Aphrodite, Les Folies Tour : Kylie believes in me !

Publié le par Sébastien Almira

 

ATTENTION SPOILER PHOTOS VIDEOS INFOS

Si vous allez la voir prochainement et ne voulez rien savoir avant, ne lisez pas, ne regardez pas !

 

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Comment raconter ce qui s'est passé vendredi ? Comment dire la magie, l'étonnement, l'émerveillement, les rires, la beauté ? Je sens que ça va être difficile et je vais tâcher de rester objectif.

 

D'abord, il y a eu l'attente, dehors. Parce que, places en fosse obligent, on voulait quand même être tout devant. Puis l'entrée et la découverte de la scène. Et là, premier WOW. De chaque extrémité de la scène part un couloir descendant et se rejoignant au centre de la fosse pour former une scène ronde à hauteur plus humaine que la scène principale. Les scènes plongées dans l'arène, je connais. Mylène Farmer l'a fait en 2006 pour Avant que l'ombre... à Bercy avec une croix immense, reliée à la scène principale par un pont d'une dizaine de mètres qui descendait quand nécessaire, et en 2009 où un couloir aboutissait à une scène ronde au milieu des stades. Madonna l'a également fait pour le Confessions Tour avec un mince couloir amenant à une minuscule plate-forme ronde. Mais là, pas de couloir ridicule, non, l'ingéniosité rivalise avec la croix de Mylène Farmer. Le dispositif est énorme et prend une grande partie de la fosse. Je me dis : Kylie sera vraiment avec nous, parmi nous.

 

Ensuite, il y a eu l'attente, dedans. Un peu de musique, de l'ambiance. Un DJ à tête de tétard à lunettes en tee-shirt blanc et béret vissé sur la tête apparaît sans un signe, un bonjour, un regard. Il se fixe devant son ordinateur, passant du David Guetta, du Black Eyed Peas et du Kylie sans prendre la peine de remixer quoi que ce soit. Son set est catastrophique, ses seuls effets sont des coupures de son et des chansons avortées au bout d'une minute. Soulagement à son départ (sans un signe, un au revoir, un regard). Un problème technique retarde apparemment le début du concert et le tétard revient, se faisant cette fois véritablement huer. Mais il passe du son d'enfer. Malheureusement, il continue à couper le son et à changer de morceau aussi vite qu'il repartira sans applaudissement.

 

 

kylie02.jpgEt quarante minutes en retard, le show commence enfin. Oui, il s'agit là d'un show plus que d'un concert. Les rideaux tombent et la scènes apparaît, en colonnes de temple athénien. Le thème du show ? Comme l'album : Aphrodite. Donc, amour et mythologie sont au programme, à grands renforts d'eau en tout genre (écrans, mini-plages, fontaine géante, jets, etc.). Une imagerie masculine très sensuelle est également de mise. Mannequins torse nu sur écran géant (dont le boy friend de la miss, Andres Velencoso) et danseurs en sous-vêtements quasi en continue constituent un régal pour les yeux des filles et des gays ! Pour les hommes hétéros, il faudra repasser ! Quoi que, permettez-moi d'être vulgaire au moins une fois sur ce blog : putain, à 43 balais, qu'est-ce qu'elle est bonne !!

Et là, deuxième WOW ! Les danseurs arrivent de tout côté, du fond, des côtés, d'en bas. Dix hommes, huit femmes. Ça en fait du monde sur scène à danser, sauter, courir, jouer et tournoyer dans les airs. Car certains jouent l'acrobate. On s'impatiente de l'arrivée de la déesse et c'est quand on ne l'attend plus, occupé à découvrir les détails de la scènes et de la danse, qu'elle fait son apparition, telle Vénus sortant des eaux dans son coquillage, vêtue en grecque divine.

 

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En deux heures, elle porte huit tenues griffées Dolce and Gabbana, pas des plus originales mais en adéquation avec le thème sauf deux dont on se demande bien pourquoi Kylie les porte (une robe chouquette en papier aluminium aux reflets multicolores et un short en jean accompagné d'un haut blanc déchiré et un mini manteau de fourrure marron d'où dépassent quelques plumes oranges). Certaines tenues ne collaient pas très bien aux chansons interprétées. Par exemple, pourquoi s'est-elle entichée d'une robe noir type robe de mariée pour chanter Spinning around alors que la mini robe dorée apparue plus tard aurait bien mieux fait l'affaire ? Les tenues des danseurs sont souvent plus recherchées et travaillées. Enfin, devrais-je dire, les tenues des danseuses, car les mâles n'ont souvent droit qu'à des boxers ou des maillots de bain. Sur l'un des morceaux, les huit danseuses arrivent sur scène vêtues de robes blanches de haute couture, chacune différente et somptueuse (désolé, aucune photo à l'horizon...).

En deux heures, elle enchaîne dix chansons du dernier album, une dizaine de ses plus grands tubes (Better the devil you know, What do I have to do ?, Confide in me, Spinning around, Can't get you out of my head version rock, Wow, In my arms, etc.) et nous réserve quelques surprises. Comme une brillante reprise de There must be an angel d'Annie Lennox ou encore une touchante interprétation de la peu connue If you don't love me (face B de Confide in me).

 

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Parmi les moments forts du spectacle, l'ouverture dont j'ai déjà parlée, I believe in you où Kylie chantait à tue-tête « I believe in you ! And you ! And you ! And you ! » en pointant du doigt et regardant certains fans (dont moi,d'où le titre de l'article) ; Slow dans une flamboyante version jazzy qui s'étire en dance efficace dans une mise en scène splendide (plateau rond tournant et se soulevant quasi à la verticale – voir vidéo) ; Looking for an angel et Closer où un danseur noir apparaît tel un ange dans la première et où Kylie monte sur son dos afin de traverser la salle dans la seconde ; Better the devil you know (parce que c'est une de mes préférées !) après laquelle Kylie nous demanda ce que l'on voulait qu'elle chante, ce fut I should be so lucky, a cappella et sans fausse note s'il vous plait ! puis Your disco needs you, le tout en chœur et en parfaite osmose avec le public, conquis.

 

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Et enfin, le final. Moment fort qui méritait bien un autre paragraphe. C'est là que l'eau prend le pas sur le reste. Kylie est sortie des eaux et voilà que l'élément lui ouvre le chemin sur On a night like this afin qu'elle se rende sur la scène centrale où, plongée au milieu du public et (encore et toujours) de l'eau, elle entonne All the lovers, en baigneuse des années 30 coiffée d'un bonnet de bain perlé, pour clôturer son impeccable show. Là, c'est une pyramide humaine, qui n'est pas sans rappeler le clip, qui se monte sous nos yeux, avec danses lascives, acrobates mouillés et mouilleurs, clin d'œil coquin et regard langoureux du danseur qui s'approche dangereusement de nous !

 

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Bref, vous l'aurez compris, ce spectacle était intense, fabuleux, magique, sublime, dansant, éblouissant ! La liste pourrait être longue alors je m'arrête là. Nous avons passé deux heures magiques en compagnie de Kylie Minogue, qui chante en live, d'une voix puissante et étonnamment juste, qui fait l'effort de parler français lorsqu'elle s'adresse à nous, qui est ravissante, qui met l'ambiance et qui est humaine.

Ne vous méprenez plus sur Kylie Minogue, une vraie show woman qui n'a rien, mais vraiment RIEN à envier à Madonna. Vous ne me croyez pas ? Allez la voir ! Vous ne pouvez pas ? Attendez la sortie du DVD ! Promis, vous ne serez pas déçu.

 

 

BONUS / VIDEO OFFICIELLE / TEASER APHRODITE LES FOLIES TOUR

 

 


 

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Lucie Land, Good morning, Mister Paprika, roman, 210 pages, Sarbacane, Collection EXPRIM', mars 2011, 15 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Les disputes de couple ont parfois du bon. Hier soir, par exemple, je ne voulais pas remonter dans notre chambre, alors je suis resté de vingt-trois heures à deux heures du matin dans le salon à lire le nouveau roman de Lucie Land. La miss, qui a notamment enseigné le français dans des réserves indiennes et travaillé comme clown, vit aujourd'hui à Uzès, ville du Musée du Bonbon ! Après Gadji ! (Sarbacane, 2008), elle publie son second roman, Good morning, Mister Paprika.

 

 

Sur Bleu, on peut jouer au Bingo. C'est d'ailleurs certainement le seul jeu qui existe sur Bleu. Quand on gagne au Bingo, c'est la chance de passer 24 heures sur la Terre qui nous attend ! Certains en ont peur et sont bien contents de perdre à chaque fois mais ton voisin, lui, y est allé dix fois, et il était bien heureux ! Certes, il n'est pas revenu sur Bleu la dixième fois et on raconte qu'il a été envoyé sur Noir ou que la Terre a joué de ses pièges mesquins pour le détruire.

Toi, en attendant, tu viens de gagner pour la première fois au Bingo et ça te fout un peu les boules. Après tout ce qu'on t'en a dit... Seul ton voisin, Mister Paprika, semblait y trouver du bon. C'était d'ailleurs le seul Bleuté à avoir un surnom. Et encore, c'est toi qui le lui a donné lorsqu'il a renversé du paprika sur sa tunique bleue.

Lorsque tu arrives sur Terre, tu te choisis l'apparence d'un skateur aux cheveux mi-longs, le prénom Ashok et trois agresseurs comme groupe d'amis : Lili, à cause de laquelle tu comprends vite la signification de tomber amoureux (chose interdite sur Bleu), et ses deux frères Vic et Vladim.

Tu découvres les enfants, les femmes, les hommes, les vieillards, tous différents alors que sur Bleu, vous êtes tous semblables. De 0 à 120 ans, vous êtes les mêmes, même corps, même esprit formaté. Tu découvres des couleurs par millions, des nuances de bleu, de vert ou de rouge par dizaines. On vous avait pourtant mis en garde, les couleurs tuent les yeux, débloquent l'esprit, rendent fou. Tu découvres des odeurs à chaque coin de rue, le pain chaud, les poubelles, le parfum d'une femme, le tabac, etc. Tu découvres l'amitié, l'amour, la jalousie, la solidarité, la haine et la vengeance. Enfin, tu découvres ce que tu aimes le plus : les oiseaux. Mister Paprika t'avait appris à reconnaître les couleurs et les oiseaux. D'ailleurs, tu ne comprends pas pourquoi les Terriens n'aiment pas les pigeons !

Et tu te fais voler la montre qui te sert de liaison avec Bleu et sans laquelle tu ne pourras pas repartir. Avec tes nouveaux amis, Révolution (un grand blond portant un tee-shirt « Révolution ») et le pianiste (son cousin) dans les pattes, tu mènes, tambours battant, une enquête explosive pour retrouver le trans qui s'est enfui avec ta montre dans une Mercédes rose en perdant un sein en silicone !

Et tu découvriras de terribles révélations sur ta planète ! Couplé à ton amour pour Lili et le projet utopiste de Mr Paprika, tu te retrouveras alors face à un choix cornélien ! Mais je crains d'en avoir déjà trop dit...

 

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- La Brasserie des Nuages, ça te dit quelque chose ?

- Non, c'est où ?

- Près d'une église devant laquelle on mange de la soupe.

- Je vois, c'est sur mon chemin. Je te dépose, si tu veux ? Je dois aller retrouver des amis pour le sound check dans un club de jazz.

- Où ça ?

- Au Blue Pocket, sur le boulevard. On y joue cette nuit.

- C'est quoi, le jazz ? tu l'interroges.

- Le jazz... c'est la liberté.

- Et le sound check ?

- C'est pour régler techniquement tout ce qui est lié au son...

- Et club, ça veut dire ?

- Endroit pour initiés.

- Et initiés ?

- Laisse tomber.

(page 89)

 

Comme en témoigne l'extrait ci-dessus, l'intrigue promet plusieurs scènes drôles, comme ce fut le cas pour E.T., ou plus récemment pour Paul, parallèle un peu facile, je le concède. Grâce à Ashok et sa méconnaissance du monde terrien (exceptés les couleurs et les oiseaux), quiproquos et situations comiques sont à prévoir !

 

Avant de poursuivre dans une flatterie excessive, j'ai un reproche à adresser à l'auteure : sur Bleu, on apprend aux Bleutés, on le leur imprègne bien comme il faut dans la tête, que la Terre est dangereuse. Alors pourquoi leur faire gagner des voyages pour y aller, même vingt-quatre heures, et risquer qu'ils se rendent compte que ce n'est pas le cas ? Que sur la Terre, il n'est pas interdit de prendre des risques, souffrir, rire, réfléchir, fumer, douter, glisser sans but, hurler, croire ou ne pas croire, jouer, se toucher, prier, sentir, chanter, goûter, faire l'amour, etc. ?

 

Le point fort de ce roman est de mêler les genres avec brio. Sur l'argumentaire de la maison d'édition, on peut lire « Un Petit Prince version 2.0, avec un héros mi-lutin, mi-Candide, dans une fable philosophique pétillante » et « Poétique, légère et fluide, entre balade littéraire et enquête policière l'intrigue accroche jusqu'à la dernière page ! »

Et c'est vrai. Il y a du policier, il y a de la fable, il y a de l'utopie, il y a de la sciences-fiction, il y a de l'anticipation, il y a du documentaire, il y a de la recherche littéraire. Il y a de tout ça, mais il n'y en a pas trop. C'est là le talent de Lucie Land qui emprunte à tous les genres sans en abuser. Un peu d'anticipation, mais pas assez pour en faire un roman de sciences-fiction. Un peu de discours sur l'environnement, mais pas assez pour en faire une plaidoirie à la Green Peace. Un peu d'utopie, mais pas assez pour en faire un pamphlet philosophique à la Voltaire. Un peu d'enquête policière, mais pas assez pour en faire un polar ou un roman noir. Un peu de réflexion, mais pas assez pour nous ennuyer (de toute façon, il est interdit de réfléchir sur Bleu).

Non, ici, vous découvrirez la littérature comme Ashok découvre la vie sur Terre. De tout, dans tous les sens et avec tous vos sens !

 

« Plus je me sens seul, plus je me sens faire partie du monde terrien, tu penses en traversant. » (page 108)

 

 

 

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Merci aux éditions Sarbacane et à Anaïs pour l'envoi du livre !

 

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Coup de cœur : Le discours d'un roi ****

Publié le par Sébastien Almira

 

Le discours d'un roi, de Tom Hooper, avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter,  1h58 ****

 

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Je tiens à préciser que j'ai vu Le discours d'un roi avant sa razzia aux Oscars et autres cérémonies (33 récompenses pour le moment, dont 16 fois celle de meilleur acteur pour Colin Firth !) et que je ne suis donc pas tant que ça un mouton qui choisit ce qu'il voit au cinéma en fonction du succès et du palmarès !

L'intrigue ne me paraissait pas sensationnelle ; Colin Firth n'était pas un acteur auquel je vouais un culte sans modération ; le réalisateur n'en était qu'à son premier film ; etc. Ce n'était donc pas pour l'intrigue ingénieuse, pour le talent de l'acteur principal ou encore pour mon réalisateur fétiche que j'allai (nulle faute ici Karen, c'est du passé simple) voir Le discours d'un roi. Mais parce que Helena Bonham Carter est extraordinaire en méchante dans Harry Potter et chez son mari Tim. Je voulais donc voir ce qu'elle valait dans un rôle plus sérieux (je ne me souvenais pas d'elle dans Fight Club et n'ai pas vu ses anciens films).

 

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Et je n'ai pas été déçu. D'Helena Bonham Carter, qui rejoint mon panthéon des meilleures actrices aux côtés de Julia Roberts, Meryl Streep et Glenn Close. Et du film. Au diable les Inrocks et leur critique assassine. Au diable les mauvaises langues, « on s'en fout de savoir que George VI bégayait », etc. Moi, je vous le dis : Le discours d'un roi n'est pas le chef d'œuvre du siècle mais il n'en reste pas moins un très beau film avec des acteurs de haut niveau, une très belle réalisation, une intrigue peu consistante qui donne cependant lieu à deux heures sans ennui (le Roi meurt, l'ainé est trop bête et égoïste pour prendre le pouvoir, le cadet qui est incapable d'aligner plus de trois mots en public doit succéder à son père, sa femme essaye par tous les moyens de l'aider à vaincre son handicap jusqu'à ce qu'elle tombe sur un orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes dont on finira par se rendre compte qu'il est peut-être un charlatan). Le résultat est drôle, émouvant, intelligent avec, en prime, de belles images.

 

Je ne sais ce qui est, dans cette histoire, pure invention ou réalité certaine et, à dire vrai, je m'en contre-fiche ! Le rôle de Georges VI dans la lutte contre le nazisme est amplifiée ici, au grand dam de Churchill ? Et alors ! On sait très bien que le Roi vaincra son handicap et tiendra son discours de neuf minutes à la fin du film ? Et alors ! Franchement, on s'en tape.

Tom Hooper a réalisé un très beau film, j'hésite même à employer l'adjectif grand, alors tout le reste n'est que balivernes et perte de temps. Alors ne croyez pas aux balivernes et ne perdez pas de temps : allez voir Le Discours d'un Roi, si possible en version originale sous-titrée !

 

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Philippe Besson, Retour parmi les hommes, roman, 210 pages, Julliard, janvier 2011, 18 € **

Publié le par Sébastien Almira

philippe-besson-en-l-absence-des-hommes.jpgEn 1999, Philippe Besson publiait un premier roman qui lui valut pléthores de critiques dithyrambiques. Il racontait un fulgurant épisode de la vie de Vincent de L'Étoile qui, du haut de ses seize ans, découvrait l'amour aux côtés d'Arthur, le fils de la bonne, durant sa semaine de permission, et le sens de la vie, de l'amitié et de la littérature avec Marcel Proust. C'était lorsque Vincent perdait Arthur à la guerre que Philippe Besson refermait son premier chef d'œuvre.

 

Douze ans après, il nous offre la suite de ses aventures. Durant sept ans, Vincent a erré au Moyen-orient, en Italie, en Amérique, avant de se faire rattraper par son passé. Sa mère l'envoie chercher car elle le veut à ses côtés avant de mourir et son père est décédé cinq ans plus tôt. C'est la mort qu'il fuyait, c'est elle qui le rattrape et le force à revenir dans cette demeure bourge et morne où il ne s'entend pas avec la femme qui l'a mis au monde et où il n'a rien à faire, sinon déplorer la disparition de tous ceux qui l'entourent.

Mais ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il rencontrerait un homme. Le troisième qui importerait. Après la jeunesse et l'amour d'Arthur, l'amitié et la littérature de Marcel Proust, le voilà face à la jeunesse et la littérature de Raymond Radiguet.

 

Si le plus grand talent de Philippe Besson réside en son style d'une beauté inouïe, avec lequel il dit la brutalité des actes et des sentiments, dans la beauté comme dans la laideur, à force de le lire celui-ci s'essouffle. Au fil des romans, son style s'alourdit, n'étonne, ni n'émerveille plus.

Certains passages restent d'une exquise beauté, comme lorsqu'il raconte les pays, les contrées, les peuples. On retrouve d'ailleurs là l'un de ses thèmes de prédilection, le voyage. Dans Se résoudre aux adieux, véritable ode au voyage, les descriptions magnifiques se succédaient sans qu'on s'en lasse jamais.

 

« De l'Afrique, je pourrais parler indéfiniment. Tout y est, et rien n'y est. C'est le désert à perte de vue, l'horizon qu'on ne rejoint jamais, c'est la splendeur, le silence et le sacré. Et ce n'est que du sable. Rien que du sable. C'est les visages magnifiques, les peaux qui scintillent, les dessins superbes, des allures inoubliables. Et c'est aussi la peau dévorée par les mouches, la maigreur et la faim. C'est la lenteur, une sorte de majesté, une manière de dominer le temps, de le mépriser peut-être, une extraordinaire désinvolture à l'égard de la marche du monde. C'est l'homme noir, nimbé de ses mystères, lesté de ses traditions, colportant des fables extraordinaires, inventant une longue chaîne de fraternité. Et c'est aussi l'homme blanc, vorace, impérial, âpre au gain, qui n'a que faire des légendes ancestrales, ne vivant que dans un présent immédiat. » (page 41)

 

besson«  Et après ? Après, il y a eu la Grèce. J'aurais dû aimer ce pays languide, où règne une certaine volupté. Aimer la pierre blanche, les rochers qui surplombent la mer, les forêts incendiées. Aimer ce territoire où sont nés la démocratie et la philosophie. Non, décidément, ce ne sont pas les raisons de m'y plaire qui manquaient. En réalité, le poids du passé m'a immédiatement écrasé. À Athènes, l'Antiquité est partout. Où qu'on se trouve, une agora, un théâtre, un temple, un musée. Partout, des colonnes, des statues, du marbre, de la céramique. Trop de beauté ancienne, trop d'un temps figé, trop d'un monde fossilisé. Il m'a semblé marcher au royaume des morts. » (page 55)

 

Mais en dehors de ses descriptions, son style garde une apparence trop travaillée qui finit par peser et manquer de fluidité. L'attrait des répétitions se transforme en prestance toc et pas glam qui donne une tournure ultra dramatique à la plus insignifiante des actions.

« Et à ces seuls mots, elle se raidit. On ne voit que ça, le raidissement de tout son corps »

« Il dit : « si tu veux, je te le confierai, ce manuscrit. » Je dis : « Oui. » Et ce oui s'apparente à ceux qu'on prononce aux mariages. »

« Il dit : « Je n'en pouvais plus de ta solitude. » Et je suis aussitôt écrasé par la violence sublime de sa phrase. Il dit son impertinence, son impétuosité, sa compassion, en quelques mots à peine. Il dit l'élan qui l'a porté vers moi, mélange d'agacement et de sympathie. Et moi, je ne réponds rien. » (dans ce chapitre, d'ailleurs, 5 paragraphes sur 7 commencent par « Il dit »)

« Alors je fais ceci, que je ne commande pas, qui s'impose à moi […]. Il y a ma façon de féliciter, de dire merci. Il y a mon désir de consoler. »

 

7648661593_retour-parmi-les-hommes.jpgIl y a, il dit, je dis, on ne voit que ça, il n'y a que ça, il n'y a plus que ça, il y a eu, il y avait là, il faut avouer, il faut dire, il est là, je sais.

Ouvrez n'importe quelle page de Retour parmi les hommes et vous y trouverez au moins trois de ses expressions. Il n'y a plus que ça. Cette écriture torturée qui a fait son heure de gloire, qu'il conjugue à tous les temps, à tort et à travers. Et elle est belle, cette écriture, mais elle devient lourde à porter, lourde à lire, lourde à digérer.

S'ajoutent que ce roman est d'une tristesse infinie à chaque page, que le schéma est quasiment le même que dans En l'absence des hommes (un jeune homme découvrant l'amour avec un jeune soldat et la vie avec un écrivain de renom, dans le premier ; un jeune homme redécouvrant l'amour avec un jeune écrivain qui entretient une relation avec une danseuse de cabaret, un grand poète (Jean Cocteau) et un jeune peintre lui faisant découvrir le tout-Paris, dans la suite).


Alors cette fois encore, après La trahison de Thomas Spencer (critique ici) qui manquait cruellement de poigne jusqu'aux vingt dernières pages, j'ai été déçu du nouveau et tant attendu Philippe Besson, qui reste néanmoins un très beau roman. Peut-être que ce n'était pas la bonne période pour le lire, peut-être que je me lasse, peut-être que je devrais me contenter d'En l'absence des hommes et d'Un homme accidentel, véritables chef d'oeuvre.

 

 

Interview de Philippe Besson pour Retour parmi les hommes, dans On n'est pas couché, par Laurent Ruquier, avec Eric Nolleau et le toujours aussi bête Eric Zemmour.


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On bloggue pour les Restos du Coeur

Publié le par Sébastien Almira

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Puisqu'il est malheureusement encore nécessaire de le faire : je parle à mon tour des Restos du Coeur.

 

Pour quelle raison ? Non ce n'est pas parce que je suis un connard acerbe dans mes critiques et que j'ai besoin d'un échappatoire ! Non ce n'est pas pour vous faire culpabiliser en vous lançant à la gueule que, moi, je fais quelque chose : je ne suis certainement pas de ceux qui font le plus.

 

Je le fais pour la simple et bonne raison que Carrefour et Danone, en partenariat avec les Restos depuis trois ans, se sont engagés à offrir dix repas pour chaque billet publié sur un blog. Alors, même s'ils détruisent souvent (quasi systématiquement) les chansons de Mylène Farmer qu'ils reprennent lors de leurs concerts annuels, je veux participer. Parce que je n'ai pas assez d'argent pour donner régulièrement à plusieurs oeuvres de charité, même rarement. Et là, il nous suffit de mettre notre plume au service de la plus populaire, les Restos du Coeur, pour faire partie du combat. Pour offrir dix repas, grace à Carrefour et Danone, à des personnes dans le besoin.

 

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L'an dernier, ce sont pas moins de 16 675 repas qui ont été servis grâce aux bloggueurs, à Carrefour et Danone.

 

 

Comme disait Coluche :

C'est pas vraiment ma faute si y'en a qui ont faim, mais ça le deviendra si on y change rien.

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Sanctum ** VS 127 heures **

Publié le par Sébastien Almira

 

Prendre une carte illimitée à l'UGC (19,80 € / mois) ou à Gaumont/ Pathé (20,50 € / mois) (pas de jaloux, pas de publicité. Cela dit, la VO c'est à l'UGC) permet de voir beaucoup (infiniment) plus de films au cinéma qu'auparavant. C'est pourquoi je vais pouvoir me permettre de classer mes Leçons de Cinéma par genre. Tant que faire se peut, je vous proposerai non plus trois mini-critiques en même temps, mais deux (toujours mini) critiques de films de même genre en face à face. Si je ne suis pas friand pour un sou de films catastrophes, je m'en suis pourtant mangé deux en trois jours et c'est avec eux que j'inaugure ces nouvelles Leçons de Cinéma.

 

 

Sanctum-new-Poster.jpgLe premier fut Sanctum, banale série B vue et revue sur TF1 et M6, qu'on nous vend comme la nouvelle production de James Cameron plus que comme le film de Alister Grierson. Utilisant la 3D, le résultat est spectaculaire lorsqu'il s'agit de larges plans de la végétation extérieure ou de la galerie de grottes d'Esa'Ala dans le Pacifique Sud, dernier territoire inexploré au monde, du cyclone ou encore de cascades d'eau meurtrières. Un groupe d'explorateurs se retrouve prisonnier de la grotte principale à cause d'un cyclone et n'ont pas d'autre choix que d'en explorer les passages alentours afin d'en sortir vivant. Le scénario étant digne des pires films catastrophe, l'avancée est de plus en plus laborieuse, les grottes de plus en plus dangereuses, et l'équipée de plus en plus à cran. Nos joyeux lurons ne vont donc pas tarder à s'entre-tuer pour survivre. Pardon, je généralise : Dame Nature se charge de virer certains d'entre eux de l'aventure.

 

127-Heures-AfficheJe ne voulais pas voir le second, dont l'histoire ne m'intéressait pas le moins du monde. Mais Danny Boyle a quand même réalisé Slumdog Millionnaire, qui fait partie de mon panthéon cinématographique. Alors je me suis dit, ça doit valoir le coup, je veux voir comment il a réussi à filmer un mec sui s'est coincé le bras, pendant une heure et demi. Et il faut dire qu'il ne s'en sort pas si mal. N'en déplaise aux Inrocks qui considèrent que sa réalisation est épileptique, que Slumdog Millionnaire est une vaste hallucination collective plaquée or et oscars et que 127 heures est une boursoufflure interminable. Certes, je suis resté de marbre devant l'intrigue, me suis caché les yeux lors du charcutage de bras et n'ai pas apprécié plus que ça certains illogismes (je saute du haut d'une falaise dans l'eau et mon sac à dos se retrouve par miracle en bas avec ma caméra, mon appareil photo et mon MP3 intacts / on me voit enlever ma montre d'une seule main mais on ne montre pas lorsque je la remets, toujours d'une seule main / etc.), mais les images de Boyle invitent au voyage. À l'instar de Slumdog, les teintes sont chaudes, les paysages vastes et les décors (naturels ici) majestueux. Quant à la musique, toujours signée A. R. Rahman, toujours en adéquation parfaite avec les scènes, toujours extraordinaire.

 

Dans Sanctum, les ficelles sont grosses et l'intrigue peu évoluée, mais les images sont à couper le souffle et le suspense au rendez-vous du début à la fin. Dans 127 heures, les ficelles sont aussi mince que l'intrigue, mais Danny Boyle se débrouille assez bien pour tenir une heure et demi et les images sont également époustouflantes. Aucun grand gagnant de ce premier duel !

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Attentat à la Culture #3 : Pourquoi s'acharne-t-on sur les bloggueurs ?!

Publié le par Sébastien Almira

Puisque travailler m'empêche de garnir régulièrement ce blog, je vais profiter d'un message reçu pour revenir aux cours de français qui me faisaient peur et m'ont dissuadé de devenir professeur de français : le commentaire de texte.

Pourquoi ? Parce que sur un blog ami, je lisais il n'y a pas si longtemps un article un peu fâché à propos des auteurs et éditeurs qui envoient des mails pour promouvoir leurs livres. Le problème n'est pas qu'ils le fassent, mais la façon de procéder. Voici donc le dernier en date :

 

 

Ce message vous est envoyé par un visiteur grâce au formulaire de contact accessible en bas de page de votre blog: culturez-vous.over-blog.com

"Livre " les corps indécents "
Raybaut
Aimer à perdre la raison d'une jeune ballerine d'origine Russe, vivant en France, confrontée aux problèmes de notre société :

- Immigration-invasion et ses conséquences désastreuses pour la France et pour l'Europe (insécurité dans les villes et les transports, violences urbaines de plus en plus fréquentes, trafics de drogues, banlieues poudrières etc.)

- Moralisation indispensable de la vie publique (une vraie démocratie se doit d'écarter et de punir sans complaisance les édiles-voyous )

- Peine de mort à l'encontre des assassins-tortionnaires d'enfants et les terroristes.

Des milliers de consultations internet pour cet ouvrage !! - Coup de coeurs des lecteurs de la bibliothèque municipale de Chirens. Plusieurs articles de Presse élogieux !"

 

 

Livre " les corps indécents "
Raybaut

Aimer à perdre la raison...

D'abord, bonjour ! Qu'est-ce qui fait que, de moins en moins, l'expression "bonjour" soit utilisée ?

Ensuite, "Livre les corps indécents / Raybaut", sans majuscules, sans italique, qui est Raybaut ? quel est l'éditeur ?

 

Aimer à perdre la raison d'une jeune ballerine d'origine Russe

Les cours de français ont beau être loin désormais, je pense tout de même que cette phrase a un problème. Qui aime ? qui perd la raion ? la raison de qui (puisque "perdre la raison D'une jeune ballerine...") ?

 

- Immigration-invasion et ses conséquences désastreuses pour la France et pour l'Europe (insécurité dans les villes et les transports, violences urbaines de plus en plus fréquentes, trafics de drogues, banlieues poudrières etc.)

En quoi cette jeune ballerine mérite deux points avant cette phrase, ce qui signifie qu'elle en est la cause, ou que la phrase en question est la conséquence de la jeune ballerine (ce qui revient quasiment au même) ?

 

- Moralisation indispensable de la vie publique (une vraie démocratie se doit d'écarter et de punir sans complaisance les édiles-voyous )
- Peine de mort à l'encontre des assassins-tortionnaires d'enfants et les terroristes.

Sans vouloir rentrer dans des considérations sociales et politiques, si la peine de mort est authorisée pour les assassins et tortionnaires d'enfants, ainsi que pour les terroristes, pourquoi pas étendre la peine pour les violeurs, pour les tueurs en séries, etc. etc. J'avoue que la peine de mort peut avoir du bon, mais on ne peut pas choisir un domaine dont on parle dans un roman présenté tel un documentaire socio-politique et balancer la sauce ainsi...

 

La présentaion s'ouvre sur l'histoire d'une danseuse russe et devient vite un pamphlet politique visant à faire renaître la peine de mort. Ne peut-on pas se permettre, lorsqu'on publie un roman, de le résumer correctement avant d'en faire un argumentaire travaillé, et non pas balancé comme un vilgaire chiffon ?

 

Des milliers de consultations internet pour cet ouvrage !! - Coup de coeurs des lecteurs de la bibliothèque municipale de Chirens. Plusieurs articles de Presse élogieux !

Des milliers de consultations internet pour un coup de coeur de la bibliothèque de Chirens ? N'est-ce pas légèrement paradoxal ?! Quel ouvrage inconnu au bataillon dont on ne sait pas même s'il a un éditeur et coup de coeur de la bibliothèque d'une ville de 1966 habitants (chiffres 2007) perdue au fin fond du canton de Voiron peut se targuer d'avoir des milliers de consultations internet sur un site qui n'est même pas donné dans l'argumentaire ?? J'ai eu beau chercher sur le site de la bibliothèque de Chirens, sur le blog de leurs coups de coeur, je n'y ai pas trouvé Les Corps indécents.

Puis, lorsque j'ai recherché ces articles élogieux, je suis tombé sur celui-ci (ici) ; l'auteur du livre en fut tellement mécontent qu'il se pressa de pondre avec animosité une tirade de plusieurs pages.

 

Et puis, pas de merci de votre temps, pas d'au revoir, pas de mot personnalisé, pas de "si vous êtes intéressé, je peux vous envoyer un service de presse et vous pourrez en parler", rien.

 

 

Alors, à l'avenir, je n'aimerais recevoir de la pub que pour des bons livres publiés par des auteurs polis et respectueux du travail d'un bloggueur. Est-ce si compliqué ?!

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Harry Potter 7-1 * / RED **** / Potiche ***

Publié le par Sébastien Almira

harry-potter-reliques-de-la-mort-partie-1.jpgHarry Potter et les Reliques de la Mort (partie 1), de David Yates, 2010 *

 

La fin arrive enfin. Le premier tome, Harry Potter à l'école des sorciers, nous est parvenu à l'écrit en 1998, à l'écran en 2001. Il aura fallu attendre dix ans pour connaître la fin de la saga au cinéma puisque, comme le temps est à la mode de séparer les livres à succès en deux films, la seconde partie du septième tome d'Harry Potter débarquera en salles obscures en juillet 2011.

Ne vous fiez pas à l'affiche du film, la première partie suit le livre à la perfection : tout y est ennui, tout y est pathos. Hermione et Harry ne bénéficient toujours pas d'acteurs de qualité, les dialogues sont d'un pathétisme rare et les scènes d'un ennui mortel. Alors que David Yates avait adapté mon tome préféré (Harry Potter et l'Ordre du Phénix, 975 pages) en deux heures, il a choisi de transformer les 700 pages de cet ultime tome de la saga en deux films de plus de deux heures chacun.

C'est légèrement ennuyant quand on sait que nos trois héros, Harry, Hermione et Ron, passent les deux tiers du livre sous une tente à réfléchir à comment trouver les Horcruxes (sept parties de l'âme de Lord Voldemort qu'ils doivent détruire afin de le tuer une bonne fois pour toutes) avant de trouver miraculeusement la solution en quelques secondes...

 

red.jpgRED, de Robert Schwentke, 2010 ****

 

Casting impressionnant avec Bruce Willis, Morgan Freeman et John Malkovitch dans le rôle d'agents de la CIA à la retraite dont la vie ne tient plus qu'à un fil. En séducteur solitaire, Bruce Willis entraine avec lui une pauvre innocente dont il est tombé amoureux en passant des heures au téléphones avec (elle est sa conseillère retraite, si je ne m'abuse) dans la folle aventure de retraités de la CIA à abattre. John Malkovitch plus loufoque et déjanté que jamais, Morgan Freeman et Helen Mirren aux allures et à la doublure voix de Glenn Close sont également de cette comédie d'action bien calibrée qui ne se prend pas la tête, qui fait preuve d'un humour indéniable et de jeux d'acteurs éblouissants. On se dit même à la fin que le scénario n'était pas vraiment étoffé avant de se ressaisir devant tant de plaisir avec ces Retraités Extrêmement Dangereux et de scènes déjà cultes, comme celle, au ralenti, de Bruce Willis descendant d'une voiture en pleine course. Un vrai régal au casting de rêve !

 

potiche.jpgPotiche, de François Ozon, 2010 ***

 

Entre la comédie de mœurs, la comédie dramatique et la comédie comique, François Ozon réussit avec autant de brio que d'accoutumée à proposer une comédie française de qualité. Catherine Deneuve et Fabrice Luchini en couple bourgeois des années 70 doivent faire face aux soulèvements des employés de l'usine de parapluie que Monsieur a hérité de Beau-Papa. Madame est une femme au foyer modèle qui n'a pas son mot à dire, son fils (Jérémie Reinier) est un fils à Maman artiste et sa fille (Judith Godrèche), une vraie godiche qui croit tout savoir. Gérard Depardieu, en bon communiste, se bat contre le patronnat, donc contre Monsieur et, Karine Viard, plus bonne que jamais, l'amante secrétaire de Monsieur. Mais lorsque la santé de Monsieur l'empêche de venir à bout de ses fonctions, c'est Madame qui devient PDG et tout semble si bien aller jusqu'à ce que Monsieur ne soit remit sur pied. Tous se retrouvent confrontés à leurs limites et à leurs secrets pour notre plus grand plaisir !

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Ellen Willer, Le garçon qui ne pouvait pas voir les livres en peintures, roman ado, 90 pages, L'école des loisirs, collection Médium, septembre 2007, 8 €

Publié le par Sébastien Almira

ellen-willer.jpg

 

« Bonjour,

Je suis assez intimidé à l'idée de vous envoyer ces pages. Je n'ose pas dire roman. Optons pour manuscrit.

(...) Je ne connais personne dans l'édition. Il paraît que ce n'est pas facile de se faire publier. Mais je m'en fous, j'essaie.

(...) Parce qu'il n'y a pas si longtemps, les livres et moi, c'était plutôt la haine. Et voilà que je mets non seulement à lire, mais en plus à écrire.

Comment c'est venu ? Comme toutes les choses qui ont de l'importance dans une vie : par hasard. Je dis cela avec beaucoup d'aplomb, comme si j'avais une grande expérience de tout. En réalité, j'ai seize ans, et je ferais peut-être mieux d'un peu moins la ramener.

(...) Si vous ne le publiez pas, ce ne sera pas un drame : je serai déçu et je vous maudirai pendant quelques jours, peut-être même que je vous traiterai de tous les noms, mais, même si je dois renoncer à me dire écrivain, je m'en remettrai.

(...) Je pense que là il est temps de dire quelque chose à propos de salutations...

Étienne Hoffman. »

(pages 11 à 13)

 

ellen willer

 

J'ai lu quelque part que, pour un livre, tout se joue dès les premières phrases. Il paraît même que certains romanciers se creusent la tête des journées entières pour les écrire et que, ensuite, ils bâclent sans scrupule les deux-cent pages qui suivent, convaincus que personne ne les lirait. (page 15)

J'aurais pu commencer à écrire pour moi. (...) Mais, à mon âge, écrire un journal intime est une occupation pitoyable. Ou prétentieuse. (page 18)

Tout cela pour dire que pour moi, lire et écrire, c'est comme caresser et se faire caresser. Pour un début, je reconnaît que c'est assez poussif. Si vous avez lu jusque là, on peut dire que vous avez fait le plus pénible. Je commence à raconter. (page 19)

 

ellen willer

 

Le tout premier livre que j'ai lu, c'était il y a sept ou huit mois. Je veux dire, le tout premier sans que personne ne me le demande, ou ne me force, ou ne me dise qu'il fallait en faire un résumé qui serait noté. (...) Ce livre trainait sur le bureau de ma mère le soir où mes parents nous ont annoncé, à ma sœur et moi, qu'ils avaient décidé de divorcer. (page 21)

Le titre m'avait tiré un sourire. À la cinquième ligne, il y avait le mot sexe, c'est aussi une raison que je peux avancer pour tenter d'expliquer mon soudain intérêt.

Ce qui est sûr, c'est qu'à la sixième ligne je me suis rendu compte que les mots ajoutés aux mots faisaient des phrases. Que les phrases ensemble décrivaient des situations, ou des gens, ou des sentiments. Et que si j'additionnais les gens, les situations et les sentiments, j'avais exactement ce que je regarde à la télévision.

Un livre, c'est un téléviseur miniature qui marche sans pile ni batterie, pas besoin de brancher ni de recharger, qui ne gêne personne, que tout le monde considère avec respect parce que lire, c'est bien. Je peux l'ouvrir en classe, l'emporter partout, jusque dans le métro, où il n'y a pas de réseau. (page 29-30)

 

ellen willer

 

Dans l'escalier, je croise une fille, mon âge à peu près, qui montait, bien plus chargée que moi. Nous nous regardons. Un étage plus bas, je jette un coup d'œil et surprends de sa part un regard du même genre. (...)

- Et tu t'appelles comment ?

- Cindy, elle répond, et toi ?

- Étienne.

- Tiens, tu lis Da Vinci Code...

- Oui.

- Tu en es où ?

- ... Vers le milieu. (il ment, il est remonté prendre le premier livre qu'il trouverait dans l'espoir de recroiser la fille)

- Et tu aimes ?

- Oui, beaucoup.

- Ah...

- Pas toi ?

- Moyennement?

- Ah...

(pages 36 à 40)

C'est à elle, presque sans cesse, que j'ai pensé en lisant Da Vinci Code. À chaque page, je me demandais ce qu'elle avait aimé ou détesté. J'en étais à lui demander en pensée ce qu'elle en pensait. Je la faisais répondre. Et nous pensions pareil. (page 44)

 

ellen willer

 

Ma mère m'a toujours déconseillé de lire Jane Austen. Elle me l'aurait interdit qu'elle ne m'en aurait pas donné plus envie. Pour conduire un enfant à lire, s'il est récalcitrant, le meilleur des stratagèmes serait donc de l'en empêcher. Confisquer ses livres, les boucler sous clé. Ne pas lui en acheter. Organiser la pénuerie. Le priver de lecture après un mauvais bulletin.

Avec Jane Austen, je m'attaquais à du lourd, heureux à la seule idée de demander à Cindy ce qu'elle en pensait.

(...) Alors que je lui lisais les deux premiers chapitres, pour la première fois, j'ai eu envie d'écrire.

(...) Sur ces feuilles sacrifiées, il y avait les premiers mots que j'avais essayé d'organiser ensemble dans le but d'en faire une phrase. Une phrase lisible. Une phrase que d'autres pourraient lire. (pages 47 à 49)

 

 

Restent quarante pages de plaisir, d'étonnement, de cynisme, d'amour, de questionnements, de passage à l'âge adulte et de littérature à découvrir par vous-même !

 

ellen willer

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Stéphane Hessel, Indignez-vous !, Indigène Éditions, 3 € **

Publié le par Sébastien Almira

hessel2-copie-1.jpgÔ joie ! En rentrant chez moi et en trouvant Indignez-vous dans ma chaussette de Noël, que je persiste à laisser au bout de mon lit, alors qu'on me le demande entre dix et trente fois par jour et que nous ne l'avons plus car nous fermons fin février et que nous ne recevons plus rien, ni nouveauté, ni réassort, ni commande client.

Je m'enferme alors aux toilettes, par nostalgie du temps où j'y passais en moyenne une demi-heure accompagné de quelques livres et magazines, voire quelques photos cochonnes, et commence le petit livre tant convoité.

 

Trente pages pour trois euros auxquelles il convient de retirer les pages de garde, de titre, de publicité sur la nouveauté et sur les autres ouvrages de l'auteur.

Vingt pages pour trois euros auxquelles il convient de retirer également les notes et la postface de l'éditeur.

Finalement quatorze pages pour trois euros dans lesquelles je me plonge.

 

« 93 ans. C'est un peu la toute dernière étape. La fin n'est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : les années de résistance et le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! »

 

Je m'attendais au petit livre choc dont je m'évertuais à vanter les qualités, mais il n'en est rien ! Stéphane Hessel a donc 93 ans et son cheval de Troie ressemble plus au discours hésitant, un peu niais et bourré de répétitions et autres redondances d'un ancien résistant dont on aurait coupé les extraits les plus intéressants.

 

« Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir un motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire, et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler. Ces droits, dont la Déclaration universelle a rédigé le programme en 1948, sont universels. Si vous rencontrez quelqu'un qui n'en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir. »

 

Le reste du livre est partagé entre ce précédent paragraphe dont chaque phrase bénéficie d'un nombre incalculable de périphrases et son indignation pour la bande de Gaza, Israël et la Palestine. On en saura pas plus. Vous devez vous indigner, moi je me suis indigné contre le nazisme et aujourd'hui contre Israël parce que j'y suis allé en vacances avec ma femme grâce à nos laisser-passer et que j'y ai vu les souffrants, qu'on m'y a dit que les soldats israéliens sont vilains, etc.

C'est tout ce que vous apprendrez en lisant Indignez-vous. Ce n'est pas que le livre est mauvais mais la manière dont on nous le vend est totalement inadaptée au contenu de l'ouvrage. Il ne s'agit pas d'un pamphlet politique, il ne s'agit pas d'un bombe prête à exploser, il s'agit simplement d'un appel à l'indignation, sans pistes, ni réponses.

 

Reste toutefois cette phrase forte, la dernière de Stéphane Hessel dans Indignez-vous :

 

« CRÉER, C'EST RÉSISTER.

RÉSISTER, C'EST CRÉER»

hessel.jpg

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