Kylie Minogue en déesse de l'amour...

Publié le par Sébastien Almira

Kylie Minogue, Aphrodite, 12 titres, Emi, juillet 2010, 15,99 € ***

 

Kylie-Minogue-Aphrodite.jpgIcône phare des années 80, Kylie est alors une véritable machine à tubes (I should be so lucky, The loco-motion, Je ne sais pas pourquoi, It's no secret, Got to be certain, Turn it into love [rien que sur son premier album !], Espacelly for you [un million d'exemplaires !], Better the devil you know, etc). La décennie suivante, elle perd son statut de princesse de la pop et enchaîne les flops. Si ses deux premiers albums se vendent à respectivement plus de six et trois millions d'exemplaires, le troisième dépasse à peine le million dans le monde entier et les suivants ne passent même pas la barre des 500 000. Pourtant, elle propose des titres comme Confide in me, Cowboy Style ou encore Put yourself in my place.

Il faut attendre le passage à l'an 2000 et le single Spinning around pour que Kylie Minogue se refasse un nom, abandonnant « Minogue » au profit d'un seul prénom, à la Madonna. L'album Light Years est une réussite et sa carrière est relancée. 2001 s'inscrit dans la continuité avec le tube planétaire Can't get you out of my head. L'album Fever atteint les chiffres du premier album ! Kylie a trouvé son nouveau crédo : puisque la dance et l'electro lui ont réouvert les portes de la gloire, elle en devient une des meilleures représentantes.

L'album Body Language dans lequel elle rend hommage à Brigitte Bardot est plus doux, ainsi que son succès, et ne comporte pas vraiment de tubes. X renverse la tendance et le public en 2007 avec une flopée de mélodies entrainantes (Two hearts, In my arms, Wow) et des collaborations de prestige (Scissor Sisters, Calvin Harris).

 

kylieaphrodite.jpgDu haut de son mètre cinquante-deux et de ses tournées pharaonniques, voilà qu'elle nous revient avec son onzième album studio, Aphrodite, disponible depuis le 5 juillet dans lequel elle se proclame déesse de l'amour.

Au programme, douze tubes pour passer l'été au chaud où que vous soyez ! Kylie vous entoure de ses mélodies accrocheuses, vous étreint de ses sons electro efficaces et vous caresse de sa voix de velour. Le premier extrait, All the lovers, peut paraître empreint de légèreté voire carrément guimauve, comme le reste des textes qui touchent quasiment toujours à l'amour, mais l'ensemble est à la hauteur de ce qu'on peut attendre de la diva (talons aiguilles compris). Un Fever restera néanmoins meilleur. Un subtil mélange des derniers albums aux sonorités electro et des premiers, plus pop, nous balance entre deux époques sans savoir d'où sort ce petit bout de femme capable de nous faire danser sur une piste de danse et dans la rue. Petit coup de chapeau aux tubes All the lovers, Get outta my way, Put your hands up, Aphrodite et au magnifique Closer.

Préparez-vous à une vague de fraicheur qui vous enivrera tout l'été !

 

 

Regardez sa prestation sur All the lovers avec les Scissor Sisters !

 

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Avis de tempête (calme) : Rentrée littéraire septembre 2010

Publié le par Sébastien Almira

 

Avec plus de sept-cent romans en cette rentrée, l'actualité littéraire s'annonce plus que chargée. Si les premiers romans avaient une grande importance l'an dernier, cette fois les éditeurs ont préféré miser sur des auteurs connus et/ou reconnus afin de relancer des ventes qui s'affaissent lentement, presque l'air de rien.

 


Plus de Français, plus de poids lourds

                 Production totale          romans français          romans étrangers          premiers romans

2010                               701                               497                                204                                 85

2009                              659                               430                                229                                 87


rentree1.jpgQuarante-deux romans supplémentaires par rapport à septembre 2009.  A qui profite le crime ? Aux Français bien sûr ! Les premiers romans sont légèrement en baisse, les romans étrangers plus largement (-25) et les romans français se taillent la part du lion avec 67 romans de plus.

Du côté français, les éditeurs ont sorti l'artillerie lourde. Si certaines petites maisons (Les Allusifs, Au Diable Vauvert, Blanche, Jacqueline Chambon, Cambourakis, Le Dilettante, Philippe Rey, Liana Levi et Moisson Rouge) ont pris le parti de ne publier que des premiers romans, les grosses structures ont pris cellui de ne prendre aucun risque en jouant la carte de la sobriété et de l'assurance.

Côté français sont attendus Amélie Nothomb (Une forme de vie, Albin Michel), Michel Houellebecq (La carte et le territoire, Flammarion), Philippe Claudel (L'enquête, Stock), Jean d'Ormesson (C'est une chose étrange à la fin que le Monde, Robert Laffont), Laurent Gaudé (Ouragan, Actes Sud), Marc Dugain (L'insomnie des étoiles, Gallimard), Virginie Despentes (Apocalypse bébé, Grasset) et Olivier Adam (Un coeur irrégulier, L'Olivier). Certains succès seront à confirmer, comme pour Claudie Gallay, plus de 300 000 exemplaires des Déferlantes (L'amour est une île, Actes Sud), Mathias Enard, Prix Inter pour Zone (Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, Actes Sud), Jean-Marie Blas de Roblès, Prix Médicis pour Là où les tigres sont chez eux (La montagne de minuit, Zulma) et Jean-Baptiste Del Amo, Goncourt du premier roman avec Une éducation libertine (Le sel, Gallimard).

Côté étranger, Philip Roth (Indignation, Gallimard), Jim Harrison (Les jeux de la nuit, Flammarion), Monica Ali (En cuisine, Belfond), Kate O'Riordan et Hanif Kureishi seront de nouveau mis en avant, aux côtés d'Amitav Gosh, Anita Nair, Don DeLillo (Oméga, Actes Sud), Barbara Kingsolver, Elif Shafak (auteure de La bâtarde d'Istambul), J. M. Coetzee et Joyce Carol Oates. À noter le retour de Salman Rushdie avec Luka et le feu de la vie chez Plon, Paolo Coelho avec Brida chez Flammarion et après cinq ans d'absence depuis Lunar Park, celui de Bret Easton Ellis, l'enfant terrible des États-Unis, avec Suites impériales chez Robert Laffont.

 


Sujet de prédilection contre attentat sexuel

Deux grandes problématiques seront à l'honneur cette année. Pas de surprise pour la Seconde Guerre mondiale que Grasset met particulièrement à l'honneur en publiant cinq romans qui y touchent, soit près de la moitié de leur production automnale ! On retrouvera Antoine Sénanque, Marc Dugain (qui n'écrit toujours pas sur autre chose...), Elie Wiesel, Mathilde Tournier, Laurent Cohen entre autres. La surprise réside donc ailleurs : nombre de romans auront en effet une dimension « sombre, souvent social(e) », jusque-là pas de grande révolution, mais ceux-ci seront souvent « éclairé(s) par un imaginaire fortement sexué » (Livres Hebdo). Là, nous auront affaire à Virginie Despentes, Eric Jourdan, Jacques Abeille, Maria Luna Vera, Vincent Bernière, Robert Alexis, Karine Tuil ou encore Xavier Deutsch.

 


Les huit plus gros tirages

rentree2.jpg220 000 Amélie Nothomb, Une forme de vie, Albin Michel

Encore plus haut cette fois pour la reine de la rentrée dont les premiers tirages « plafonnaient » jusque-là à 200 000 !

150 000 Ken Follet, La chute des géants, Robert Laffont

Premier volume d'une nouvelle trilogie historique, à paraître en octobre.

120 000 Michel Houellebecq, La carte et le territoire, Flammarion

Qui repasse chez Flammarion après un transfert médiatique, critiqué et inutile chez Fayard en 2005.


100 000 Philippe Claudel, L'enquête, Stock

100 000 Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le Monde, Robert Laffont

100 000 Paola Coelho, Brida, Flammarion

85 000 Laurent Gaudé, Ouragan, Actes Sud

70 000 Claudie Gallay, L'amour est une île, Actes Sud


 

Bingo pour Flammarion, Actes Sud et Robert Laffont qui placent deux de leur nouveautés dans les plus gros tirages. Ils devront néanmoins faire attention aux premiers romans et sorties décalées de Gallimard et à la stratégie Albin Michel qui espace ses grosses sorties d'un mois afin de figurer dans les meilleures ventes jusqu'à la fin de l'année (Amélie Nothomb pour lancer la rentrée, les polars de Jean-Christophe Grangé, Patricia Cornwell, Patricia MacDonald, Mary Higgins Clarck qui prennent le relais laissant la place au terroir de Christian Signol en octobre, à la philosophie romancée d'Eric-Emmanuel Schmitt et à la fantaisie de Bernard Werber en novembre).

Gageons que les ventes de cette rentrée seront supérieures à celle de 2009. Pour faire le poids, beaucoup de grands auteurs et de bons vendeurs et quinze livres dépassant un premier tirage de 50 000 exemplaires contre dix l'an dernier.

 


Quelques livres à lire et à chroniquer

Amélie Nothomb, Une forme de vie, Albin Michel

Laurent Gaudé, Ouragan, Actes Sud

Jean-Marie Blas de Roblès, La montagne de minuit, Zulma

Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, Actes Sud

Bernard Quiniry, Les assoifées, Seuil

Jean-Baptiste Del Amo, Le sel, Gallimard

Siddhart Dhavant Shanghvi, Les derniers flamants de Bombay, Editions des deux terres

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Littérature ado : Uglies de Scott Westerfeld **

Publié le par Sébastien Almira

uglies.jpgUglies, tome 1, Grand Prix de l'imaginaire 2008, mai 2007, 420 pages, 13,50 €

Pretties, tome 2, novembre 2007, 380 pages, 13,50 €

Specials, tome 3, février 2008, 380 pages, 13,50 €

Extras, tome 4, août 2008, 420 pages, 13,50 €

(disponibles chez Pocket Jeunesse)

 

 

 

pretties.jpgCommencée il y a plus d'un an, cette saga en dents de scie trouve enfin une place sur le blog Culturez-Vous. Traduite de l'anglais, on ne saura, à moins d'être anglais ou bilingue, s'il faut blâmer l'auteur ou le traducteur du style sans prétention et sans fioriture, mais sans éclat et sans qualité, qui nous est offert de lire.

« Elle soupira, face à l'obscurité. Zane et Fausto devraient déjà se diriger vers les ruines en s'imaginant qu'elle les suivait. Comment avait-elle pu laisser échapper cette occasion ? La ville réussissait une fois de plus à la récupérer. Était-elle semblable à Péris, au fond d'elle-même ? » (passage choisi au hasard, page 244 du tome 2)

Le niveau est, comme trop souvent en littérature ado, tout juste normal, si ce n'est pire. Il est dommage de constater qu'à un âge où on peut être rebuté par la lecture à vie, on propose aux adolescents une majorité de livres mal écrits, alors que de bons livres pourraient donner envie à toute une génération. Cela dit, ce sont bien Anne Robillard et Stéphanie Meyer qui squattent le top des ventes...


 

specials.jpgL'histoire, elle, rehausse le tout. Comme tout roman d'anticipation pour ados, un groupe de jeunes gens enfermés dans un lieu (clos) ou un système (totalitaire) essaie de comprendre le pourquoi du comment et de changer les choses.

Dans le monde de Scott Westerfeld, le culte de la beauté est à son paroxysme. À seize ans, les uglies doivent se faire opérer. De leur statut de moche (nous, en fait), ils passent à celui de pretty. Plus rien ne peut alors leur être reproché physiquement : ils se ressemblent tous, extrêmement beaux. Mais identiques. L'opération pourrait s'arrêter là, mais en plus d'une unification physique, chacun se voit affublé d'un cerveau supérieurement intelligent aux uglies mais incapable de toute réflexion critique sur la société qui les entoure. Ils ne se rendent bien entendu pas compte de leur lavage de cerveau, c'est pourquoi c'est avant l'opération qu'il convient de réagir et de fuir vers les ruines afin de rejoindre le groupe des rebelles.

Les bases sont posées, l'auteur peut donc nous balader dans toutes les castes de la société puisque, comme l'indiquent les quatre titres, Tally Youngblood, l'héroïne, sera tour à tour uglie, pretty, special et enfin extra.


 

extras.jpgSi le premier tome, entre la rencontre avec Shay qui lui apprendra la vérité sur l'opération, la fuite vers les ruines, la peur de tout perdre, l'attrait pour la paradisiaque New Pretty Town et la lutte pour l'environnement omniprésente grâce aux rebelles, et le deuxième où Tally devient finalement pretty sans pour autant oublier son combat et la révolution qu'elle entend bien mener, tiennent complètement la route, devenant même impossibles à refermer, les deux suivants perdent rapidement en attrait, en vitesse, en qualité et en saveur. La saga ne continue que pour vendre plus, s'essouffle et lasse. Dommage pour un aussi bon début.

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Arthur Dreyfus, La synthèse du camphre, roman, 240 pages, Gallimard, mars 2010, 21 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Depuis quelques années, il me semble que la célèbre maison Gallimard prend plus de risques en défendant de jeunes auteurs prometteurs, mais dérangeants. Habitué à un certain puritanisme de leur part, je suis étonné de voir en haut de l'affiche en pleine rentrée littéraire des romans aux allures très homosexuelles et loin de l'idéal Gallimard qu'incarnent Ernaux, Modiano ou encore Fottorino, de la littérature blanche, de la littérature vide, qui ne fait ni rêver, ni rire, ni réfléchir. Car avec Jean-Baptiste Del Amo,Une éducation libertine, Tristan Garcia, La meilleure part des hommes (d'autres me passent sous le nez, je ne lis pas tout Gallimard), on est loin de ce qui plait à la ménagère de cinquante ans qui se régale d'un élégant hérisson et des perturbations vaginales d'Annie Ernaux. Ici, la plume est parfaitement maîtrisée, comme Gallimard sait la choisir, mais le propos est cru et dérangeant, voire choquant. La ligne éditoriale de l'illustre maison s'étoffe et laisse plus de place aux jeunes auteurs et aux nouveaux horizons. Comme avec La synthèse du camphre d'Arthur Dreyfus.

 


Dreyfus-Arthur.jpgDu haut de ses vingt-quatre ans, ce dernier a plusieurs réalisations (Un film sans disponible sur DaylyMotion, diffusé sur TPS Star), deux émission de radio sur France Inter (La période bleue et Chantons sous la pluie) et plusieurs collaborations journalistiques (Technikart et Positif) à son actif. Refusé chez Grasset, accepté chez Gallimard et Buchet-Chastel (mais à condition de changements dans le texte pour le deuxième), il est remarqué par Jean-Marie Laclavetine (le même qui s'était intéressé deux ans plus tôt à Jean-Baptiste Del Amo). Son premier roman (pure fiction ou roman autobiographique ?) arrive alors en librairie en mars avec la lourde tâche de se faire remarquer. Quelques bons papiers voient le jour (dont un de Bertrand Delanoë, qui raconte presque tout l'histoire sur son site...) mais ne suffisent, comme souvent, pas pour un premier roman. Le mien n'arrangera pas les choses, mais je me dois de vous parler de ce roman qui mérite un plus grand succès.

 

Assez tergiversé, que je vous parle enfin du livre, des deux histoires, des deux narrations qui s'entrechoquent.

Celle d'abord de Félix et de son frère Victor. Il est en école d'ingénieur, passionné de chimie. Mais la guerre, la Seconde. Alors, les études, il y reviendra peut-être mais, en attendant, c'est la dans la Résistance qu'il met toutes ses forces.

Et celle d'Ernest. Ernest qui tombe amoureux de Chris, garçon de quinze ans qu'il n'a jamais vu,, rencontré sur internet  et dont l'océan Atlantique le sépare. Mais à quinze ans, on croit à tout, même à l'impossible. Et à quinze ans, on ne sait pas ce que la vie nous réserve.

 

Dreyfus.pngMalgré ce que j'ai pu lire, on découvre assez vite les liens qui unissent les deux histoires et les différents protagonistes, mais la toile se tisse petit à petit, jusqu'à ce que tous les secrets soient mis à nu. Jusqu'au dernier, inattendu, déstabilisant, pétrifiant.

Tout l'art du jeune premier réside en ce suspense qu'il maintient jusque dans les dernières pages, nous laissant croire que tout est fini, que tout va bien, servi par un style étonnant et riche malgré des premières pages en dents de scie, avec d'improbables constructions et expressions ("ses cheveux ressemblent à des poils de radis noirs trempés dans l'huile de tournesol, mais peignés soigneusement"), des premières pages qui laissaient entrevoir un jeune auteur désireux de se donner un genre pour qu'on loue sa maturité d'écriture. Mais l'exercice de style s'estompe et l'écriture devient naturelle et maîtrisée.


L'idée de mêler la Seconde guerre mondiale avec une rencontre gay sur internet peut paraître déstabilisante, voire grossière, mais ne vous fiez pas aux apparences car derrière cette façade se cache un premier roman fort réussi, lourd de sens et de réflexion.

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Adèle Blanc-Sec *** / Alice au pays des merveilles *** / Kick Ass ****

Publié le par Sébastien Almira

Enfin une nouvelle leçon de cinéma, après huit mois d'absence ! Et quatorze films vus au cinéma...

Bien entendu, je ne parlerai aujourd'hui pas de tous, pas non plus des plus anciens, plus d'actualité (j'en aurais le temps lors de leur sortie en DVD). Alors penchons-nous sur les derniers vus : aujourd'hui Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Alice au Pays des Merveilles et Kick Ass, tout en action, tout en fantastique (ou presque).

 

 

adele.jpgLes aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, de Luc Besson, 1h47 ***

Neuf ans après le magnifique Angel-A, Luc besson revient à la réalisation de films purs et durs. Pour son grand retour, il a pioché dans l'oeuvre de Tardi et en a fait un mélange explosif d'aventures, de fantastique, d'humour et d'histoire. Adèle Blanc-Sec, interprétée par la divine Louise Bourgoin (n'en déplaise aux détracteurs du film, je la trouve trés convaincante dans le rôle) est journaliste. Elle voyage beaucoup et couche ses périples dans tout autant de best-sellers. Cette fois-ci, en 1912, elle se rend en Egypte pour y ramener la momie d'un médecin qui sera capable de ramener sa soeur à la vie. Mais au même moment, à Paris, un oeuf de ptérodactyle vieux de 136 millions d'années éclot et l'oiseau sème la zizanie dans le ciel, la police et la politique parisiens.

On aura tout dit dans la presse sur ce film, du bon, du très bon, comme du mavais et du très mauvais. Je me passerai de répéter la bave crachée sur Luc Besson par certains. J'ai trouvé ce film très bien réalisé, les images du cinéaste sont toujours d'une exquise beauté, comme ses jeux de caméra. Les dialogues et le personnage d'Adèle font sans cesse mouche. Et même si je suis sceptique quant à l'apparition de ce dinosaure vieux de 136 millions d'années, j'ai passé un très bon moment en compagnie d'une Indiana Jones féminine, française et convaincante.

 

alice.jpgAlice au Pays des Merveilles, de Tim Burton, 1h49 ***

Tout le monde connait l'histoire d'Alice. Ici, l'histoire, c'est qu'Alice revient au Pays des Merveilles. En effet, alors qu'on la demande en mariage devant un par terre de dizaines d'invités, elle suit un lapin blanc qui lui parait familier et... Les effets spéciaux, très bien maîtrisés, commencent. Alice doit aider la reine Blanche (Anne Hataway) à battre la Reine de Coeur (Helena Bonham Carter).

La commande de Disney à Tim Burton empêche le farfelu génie du cinéma d'inventer une oeuvre magique, noire, éblouissante toutefois, merveilleuse et terrifiante comme il sait le faire. On se retrouve à mi-chemin entre Disney et Burton. Le résultat n'est pas décevant mais ne tient pas non plus lieu de merveille. A la hauteur de la commande, à la hauteur d'un film Disney, mais en-dessous d'un grand Tim Burton. A noter le nouveau rôle fou de Johnny Depp en chapelier... fou ! Divertissant, haut en couleur, à voir tout de même !

 

kick-ass.jpgKick-Ass, de Matthew Vaughn, 1h57 ****

Et troisième film pour aujourd'hui, le dernier, le meilleur. Il est difficile de rester de marbre et distant en parlant de Kick-Ass. Dave Lizewski est un ado des plus normaux gavé de comics. Il ne comprend pas pourquoi, dans une société où tout le monde adore les super-héros, personne n'a encore essayé d'en être. Pourquoi tout le monde regarde des Batman, des Spider Man et des Iron Man sauver des innocents, mais personne ne fait rien ? Dave, lui, décide d'agir, il achète son costume et entreprend de jouer au super-héros. Le problème, c'est qu'il n'a aucun super pouvoir.

Kick-Ass se moque des films habituels, aux grosses ficelles hollywoodiennes, bourrés aux amphétamines, et dont le succés au box-office est systématiquement garanti. Kick-Ass botte le cul aux méchants sans se soucier de la morale et de la violence des images. Et alors ? Kick-Ass est un film au torse bombé, à la force époustouflante, aux effets spéciaux sensationnels, aux bagarres ébouissantes et à l'humour ravageur. Kick-Ass est un monument qui écrase tout sur son passage, alors ruez-vous sur lui en salles obscures !

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Littérature ado : Méto de Yves Grevet *****

Publié le par Sébastien Almira

Méto, La Maison (Tome 1), 240 pages, Syros, avril 2008, 14,90 €
Méto, L'île (Tome 2), 250 pages, Syros, mars 2009, 14,90 €
Méto, Le Monde (Tome 3), 370 pages, Syros, mars 2010, 15,90 €



Bordeaux, le 22 mai 2010


Cher Yves Grevet,

                                       
Avant de commencer à proprement parler, je dois revenir sur mon adolescence. Promis, ce ne sera pas long !
Je baigne dans les livres depuis mon plus jeune âge mais à la différence d'une Amélie Nothomb qui avait lu tous les classiques à onze ans, je me suis longtemps cantonné aux albums jeunesse, aux BD d'Astérix et aux albums de Tom-Tom et Nana. Au collège j'ai rapidement laissé tomber la littérature ado (Le destin de Linus Hoppe d'Anne-Laure Bondoux chez Bayard Jeunesse et les quatre tomes de Mon prof est un extraterrestre de Bruce Coville chez Pocket, oui, oui, c'est tout... Mais ils étaient très bons !) pour me tourner enfin vers la « vraie littérature », celle des « grands », en commençant par Nothomb mais aussi, malheureusement, par Lévy et Musso. Personne n'est parfait. Pour ma défense, je me suis rattrapé depuis.
Pénétrant toujours plus le monde des livres, je passe deux ans en IUT Librairie-Édition pour devenir libraire. En première année, je dois expliquer le choix de cinquante livres pour un fonds idéal de littérature ado. Je commence à m'y intéresser. Suivant les conseils de Magali, responsable BD/Manga au Virgin Gambetta de Bordeaux et véritable dévoreuse de romans ados, je me découvre une passion pour le genre, débuté il y a bien longtemps avec Linus Hoppe, le roman d'anticipation et/ou de sciences-fiction, mais quasi exclusivement en littérature pour adolescents.
Voilà comment j'en suis arrivé à lire Méto. Je peux donc commencer.

                                       
J'ai accroché dès le début, bien entendu. Impossible de ne pas se laisser embarquer par l'histoire, de ne pas se laisser amadouer par Méto et la bande d'enfants enfermés dans la Maison, surveillés par les César. À la Maison, sous la coupe du mystérieux Jove, la sécurité et l'obéissance sont toutes deux déclinées en diverses règles sacrées, ceux se risquant à les enfreindre étant directement enfermés au Frigo à moins d'avoir à supporter une claque tournante...
Très vite, on se demande où sont cloîtrés les soixante-quatre enfants, qui se cache derrière cet horrible manège, pourquoi les enfants disparaissent lorsqu'ils grandissent trop, pourquoi leurs professeurs ont peur de parler et semblent tous atteints du même handicap, à quoi riment les cours, activités sportives, repas et traitements en tout genre imposés à la Maison.
À la fin du premier tome, les réponses obtenues nous assènent bien d'autres questions. Le voile se lève progressivement à mesure que l'on découvre d'autres personnages, d'autres recoins de l'île1, entre haine et amitié, amour et trahison, feintes et alliés clandestins, aventure et réflexion. Mais le suspense reste entier.

                                       
À force de rebondissements en tout genre et d'une histoire passionnante, vous tenez en haleine enfants de dix ans et adultes supposés être plus sérieux, tout en sensibilisant les plus jeunes (et même les plus âgés) à la sauvegarde de l'environnement, la lutte contre les discriminations et la solidarité.
Vous avancez une trilogie haute en couleurs, en personnages et en retournements de situation que l'on ne peut décemment pas lâcher. Méto a besoin de nous pour poursuivre sa quête de la vérité et ses projets, comme nous avons besoin de lui pour ensoleiller nos journées. Méto nous manque une fois le livre fermé pour aller bosser, pour préparer le dîner, pour dormir. Méto nous manque tout le temps ; on l'emmène partout, en cours, au boulot, à la Poste (absolument nécessaire, un livre, à la Poste !), à la plage, etc. Méto nous devient, au fil de l'histoire, indispensable. Comme, à l'époque, Harry Potter. S'il avait d'ailleurs été publié chez un autre éditeur, plus gros, plus riche, Méto aurait, en plus du bouche à oreilles et de l'engouement de certains libraires, bénéficié d'une publicité plus importante et aurait été victime d'un succès à la hauteur de ses ambitions et de ses capacités.


Méto est une trilogie « époustouflante »2, Méto est un exploit, une merveille, une découverte éblouissante. Et Méto n'est pas finie.
Pitié, Yves Grevet, je vous implore au nom de tous ! Poursuivez l'aventure ! Aidez Méto à changer le Monde, aidez les enfants à lire encore, aidez-nous en nous offrant encore plus de plaisir


 

Sébastien Almira 




Merci à Aude et Charlotte pour m'avoir offert les trois tomes pour mes anniversaires !

 

1 « î » ou « Î » ? Car, si les premier et dernier tomes bénéficient tout au long du titre de capitales, le second doit se contenter de minuscules. Les maquettistes de Syros ne sauraient-ils pas comment agrémenter leurs majuscules d'accent ?

2 Pour une fois, la quatrième de couverture n'a pas menti !

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Pierre Chavagné, Auteur Academy, roman, 350 pages, Grasset, janvier 2010, 19,50 € *

Publié le par Sébastien Almira

 

chavagne1.jpg« 13 PETITS NEGRES » : le bandeau est accrocheur. Le synopsis aussi : treize auteurs en herbe sont enfermés dans l'ancien monastère d'une île grecque transformé en loft, avec chambres espacées les unes des autres (pour un travail d'écriture plus sérieux), confessionnal (pour parler sur le dos des autres), plateau (pour passer à la télé) et caméras à gogo (pour le plaisir du public). À la fin, il n'en restera qu'un, qui touchera un à-valoir de 150 000 euros et verra publier son premier roman dans une grande maison parisienne.

 

 

On ne s'attend certes pas à de la grande littérature, mais à passer un agréable moment. On se demande comment évoluera le conflit entre littérature et télévision, entre culture et vulgarisation. On s'attend à de l'humour, du cynisme, de l'ambition, de l'aventure (en tout genre), de l'amour des mots, de la compétition, de la littérature, et même à un bon roman dans un bon roman.

 

 

Finalement, ni nos idées, ni la quatrième de couverture, ni l'auteur (qui pourtant laissait croire en nos espoirs dans son avant-propos) ne tiennent leurs promesses. À peine le premier chapitre entamé, on regrette presque les vingt euros dépensés. Après quatre-vingt autres, il n'y a pas d'échappatoire : on s'est fait roulé.

 

 

Le style n'est ni décevant, ni convaincant, l'histoire ne prend pas d'ampleur, ni de caractère et on se lasse vite de tourner les pages d'un premier roman plus ennuyeux qu'intéressant, plus lourd que critique et dont les protagonistes (qu'ils soient réels ou non) sont plus creux que charismatiques.

On s'ennuie. Il n'y a rien à faire, on s'ennuie ferme.

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Daniel Glattauer, Quand souffle le vent du nord, roman épistolaire, 340 pages, Grasset, mars 2010, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Roman traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret.

Gut Gegen Nordwind, publié par Deutick en 2006.

 

 

Glattauer webLorsque je l'ai vu envahir le panneau "nouveautés" habituellement consacré aux évènements littéraires au Virgin de Bordeaux, je me suis demandé d'où sortait ce roman bleu traduit de l'allemand, laissant apparaître une jeune femme en culotte et débardeur assise sur un lit encore défait. Daniel Glattauer ? Connaissais pas. Quand souffle le vent du nord ? Jamais entendu parler. Cette couverture ? Jamais vue. Etrange pour un livre aussi bien mis en avant.

Puis la semaine dernière j'ai lu, comme toujours, avec retard, le dernier Lire et le début de l'extrait proposé (les premières pages du roman). J'ai été conquis et quelques heures avant mon départ pour Londres, je suis retourné à Virgin pour l'acheter.

J'avoue avoir eu peur de tomber sur une nouvelle Pancol. Je ne voulais pas réitérer ma perte de temps adolescente passée à lire du Musso et du Lévy (entre autres, je vous rassure ; si le reste peut effacer ces deux-là...). Je l'ai lu et je confirme : Glattauer est tout de même d'une autre trempe.

 

L'histoire ? Assez simple : une certaine E. Rothner se trompe d'adresse mail en voulant résilier son abonnement au magazine Like. C'est alors qu'avec une parfaite innocence commencent les liaisons dangereuses du net. Si Jacqueline Harpman, avec Le passage des éphémères, avait déjà réinventé l'oeuvre par le mail (en beaucoup moins bien), là n'est pas le but de l'écrivain allemand. Ici pas d'échange de partenaires, pas de tactique désabusée pour corrompre l'autre, seulement une amitié naissante dont les contours deviennent flous peu à peu et dont les règles changent chaque jour.

Emmi file le parfait amour avec Bernhard (et les enfants, la maison, le chat qui vont avec) tandis que Léo, professeur et spécialiste du langage, comprend que Marlene ne répondra pas à ses mails lorsqu'il reçoit, plein d'espoir, un message de résiliation au magazine Like.

"Elle s'appelait Marlene. Il y a trois mois, j'aurais écrit : elle s'appelle Marlene. A présent, elle s'appelait. Après cinq ans de présent sans futur, j'ai enfin trouvé l'imparfait."

 

Ensemble, ils sortent du cadre, tissent une vie imaginaire sur la toile et nourissent une relation exclusive qui prend de plus en plus d'ampleur dans leur vie. Très vite, ils ne peuvent plus se passer l'un de l'autre, se jetant sur leur ordinateur une fois la porte franchie, attendant fièvreusement une réponse de l'autre comme un drogué sa marchandise. Sans presque rien savoir de l'autre, leur échange de mails est devenu un moyen de survivre dans un univers qui, même semblant parfait, n'est fait que de faux-semblants.

"Chère Emmi, avez-vous remarqué que nous ne savons absolument rien l'un de l'autre ? Nous créons des personnages virtuels, imaginaires, nous dessinons de l'autre des portraits-robots, illusoires. Nous posons des questions dont le charme est de ne pas obtenir de réponses. Oui, nous nous amusons à éveiller la curiosité de l'autre, et à l'attiser en refusant de la satisfaire."

 

9782246765011.jpgTout en douceur et tout en violence, en toute logique et contre toute attente, les mois passent et les liens, qui se défont par moment, ne se refont que plus solidement. Avec un humour savamment distillé, Daniel Glattauer, dont c'est le premier roman traduit en français, parvient à créer deux personnages que tout oppose : Emmi la redoutable, la sanguinaire, la classe incarnée ; Léo, au charme désabusé, à l'humour incertain. On se laisse avoir par l'auteur, par les protagonistes, si attachants, et par le plaisir de tomber dans la légèreté sans sombrer dans la médiocrité, ni même dans la facilité (pourtant très facile avec le roman sentimental, comme en témoignent les stars du genre).

Quant à savoir si les deux tourteraux virtuels se rencontreront ailleurs que dans ce bar bondé où ils n'avaient que le droit d'essayer de se reconnaître, si cette meilleure amie qu'Emmi pousse dans bras de SON LEO n'attisera pas sa jalousie, si ce mari dont elle ne partage plus la chambre se doutera de quelque chose et, enfin, si l'amour naissant de cette idylle a une chance de subsister dans la vraie vie... Gageons que le bouche-à-oreilles vous donnera plus l'envie de lire le livre que des réponses concrètes.

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Nadia Galy, Le cimetière de Saint-Eugène, roman, 240 pages, Albin Michel, mars 2010, 16 € ****

Publié le par Sébastien Almira

galy1.jpgNadia Galy est l'auteure du "très remarqué" Alger, Lavoir Galant (dixit Albin Michel) que je n'avais cependant pas remarqué. Fort heureusement, je n'ai pas raté son second roman. Posant également ses bases en Algérie, elle développe une histoire plus complexe qu'elle n'y parait, plus intéressante que ne le dit la quatrième de couverture, plus acerbe et plus douce à la fois que tout ce que vous avez pu lire sur l'Algérie en littérature. (Ah, je sais, j'y vais fort ! Mais mon but dest de vous prouver qu'il faut absolument lire ce magnifique roman, alors... !)

 

Slim a été élevé par une mère veuve qui ne sait ni lire ni écrire, avec l'image d'un père martyr du FLN. La France ? Niette ! Il la hait plus que tout. C'est à cause d'elle qu'il n'a pas de père. Alors quand il rencontre, pour le boulot, cette Française qui veut apprendre l'Arabe, encore plus quand elle l'appelle chez sa mère, il est au bord de la crise. Qu'est-ce qu'elle lui veut, à lui ? Pourquoi l'a t-elle choisi ? Qui est-elle pour s'immiscer dans sa vie à lui et à Inès, sa mère ? Quels secrets remontent à la surface par sa faute ? Qui était vraiment cet homme mort avant sa naissance ? Qui est ce meilleur ami, Moka, qui ne supporte pas qu'une femme pénètre le cercle intime de Slim ? Quelle est cette étrange relation qui les lie, les protège, les unit jusqu'à la solidarité à toute épreuve après la trahison, jusqu'à la mort après l'amour ?

 

galy2Autant de questions pour autant d'autres que j'oublie. Autant de questions pour autant d'autres qui nous obligent à poursuivre la lecture. Autant de questions pour autant d'autres qui tissent le récit sans faille de Nadia Galy, la conteuse d'histoires merveilleuses, la conteuse d'histoires d'amours, d'amitiés, de violences (extrait 3), de trahisons, d'humour (extrait 1) de souvenirs, de réalités (extrait 2), de révélations et de littératures.

 

Comme l'auteure phare de la maison, Nadia Galy a un style qui se reconnaitrait entre mille. Mais contrairement à Amélie Nothomb, dont l'économie de vocabulaire n'enlève rien à la prestance du texte, Nadia Galy utilise un vocabulaire des plus riche et une construction des plus complexes sans jamais alourdir son récit inutilement.

Laissez-vous tenter par cette exquise découverte méditérranéenne. Dépaysement géographique, culturel et littéraire assuré !

 

A Nadia Galy,

Votre "premier demandeur, (votre) première signature" à Paris le 27 mars 2010.

 

 

Extrait 1 (page 37) :

"Ma chère brodeuse Inès, cette robe il est magnifique, alors je veux que quand les prunelles de quelqu'un ils verront cette motif de broderie, il saura que c'est Badra qu'elle est dedans. Badra, c'est moi comme tu le sais, et tu vas savoir que la motif elle est à moi aussi, à partir de tidsuite. Je l'achète, c'est comme ça pas autrement. Je veux que personne, femme ou homme, autre que moi, ne peut trouver ces poissons qui nagent sur les manches de ses bras. Je sais que tu seras d'accord parce que ton coeur est grand, et ton porte-monnaie aussi avec ce que je vais lui mettre dedans !" (lettre de Brada à Inès)

 

Extrait 2 (page 39-40):

"LE VISA VACANCES-TRAVAIL EN FRANCE, OU LA FUITE ANNONCEE DE NOS CERVEAUX", titre sur trois colonnes le quotidien du soir. Les regards de Slim et de Demi-Tour s'accrochent, Slim discerne une ombre triste dans celui de leur ami. Les visas, tout le monde est au courant et n'a que ça à la bouche. Même la mère patrie sait. Et elle tremble dans ses bottes, redoutant l'exode de ses Zalgériens chéris, ses bacheliers, ses licenciés ès-quelque chose pour lesqueles elle s'est saigné aux quatre veines, mais qu'elle empile par paquets de mille dans les bureaux de main-d'oeuvre. Elle les devine déjà tirant leur révérence, ventre à terre, l'écume aux lèvres et des rêves plein les yeux, pour aller se jeter dans le giron de la concurrence, cette marianne dépoitraillée qui va pieds nus et n'a de cesse de ruiner ses plans. Tout ce que l'Algirie est parvenue à faire, et dans la panique encore, c'est fourbir une réplique sur le thème : "Méfiez-vous, les gars, tout liquide n'est pas de l'eau." Pourtant, le pays n'en a que faire de ces exhortations à la prudence.

Résultat, le consulat de France, débordé pour un rien, n'avait pas besoin d'un tel cataclysme pour imploser. En moins de quarante-huit heures il implorait grâce, et depuis ce matin, il est carrément fermé. Rideau ! En fait, il se passe que la France expérimente une énième politique de l'immigration : durcir l'obtention des visas de tourisme, mais permettre en échange aux diplômés - ceux du dessus du panier-  d'aller faire plus ample connaissance avec la crémière qui va avec le beurre et son argent. Avantage : le droit d'occuper des petits jobs limités à six mois. Mais niet pour les formations excédant 500 heures, niet pour l'embauche définitive, et fin des festivités au bout de deux ans ! Ceux-ci écoulés, "Sarrasins, go home ! ".

 

Extrait 3 (pages 75-76) :

Il ne regarde pas le soleil avec un tamis, comme ces pleutres qui s'accommodaient de lui quand rien ne se présentait de mieux, ou quand ils avaient la flemme de descendre dans les rades enfumés du port pour y grimper des matrones dont la cupidité n'a d'égale que le prix de leur ratelier. Tout ce temps, toutes ces nuits d'apprentissage, il a étudié ces brutes capables de forniquer avec n'importe quoi dans le noir, vite fait, avec une frénésie inouïe, soi-disant parce qu'ils n'ont ni or ni argent pour aller aux putes. A l'affût dans les fourrés du Château, ils lui sautaient dessus sans le voir, brusques, convulsifs, fiévreux, au sacro-saint motif que "les femmes, ça manque".  Mon oeil ! Si c'était vraiment ça, pourquoi continueraient-ils, une fois mariés et nantis d'une demi-douzaine de rejetons, à s'offrir à la dérobée le veuf et l'orphelin ? Sans parler des raclées qu'ils lui mettaient parfois après, histoire de poser leur virilité. Tous des salauds, les autres hommes.

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Eric-Emmanuel Schmitt, Concerto à la mémoire d'un ange, nouvelles (+ journal d'écriture), 220 pages, Albin Michel, mars 2010, 18 € *

Publié le par Sébastien Almira

Après avoir publié quatre articles en moins d'une semaine, voilà que j'ai de nouveau délaissé ce blog. Mais je reviens, je suis là ! Avec plusieurs articles en tête, dont le premier sera consacré à un des auteurs français qui vend le plus de livre, l'un des quelques (pourtant si nombreux...) block-busters d'Albin Michel, j'ai nommé... Eric-Emmanuel Schmitt.

 

 

On parle souvent de la régularité de métronome d'Amélie Nothomb, mais qu'en est-il de Schmitt ? Schmitt le romancier (en septembre-octobre), Schmitt le dramaturge (en janvier), Schmitt le novelliste (en mars-avril). Avec des plages de publications quasi métronomiques et deux livres en moyenne par an, l'écrivain pourrait faire vivre à lui seul sa maison d'édition. Mais Francis Esmenard, PDG des éditions Albin Michel ne saurait s'en contenter et, grâce aux succès d'autres Amélie Nothomb, Christophe Grangé, Bernard Werber, Patricia Cornwell, Patricia MacDonald, Mary Higgins Clarck, il se classe 234e fortune française, dix rangs derrière Antoine Gallimard.

 

schmitt.jpgD'être aussi prolifique n'empêche cependant pas Schmitt de publier de bons romans, de belles nouvelles ou d'excellentes pièces de théâtre, comme en témoigne respectivement La part de l'autre, le reccueil La rêveuse d'Ostende et Le visiteur. C'est avec l'impression de qualité de La rêveuse que j'ai acheté Concerto à la mémoire d'un ange, non pas par masochisme après avoir essayé de lire les désastreuses nouvelles qui composent le reccueil d'Odette Toutlemonde, bas de gamme à souhait. Et j'aurais mieux fait de me méfier car avec quatres nouvelles de cinquante pages chacune, ce Concerto est à la hauteur d'Odette Toutlemonde.

 

Une vieille femme raconte au tout jeune nouveau curé de son village qu'elle a empoisonné ses maris, crime dont elle avait été lavée, afin qu'il ne prête attention qu'à elle. 

Un marin apprend par télégramme que sa fille est morte. Jusqu'à son arrivée au port, il se demande laquelle des quatre est-ce, laquelle il préfèrerait perdre. Puis il se rend compte que ce n'est pas bien et une fois à terre il se souvient que sa femme était enceinte, apprend sa fausse couche et décide de bien s'occuper de ses filles.

Un musicien en laisse mourir un autre pour remporter un concours. Vingt ans plus tard, il a changé de vie, s'ocuppant de jeunes en difficulté pour laver ses pêchés lorsqu'il se retrouve nez à nez avec ... celui qu'il avait cru mort et qui le cherche depuis plusieurs années pour se venger. Finalement, tout finit bien et les deux hommes meurent enlacés.

La première dame de France s'ennuie, elle n'aime plus son mari. Mais pour se venger, elle décide de rester avec et de lui pourrir la vie. Il essaie de la tuer et lorsqu'elle meurt d'un cancer, il se rend compte qu'il l'aime plus que tout. De plus, il est très heureux de voir que le livre qu'elle écrivait à l'hôpital et qu'il essayait à tout prix de récupérer n'était pas le brulôt où elle lui avait promis de dénoncer tout ce qu'il a fait pour rester au pouvoir, mais un véritable ode à son mari. Parce qu'elle aussi, elle a changé, sur son lit de mort, se rendant compte de son amour pour lui.

Le tout est lié par Sainte Rita, la rédemption et la pardon. Certains décident de changer, de se faire pardonner, d'autres non.

 

Voilà, tout est dit. Les quatorze lignes qui précèdent vous résument le livre à merveille. Si Schmitt vous avait enchanté par ses grand romans, ses délicieuses pièces de théâtre telles Le Visiteur, Petits crimes conjugaux ou La tectonique des sentiments, NE LISEZ SURTOUT PAS CONCERTO A LA MEMOIRE D'UN ANGE. Contentez-vous de théâtre ou de romans. Car s'il parvient à un véritable tour de force en chassant sur tous les tableaux, il n'en reste pas moins qu'il ne peut être bon partout et à chaque tir. Pour celui-ci, il est particulièrement mauvais. Et ne parlons même pas de la première de couverture...

 

On remarquera par ailleurs le sérieux des vendeurs Fnac qui donnent leur avis sur des livres qu'ils n'ont pas lus . En effet, le résumé livré au site Fnac.com parle de six nouvelles, alors qu'à la publication il n'en restait que quatre. Emilie, de la Fnac Croix-Blanche donne son avis : Eric Emmanuel Schmitt revient avec ce recueil de six nouvelles. Six histoires liées entre elles et traversées par les thèmes de la rédemption et du destin. "Concerto à la mémoire d'un ange" s'inscrit dans la lignée d' "Odette Toulemonde" et de "la rêveuse d'Ostende".

Apparemment, elle ne s'est pas rendu compte qu'il manquait deux nouvelles et son maigre commentaire ne laisse de toute façon aucune trace d'une quelconque lecture.

Quant à moi, je m'apprête à envoyer mon exemplaire à mon price-acheteur.

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