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Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Publié le par Sébastien Almira

Roman de Stieg Larsson, 570 pages, Actes Sud, 2006, 23 €, Babel, 2010, 10 € ****
Film de Niels Arden Opley, Suède, avec Michael Nygvist et Noomi Rapace, 2h30, 2009 **
Film de David Fincher, USA, avec Daniel Craig et Rooney Mara, 2h30, 2012 ****

 

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Alors qu'il vient de perdre un procès pour diffamation contre le multi-millionaire Hans-Erik Wennerström, Mickaël Blomkvist décide de prendre ses distances avec Millénium, le journal qu'il co-dirige avec sa maîtresse. C'est alors qu'une autre figure majeure de l'industrie suédoise le contacte pour lui confier une mission délicate. Officiellement, écrire ses mémoire. Officieusement, découvrir ce qui est arrivé à sa nièce, qu'il chérissait et qui a mystérieusement disparue lors du conseil administratif annuel de l'entreprise familiale. Seule la famille était présente, un accident bloquait l'accès à l'île, personne n'a pu entrer ou sortir de l'île. Pour le convaincre d'accepter, Henrik Vanger double son salaire de journaliste et promet de lui offrir Wennerström sur un plateau.
Blomkvist sera aidé par Lisbeth Salander, jeune hackeuse professionnelle au look gothique, pleine de piercings et de tatouages, en proie à des agitations caractérielles qui lui valent d'être suivie par un gros porc de tuteur un peu trop porté sur le sexe.
De découvertes en révélations, de rebondissements en fausses pistes, Stieg Larsson cuisine un polar nordique classique au dénouement un brin perturbant, qui explique en quoi certains hommes n'aiment pas les femmes. Là où ce premier tome mérite ses quatre étoiles, c'est que je n'aime pas les romans policiers. J'en lis très peu, mais il m'arrive d'être ébahi devant certains, où Millénium côtoie les Dix petits nègres et autre Crime de l'Orient-Express. Chez Stieg Larsson, il y a quelque chose dans l'écriture et/ou la façon de raconter une histoire qui sort de l'ordinaire. Je n'ai pas réussi, depuis trois ans, à mettre des mots clairs dessus, mais il y a « un petit quelque chose en plus » qui fait que j'ai gravement accroché, comme jadis pour les Harry Potter. Visiblement, je ne suis pas le seul non amateur de polars à être tombé sous le charme de ceux-ci !
Il est mort après avoir déposé ses trois manuscrits chez Norstedts Förlag. Publié dès 2005 en Suède, la trilogie de Larsson atteint aujourd'hui des ventes faramineuses : plus de deux millions de lecteurs en Suède, plus d'un million d'exemplaires de chaque tome vendus en France... et un total de cinquante millions de livres vendus dans le monde ! On ne peut pas dire que l'écrivain a volé son succès, et je vous conseille vivement d'y participer !
 

affiche-millenium.jpg

Je ne me souviens pas trop de la version suédoise, sinon qu'elle ne m'avait pas convaincu du tout. Notamment pour le choix de certains acteurs (Blomkvist est un séducteur qui se tape qui il veut, Michael Nygvist ne représente pas tout à fait ce genre d'homme). Je ne saurais dire les points négatifs que j'y ai trouvé sur le moment mais je dois avouer que Noomi Rapace en Lisbeth était époustouflante et que la scène de viol était aussi choquante que réussie. En tout cas, j'avais été assez déçu pour ne pas voir les deux films suivants.

Je ne savais pas trop quoi attendre de l'adaptation de David Fincher. Même si l'homme a réalisé quelques incontournables, j'avais un peur de voir une superbe incarnation du film à gros budget américain, qui plus est avec Daniel Craig dans le rôle principal, un acteur que je ne portais jusque là pas très haut dans mon estime.

Millenium-de-Fincher-affiche

Et bien, j'ai été très très agréablement surpris. Daniel Craig, Rooney Mara (Lisbeth) et la bande son tiennent leur rôle à la perfection (exceptés les pulls un peu trop « mode gay » que Fincher a cru bon de faire porter sans cesse à Craig pour appuyer le côté journaliste fashion). La réalisation, les scènes, les images sont parfois à couper le souffle (à l'image du travail fait sur le générique de début). Et l'adaptation est assez fidèle au roman. On pourra peut-être trouver le film un peu longuet mais pas outre-mesure. Fincher a fait l'effort de ne pas resservir de l'interminable  à la Benjamin Button.
En somme, l'adaptation de David Fincher, qui possède dans la réalisation le même genre de « petit quelque chose en plus » que le roman de Larsson, est à préférer à la version suédoise.

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Quel lecteur suis-je ?

Publié le par Sébastien Almira

Il arrive parfois qu'une sorte de chaîne circule sur des blogs littéraires. Le principe ? Une liste de questions (pas toujours en rapport avec les livres) auxquelles il faut répondre, poster sur son blog et taguer d'autres personnes pour les enjoindre à répondre à leur tour.

Je crois n'avoir jamais répondu à ce genre de chaînes qui ont tendance à m'agacer. Là, je viens d'en voir une sur un blog ami (Sur La Route de Jostein), aucun tag, aucune obligation de sa part, et des questions, ma foi, intéressantes !

Alors voilà, c'est une première, je me livre à cet exercice que je critiquai il y a quelques lignes encore...

 

1984

1) Quel est le roman que tu as hâte de lire, en ce moment?

Le prochain sur ma liste : Rhapsodie pour une dent creuse de Régis Délicata, un premier roman que Grasset vient de publier et dont j'ai lu des bonnes choses. Et celui que je n'ai pas le temps de lire depuis que je le veux, 1984 d'Orwell.


2) Quel livre aurais-tu voulu écrire?

Je ne peux pas en dire qu'un seul, mais nos contemporains, j'aurais voulu devancer Amélie Nothomb pour écrire Acide Sulfurique, une décapante satyre de la télé-réalité qui m'a scotché et que j'ai relu plusieurs fois. J'aurais également aimé écrire Les fleurs du mal ou Le joueur d'échec.

 

Couverture-Acide-sulfurique.jpg

3) Quelle est ta plus folle lecture, le livre le plus inattendu, déjanté, original?

J'ai peur de ne pas être original, je ne trouve pas de livre qui réponde parfaitement à la question. Disons que j'ai eu un petit choc en lisant King Kong Théorie de Virginie Despentes, qu'Acide Sulfurique est assez original, déjanté et choquant... Ah si ! Un été sur le magnifique de Patrice Pluyette (Seuil, 2011) m'a laissé perplexe, original, déjanté, inattendu, c'est certain !


4) Dans quel endroit insolite as-tu déjà lu?

Dans la rue (en marchant !). Pas très insolite, mais on fait ce qu'on peut !

 

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5) Cite ton auteur préféré et l'auteur que tu ne liras jamais?

Parce ce que c'est le seul auteur dont j'ai lu tous les livres, qu'en moyenne ce sont les siens que je préfère, qu'elle a une imagination sans limite et un style cynique, drôle et inimitable, Amélie Nothomb.

Beaucoup de classiques me tombent des mains. Il m'est par exemple très difficile de lire Hugo, Balzac, Proust, Zola et compagnie. Mais pour chacun, je sais qu'il me faudra en lire au moins un. Un auteur que je ne lirai jamais ? Peut-être Houellebecq, Angot et Sollers.


6) Comment choisis-tu tes lectures?

En général, je me fie rarement aux gens qui me disent "lis ça, c'est génial" alors que c'est ce que je fais sans cesse. Mais je commence à faire confiance à mon entourage, aux blogueurs que je suis, aux critiques. Après, je ne lis pas tout ce qui y est décrit comme génial, très bon, exceptionnel, etc. Cela dépend aussi de l'histoire.

Le plus souvent, c'est dans la presse et sur les tables des librairies que je choisis les livres que je veux lire, avec l'intrigue.

 

linus.JPG7) Est-ce que tu lisais beaucoup dans ta petite enfance?

Oui ! Ma mère m'a toujours acheté pas mal de livres. Mais j'ai commencé tard à lire de "vrais livres" ! En troisième, donc j'avais 15 ans. J'ai commencé par Amélie Nothomb avec Métaphysique des tubes. Avant je me cantonnais à relire tous les ans les intégrales d'Astérix et de Tom-Tom et Nana ! Avec quelques exceptions : livres scolaires et quelques rares romans jeunesse (Ciel ! Mon prof est extra-terrestre, Le destin de Linus Hoppe, par exemple).


8) Dans tes lectures, y-a-t-il une situation particulière, une invention, une impression dont tu te souviens? Laquelle?

Je dirais, lorsqu'un auteur parvient à me faire ressentir ce que vit un personnage, me fait tellement pénétrer le roman que je souffre, rit, pleure en même temps que ce personnage. Le plus flagrant fut Harry Potter et l'Ordre du Phénix. Chaque scène avec le professeur Ombrage est un supplice (la plume de la punition...) ou une jouissance (les affronts du professeur McGonagall...)

 

americandarling.gif9) Quel est le plus joli titre de livre (ou la plus belle couverture) qui te vient à l'esprit?

La plus belle couverture est celle d'un livre que je n'ai pas lu : American darling de Russel Banks (Actes Sud fait souvent des couvertures magnifiques). Je viens de parcourir mon carnet et je ne trouve pas de titre qui m'éblouisse.


10) Préfères-tu les livres reliés ou les liseuses?

Les livres reliés sans hésitation. Je suis libraire et anti-numérique !


11) Combien de temps peux-tu passer sans lire?

Cela dépend. Parfois, j'ai envie de lire chaque jour. Surtout quand je suis sur un livre qui me passionne. A l'inverse, d'autres fois, je peux ne pas avoir envie de lire pendant deux ou trois semaines . Cette extrémité est toutefois assez rare !

 

A vous !

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Le cinéma de janvier (Sherlock Holmes 2, L'amour dure trois ans, The darkest hour, La vérité si je mens ! 3, Millénium 1)

Publié le par Sébastien Almira

Nouvelle formule pour le cinéma cette année : un article par mois où je vous parle enfin de TOUT ce que j'ai vu ! Mais en résumé. puisque je ne suis pas très à l'aise pour me lancer dans des argumentaires techniques et artistiques sur le septième art, je vous livre désormais mon ressenti en toute simplicité.

Mes gros coups de coeur bénéficieront toutefois toujours d'un article pour eux tout seul !

 

Je passeai rapidement sur les très bons Drive et The artist, de l'inquiétant Polisse de Maïwen et de Mélancholia que je n'ai pas du tout aimé, vus dans le cadre du best of 2011 des cinémas UGC à 3€.

 

70564-sherlock-holmes-2-sherlock-holmes-jeu-d-ombres L-amour-dure-trois-ans.jpg the-darkest-hour-poster1.jpg laverite3.jpg Millenium-de-Fincher-affiche.jpg

             ***                                  **                                  *                                 ***                            ****

 

Des nouveautés 2012, j'ai été un peu déçu par L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder, comédie comique et romantique avec d'excellents jeux d'acteurs (Gaspard proust, Louise Bourgoin, JoeyStarr que je n'aime pourtant pas et Valérie Lemercier). C'est sympa, c'est drôle, mais la bande-annonce est mieux. Beigbeder s'en sort pas mal, mais cherche trop à rendre sa comédie différente des autres et se perd un peu avec la forme de son film.

The Darkest Hour est quasiment pourri de toute part. Acteurs, scénarion, dialogues (Palme d'Or de niaiserie), etc. La 3D ne sert vraiment à rien : 2 minutes utiles sur 1h30. Pas de vraie fin, mais la hantise d'une suite... Restent de belles images de Moscou et des effets spéciaux peu nombreux mais assez réussis.

Le second Sherlock Holmes est vraiment pas mal, scénario ce qu'il faut de compliqué, acteurs au top (Robert Downey Jr, Jude Law, Noomie Rapace...), effets spéciaux réussis, etc.

Encore une suite : La vérité si je mens 3. Alors autant le dire de suite : j'ai pris mon pied ! On peut dire ce qu'on veut : le scénario est moins bon, trop alambiqué, peu réaliste et ressemble énormément à celui du deuxième film, le jeu des acteurs est peut-être un peu moins bon, José Garcia est carrément énervant, l'humour est plus potache, moins fin qu'avant. Mais sérieusement, quel pied de retrouver la bande de potes malchanceux les plus chanceux au monde ! Alors j'ai jugé ça plus comme les bonnes retrouvailles d'une bande de potes que comme un vrai film qui demande de l'exigence de la part du public.

Enfin, la version américaine de Millénium, par David Fincher. Il y aura un article consacré au livre et au film dans la nouvelle partie du blog : "des romans au cinéma", mais je vous le dis quand même : c'est une brillante réussite.

 

 

Et vous, qu'avez-vous vu, adoré, détesté ce mois-ci ?!

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José Carlos Somoza, L'appât, roman, 400 pages, Actes Sud, septembre 2011, 23 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

« On nous choisissait parce que nous jouissions en détruisant ceux qui nous détruisaient, et nous nous y adonnions entièrement, nous étions des bombes pleines de vengeance et peu nous importait d'exploser à côtés des gens cruels. » (page 62)

 

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Depuis la bombe du 9 novembre, les autorités ont bien compris que la police conventionnelle ne servait plus à rien, que les plus hautes technologies étaient aussi vite dépassées que contournées par les tueurs en série, psychopathes et autres terroristes.

Des siècles plus tôt, Shakespeare et son cercle gnostique ont parsemé leurs pièces connues et moins connues d'explications du psynome et des philias. En gros, notre désir est roi, il contrôle ce que nous sommes, pensons, faisons. Nous ne pouvons en réchapper. Ce qui permet donc à la police scientifique de traquer tout criminel grâce à des appâts entraînés à former des masques pouvant stopper le plus grand malade grâce à des gestes, mots, regards ou lumières qui agissent sur le désir et active une dépendance. Tout dépend du théâtre de Shakespeare, chacune de ses pièces livre le secret d'une philia (nom donné aux différentes catégorisations de désirs : philia Holocauste, philia Ambigu, etc.) et les appâts répètent sans fin ces pièces sur scène pour en apprendre les moindres détails et être prêts à aller chasser.

D'autant que l'Empoisonneur et le Spectateur terrifient l'Espagne.

Diana Blanco est la meilleure d'entre eux et, lorsque sa sœur parvient à se faire repérer par le Spectateur, qui torture des prostituées pour satisfaire son psynome, elle n'aura de cesse de le traquer pour l'accrocher et sauver sa sœur.

 

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L'intrique policière paraît des plus simples, mais Somoza ne fait pas les choses à moitié. Il crée une uchronie tournant autour d'une théorie élaborée et parsème son récit de rebondissements, d'indices et de fausses pistes à tour de bras ! Comme dans Daphné disparue, on se laisse balloter telle une marionnette, un peu perdu devant des pistes simples et logiques qui finissent toujours par nous faire passer pour des idiots. À chaque soulagement, Somoza nous reprend en main, sans nous laisser de répit jusqu'au dénouement final, théâtral et surprenant. Plusieurs fois, je me suis dit « bah, c'était pas si compliqué, c'est un bon roman, mais pas autant que tous les avis que j'ai lus le prétendent », et je me suis trompé tout autant de fois. La trame racontée plus haut n'est qu'un incipit après lequel vous risquez d'être surpris.

Je suis vraiment subjugué devant le talent, le génie même, de Somoza à entortiller des milliers de fils qui rendent le récit complexe et passionnant et qu'il parvient à dénouer avec une simplicité déconcertante à la fin. Comme dans Daphné disparue, que je vous conseille encore plus. Il poursuit d'ailleurs son exploration du milieu artistique, puisqu'après la peinture (Clara et la pénombre), la poésie (La Dame n°13) et la littérature (Daphné disparue), il signe un nouveau thriller artistique, sur le théâtre, vous l'aurez compris.

Les quelques défauts de la première partie m'empêchent de le qualifier de chef d'œuvre (traduction [ou écriture...] bancale, fautes de frappes [dont une partie de narration qui se retrouve dialogue à cause d'un tiret mal placé], erreur sur les prénoms dans un même paragraphe...), mais passée la période d'acclimatation et ces quelques erreurs, je n'ai vraiment plus pu lâcher L'appât, un thriller saisissant et implacable.

Et visiblement, je ne suis pas le seul à avoir été accroché par le masque que Shakespeare et Somoza ont créé !

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Le meilleur de 2011, les voeux pour 2012, les remerciements, tout ça... (enfin !)

Publié le par Sébastien Almira

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En 2011 j'ai beaucoup lu et j'ai bien aimé beaucoup de livres, que ce soit des bandes dessinées ou des romans. Mais il n'y avait pas grand chose qui m'ait ébloui, du moins en romans et en musique. Je me souviens qu'en 2008, j'aurais été incapable de dresser la liste des trois ou cinq livres de l'année (Un homme accidentel de Philippe Besson, La tectonique des sentiments d'Eric-Emmanuel Schmitt, Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl, La Porte des Enfers de Laurent Gaudé, Une fille du feu d'Emmanuelle Bayamack-Tam, Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo, Daphné disparue de José Carlos Somoza, rien qu'en littérature adulte).

 

Je voulais attendre encore un peu avant de publier cet article. Attendre de lire les romans de la rentrée de septembre qui attendaient encore sur mes étagères (Une femme fuyant l'annonce de David Grossman, L'appât de José Carlos Somoza, Room d'Emma Donoghue, Scintillation de John Burnside, Un été sur la magnifique de Patrice Pluyette et Héritage de Nicholas Shakespeare). Mais il commence à se faire tard, janvier est terminé et je ne vous ai toujours pas souhaité une bonne année en vous livrant mes coups de cœur et coups de gueule de 2011.

Alors les voilà, sans Room, sans Une femme fuyant l'annonce, sans Scintillation. Mais avec L'appât. Et Dieu que j'ai bien fait de le lire avant ! C'est le seul roman adulte que j'ai vraiment adoré. Avant ce week-end, j'en publierai une critique, promis !

 

Merci à vous de passer aussi souvent sur le blog, chaque année plus nombreux. Visiblement, vous n'êtes pas trop tentés de laisser des commentaires (merci toutefois aux courageux !) alors je vous encourage à nouveau : les commentaires, les échanges font vivre le blog et les œuvres qui y sont présentées, alors n'hésitez pas, partagez votre avis !

Merci également aux éditeurs, libraires et sites internet qui me permettent de recevoir certains livres en service de presse. Que les lectures se révèlent bonnes ou pas, merci !

 

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente année 2012 un peu en retard avec autant de bonheur que de découvertes littéraires, cinématographiques et musicales !

 

Je tiens également à préciser que je n'ai pas d'actions chez Actes Sud et Grasset.

 

Sébastien

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LE MEILLEUR DE L'ANNEE 2011

N'oubliez pas de nous faire découvrir vos meilleurs et vos pires moments artisiques de l'année à votre tour !

 

somoza.jpgLivres adultes

1/ L'appât, José Carlos Somoza, Actes Sud (article)

2/ L'ampleur du saccage, Kaoutar Harchi, Actes Sud (article)

3/ Premier bilan après l'apocalypse, Frédéric Beigbeder, Grasset (article)
4/ Les imperfectionnistes, Tom Rachman, Grasset (article)
5/ J'apprends l'hébreu, Denis Lachaud, Actes Sud (article)

 

La déception : Moi, Pascal F., Pascal Fioretto (Chiflet & Cie)

La bouse de l'année : Du temps qu'on existait, Marien Defalvard (Grasset)

 

 

de-pins.jpgBandes dessinées

1/ La Marche du crabe, Arthur de Pins (tomes 1 & 2) (Soleil, Noctambule)

2/ Le très grand vide d'Alphonse Tabouret, Sibylline, Capucine et Jérôme d'Avian (Ankama)

3/ Zombillénium, Arthur de Pins (tomes 1 & 2) (Dargaud)

4/ Droit au but, Si tu vas à Rio, Garréra, Skiav, Agnello, Zampano (tome 8) (Hugo BD)

5/ Blast, Manu Larcenet (tomes 1 & 2) (Dargaud)

 

 

1Romans jeunesse

1/ La Déclaration, La Résistance, La Révélation, Gemma Malley, Naïve (article)

2/ L'invention d'Hugo Cabret, Brian Selznick, Bayard Jeunesse (article)

3/ Seuls dans la ville, Yves Grevet, Syros (article)
4/ Hunger Games, Suzanne Collins, Pocket Jeunesse (article)
5/ Oublie les mille et une nuits, Marc Varvello, Bayard Jeunesse (article)

 

 

aladdin-theatre-copie-1.jpgAlbums jeunesse

1/ Aladin, Niroot Puttapipat et Marie-Cécile Cassanhol (Gründ)

2/ Le bus de Rosa, Fabrizio Silei et Maurizio A. C. Quarello (Sarbacane)

3/ Vert secret, Max Ducos (Sarbacane)

4/ Le messager du clair de lune, Jean-marie Robillard et Marie Desbons (Le Buveur d'Encre)

5/ Perdu, Alice Brière-Hacquet (MeMo)

 

 

true gritCinéma

1/ True Grit des frères Cohen, avec Matt Damon et Jeff Bridges (article)

2/ Drive de Nicolas Winding Refn, avec Ryan Gosling

3/ Rango de Gore Verbinski (article)

4/ Intouchables d'Olivier Nakache et Eric Toledano, avec Omar Sy et François Cluzet (article)
5/ The artist de Michel Hazanavicius, avec Jean Dujardin et Berenice Bejo

 

La déception : Au delà de Clint Eastwood, avec Matt Damon et Cécile de France (article)

La bouse de l'année : Stone de John Curran (avec pourtant Robert de Niro, Edward Norton et Milla Jovovich) dispute la palme (d'or ?) à Tree of Life de Terrence malick (avec Brad Pitt, Sean Penn en touriste et l'insupportable voix off mystico-sensuelle) (article)

 

 

Hurts---Happiness--Official-Album-Cover-.jpgMusique

1/ Hapiness, Hurts

2/ Aphrodite Tour Les Folies, Kylie Minogue (2 CD + DVD) (article)

3/ 21, Adele

4/ Franky Knight, Émilie Simon

5/ le retour des Cranberries avec Roses (27 février)

La déception : Born this way, Lady Gaga

L'album qui m'a irrité toute l'année : Zaz, Zaz

 

précisions musicales :

L'album de Lady Gaga n'est pas si mauvais que ça, quelques titres sont même franchement géniaux (Marry the night notamment), mais quand je vois la quantité astronomique de plagiats déguisés en clins d'oeil, je ne peux décemment pas la classer parmi le meilleur de l'année.

Enfin, Zaz est la personnalité qui m'aura le plus irrité cette année, tout milieu artistique confondu ! Quoi que « Pep menez, pep traonienn, d'am c'halon zo kaer », ça m'a gonflé aussi...

Et pour bien commencer l'année, écoutez Show me the way des Cranberries, disponible en téléchargement légal et gratuit sur leur site officiel !

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Hugo Cabret

Publié le par Sébastien Almira

L'invention d'Hugo Cabret, Brian Selznick, Bayard Jeunesse, 2008 pour le grand format, 17,90 €, 2011 pour le semi-poche, 12,90 € (environ 500 pages, dont 300 d'illustrations noir et blanc de l'auteur) ****
Hugo Cabret, Martin Scorsese, 2011, Paramount / Metropolitan, avec Asa Butterfield, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Chloé Moretz, Christopher Lee (environ 2h) ***

 

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Hugo Cabret, avant d'être le héros de la nouvelle super-production nommé onze fois aux Oscars de Martin Scorsese, est le héros d'un roman jeunesse.

Hugo n'a pas eu trop de chance. Son père est mort dans un incendie, son oncle alcoolique le force à arrêter l'école pour apprendre son métier : remonter les pendules de la gare de Paris. Tout ce qu'il reste de son père à Hugo est un automate trouvé au fin fond du musée où il travaillait, le carnet où il archivait tous les schémas et indications concernant l'automate et l'art de réparer n'importe quel mécanisme. Lorsque son oncle disparaît, Hugo continue de s'occuper des horloges de la gare sans se faire voir et de réparer l'automate, dont il est sûr qu'il lui délivrera un message de son père.
Jusqu'au jour où le marchand de jouets chez qui il vole régulièrement les outils et les pièces dont il a besoin, le surprend. Perturbé à la vue du carnet et des dessins qu'il renferme, il le lui confisque. Hugo n'a alors plus qu'un but : récupérer le carnet et terminer l'automate.
Aidé de la petite-fille du marchand, il est entraîné dans une fantastique aventure qui les conduira de leur Paris des années 30 à la naissance du cinéma et au génie oublié, Georges Méliès, magicien, père des effets spéciaux (alors appelés trucages), premier réalisateur et créateur du premier studio de cinéma en France.

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Le roman de Selznick renferme une importante galerie d'illustrations noir et blanc qui sont une part véritable du récit. Il arrive que, sur une dizaine de double pages, s'enchaînent des dessins représentant une scène entière. Celle-ci n'est pas racontée par le narrateur, d'où l'importance des illustrations de Selznick, fort réussies.
Pas long, le texte est facilement lisible à partir de 9 ans, sans limite d'âge ! L'écriture est fluide, agréable et on se laisse facilement entraîner dans l'univers merveilleux du conte de Selznick. Ça se lit très vite et il reste dans nos têtes un petit air de chant de Noël accompagné de flocons de neiges.

Le film de Scorsese restitue à la perfection l'ambiance et l'intrigue du livre pour en accentuer le côté conte de Noël : personnages atypiques, musique et situations théâtrales, vieux Paris merveilleux, neige à foison, petites lunettes sur Papi acariâtre, etc.
Esthétiquement, le film a de quoi se vanter aux Oscars. Il faut dire qu'il a coûté la modique somme de 170 millions de dollars. Alors il a plutôt intérêt à être bien fait.
Mais il n'est pas parfait pour autant, d'où ma large préférence au roman. D'abord, il est trop long. Vingt minutes de moins auraient été les bienvenues. Les scènes semblent s'allonger sous nos yeux et, franchement, on s'ennuie parfois. Ensuite, Asa Butterfield (qui joue Hugo Cabret) n'est pas foncièrement un mauvais acteur, mais il en fait trop, dramatisant sans cesse la situation, un peu à la manière de Freddie Highmore dans Arthur et les Minimoys. Se sentent-ils pousser des ailes parce qu'ils jouent dans une grosse production ou surjouent-ils pour cacher leur manque d'expérience ?
 

04-Hugo-Cabret.jpg


Voilà donc un merveilleux conte de Noël à lire sans modération, un vibrant hommage au père de la sciences-fiction à voir malgré la longueur. Préférez tout de même le livre qui, en plus, est un bel objet à offrir grâce aux illustrations !

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Yves Grevet, L'école est finie, mini-roman jeunesse, 40 pages, Syros, janvier 2012, 3 € *****

Publié le par Sébastien Almira

 

Si vous êtes un tant soit peu habitué du blog, vous connaissez certainement mon acharnement à défendre Yves Grevet qu'il neige ou qu'il vente, qu'il publie une nouveauté ou non. Après sa fantastique trilogie Méto (ici) et son super polar (désolé, je n'ai pas trouvé mieux, je suis fatigué) Seuls dans la ville (ici), voilà qu'il réduit encore le nombre de page de sa nouvelle production.

 

   grevet grevet grevet grevet grevet grevet grevet grevet grevet grevet

 

 

Paraît ce mois-ci dans la collection Mini Syros un très court roman percutant sur les méandres des sociétés totalitaires se faisant passer pour des sauveurs de l'humanité.

 

Vous avez lu Matin Brun de Franck Pavloff ? Vous avez aimé son style et sa brièveté en décalage total avec l'ampleur et la dureté du sujet ? Vous aimerez autant L'école est finie d'Yves Grevet avec son style et sa brièveté en décalage total avec l'ampleur et la dureté du sujet. C'est ce qui fait la force de ses deux ouvrages infiniment plus salutaires qu'Indignez-vous, que je m'indigne d'avoir lu.

 

De toute façon, vous faites désormais partie d'une société où vous n'avez plus le choix. Vous êtes forcés de le lire, de la même façon que les enfants en 2028 ne seront plus des élèves mais des apprentis, chez Speed-fooding, Jardins et maisons ou encore Magic-Games. Ils n'ont pas le choix. À six ans, ils signent leur contrat d'apprentissage et ne peuvent en aucun cas y échapper. Même lorsqu'ils se rendent compte qu'on ne leur apprend finalement qu'à se faire exploiter dans une société où tout est régi par les riches. Tous identiques, tous dans le rang, comme des petits sacs de frites.

 

À moins que...

 

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De la même manière qu'on a l'habitude d'entendre par-ci, par-là, qu'il faut lire Matin brun, je vous assure qu'il faut lire L'école est finie.

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Nicholas Shakespeare, Héritage, roman, 420 pages, septembre 2011, Grasset ***

Publié le par Sébastien Almira

 

Je suppose que le nom sur la couverture a attiré quelques regards et quelques porte-monnaie en cette rentrée automnale. Tiens, Shakespeare ! Il n'est pas mort ?

Ce Shakespeare-là n'écrit pas de théâtre. Bien d'autres choses, mais pas de théâtre. Entre autres, des essais sur Mario Vargas Llosa et Bruce Chatwin, ainsi que des romans et le scénario de l'adaptation de l'un d'eux (The dancer upstairs) par John Malkovitch.

De ses premiers romans, seul La vision d'Elena Silve avait été publié en France (1991, Albin Michel). Pourtant Inheritance (2010, Harvill) profite d'une traduction instantanée chez Grasset. Et ils ne s'y sont pas trompé. Car Héritage est un très bon livre.

 

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Andy Larkham bosse dans l'édition. Cela peut paraître prestigieux, comme dans les films américains. Mais non, lui, « il travaillait dans une petite maison d'édition dont le fonds de commerce était le développement personnel : surmonter la perte d'un être cher, vaincre les épreuves, bien vivre sa grossesse. Et une flopée de syndromes qui, à force, ne le faisaient même plus rire » (page 40). Il sont trois, il fait tout le boulot, il est mal payé. Sa fiancée le plaque parce qu'il n'est pas assez riche, mais la raison officielle est son nouveau mec (plus riche). Le genre de fille trop belle pour ne pas avoir oublié d'être conne et vénale. Les factures s'empilent sur le buffet, mais pas l'argent qu'il doit à sa collègue.

En gros, sa vie sent la poisse à plein nez. Et un jour, miracle, un enterrement ! Sa poisse se transforme en chance : il se trompe de chapelle. Lorsqu'il s'en rend compte, il ne fuit pas par respect pour le défunt et parce qu'il arriverait de toute façon à l'enterrement de son ancien professeur. D'autant que l'adage « un de plus, un de moins... » ne fonctionne pas ici : ils sont quatre, en comptant le curée et le notaire. Et Andy, il a bien fait de rester, car le défunt est millionnaire et a légué sa fortune aux seules personnes présentes pendant la messe.

 

« Mais qui était ce Christopher Madigan ? Et pourquoi avait-il agi ainsi ? » (page 97)

 

À votre avis, qu'est-ce qu'on fait quand on se retrouve avec 17 millions de dollars sur son compte en banque ? Quand on ne sait pas d'où vient cet argent, qui est ce mystérieux bienfaiteur ?

On en profite, on fait des cadeaux à son entourage avant de se faire plaisir comme il se doit ?

On devient un connard imbus de soi-même, du genre à ne plus penser qu'à baiser les plus belles filles, boire et bouffer dans des restos hors de prix et oublier ses amis ?

On cherche à savoir qui était cet homme qui a fait de nous un millionnaire par erreur et pourquoi sa fille n'était pas là pendant la messe ?

On est pris de remords d'avoir accepté alors que la fille du défunt n'a rien eu ?

 

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Et bien Nicholas Shakespeare n'a pas choisi. Notre petit héros va passer par tous ces états. Il sera un ami, un frère, un fils généreux avant d'être un connard profiteur. Ses remords auront laissé place à une joie et un soulagement intenses. Et il jouera au yoyo avec son besoin de tout connaître de Christopher Madigan.

Avec un humour so british, une plume délicate, quelques rebondissements bien pesés et la vie bien remplie d'un homme solitaire à raconter, le Shakespeare Junior nous entraine dans une aventure qui court sur plusieurs continents pendant de longues années. De l'Australie à Londres en passant par le génocide turc des Arméniens, de sa jeunesse pauvre mais heureuse à sa vie riche mais solitaire en passant par une douloureuse histoire d'amour et des relations en dents de scie avec sa fille, Andy va tout apprendre de la vie de Madigan, qui n'est pas celui qu'il croyait. Mais trouvera-t-il le moyen de prouver à sa fille, Jeanine, qu'il n'est pas le monstre qu'elle croit ?

 

Sérieusement, je ne suis pas le plus fort pour expliquer que telle phrase est renversante de sensibilité, que tel personnage est épatant de par son histoire et son caractère, que telle description est magnifiée par jeu de mot, que telle scène est suffocante de vérité. En somme, je ne suis pas le plus pédant des critiques littéraires.

Mais ce que je peux vous dire, c'est que j'ai reçu Héritage en service de presse en juillet, que je l'ai longtemps laissé de côté au profit d'autres livres par forcément meilleurs, que j'ai attendu que ma grand-mère prenne du plaisir à le lire, pour m'y mettre aussi. Six mois. Il n'est donc plus trop d'actualité, certainement plus sur beaucoup de tables de librairie maintenant que la rentrée de janvier a pris place, mais j'espère que vous en trouverez bien un exemplaire caché en rayon car il s'agit là d'une très bonne lecture. Pas de celles qui vous chamboulent par leur propos, qui vous émerveillent par leur poésie, qui vous tirent de grands éclats de rire ou vous font pleurer comme une madeleine. Non, juste comme un très bon roman qui vous fait passer un super moment et vous permet de vous évader un peu dans l'histoire d'un homme, de ses origines et de ce qui a fait sa vie. Et croyez-moi, on a envie de tourner la page, puis la suivante, pour tout connaître de Christopher Madigan !

 

 

27/01/2012 : Même François Hollande connait Nicholas Shakespeare. Malgré lui.

« Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve »

 

 

Merci aux éditions Grasset pour l'envoi de ce livre.

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Emmanuel Carrère, Limonov, récit-roman, 480 pages, septembre 2011, POL, 20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Prix Passion, Prix de la Vocation (Bravoure), Grand Prix de la science-fiction, Prix Valéry Larbaud (Le Détroit de Behring), Prix Kléber Haedens (Hors d'atteinte ?), Prix Femina (La classe de neige), Emmanuel Carrère n'en finit plus ! Et voilà qu'il est couronné cette année par le Prix Renaudot pour Limonov, favori malheureux du Goncourt.

Ce qui ne change pas non plus, c'est la limite entre le roman et le récit qui traverse les cinq-cent pages du livre. Déjà avec L'adversaire, Un roman russe ou encore D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère se jouait des codes en offrant à ses lecteurs des petits mijotés de roman, de récit, de fait divers et d'autobiographie. Ici, il se met en tête de raconter la vie d'Edouard Savenko, dit Limonov.

 

« Il aimait la bagarre, il avait un succès incroyable avec les filles. Sa liberté d'allures et son passé aventureux en imposaient aux jeunes bourgeois que nous étions. Limonov était notre barbare, notre voyou : nous l'adorions. » (page 18)

 

Il l'a rencontré pour la première fois au début des années quatre-vingt. Il est alors à écrivain à Paris et le scandale de son roman Le poète russe préfère les grands nègres n'a d'égal que son succès. Avant, il a été poète et voyou, en Ukraine, à peu près en même temps. Il veut alors se faire remarquer, entrer dans l'Histoire et ne plus en sortir, par tous les moyens. Il traine avec les voyous en vue puis se fait entretenir par la vendeuse de la librairie 41 où il rencontre de grands esprits, se considère rapidement supérieurs à la majorité d'entre eux, baise la libraire pour avoir un toit et des relations. Il file à Moscou où il devient la coqueluche de l'underground soviétique. Puis direction New York où il côtoie la misère et le milieu de la jet-set puisqu'il vit dans un hôtel miteux et débride sa sexualité avec des sans-abris avant de se faire embaucher comme valet de chambre d'un milliardaire. Entre les bas-fonds et les milieux avant-gardistes, il commence à écrire des romans et s'envole pour Paris.

C'est là qu'il devient une sorte de Frédéric Beigbeder avant l'heure : il fréquente les cercles littéraires, écrit dans la presse, s'amuse autant que faire se peut (légalement ou illégalement) et publie des romans à succès dans lesquels il raconte sa vie.

 

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« La vendeuse principale du 41, Anna Moïsseïevna Rubinstein, est une femme majestueuse, les cheveux déjà gris, avec un beau visage tragique et un énorme cul. Plus jeune, elle ressemblait à Elizabeth Taylor ; à vingt-huit ans, c'est déjà une matronne, à qui les gens cèdent leur place dans le tramway. Sujette à des troubles maniaco-dépressifs pour lesquels elle touche une prime d'invalidité, elle se définit fièrement comme « schizo » et traite de fous tous ceux pour qui elle a de l'estime. » (page 80)

 

À ce moment, on ne peut pas vraiment reprocher quoi que ce soit de grave à Limonov, à part d'être un connard. Ce qui le rapproche encore plus de Beigbeder.

Là où tout change, c'est qu'après avoir été écrivain à Paris, Limonov devient soldat. On ne sait pas grand chose de ses crimes, Emmanuel Carrère non plus. Mais on sait qu'ils ne sont pas glorieux. À cette période, on ne le publie plus en France et il retombe dans l'anonymat. Jusqu'à ce que Carrère s'empare de sa vie.

Sa vie, qui est un vrai roman d'aventures. C'est là que la limite entre la biographie et le roman est trouble. Car si Emmanuel Carrère n'invente rien qui n'appartienne à l'histoire de Limonov, celle-ci se révèle être digne d'un roman de Dumas, Verne ou Dickens. Entre misère et richesse, statut d'idole et soldat dans les Balkans, truand et poète, Limonov n'a pas vraiment la vie qu'on imagine pour un homme normal. Et pour cause, ce n'est pas un homme normal. C'est un homme qui a eu mille vies, et qui en vie encore.

Il s'adonne désormais à la politique. Le Parti-National-Bolchévik créé il y a fort longtemps a été dissout, sa peine de quatorze ans de prison pour trafic d'arme et tentative de coup d'état au Kazakhstan est réduite à deux, il rejoint d'autres partis et mouvements, en crée de nouveaux et, en digne opposant de Poutine, il a l'intention de se présenter aux élections présidentielles de 2012.

 

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« Est-ce qu'il ne vaut pas mieux mourir vivant que vivre mort ? » (page 75)

 

C'est ce qui pourrait aisément être la devise de l'anti-héros. Tout est bon pour se sentir vivant, il n'y a pas de bien, ni de mal : que de la vie.

C'est le livre de sa vie qu'Emmanuel Carrère nous livre, comme un grand roman d'aventures qui nous entraine aux quatre coins de la terre, aux quatre coins du vingtième siècle. Sans fioriture, sans lourdeur de style, sans jugement. Il raconte comme s'il était la voix off dans un documentaire sur le personnage de Limonov. Il ne connait pas toute la vérité, mais il n'invente rien, sinon des dialogues ou des pensées. Mais pas de situation, de rencontre, de voyage, de crime fictifs, rien de tout ça. Emmanuel Carrère fait son travail de romancier-biographe en toute simplicité et en toute objectivité, mais non sans humour (cf. deuxième extrait). Rien que Edouard Savenko et Emmanuel Carrère. Limonov tout entier pour vous.

 

« Limonov a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; soldat perdu dans les Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le voir comme un salaud : je suspends sur ce point mon jugement. Mais ce que j'ai pensé, c'est que sa vie romanesque et dangereuse racontait quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quelque chose, oui, mais quoi ? Je commence ce livre pour l'apprendre. »

limonov_441094901_north_320x.jpgLimonov participe aux matches de la rentrée littéraire de Price Minister. Merci au site et à Rémi Gonseau pour l'envoi du livre.

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Hubert Haddad, Opium Poppy, roman, 170 pages, Zulma, août 2011, 16,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

ACH002890265.1316191084.580x580.jpgAutant l'avouer tout de suite : je me le suis caché tout au long de ma lecture mais je suis déçu par le nouveau roman d'Hubert Haddad. Je me suis persuadé à chaque page qu'il était très bien. Aussi bien que Palestine, Prix Renaudot poche. Mais il ne l'est pas. Je ne me rappelle pas bien de Palestine, mais il m'a laissé un Grand Souvenir.

Avec Opium Poppy, j'ai retrouvé l'Hubert Haddad de Vent Printanier (court recueil de quatre nouvelles), avec son style très travaillé, sa poésie revendiquée et son vocabulaire trop riche rendant la lecture et la compréhension difficile. Je ne suis pas surdoué, mais je ne suis pas analphabète pour autant, et il y a plusieurs phrases que je n'ai pas comprises. Comme je n'allais pas me trimballer avec un dictionnaire pour arrêter ma lecture une dizaine de fois par page pour chercher une définition, j'ai continué à lire. Bien entendu, je comprenais le sens général, l'histoire, je ne suis pas complètement idiot. Mais souvent, je butais sur un mot, une phrase entière ou me rendais compte au bout de plusieurs lignes, paragraphes, voire pages, qu'on avait changé de ville, d'époque, à cause d'une construction un peu bancale.

 

« Dans la chambre du fond, couchée sur un entassement de matelas, Poppy tremble d'un froid tout intérieur. La neige ne fond pas dans le sang. Son bras épinglé mille fois au bel abîme et son crâne plei d'éclairs et de nuit la font atrocement souffrir. Les piercings et les tatouages qui la protègent des spectres nus de la concupiscence forment autour d'elle une piètre armures de signes. Secouée de séismes, la terre noire du passé dégorge ses cadavres. » pages 137-138

 

Un petit paysan afghan, pris entre la guerre et le trafic d'opium, se retrouve dans un foyer humanitaire suite à une sanglante bataille à son village. Son frère, Alam Le Borgne, qu'il admire, s'engage dans la violente rébellion qui ravage son pays. Il lui voue un culte sans nom et ne sait plus qui croire, que faire. Enfant soldat surnommé L'évanoui depuis qu'il n'a pu rester conscient lors de sa circoncision, à la grande honte de son père, transbahuté de ville en ville (de Kandahar à Kaboul), de pays en pays (de l'Afghanistan à la France, en passant par l'Italie), mutique depuis la destruction de son village, devenu bandit à Paris, L'évanoui perd la vie à mesure qu'il grandit.

 

C'est l'enfance traumatisée d'un gamin détruit par la politique de son pays, le trafic de drogue, la cruauté des hommes et les affres de sa misérable vie qu'Hubert Haddad nous livre sur un plateau sanglant de poésie et de musicalité de la langue. Le contraste entre la forme et le fond est immense. C'est la force de ce grand auteur. Mais je n'ai pas été conquis par Opium Poppy, à cause de son manque de clarté, de compréhension et également parce que j'ai moins été emballé par l'histoire qu'avec Palestine, que je vous conseille vivement.

 

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