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Hugo Cabret

Publié le par Sébastien Almira

L'invention d'Hugo Cabret, Brian Selznick, Bayard Jeunesse, 2008 pour le grand format, 17,90 €, 2011 pour le semi-poche, 12,90 € (environ 500 pages, dont 300 d'illustrations noir et blanc de l'auteur) ****

Hugo Cabret, Martin Scorsese, 2011, Paramount / Metropolitan, avec Asa Butterfield, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Chloé Moretz, Christopher Lee (environ 2h) ***

 

 

 

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Hugo Cabret, avant d'être le héros de la nouvelle super-production nommé onze fois aux Oscars de Martin Scorsese, est le héros d'un roman jeunesse. C'est important de le savoir car le roman est meilleur que le film.

 

Hugo n'a pas eu trop de chance. Son père est mort dans un incendie, son oncle alcoolique le force à arrêter l'école pour apprendre son métier : remonter les pendules de la gare de Paris. Tout ce qu'il reste de son père à Hugo est un automate trouvé au fin fond du musée où il travaillait, le carnet où il archivait tous les schémas et indications concernant l'automate et l'art de réparer n'importe quel mécanisme. Lorsque son oncle disparaît, Hugo continue de s'occuper des horloges de la gare sans se faire voir et de réparer l'automate, dont il est sûr qu'il lui délivrera un message de son père.

Jusqu'au jour où le marchand de jouets chez qui il vole régulièrement les outils et les pièces dont il a besoin, le surprend. Perturbé à la vue du carnet et des dessins qu'il renferme, il le lui confisque. Hugo n'a alors plus qu'un but : récupérer le carnet et terminer l'automate.

Aidé de la petite-fille du marchand, il est entrainé dans une fantastique aventure qui les conduira de leur Paris des années 30 à la naissance du cinéma et au génie oublié, Georges Méliès, magicien, père des effets spéciaux (alors appelés trucages), premier réalisateur et créateur du premier studio de cinéma en France.

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hugo2hugo1Le roman de Selznick renferme une importante galerie d'illustrations noir et blanc qui sont une part véritable du récit. Il arrive que, sur une dizaine de double pages, s'enchainent des dessins représentant une scène entière. Celle-ci n'est pas racontée par le narrateur, d'où l'importance des illustrations de Selznick, fort réussies.

Pas long, le texte est facilement lisible à partir de 9 ans, sans limite d'âge ! L'écriture est fluide, agréable et on se laisse facilement entrainer dans l'univers merveilleux du conte de Selznick. Ça se lit très vite et il reste dans nos têtes un petit air de chant de Noël accompagné de flocons de neiges.

 

Le film de Scorsese restitue à la perfection l'ambiance et l'intrigue du livre pour en accentuer le côté conte de Noël : personnages atypiques, musique et situations théâtrales, vieux Paris merveilleux, neige à foison, petites lunettes sur Papi acariâtre, etc.

Esthétiquement, le film a de quoi se vanter aux Oscars. Il faut dire qu'il a coûté la modique somme de 170 millions de dollars. Alors il a plutôt intérêt à être bien fait.

Mais il n'est pas parfait pour autant, d'où ma large préférence au roman. D'abord, il est trop long. Vingt minutes de moins auraient été les bienvenues. Les scènes semblent s'allonger sous nos yeux comme de la pâte à pain et, franchement, on s'ennuie. Ensuite, Asa Butterfield (qui joue Hugo Cabret) n'est pas foncièrement un mauvais acteur, mais il en fait trop, dramatisant sans cesse la situation, un peu à la manière de Freddie Highmore dans Arthur et les Minimoys. Se sentent-ils pousser des ailes parce qu'ils jouent dans une grosse production ou surjouent-ils pour cacher leur manque d'expérience ?

 

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Voilà donc un merveilleux conte de Noël à lire sans modération, un vibrant hommage au père de la sciences-fiction à voir malgré la longueur. Préférez tout de même le livre qui, en plus, est un bel objet à offrir grâce aux illustrations !

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Yves Grevet, L'école est finie, mini-roman jeunesse, 40 pages, Syros, janvier 2012, 3 € *****

Publié le par Sébastien Almira

 

Si vous êtes un tant soit peu habitué du blog, vous connaissez certainement mon acharnement à défendre Yves Grevet qu'il neige ou qu'il vente, qu'il publie une nouveauté ou non. Après sa fantastique trilogie Méto (ici) et son super polar (désolé, je n'ai pas trouvé mieux, je suis fatigué) Seuls dans la ville (ici), voilà qu'il réduit encore le nombre de page de sa nouvelle production.

 

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Paraît ce mois-ci dans la collection Mini Syros un très court roman percutant sur les méandres des sociétés totalitaires se faisant passer pour des sauveurs de l'humanité.

 

Vous avez lu Matin Brun de Franck Pavloff ? Vous avez aimé son style et sa brièveté en décalage total avec l'ampleur et la dureté du sujet ? Vous aimerez autant L'école est finie d'Yves Grevet avec son style et sa brièveté en décalage total avec l'ampleur et la dureté du sujet. C'est ce qui fait la force de ses deux ouvrages infiniment plus salutaires qu'Indignez-vous, que je m'indigne d'avoir lu.

 

De toute façon, vous faites désormais partie d'une société où vous n'avez plus le choix. Vous êtes forcés de le lire, de la même façon que les enfants en 2028 ne seront plus des élèves mais des apprentis, chez Speed-fooding, Jardins et maisons ou encore Magic-Games. Ils n'ont pas le choix. À six ans, ils signent leur contrat d'apprentissage et ne peuvent en aucun cas y échapper. Même lorsqu'ils se rendent compte qu'on ne leur apprend finalement qu'à se faire exploiter dans une société où tout est régi par les riches. Tous identiques, tous dans le rang, comme des petits sacs de frites.

 

À moins que...

 

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De la même manière qu'on a l'habitude d'entendre par-ci, par-là, qu'il faut lire Matin brun, je vous assure qu'il faut lire L'école est finie.

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Nicholas Shakespeare, Héritage, roman, 420 pages, septembre 2011, Grasset ***

Publié le par Sébastien Almira

 

Je suppose que le nom sur la couverture a attiré quelques regards et quelques porte-monnaie en cette rentrée automnale. Tiens, Shakespeare ! Il n'est pas mort ?

Ce Shakespeare-là n'écrit pas de théâtre. Bien d'autres choses, mais pas de théâtre. Entre autres, des essais sur Mario Vargas Llosa et Bruce Chatwin, ainsi que des romans et le scénario de l'adaptation de l'un d'eux (The dancer upstairs) par John Malkovitch.

De ses premiers romans, seul La vision d'Elena Silve avait été publié en France (1991, Albin Michel). Pourtant Inheritance (2010, Harvill) profite d'une traduction instantanée chez Grasset. Et ils ne s'y sont pas trompé. Car Héritage est un très bon livre.

 

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Andy Larkham bosse dans l'édition. Cela peut paraître prestigieux, comme dans les films américains. Mais non, lui, « il travaillait dans une petite maison d'édition dont le fonds de commerce était le développement personnel : surmonter la perte d'un être cher, vaincre les épreuves, bien vivre sa grossesse. Et une flopée de syndromes qui, à force, ne le faisaient même plus rire » (page 40). Il sont trois, il fait tout le boulot, il est mal payé. Sa fiancée le plaque parce qu'il n'est pas assez riche, mais la raison officielle est son nouveau mec (plus riche). Le genre de fille trop belle pour ne pas avoir oublié d'être conne et vénale. Les factures s'empilent sur le buffet, mais pas l'argent qu'il doit à sa collègue.

En gros, sa vie sent la poisse à plein nez. Et un jour, miracle, un enterrement ! Sa poisse se transforme en chance : il se trompe de chapelle. Lorsqu'il s'en rend compte, il ne fuit pas par respect pour le défunt et parce qu'il arriverait de toute façon à l'enterrement de son ancien professeur. D'autant que l'adage « un de plus, un de moins... » ne fonctionne pas ici : ils sont quatre, en comptant le curée et le notaire. Et Andy, il a bien fait de rester, car le défunt est millionnaire et a légué sa fortune aux seules personnes présentes pendant la messe.

 

« Mais qui était ce Christopher Madigan ? Et pourquoi avait-il agi ainsi ? » (page 97)

 

À votre avis, qu'est-ce qu'on fait quand on se retrouve avec 17 millions de dollars sur son compte en banque ? Quand on ne sait pas d'où vient cet argent, qui est ce mystérieux bienfaiteur ?

On en profite, on fait des cadeaux à son entourage avant de se faire plaisir comme il se doit ?

On devient un connard imbus de soi-même, du genre à ne plus penser qu'à baiser les plus belles filles, boire et bouffer dans des restos hors de prix et oublier ses amis ?

On cherche à savoir qui était cet homme qui a fait de nous un millionnaire par erreur et pourquoi sa fille n'était pas là pendant la messe ?

On est pris de remords d'avoir accepté alors que la fille du défunt n'a rien eu ?

 

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Et bien Nicholas Shakespeare n'a pas choisi. Notre petit héros va passer par tous ces états. Il sera un ami, un frère, un fils généreux avant d'être un connard profiteur. Ses remords auront laissé place à une joie et un soulagement intenses. Et il jouera au yoyo avec son besoin de tout connaître de Christopher Madigan.

Avec un humour so british, une plume délicate, quelques rebondissements bien pesés et la vie bien remplie d'un homme solitaire à raconter, le Shakespeare Junior nous entraine dans une aventure qui court sur plusieurs continents pendant de longues années. De l'Australie à Londres en passant par le génocide turc des Arméniens, de sa jeunesse pauvre mais heureuse à sa vie riche mais solitaire en passant par une douloureuse histoire d'amour et des relations en dents de scie avec sa fille, Andy va tout apprendre de la vie de Madigan, qui n'est pas celui qu'il croyait. Mais trouvera-t-il le moyen de prouver à sa fille, Jeanine, qu'il n'est pas le monstre qu'elle croit ?

 

Sérieusement, je ne suis pas le plus fort pour expliquer que telle phrase est renversante de sensibilité, que tel personnage est épatant de par son histoire et son caractère, que telle description est magnifiée par jeu de mot, que telle scène est suffocante de vérité. En somme, je ne suis pas le plus pédant des critiques littéraires.

Mais ce que je peux vous dire, c'est que j'ai reçu Héritage en service de presse en juillet, que je l'ai longtemps laissé de côté au profit d'autres livres par forcément meilleurs, que j'ai attendu que ma grand-mère prenne du plaisir à le lire, pour m'y mettre aussi. Six mois. Il n'est donc plus trop d'actualité, certainement plus sur beaucoup de tables de librairie maintenant que la rentrée de janvier a pris place, mais j'espère que vous en trouverez bien un exemplaire caché en rayon car il s'agit là d'une très bonne lecture. Pas de celles qui vous chamboulent par leur propos, qui vous émerveillent par leur poésie, qui vous tirent de grands éclats de rire ou vous font pleurer comme une madeleine. Non, juste comme un très bon roman qui vous fait passer un super moment et vous permet de vous évader un peu dans l'histoire d'un homme, de ses origines et de ce qui a fait sa vie. Et croyez-moi, on a envie de tourner la page, puis la suivante, pour tout connaître de Christopher Madigan !

 

 

27/01/2012 : Même François Hollande connait Nicholas Shakespeare. Malgré lui.

« Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve »

 

 

Merci aux éditions Grasset pour l'envoi de ce livre.

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Emmanuel Carrère, Limonov, récit-roman, 480 pages, septembre 2011, POL, 20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Prix Passion, Prix de la Vocation (Bravoure), Grand Prix de la science-fiction, Prix Valéry Larbaud (Le Détroit de Behring), Prix Kléber Haedens (Hors d'atteinte ?), Prix Femina (La classe de neige), Emmanuel Carrère n'en finit plus ! Et voilà qu'il est couronné cette année par le Prix Renaudot pour Limonov, favori malheureux du Goncourt.

Ce qui ne change pas non plus, c'est la limite entre le roman et le récit qui traverse les cinq-cent pages du livre. Déjà avec L'adversaire, Un roman russe ou encore D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère se jouait des codes en offrant à ses lecteurs des petits mijotés de roman, de récit, de fait divers et d'autobiographie. Ici, il se met en tête de raconter la vie d'Edouard Savenko, dit Limonov.

 

« Il aimait la bagarre, il avait un succès incroyable avec les filles. Sa liberté d'allures et son passé aventureux en imposaient aux jeunes bourgeois que nous étions. Limonov était notre barbare, notre voyou : nous l'adorions. » (page 18)

 

Il l'a rencontré pour la première fois au début des années quatre-vingt. Il est alors à écrivain à Paris et le scandale de son roman Le poète russe préfère les grands nègres n'a d'égal que son succès. Avant, il a été poète et voyou, en Ukraine, à peu près en même temps. Il veut alors se faire remarquer, entrer dans l'Histoire et ne plus en sortir, par tous les moyens. Il traine avec les voyous en vue puis se fait entretenir par la vendeuse de la librairie 41 où il rencontre de grands esprits, se considère rapidement supérieurs à la majorité d'entre eux, baise la libraire pour avoir un toit et des relations. Il file à Moscou où il devient la coqueluche de l'underground soviétique. Puis direction New York où il côtoie la misère et le milieu de la jet-set puisqu'il vit dans un hôtel miteux et débride sa sexualité avec des sans-abris avant de se faire embaucher comme valet de chambre d'un milliardaire. Entre les bas-fonds et les milieux avant-gardistes, il commence à écrire des romans et s'envole pour Paris.

C'est là qu'il devient une sorte de Frédéric Beigbeder avant l'heure : il fréquente les cercles littéraires, écrit dans la presse, s'amuse autant que faire se peut (légalement ou illégalement) et publie des romans à succès dans lesquels il raconte sa vie.

 

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« La vendeuse principale du 41, Anna Moïsseïevna Rubinstein, est une femme majestueuse, les cheveux déjà gris, avec un beau visage tragique et un énorme cul. Plus jeune, elle ressemblait à Elizabeth Taylor ; à vingt-huit ans, c'est déjà une matronne, à qui les gens cèdent leur place dans le tramway. Sujette à des troubles maniaco-dépressifs pour lesquels elle touche une prime d'invalidité, elle se définit fièrement comme « schizo » et traite de fous tous ceux pour qui elle a de l'estime. » (page 80)

 

À ce moment, on ne peut pas vraiment reprocher quoi que ce soit de grave à Limonov, à part d'être un connard. Ce qui le rapproche encore plus de Beigbeder.

Là où tout change, c'est qu'après avoir été écrivain à Paris, Limonov devient soldat. On ne sait pas grand chose de ses crimes, Emmanuel Carrère non plus. Mais on sait qu'ils ne sont pas glorieux. À cette période, on ne le publie plus en France et il retombe dans l'anonymat. Jusqu'à ce que Carrère s'empare de sa vie.

Sa vie, qui est un vrai roman d'aventures. C'est là que la limite entre la biographie et le roman est trouble. Car si Emmanuel Carrère n'invente rien qui n'appartienne à l'histoire de Limonov, celle-ci se révèle être digne d'un roman de Dumas, Verne ou Dickens. Entre misère et richesse, statut d'idole et soldat dans les Balkans, truand et poète, Limonov n'a pas vraiment la vie qu'on imagine pour un homme normal. Et pour cause, ce n'est pas un homme normal. C'est un homme qui a eu mille vies, et qui en vie encore.

Il s'adonne désormais à la politique. Le Parti-National-Bolchévik créé il y a fort longtemps a été dissout, sa peine de quatorze ans de prison pour trafic d'arme et tentative de coup d'état au Kazakhstan est réduite à deux, il rejoint d'autres partis et mouvements, en crée de nouveaux et, en digne opposant de Poutine, il a l'intention de se présenter aux élections présidentielles de 2012.

 

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« Est-ce qu'il ne vaut pas mieux mourir vivant que vivre mort ? » (page 75)

 

C'est ce qui pourrait aisément être la devise de l'anti-héros. Tout est bon pour se sentir vivant, il n'y a pas de bien, ni de mal : que de la vie.

C'est le livre de sa vie qu'Emmanuel Carrère nous livre, comme un grand roman d'aventures qui nous entraine aux quatre coins de la terre, aux quatre coins du vingtième siècle. Sans fioriture, sans lourdeur de style, sans jugement. Il raconte comme s'il était la voix off dans un documentaire sur le personnage de Limonov. Il ne connait pas toute la vérité, mais il n'invente rien, sinon des dialogues ou des pensées. Mais pas de situation, de rencontre, de voyage, de crime fictifs, rien de tout ça. Emmanuel Carrère fait son travail de romancier-biographe en toute simplicité et en toute objectivité, mais non sans humour (cf. deuxième extrait). Rien que Edouard Savenko et Emmanuel Carrère. Limonov tout entier pour vous.

 

« Limonov a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; soldat perdu dans les Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le voir comme un salaud : je suspends sur ce point mon jugement. Mais ce que j'ai pensé, c'est que sa vie romanesque et dangereuse racontait quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quelque chose, oui, mais quoi ? Je commence ce livre pour l'apprendre. »

limonov_441094901_north_320x.jpgLimonov participe aux matches de la rentrée littéraire de Price Minister. Merci au site et à Rémi Gonseau pour l'envoi du livre.

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Hubert Haddad, Opium Poppy, roman, 170 pages, Zulma, août 2011, 16,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

ACH002890265.1316191084.580x580.jpgAutant l'avouer tout de suite : je me le suis caché tout au long de ma lecture mais je suis déçu par le nouveau roman d'Hubert Haddad. Je me suis persuadé à chaque page qu'il était très bien. Aussi bien que Palestine, Prix Renaudot poche. Mais il ne l'est pas. Je ne me rappelle pas bien de Palestine, mais il m'a laissé un Grand Souvenir.

Avec Opium Poppy, j'ai retrouvé l'Hubert Haddad de Vent Printanier (court recueil de quatre nouvelles), avec son style très travaillé, sa poésie revendiquée et son vocabulaire trop riche rendant la lecture et la compréhension difficile. Je ne suis pas surdoué, mais je ne suis pas analphabète pour autant, et il y a plusieurs phrases que je n'ai pas comprises. Comme je n'allais pas me trimballer avec un dictionnaire pour arrêter ma lecture une dizaine de fois par page pour chercher une définition, j'ai continué à lire. Bien entendu, je comprenais le sens général, l'histoire, je ne suis pas complètement idiot. Mais souvent, je butais sur un mot, une phrase entière ou me rendais compte au bout de plusieurs lignes, paragraphes, voire pages, qu'on avait changé de ville, d'époque, à cause d'une construction un peu bancale.

 

« Dans la chambre du fond, couchée sur un entassement de matelas, Poppy tremble d'un froid tout intérieur. La neige ne fond pas dans le sang. Son bras épinglé mille fois au bel abîme et son crâne plei d'éclairs et de nuit la font atrocement souffrir. Les piercings et les tatouages qui la protègent des spectres nus de la concupiscence forment autour d'elle une piètre armures de signes. Secouée de séismes, la terre noire du passé dégorge ses cadavres. » pages 137-138

 

Un petit paysan afghan, pris entre la guerre et le trafic d'opium, se retrouve dans un foyer humanitaire suite à une sanglante bataille à son village. Son frère, Alam Le Borgne, qu'il admire, s'engage dans la violente rébellion qui ravage son pays. Il lui voue un culte sans nom et ne sait plus qui croire, que faire. Enfant soldat surnommé L'évanoui depuis qu'il n'a pu rester conscient lors de sa circoncision, à la grande honte de son père, transbahuté de ville en ville (de Kandahar à Kaboul), de pays en pays (de l'Afghanistan à la France, en passant par l'Italie), mutique depuis la destruction de son village, devenu bandit à Paris, L'évanoui perd la vie à mesure qu'il grandit.

 

C'est l'enfance traumatisée d'un gamin détruit par la politique de son pays, le trafic de drogue, la cruauté des hommes et les affres de sa misérable vie qu'Hubert Haddad nous livre sur un plateau sanglant de poésie et de musicalité de la langue. Le contraste entre la forme et le fond est immense. C'est la force de ce grand auteur. Mais je n'ai pas été conquis par Opium Poppy, à cause de son manque de clarté, de compréhension et également parce que j'ai moins été emballé par l'histoire qu'avec Palestine, que je vous conseille vivement.

 

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Coup de cœur : Intouchables ****

Publié le par Sébastien Almira

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C'est plein d'a priori que je suis allé voir le film Intouchables.

D'abord, parce que je n'en ai entendu parler que deux semaines après sa sortie, alors qu'il en était déjà à cinq millions de spectateurs. Ensuite, parce que depuis j'en entendais parler partout et tout le temps. Tout le monde l'avait vu, tout le monde l'avait adoré.

J'ai donc jeté un oeil au synopsis et, franchement, l'histoire d'un jeune banlieusard fraichement sorti de prison qui s'occupe d'un riche aristo paraplégique, ça ne m'a que très moyennement emballé. Au bout de quatre semaines, voilà que plus de huit millions de français avaient vu le film et j'ai été emmené de force.

 

Je dois dire que j'ai été doublement surpris. D'abord de voir la salle comble à Vitrolles pour la seconde fois (à la réouverture du cinéma en 2006, les places étaient à 2€, donc...). Ensuite d'avoir adoré le film.

Le truc, c'est qu'on ne tombe jamais dans le pathos, la niaiserie, les bons sentiments. On va chercher du côté de l'humour. Et là, ça balance pas mal. Il faut dire qu'Omar Sy (d'Omar et Fred), qui s'occupe de François Cluzet, paraplégique, n'y va pas de main morte. C'est un bourrin, un vrai. Et c'est d'ailleurs pour ça qu'il a été choisi pour s'occuper jour et nuit d'un homme paralysé des pieds au cou. Parce qu'il ne sera pas là, aux petits oignons, la larme à l'oeil, à jouer l'assistant de l'assisté comme un Saint-Bernard et à avoir pitié. Non, Driss, il est plutôt du genre à tendre le téléphone portable à Philippe pour qu'il réponde, à exploser de rire à l'opéra en entendant un mec déguisé en arbre chanter en allemand, à malmener l'handicapé qui se sent finalement revivre entre les mains d'un jeune homme pas toujours adroit et prévenant, qui ne le prend pas pour un incapable, mais pour ce qu'il est : un homme.

 

Forcément, le fond est plein de bons sentiments (même différent, on est un homme ; un jeune branleur peut devenir un homme bon ; etc.) mais la forme ne tombe jamais dans le pathos et nous en fait voir de toutes les couleurs, grâce à une réalisation qui ne manque pas d'humour, d'émotions et de belles images (Eric Toledano et Olivier Nakache), une bande-son qui ne manque pas de caractère (Ludovico Einaudi, mais également Georges Benson et Nina Simone) et enfin des acteurs qui ne manquent certainement pas de peps et de talent (François Cluzet et Omar Sy) !

Alors faites comme moi, laissez tomber  vos a priori, ce n'est pas un succès commercial lourdingue à la Bienvenue chez les Ch'tis, c'est un vrai film, beau et bon. Un film qu'il faut voir, assurément.

 

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Haruki Murakami, 1Q84 **

Publié le par Sébastien Almira

1Q84, livre 1, avril-juin, roman, 530 pages, Belfond, août 2011, 23 €

1Q84, livre 2, juillet-septembre, roman, 530 pages, Belfond, août 2011, 23 €

 

 

Véritable star des lettres japonaises, Haruki Murakami a explosé les records de ventes sur la péninsule avec plus de quatre millions d'exemplaires des trois tomes de 1Q84. En France, les deux premiers tomes de la trilogie se sont classés dans les meilleures ventes avec respectivement 150 000 et 50 000 exemplaires vendus. On ne compte plus les bons papiers (Télérama, Le Nouvel Obs, Lire, Amélie Nothomb dans Le Monde des livres, etc.) et les lecteurs enchantés de leur lecture. Alors me voilà parti, moi aussi, dans 1Q84, sorte de monde parallèle à l'année 1984 où les personnages principaux évoluent.

 

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C'est Aomamé qui invente le terme 1Q84 pour tenter de nommer ce qu'elle vit : elle a l'impression que quelque chose ne va pas, qu'une faille s'est ouverte et qu'elle se trouve à moitié en 1984, à moitié ailleurs. En Japonais, le Q se prononce 9 et Murakami en profite pour faire écho au roman de George Orwell. Aomamé, la trentaine, est minutieuse dans tout ce qu'elle entreprend. Et il vaut mieux car elle tue des hommes pour le compte d'une vieille dame qui a à cœur de protéger les femmes de la violence de leur mari.

Tengo a le même âge qu'Aomamé, il est beau, fort, musclé et intelligent. Prof de maths et auteurs de livres non publiés, il apparaît comme l'homme idéal mais Murakami ne le montre jamais comme cela. Peu sûr de lui, ses seules fréquentations sont une femme mariée extrêmement jalouse et un éditeur prêt à tout pour avoir ce qu'il veut. En effet, Komatsu a reçu un manuscrit pour le Prix des jeunes auteurs en lequel il croit, avec une dimension, une originalité et une personnalité fantastiques et envoutantes. Le problème, c'est que La Chrysalide de l'air a été écrit par Fukaéri, une belle jeune fille de dix-sept ans perturbée et dyslexique. Et Komatsu ne veut que Tengo pour réécrire le manuscrit afin de le soumettre au jury. Il est sûr de tenir là un coup éditorial de grande envergure. Et même s'il risque sa carrière et sa réputation en cachant la réécriture d'un manuscrit proposé à un prix littéraire, dont il s'occupe de surcroit, il sait qu'il y a gros à gagner, alors sil entraine Tengo et Fukuéri dans cette aventure incertaine.

 

Les deux intrigues évoluent à raison d'un chapitre sur deux, pour ne se retrouver qu'à demi-mots très loin dans le récit (je ne dévoile rien, on sait bien que deux récits qui se croisent dans un roman finissent toujours par se mêler) d'une manière inattendue et déstabilisante qui dévoile l'ignominie d'une situation, d'une histoire, d'une vie. Aux détours d'entretiens avec diverses personnes, on en apprend plus sur l'histoire que la jeune auteure raconte dans La Chrysalide de l'air, sur son enfance, sur celle d'Aomamé, sur les raisons qui ont poussé la vielle dame et Aomamé à mener cette entreprise périlleuse et sur une communauté agricole des années 1970, les Précurseurs, et sa faction dissidente, religieuse et anarchiste, L'Aube.

 

« L'incident de L'Aube avait été extrêmement sanglant. Il s'était agit d'un évènement tragique mais vu de loin, ce n'était rien de plus qu'un épisode imprévu, hors de propos, rien d'autre que la réapparition d'un fantôme du passé. C'était le dernier acte d'une époque révolue. » (page 465)

 

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J'entends toujours que la plume d'Haruki Murakami est poétique, merveilleuse, sensible, magnifique... Après avoir lu Le passage de la nuit et ce premier tome de 1Q84, je dirai soporifique.

 

« À un moment, Tengo s'endormit. Il s'éveilla, en sentant des vibrations alors que le train, après avoir ralenti un peu, s'apprêtait à faire halte dans la gare d'Ogikubo. Un tout petit somme. Fukaéri regardait toujours fixement devant elle, dans la même attitude qu'auparavant. Mais que regardait-elle réellement ? Tengo n'en avait pas la moindre idée. (l'auteur non plus, visiblement, qui allonge ses phrases à l'infini le temps d'avoir l'idée d'après, pour donner de la consistance un texte qui ferait facilement deux-cent pages de moins et pour vendre son produit plus cher) Elle donnait seulement l'impression de se concentrer sur quelque chose. Il ne semblait pas qu'elle avait l'intention de descendre du train avant un certain temps. » (page 174)

 

De plus, les formulations, les phrases, sont parfois bancales : « il eut une séance de sexe avec sa petite amie », toujours des « pour une raison ou une autre » où rien n'est jamais sûr, jamais clair. Les personnages ne savent rien, l'auteur non plus, et nous nous laissons emporter dans ce néant tout-plein d'incertitudes.

Il raconte au début du roman la descente d'un escalier par Aomamé sur six pages. Parce qu'il prend le temps de décrire les toiles d'araignées entre les marches, le caoutchouc desséché sur un balcon de l'hôtel d'en face ou encore la masturbation mutuelle à laquelle s'est adonnée Aomamé avec sa meilleure amie au lycée.

Alors, oui, c'est bien beau de prendre son temps, de s'attarder sur des détails du quotidien, sur de jolis plans. C'est poétique, c'est sensible. Mais qu'est-ce que c'est chiant ! Je me suis littéralement fait chier sur les trois-cent premières pages. Il ne se passe presque rien, et tout est étendu à l'infini pour nous assommer plus encore. Mais soudain, tout s'accélère et le grand roman d'aventure, d'amour, de suspense, peut enfin commencer. De révélations en rebondissements, on ne parvient plus à lâcher le livre que l'on a failli envoyer balader tant de fois auparavant ! D'une morne poésie explicative, 1Q84 est passé à un véritable page turner.

 

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Haruki Murakami nous enrobe avec des phrases tantôt belles, tantôt maladroites, mais toujours lancinantes, sur trois-cent pages avant d'accélérer le rythme et de nous en mettre plein la vue avec un roman qui devient palpitant et qu'on ne peut plus lâcher. Les révélations déboulent mais soulèvent d'autres questions et, à la fin du premier livre, on ne demande qu'à lire le second pour connaître la suite des aventures d'Aomamé, Tengo et Fukaéri. Si vous souhaitez tenter l'expérience Murakami sur presque deux mille pages, pesez bien le risque de vous ennuyer pendant deux heures avant d'être conquis. Si vous êtes déjà admiratif de sa prose, vous ne serez nullement déçu !

 

 

 

Mercredi 11 janvier 2011

 

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LIVRE 2 /

Dans le second tome, on se fait quand même beaucoup moins chier. Et heureusement !

Alors, certes, il y a toujours des passages à mourir d'ennui (deuxième moitié de la page 393, Haruki Murakami décrit les étirements musculaire, la sueur et la douche d'Aomamé dans les moindres détails sur vingt-et-une lignes et, à la lecture, on se demande bien pourquoi "Aomamé tendit l'oreille vers son flux sanguin et captait l'annonce muette qu'envoyaient ses viscères. (...) Après quoi elle se lava de toute sa sueur sous la douche. Elle monta sur la balance et s'assura que son poids n'avait pas changé."), des passages bancales, lourds, mal écrits (ou mal traduits), trop académiques ("Tengo but son café, et quand il eut terminé ses toasts et son café, il reposa le journal et quitta le café. Puis il rentra chez lui, se brossa les dents, prit une douche et se prépara à partir pour son école" : sérieusement, on dirait une phrase extraite d'un Ecole des Loisirs Mouche, d'un Folio Cadet ou d'un Mini-Syros...).

Alors, je ne sais pas si la traductrice est simplement mauvaise ou si des millions de lecteurs dans le monde s'égosillent à crier sur les toits pour rien que Murakami a la plume la plus merveilleuse du monde.

 

Si on met de côté les problèmes que je suis visiblement un des seuls à rencontrer chez l'auteur le plus en vogue du vingt-et-unième siècle, je dois dire que ce second épisode est largement plus lisible que le précédent. L'histoire est déjà bien entamée, on ne fait plus qu'avancer et découvrir de nouvelles énigmes et, heureusement, des réponses. un air de merveilleux mystérieux continue cependant de flotter, comme dans les autres romans de Murakami. Mais ce n'est pas aussi dérangeant que je l'avais trouvé dans Le passage de la nuit.

 

J'en suis tout de même à me demander si je prendrais le temps de lire le troisième tome en avril au détriment d'un autre livre. Il y a moins de suspense à la fin du deuxième tome que du premier et l'histoire pourrait presque se terminer ainsi.

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Prix littéraires 2011 : les lauréats (Goncourt, Renaudot, Fémina, Médicis, etc.)

Publié le par Sébastien Almira

dernière mise à jour le 15 novembre 2011

 

 

GONCOURT

Alexis Jenni, L'art français de la guerre (Gallimard)

 

GONCOURT DES LYCEENS

Carole Martinez, Du domaine des murmures (Gallimard)

 

RENAUDOT

Emmanuel Carrère, Limonov (POL)

 

RENAUDOT DES LYCEENS 

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès) 

 

FEMINA

français : Simon Liberati, Jayne Mansfield 1967 (Grasset)

étranger : Fransisco Goldman, Dire son nom (Bourgois)

 

MEDICIS

français : Mathieu Lindon, Ce qu'aimer veut dire (POL)

étranger : David Grossman, Une femme fuyant l'annonce (Seuil)

 

ACADEMIE FRANCAISE

Sorj Chalandon, Retour à Killybegs (Grasset)

 

PRIX DE FLORE

Marien Defalvard, Du temps qu'on existait (Grasset)

 

INTERALLIE

Morgan Sportès, Tout, tout de suite (Fayard)

 

DECEMBRE

Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, voyages en France (Seuil)

et Olivier Frébourg, Gaston et Gustave (Mercure de France)

 

FRANCE TELEVISION

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès)

 

FNAC

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès)

 

VIRGIN / LIRE

John Burnside, Scintillations (Métaillié)

 

 

 

La formule magique GalliGrasSeuil fonctionne toujours à merveille (9 prix sur 13 !) et on remarquera l'incroyable razzia de Gallimard (2 prix pour la maison mère, 2 pour POL et un pour Mercure de France). Un beau tiercé à noter pour Delphine de Vigan avec trois récompenses de lecteurs !


Dans l'article Prix littéraires 2011 : dernière ligne droite (ici) je voyais juste pour les lauréats des prix Goncourt, renaudot, Fémina et Décembre !

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Denis Lachaud, J'apprends l'hébreu, roman, août 2011, Actes Sud, 230 pages, 18,50 € ***

Publié le par Sébastien Almira

j-apprends-l-hebreu.jpgFrédéric dix-sept ans, n'est pas un ado comme les autres, sinon il ne serait pas le personnage principal du nouveau roman de Denis Lachaud, auteur de J'apprends l'Allemand et Prenez l'avion (Actes Sud 1998 et 2009). La quatrième de couverture parle d'un gamin « fragilisé par une enfance vécue au rythme des mutations professionnelles de son père (…) (qui) a perdu le sens de la phrase, (et dont) seuls les mots lui parviennent, séparément. »

Mais ça va plus loin que ça : Frédéric est un ado complètement perturbé qui développe de graves problèmes de communication. Contraint d'évoluer avec un dictaphone pour poser les mots prononcés sur le papier afin de les comprendre, il est incapable de tenir une discussion en direct. Ce qui inquiète gravement sa mère.

Après avoir grandi à Paris, vécu à Oslo et Berlin, c'est à Tel-Aviv que la famille Queloz s'installe. Et c'est là que commence le roman. Perturbé à l'idée de déménager, de découvrir un nouvel espace, Frédéric est complètement angoissé lorsqu'il se rend compte qu'en plus d'apprendre une langue, il lui faut apprendre un alphabet et un sens de lecture. Mais apprendre l'hébreu est peut-être le signe du renouveau : une fois sur place, le pays, la ville, la langue, la chaleur, tout éveille en lui l'espoir de trouver une place dans le monde, et plus seulement dans son monde.

C'est l'occasion pour l'auteur de faire vivre toute une galerie d'individus aux antipodes les uns des autres en les questionnant sur leur rapport à Israël, à un hypothétique état palestinien et, surtout, au territoire. Question qui hante l'adolescent, le territoire tient une place primordiale dans le récit. Comment se sent-on à l'intérieur et à l'extérieur de notre territoire ? Quel est le sens de la vie sur ce territoire ? Comment apprend-on à vivre hors de ce territoire ?

 

C'est l'histoire d'un garçon perdu dans les méandres d'un monde qu'il ne comprend pas et qui ne le comprends plus, l'histoire d'une possible renaissance, l'histoire d'une ville, d'un pays et de son créateur, Benjamin Herzl, qui tient un rôle important dans le roman et dans l'imaginaire de Frédéric.

Denis Lachaud nous entraîne dans Tel-Aviv et dans la tête de ce garçon un brin dérangé. C'est un voyage étrange qui s'annonce, sans mille rebondissements, sans suspense, ni histoire d'amour à l'eau de rose ; en somme, sans faire de son livre un page-turner. Et, pourtant, jamais je n'ai eu envie d'arrêter ma lecture mais toujours de tourner la page, de connaître la suite de l'histoire de Frédéric, de Benjamin et de Tel-Aviv. Frédéric est le narrateur de la majeure partie du récit et Denis Lachaud rend à merveille le parler de l'adolescent en lui donnant une écriture et un comportement mi-enfantin, mi-intellectuel qui lui siéent à merveille.


Un très bon livre en cette rentrée, une histoire tendre, humaine, pour se reposer des multiples polars, romans d'anticipation et autres autobiographies déguisées qui nous sautent aux yeux sur les tables des librairies.

 

 

 

Un grand merci aux éditions Actes Sud et à Elodie Cédé pour l'envoi de ce livre.

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Dieu dans l'Art (ou l'art de dénigrer dieu)

Publié le par Sébastien Almira

Ne vous attendez pas à ce que je vous parle de tous les livres, de tous les films où Dieu  tient un rôle. Car si Dieu fait l'objet d'un culte dépassant l'entendement, tant sur le plan religieux que sulturel, je m'arrêterai à quelques oeuvres traitant ce vaste sujet avec humour.

 

 

Marc Dubuisson, La Nostalgie de Dieu, livre 1, Diantre ! éditions, 16 € ***

Marc Dubuisson, Le Complexe de Dieu, livre 2, Diantre ! éditions, 16 € ***


nostalgie 1

 

Noir sur blanc dans le premier tome, blanc sur noir dans le second, Marc Dubuisson met Dieu en scène de façon tout à fait originale. Dans La Nostalgie de Dieu, un homme qui s'apprête à se suicider ne peut s'empêcher de monologuer avant de sauter. Une voix lui hurle « TA GUEULE ! ». Dieu a fait son entrée en scène. Avec un cynisme à la hauteur de sa grandeur, un flegme intarissable et un désintérêt total pour la race humaine, Dieu s'entretient avec l'homme qui, d'abord surpris de le rencontrer, en profite pour l'assaillir de questions et accusations en tout genre.

Dans le second tome, devenu faible et douteux à cause de son entrevue avec l'homme suicidaire, Dieu dialogue avec son psy. Coupé d'ateliers psychologiques nécessaires à la thérapie du patient, le livre balance une rencontre haute en couleurs, (bien qu'en noir et blanc) où le cynisme est roi. Les dessins peuvent paraître simplistes, mais il n'en fallait pas plus. Le lien entre la simplicité des dessins et le cynisme des mots est assez fort pour ne pas avoir besoin de couleurs, de mouvements, de techniques, de froufrous qui gâcheraient l'intérêt de la BD et le travail du créateur.

 

Allez ! Un p'tit dernier !

« - Vous, par exemple, si votre chat se fait rosser par un clébard, ça va vous faire de la peine. Par contre, quand 300 Péruviens se font laminer dans un tremblement de terre, ça vous empêche pas de finir votre rosbeef.

- La peine est différente, je l'admets...

- Alors voilà, imaginez que pour moi... la Terre est peuplée de Péruviens. »


 

Habemus Papam, de et avec Nanni Moretti, avec aussi Michel Piccoli, 1h40, 2011

 

habemus-papam.jpgReparti bredouille de Cannes, Habemus Papam a néanmoins récolté six prix aux Nastri d'Argento (prix de la presse italienne) : production, costumes, décors, photographie, sujet et meilleur film.

Après la mort du Pape, le Conclave se réunit pour élire le nouveau représentant de Dieu. Dans la salle, chacun pense aussi fort qu'il le peut "pas moi... pas moi !". Après un premier tour où les favoris sont tous à quasi égalité, on repart pour un tour. Et là, changement radical : Melville, qui ne s'était pas présenté, ne figurait pas parmi les favoris et n'avait pas même reccueilli une voix au premier tour, est élu. On lit l'hésitation et la peur l'envahir lorsque son som se fait entendre trop souvent, lorsqu'on commence à l'applaudir avant même d'avoir terminé le dépouillement, lorsqu'on lui demande de faire serment et lorsque, devant sa non-réponse, un cardinal se met à chanter pour l'encourager.

Il dit oui. Il le crie, même.

Mais lorsque vient le moment de se présenter aux balcons devant des millions de fidèles qui attendent depuis des heures, il ne peut pas. Il se met à hurler et fuit. D'abord ses responsabilités. Ensuite, le Vatican.

 

Et là, Nanni Moretti, déjà très bon lorsqu'il s'agissait de filmer l'arrivée des Cardinaux, devant une presse italienne corrompue et inutile, l'élection dans le Conclave, s'avère plein de second degrés pour parler d'un Pape qui fuit ses responsabilités, qui s'enfuit comme un enfant en manque de libertés. Entre séances chez le psy, repas à la bonne franquette, ballades dans Rome et pièces de théâtre, Melville (joué à merveille par Michel Piccoli) redécouvre la vie. Celle qu'il n'a pas eue. Celle qui lui manquait. Celle qui le faisait douter. Du côté du Vatican, personne ne peut sortir tant que le nouveau Pape n'est pas officiellement présenté au monde. Ils sont donc cloîtrés à l'intérieur, avec néanmoins une lueur de liberté, puisque le psychothérapeute athée (l'excellent Nanni Moretti !) appelé pour aider le Pape à vaincre ses peurs, est contraint de rester avec eux, maintenant qu'il a vu le visage du Pape.

 

Ce film est un vrai plaisir, intelligent, drôle, émouvant, sur un homme qui n'a pas vécu la vie qui lui convenait. Je remercie vivement Nanni Moretti de m'avoir offert ce plaisir, et de n'avoir pas tout gâché à la fin ! Je vous le recommande très chaudement s'il passe encore près de chez vous !

 


Jean-Louis Fournier, Satané Dieu ! , Le Livre de Poche, 5 € ****


Jean-Louis Fournier, prix Renaudot pour Où on va, Papa ? en 2008 (Stock), s'est spécialisé dans les courts livres d'humour. Avec Satané Dieu, il signe une fable drôlissime sur le rôle de Dieu et saint Pierre dans toutes les misères et autres emmerdements qui polluent le monde.

 

fournier.jpg« Dieu a fini le monde, il a ses cent cinquante trimestres, il peut enfin prendre sa retraite.

Il loge maintenant avec saint Pierre au dernier étage d'une grande tour, près du ciel, au dessus des nuages et de ses locataires, les hommes.

Son logement est somptueux, meublé en style Louis XV et très confortable. Il a un salon de musique, un fumoir, une bibliothèque avec plein de livres en latin, un home cinéma, une piscine intérieure, une salle de sport et une grande terrasse avec plein d'arbres.

Mais Dieu s'ennuie.

[...]

- Vous voulez qu'on déménage ?

- Non, je veux rester près d'eux.

- Alors essayez de leur gâcher la vie. Au lieu de multiplier le pain et le poisson, multipliez-leur les ennuis.

- Vous avez raison. Je vais m'occuper d'eux. Mais est-ce que je vais réussir ?

- Vous avez bien réussi le paradis, il n'y a pas de raison que vous loupiez l'enfer. »

 

Voilà, tout est là. Dieu s'ennuie. Et pour combler ce grand vide, il décide de nous faire chier. Oui, oui, c'est lui qui est à l'origine de tout ce qui pollue nos sens. Les moustiques, c'est lui. Le trou dans la couche d'ozone, c'est lui. L'augmentation du prix du tabac, c'est toujours lui. TF1 aussi. Les pigeons aussi. Le cancer du poumon, c'est encore lui. Tout. Tout, je vous dis, tout est de lui ! Tout ce qui gâche notre vue, notre odorat, notre ouïe, c'est lui.

Je me répète, mais il faut bien que vous compreniez : TOUT EST DE SA FAUTE. Et Jean-Louis Fournier le conte à merveille. Il explique comment Dieu crée de la crasse avec un humour dévastateur.

 

 

Zazie, Le Dimanche (issue de l'album Za7ie)

 

Pour finir, voilà un très beau texte de Zazie, nul besoin de commenter. Simplement, lisez et/ou écoutez !

 

(Zazie / Philippe Paradis – Zazie)
Editions La Zizanie / P. Paradis (à compte d’auteur)


Lundi, j’étais seul au Monde
La Terre était ronde
Plongée dans les ténèbres
Froide et funèbre
Pour moi, c’était clair
Il fallait que soit la lumière
Lundi, pour tromper mon ennui
J’ai fait le jour et la nuit
La nuit


Mardi, je me rappelle
La lumière était belle
J’ai fait de la déco
Quelques vagues, mais pas trop
J’ai fait des bas et des hauts
Et des ombres au tableau
Mardi, j’ai fini le Ciel
Et c’est au Ciel que je vis
Que je vis


Après, je me souviens
Juste que c’était bien
J’ai semé la pluie
Mis la graine dans le fruit
Qu’elle soit féconde
Puisque cette Terre est ronde
Mercredi, oui, c’est bien le jour
Où j’ai fait l’amour
Je m’en souviens toujours


Oui mais le Dimanche
Qu’ai-je fait
Mais le Dimanche
Qu’ai-je fait 


Jeudi, je te l’ai dit
Tout ça n’est plus très clair
En manque de chaleur
J’étais accro à la lumière
Il a fallu que j’allume
Le soleil et la lune
Histoire de briller un peu
J’ai sorti le grand jeu
Le grand Je


Vendredi, je ne sais plus
Avant ma garde à vue
Quel crime ai-je commis
Si ce n’est toi, mon ami,
Il fallait qu’on m’arrête
Avant d’avoir fait l’animal
Pour m’empêcher de nuire
Car vendredi, j’étais en plein délire
En plein délire


C’était la fin de la semaine
La Terre pourtant était pleine
Mais qu’est-ce qui m’a pris ce jour-là
Te vouloir à l’image de moi
Je t’ai fait mâle, dominant
Couler l’arme et le sang
Samedi, que la Terre me pardonne
Si j’ai fait les hommes
Si j’ai fait les hommes


Oui mais le Dimanche
Qu’ai-je fait
Mais le Dimanche
Qu’ai-je fait 


J’ai fait un petit somme
Un serpent dans la pomme
Que je me pardonne
Si j’ai fait les hommes


Oh mon Dieu
Mon Je
Oh mon Dieu
Qu’ai-je fait
Oui mais le Dimanche
Qu’ai-je donc fait


Je n’avais pas droit au repos
J’avais pas fini le boulot
Je t’ai donné un cerveau
Sans te dire comment t’en servir
J’aurais pas du te prévenir
Que tu allais mourir
D’où le malaise
Le cœur me pèse
De cette erreur de genèse
De cette erreur de genèse


Prononcer le nom Dieu
Prononcer le non-Dieu

 



Alors, d'accord, ce n'est pas en lisant Marc Dubuisson et Jean-Louis Fournier, en regardant le cinéma de Nanni Moretti et en écoutant Zazie que vous en apprendrez beaucoup sur Dieu mais, en tout cas, vous passerez un très bon moment !

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