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Christine Angot récidive !

Publié le par Sébastien Almira

angot05Dion.jpg

 

Alors qu'elle pollue la littérature française et le catalogue de multiples éditeurs de qualité depuis beaucoup trop d'années, Christine Angot n'est pas prête de s'arrêter.

 

Après avoir changé d'éditeur (s'être fait virer ?) x fois (l'Arpenteur, Stock, Fayard, Flammarion et le Seuil), elle revient chez Flammarion pour la publication des Petits le 5 janvier 2011, un roman sur un couple en crise.

 

Rappelons qu'en 2008, elle publiait Le marché des amants narrant sa relation amoureuse avec Doc Gyneco au Seuil, refusé par Jean-Marie Laclavetine pour Gallimard (quelle idée a eu la Grande Prêtresse du Navet Autofictionnel d'envoyer à l'éditeur de Jean-Baptiste Del Amo et Jean-Pierre Ohl, infiniment plus indispensables à la littérature qu'elle, un manuscrit ne réunissant pas même le minimum syndical de qualité nécessaire aux lecteurs de Marc Lévy), après un transfert houleux qui n'a finalement rien rapporté au monde des lettres, sinon une place éjectable à son éditeur du Seuil, Bernard Comment, qui n'a pas vendu la moitié du tirage initial de 50 000 exemplaires.

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Arthur et les Minimoys *** / Toy Story *** / Moi, moche et méchant ****

Publié le par Sébastien Almira

Voilà, je l'avais promis, je m'y mets. Je vous reparle, après cinq mois sans leçons, de cinéma. Recommençons doucement, au premier stade : celui de l'enfance !

 

Arthur et les Minimoys, Luc Besson, quatre livres chez Intervista ***/***/**/**, trois films (dont deux en DVD) ****/***/***

arthur1Luc Besson, qui devait arrêter le cinéma avec Angel-A, et a finalement adapté Les aventures d'Adèle Blanc-Sec de Tardi, poursuit sa route avec la saga Arthur et les Minimoys et son casting de luxe (Freddy Highmore et Mia Farrow en acteurs, Madonna, David Bowie, Snoop Dog pour les voix anglaises, Mylène Farmer, Marc Lavoine, Alain Bashung, Rohff et Stomy Bugsy pour les voix françaises). D'abord publiés par sa maison d'édition créée pour l'occasion, il écrit quatre livres que j'ai lus avec plaisir pour les deux premiers, et desquels je me suis ensuite lassés. Le ton, enfantin, n'apporte que peu de choses par rapport aux films, alors autant se contenter des images, ô combien magiques. Si le premier volet (Arthur et les Minimoys, qui mixe les deux premiers livres) émerveille (découverte d'un univers justement merveilleux, plein de petites bêtes devenues géantes au pays des Minimoys, plein de couleurs, de gags, d'aventures et d'émotions), le second lasse un peu. Non pas qu'il soit mauvais, au contraire, mais l'intrigue est moins folichonne que dans le premier. En revanche, le troisième, présenté en avant-première dans 200 salles le 22 août, et sorti ce mois-ci nationalement, reprend les ficelles des débuts : aventures intrépides, vengeance, humour, magie, amitié, amour pour sauver le monde des Minimoys et celui des humains, car le grand Maltazar envahit ce dernier avec son armée de Séïdes afin de le mettre à ses pieds et d'anéantir le peuple des Minimoys. Arthur a du travail devant lui mais Bétamèche, Sélénia, son grand-père Archibald et son fidèle chien sont là pour l'aider !

 

Toy Story, de John Lasseter, trois films aux studios Pixar (dont deux en DVD) ***/**/****

toys story 3L'aventure commence en 1995, et devant la qualité et le succès du premier volet, un accord est signé entre les studios Disney et Pixar pour cinq productions. Pixar fait depuis joie et bonheur chez les enfants et même chez les grands comme en témoignent les véritables plébiscites du Monde de Némo, des Indestructibles, de Ratatouille ou plus récemment de Là-haut. Comme souvent très en retard, je regarde Toy Story 1 il y a deux mois, le second volet (1999) dans la foulée et enfin, le troisième au cinéma qui est devenu le premier film d'animation à dépasser le milliard de dollars de bénéfices, parmi six autres longs métrages. J'ai bien aimé les deux premiers, trouvé originals le concept, l'humour, les images et les intrigues. Des jouets vivants, c'était une très bonne idée et ça a marché du tonnerre. Mais je n'avais pas été plus emballé que ça. En revanche, quand je suis allé voir le dernier, j'ai été totalement conquis ! L'intrigue me semblait plus développée et plus sympa que les deux premières, les images et les couleurs m'en ont mis plein les yeux, j'ai ri, j'ai pleuré (oui, oui, et alors ?), j'ai explosé de rire (oui, c'était moi à l'UGC à Bordeaux...), j'ai encore pleuré, et j'ai eu envie d'y retourner. Très émouvant, très drôle, avec des personnages hauts en couleur, un ours délaissé devenu tyrannique, Barbie (blonde à souhait) et Ken (Ken à mort) et les indispensables Buzz l'Eclair et Woody, le premier jouet d'Andy, qui quitte la maison pour rentrer à l'université. Débutent alors les forcément exceptionnelles aventures de la bande à Woody qui se retrouve dans une école maternelle où certains jouets font la loi ! Extrêmement bon !

 

Moi, moche et méchant, de Pierre Coffin et Chris Renaud, Universal Pictures ****

 

gru-affiche.jpgMargo, Edith et Agnès, orphelines, se retrouvent par malheur entre les mains du méchant Gru, qui les adopte afin de pénétrer la forteresse high-tech du concurrent qui veut lui aussi voler la lune ! Il lui faut récupérer le pisto-rétracteur qui lui permettra d'aller sur la lune, de rapetisser la lune, de poser la lune sur les toilettes (qui a fait ça ?!), et de s'emparer de la lune. Gags à gogo dans le dessin animé de cette fin d'année. Exit Disney et sa princesse Réponse, exit Samy la tortue, exit Alpha et Omega... Bref, vous l'aurez compris, s'il y a un héros à voir en cette fin d'année, c'est bien Gru, le grand méchant doublé par Gad Elmaleh, que j'irai voir une seconde fois la semaine prochaine pour son humour intarissable, tout au long du film.

Ce n'est pas le dessin animé du siècle (Le Roi Lion reste encore indétrônable) mais c'est en tout cas le plus drôle qu'il m'ait été donné de voir. J'ai ri avec les fillettes, j'ai ri avec Gru, j'ai ri avec son mentor, j'ai ri avec son concurrent, j'ai ri avec le chien-piranha, et enfin j'ai plus que ri avec les Minions, ces petites bestioles jaunes qui m'ont sans cesse fait penser à ma relectrice-correctrice (et accessoirement amie) Karen, qui fait sensiblement la même taille et que j'imaginais donner les mêmes coups de poing ridicules, rire comme une idiote pour les mêmes bêtises, faire ces mêmes bêtises, raconter les mêmes âneries. Plus sérieusement, je prends le pari pour ce film, de la même façon que je l'aurais fait pour Gran Torino, que vous allez l'adorer ! Alors faites-moi confiance ! Coup de coeur de l'année avec Kick-Ass et 8th Wonderland.

 

Bande-annonce de Moi, moche et méchant :

 

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Karine Tuil, Six mois, six jours, roman, 250 pages, Grasset, août 2010, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 « Vous échouerez à dire l'indicible, la littérature est un aveu d'échec, vous écrivez pour dire ce qui vous échappe, ce qui est irreprésentable, ce qui est perdu. Écrivez ! Et soyez infidèle aux faits ‒ les reconstitutions sont l'affaire de la police, pas des écrivains. » (page 225)

 

Karl Fritz, soixante-dix huit ans, donne le ton. Conseiller, homme de main, ami, père de substitution, sont ses fonctions auprès de Juliana Kant qui, elle, est le personnage fictif de Suzanne Klatten.

Suzanne Klatten, héritière de l'empire Varta et BMW, s'est fait extorquer sept millions d'euros par un maître-chanteur qui avait déclaré, avant d'être condamné à six ans de prison, avoir voulu venger sa famille, victime de la guerre de 39-45, car les Klatten avaient été solidaire du régime nazi. Ce fait divers avait défrayé la chronique il y a deux ans, Karine Tuil s'en est servi pour écrit son huitième roman, après La Domination (Grasset, 2008).

Karl Fritz, après son renvoi, décide de tout dire. À une écrivaine. Alors fiction ou réalité ? Deux niveaux superposés où l'on se pose la question : Karl Fritz raconte-t-il vraiment l'histoire à Karine Tuil ? L'histoire est-elle réelle ? Où finit la réalité et où commence la fiction ici ?

 

tuil.jpgKarine Tuil mêle habilement les deux en racontant l'histoire de Juliana Kant, riche héritière à la vie conjugale étouffante, à l'existence morne, à la sexualité morte, qui rencontre Herb Braun, le bellâtre, l'artiste (il dit être photographe de guerre), l'Homme.

« Dans le lit de cet homme, elle n'était plus la décisionnaire, la femme puissante et dominatrice, c'était une proie, une victime, qu'on comblait et plaignait. Le désir la sauvait de son quotidien morne, la sexualité la préservait des tourments de l'âge. (...) Dans son lit, elle était cette femme libre et affranchie des conventions sociales, des obligations familiales (...). Mais quand elle le quittait, quand elle sortait de la chambre d'hôtel où elle s'était laissée manipuler, elle sentait monter en elle l'effroi et la honte, une honte puissante... » (page 126)

Voici donc l'histoire d'une femme mariée qui s'éprend d'un autre homme, une histoire qui « commence comme une banale comédie de mœurs » (Karine Tuil à Philippe Vallet, journaliste à France Culture et France Info) mais qui devient tout autre quand ledit amant fait chanter Juliana. Karl Fritz se met alors autant à raconter la suite que l'histoire des Kant.

On apprend que le grand-père de Juliana, puissant industriel allemand, épousa Magda Friedländer, la contraignant à renier son père adoptif parce que juif, que celle-ci divorcera puis se mariera quelques temps plus tard avec Joseph Goebbels, ministre de la Propagande nazie. Elle enrôle son fils et son ex-mari, Günther Kant, avide de nouvelles perspectives financières. Goebbels, Hitler et Kant s'associent d'abord pour un commerce d'uniformes et de matériel militaire. Puis Kant construit sur ses terrains le camp de Stöcken et bénéficie de déportés pour travailler jour et nuit dans ses usines. Il devient alors « un homme dont la puissance économique est sans égale » (page 160) et les Britanniques, au sortir de la guerre, dissimulent les preuves de sa collaboration pour bénéficier de ses usines, contrairement à d'autres industriels qui seront condamnés lors des procès de Nuremberg.

 

Karine Tuil mêle la grande histoire des Kant et la petite histoire de Juliana afin de démêler des fils qui n'apparaissent qu'à la fin. Le personnage de Fritz, narrateur, lui permet d'user d'un style résolument incisif. À la fois cynique et haché, celui-ci me ramène à celui d'Amélie Nothomb : Six mois, six jours est très bien écrit, mais ce n'est pas ce que certains appellent « Grande Littérature » en essayant, plus que de mettre des majuscules aux mots, de carrément tout écrire en lettres capitales, pour bien montrer qu'à côté, le reste n'est que broutille, cacophonie et finalement vide absolu.

Je regrette néanmoins une chose dans ce roman : page 226, il se termine. Page 228 débute un journal (une lettre ?) du père adoptif de Magda, en juin 1938, qui raconte comment il a vécu la séparation avec sa femme, le rapprochement de sa fille avec les nazis, le reniement total qu'elle lui a infligé, son ascension. L'histoire était terminée, je n'en voulais plus, il n'en fallait plus. Mais il y a ça, là. Et je ne peux m'empêcher d'en trouver le livre gâché.

Cela dit, que je ne passe pas pour un râleur professionnel ! Six mois, six jours marque ma réconciliation avec la rentrée littéraire 2010 : enfin un livre qui me réjouit, deux mois après Une forme de vie d'Amélie Nothomb !

 

« Ma version des faits vous choque ? Je vous l'ai dit : j'invente. Qui pourrait démêler le vrai du faux, la fiction du réel. J'écris, j'invente, je suis infidèle aux faits, je fabule. » (Karl Fritz, page 133)

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Attentat à la Culture #2

Publié le par Sébastien Almira

Après avoir inauguré cette nouvelle catégorie avec la somptueuse déclaration d'amour que Philippe Katerine a déclaré à la musique, je vous parlerai cette seconde fois... encore de musique. Avec... encore Philippe Katerine.

 

Car le Michel Houellebecq de la musique (= on ne saura jamais se mettre d'accord sur la question : génie incompris ou summum de médiocrité le plus pathétique et éreintant du monde), avant d'offrir à nos douillettes oreilles son éponyme horreur (ici), avait concocté le dernier album de Madame BHL, Arielle Dombasle.

 

glamour-a-mort.jpg

 

En sort Glamour à mort  en avril 2009, réalisé par Katerine, Gonzales et Renaud Letang. Le résultat est stupéfiant de ridicule malgré l'autodérision voulue par le quatuor pathético-comique.

 

Ecoutez et regardez, dans l'ordre, Extra-terrestre, Poney Rose et Saint-Sébastien.

 

 

 

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France Huser, La Triche, roman, 160 pages, Gallimard, août 2010, 15 € *

Publié le par Sébastien Almira

Alors que les deux années précédentes, j'avais été déçu par les Nothomb (à cause de leur fin) et m'était délecté de nombreux autres romans de la rentrée, cette fois le nouveau Nothomb est le seul roman sur huit ou neuf à m'avoir enchanté pour le moment. La triche n'a pas changé la donne. J'aurais peut-être dû tricher aussi : faire semblant de le finir, écrire une fausse critique.

 

 

la-triche.jpg« Tricher. Pour moi, ce ne fut pas une décision. Ce fut un destin. Déjà, à ma naissance, j'ai triché. Mes parents attendaient avec certitude un garçon. Ils n'avaient jamais imaginé qu'ils pourraient avoir une fille. Une fille ! Ma mère pleura. Il m'avait suffit de naître pour commettre une trahison. Loin de me repentir, je persévérai dans cette direction. »

 

À la fois quatrième de couverture et incipit du roman, cet extrait ne laisse pas planer le mystère sur l'histoire à venir. Une menteuse, la narratrice est une menteuse, une tricheuse. Elle ne fait que ça, et elle s'en défend. Les premières pages consistent en un mode d'emploi du mensonge et de la triche. Elle dresse un catalogue précis classé par numéros, lettres, alinéas et paragraphes d'exercices. Depuis sa naissance, elle ne cesse d'inventer, de falsifier, de tricher, quitte à confondre des innocents, quitte à laisser croire à des horreurs.

Du catalogue d'exercices, on passe au catalogue de ses mensonges. Le tout n'est pas des plus intéressants, mais se laisse lire, servi par une écriture sèche, faite de courts phrasés, parfois sans forme verbale, parfois sans sujet. Pas de vocabulaire farfelu, pas de syntaxe fantaisiste, pas de métaphore recherchée : certes pas mauvais, le style ne vole pas haut.

Noyé au milieu de ces catalogues, je ne comprenais pas où l'auteure voulait en venir. Certes, sa protagoniste est passée experte en l'art de la triche mais quand bien même, ça ne fera pas un livre, si court soit-il. C'est là que sa mère décède et qu'Édith fait son apparition. Édith, enveloppée de sa majestueuse chevelure et de ses robes à décolletés profonds, va épouser son père. Et ça, l'orpheline ne peut le supporter. Pas pour les raisons qu'on croit, mais par besoin de trouver un souffre-douleur sur qui expérimenter ses années d'entraînement à la triche.

 

« Je n'avais aucun remords. Je m'innocentais moi-même : le deuil qui m'avait marquée pour toujours m'accordait tous les droits. » (page 42)

Devenue éreintante, puis rapidement détestable, pour le lecteur autant que pour sa belle-mère, elle parvient à ses fins : Édith n'est plus que l'ombre d'elle-même. Mais ça ne s'arrête pas là ! Les années passent, la narratrice part en Crête avec une ancienne camarade de classe dont la co-équipière s'est comme par hasard désistée au dernier moment. Elle entretient sur l'île une liaison avec un jeune homme fiancé. Le mariage convenu depuis sa naissance a lieu et les frères de la mariée décident de venger leur protégée de l'affront qui lui a été fait. À quatre, ils torturent puis violent la pauvre amie qui n'avait rien demandé et tuent Iannis, l'amant fautif. Les deux filles fuient l'île et quelques mois plus tard, alors que la narratrice reçoit des lettres chaque jour la prévenant qu'ils sont là, qu'ils l'épient, qu'ils n'attendent que de se venger, elle rencontre un homme qui lui serre violemment le poignet dans un bar et décide, tiraillée entre la peur de la vengeance et le désir de l'inconnu, de le suivre quand même. Au petit matin, elle se rend compte qu'il cache deux billets à leurs noms pour la Crête. Et là, roulement de tambour ! Que fait-elle ? Trop attirée par les pins, la chaleur et la beauté de l'île, elle décide de partir avec lui, tout en sachant que c'est un traquenard et qu'elle y perdra la vie.

 

Oui : tout ça pour ça. Alors de deux choses l'une : soit je n'ai pas saisi le propos, pas compris la morale qui voudrait que la tricheuse se rende compte de ses fautes et meure à la fin ; soit il n'y a que l'histoire. Dans le premier cas, je suis peut-être sot. Dans le second, je ne comprends pas pourquoi raconter une telle histoire qui n'est ni dramatique, ni policière, ni comique, ni sentimentale, ni poétique, ni fantastique, ni rien du tout. Dans tous les cas, ce roman sans queue ni tête m'est passé au dessus de la tête.

 

Ce livre a été chroniqué dans le cadre de la rentrée littéraire 2010 en partenariat avec Ulike.

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Attentat à la Culture #1

Publié le par Sébastien Almira

Pour la survie

de la

musique française

 

 

et le bien-être

de la

population française,

 

 

 

je propose

un attentat

contre

Philippe Katerine.

 

 

 

16913-philippe_katerine_et_ses_parents.jpg

 

 

http://www.deezer.com/fr/#music/katerine/philippe-katerine-648778

 

N'écoutez surtout pas

Bla bla bla, Des bisous, Moustache, J'aime tes fesses,

Il veut faire un film, Philippe,

Juifs Arabes, Musique d'ordinateur et Le champs de blé.

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Bernard Quiriny, Les assoiffées, roman, 390 pages, Le Seuil, août 2010, 21 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Après deux recueils de nouvelles fantastiques, dont Contes Carnivores  (2008) a reçu de nombreux prix, Bernard Quiriny publie un premier roman à l'air prometteur. L'année dernière déjà Le Seuil publiait un jeune auteur rapidement encensé par les médias, les libraires et les prix littéraires avant de rencontrer un beau succès : Vincent Message avec Les Veilleurs. Cette année, au tour de Quiriny ! Et de nouvelles, il passe directement à une uchronie de quatre-cent pages.

 

 

« En 1970, une révolution renverse le pouvoir au Pays-Bas. L'année suivante, elle s'étend à la Belgique puis au Luxembourg. L'ancien Benelux est aujourd'hui, au cœur de l'Europe, le pays le plus fermé du monde. »

 

Passée cette accroche inutile et redondante (on sait de quoi ça parle, on a lu la quatrième de couv', on a entendu parler du livre, et on va le relire dans les pages suivantes, alors à quoi bon ?), on plonge littéralement dans le roman. Je reconnais avoir trop tendance à utiliser cette expression mais elle est totalement vraie ici. Dès la première page, j'ai su que je ne pourrai plus lâcher le livre qui s'annonçait déjà comme le meilleur de cette rentrée 2010.

 

quiriny.jpgPierre-Jean Gould négocie depuis deux ans avec les autorités belges un voyage exceptionnel qui permettrait à six Français du monde des médias et de la politique de découvrir cet Empire tellement utopique qu'il fait jaser les femmes du monde entier. Voilà donc qu'il y parvient et que le roman commence.

Le premier fil de la narration débute avec l'un des Français, Langlois, qui nous explique la raison du dîner chez Gould (la proposition du voyage) et le départ pour la Belgique. Le second avec Astrid Van Moor le 3 février d'on ne sait quelle année. La quarantaine, mère de deux filles, Judith et Virginie, elle écrit son journal intime. Avec elle, on découvre l'Empire des Femmes de l'intérieur, qui n'est autre qu'une  dictature féministe extrême. On la voit essayer de survivre avec le peu de moyens dont elle dispose pour ses filles tout en rendant visite à son fils caché par une nourrice trop bien payée ; on comprend l'engouement des femmes pour Judith, la Bergère, on écoute le récit de l'histoire d'Ingrid, la grande Bergère, qui a renversé les hommes et créé son monde ; on visite la nouvelle Bruxelles dont la majorité des monuments ont été rasés après la révolution et remplacés par d'autres à l'effigie d'Ingrid et Judith ; en somme, on apprend la vie à l'Empire.

Dans la troupe de Gould, chacun devient tour à tour le personnage visé par un narrateur interne. On découvre avec eux ce que les autorités ont bien voulu montrer à ces premiers visiteurs persuadés de participer à un voyage historique qui prouvera au monde entier la réalité fantastique de l'Empire.

 

Dans chacune des deux interprétations contradictoires, on se heurte à deux autres possibilités. Dans la bande à Gould, il y a ce que les autorités montrent et ce que certains commencent à croire caché (la multiplicité des narrations françaises, fort bien menée par l'auteur, permet d'avancer dans l'histoire grâce à divers points de vue). Chez Astrid, il y a un tiraillement constant entre ce qui est rabâché à longueur de temps à travers discours, films et évènements de propagande et les inepties auxquelles elle doit faire face en tant que citoyenne de l'Empire.

Partant du principe que Quiriny singe les états totalitaires, on se doute rapidement que tout n'est pas rose, que l'école aux enfants sages et les lacs artificiels visités par les Français cachent de lourds secrets, que ce qu'on force à croire au peuple n'est pas si logique que ça : aucune ne s'offusque que pour renverser les rôles, on traite les hommes comme des chiens, les réduisant au rôle de larbins, les tenant en laisse, les forçant à subir des humiliations, des ablations et à faire don de leur reniement à Judith, qui règne d'une main de fer sur l'empire créé par sa mère. Toutes apprennent par cœur les changements de vocabulaire, de genre et d'orthographe permanents visant à féminiser tout ce qui est bon et à bannir les termes trop masculins des terres féministes. Toutes se sont mises dans la tête que les hommes ne sont bons à rien et que les haïr est leur plus grand devoir après celui de vouer un culte aux Bergères. Aucune n'est tentée de coucher avec un homme, l'idée même les répulse. Il est d'ailleurs étrange de voir que dans cette uchronie devenue dystopie il est interdit à une femme d'avoir une quelconque relation avec un homme et obligatoire d'être lesbienne quand de nos jours il est quasiment interdit d'être homosexuel... La liste des lois et devoirs ahurissants (pas de droits, non...) établis dans l'Empire serait trop longue à énumérer, même à résumer ici, mais Quiriny a reproduit au Benelux une parfaite dictature d'antan, à la propagande travaillée à l'extrême (faux attentats maîtrisés, grandes fêtes nationales, brigadières à tout coin de rue, etc.).

 

 

J'ai suivi les aventures tragi-comiques des Français et l'ascension d'Astrid jusqu'à la page 303 dans la plus grande passion et le plus grand culte que les citoyennes doivent à leur Bergère. J'étais heureux qu'après Nothomb, je lise enfin un bon roman dans cette rentrée ! Mais à ce stade du roman, je me suis dit que quelque chose n'allait pas, qu'en quatre-vingt dix pages, l'auteur, même novelliste, n'aurait pas le temps de m'offrir la fin que j'attendais.

Et à trente pages de la fin, toujours pas de signe positif, toujours pas de signe du tout. Je m'attendais comme dans les grands romans d'anticipation ados, à ce que les Français et/ou Astrid se mettent en branle contre le système, que quelque chose soit fait, qu'il se passe quelque chose. Mais non ! Il ne se passe pas plus que les aventures qui m'enchantaient jusque-là. Attention, je ne dis pas que le roman est devenu mauvais, les deux récits m'enchantaient toujours. Seulement, de la part d'un auteur belge, j'ai eu peur de me trouver avec un de ces Nothomb où il manque une fin décente.

 

quiriny2.jpgEn pleine remarque négative, j'en profite pour m'étonner d'un style riche et fluide qui laisse apparaître ça et là de petites horreurs. Outre les « A » majuscule sans accent du Seuil, on peut lire page 58 « Il n'était que de voir comme elle aimait les rassemblements », page 52 « une femme qui veut devenir meilleur. » et « Trouvant que ce n'est pas de jeu, je ne participe pas à ces mascarades. », page 122 « c'est un débat que je n'ai pas assez de culture pour trancher » ou encore page 313 (comme souvent ailleurs) « Lotte la suivit sans un mot, incertaine si ce n'était pas un rêve, incertaine si elle raconterait tout cela aux autres. »

Alors, chers amis, chers lecteurs, aidez-moi. Sont-ce mes limites de la langue française qui me jouent des tours ou Bernard Quiriny aurait-il écrit des aberrations que personne au Seuil n'aurait corrigées (déjà vu dans cette maison, par paquets dans Un chasseur de lions d'Olivier Rolin) ?

 

Puis il y a une fin. Oui, il y a une révolution. Mais une révolution de dix-neuf pages. Un dénouement qui se voudrait explosif, comme le livre que l'on referme, qui dure dix-neuf pages et qui a l'air d'en faire cinq. Bâclée, la fin de l'Empire, comme le retour des Français sur sensiblement le même nombre de pages. Huit lignes page 391, une ligne page 397, pour écrire le sort d'une dizaine de personnages principaux. Des détails sont oubliés, des questions laissées sans réponse, des personnages mal achevés (une demi-ligne d'un épilogue pour laisser penser qu'ils sont morts, à un moment ou un autre...).

 

Et puis, je lis ça et là que ce roman n'est pas le premier plagiat de Bernard Quiriny, que Riad Sattouf a envoyé son héros Pascal Brutal dans une dictature féministe en Belgique, que dans Le silence de Jane Dark de Ben Marcus la haine des hommes et les changements linguistiques avaient déjà lieu, et que Quiriny affirme n'avoir eu aucune influence pour ce roman tout en riant de celles qu'on pourra lui attribuer (interview). À cette déception s'ajoute celle qu'il ne connait tout simplement pas les réponses qu'il ne nous donne pas (« Ah ! C'est toute la question du roman, et je n'ai pas la réponse », « difficile à dire », etc. voir interview précédente).

Son roman est inachevé aussi bien sur papier que dans sa tête. Dommage après d'aussi grandes promesses. Si cependant rien de ce qui m'a déçu ne vous gêne outre-mesure, vous aurez des chances de considérer Les assoiffées comme un chef-d'oeuvre et de me huer pour ne pas lui avoir décerner cinq étoiles.

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Tout le monde écrit

Publié le par Sébastien Almira

De nos jours, tout le monde écrit. Il n'est pas rare d'avoir une sœur, un ami, un voisin qui écrit. C'est la grande mode. Écrire des poèmes, raconter sa vie... Cet été encore, une de mes voisins, en apprenant que je travaillais en librairie, m'a avoué que son rêve était d'écrire et de publier ses mémoires. Il a trente ans. Il n'a jamais écrit mais rêve de le faire.

Pourquoi rêve-t-on d'écrire, un jour ? Vous voulez écrire ? Écrivez donc ! Que l'on voit ce que ça donne. Que l'on voit combien de dizaines de manuscrits sur des millions valent la peine. Que l'on rigole un peu. Tant de gens “font de la poésie” que cette dernière est tombée de son piédestal. Plus de beau, plus de sensationnel, plus de choc, plus d'émerveillement. Tout le monde écrit, tout le monde s'en fout. On est dans une ère de démocratisation de l'écriture quand la lecture, elle, ne fait que baisser. Quel étrange paradoxe ! Ne sont-ce pas les mêmes, ceux qui aiment lire et qui écrivent ? N'est-ce pas la lecture qui donne goût à l'écriture ? Apparemment pas puisque tout le monde écrit mais que personne ne lit. pardon, le dernier Marc Lévy s'est écoulé à plus de 500 000 exemplaires.

 

Qui écrit ? Et surtout cette question : pourquoi ? Qu'est-ce qui, dans le cerveau humain, les pousse à prendre la plume ? Le besoin de reconnaissance ? La jalousie ? Le besoin inéluctable d'écrire ? Ou simplement le plaisir de le faire ? Un peu de tout ou une seule raison ?

Il en est de même pour ceux qui ont réussi la dure épreuve de la publication. Certains ont un besoin absolu d'écrire chaque jour, quitte à se lever à 4 heures du matin et boire un litre de thé noir, d'autres par plaisir et par période, d'autres encore qui n'écrivent que par soucis de reconnaissance... J'avoue faire un peu partie de ceux-là, mais les éternels timides ont besoin de reconnaissance pour se sentir exister. Vous voyez, j'ai une excuse ! Le besoin d'écrire est là, bien sûr, ou plutôt de raconter les histoires qui se bousculent dans ma tête, tellement nombreuses, mais ce qui me pousse le plus à écrire, c'est l'envie et le besoin d'être lu. Rien de tel qu'un compliment ! Suis-je imbus de moi-même ? Non, je ne me fais pas de compliment. Quoi que...

Cette excuse parlant des grands timides, je ne l'invente pas pour m'excuser d'être ce que je suis. Non, c'est réel, les timides, qui plus est lorsqu'ils sont perfectionnistes, ont besoin de reconnaissance. De toute façon, le perfectionnisme n'est que le résultat de ce besoin de plaire : pour plaire, il faut mettre le paquet, il fait que tout soit parfait. Il nous faut être regardés, écoutés, contemplés, complimentés, encensés. On en ressort, en apparence, peut-être égoïstes et prétentieux, mais ce n'est qu'une carapace qui cache la nécessité d'être sans cesse rassuré. C'est que pour cela que beaucoup de personnes introverties se lancent dans les arts. Beaucoup de génies sont de grands timides perfectionnistes.

 

Tout le monde écrit, tous pour des raisons différentes, aussi nombreuses soient-elles pour chacun. Mais tout le monde écrit, tout le monde pollue. 700 romans en deux mois, des millions de livres imprimés, des millions de livres non achetés, des millions de livres non lus, retournés, gâchés. C'est la dure réalité que nous vivons. Pas que nous connaissons puisque, si tout le monde écrit, je l'ai dit tout à l'heure, tout le monde s'en fout. Aucun de ceux qui polluent ne sait ce que le livre et son monde sont en passe de devenir.

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Jean-Marie Blas de Roblès, La montagne de minuit, roman, 150 pages, Zulma, août 2010, 16,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

Après l'énorme (dans tous les sens du terme) Là où les tigres sont chez eux qui obtint le prix Médicis, le Prix du roman Fnac et le Prix du jury Jean Giono en 2008, Jean-Maris Blas de Roblès publie ce mois-ci un nouveau roman qui aura bien du mal à atteindre la reconnaissance, l'accueil et les récompenses du précédent.

 

 

blas-de-robles1.jpgRose Sévère aménage avec son fils, Paul. Chercheur à la Maison de l'Orient, elle sacrifie régulièrement ses déjeuners pour remettre à jour le Répertoire des peintures grecques et romaine de Salomon Reinach à la bibliothèque, « seule chose capable de la détourner du souvenir de sa mère. »

En dépit de sa réputation, liée aux scandaleux secrets dont on les prévient sans lui en révéler la nature, Rose et son fils se lient d'amitié avec Bastien. Elle va même jusqu'à lui offrir un voyage au Tibet, auquel elle prendra part.

Le Tibet, ses coutumes, son peuple, son architecture, ses légendes, sont bien les seules choses qui ont jamais vraiment intéressé le vieux gardien. À l'instar des moines tibétains, il évolue dans une absence totale de superflu, dormant sur une natte à même le sol et sa création actuelle monopolise son temps au point qu'il manque souvent à sas obligations professionnelles. Il fabrique dans son salon une représentation du mandala de Kalachakra en sable (lire extrait ci-dessous).

Et puis viennent les mensonges, d'abord ceux de Rose, sur sa mère, puis celui de Bastien, qui raconte avoir été embrigadé par son SS de frère. Pas au front, non, dans les bureaux. Il n'a accepté que parce que sa formation, avec des moins tibétains, lui permettrait de voyager dans ce pays qu'il affectionne tant.

Rose, historienne, tente alors de démêler le vrai du faux, afin de savoir ce qu'il en est réellement de ces brigades tibétaines.

 

Le style est là, rien n'est à lui reprocher de ce côté-là, fluide, recherché et élégant. L'intrigue aussi. On est pris dans le courant, entre Lyon, Berlin et Lhassa, entre ville européenne, théâtre d'atrocités nazies et terres asiatiques sacrées. On visite le Tibet en même temps que Rose, Bastien et leur nouveau compagnon de voyage, Tom, grâce aux descriptions de l'auteur dont la plume fait apparaître entre les lignes la beauté et la richesse des paysages, du peuple et de l'architecture. On se demande qui est vraiment ce gardien d'école mystérieux que rien ne touche, sinon la beauté et les traditions tibétaines, ce qu'il adviendra de ce voyage dont la motivation de Rose nous échappe, quels sont ces secrets, pourquoi ces mensonges, qui sont ces narrateurs dont le second semble répondre au premier et, enfin, à quelle vérité la recherche sur les brigades tibétaines mènera-t-elle Rose.

Pour cela, on ne lâche plus le livre. Mais à force d'invraisemblances, de mensonges et de tonnes d'informations historiques données en bloc à la fin par Rose (Le poids historique qui se déverse sur l'intrigue alourdit la lecture de ce court roman dont la puissance perd peu à peu en intensité), on se demande bien dans quoi on s'est fourré, s'il s'agit là d'un brouillon, d'une ébauche ou d'une réelle publication chez Zulma, éditeur pourtant sérieux.

 

La Montagne de minuit fait partie des quatre déceptions de la rentrée pour lire et l'express (lire critique).

 

 

Extrait des pages 38 à 41 (très long, je vous l'accorde, mais qui reflète très bien tout ce qu'on peut trouver remarquable dans ce livre : écriture, images, descriptions, mythes, etc.) :

 

C'est le nom d'un palais, dit-il, un grand palais de cinq étages où habite un roi merveilleux qui s'appelle Kalachakra. Tu peux le voir là, au centre du dernier étage, dans sa toute petite chambre carrée. Il est assis sur une fleur de lotus, il ne bouge jamais, il regarde autour de lui et il est content...

Jamais, jamais, jamais ? demande Paul. Il ne s'ennuie pas ?

Non. Il ne sait même pas ce que ça veut dire. Il habite là avec sa femme. Elle s'appelle Vishvamata, et elle porte une superbe robe jaune-orangé.

Et elle non plus, elle s'ennuie jamais ?

Pas plus que son mari ! Ils sont heureux, tu comprends, et quand on est heureux, on n'a plus envie de rien...

Même pas d'une Game Boy ?

Même pas. Le truc, c'est que la chambre où ils se trouvent est une chambre magique : elle rend heureux tous ceux qui réussissent à y pénétrer. Mais c'est très difficile de la trouver, parce que dans le palais il y a des centaines d'autres pièces. C'est comme un labyrinthe où l'on peut se perdre à tout moment..

Qu'est-ce qu'il y a dans les autres pièces ?

Dans une des pièces il y a des Game Boy, dans une autre il y a des bonbons de toutes les sortes, dans une autre il y a des robots électroniques, et ainsi de suite. Mais si tu t'arrêtes dans une des pièces, disons dans celle des Game Boy, tu te mets à jouer, et puis au bout d'un certain temps, voilà que tu commences à t'ennuyer... Alors tu passes dans la pièce des bonbons, et tu te mets à manger, à manger, jusqu'à t'en rendre malade. Comme c'est barbant, tu changes encore, tu passes dans la pièces des robots, et là aussi tu finis par te lasser. Ça n'arrête pas...

C'est où la chambre des Game Boy ?

C'est là, au premier étage, dit Bastien en lui montrant un motif dans la plus grande des enceintes carrées du mandala. Et à côté, la chambre des friandises. Ici, tu peux voir la chambre des robots, là celle des peluches, un peu plus loin celles des trains électriques... Il y a cinq cent trente-six chambres, bien plus que tu n'es capable d'en inventer.

Par où on rentre ?

Regarde, il y a quatre portes : celle du Sud, qui est gardée par des chevaux, celle de l'Ouest par des éléphants, celle du nord par des léopards des neiges, et celle de l'Est par des cochons...

Et il y a quoi au deuxième étage ?

Au deuxième étage, il y a encore cent seize chambres, et dans chacune d'entre elle une maman qui te raconte des histoires. La chambre des histoires de loups, celle des princesses, celle des ogres, celles des sorcières, tu n'as que l'embarras du choix. Mais si tu as réussi à venir jusque-là, c'est que tu es sur la bonne voix, et chacune de ces histoires te donnera une indication pour monter au troisième étage. Là, il n'y a que soixante-dix chambres décorées avec des miroirs. On y entend sonner des cloches et toutes sortes de musiques plus belles les unes que les autres. Dans chacune des chambres, il y a un maître ou une maîtresse d'école qui t'aide à devenir plus intelligent et à trouver l'escalier qui mène au quatrième étage.

  -  Et au quatrième ? Demande Rose, entrant soudain dans le jeu.

Bastien la regarda un instant, elle vit l'onde de désolation qui brouillait son regard :

-  Au quatrième, dit-il en fixant le mandala,cherchant ses mots, on est tout près du but. Il n'y a plus que seize chambres avec autant de piliers et de bassins en marbre noir. On doit plonger dans chacun d'entre eux, s'y laver pour de bon de toutes nos souillures.

S'avisant qu'il ne conversait plus qu'avec lui-même, Bastien s'excusa auprès de Paul et continua :

 - Ce qui veut dire qu'avant d'accéder à la chambre magique, il faut penser sérieusement à la Game Boy que tu as cassée ou perdue, laver les traces de chocolat autour de ta bouche, demander pardon à tes dents à cause des bonbons, à toutes les fourmis que tu as écrasées pour le seul plaisir de les voir se tortiller, au chat dont tu as tiré la queue, et comme ça pour toutes les chambres dans lesquelles tu as pénétré sans en sortir aussitôt. Et là, au bout d'un long moment, si tu as été sincère, un passage secret s'ouvre sans le moindre bruit et découvre un escalier de diamant : pour peu que tu aies le courage de t'y engager, il te mène pour toujours au cinquième étage et à la chambre de la félicité suprême.

-  Et sinon ? Demande petit Paul, l'air sérieux.

-  Pas de problème, mon grand : tu continues à te balader dans toutes les chambres du palais, ce qui après tout n'est pas si désagréable, non ? Mais tu n'aurais pas envie d'une grenadine, par hasard ?

Devant l'approbation vigoureuse de Paul, il les avait fait asseoir sur les coussins, à même le parquet, et s'était empressé de leur servir à boire.

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Amélie Nothomb, Une forme de vie, roman, 160 pages, Albin Michel, août 2010, 15,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Après l'apogée Acide Sulfurique (lire critique) en 2005, il y eut une rupture dans l'œuvre de l'écrivaine belge. Finis les chefs d'oeuvre tes Hygiène de l'assassin, Mercure ou Stupeur et tremblements. Place au moins bon (excepté Ni d'Eve, ni d'Adam qui renouait avec la qualité de sa veine autobiographique), place aux romans à la plume toujours simple mais élégante, acérée et remarquable entre mille, aux intrigues plus ou moins mémorables mais, surtout, à des fins à nous ôter tout le plaisir pris depuis le début du roman (appelons-les aussi absence de fins, même si l'auteure se défendait pour Journal d'Hirondelle qu'il « n'aurait pu supporter un mot de plus »).

En cette rentrée, Une forme de vie semble renverser à nouveau la tendance. Avant même de le commencer, je prends le pari qu'il figurera au moins dans les premières listes de certains prix littéraires.

 

nothomb-copie-1.jpg« Chère Amélie Nothomb,

Je suis soldat de 2e classe dans l'armée américaine, mon nom est Melvin Mapple, vous pouvez m'appeler Mel. Je suis posté à Bagdad   depuis le début de cette fichue guerre, il y a plus de six ans. Je vous écris parce que je souffre comme un chien. J'ai besoin d'un peu de compréhension et vous, vous me comprendrez, je le sais.

Répondez-moi. J'espère vous lire bientôt.

Melvin Mapple

Bagdad, le 18/12/2008 »

 

Je crus d'abord à un cannular [...] s'il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un soldat américain vivant de l'intérieur cette guerre depuis le début souffre « comme un chien », il «était hallucinant qu'il me l'écrive à moi. [...] Savait-il qui j'étais ? À part l'adresse de mon éditeur correctement libellée sur l'enveloppe, rien ne le prouvait. [...] Comment pouvait-il savoir que, moi, je le comprendrais ? [...] D'autre part, avais-je envie de ses confidences ? Tant de gens m'écrivent déjà leurs peines en long et en large. Ma capacité à supporter la douleur d'autrui était au bord de la rupture. [...] Ne pas répondre du tout m'eut paru un rien salaud. Je trouvai une solution médiane : je dédicaçai au soldat mes livres traduits en anglais, je les empaquetai et les lui postai. Ainsi, il me sembla avoir fait un geste pour le sous-fifre de l'armée américaine et j'eus ma conscience pour moi.

 

Voilà le point de départ du nouveau Nothomb, tant attendu comme chaque année. Avouez qu'il y a de quoi se réjouir : comme trop souvent dans la littérature française, elle s'apprête à parler de la guerre, mais pas de la Seconde ! Et sous un angle différent, puisqu'il s'agira de la correspondance entre la romancière et ce soldat américain qu'on apprendra à connaître en même temps qu'elle.

Cette dernière reste dans son domaine de prédilection : la veine romanesque un brin déjantée (si, si, vous verrez !), mais cette fois-ci teintée d'un de ses passe-temps : ses relations épistolaires avec ses lecteurs. Si l'on savait déjà qu'elle est une des rares (la seule ?) à répondre à quasiment tout son courrier, ce n'est que dans son dix-neuvième livre qu'il nous est donné le droit de découvrir la correspondance avec l'un d'eux (réelle correspondance ou pure fiction ?), tout en lisant les réactions, les joies, les doutes, les appréhensions d'Amélie Nothomb à chaque nouvelle lettre, dont la puissance s'accroit toujours, jusqu'à la limite du supportable.

 

On se réjouit de ce statut de voyeur et on est surpris par quelques déclarations répondant à certaines missives reçues par l'auteure où elle explique ce qui la fascine ou au contraire l'exaspère dans la multitude de courrier qui lui est chaque jour destinée. Il est troublant de lire des phrases sonnant comme un règlement de compte : « Avoir du répondant n'est pas donné à tout le monde, certes ; mais il n'empêche que cela s'apprend et que beaucoup de gens y gagneraient », « Combien de fois ai-je demandé à des correspondants sympathiques mais diserts de ne pas m'envoyer plus d'une page recto-verso ? Après deux ou trois courriers où gentiment ils respectaient mon souhait, inexorablement revenait l'ajout, d'abord d'une simple carte postale, ensuite d'un feuillet supplémentaire, enfin les bonnes vieilles tartines beurrées qui étaient leur habitude et qui une enveloppe en désolant sachet pique-nique. »

On oublie vite le dérangement causé par des révélations auxquelles on ne s'attendaient pas et on continue de suivre l'échange de l'improbable couple Nothomb-Mapple, de plus en plus perturbant entrecoupé de réflexions sur l'écriture, la lecture, les États-Unis, Obama, la guerre en Irak où sévit une maladie dont on ne parle que trop peu, les artistes ou encore la vie bruxelloise.

 

Amélie Nothomb nous embarque avec elle dans cette folle aventure qui nous fait craindre le pire : les péripéties sont telles qu'on ne s'attendait pas à un revirement aussi fulgurant et, à deux pages de la fin, on ne peut s'empêcher de prier pour lire un dénouement digne de ce nom. Il ne restait que deux pages écrites en gros caractères et toujours pas l'ombre d'une réponse aux questions soulevées par le revirement des aventures Nothomb-Mapple. Je cachai alors la page avec une feuille volante et la descendait ligne par ligne pour ne pas succomber à la tentation de lire les dernières lignes.

Et je fus soulagé. Soulagé de lire une fin. Soulagé de lire cette fin-là. Et soulagé d'avoir fini un nouveau bon Nothomb qui méritera amplement son succès.

 

« Je vais écrire une chose grave et vraie : je suis cet être poreux à qui les gens font jouer un rôle écrasant dans leur vie. » Amélie Nothomb

 

 

 

Lisez son entretien avec François Busnel, directeur de la publication de Lire et présentateur de La Grande Librairie.

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