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Mygale VS La piel que habito

Publié le par Sébastien Almira

Mygale, roman policier de Thierry Jonquet, 150 pages, Gallimard, Série Noire (1984), Folio policier (1995, réédition 1999), 5,70 € ****

La piel que habito, film de Pedro Almodovar, 2h, El Deseo (2011) ***

 

jonquet-2Pour sa deuxième adaptation littéraire, Pedro Almodovar s'attaque au culte et court roman noir de Thierry Jonquet, Mygale, où un célèbre chirurgien entretient une étrange relation avec une jeune et désirable femme qu'il ne laisse sortir de sa chambre que pour la prostituer et l'inviter dans des restaurants chics. Dès le début du roman, on fait face à trois narrations distinctes, sans liens apparents. Ève, enfermée dans sa chambre, passe son temps à dessiner et jouer du piano, lorsque Richard ne la sort pas. Car il s'agit bien de cela : Ève est sa chose, elle n'existe que par les désirs de son geôlier. On suit également deux jeunes hommes, le premier, Alex, est recherché par la police pour avoir braquer une banque tandis que le second, Vincent, est retenu prisonnier, mais tous deux sont dans la même situation qu'Ève : enfermés.

D'une plume élégante et froide, précise et neutre, qui sied bien à l'intrigue : chirurgicale, Thierry Jonquet met en place un climat inquiétant, hypnotique. On pénètre un cauchemar, trois même, sans savoir quand et comment ceux-ci se rejoindront. Une pépite, noire à souhait !

 

la_piel_que_habito-2.jpgOn comprend aisément que le roman ait plu à Pedro Almodovar, les thèmes et la noirceur du récit lui sied parfaitement. Il a cependant choisi d'adapter le roman assez librement, commençant par l'histoire actuelle d'Ève, se souciant du passé et des intrigues connexes seulement dans la seconde moitié du film. Le braqueur est toujours présent, mais son rôle a été réinventé. Le lien avec Ève n'est plus le même, il remonte plus loin, il fait exister d'autres personnages, d'autres scènes, d'autres liens. La figure maternelle, chère au cinéaste, fait son apparition, développant un pan de l'histoire d'Ève que Jonquet ne faisait que survoler. Mais cette fois, à la bienveillance habituelle des mères almodovariennes, il faut rajouter la destruction. Marisa Paredes joue de nouveau pour Almodovar et remplit le rôle de mère protectrice et destructrice à merveille.

L'ensemble est plus touffu, plus complexe, plus profond, mais en même temps la construction est plus bancale et rend le film paradoxalement moins profond. Les narrations connexes semblent jetées à la fin du film sans autre but que faire avancer l'histoire, alors que dans le livre, chaque narration a son importance et aucune ne se soumet à la supériorité d'une autre. Peut-être le film mérite-t-il d'être vu une seconde fois pour un meilleur jugement.

 

 

En attendant, chacun vaut le détour.

Mygale pour sa construction aussi froide et chirurgicale que l'écriture de Thierry Jonquet, pour le fil qui se dévoile au fil des chapitres, pour mieux nous glacer d'effroi devant une vérité à laquelle on était loin de s'attendre.

La piel que habito pour le jeu épatant des acteurs (Antonio Banderas, Marisa Paredes et la jeune et ravissante Elena Anaya), pour la profondeur psychologique de l'intrigue et des personnages, pour le suspense tout en finesse et la touche almodovarienne.

Les fins sont également différentes, alors ne choisissez pas : lisez Mygale, voyez La piel que habito et soufflez un bon coup.

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David Tavityan, Lorraine Super-Bolide, roman, 200 pages, Sarbacane, Collection EXPRIM', août 2011, 14 € **

Publié le par Sébastien Almira

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De David Tavityan, je ne connaissais que la couverture du précédent livre, Comment j'ai raté ma vie de super-héros. C'est donc vierge que je commençais Lorraine Super-Bolide.

 

D'abord, j'ai été conquis par la couverture. Il me semble que c'est la première fois qu'une couverture Exprim' me plait autant. Il faut dire que la fille est assez jolie et que le rose égaye l'ensemble. À l'intérieur, c'est un peu le même principe : heureusement que Lorraine est là !

Pour tout dire, je ne sais même pas si le livre m'a plu, ou bien si il ne m'a juste pas déplu. J'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire. Lorraine est « une fille de seize bougies taillée comme une sauterelle qui se sent pousser des ailes » lorsqu'elle vole des voitures pour rouler à fond la caisse sur l'autoroute, en ville ou en campagne. Elle a déjà « cinq bagnoles désossées, des fractures et un coma pour (sa) pomme ».

Son problème, c'est son père. Un « pauvre acteur frenchyde seconde zone à Hollywood » devenu ponte de l'industrie cinématographique, métier qui lui prend assez de temps pour l'empêcher d'être à la maison pour voir Lorraine grandir. Alors elle tente de se faire remarquer, de montrer sa détresse à son père. Par tous les moyens.

C'est ce que David Tavityan nous montre au début du roman, quelques scènes pour expliquer l'absence de « papa Gaby », les crises et les déboires de Lorraine (séjours à l'hôpital notamment). C'est un peu gros, un peu lourd, l'auteur en fait trop, je n'y croyais pas et ça m'a agacé.

 

« Pitoyable, il se met à pleurer. Mais je le connais bien, mon Gaby. Sur sa planète, il pleure d'un œil et rit de l'autre. Non pas qu'il soit vulnérable. Au contraire : ça le broie encore plus, de vivre ses joies et ses peines comme il le fait, en secret. Et rien que d'y penser, des frissons me saisissent. Le connaissant mieux que quiconque, je sais qu'une fois ce mélo consommé jusqu'au mot Fin, il retournera à des amours plus gratifiantes : son cinéma et ses studios. Tout en prenant garde à moi, d'un oeil, bien sûr. Comme il l'a déjà si bien fait, à l'issue de mes précédents crashs. » page 33

« Ça reste une histoire rock'n'roll, la mienne. Compliquée. À toujours faire des pieds et des mains pour montrer qu'on est là. Le bazar qui nous sépare, Daddy and me, c'est ce langage qu'il parle, dialecte si spécial de bisinessman, truffé de mots comme piastres, pépètes et milliards; je la connais par cœur sa musique de big sous qui tombent à toute heure dans son escarcelle, et pourtant je n'y entend toujours rien de clair. » page 34

« Souvent je voudrais devenir métal blanc, papier-monnaie, n'importe, pourvu que je représente assez d'intérêt à ses yeux ! Souvent, je me plais à me rêver en effigie de billets de banque. Serais bien au chaud, en dizaines d'exemplaires au fond de son portefeuille en croco, tournoyant entre ses mains, palpée à tout-va, adorée telle la déesse de l'oseille... » page 34

 

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De plus, l'adolescente use d'un langage très accrocheur mais vite éreintant :

« Une idée fabuleuse me dégèle. Jimmy, le stagiaire qui m'a coiffée la dernière fois et refilé son numéro. Il m'adore, qu'il m'a dit, m'avait même procuré de quoi me faire un petit rail de coco. Je l'télémuche, il décroche, on discute... encore raté : il me la prêtera pas sa caisse pourrie. M'invite à Eurodisney, pour se rattraper. Un vrai gamin, un qui n'a pas de quoi me ramener à la vie, aucun programme mortel & démentiel ! Pfff... »

Elle est ce qu'elle reproche aux autres : une gamine, puérile. Son parlé rapide, violent, jeune, colle parfaitement à son image et à l'image de la collection Exprim', mais fatigue vite. Les situations extravagantes dans lesquelles elle se met (elle parle de cul, boit tout l'alcool qu'elle peut trouver, est tellement folle de vitesse qu'elle se lance presque volontairement contre des murs, veut filmer Blanche-Neige et deux ou trois nains en pleine action, etc.) et le style, c'est-à-dire tout ce qui fait le roman, m'agaçait et je continuais non pas par plaisir, mais pour en arriver à bout.

Ensuite arrivent les androïds. Père riche oblige, un androïd s'occupe de la maison. Puis Lorraine, en mal d'amour, s'entiche de Captain Spirit, robot quasi humain aux facultés de mentaliste hors du commun, dont elle va tomber amoureuse. Mais comme le dit cet adage un peu naze : il faut se méfier de l'eau qui dort ! Car Captain Spirit va vite se révéler très bon dans d'autres domaines que le mentalisme et le sexe (oui, oui, Lorraine va coucher avec un robot !) : celui des catastrophes !

 

Le roman se termine en eau de boudin (oui, aujourd'hui, c'est le jour des expressions idiotes) et il plaira certainement à beaucoup d'autres, mais je n'ai pas été conquis par le tempérament extravagant, provocateur et explosif de Lorraine Super-Bolide (du personnage, comme du roman). Pas assez ancré dans la réalité, pas assez fantastique (et/ou fantasque). Pourtant rien de fondamentalement mauvais, l'univers est coloré et déglingué, et j'aime habituellement ça. Mais là, je n'ai pas été emballé plus que ça.

 

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Merci à Cécile et aux éditions Sarbacane pour l'envoi de ce livre !

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Gilles Martin-Chauffier, Paris en temps de paix, roman, 320 pages, Grasset, septembre 2011 **

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Si vous croyez tous les bons flics gauchistes, alcooliques, dépressifs et divorcés, cessez de lire des polars français. » page 25

 

Pour la deuxième année consécutive, je participe au projet Chroniquesdelarentreelitteraire.com, et j'étais tout aussi excité que l'année dernière au moment de recevoir la liste des ouvrages et de découvrir les nouveautés parmi lesquelles il me fallait choisir celle que je chroniquerai. J'ai jeté mon dévolu sur Paris en temps de paix, d'un auteur que je ne connaissais pas et qui a pourtant reçu le prix Jean Freustié pour Une affaire embarrassante, le prix Interallié pour Les Corrompus, le prix Renaudot des lycéens pour Silence, on meurt et le prix Renaudot de l'essai pour Le Roman de Constantinople.

Je ne souhaitais pas réitérer l'expérience précédente, à savoir que je n'avais pas aimé le livre choisi (La Triche, de France Huser). Et j'ai eu peur, lors de ma lecture, de devoir réécrire une chronique peu ou prou mauvaise, mais la fin du roman a rattrapé un milieu lassant et pataud.

 

La première scène nous plonge dans un lycée de banlieue où le commissaire Hervé Kergénéan, « qui passe selon ses propres dires pour un très bon flic alors qu'il n'est qu'un paresseux qui fait son malin et tire la couverture à lui », intervient avec un responsable de la RATP. Le proviseur est on ne peut plus mou. Sa méthode pour dompter les fauves des cités consiste à leur parler comme à de sages lycéens intelligents à qui l'on n'a rien à reprocher. Vite, quelques élèves prennent le dessus, « Mister Rap en personne » cloue le bec au proviseur et au responsable de la RATP, venu parler des dégradations incessantes dans les RER, la prof jubile et chuchote à l'oreille du commissaire que, désormais, seule la sonnerie de fin du cours les arrêtera. « Charmante, la quarantaine, mince, quelques cheveux blancs, elle avait l'air de la bourgeoise rangée et prudente qui se faufile à l'église », elle tape la discut au commissaire en même temps qu'elle lui tape dans l'œil. Et c'est à ce moment que Hassan Masrak, jeune rebeu à l'air intello malgré une canette de coca ouverte sur sa table, a pris la parole pour enterrer le discours polémique de Mister Rap. Kergénéan n'en revenait pas, manqua d'applaudir et Anne-Marie, la prof, était aux anges. Le jeune Hassan était en effet son chouchou.

 

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Loin de devenir vulgaire, l'écriture de Gilles Martin-Chauffier s'adapte parfaitement à l'ambiance du roman. Avec des allures de polar sur fonds de conflits religieux, le roman s'installe paisiblement dans le XVIIIe arrondissement de Paris et dans la cité Artois-Picardie. Kergénéan reverra Anne-Marie. Au restaurant d'abord, chez lui ensuite, dans un relais et châteaux à 800 € la nuit, etc. Yaël, une étudiante juive se fera agresser par une racaille de douze ans qui voulait lui voler son sac, lequel n'est pas inconnu des services de police. L'agresseur sera tabassé. Et enfin, le jeune frère de Yaël se fera enlever.

Tout semble prouver qu'une guerre des clans est déclarée. Les médias, les politiques, les habitants du quartier sont aux abois : les Juifs et les Arabes sont en guerre ! Paris n'est plus sûre. Mais Kergénéan est persuadé que, sous ses airs d'affaire aux conclusions déjà connues, se cache quelque chose d'autre. Il tente de démêler les fils avec ses hommes, Kerilis et son fidèle second J.R. Faisant face aux assauts du maire Jean-Pierre Homais, un socialiste incompétent prêt à toutes les façades pour faire croire au bien-être dans son arrondissement, du conseiller de Homais, véritable girouette tête à claques, de la ministre qui ne veut pas que soit déclenchée une guerre civile, de la Crim' à qui l'affaire a été remise, d'Anne-Marie qui joue à la bourgeoise bitch et du ravisseur qui a décidé de traiter directement avec lui, il reste calme, sûr que la vérité verra bientôt le jour et qu'il endossera, comme d'habitude grâce à J.R., la responsabilité et les lauriers d'une affaire remarquablement bien menée.

Mais comme dans toute affaire digne de ce nom, il faut savoir se méfier de tout le monde et protéger ses arrières. Je ne vais la jouer « Kergénéan saura-t-il déjouer les pièges de personnes malintentionnées qui gravitent autour de lui ?! Saura-t-il découvrir la terrible vérité ?! » Mais l'idée est là. Gilles Martin-Chauffier sait faire durer le suspense, distillant savamment quelques indices au fil de l'enquête. Un peu trop savamment peut-être car je me suis vite lassé.

 

Les scènes et les ficelles s'enchaînent comme elles se ressemblent, les préceptes à la con aussi. Si je m'amusais des traits d'humour de l'auteur (« on dirait un nazi dont Lutte Ouvrière aurait lavé le cerveau », « Aussi cadenassé que la recette des macarons de Lenôtre, le secret du charme de ces bourgeoises sexy ne passe jamais par exubérance »), je me suis vite lassé de ses aphorismes qui rendent le style prétentieux et lourdingue (« ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on fait tomber la température », « un chien a quatre pattes mais ne prend pas deux chemins à la fois », « on n'a pas besoin de vos lampes de poche pour éclairer le soleil » ou encore « on ne s'associe pas avec une oie blanche quand on cultive de noirs desseins »).

Au milieu du roman, j'ai eu l'impression de m'enliser et me suis ennuyé, commençant à sauter des lignes, puis des paragraphes entiers. Pas vraiment accro aux roman policiers, j'ai aimé que celui-ci n'en soit pas vraiment un, j'ai aimé l'humour et l'écriture simple de l'auteur qui collait parfaitement au récit, j'ai aimé les boutades lancées à la politique, aux partis et aux hommes politiques (il parle de plusieurs personnalités sans en cacher le nom), j'ai aimé la dimension politique du roman (sujet sensible des banlieues, rapport de la police à ces cités, politiciens aux apparences trompeuses, etc.). Mais ça n'a pas suffit à m'entraîner dans le roman de manière assez efficace pour en avoir une très bonne image. Celle que j'ai est plutôt pataude. J'ai bien aimé, mieux que le roman choisi l'an dernier, mais sans plus. Peut-être aurais-je plus de chance encore la prochaine fois !

 

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Un grand merci à Abeline de Chroniquesdelarentreelittaire.com et aux éditions Grasset pour ce livre.

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Kaoutar Harchi, L'ampleur du saccage, roman, 120 pages, Actes Sud, août 2011, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

harchi3.jpgAuteure de l'étrange et puissant Zone Cinglée (publié dans la collection Exprim' Sarbacane, à destination des 15-25 ans) où elle rejouait en banlieue une sorte de tragédie antique sombre et alarmante sur l'état d'une jeunesse perdue qui aspire à la lumière des villes, Kaoutar Harchi réunit les mêmes ingrédients dans son premier roman pour adultes, beau et terrifiant, publié en pleine rentrée littéraire, cette année chez Actes Sud.

 

 

« Héritiers maudits d'un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d'une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance », quatre hommes dont les liens ne sont pas connus de tous quittent Paris pour Alger. Ils tentent, chacun, de fuir, d'honorer la dernière demande d'une mère défunte, de retrouver un enfant ou encore de se recueillir sur les vestiges de l'atrocité commise trente ans auparavant.

Je ne peux en raconter plus sur ce texte court, de peur de vous dévoiler certains de ses mystères, dont les liens se dénouent au fil de ce voyage initiatique sur les terres originelles.

 

harchi2.jpg« Tandis que je rejoins Arezki, je vois tous ces mâles alignés le long des immeubles, qui fument toujours et encore. Juste pour oublier que le chômage et le célibat ont tout remplacer. Il faut le dire : la vie est un trafic d'objets courants vendus au marché noir contre quelques billets et les imams, les jours de fête, organisent des orgies interminables où les sexes opiniâtres ont l'odeur du poisson avarié. Dans ce pays comme ailleurs, les solitudes contemporaines naissent du prix exorbitant des bordels. » page 76

 

« Le temps est mort. Le peuple algérois, suspendu. Les abribus, les entrées d'immeubles et les trottoirs, les tavernes, les jardins publics, les abords des fenêtres et les parkings sont de vastes salles d'attente. En réalité, je crois que personne n'espère plus rien mais les corps, eux, demeurent figés dans l'expectative. Les yeux écarquillés, les bustes penchés vers l'avant, les bras tendus, eux, peut-être y croient encore...

Accordant des délais, des échéances. Pensent que les horloges exilées hors des terres retrouveront un jour le chemin du retour. Quant à moi, je compte tout ce qui est à proximité. Trompe des secondes qui ont déjà rompu. Et cette gangue lourde qui colle à la peau me rappelle que même le ciel est sans issue. » page 79

 

 

De sa plume bouleversante et sans appel, Kaoutar Harchi, vingt-quatre ans, il convient de le préciser, signe une vibrante fiction (« car les gens ne croient plus en la vérité mais seulement en la fiction, en l'invention d'un malheur qu'ils disent exagéré, faux, alors qu'il est le leur, le nôtre », page 118), dressant un constat au vitriol de l'Algérie contemporaine, dont les enfants sont voués à ne rien attendre de plus que leur misère. Des générations d'hommes et de femmes perdus, frustrés par une vie mortifère, une sexualité bridée, des interdits religieux et des traditions ancestrales auxquels la jeune Kaoutar rend un bel hommage, sans chercher à pardonner leurs crimes, mais en racontant leur histoire, aussi terrible soit-elle. Une des révélations de la rentrée, tout simplement magnifique.

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Amélie Nothomb, Tuer le père, roman, 150 pages, Albin Michel, août 2011, 16 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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« Allez savoir ce qui se passe dans la tête d'un joueur. »

Amélie Nothomb et son éditeur sont passés maîtres en matière d'uppercuts de quatrième de couverture. Ceux-là ne nous aident jamais à comprendre de quoi il s'agit mais ils nous donnent toujours envie de le découvrir. Il faut dire qu'Albin Michel est le roi des techniques commerciales. Chaque année, elles sont testées et approuvées : de mai à octobre, on sort l'artillerie lourde pour permettre à la maison de mitrailler les meilleures ventes (Pancol, Higgins Clarck et Cornwell avant l'été, Nothomb et Abécassis à la rentrée, Schmitt, Werber et Chattam dans la foulée).

Alors certes, Eric-Emmanuel Schmitt se disperse, écrit (du moins, publie) de plus en plus et trop souvent de la bombe anti-littéraire (comme en témoigne le médiocre et dégoulinant de bons sentiments Concerto à la mémoire d'un ange) ; les ventes d'Amélie Nothomb baissent d'année en année (voir l'article d'Audrey Chèvrefeuille) et Katerine Pancol ne publie pas tous les ans (heureusement !). Mais l'affaire n'en est pas moins hautement lucrative.

 

De la même façon qu'Albin Michel ne change pas une équipe qui gagne, je continue de lire et de chroniquer le nouveau Nothomb chaque année car sa régularité tant décriée ne me dérange pas. Au contraire j'attends impatiemment, chaque rentrée, de découvrir son nouveau roman !

Chez la romancière belge, il y a des hauts (tous ses romans d'Hygiène de l'assassin en 1992 à Cosmétique de l'ennemi en 2001, puis Acide Sulfurique en 2005, Ni d'Ève, ni d'Adam en 2007 et Une forme de vie en 2010), des bas (Antéchrista, Journal d'Hirondelle) et depuis peu, quelques romans moyens, qui ne convainquent pas, déçoivent par leur histoire ou leur fin ou encore se font trop vite oublier. C'est le cas (pour moi) de Robert des noms propres (pourtant lu deux fois, je ne parviens pas à me souvenir de l'histoire), Biographie de la faim, Le fait du prince et Le Voyage d'Hiver.

Je ne sais pas encore dans quelle catégorie se trouve Tuer le père. Il a des défauts mais n'est pas foncièrement mauvais. Son plus gros problème en fait, c'est qu'il s'oublie aussi vite qu'il se lit ! Et pourtant, le maquettiste maison a rendu copie parfaite : le corps 14 cerné de marge de plusieurs centimètres dans un petit format allonge la nouvelle nouvelle d'Amélie Nothomb à cent-cinquante pages ! Le tout pour la modique somme de seize euros. C'est de la critique facile ? Oui, mais on critique d'autant plus facilement quelqu'un qu'on apprécie beaucoup. Et dont on attend beaucoup par la même occasion.


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Mais que je vous parle un peu de l'histoire de ce qu'elle appelle son « western moderne » ! Nevada, Joe Whip a quatorze ans. Il n'a jamais connu son père et sa mère est plus intéressée par son nouvel ami que par son adolescent de fils. Sa seule passion c'est la magie. Alors lorsqu'il se donne en public dans un bar de Reno pour de l'argent de poche et qu'un inconnu lui parle du plus grand magicien, Joe n'hésite pas ; il se rend chez lui pour s'en faire un professeur et en même temps qu'un père de substitution. Norman Terence lui apprendra tout ce qu'il ne sait pas encore, c'est-à-dire pas grand chose puisque le gamin s'entraine depuis son plus jeune âge avec des vidéos. Mais ce que Joe veut surtout maîtriser à la perfection, c'est la triche, ce qui ne plait guère à son mentor et sera l'occasion pour la romancière de parler du bien et du mal. Il veut aussi Christina, la femme de Norman, fire dancer reconnue. Mais ça, il ne le dit pas. Il attend le moment opportun et décide de rester vierge pour elle, pour que ce soit plus beau.

 

« Et tandis qu'elle parlait, il l'observa. Elle resplendissait. Ses yeux jetaient des éclairs. La finesse de ses traits le sidéra. Il n'avait jamais vu un tel visage.

À quinze ans, Joe avait fait plus d'une fois l'expérience de la beauté, ne serait-ce chez sa mère. Mais c'était la première fois qu'il en était touché, comme si la beauté s'adressait à lui en particulier, comme si c'était une confidence qui se méritait et dont il fallait se montrer digne après sa révélation.

Sitôt qu'il vit sa beauté, il l'aima, de la façon la toute-puissance du premier amour. Ce fut un amour d'un seul tenant : dès la seconde de sa naissance, il s'accompagna d'un désir absolu et perpétuel. »

 

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Si Joe est heureux de pouvoir apprendre la magie de fond en comble, il l'est également de s'être trouvé un père et une mère dignes de ce nom. Ainsi, il n'épargne pas à Norman les affres des relations père-fils houleuses, le complexe d'œdipe ou encore l'insolence perpétuelle d'un garçon de quinze ans. Et c'est au festival mondial de Black Rock City, Burning Man (sorte de village utopique, créé de toute pièce chaque dernière semaine d'août, où chacun est libre de vivre son art et sa différence. Lien Wikipedia), que tout va se jouer. Plus de vingt-mille personne s'y donnent rendez-vous une semaine de septembre pour vivre, dans la joie, la bonne humeur et les bédos, une aventure hors du commun. Hors du temps, de la vie courante et de ses codes, à Black Rock City, « pas l'ombre d'une vie ni d'une construction en dehors de l'immense campement : on eut cherché en vain un cactus, un serpent, un vautour ou une mouche, ni route ni piste, que du sable. » Jongleurs (torches, pistolets à propane, bâtons enflammés, bolas) et danseurs de feu sont là pour en mettre plein la vue à leurs spectateurs sous psychédéliques.

 

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Le cadre, l'ambiance du roman, les couleurs qu'il dégage font de Tuer le père un roman différent. Le traitement psychologique des personnages me semble plus poussé. Le flash-back est utilisé plusieurs fois pour en apprendre plus sur ce trio amoureux de haute voltige. Sous ses apparences nouvelles, ce roman traite cependant des thèmes de prédilection de la romancière, sans quoi le nouveau Nothomb ne serait pas un nouveau Nothomb. La beauté, l'amour, la personnalité, le bien et le mal, les liens qui unissent deux personnes : le mystère de la personne humaine, en somme, comme elle se plait souvent à qualifier son oeuvre.

Les mauvaises langues diront qu'elle déguise chaque année son précédent roman, que l'emballage nouveau cache un plus vieux produit. Que les moyens sont toujours les mêmes aussi, l'écriture toujours aussi mauvaise, le personnage plus horripilant encore, etc. Les mauvaises langues trouveront toujours à redire.

 

Alors il est vrai que l'écriture automatique qui rend un Nothomb reconnaissable entre mille peut agacer (on a parfois l'impression de lire un documentaire sur le jonglage, la magie ou l'amour), mais c'est son style, celui qui l'a fait accéder au rang d'« auteure la plus douée de sa génération » (le nom de l'auteure de cette citation m'échappe), celui qui rend certaines de ses phrases cyniques et remarquables. Et on ne change pas de style pour faire plaisir à autrui.

Moi je dis que ce roman ne ressemble pas aux autres, que sa couverture sombre et mystérieuse dissimule un univers magique et coloré à un grand public qui se délecterait pourtant de cette petite friandise qui se laisse dévorer tendrement, le sourire aux lèvres, des étoiles dans les yeux.

Et attention aux fausses impressions, car Amélie Nothomb a de l'imagination à revendre. Jusqu'au dénouement final !

 

 

« Le but de la magie, c'est d'amener l'autre à douter du réel. »

« La magie déforme la réalité dans l'intérêt de l'autre, afin de provoquer un doute libérateur ; la triche déforme la réalité au détriment de l'autre, dans le but de lui voler son argent. (…) Le magicien aime et estime son public ; le tricheur méprise celui qu'il plume. »

Norman Terence

 

 

Tuer le père participe aux matches de la rentrée de Price Minister !

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Gemma Malley, La Déclaration, 3 tomes, Naïve ****

Publié le par Sébastien Almira

 

La Déclaration, tome 1, 360 pages, 2007, 16 € *****

La Résistance, tome 2, 410 pages, 18 € ****

La Révélation, tome 3, 330 pages, 18 € ****

 

 

1.jpgAvec les avancées scientifiques et technologiques, il arrive forcément un moment où nos égos surdimensionnés nous amènent à faire et cautionner de terribles choses. En 2140, le traitement Longévité permet la renouvellement des cellules. Plus de maladies ; en 2140 on ne meurt plus. Quelques comprimés par jour et l'éternité est à vous. Mais cette chance a un prix : si plus personne ne quitte cette terre, plus personne n'a le droit d'y naître. À moins de s'affranchir à seize ans et de ne plus prendre la Longévité. La vie devient alors un enfer : maladies, fatigue, souffrances, la peau qui se dessèche, les cheveux qui tombent, la vie quoi.

Ceux qui se rendent coupable de procréation sont doublement punis. Ils écopent de plusieurs années de prison et leur enfant est envoyé en Foyer de Surplus. Car tout enfant Illégal est considéré comme un Surplus et doit apprendre Où-Est-Sa-Place en devenant homme ou femme à tout faire au service d'un Légal. Lavage de cerveau et obéissance sont les maîtres mots de leur éducation. Ils doivent apprendre à ne pas penser, à obéir et détester leurs parents, ces monstres égoïstes qui les ont mis au monde en dépit des risques et dont ils doivent racheter la dette pour mériter leur semblant de place dans une société de consommation poussée à l'extrême.

 

« Je jure de payer ma dette, d'obéir,

Et d'être digne des Légaux pour les servir.

Je fais vœu de porter la Honte des Surplus

Et de racheter ma Faute envers Mère Nature.

Je fais vœu d'écouter, non de parler ;

De combler mes faiblesses et de me perfectionner.

Je jure de travailler dur et de respecter

La volonté de l'État si mon nom est appelé. »

 

2.jpgC'est dans le Foyer pour Surplus de Grange Hall, à quelques kilomètres de Londres qu'Anna apprend la cuisine, le ménage, l'art de devenir invisible tout en restant à l'entière disposition de son futur Maître. Dans six mois à peine elle sera un Bon Élément et pourra être employée. Anna est un Surplus modèle, elle ne se pose pas de question et sait Où-Est-Sa-Place.

Mais un nouveau débarque au Foyer. Peter n'a été rabattu qu'à quinze ans, ce qui provoque quelques interrogations. Comment a-t-il pu se cacher des Rabatteurs aussi longtemps ? Comment s'est-il débrouillé pour se faire prendre après tout ce temps ? En tout cas, Anna ne veut rien entendre. Il a beau tenter de lui parler, elle refuse de l'écouter. Surtout qu'il essaie de lui mettre dans la tête le contraire de ce qu'on lui a enseigné à Grange Hall. Il lui parle de l'extérieur, du Réseau Souterrain, de ses parents, de la vie. Selon lui, les parents d'Anna seraient toujours vivants et il s'est montré au grand jour pour que les Rabatteurs le conduise à Grange Hall afin qu'il puisse sauver Anna. Persuadé qu'il ment pour se montrer intéressant ou pour tester son esprit avant de devenir un Bon Élément, elle tente de le raisonner et finit par ne plus l'écouter du tout.

Malgré son obstination, les paroles de Peter la taraudent. Et s'il y avait une vie possible pour elle à l'extérieur, avec des parents qui l'aiment et ne la considèrent pas comme un fardeau ? Et si le Réseau Souterrain existait réellement, qui était là pour mener une révolution, libérer les Surplus et remettre un peu d'ordre dans le cycle de la vie ?

 

« Julia Sharpe se souvenait d'une époque, du temps de sa jeunesse, où l'énergie était encore disponible à volonté et où les gens pensaient que le recyclage suffisait. Avant que des îles se retrouvent englouties sous la mer et avant que la fin du Gulf Stream transforme l'Europe en cette étendue froide et grise qu'elle était devenue à présent, avec ses étés courts et ses longs hivers glacés. Avant que les politiciens soient contraints à l'action, parce que leur nouvelle vie éternelle signifiait qu'eux-même, et non les générations futures, auraient à subir les conséquences de la dégradation climatique mondiale. » page 239

 

3.jpgVoilà enfin une saga traduite de l'anglais pour adolescents où le style est aussi travaillé que l'intrigue. Malgré des phrases souvent courtes et abruptes, Gemma Malley parvient à imposer une écriture agréable et poétique.

On pourra reprocher trois choses pour chaque tome à l'Anglaise. Dans le premier, le retournement de situation auquel on s'attend forcément arrive de manière trop abrupte. « Non » pendant longtemps et, du jour ou lendemain, c'est « oui ». Ainsi que le final où, sans vous en dire plus, trois d'un coup c'est un peu gros, vous verrez par vous-même. Enfin, le deuxième tome, comme souvent dans les trilogies adolescentes, traîne un peu en longueur. L'action y est quasi perpétuelle mais on sent que l'auteure a comblé pour tenir trois tomes.

Exceptés ces détails, la trilogie de Gemma Malley reste bluffante à plusieurs égards. L'intrigue est savamment construite et très prenante, on stoppe difficilement sa lecture. Les thèmes comme l'écologie, la survie de la planète, le droit à la différence, la politique, l'inégalité des chances, le pouvoir, la société de consommation ou encore la tolérance sont abordés de manière assez importante pour sensibiliser les jeunes lecteurs (et les moins jeunes qui en ont également besoin). Le style, pour du roman ado traduit, est étonnamment bon.

 

Les éditions Naïves montrent une fois de plus qu'il ne suffit pas d'être une grosse structure pour publier des romans pour adolescents de qualité. Indéniablement, la trilogie de Gemma Malley a sa place dans les meilleurs romans jeunesse.

 

 

 

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Frédéric Beigbeder, Premier bilan après l'apocalypse, recueil critique, Grasset, août 2011, 430 pages, 20 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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De Frédéric Beigbeder, je n'avais lu que 99 Frs, dont la prouesse de Jan Kounen fut de réaliser une adaptation à la hauteur du livre, et Windows on the world, qui m'avait déçu par la trop forte présence de l'auteur dans son récit. Je dois avoir deux ou trois autres de ses livres sur mes étagères mais, jusqu'à la semaine dernière, je n'avais pas plus envie d'en ouvrir un.

Lorsque j'ai eu connaissance de son nouvel ouvrage, Premier bilan après l'apocalypse, je n'ai pu qu'être conquis. Libraire, anti-numérique avéré et adepte des listes et classements en tout genre (on a tous quelques préoccupations futiles), voilà une semaine que je dévore les 430 pages de critiques de ses cent livres préférés. À l'heure du livre numérique, le trublion de la littérature française s'est mis en tête d'écrire la critique des cent livres du vingtième siècle à sauver et à lire avant la disparition du livre papier.

 

 

Premier bilan après l'apocalypse est une dissertation dont le sujet pourrait être : « À l'ère du numérique, le livre papier est-il toujours un objet contemporain ou son usage devient-il dérisoire et inutile ? ». Ici la thèse se suffit à elle-même, Beigbeder n'a pas pris la peine de nous livre antithèse ni synthèse. Ces cent romans suffisent à défendre la survie du livre papier. Nul besoin de démontrer que le numérique est nuisible, inutile et anti-littéraire. L'importance des cent livres choisis suffit à rendre une copie parfaite. En introduction, Beigbeder nous livre ses pensées dans une prose sensible mais virulente :

 

« Les livres sont des tigres de papier, aux dents de carton, des fauves fatigués, sur le point de se laisser dévorer. Pourquoi s'abstenir à lire sur un objet pareil ? Des feuilles fragiles, inflammables, reliées, imprimées, sans batterie électronique? Tu es obsolète, ô vieux livre bientôt jauni, nid à poussière, cauchemar des déménageurs, ralentisseur de temps, usine à silence. »

« Il faut se souvenir de l'acte admirable qui consistait à fureter dans les librairies, à flâner devant les vitrines, à désirer un livre sans l'obtenir tout de suite. Un roman se méritait : tant qu'il n'était pas disponible en ligne, il exigeait de nous des efforts physiques. Il fallait sortir de chez soi pour aller le choisir dans un lieu rempli de rêveurs esseulés, puis faire la queue pour l'acheter, se forcer à sourire à des inconnus atteints de la même maladie, avant de le transporter dans ses mains ou sa poche jusqu'à son domicile, en métro, ou sur la plage. Le roman de papier était ce tour de magie capable de changer un asocial en mondain, puis à nouveau en anachorète, en le contraignant à rester un instant coincé face à lui-même. »

 

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La longue liste nous permet de connaître les goûts de l'auteur (souvent les mêmes, il convient de le remarquer : grand roman d'initiation américains, roman (américain si possible) dénonçant les déboires de la société, ouvrage littéraire érotique ou pornographique et journal d'auteurs gays) et de faire quelques découvertes. Des auteurs inconnus ou méconnus en France (Christian Kraht, Alain Pacadis, Ned Rorem, Mathieu Terence, etc), des livres dont on avait vaguement entendu parler sans s'être demandé de quoi il s'agissait (Les Couleurs de l'infâmie de Cossery, Disgrâce de Coetzee, Tropiques du Cancer de Miller, Le Maître et Marguerite de Boulgakof, en ce qui me concerne), d'autres qu'on ne souhaitait pas forcément lire (American Psycho d'Ellis, Les bienveillantes de Littell, Je m'en vais d'Echenoz, toujours pour ma part), etc.

 

La force de Frédéric Beigbeder est de ne pas souvent nous laisser le choix. On finit souvent une critique en se disant « Comment diable ai-je fait pour passer à côté de ce livre ?! » et pas « Tiens, c'est bizarre, il a adoré ce livre alors qu'il ne me tente pas du tout ! ». Forcément, je grossis un peu le trait, on n'est pas toujours absolument d'accord avec lui. Mais il essaie d'écrire ses critiques de sorte qu'on ne puisse penser autrement que comme lui, justement.

Sur American Psycho de Bret Easton Ellis : « en 1991, personne ne s'attendait à une déflagration pareille (…) on ne pouvait pas imaginer que Bret Easton Ellis était capable d'accoucher d'un monstre aussi radical (…) American Psycho est le meilleur roman du XXe siècle car il a digéré tous les autres ».

Le problème, c'est que chaque roman semble être son préféré, celui qui a le plus changé sa vie, celui qui l'a le plus influencé, celui qu'il a le plus relu, celui qui, celui qui. Ceux-là, je ne les compte plus.

 

Les dix critères de Frédéric Beigbeder pour aimer un livre :


1. Tronche de l'auteur (attitude ou manière de s'habiller)

2. Drôlerie (un point par éclat de rire)

3. Vie privée de l'auteur (par exemple, un bon point s'il s'est suicidé jeune)

4. Émotion (un point par larme versée)

5. Charme, grâce, mystère (quand tu te dis "Oh la la comme c'est beau" sans être capable d'expliquer pourquoi)

6. Présence d'aphorisme qui tuent, de paragraphes que j'ai envie de noter, voire de retenir par coeur (un point par citation produisant un effet sur les femmes)

7. Concision (un point supplémentaire si le livre fait moins de 150 pages)

8. Snobisme, arrogance (un bon point si l'auteur est un mythe obscur, deux s'il parle de gens que je ne connais pas, trois si l'action se déroule dans des lieux où il est impossible d'entrer)

9. Méchanceté, agacement, colère, éruptions cutanées (un point si j'ai ressenti l'envie de jeter le bouquin par la fenêtre)

10. Érotisme, sensualité de la prose (un point en cas d'érection, deux en cas d'orgasme sans les mains).

 

 

 

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Ce livre est également l'occasion de noter pas mal de citations, de Beigbeder (qu'elles soient poétiques, sensibles, cyniques ou terriblement réalistes) ou des auteurs choisis, que je me fais un plaisir de partager avec vous :

« Un livre ne devient culte que pour des raisons étrangères au texte : il faut un tirage confidentiel, un auteur méconnu (si possible décédé), un éditeur introuvable et un sujet élitiste. »

« Vers la fin du XXe siècle, on publiait deux sortes de romans : soit l'histoire d'une femme de trente ans qui cherchait un mec, soit celle d'un homme détraqué qui tuait des gens. La grande idée de Régis Jauffret consista à fournir les deux d'un coup. » sur Clémence Picot de Régis Jauffret.

« Si les riches ne sont pas heureux, c'est que le bonheur n'existe pas. » Lolita Pille, Hell.

« Un grand romancier, c'est quelqu'un qui vous fournit des méthodes de drague qui fonctionnent» F. Beigbeder a expérimenté celle de J. M. Coetzee et ça fonctionne !

« J'ai toujours cru que Patrick Modiano écrivait toujours le même livre ; en réalité il n'en écrivait qu'un seul. » Personnellement, je reste persuadé de la première partie de la phrase.

« Les écrivains sont obscènes ; s'ils ne l'étaient pas, ils seraient comptables, conducteurs de train, téléphonistes, ils seraient respectables. » Amélie Nothomb, Hygiène de l'assassin.

« Ceux qui pensent qu'on ne doit pas lire Vian après 25 ans vont devoir aussi prévenir tous leurs amis d'éviter les excréments de Rabelais, les farces lourdes de Molière, les absurdités d'Ionesco, l'argot vulgaire de Céline (…). C'est déjà pénible d'être vieux, je trouve que ce ne serait pas très gentil d'obliger les personnes âgées à ne lire que du Richard Millet. »

« Si l'art respecte la loi, il ne raconte rien d'intéressant. » à propos de Gabriel Matzneff.

« On peut lire Guillaume Dustan sans être gay, Toni Morrison sans être noir, D'Ormesson sans être académicien et Bernard Franck sans être tastevin. »

« Perec est l'écrivain le plus éclectique de ce siècle : il ne s'est jamais répété. »

« Lire sans être capable d'admirer ses contemporains, quelle perte de temps ! »

 

 

Même s'il emploie le ton satisfait, cynique et désabusé de ses romans, Premier bilan après l'apocalypse ne leur ressemble pas. Il se lit comme un ensemble de critiques de petits ou grands romans du vingtième siècle et non comme un roman de Beigbeder, ce qui pourrait en déranger plus d'un. Avec humour, poésie et férocité, il dresse la liste des cent livres que nous devons lire avant qu'il n'y en ai plus. En ce qui me concerne, ce sera une trentaine, et c'est déjà pas mal !

Ce n'est pas un ouvrage indispensable mais tout de même bien utile pour découvrir de nouveaux horizons, comme quoi il n'y a pas que les classiques dans la vie ! La préface à elle-seule mérite le détour ! Pour terminer, un petit message d'espoir, ne temps de numérisation et de dépersonnification de la littérature et de la société.

 

Mario Vargas Llosa, lors de son discours de réception du Prix Nobel de littérature 2010 :

« Nous devons continuer à rêver, à lire et à écrire, car c'est la façon la plus efficace que nous ayons trouvée de soulager notre condition périssable, de triompher de l'usure du temps et de rendre possible l'impossible. »

 

 

Un grand merci aux éditions Grasset pour l'envoi de ce livre !

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Marco Varvello, Oublie Les mille et une Nuits, roman ado, 260 pages, Bayard Jeunesse, 2009, 11,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

Il m'arrive de lire un livre, voir un film ou aller à un concert ou une pièce de théâtre sans en parler sur ce blog. Parfois par flemme, je l'avoue. Mais parfois aussi parce que je veux profiter d'un moment de plaisir sans devoir prendre des notes, sans réfléchir à ce que je pourrais écrire dessus. Simplement, lire, voir, écouter.

Parfois, par flemme, il m'arrive de ne pas tenir mes promesses, de ne pas écrire certains articles prévus (Articles à venir sur la colonne de droite), comme ce fut le cas pour le dernier roman de Laurent Gaudé, Ouragan (parce que je ne l'ai toujours pas lu) ou l'album Happiness du groupe anglais Hurts (parce que je ne sais pas quoi dire à part un bête « j'ai adoré, c'est vraiment génial ! »), ou le concert de Zucchero à Juan Les Pins le 13 juillet (j'y ai pourtant passé un très bon moment).

 

Et parfois, je parle de choses dont je ne voulais pas parler. La semaine dernière, ce fut le cas de l'affaire DSK. Aujourd'hui, il s'agit d'un roman ado paru en 2009, que je lis donc avec deux ans de retard et qui doit être introuvable en rayon. Alors si vous êtes tenté, faites marcher les commandes clients en librairie !


 

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Marco Varvello est journaliste et correspondant à Londres pour la télévision italienne. Lorsqu'il arrive à Londres, la princesse Diana vient de mourir, l'Angleterre est en deuil. Il vit ce qu'il appelle un « phénomène d'hystérie collective ». Alors qu'il travaille sur « l'interminable saga que sa mort a engendrée, les thèses sur un complot destiné à la tuer, le drame de ses enfants qui ont découvert par les journaux ce qu'ils n'auraient probablement jamais appris autrement, la mélancolie refoulée de son ex-mari Charles, la trahison de tous ses faux amis et admirateurs » depuis sept ans, il décide d'écrire sa propre histoire de mariage arrangé.

 

C'est sous ce prétexte qu'il commence à raconter l'histoire de Salima, lycéenne anglaise dont la famille, pakistanaise, est bien ancrée dans ses traditions. Les prières, la Mosquée, le Ramadan, les vêtements et l'attitude discrète des femmes, le mariage arrangé, l'obéissance au père, tout puissant sur sa famille, des règles de vies saines et strictes constituent son quotidien à la maison. Mais à l'extérieur, à Luton, Salima vit comme une anglaise. Elle va en cours, boire un verre (sans alcool) dans un vieux pub avec ses amies, aime faire les magasins, souhaite s'inscrire à l'université, choisir un mari aimant, respectueux et intéressant.

Mais lorsque ses parents lui apprennent que leur vieil oncle est à l'article de la mort et qu'un voyage au Pakistan aura lieu dans quelques semaines, les doutes s'emparent d'elle. Ses parents seraient-ils en train de lui jouer un mauvais ? Salima est autant excitée qu'inquiète à l'idée du voyage. Bien que ses parents lui aient assuré qu'il n'y aura pas de mariage (même si on ne sait jamais, peut-être, inch'allah, elle trouvera un bon mari là-bas) et que si mariage il y a, elle aura le dernier mot, Salima commence à craindre qu'une fois au Pakistan, les vieilles traditions prennent le pas sur des droits de l'homme civilisés.

 

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Et elle a raison ! Marco Varvello nous entraîne, après la découverte d'une Angleterre aux quartiers indo-musulmans aux couleurs vives, dans un petit village pakistanais où la population forme une seule et même famille, pour préserver le sang et l'honneur. Des plats épicés aux enfants qui courent pieds nus dans la rue, des réunions familiales aux violentes disputes, l'auteur italien brinquebale le lecteur dans une aventure humaine riche en émotions où les milles couleurs des paysages sont parfois submergées par une bien sombre réalité.

Malgré un style journalistique aux phrases assez courtes, de celles qui ne parlent pas inutilement, Marco Varvello prend le temps de s'attarder sur les états d'âme des personnages comme sur les paysages traversés et les différences de modes de vie et de pensées. En ressort un très beau roman initiatique, mêlant habilement suspense, rapports familiaux, poids des traditions, descriptions réalistes. L'auteur ne franchit guère la limite du supportable mais le lecteur est souvent mis à mal par le récit, ce qui n'est toutefois pas déplaisant.

Je tenais à vous en parler car il s'agit d'un véritable coup de cœur ! (à partir de treize ans)

 

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Extrait pages 173, 174 et 175 : 

- Shazia, réveille-toi !

   Salima la tira par le bras, la poussa, la fit rouler au bas du matelat. Shazia ouvrit finalement les yeux, mais sans parvenir à comprendre où elle était et pourquoi. 

- Ehi, qu'est-ce qu'il y a ?

   Elle se réveilla brusquement au contact froid du carrelage.

- Écoute-moi bien, commença Salima sur un ton décidé qui alerta sa sœur : il ne s'agissait pas d'un jeu. Abba et Amma veulent que je me marie... 

- Ah... bien ! Répondit Shazia sans réfléchir, encore vaseuse. 

   Elle avait toujours entendu faire des compliments en pareille circonstance. Elle trouvait juste étrange que sa sœur lui annonce avec cet affreux visage.

- Non, tu n'as pas compris ! ILS veulent que je me marie, mais MOI je NE veux PAS ! Ils ont déjà organisé les noces, ils m'obligent à épouser Rashid. Tu as compris maintenant ? 

- Eh bien, ce n'est pas si mal...

   Shazia avait saisi que les félicitations n'étaient pas de mise, mais elle avait toujours entendu les femmes encourager les fiancées qui n'étaient pas très enthousiastes.

- Shazia, écoute-moi bien... Je ne veux pas me marier de cette manière. Pas avec lui, pas maintenant. Je ne suis pas prête, je veux étudier, c'est trop tôt. Je ne veux pas, et je ne me marierai pas.

   Sa petite soeur ouvrit grand la bouche : elle venait de comprendre que ça sentait le roussi.

- Et que vont dire papa et maman ?

- Shazia ! hurla Salima, exaspérée. Tu as encore le cerveau farci de fables. Tu crois aux princes mystérieux, aux fils d'émirs, califes et vizirs qui débarquent incognito pour épouser de pauvres et très belles jeunes filles ? Oublie Les mille et une nuits, les preuves d'amour, les histoires romantiques, les garçons courageux qui se battent pour un rêve ! Mais tu ne comprends pas que, si je cède, tu auras droit au même traitement que moi ? Ils y songent peut-être déjà, ici, là, maintenant ! Abba et Amma veulent sûrement notre bien, sauf que ce ne sont plus eux qui décident ! Ils ne pensent pas avec leurs têtes, mais avec celles de leurs ancêtres et des ancêtres de leurs ancêtres. Notre vie est différente. Et là, si j'accepte, elle serait finie. La mienne en tout cas. Dans les bras d'un homme dont je ne sais rien et qui n'a rien en commun avec moi ! Et ta vie finira de la même manière. Si je cède, ils feront pareil avec toi ! Tu comprends, là ? cria Salima, sans se soucier des voisins qui pourraient l'entendre.

   Totalement vidée, elle se laissa tomber sur le matelas, à côté de sa petite sœur. Elles échangèrent un regard terrorisé. Il était inutile d'en rajouter.

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La Fnac me fait doucement rire.

Publié le par Sébastien Almira

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Fnac de la Place des Ternes, Paris

 

La Fnac me fait doucement rire. Le PDG Alexandre Bompard a annoncé mardi son plan miracle pour remonter la pente.

 

Quoi ? La Fnac, en chute ? Ah d'accord, ils ont fait -5,2 % au premier semestre sur les produits culturels, et -5,4 % sur les produits techniques, ok ! Ce qui fait que, vu les millions qu'ils se font chaque année, ils ont perdu quelques malheureux milliers d'euros. Je comprends soudain mieux leurs motivations !

 

Voilà ce que j'écrivais dans l'article La librairie contre les machines (ici), en mai 2009 :

« Enfin, on ne peut pas vraiment dire que le marché du livre soit réellement en crise, il se vend sensiblement le même nombre de livres chaque année, les succès sont toujours au rendez-vous (Millénium, L'élégance du hérissonet Marc Lévy en tête, le prouvent), les auteurs de plus en plus productifs (chez Albin Michel, Schmitt, Chattam et Werber publient plusieurs livres par an), etc. Non, on ne peut pas vraiment dire qu'il y a crise. Le problème se trouve, comme pour le disque et la vidéo, du côté d'internet. Non pas avec le téléchargement, mais avec les pure player, tel Amazon, qui tuent la librairie française. Cependant, la Fnac tire toujours son épingle du jeu. Même si elle subit la concurrence d'Amazon et compagnie, elle a vite réagi en offrant sur son site les 5 % autorisés par la loi, ainsi que les frais de port. Face à ça et à l'effervescence de ses magasins, que peuvent les librairies indépendantes ? »

 

Le problème de la Fnac aujourd'hui est double. D'abord, il s'agit de celui-là même qui touche les librairies indépendantes depuis plusieurs années : internet. Les ventes sur le net bouffent les ventes en magasin et, cette fois, la Fnac ne s'en sort pas indemne. Les 5 % et les frais de port offerts sur son site ne renversent pas la tendance : la Fnac est désormais olgée à la même enseigne que les autres.

Le second réside en la Fnac elle-même. Il suffit de lire les commentaires qui font suite à l'article Yahoo (ici) pour se rendre compte que ce que je dis dans La librairie contre les machines n'est pas le fruit de l'imagination d'un anti-Fnac ayant travaillé chez Virgin. Le personnel n'est bien souvent pas à la hauteur (produits culturels) et quand il l'est, la direction les obligent à vendre de la merde (Pathoi en commentaire sur Yahoo : « J'ai travaille 1 an a la fnac, au début c'était sympa, ma motivation principale était de conseiller le mieux possible les clients et leur vendre des produits adaptés à leurs besoins. J'etais au rayon photo et connaissais bien mon rayon. Petit a petit, les objectifs devenaient plus axés sur le chiffre, vendre en priorité les produits en fins de vies (adieux les bons conseils aux clients), vendre des extensions de garanties très chères (elles rapportent largement plus que le produit lui même). Bref, j'avais perdu mes illusions de travailler dans un magasin cool au service du client et des évolutions des produits technologiques. J'ai quitté au bout d'un an. Dernières nouvelles du magasin ou je travaillais : 2 suicides d'anciens collègues... »).

Le servie au client est autant négligé que le turn-over est important, je n'ai pas eu à faire à un bon libraire une seule fois depuis que je connais le métier, excepté au magasin d'Avignon. Les stagiaires envahissent les rayons (pas cher, le stagiaire) et se trouvent bien souvent incapables de répondre à vos questions ou de vous délivrer un conseil.

 

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Alexandre Bompard, PDG de la fnac, qui, visiblement, ne manque pas d'argent.

 

Et Aujourd'hui, je ris quand je lis qu'Alexandre Bompard souhaite doubler le nombre de magasins en France, développer des univers et faire de la relation client une priorité. Pour une chaîne qui existe depuis 1954, il serait peut-être enfin temps de prendre le client en compte. Chez Virgin sont affichés dans tous les locaux du personnels les 10 commandements du vendeur Virgin, dont plusieurs concernent la relation au client. Il y aurait beaucoup à dire sur la gestion et le management des magasins et d'une chaîne incapable d'améliorer son développement géographique (vient encore de perdre ses magasins dans les gares, au profit de la Fnac) et son chiffre d'affaires mais, ici, la direction a vite compris qu'il fallait faire du client une priorité absolue.

Quant aux univers, il s'agit de mélanger les produits dans les rayons pour tenter de les rendre plus attractifs. Il prévient également que ce plan nécessitera « la modification d'un certain nombre de métiers. À la rentrée, on va ouvrir un chantier d'adaptation des métiers, des compétences, des qualifications, dans le cadre d'une gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences avec les partenaires sociaux ». En somme, le PDG de la Fnac depuis novembre persiste dans une volonté de disposer de vendeurs polyvalents, prêts à l'emploi pour n'importe quel rayon. Plus de vendeurs spécialisés, plus de libraires, plus de disquaires donc, à la Fnac. Ce à quoi Christian Lecanu, délégué central CGT répond que « pour l'instant, ce plan est très flou et repose sur beaucoup de com. En plus, il prévoit des univers. Nous, nous sommes convaincus que le client qui vient en magasin ne cherche pas un univers, il vient chercher un livre ou un disque, c'est tout. Sur l'emploi, il nous parle en termes très voilés de flexibilité, d'employabilité... De toute façon, on n'est pas très confiants, les efforts jusqu'à présent sont plutôt surtout concentrés sur des diminutions d'effectifs. »

 

En somme, voilà un gros coup de bluff censé redorer l'image de l'enseigne et augmenter le chiffre d'affaires pour que PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) puisse enfin la vendre. Depuis un an et demi, PPR tente de vendre la Fnac.

 

 

À lire :

L'article et les commentaires sur L'expansion/L'express

L'article et les commentaires sur Yahoo !

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Les films de votre été (X-Men, HP 7-2, Minuit à Paris au ciné / Rango, True Grit en DVD)

Publié le par Sébastien Almira

Ne voyez pas là une quelconque prétention de ma part. Car si je fais des propositions, je ne vous contrains pas à partager mon avis. Cela dit, n'hésitez pas à vous y fier et revenez nous donner votre avis ! Parmi les blockbusters des majors (Pirates des Caraïbes, Harry Potter, X-Men, Transformers), il y en a des valables, et entre ceux-ci il y a des petits bijoux à ne pas rater.

 

 

 

Au cinéma :

 

X-MEN, LE COMMENCEMENT, de Matthew Vaughn, 2h10 ***

x-men.jpgJe n'avais vu aucun des trois autres films et pourtant, j'ai beaucoup aimé celui-ci. Les avis sont partagés mais deux amis férus de comics et de super-héros sur grand écran, parfois déçus d'adaptations, partagent toutefois le mien. Alors je me dis que je ne suis pas un imbécile heureux qui aime les grosses productions sans comprendre qu'elles sont faites pour ne plaire qu'à un public de benêts.

Le principe est simple et à la mode : on prend une saga cinématographique et on y colle un début, un avant, une naissance, un commencement. Ici sur fond d'affrontement russo-américain, Proffesseur X (James McAvoy) et Magneto (Michael Fassbender) apprennent à se connaître et s'allient à d'autres mutants pour sauver le monde de la destruction. C'était au bon vieux temps, lorsqu'ils n'étaient pas encore ennemis et que tout restait possible.

Rebondissements, effets spéciaux à gogo, action et psychologie des personnages, le réalisateur de Kick Ass a réuni tous les ingrédients pour faire de cette grosse production l'un des blockbusters de l'été. Et le résultat est là : plus de deux millions d'entrées en France en cinq semaines.

 

MINUIT À PARIS, de Woody Allen, 1h30 ***

minuit.jpgDu réalisateur chochou des Français, je ne connais pas ses vieux films. Je n'ai vu que Match Point, Scoop (très bons films), Vicky Christina Barcelona (coup de cœur), et Whatever works. Ce dernier ne m'avait pas emballé et le suivant (Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu) ne m'avait pas fait bouger en salles obscures. Mais son nouveau film, Midnight in Paris, qui avait fait couler beaucoup d'encre grâce/à cause de la présence de Carla Bruni-Sarkozy, m'avait rallié à sa cause. Et je n'ai pas été déçu.

Ne vous attendez pas à vivre un grand moment de cinéma, ce n'est pas un chef d'œuvre, pas non plus son meilleur film, mais un très bon moment à passer au cinéma. Une jeune couple sur le point de se marier est en vacances à Paris. Elle est américaine à souhait, c'est-à-dire blonde, jolie, bien foutue, dépensière, fêtarde et un peu nunuche. Il est scénariste, un peu perdu dans ses pensées et a du mal à travailler le roman qu'il essaie de faire passer avant les scénarios qu'il trouve de moins en moins intéressants. Paris ne lui plait que pour faire les boutiques et elle se languit de rentrer à New York, tandis qu'il adore flâner dans les ruelles de la capitale. Elle le délaisse petit à petit et lui se perd dans les méandres de la ville lorsque, soudain, à minuit, il se passe quelque chose. Rêve ou réalité ? En tout cas, Dalí, Hemingway, les Fitzgerald, Picasso ou encore Gauguin, toutes les artistes qu'il apprécie ou vénère sont là. Adriana (Marion Cotillard) est là pour le guider dans son Paris rêvé, celui des années folles.

Frais, pétillant, agréable et intelligent, le nouveau Woody Allen se laisse regarder avec plaisir, surtout l'été !

 

HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT (2e partie), de David Yates, 2h10 ****

hp.jpgSi vous avez grandi avec Harry Potter, le petit sorcier à lunettes, vous ne devrez pas rater la sortie cinéma événement de cet été, le deuxième volet adapté du septième et dernier tome de la saga de J. K. Rowling. Si je n'avais pas aimé la première partie (ici), ennuyeuse et ratée, à l'image du livre, j'ai été conquis par ce dernier film.

Il y a encore et toujours des défauts (dialogues guimauves et involontairement drôles, jeux d'acteurs à la limite du ridicule), mais Harry, Ron et Hermione sont enfin sortis de leur tente et l'action est au rendez-vous. La lecture du livre commence à remonter, alors peut-être ai-je oublié certains passages mais j'ai eu l'impression que le début du film est totalement inventé. Je ne me souvenais de presque rien, et ce n'était pas pour me déplaire. La réalisation et les effets spéciaux sont à l'image des précédents volets de David Yates et on ne s'ennuie pas un instant. Quant à la fin, ce qui m'a déplu à lecture a été quelque peu changé et m'a ravi à l'écran.

En somme, une très bonne manière de clôturer plus de dix ans passés avec le héros de millions d'enfants dans le monde entier !

 

 

 

En DVD :

 

TRUE GRIT, des frères Coen, 1h50. Disponible en DVD et Blue-Ray Disc ****

watch-true-grit1Les frères Coen sont des génies, capables de passer d'un genre à l'autre sans problème, capables de redorer l'image du western, au point même que Quentin Tarantino s'apprête à tourner le sien. En adaptant 100 $ pour un shérif, le roman de Charles Portis et non pas le film de Henry Hataway qui a valu un oscar à John Wayne et que les deux frères ont trouvé mauvais, ils ont signé leur plus gros succès au box-office (1 366 000 entrées en France).

L'histoire est celle de Mattie Ross ( Haylee Steinfield), 14 ans, qui veut venger la mort de son père. Pour ce faire, elle engage le pire des chasseurs de prime (Jeff Bridges), avant de savoir que LaBœuf, un fédéral, est sur le coup (Matt Damon) car le lâche a assassiné plus d'un homme...

Cela vous paraît simple et déjà vu ? Détrompez-vous, car les frères Coen sont là pour vous prouver le contraire ! Les acteurs, la réalisation, l'humour, l'action, la photographie, tout est réussi. Pour ceux qui dévorent les westerns légendaires et pour ceux qui ne les supportaient pas.

 

RANGO, de Gore Verbinski, 1h40. Sortie le 15/08 en DVD et Blue-Ray Disc ****

rangoCertes, il vous faudra attendre la fin de l'été pour le voir en DVD (puisque je ne doute pas que personne, ici, ne télécharge illégalement), mais ça vaut vraiment le coup !

D'abord parce que c'est un film d'animation terriblement adulte (humour noir, narration, thèmes : problème d'eau dans les pays défavorisés, différences Nords/Suds, racisme, etc.). Ensuite parce que c'est un dessin animé d'aventures qui ravira aussi les petits, passée la première scène qui peut se révéler quelque peu rébarbative. La réalisation est parfaite, les images très belles, le discours intéressant, l'humour toujours présent. Et c'est fichtrement original ! Ce n'est certes pas le seul, mais on s'éloigne des standards et surtout des codes de l'animation qu'il faut respecter pour plaire au grand public. À dévorer !

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