réglé s'effondrer lorsque sa maitresse et lui apprennent qu'il peut sauver sa race d'une extinction imminente. En effet, il en est le dernier mâle. Exit Minnesota ! Hola Rio ! Le tout petit problème, c'est que Blue ne sait pas voler. Alors, forcément, côté humour, la partie s'annonce gagnée pour le créateur de L'Âge de Glace qui signe là une excursion remarquée dans la jungle tropicale. Le reste est également à la hauteur de sa célèbre trilogie, action (qui tient presque du thriller) et romances (en tout genre !) sont au rendez-vous, les personnages (humains, oiseaux, chien, singes) sont hauts en couleurs (qu'ils soient du côté des gentils ou des méchants), les décors époustouflants et les images très soignées.

On évite avec Rio ce qui arrive trop souvent avec l'animation actuelle : les clichés, les déjà-vu et l'ennui. Un très bon dessin animé à voir en famille, et même entre amis, il n'y a pas d'âge pour découvrir Rio !

 

 


 

 

rango.jpgLe second commence par une étrange scène, mi-philosophique, mi-film-d'auteur. Pendant cinq bonnes minutes, on se demande si on ne s'est pas trompé de salle, si la bande-annonce n'a pas menti, si on regarde bien un dessin animé pour enfants.

Finalement oui, il s'agit bien du dessin animé vendu par la bande-annonce (qui n'explique en rien la trame d'ailleurs, mais qui pose simplement les codes esthétiques et humoristiques du long-métrage), et c'est une réussite visuelle. Mais celle-ci est plus à destination de grands enfants et d'adolescents, comme en témoigne l'équipe de choc chapeautée par Johnny Depp. Ici, il faudra comprendre les questionnements philosophiques de Rango, lézard sorti par accident de sa vie en aquarium absolument palpitante, les relations "Nord"/"Sud" et l'évolution des pays émergents dont les populations sont laissées à l'abandon au profit d'une quête de modernité rêvée ainsi que les multiples clins d'œil aux films de l'idole des adolescentes et jeunes adultes, aux westerns de légende et à bien d'autres encore !

De plus, Rango le justicier œuvre dans un western à la bande originale qui fait des ravages : grands classiques de western, grandes musiques classiques (tout court) et même les Black Eyed Peas, sont conviés à la nouvelle tuerie de Hans Zimmer !

 

 

Quasiment impossible de départager ces deux films tant ils sont de qualité. Cependant, Rio ravira plus les petits et Rango, malgré des débuts déstabilisants, voire décourageants, ravira les grands petits et les petits grands.

 

 


 

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Daniel Glattauer, La septième vague, roman épistolaire, 350 pages, Grasset, avril 2011, 18€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

Emmi Rothner et Leo Leike sont de retour ! Un an après la traduction de Quand souffle le vent du nord, Grasset nous offre la suite tant attendue des amourettes épistolaires du couple mystère !

 

glattauer-7e-vague-204x300.jpgCar Emmie et Leo ne se sont jamais vus ! Ils ont passé des mois entiers à converser par mail suite à une erreur de destinataire pour la clôture d'un abonnement à un magazine féminin. Ils se sont découverts l'un l'autre, ont appris à s'apprivoiser, à se rejeter aussi, avant de tomber amoureux. Mais Leo sort d'une relation difficile et Emmi est mariée.

Cela peut vous sembler niais à souhait, et c'est totalement normal, mais je l'ai dit dans ma critique du premier (ici), je le redis haut et fort pour ce second roman traduit en français : il ne s'agit pas de sous-littérature affreusement plate et niaisement mielleuse, il ne s'agit pas d'un copier-coller de Marc Lévy. Je suis un homme, je n'aime pas le romantisme à deux balles, je n'aime pas les romans de gare pour jeunes femmes en quête d'une culture incertaine ou pour grands-mères recluses à la campagne. Et pourtant, j'ai aimé, et même beaucoup, Quand souffle le vent du nord et La septième vague. Ce n'est donc pas qu'une affaire de filles, et pas assez mièvre pour dissuader des lecteurs avertis !

 

On pourra reprocher à l'intrigue de ne pas bousculer les codes instaurés dans le premier volet des aventures mailesques d'Emmi et Leo. Et on pourra le faire non sans raison : l'originalité n'est pas le point fort de ce second volet. Considérons plutôt qu'il s'agit plutôt d'un gros roman de 700 pages qui aurait été indigeste et que l'auteur a bien voulu, pour notre santé, couper en deux. Ici, l'histoire continue comme si l'on avait pas refermé Quand souffle le vent du nord, comme si l'on avait pas quitté Emmi et Leo pendant un an. Sauf qu'on a justement eu un an pour se reposer et attendre la suite. Et la pilule passe mieux, elle passe même très bien !

 

glattauer2.jpgJe ne savais d'ailleurs pas qu'une suite était prévue en France, ni même qu'elle existait. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je l'ai découverte en librairie la semaine dernière :! Et je n'ai pas été déçu. J'avais certes l'impression de m'empêtrer dans la même histoire, mais j'ai su si Emmi quitterait son mari, qu'elle n'aime plus que pour sauver l'équilibre familial de ses enfants, si les deux tourtereaux s'avoueraient leur amour, s'ils se rencontreraient enfin et ce qu'il adviendrait de leur relation. Et la fin ! Quelle fin ! On pouvait s'attendre à pas mal de scénarios mais aucun ne prend le dessus sur un autre jusqu'aux derniers mails, pour notre plus grand plaisir !

Comme l'an dernier en pleines vacances à Londres, j'ai de nouveau passé trois jours de lecture parfaitement agréables (pas parce que je lis lentement, mais parce que j'ai d'autres choses à faire et que je veux faire durer le plaisir autant que possible !). Et je vous les souhaite !

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Pascal Fioretto, maître de l'humour ! (dossier, partie 1)

Publié le par Sébastien Almira

En période faste pour la littérature sur mon blog (l'envie de lire n'est pas toujours là...), je vous propose un petit dossier sur Pascal Fioretto, auteur de pastiches hilarants chez Chiflet et Cie. Au programme,  une mini-bio, les critiques de ses livres et deux petites interviews sur la publication du premier ouvrage. La première, de l'auteur ; la seconde, de son éditeur Jean-Loup Chiflet. Tout ça en deux parties parce que je n'arrive pas à me sortir de la tête l'idée que si je publie un article trop long, vous ne le lirez pas... (traduction : je n'aime pas lire d'articles trop longs, alors j'imagine que tout le monde est comme moi. Moi, prétentieux ? Pfff !)

 

 

BIOGRAPHIE

fioretto1.jpgJe viens d'apprendre en me renseignant que l'intéressé est né le 30 avril 1962 à Saint-Etienne. Ces deux articles seront donc l'occasion de fêter dignement son anniversaire, même si son demi-siècle en 2012 aurait mieux convenu à la fête. Mais je ne vais tout de même pas attendre encore un an avant de publier un article littéraire !

Reprenons ! Pascal Fioretto n'est jamais content.

Non content d'avoir eu son bac S, il passe un bac L. Il choisit finalement les sciences et sort diplômé de l'École Nationale Supérieure de Chimie de Montpellier. Mais il ne quitte pas pour autant le monde littéraire puisqu'il fonde un journal étudiant dont son site officiel tait le nom ! Il intègre par la suite le gang des pastiches Jalons avant de se faire repéré par Marcel Gotlib et Bruno Léandri qui le font rejoindre l'équipe de Fluide Glacial. Il plaque alors un jo inintéressant pour (sur)vivre de « négritudes littéraires et de piges volantes » (cf site officiel).

Non content d'être journaliste, chroniqueur, nègre littéraire et scénariste, Pascal Fioretto se met à écrire ses propres livres. Mais il n'a nulle intention d'écrire des romans comme il en existe des milliers. Non, il préfère prendre ces romans comme il en existe des milliers et les transformer.

 

 

GAY VINCI CODE (roman + dico Gay/Français, 210 pages, Chiflet et Cie, 15€, Pocket, 6€) *****

fioretto2.jpgÀ grands renforts d'humour, il pastiche ainsi le best-seller Da Vinci Code de Dan Brown. L'Opus Dei devient l'Oups Dei ; le Louvre, le Musée des Arts et Traditions Homosexuelles (le MATH). Robert Langdon est remplacé par Charlus Glandon, spécialiste mondial des icônes gays et il n'est plus aidé par une jeune et jolie potiche mais par son neveu Cédric, journaliste à Tutêt. Lorsque le conservateur du MATH est assassiné, la fine équipe mène l'enquête, tentant de découvrir quel secret cachait-il, qui est cette drag-queen tueuse qui terrorise les saunas, les bars à moustaches et le KFC des Halles, et enfin, que vient faire une chanson de Dalida dans cette affaire qui risque de faire tomber des masques, des têtes et des croyances idiotes. Décidément, Léonard de Vinci n'a pas tout dit !

 

Pas convaincu ? Laissez-moi citer la quatrième de couverture :

« Homophile pratiquant, hétéro de progrès, homophobe bourru(e) ou simple citoyen(ne) sans opinion... chacun et chacune sera forcément emballé(e) par ces folles aventures à travers le Gay Paris dont cet irrésistible polar révèle les plus hilarants dessous. »

 

Toujours pas convaincu ?

« If you read ONE book, read this ONE ! » Oscar Wilde

« Tellement plus drôle que Brockeback Mountain ! » Henry Chapier

« Vous n'aurez pas bientôt fini de décoder ? » Léonard de Vinci

 

Après un beau succès de librairie en grand format, Gay Vinci Code est enfin sorti en livre de poche. En fait, c'est surtout après la publication de Et si c'était niais, moins choc, que son premier roman a eu la chance de paraître en poche. Pourquoi je fais cette remarque ? Parce qu'un livre se vend généralement mieux en version de poche, à un coût moindre. Un grand format a malheureusement beaucoup de chance de passer inaperçu en librairie, il suffit qu'il s'agisse d'un auteur inconnu, le libraire commande un seul exemplaire et le livre se retrouve directement en rayon où personne ne le verra jamais. Pocket a attendu qu'un livre "plus normal", "moins choquant" du même auteur paraisse pour publier dans son catalogue Gay Vinci Code. Et à la Foire du livre de Brive, le résultat était le même. Le public a attendu la parution de Et si c'était niais pour se faire dédicacer un ouvrage par Pascal Fioretto. L'année d'avant, lorsqu'il n'y avait que Gay Vinci Code, sa couverture rose et son gros "GAY" sur la couverture, j'ai vu des visiteurs faire un écart en passant devant le stand de Chiflet et Cie. Belles mentalités au XXIe siècle. Alors je le dis haut et fort. Et en rose, s'il vous plait ! Arrêtez vos sottises, les gens, et lisez ce putain d'bouquin, qu'est franchement génial !

 

 

MINI-INTERVIEW DE JEAN-LOUP CHIFLET

fioretto3.jpgQuel est votre rôle au sein de Chiflet et Cie ? Comment en êtes-vous arrivés là ?

Je suis directeur général. Après trente ans chez Hachette et Larousse, j'ai créé ma propre maison.

Comment choisissez-vous les premiers romans que vous publiez ? A combien peut se monter le premier tirage ?

Je ne publie pas de romans, mais des livres d'humour. Le premier tirage se monte à 3000 ou 4000 exemplaires.

Si un premier livre n'obtient pas le succès escompté, prenez-vous le risque de publier le second d'un auteur qui vous tient à coeur ?

Oui.

A combien se monte l'investissement pour le lancement d'un premier livre ? Pour un auteur confirmé ?

Confidentiel.

Quelles sont les figures de proue de Chiflet et Cie ?

Albert Agoud, Pascal Fioretto et Bruno Masure.

 

 

MINI-INTERVIEW DE PASCAL FIORETTO (qui a répondu à mon interview par écrit, au stylo rouge, avec des flèches et dans tous les sens, d'où les réponses éclatées)

fioretto4Comment s'est passée la publication de votre premier roman ? Etait-ce le premier envoyé ? L'aviez-vous envoyé à plusieurs éditeurs ? Etaient-ils préalablement choisis ?

Bien. Non, le quatrième. Non. Oui.

Est-ce que votre éditeur vous a proposé un contrat ? Envisagez-vous cela comme une assurance d'être publié ou, au contraire, comme un manque de liberté ?

Non.

A-t-on voulu y apporter des modifications ? Lesquelles ? Avez-vous accepté ou refusé ?

Quelques conseils m'ont été donnés par le directeur éditorial de l'ouvrage. Je les ai acceptés et appréciés.

Si votre éditeur veut par exemple supprimer un passage de votre livre, acceptez-vous ou bien est-ce lui qui se plie à vos exigences ?

Ca se négocie, mais c'est moi qui ait le final cut.

Avez-vous déjà écrit pour votre éditeur, ou un autre, un ouvrage de commande ? Si oui, est-ce plus facile à écrire qu'une idée personnelle ?

Oui. Oui, c'est plus facile à écrire qu'une idée personnelle.

 

 

Pascal Fioretto, site officiel.

Chiflet et Cie, site officiel.

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Zucchero ancora meraviglioso !

Publié le par Sébastien Almira

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Zucchero, pour moi, c'était Senza une donna, magnifique duo avec Paul Young et l'album Spirito Divino (di vino ?) que mon père écoutait souvent, un album de duos (Zu and Co), un best of et une chanson pour les Bronzés 3 (Baila Morena). En cherchant sur internet, je me rends compte qu'il a selon Wikipedia déjà une vingtaine d'albums à son actif !

 

Je vais donc faire l'impasse sur un résumé de sa carrière et plonger directement dans son dernier album, Chocabecq, paru il y a quelques mois.

Comme d'accoutumée, le disque est partagé entre ballades et titres plus énergiques. Le rocker italien n'est pas fan de musique électronique et vous en trouverez très peu, voire pas du tout, sur ce disque qui ne verse pas dans l'originalité mais qui a le mérite de s'écouter d'un bout à l'autre sans s'ennuyer. Les ballades font la part belle aux cordes, au piano et aux guitares dont l'ensemble fait parfois penser à un grand orchestre symphonique (Un soffio caldo). Certaines versent dans la sobriété, comme le titre Someone else tear's sans pour autant être dénuées d'intérêt. Quel plaisir d'entendre sa voix vriller dans les aigus et les graves ! C'est là son côté romantique.

Mais lorsque les basses retentissent, c'est le rocker qui prend le pas (Vedo Nero, Chocabecq, etc.). L'énergie est toujours au rendez-vous, Zucchero envoie toujours même si on peut regretter le peu de morceaux dansants.

On entend toujours par-ci, par-là, des cris d'enfants qui jouent, des bruits de basse-cour, en fond, ce que je ne comprends pas forcément. L'album Spirito Divino montrait des légumes et autres animaux sur sa couverture, ici il y en a encore à l'intérieur !

Les habituels chœurs et chorales ont toujours leur place chez Zucchero. On assiste à de belles envolées lyriques, des choristes aussi bien que du chanteur et on n'est jamais loin du magnifique Il volo.

 

Vous l'aurez compris, Zucchero ne fait pas dans l'originalité, il ne révolutionne ni la musique, ni la sienne. Mais c'est un grand artiste qui sait faire de la musique. Et son Chocabecq est aussi bon que Spirito Divino, pourtant absolument divin ! Coup de cœur pour Alla fine, Vedo nero, Soldati nella mia città et Un soffio caldo.

 

 

 

Ascoltare Alla fine :

 

 

 


 

 

 

Ascoltare Vedo Nero :

 

 


 

 

Zucchero en tournée en France :

Jeudi 12 mai 2011, Zénith de Paris

Vendredi 13 mai 2011, Zénith Arena de Lille

Jeudi 26 mai 2011, Galaxie d'Amnéville

Lundi 04 juillet 2011, Arcadium d'Annecy

Mercredi 13 juillet 2011, Pinède Gould à Juan les Pins

(festival au cadre magnifique, pinède autour et mer derrière la scène)

 + Suisse, Belgique, Italie, Allemagne, Autriche, etc.

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Sex Friends * VS Black Swan ****

Publié le par Sébastien Almira

 

sex-friends.jpgSex Friends, de Ivan Reitman, avec Nathalie Portman et Ashton Kutcher, 1h45 *

Voilà une comédie pour ados américains dont on ne comprend pas pourquoi la talentueuse et éblouissante Nathalie Portman a accepté d'en être le seul argument valable. Non, les fesses d'Ashton ne valent pas le coup, mesdames, je pourrais vous montrer les miennes que vous seriez plus satisfaites !

Emma et Adam sont des potes de baise (pas de grossièreté, une simple traduction du titre !), c'est bien clair entre eux. Surtout pour Emma. Car il en faut forcément un pour tomber amoureux de l'autre. Ce qui fait peut-être la seule originalité du film, c'est que c'est le mec qui s'y colle ! L'amoureux transi se fait refouler dès qu'il dépasse la ligne fixée par la belle Emma. Jusqu'au jour où... Car, en bonne comédie américaine, il y a bien un « jusqu'au jour où... ».

J'ai ri de bon cœur deux fois : 1. scène de quiproquos avec les colocataires avec qui Adam pense avoir couché pendant la nuit où, complètement saoul, il a atterri chez Emma / 2. scène où Emma, complètement saoule, dévale les escaliers d'un hôtel chic en hurlant « Taxi ! Taxi ! » puis, une fois à l'intérieur « Emmenez-moi chez Adam ! Emmenez-moi chez Adam ! » / comme quoi il n'y a que l'alcool qui fasse rire dans cette comédie qui, comme toute comédie américaine qui se respecte, n'apporte strictement rien au cinéma.

 

black-swan.jpgBlack Swan, de Darren Aronofsky, avec Nathalie Portman, Vincent Cassel et Mila Kunis, 1h45 ****

Nina (Nathalie Portman) est danseuse au New York City Ballet mais doit se contenter de rôles de figuration, au grand dam de sa mère qui, faute d'avoir eu son tour, fait le maximum pour sa fille, jusqu'à l'étouffement. Mais quand l'ambigu Thomas (Vincent Cassel) annonce que le ballet présenté à la rentrée sera une innovante version du Lac des Cygnes, chacune n'y voit que l'occasion de sortir de l'ombre. Et c'est là que la bataille entre Nina et la nouvelle recrue (Mila Kunis), la belle et sensuelle Lily, commence. Nina voit là le rôle de sa vie et est prête à tout pour le décrocher, jusqu'à se confondre avec le double personnage qu'elle doit jouer : le cygne blanc et le cygne noir.

Darren Aronofsky est le réalisateur de Requiem for a dream, autant mémorable que je l'ai trouvé détestable. C'est donc avec appréhension que je voulais voir Black Swan, et c'était surtout pour Nathalie Portman qui m'avait envouté dans V pour Vendetta. Et là, il n'y a pas de doute, mettre la jeune actrice au même niveau que Mery Streep et Glenn Close ne peut m'être reproché. Il n'y aurait qu'elle dans le film que ce ne serait pas grave ! Elle porte à bout de bras, avec une subtile incandescence et un talent indéniable, ce film monstrueux sur les affres du monde du spectacle et du dépassement de soi et mérite amplement son oscar. Il est amusant de remarquer que le réalisateur (la production ?) pense également qu'elle seule porte le film. Telle une égérie d'Almodovar, elle apparaît de toute sa splendeur sur l'affiche, ne laissant de place pour rien ni personne d'autre.

La dureté de certaines scènes m'empêcheront de revoir Black Swan de sitôt mais pas de le considérer comme un Grand Film.

 

Il est idiot de comparer ces deux films, j'en conviens. Mais, comme pour Au-delà et True Grit avec Matt Damon, c'est l'actrice qui est ici au cœur du face à face. Inutile de conseiller l'un plus que l'autre, il s'agit ici d'une question de public. Mais, en toute objectivité, Sex Friends ne vaut pas grand chose à côté d'un monument où l'actrice aux multiples facettes (de Léon à V pour Vendetta, en passant par Star Wars ou encore My Bluberry Nights) montre l'étendue de son talent de manière éclatante et incontestable.

 

 

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Au-delà * VS True Grit ****

Publié le par Sébastien Almira

 au-dela.jpgAu-delà, de Clint Eastwood, avec Matt Damon, Cécile de France, 2h08 *

Clint Eastwood, pour le jeune que je suis, c'était quelques westerns que mon père regardait et une cassette VHS de Créance de sang, adapté d'un roman policier de Michaël Connelly il me semble, il n'y a encore quelques années. Puis vint Million Dollar Baby que j'hésitais à voir et que je n'ai toujours pas vu et, enfin, la révélation : Gran Torino. Mon chef d'œuvre de l'année 2009 avec Slumdog millionnaire.

Quand vint Invictus, je me dis que l'intrigue ne me tentait pas assez pour risquer d'être déçu de mon nouveau chouchou. Je pensais la même chose depuis janvier pour sa dernière réalisation, où il ne joue pas l'acteur, Au-delà, mais je ne m'y suis pas tenu et, une semaine après l'obtention de ma carte illimitée, je me retrouvai en salle obscure pour le voir.

J'ai eu froid. J'ai eu faim. C'était long. Très long. La scène d'ouverture avec la tornade est époustouflante. Le reste est assommant à souhait. Les acteurs ne se payent même pas le luxe de bien jouer, surtout les Français. Les trois histoires, dont l'une a plus des allures de documentaire que de film, s'éternisent dans leurs moindres recoins, et finissent par se rejoindre comme par hasard (vu le thème du film, l'expression « comme par magie » serait plus de mise...). Vous l'aurez compris, Gran Torino n'a pas à avoir peur, ni même à trembler, devant ce fastidieux rejeton. Même Matt Damon ne sauve rien.

 

watch-true-grit1.jpgTrue Grit, de Joel et Ethan Coen, avec Jeff Bridges, Matt Damon, 1h50****

Les frères Cohen, pour le jeune que je suis, c'était Ladykillers. Et je crois que c'est tout. Je l'avais vu, acheté en DVD, revu encore et encore, jusqu'à m'en lasser. Puis ce fut Burn after reading. Non je ne connaissais pas Fargo, ni The Big Lebowski, non je n'ai pas vu No country for old men. Mais je vais rattraper mon retard, The Big Lebowski m'attend d'ailleurs dans ma vidéothèque depuis trois semaines.

Puis vint True Grit. La bande-annonce prêtait à sourire, Jeff Bridges semblait monumental, la jeune Hailee Steinfield paraissait stupéfiante de talent et le western n'avait pas l'air d'un ennui mortel. Je décidai donc de l'ajouter à ma liste de films à voir. Et quand ce fut chose faite, je ne regrettai pas ! Les frères Coen sont des génies ! Ils passent d'un genre à l'autre sans crier gare et surtout, sans manquer de talent. Jeff Bridges et Haylee Steinfield sont effectivement monumental et stupéfiante de talent. Même Matt Damon, que je n'apprécie pas plus que ça, est étonnamment bon.

Il serait temps de vous narrer un minimum l'histoire. C'est simple, Mattie Ross, 14 ans, veut venger la mort de son père. Elle est prête à engager le pire des chasseurs de prime (Jeff Bridges) pour retrouver l'idiot qui l'a lâchement assassiné. Mais LaBoeuf (Matt Damon) est également sur les traces de celui qui se révèle être recherché pour beaucoup plus de meurtres. Rivalités, accords secrets et trahisons sont au programme de ce western bourré de finesse, de plans inouïs, d'humour noir et d'adrénaline !

Les célèbres frères se plaisent à répéter à qui veut l'entendre qu'ils n'ont pas fait un remake du film 100 $ pour un shérif de Henry Hathaway, avec John Wayne, qu'ils ne considèrent pas comme un bon film, mais une adaptation du roman éponyme de Charles Portis, que les Inrocks, eux, ont trouvé "un peu fade".

 

 

Alors entre ces deux films dont le seul lien est Matt Damon, il n'y a vraiment pas photo. True Grit a tout pour devenir mythique, Au-delà a tout pour sombrer dans l'oubli (excepté pour Marion). Allez, pour la peine, une deuxième affiche ! Parce que, celle-là, je la trouve franchement canon !

 

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Aphrodite, Les Folies Tour : Kylie believes in me !

Publié le par Sébastien Almira

 

ATTENTION SPOILER PHOTOS VIDEOS INFOS

Si vous allez la voir prochainement et ne voulez rien savoir avant, ne lisez pas, ne regardez pas !

 

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Comment raconter ce qui s'est passé vendredi ? Comment dire la magie, l'étonnement, l'émerveillement, les rires, la beauté ? Je sens que ça va être difficile et je vais tâcher de rester objectif.

 

D'abord, il y a eu l'attente, dehors. Parce que, places en fosse obligent, on voulait quand même être tout devant. Puis l'entrée et la découverte de la scène. Et là, premier WOW. De chaque extrémité de la scène part un couloir descendant et se rejoignant au centre de la fosse pour former une scène ronde à hauteur plus humaine que la scène principale. Les scènes plongées dans l'arène, je connais. Mylène Farmer l'a fait en 2006 pour Avant que l'ombre... à Bercy avec une croix immense, reliée à la scène principale par un pont d'une dizaine de mètres qui descendait quand nécessaire, et en 2009 où un couloir aboutissait à une scène ronde au milieu des stades. Madonna l'a également fait pour le Confessions Tour avec un mince couloir amenant à une minuscule plate-forme ronde. Mais là, pas de couloir ridicule, non, l'ingéniosité rivalise avec la croix de Mylène Farmer. Le dispositif est énorme et prend une grande partie de la fosse. Je me dis : Kylie sera vraiment avec nous, parmi nous.

 

Ensuite, il y a eu l'attente, dedans. Un peu de musique, de l'ambiance. Un DJ à tête de tétard à lunettes en tee-shirt blanc et béret vissé sur la tête apparaît sans un signe, un bonjour, un regard. Il se fixe devant son ordinateur, passant du David Guetta, du Black Eyed Peas et du Kylie sans prendre la peine de remixer quoi que ce soit. Son set est catastrophique, ses seuls effets sont des coupures de son et des chansons avortées au bout d'une minute. Soulagement à son départ (sans un signe, un au revoir, un regard). Un problème technique retarde apparemment le début du concert et le tétard revient, se faisant cette fois véritablement huer. Mais il passe du son d'enfer. Malheureusement, il continue à couper le son et à changer de morceau aussi vite qu'il repartira sans applaudissement.

 

 

kylie02.jpgEt quarante minutes en retard, le show commence enfin. Oui, il s'agit là d'un show plus que d'un concert. Les rideaux tombent et la scènes apparaît, en colonnes de temple athénien. Le thème du show ? Comme l'album : Aphrodite. Donc, amour et mythologie sont au programme, à grands renforts d'eau en tout genre (écrans, mini-plages, fontaine géante, jets, etc.). Une imagerie masculine très sensuelle est également de mise. Mannequins torse nu sur écran géant (dont le boy friend de la miss, Andres Velencoso) et danseurs en sous-vêtements quasi en continue constituent un régal pour les yeux des filles et des gays ! Pour les hommes hétéros, il faudra repasser ! Quoi que, permettez-moi d'être vulgaire au moins une fois sur ce blog : putain, à 43 balais, qu'est-ce qu'elle est bonne !!

Et là, deuxième WOW ! Les danseurs arrivent de tout côté, du fond, des côtés, d'en bas. Dix hommes, huit femmes. Ça en fait du monde sur scène à danser, sauter, courir, jouer et tournoyer dans les airs. Car certains jouent l'acrobate. On s'impatiente de l'arrivée de la déesse et c'est quand on ne l'attend plus, occupé à découvrir les détails de la scènes et de la danse, qu'elle fait son apparition, telle Vénus sortant des eaux dans son coquillage, vêtue en grecque divine.

 

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En deux heures, elle porte huit tenues griffées Dolce and Gabbana, pas des plus originales mais en adéquation avec le thème sauf deux dont on se demande bien pourquoi Kylie les porte (une robe chouquette en papier aluminium aux reflets multicolores et un short en jean accompagné d'un haut blanc déchiré et un mini manteau de fourrure marron d'où dépassent quelques plumes oranges). Certaines tenues ne collaient pas très bien aux chansons interprétées. Par exemple, pourquoi s'est-elle entichée d'une robe noir type robe de mariée pour chanter Spinning around alors que la mini robe dorée apparue plus tard aurait bien mieux fait l'affaire ? Les tenues des danseurs sont souvent plus recherchées et travaillées. Enfin, devrais-je dire, les tenues des danseuses, car les mâles n'ont souvent droit qu'à des boxers ou des maillots de bain. Sur l'un des morceaux, les huit danseuses arrivent sur scène vêtues de robes blanches de haute couture, chacune différente et somptueuse (désolé, aucune photo à l'horizon...).

En deux heures, elle enchaîne dix chansons du dernier album, une dizaine de ses plus grands tubes (Better the devil you know, What do I have to do ?, Confide in me, Spinning around, Can't get you out of my head version rock, Wow, In my arms, etc.) et nous réserve quelques surprises. Comme une brillante reprise de There must be an angel d'Annie Lennox ou encore une touchante interprétation de la peu connue If you don't love me (face B de Confide in me).

 

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Parmi les moments forts du spectacle, l'ouverture dont j'ai déjà parlée, I believe in you où Kylie chantait à tue-tête « I believe in you ! And you ! And you ! And you ! » en pointant du doigt et regardant certains fans (dont moi,d'où le titre de l'article) ; Slow dans une flamboyante version jazzy qui s'étire en dance efficace dans une mise en scène splendide (plateau rond tournant et se soulevant quasi à la verticale – voir vidéo) ; Looking for an angel et Closer où un danseur noir apparaît tel un ange dans la première et où Kylie monte sur son dos afin de traverser la salle dans la seconde ; Better the devil you know (parce que c'est une de mes préférées !) après laquelle Kylie nous demanda ce que l'on voulait qu'elle chante, ce fut I should be so lucky, a cappella et sans fausse note s'il vous plait ! puis Your disco needs you, le tout en chœur et en parfaite osmose avec le public, conquis.

 

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Et enfin, le final. Moment fort qui méritait bien un autre paragraphe. C'est là que l'eau prend le pas sur le reste. Kylie est sortie des eaux et voilà que l'élément lui ouvre le chemin sur On a night like this afin qu'elle se rende sur la scène centrale où, plongée au milieu du public et (encore et toujours) de l'eau, elle entonne All the lovers, en baigneuse des années 30 coiffée d'un bonnet de bain perlé, pour clôturer son impeccable show. Là, c'est une pyramide humaine, qui n'est pas sans rappeler le clip, qui se monte sous nos yeux, avec danses lascives, acrobates mouillés et mouilleurs, clin d'œil coquin et regard langoureux du danseur qui s'approche dangereusement de nous !

 

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Bref, vous l'aurez compris, ce spectacle était intense, fabuleux, magique, sublime, dansant, éblouissant ! La liste pourrait être longue alors je m'arrête là. Nous avons passé deux heures magiques en compagnie de Kylie Minogue, qui chante en live, d'une voix puissante et étonnamment juste, qui fait l'effort de parler français lorsqu'elle s'adresse à nous, qui est ravissante, qui met l'ambiance et qui est humaine.

Ne vous méprenez plus sur Kylie Minogue, une vraie show woman qui n'a rien, mais vraiment RIEN à envier à Madonna. Vous ne me croyez pas ? Allez la voir ! Vous ne pouvez pas ? Attendez la sortie du DVD ! Promis, vous ne serez pas déçu.

 

 

BONUS / VIDEO OFFICIELLE / TEASER APHRODITE LES FOLIES TOUR

 

 


 

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Lucie Land, Good morning, Mister Paprika, roman, 210 pages, Sarbacane, Collection EXPRIM', mars 2011, 15 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Les disputes de couple ont parfois du bon. Hier soir, par exemple, je ne voulais pas remonter dans notre chambre, alors je suis resté de vingt-trois heures à deux heures du matin dans le salon à lire le nouveau roman de Lucie Land. La miss, qui a notamment enseigné le français dans des réserves indiennes et travaillé comme clown, vit aujourd'hui à Uzès, ville du Musée du Bonbon ! Après Gadji ! (Sarbacane, 2008), elle publie son second roman, Good morning, Mister Paprika.

 

 

Sur Bleu, on peut jouer au Bingo. C'est d'ailleurs certainement le seul jeu qui existe sur Bleu. Quand on gagne au Bingo, c'est la chance de passer 24 heures sur la Terre qui nous attend ! Certains en ont peur et sont bien contents de perdre à chaque fois mais ton voisin, lui, y est allé dix fois, et il était bien heureux ! Certes, il n'est pas revenu sur Bleu la dixième fois et on raconte qu'il a été envoyé sur Noir ou que la Terre a joué de ses pièges mesquins pour le détruire.

Toi, en attendant, tu viens de gagner pour la première fois au Bingo et ça te fout un peu les boules. Après tout ce qu'on t'en a dit... Seul ton voisin, Mister Paprika, semblait y trouver du bon. C'était d'ailleurs le seul Bleuté à avoir un surnom. Et encore, c'est toi qui le lui a donné lorsqu'il a renversé du paprika sur sa tunique bleue.

Lorsque tu arrives sur Terre, tu te choisis l'apparence d'un skateur aux cheveux mi-longs, le prénom Ashok et trois agresseurs comme groupe d'amis : Lili, à cause de laquelle tu comprends vite la signification de tomber amoureux (chose interdite sur Bleu), et ses deux frères Vic et Vladim.

Tu découvres les enfants, les femmes, les hommes, les vieillards, tous différents alors que sur Bleu, vous êtes tous semblables. De 0 à 120 ans, vous êtes les mêmes, même corps, même esprit formaté. Tu découvres des couleurs par millions, des nuances de bleu, de vert ou de rouge par dizaines. On vous avait pourtant mis en garde, les couleurs tuent les yeux, débloquent l'esprit, rendent fou. Tu découvres des odeurs à chaque coin de rue, le pain chaud, les poubelles, le parfum d'une femme, le tabac, etc. Tu découvres l'amitié, l'amour, la jalousie, la solidarité, la haine et la vengeance. Enfin, tu découvres ce que tu aimes le plus : les oiseaux. Mister Paprika t'avait appris à reconnaître les couleurs et les oiseaux. D'ailleurs, tu ne comprends pas pourquoi les Terriens n'aiment pas les pigeons !

Et tu te fais voler la montre qui te sert de liaison avec Bleu et sans laquelle tu ne pourras pas repartir. Avec tes nouveaux amis, Révolution (un grand blond portant un tee-shirt « Révolution ») et le pianiste (son cousin) dans les pattes, tu mènes, tambours battant, une enquête explosive pour retrouver le trans qui s'est enfui avec ta montre dans une Mercédes rose en perdant un sein en silicone !

Et tu découvriras de terribles révélations sur ta planète ! Couplé à ton amour pour Lili et le projet utopiste de Mr Paprika, tu te retrouveras alors face à un choix cornélien ! Mais je crains d'en avoir déjà trop dit...

 

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- La Brasserie des Nuages, ça te dit quelque chose ?

- Non, c'est où ?

- Près d'une église devant laquelle on mange de la soupe.

- Je vois, c'est sur mon chemin. Je te dépose, si tu veux ? Je dois aller retrouver des amis pour le sound check dans un club de jazz.

- Où ça ?

- Au Blue Pocket, sur le boulevard. On y joue cette nuit.

- C'est quoi, le jazz ? tu l'interroges.

- Le jazz... c'est la liberté.

- Et le sound check ?

- C'est pour régler techniquement tout ce qui est lié au son...

- Et club, ça veut dire ?

- Endroit pour initiés.

- Et initiés ?

- Laisse tomber.

(page 89)

 

Comme en témoigne l'extrait ci-dessus, l'intrigue promet plusieurs scènes drôles, comme ce fut le cas pour E.T., ou plus récemment pour Paul, parallèle un peu facile, je le concède. Grâce à Ashok et sa méconnaissance du monde terrien (exceptés les couleurs et les oiseaux), quiproquos et situations comiques sont à prévoir !

 

Avant de poursuivre dans une flatterie excessive, j'ai un reproche à adresser à l'auteure : sur Bleu, on apprend aux Bleutés, on le leur imprègne bien comme il faut dans la tête, que la Terre est dangereuse. Alors pourquoi leur faire gagner des voyages pour y aller, même vingt-quatre heures, et risquer qu'ils se rendent compte que ce n'est pas le cas ? Que sur la Terre, il n'est pas interdit de prendre des risques, souffrir, rire, réfléchir, fumer, douter, glisser sans but, hurler, croire ou ne pas croire, jouer, se toucher, prier, sentir, chanter, goûter, faire l'amour, etc. ?

 

Le point fort de ce roman est de mêler les genres avec brio. Sur l'argumentaire de la maison d'édition, on peut lire « Un Petit Prince version 2.0, avec un héros mi-lutin, mi-Candide, dans une fable philosophique pétillante » et « Poétique, légère et fluide, entre balade littéraire et enquête policière l'intrigue accroche jusqu'à la dernière page ! »

Et c'est vrai. Il y a du policier, il y a de la fable, il y a de l'utopie, il y a de la sciences-fiction, il y a de l'anticipation, il y a du documentaire, il y a de la recherche littéraire. Il y a de tout ça, mais il n'y en a pas trop. C'est là le talent de Lucie Land qui emprunte à tous les genres sans en abuser. Un peu d'anticipation, mais pas assez pour en faire un roman de sciences-fiction. Un peu de discours sur l'environnement, mais pas assez pour en faire une plaidoirie à la Green Peace. Un peu d'utopie, mais pas assez pour en faire un pamphlet philosophique à la Voltaire. Un peu d'enquête policière, mais pas assez pour en faire un polar ou un roman noir. Un peu de réflexion, mais pas assez pour nous ennuyer (de toute façon, il est interdit de réfléchir sur Bleu).

Non, ici, vous découvrirez la littérature comme Ashok découvre la vie sur Terre. De tout, dans tous les sens et avec tous vos sens !

 

« Plus je me sens seul, plus je me sens faire partie du monde terrien, tu penses en traversant. » (page 108)

 

 

 

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Merci aux éditions Sarbacane et à Anaïs pour l'envoi du livre !

 

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