Eric-Emmanuel Schmitt, Concerto à la mémoire d'un ange, nouvelles (+ journal d'écriture), 220 pages, Albin Michel, mars 2010, 18 € *

Publié le par Sébastien Almira

Après avoir publié quatre articles en moins d'une semaine, voilà que j'ai de nouveau délaissé ce blog. Mais je reviens, je suis là ! Avec plusieurs articles en tête, dont le premier sera consacré à un des auteurs français qui vend le plus de livre, l'un des quelques (pourtant si nombreux...) block-busters d'Albin Michel, j'ai nommé... Eric-Emmanuel Schmitt.

 

 

On parle souvent de la régularité de métronome d'Amélie Nothomb, mais qu'en est-il de Schmitt ? Schmitt le romancier (en septembre-octobre), Schmitt le dramaturge (en janvier), Schmitt le novelliste (en mars-avril). Avec des plages de publications quasi métronomiques et deux livres en moyenne par an, l'écrivain pourrait faire vivre à lui seul sa maison d'édition. Mais Francis Esmenard, PDG des éditions Albin Michel ne saurait s'en contenter et, grâce aux succès d'autres Amélie Nothomb, Christophe Grangé, Bernard Werber, Patricia Cornwell, Patricia MacDonald, Mary Higgins Clarck, il se classe 234e fortune française, dix rangs derrière Antoine Gallimard.

 

schmitt.jpgD'être aussi prolifique n'empêche cependant pas Schmitt de publier de bons romans, de belles nouvelles ou d'excellentes pièces de théâtre, comme en témoigne respectivement La part de l'autre, le reccueil La rêveuse d'Ostende et Le visiteur. C'est avec l'impression de qualité de La rêveuse que j'ai acheté Concerto à la mémoire d'un ange, non pas par masochisme après avoir essayé de lire les désastreuses nouvelles qui composent le reccueil d'Odette Toutlemonde, bas de gamme à souhait. Et j'aurais mieux fait de me méfier car avec quatres nouvelles de cinquante pages chacune, ce Concerto est à la hauteur d'Odette Toutlemonde.

 

Une vieille femme raconte au tout jeune nouveau curé de son village qu'elle a empoisonné ses maris, crime dont elle avait été lavée, afin qu'il ne prête attention qu'à elle. 

Un marin apprend par télégramme que sa fille est morte. Jusqu'à son arrivée au port, il se demande laquelle des quatre est-ce, laquelle il préfèrerait perdre. Puis il se rend compte que ce n'est pas bien et une fois à terre il se souvient que sa femme était enceinte, apprend sa fausse couche et décide de bien s'occuper de ses filles.

Un musicien en laisse mourir un autre pour remporter un concours. Vingt ans plus tard, il a changé de vie, s'ocuppant de jeunes en difficulté pour laver ses pêchés lorsqu'il se retrouve nez à nez avec ... celui qu'il avait cru mort et qui le cherche depuis plusieurs années pour se venger. Finalement, tout finit bien et les deux hommes meurent enlacés.

La première dame de France s'ennuie, elle n'aime plus son mari. Mais pour se venger, elle décide de rester avec et de lui pourrir la vie. Il essaie de la tuer et lorsqu'elle meurt d'un cancer, il se rend compte qu'il l'aime plus que tout. De plus, il est très heureux de voir que le livre qu'elle écrivait à l'hôpital et qu'il essayait à tout prix de récupérer n'était pas le brulôt où elle lui avait promis de dénoncer tout ce qu'il a fait pour rester au pouvoir, mais un véritable ode à son mari. Parce qu'elle aussi, elle a changé, sur son lit de mort, se rendant compte de son amour pour lui.

Le tout est lié par Sainte Rita, la rédemption et la pardon. Certains décident de changer, de se faire pardonner, d'autres non.

 

Voilà, tout est dit. Les quatorze lignes qui précèdent vous résument le livre à merveille. Si Schmitt vous avait enchanté par ses grand romans, ses délicieuses pièces de théâtre telles Le Visiteur, Petits crimes conjugaux ou La tectonique des sentiments, NE LISEZ SURTOUT PAS CONCERTO A LA MEMOIRE D'UN ANGE. Contentez-vous de théâtre ou de romans. Car s'il parvient à un véritable tour de force en chassant sur tous les tableaux, il n'en reste pas moins qu'il ne peut être bon partout et à chaque tir. Pour celui-ci, il est particulièrement mauvais. Et ne parlons même pas de la première de couverture...

 

On remarquera par ailleurs le sérieux des vendeurs Fnac qui donnent leur avis sur des livres qu'ils n'ont pas lus . En effet, le résumé livré au site Fnac.com parle de six nouvelles, alors qu'à la publication il n'en restait que quatre. Emilie, de la Fnac Croix-Blanche donne son avis : Eric Emmanuel Schmitt revient avec ce recueil de six nouvelles. Six histoires liées entre elles et traversées par les thèmes de la rédemption et du destin. "Concerto à la mémoire d'un ange" s'inscrit dans la lignée d' "Odette Toulemonde" et de "la rêveuse d'Ostende".

Apparemment, elle ne s'est pas rendu compte qu'il manquait deux nouvelles et son maigre commentaire ne laisse de toute façon aucune trace d'une quelconque lecture.

Quant à moi, je m'apprête à envoyer mon exemplaire à mon price-acheteur.

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Stanley Milgram, I comme Icare, Zone Extrême et Cie.

Publié le par Sébastien Almira

Hier soir étaient diffusés un faux jeu télévisé et un débat sur France 2 qui font eux-mêmes débat. Le principe est simple : basé sur les expériences de Milgram, le but était d'en réaliser une nouvelle sur les effets et le pouvoir de la télé-réalité sur les candidats et le public.

 


icare.jpgPremièrement, rappelons-nous l'origine de l'expérience, à travers I comme Icare, le film d'Henri Vermeuil, avec yves Montand, sorti en 1979 qui reprend l'expérience de Stanley Milgram en référence. Un homme à qui l'on fait croire à une expérience scientifique sur les punitions censées avoir un rôle sur l'entraînement de la mémoire est chargé de langer des décharges électriques sur le prétendu sujet d'étude à chaque fois qu'il donne une mauvaise réponse. En fait de cobaye, il s'agit d'un comédien mis dans le secret qui fait semblant de recevoir les décharges. Le véritable but est de tester le questionneur quant à ses capacités à obéir à une autorité (en l'occurrence un professeur en médecine) même en cas extrême, puisque le médecin incite le questionneur à poursuivre les décharges même quand le faux patient dit souffrir le martyre.


Voir la scène dans I comme Icare

Partie 1 sur YouTube

Partie 2 sur YouTube

 


L'émission d'hier soir, Le jeu de la mort suivi du débat Le temps de cerveau disponible prétendait vouloir montrer les effets néfastes de la télé-réalité sur le public et les candidats. Mais le propos n'était pas vraiment le même. Il s'agissait d'un jeu télévisé où le questionneur envoyait des décharges de 20 à 440 volt à chaque fois qu'il donnait une mauvaise réponse. Arrivé au bout, le questionneur gagnait un million d'euros. Le réel sujet était donc : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour de l'argent ?

La réalisation était des plus mauvaises, le souffre-douleur caché dans un box argenté gémissait parfois d'une voix platement fausse des « j'en ai marre », des « aïe, ça fait mal ! » ou encore des « je veux arrêter, laissez-moi sortir » pas du tout convaincant après quoi il ne disait plus rien. On avait du mal à croire à ses plaintes et il suffisait à la présentatrice de dire « le jeu doit continuer » aux questionneurs voulant arrêter pour réussir à les convaincre. Mais le jeu a pris et les candidats-questionneurs ainsi que le public y ont cru. Le public scandant même des « Continue ! Continue ! » lorsque le chauffeur de salle leur intimait de le faire.

zonextreme.jpgCertains candidats ont décidé d'arrêter avant la fin, quitte à perdre tout l'argent, mais ils n'étaient pas si nombreux et prenaient leur décision bien tardivement. La plupart actionnait vite fait bien fait la manette en disant « désolé, ça va faire mal ! », certains éclatant même de rire à la première plainte de leur souffre-douleur, un homme uniquement présent pour se prendre des décharges électriques afin qu'un candidat qui lui est inconnu gagne un million d'euro. Mais aucun ne trouve la situation étrange. Aucun ne s'offusque réellement, même celle qui disait refuser de le faire avant d'entrer sur le plateau. Elle qui trouvait ce jeu scandaleux y a participé sans plus rien dire.

Poussés sans grande argumentation (autre que le million d'euros), on se rend compte que la majorité des participants n'ont pas hésité à envoyer des décharges électriques de plusieurs centaines de volt, sur un inconnu.

Dans ce contexte-là, difficile d'étudier le pouvoir de la télé-réalité, ni même de la télévision, puisque l'argent en jeu a certainement été la meilleure raison de poursuivre le jeu pour les participants. Pourquoi vendre cette nouvelle expérience comme une étude critique de la télé-réalité quand il ne s'agit que d'argent ? Soit l'argent n'aurait pas dû entrer en compte, soit l'émission n'aurait pas dû être vendue comme telle, mais plutôt comme une étude critique sur le pouvoir de l'argent sur le commun des mortels, qu'il s'agisse de télévision ou non.

En tout cas, le résultat est affligeant. Ce ne sont pas réellement ces candidats qui sont le plus à blâmer (du moins, pas seulement eux), mais nous tous de laisser des émissions de télévision des plus violentes nous endormir puis nous détruire le cerveau à petit feu. Nous tous de nous laisser faire, de ne pas réagir, ou trop peu souvent et d'en arriver à électrocuter un inconnu devant un public consentant pour gagner de l'argent, même s'il s'agit d'un million d'euros. Nous tous d'être complices de ces concepts ahurissants et abrutissants qui consument les cerveaux de nos chers bambins. Nous tous de n'être que du temps de cerveau disponible. Merci M. Le Lay.


À suivre, une critique d'Acide Sulfurique d'Amélie Nothomb, pamphlet contre la tété-réalité.

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Amélie Nothomb, Acide Sulfurique, roman, 210 pages, Albin Michel, août 2005, 15,90 €, Le Livre de Poche, mai 2007, 5 € *****

Publié le par Sébastien Almira

acide3.gifLE LIVRE DES MONSTRES


« Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus, il leur en fallut le spectacle. »


Lorsqu'un monstre littéraire nous conte que les petites gens sont monstrueuses, on se retrouve avec Acide sulfurique entre les mains. Pour moi, le meilleur livre de l'auteure, et sans aucun doute, le plus énorme, le plus osé, le plus dérangeant. Un livre qui ne laisse en tout cas personne indifférent, pour beaucoup un réel chef d'œuvre, pour d'autres un texte inutile et grossier...


Parce qu'Amélie imagine ce vers quoi tend la télé-réalité : l'horreur. Parce qu'Amélie raconte l'horreur à travers Concentration, un reality show qui prend place dans un camp de concentration reconstitué. Parce que les participants sont raflés au hasard dans la rue avant d'être parqués dans les mêmes conditions qu'en 39-45. Parce que les créateurs de l'émission poussent le vice jusqu'à faire participer le public (c'est ce qu'il aime, participer, avoir du poids, le public) en choisissant chaque jour qui mourra le lendemain. Parce qu'Amélie use de sa plume simple et recherchée, drôle et grinçante pour raconter cette émission qui atteint des sommets d'horreur et d'audiences. Même ceux qui n'ont pas la télévision et critiquent ouvertement la télé-réalité en général et plus particulièrement Concentration se rendent chez leurs voisins pour ne rater aucune miette de leur société (la nôtre, donc) reconstituée dans le rapport dominés-dominants à travers les victimes d'une émission de télé-réalité et son public. Nul besoin de vous conter encore plus l'histoire (l'Histoire ? Espérons que non...), tout est dit.


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« A l'extérieur, les médias étaient en pleines convulsions. La plupart des journaux réservèrent leur une à l'éclat provoqué par Pannonique : grande photo d'elle s'adressant au public. Certains reprirent pour tout commentaire sa phrase initiale en caractères géants : "SPECTATEURS, ETEIGNEZ VOS TELEVISIONS !" D'autres la deuxième : "LES PIRES COUPABLES C'EST VOUS !"

Ensuite, sa déclaration était reprise intégralement. Il y eut des éditorialistes qui osèrent commencer par : "Je vous l'avais bien dit..." Des magazines affirmèrent que c'était un coup monté, que la jeune fille avait été payée pour dire cela, etc. Les lecteurs écrivirent pour demander si on payait également les prisonniers pour être tués.

A l'exception de ces piètres interventions, c'était l'unanimité : tous les médias donnaient raison en long et en large à Pannonique et la glorifiaient. »

 

« Le surlendemain, les organisateurs s'émerveillaient encore des taux d'audience :

- C'est extraordinaire : jamais, jamais nous n'avons eu un public aussi colossal !

- Vous vous rendez compte : tous les médias ont applaudi la prise de position de la petite, et le résultat obtenu est exactement l'inverse de ce qu'elle demandait aux spectateurs.

- Pourvu qu'elle s'adresse encore à eux !

- Cette gosse a vraiment le sens du spectacle !

- Elle devrait faire de la télévision !

Hilarité générale. »


Cet ovni est à lire absolument, à dévorer, à prêter, à relire sans modération. Vous n'aimerez peut-être pas. Vous partirez avec des à prioris. Parce que vous penserez qu'Amélie Nothomb n'a ni la légitimité, ni le style requis pour écrire cette histoire-là. Parce que vous ne l'aimez pas à cause de ce qu'en disent les médias et que vous resterez cantonnés dans vos préjugés sans vraiment rentrer dans le livre. Parce que vous ne supportez plus tous ces livres qui traitent de la guerre, de l'holocauste, de l'horreur, etc. Parce que vous n'aimerez simplement pas.

Oui, je suis bien en train de vous dire que vous n'aimerez peut-être pas. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas le lire. Pas suffisante, en tout cas. Seul Frédéric Beigbeder a soutenu Acide Sulfurique dans le magazine Lire au moment de sa sortie en août 2005, les autres critiques l'ayant systématiquement enfoncé six pieds sous terre. Depuis, remontent quelques bons échos, qu'ils viennent de journalistes ou de libraires. Et le roman acquiert enfin la légitimité et la reconnaissance qu'il mérite, le succès étant venu dès sa parution.


acide2Essayez. Ce livre est une oeuvre de salut public. Un message de la plus haute importance. Un avertissement sur les dangers de la télé-réalité. Rigolez lorsque je parle de danger, mais si la France se cantonne pour le moment à des Ferme Célébrités ou encore à la Nouvelle Star, aux Etats-Unis, la vitesse supérieure a été passée depuis longtemps avec des concepts affligeants filmant des prisonniers de camps de travail forcé ou encore des suicides en direct.


Même si Hygiène de l'assassin et Stupeur et tremblements font figure de chef-d'œuvre nothombiens, semblant définitivement écarter les autres romans de l'auteure d'une possible entrée dans la lumière, je prends le pari qu'Acide Sulfurique sera un jour considéré comme l'un de ses plus grands livres et étudié en écoles (comme c'est déjà le cas pour Attentat, Stupeur et tremblements ou encore Métaphysique des tubes).

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Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig, roman, 180 pages, Flammarion, janvier 2010, 17 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 « Est-on encore un écrivain lorsqu'on n'est plus lu dans sa langue ?

Est-on encore en vie lorsqu'on n'écrit plus de son vivant ? »


seksik2.jpgLaurent Seksik commence à écrire, alors qu'il a douze ans, des poèmes, puis des essais et des romans, avant de devenir médecin. À vingt ans, on lui offre Le Monde d'hier, autobiographie de Stefan Zweig où il parvient à ne jamais parler de lui. C'est le choc, sa manière de voir l'Histoire et le Monde change, il se plonge dans la littérature et l'influence du maître est telle qu'il lui dédie sa thèse... sur le cancer du poumon !

Stefan Zweig est le grand écrivain que l'on connait, nul besoin de m'épancher ici sur son oeuvre. Laurent Seksik lui rend hommage puisqu'il entreprend de raconter ses derniers jours. Lorsqu'on lui demande pourquoi les derniers jours, il répond « parce que c'est une histoire terriblement triste, terriblement émouvante », et parce que « la plupart des écrivains préfèrent les heures sombres aux heures de gloire, ce qui fait la différence avec les biographes ».

 


« Fuir était sa façon d'habiter le monde. »

« Il avait été le premier des fuyards, il était le dernier des lâches, le dernier des hommes, le dernier Zweig. »


Il conte donc l'exil et la fin du couple Zweig, ces années « de pauvreté, de bannissement des siens, (où) il apprend ce qui se passe pour les siens, par vagues » (Laurent Seksik, Librairie Mollat, Bordeaux). Il conte les fuites de Zweig, fuite devant le Reich, fuite de l'Angleterre, fuite des Etats-Unis et l'interminable fuite devant sa femme, Lotte. Il conte la relation de l'écrivain et sa femme. C'est peut-être là qu'il est plus romancier que biographe, puisque de Zweig il connait presque tout alors que de Lotte ilsuppose et invente une histoire, celle d'une femme qui aime presque sans retour. Celle d'un homme et d'une femme unis par le mariage comme une victime et son bourreau : « chacun avait prononcé yes à sa manière, Lotte avec ferveur, lui comme une réponse à une formalité ». Il met plus de lyrisme lorsqu'il romance Stefan Zweig à travers le personnage de Lotte que lorsqu'il retrace la réalité de l'écrivain déjà traduit dans près de trente langues et vendu à plus de soixantes millions d'exemplaires. Il conte l'exil, l'errance, les pertes (toutes les toiles de maîtres et autres manuscrits reposant chez Goering dont Zweig n'a pu sauver que deux Rembrandt et Das Veilchen, le manuscrit original de l'oeuvre de Mozart), mais aussi les relations et les rencontres avec Joseph Roth, qui le considérait comme un écrivain, mais qu'il a aidé à finir son chef d'oeuvre, La Marche de Radetzky, Herman Hesse, qu'il a encouragé à ses débuts, Rilke ou encore Einstein. Jusqu'au suicide. Le suicide des deux amants, dont l'un commande et l'autre, aimante, obéit.


« Ce livre tente, non pas d'expliquer, mais de lever un peu le voile sur ce geste. »seksik1.jpg


Flammarion publie là un très bon livre que Gallimard aurait certainement été fier d'exposer à son catalogue (puisqu'il s'agit souvent de ça chez Gallimard : montrer, montrer ce que Gallimard est capable de publier). Un hommage à Zweig, dans les derniers jours, les plus sombres, un hommage peut-être aussi aux Juifs, célèbres, reconnus, inconnus, riches ou pauvres, qui ont fui le régime nazi et à ceux, moins chanceux, moins aisés, qui n'y sont pas parvenus et qui y ont pour beaucoup laissé leur peau. Un hommage, bien sûr, à Lotte, l'épouse aimante et soumise, prête à tout pour l'homme dont elle partage les jours, tapie dans l'ombre.


« J'ai l'impression d'avoir écrit le livre qu'il n'avait pas écrit », lance-t-il avant de rappeler qu'un critique avait dit de lui qu'il avait écrit un roman sur Zweig, à la manière de Zweig. Un très bel hommage, donc, mais un peu moins de prétention de la part d'un auteur qui n'hésite pas à lire des extraits de son livre en réponse aux questions posées à la librairie Mollat n'aurait pas été de refus !

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Jérôme Garcin, L'écuyer mirobolant, roman, 170 pages, Gallimard, janvier 2010, 15,90 € *

Publié le par Sébastien Almira

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Le titre déjà prête à sourire. L'écuyer mirobolant, un brin moyen-âgeux, un brin campagnard, un brin de paille dans la rentrée littéraire de janvier qui, cette année, se décale sur le mois de mars. En effet, ce n'est pas en janvier qu'on trouve le plus gros de la rentrée, mais ce mois-ci avec Eric-Emmanuel Schmitt, Patrick Modiano, Paul auster et le mois prochain Katherine Pancol et Guillaume Musso, qui ne font pas partie à proprement parler de la rentrée, mais qui préparent plutôt le terrain à l'été avant le raz-de-marée prochainement provoqué par Marc Lévy...

En tournant le livre, on rit carrément.

"En équitation comme dans l'armée, Etienne savait combien c'eut été vain de vouloir casser les rebelles, soumettre les acariâtres, et qu'il était impossible d'atteindre la légèreté par la force, le brillant par la colère. Même les étalons les plus impérieux, il ne les avait pas combattus. Au contraire, il n'avait eu de cesse de vouloir les comprendre pour mieux s'en faire des alliés. Quel que fut le cheval, il n'aspirait qu'à se passer des aides. Il rêvait en effet de régner sans poids ni appuis, par le seul souffle de la botte, la caresse du cuir, la profondeur de l'assiette. Monter n'était plus alors une activité physique, c'était une pensée pure, un acte de foi."

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On ne peut que rire de cet extrait justement si campagnard, dans lequel on apprend qu'Etienne ne combat pas, "même les étalons les plus impérieux". Non, Etienne préfère s'en faire des alliés. Mais des alliés pour quoi ? Pour combattre qui ? Quoi ? Monter est un acte de foi, une activité psychique plus que physique pour le héros de Garcin, on se rend alors compte de l'ampleur de la tâche. On tient là, entre nos doigts, une apologie de l'équitation, un ode à la balade champêtre, une prière, une déification du cheval ! On se rend compte de ce que l'on s'apprête à lire.
On se rend également compte du style de l'auteur, certes pas mauvais, certes même assez bon. Mais peut-être aussi trop bon et, par là-même, plus si bon que ça. En effet, à force d'aligner les tournures de phrases alambiquées, les termes techniques de l'équitation et les mots de liaison ("et", "même", "au contraire", "en effet", "alors"), le style élégant et soutenu de l'auteur devient vide lourd et approximatif. Et ça nous fait peur aussi.

On se dit que c'est Gallimard, on se dit que c'est Jérôme Garcin, on se dit qu'il a quand même reçu plusieurs prix. Mais on finit la quatrième de couverture et on se dit qu'il a quand même aussi écrit La chute de cheval, Bartabas et Cavalier seul...

Mais on ne peut croire que Gallimard chasse sur les terres des Presses de la cité et de De Borée, on ne parvient pas à imaginer Gallimard publier des romans du terroir, non on ne peut pas. Alors on fait confiance à l'image de l'éditeur, et on se décide à ouvrir le livre.

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L'épigraphe n'encourage pas la lecture ("Toujours le cheval ! Tout ce qui m'est arrivé de bon m'est venu par le cheval."). On tourne la page quand même. on y apprend que l'histoire commence à Dax en janvier 1949, on n'est même pas au Moyen-Âge...  Et là commence la succession d'innombrables phrases à la Christian Signol pastiché par un Pascal Fioretto en forme (donc, en pire), toutefois servies par plus de style et de bagou. comme en témoigne la première, page 13 ("On aurait dit que, venu pour l'occasion du désert africain, un dromadaire blatérait derrière le mur et faisait l'intéressant mais ce n'était que l'ébrouement rauque d'un cheval de trait sonné par l'hiver gascon.") ou encore, à la page 170, "La journée avait été harassante. Elle avait commencé très tôt. une de ses meilleures juments avait pouliné au petit matin. La tête, d'un joli gris cendré, était apparue, suivie des antérieurs et enfin des postérieurs. Précis, rapide, Philippe avait désinfecté e cordon à la teinture d'iode et l'avait ligaturé avec du gros fil."

On se croirait plus dans un documentaire animalerie sur Arte que dans un roman publié en une rentrée de janvier chez Gallimard.

On assiste également à l'avalanche d' "on aurait dit que" et d' "on eut dit que", comme si Garcin ne savait pas formuler ses comparaisons par un autre moyen que celui, lourd à souhait, utilisé à tort et à travers par des enfants en bas âge, certes remodelés dans les temps du passé. Alors, le style et le vocabulaire ont beau être un minimum recherchés (quelques fois), mais le résultat ne se fait sentir qu'à moitié pour qui se plait à aimer le beau style en littérature, et pas seulement chez les classiques. Nombre de contemporains usent d'un vocable recherché sans pour autant paraitre involontairement pompeux et approximatif, comme en témoignent Jean-Pierre Ohl (chez Gallimard) ou encore Cécile Ladjali (Actes Sud), liste loin d'être exhaustive.

Avec tout ça, je n'ai même pas causé synopsis. L'histoire ne commence pas, comme je l'ai cru à la première page en 1949 car Jérôme Garcin sait se servir d'analepses dans son récit pour rendre hommage au Capitaine Etienne Beudant (1863-1949) dans un roman qui n'en a le nom que par sa fin imaginaire. Il conte son histoire, de ses vingt-quatre ans à sa mort, de son entrée à la prestigieuse école de cavalerie de Saumur créée en 1825 par Charles X au 16 janvier 1949, jour de son enterrement et, treize ans plus tard, dans un épilogue où évolue Philippe Meurdrac, l'homme qui a découvert à ses dix-sept ans la jument de Beudant dans son pré, qui l'a  sauvée des griffes des Allemands et l'a prise sous son aile.

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Voilà donc ce qu'on trouve dans ce livre qui nous a fait sourire, puis rire avant de l'ouvrir. Un hommage à un passionné de chevaux écrit dans une langue parfois élégante, souvent désespérante, publié par un Gallimard qui nous avait habitué à beaucoup mieux ces dernières rentrées (septembre 2008 : Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine ; Tristan Garcia, La meilleure part des hommes ; Jean-Pierre Ohl, Les maîtres de Glenmarkie ; septembre 2009 : Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy ; Marie NDiaye, Trois femmes puissantes, etc.). A laisser aux passionnés d'équitation et d'Etienne Beudant.

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Julie Grelley, Anges, roman, 180 pages, Albin Michel, janvier 2010 **

Publié le par Sébastien Almira

Depuis le succès d'Amélie Nothomb et de ses vrais romans romanesques (pas ses autobiographies déguisées qui ravissent tant le grand public), il parait chaque année son lot de premiers romans, plus ou moins prometteurs, de la même veine. Une écriture incisive, un zeste de cynisme pour porter un petit roman déjanté, et beaucoup de dérision (ou pas). La sauce ne prend pas toujours, mais la recette reste la même et, Albin Michel et P.O.L. en tête, les éditeurs cherchent de nouvelles pouliches assez dérangeantes pour se faire remarquer dès leur premier roman.

grelley2.jpgP.O.L. enchante avec Truismes de Darrieussecq, qui ne propose malheureusement plus que des maigres récits blancs dignes de l'école Gallimard, et plus récemment avec Une fille du feu d'Emmanuelle Bayamack-Tam.
Quant à la maison Albin Michel, elle est toujours en quête de nouvelles Nothomb prêtes à faire subsister leur économie pour les années à venir. La rentrée de septembre 2006 a vu naître la divine Max Monnehay qui publiait alors Corpus Christine (où un homme victime d'un accident travail se fait séquestrer par la femme qu'il aime) et dont j'attends toujours aussi impatiemment une nouvelle merveille. En celle de 2010, il y a Julie Grelley, de quinze ans l'aînée de Max, qui la remercie à la fin de ses Anges. J'attendais d'ores et déjà beaucoup de cette nouvelle recrue.


"Seigneur, permets-moi de trouver un ange. Un ange qui serait à moi pour toujours. Et à qui Colline appartiendrait. Un ange qui n'aurait d'yeux que pour mon âme. Et caresserait mes cicatrices du bout de ses ailes. Un ange sans pêché. Un ange sans désir. Un ange sans sexe."

"Dans son corps. Dans son esprit. Dans mon âme." Il y a cette narration un temps presque incompréhensible, à laquelle on finit par s'habituer, menée par l'âme de Colline, celle-là même qui utilise la troisième personne pour parler de celle qui agit, de celle qu'elle est devenue, de son corps. Il y a du Catilinaires et de l'Attentat de Nothomb dans ce roman, comme dans Une fille du feu. Il y a ce travail sur l'obsession de la beauté. Des personnages qui la vénèrent ou l'exècrent. À l'instar de l'héroïne de Bayamack-Tam, celle de Grelley s'aime détestable, jusqu'à s'enlaidir, s'abîmer, se détruire elle-même. On trouve dans ces romans autant de belles femmes au sens universel du terme que d'autres, laides, obèses, voire difformes. Il y a cette dimension quasi mystique du beau et du laid, allant jusqu'au culte. L'apparence, qu'elle soit délectable ou détestable, est un personnage de premier plan pour les trois auteures.

Alors qu'elle n'était qu'adolescente, Colline est rapidement devenue la coqueluche des plus grands couturiers et photographes degrelley1 mode, acquérant le statut de model et de modèle de toute une génération. On la demande de tout côté, la planète est à ses pieds, prêt à la déifier. Mais ce monde, pas plus que le culte qui est dévolu, ne l'attire, ni ne la touche. Du jour au lendemain, sans autre raison, elle arrête tout. Elle arrête tout, se mure dans le silence, brûle l'argent amassé grâce au mannequinat (8,5 millions de francs, tout de même) dans la porcherie de la ferme familiale.
Elle pousse plus loin encore, s'enlaidissant jour après jour. Lynn, le mannequin, n'est plus. Place à Colline ! Les cheveux blonds sont teints en noir, les yeux bleus cachés sous des lentilles marrons, les doigts volontairement cassés, le visage déchiré... Il n'est rien que Colline ne refuse de s'affliger afin de ne plus être Lynn.
Elle n'a alors plus qu'une raison de vivre : posséder un ange. Nulle pédophilie dans sa quête. Saint Michel et le Christ sont là, qui l'aident et la conseillent. Elle sera une Enfant de Dieu grâce à son ange. On ne peut ne pas saisir le but mystique de la mission dont elle se croit investie, mais le fait est là, elle veut un ange, et compte assouvir ce besoin par tous les moyens.
Mais les essais ont tous un goût de défaite, la menant jusqu'à la prison. Après quoi elle refait sa vie, embauchée dans une quincaillerie à trois rues de la pension Saint-Joseph où étudie David, blondinet à la voix de pucelle que Colline choisit instantanément en le voyant et l'entendant chanter.
Elle l'approche en se faisant passer, par téléphone, pour une pensionnaire et apprend ainsi qu'il souhaite devenir chanteur d'opéra. La purification ne devrait donc pas le gêner : pour devenir son ange, le garçon doit être amputé de tout attribut masculin...


Des allures de polar pénètrent alors le récit qui nous tient en haleine, non par voyeurisme ou perversité. Le propos est dérangeant, le style aussi. Mais on n'atteint pas la barre placée haute par Nothomb et Bayamack-Tam. Julie Grelley crée un monstre malgré lui, évoluant dans un premier roman aux qualités littéraires notables, mais pas des plus remarquables. On se laisse tout de même happer par cette histoire de Belle devenant Bête qui ne hantera pas nos cauchemars bien longtemps.

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Boris Bergmann, 1000 mensonges, roman, 110 pages, Denoël, janvier 2010, 13 € *

Publié le par Sébastien Almira

Pour la rentrée littéraire de janvier 2010, c'est le jeune Boris Bergmann qui ouvre le bal. Pour le meilleur... et pour le pire.


bergmann1.jpgMytho est un menteur. Il fuit la maitresse qui le délaisse et, sous prétexte de vouloir repartir à zéro, il s'invente une vie, mille vies, par le biais de ces mille mensonges, à LadyLongSolo, la ville de la deuxième chance. Mais il rencontre Sophie, qui bouleversera forcément tous ses plans.

 

Voici le synopsis plutôt banal du troisième roman de Boris Bergmann, remarqué en 2007 par Scali avec Viens là que je te tue ma belle. Il était alors le plus jeune auteur de la rentrée de septembre. Pour celle de janvier 2010, ce sont les éditions Denoël qui misent sur lui, plutôt à tort qu'à raison, avec le troisième roman d'un jeune écriteur de livre adolescent qui se prend pour un vieil écrivain de grande littérature.

"Etait-il, ce grand amour, comme ce premier baiser, trop rapide, baveux, bruyant, dégoûtant mais beau, terriblement beau ? Elle s'appelait... je ne sais plus. Ma mémoire me joue des tours.
Lorsque j'ai plongé mon esprit dans l'eau noire de cette question, un souvenir m'a permis de remonter à la surface : le souvenir de ma vie
."

Construit entre phrases grammaticalement correctes mais pas évoluées pour un sou (c'est là que l'on se souvient son âge et que l'on se demande si sa famille ne connait untel ou un autre dans le milieu de l'édition parisienne) et d'autres trop travaillées (c'est là qu'il joue au grand écrivain) pour être vraies, le récit en devient dépitant, à la limite du ridicule.

"Les souvenirs s'accrochent facilement à la peau et le meilleur des savons n'arrive pas à les faire partir", une phrase simple qui mêle si bien les deux écritures du jeune Boris. Hésitant entre un "Les souvenirs collent facilement à la peau mais le meilleur des savons n'arrive pas à les faire partir" et un "Les souvenirs s'accrochent aisément à la peau et le meilleur des savons ne parvient pas à les en détacher", il nous prouve son manque de culture et d'expèrience littéraires.
bergmann2.jpg
La quatrième de couverture vante le "récit d'une fuite en avant initiatique, réflexion sur la traversée du fantasme et de l'assomption à soi-même (qui) revisite de manière très singulière certains mythes fondateurs de la littérature, l'amour, l'inceste, le suicide, avec une tonalité fiévreuse et hallucinatoire qui n'est pas sans faire échos aux grands textes de la tradition surréaliste."

Rien que ça ! Argumentaire à la hauteur du livre, aussi pompeux, singulier et manquant de finesse. On peut également remarquer l'excellente orthographe de Boris Bergmann, des lecteurs, des correcteurs et des éditeurs des éditions Denoël : "peu importe leur nom, ceux sont tous des vampires assoifés de talent."
Pardonnez Boris, il n'a pas terminé ses études.

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Le meilleur de 2009 en musique, cinéma et littérature !

Publié le par Sébastien Almira

C'est parti ! Le début d'une nouvelle année signifie la fin d'une autre. C'est donc l'occasion de se souvenir et de faire partager ce qu'on a adoré ces douze derniers mois !

Pour la première fois, je vous demanderai de participer d'une nouvelle façon. Comme d'habitude, vous pouvez bien entendu donner votre avis sur mes coups de coeur mais, là, vous pourrez également donner les vôtres par commentaire.
Merci de votre participation, nombreuse je l'espère !

 

 

 Cinéma :

mary-et-max.jpg- Gran Torino, de Clint Eastwood (critique) *****

- Slumdog Millionaire, de Danny Boyle (
critique) *****

- Coraline, de Henry Sellik (
critique) ***

- Neuilly, sa mère !, de Gabriel Julien-Laferrière (
critique) ***

- Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino (
critique) *****

- Ponyo sur la falaise, de Hayao Miyazaki ***

- Mary et Max, de Adam Elliot (DVD le 09 février) *****

- Arthur et la vengeance de Maltazar, de Luc Besson (DVD mi-2010) ****



Musique :
farmer.jpg- N°5 On Tour, de Mylène Farmer (
tournée et Stade de France) *****

- I look to you, de Whitney Houston (
critique) ***

- Celebration, de Madonna (Best Of) (
critique) ***

- SOS, de Diam's (
article) ****

- One Love, de David Guetta ***

- The Fame Monster, de Lady Gaga ***

- Music For Men, de Gossip ****


Littérature :
gaiman.jpg- Complices et comparses, de Muriel Sparks (Gallimard) ****

- L'étrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman (Albin Michel Wizz) ****

- Le Tombeau de Tommy, d'Alain Blottière (Gallimard) (
critique) ****

- Le coeur en dehors, de Samuel Benchetrit (Grasset) (
critique) ****

- Hors Champs, de Sylvie Germain (Albin Michel) (
critique) ****

- La délicatesse, de David Foenkinos (Gallimard) (
critique) ****

- La Fabrique (BD, tome 1), de Peb et Feb (
critique) ****

- Cadence, de Stéphane Velut (Christian Bourgois) (
critique) ****


A vous !

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Pêle-mêle d'informations et de vérités aussi intéressantes que rigolotes

Publié le par Sébastien Almira

Pour cette fin d'année, je vous fait partager le meilleur de ces petites phrases, entre perles d'histoire et de droit ou drôleries sexuelles, que vous trouverez en intégralité dans le groupe facebook (ici) ou sur le site original (ici). En attendant un nouvel article critique, riez bien et passez de bonnes fêtes !




- En Indonésie, la masturbation est punie par la décapitation.

- Le chapitre 14, Section 1211 du Code Pénal Américain rend illégal pour les citoyens américains d'avoir tout contact avec des extraterrestres.

- Une personne passe en moyenne 6 mois de sa vie assis devant un feu rouge.

- Chaque année, 11.000 Américains se blessent en essayant des positions sexuelles bizarres.

- 10% des revenus du gouvernement russe vient de la vente de vodka.

- 50% des ours polaires femelles ont aussi un pénis.

- A Hongkong, une femme peut tuer son mari adultère, la loi l'y autorise, mais elle peut le faire seulement à mains nues.

- Jusqu'en 1929, il y avait de la cocaïne dans le Coca cola.

- Couché sur le dos et en élevant doucement les jambes, vous ne pouvez pas vous enfoncer dans des sables mouvants.

- Vous avez plus de chance d'être frappé par la foudre que de gagner au loto.

- En moyenne 650 parisiens par an sont hospitalisés car ils ont glissé sur une crotte de chien.

- Dans une ville du Wisconsin, une loi dispose qu'un homme ne doit jamais tirer un coup de feu en l'air lorsque sa femme a un orgasme.

- Vous marcherez au cours de votre vie l'équivalent de 3 fois le tour du monde.

- La hauteur de la tour Eiffel peut varier de 15 cm selon la température.

- En moyenne l'homme va manger environ 50 kilos de poussière dans sa vie.

- Si vous mangez un chewing-gum en épluchant des oignons, cela vous empêchera de pleurer.

- Une loi dans le Massachusetts interdit d'avoir un gorille sur le siège arrière de sa voiture.

- Les dessins animés de Donald Duck ont été interdits en Finlande, car il ne portait pas de pantalon.

- Dans le Kentucky, une personne est considérée comme sobre tant qu'elle n'est pas à terre.

- En moyenne, chaque année 100 personnes s'étouffent avec un stylo.

- D'après la loi en Floride, on ne peut pas faire l'amour à un porc-épic.

- Plus de personnes sont tuées par des ânes chaque année que dans des crash aériens.

- On considère qu'un livre a bien été corrigé lorsqu'il contient moins de sept fautes.

- A Natoma (Kansas), il est illégal de lancer un couteau sur les personnes portant un tee-shirt à rayures.

- La vitesse moyenne, d'un escargot adulte est d'un millimètre par seconde, soit six centimètres par minute.

- Le céleri est si peu calorique qu'il va vous couter plus de calories en faisant l'effort d'en manger que ce qu'il va vous rapporter.

- D'après la loi en Georgie, un poulet a interdiction de traverser la route.

- Nous dormons environ 1/3 de notre vie. (soit 202 300 heures ou un peu plus de 23 ans).

- Le feu le plus long du monde (sur la durée) brula durant 437 ans dans une houillere chinoise de la province du Sichuan. Il consuma plus de 127 millions de tonnes de charbon, et fut eteint le 25 novembre 1997.

- Pour échapper à l'emprise des mâchoires d'un crocodile, poussez vos pouces dans ses yeux - il vous laissera partir immédiatement.

- Si l'on met une petite quantité d'alcool sur un scorpion, il deviendra instantanément fou jusqu'a se piquer lui-même et se donner la mort.

- Dans les textes de loi en Indiana, les singes n'ont pas le droit de fumer.

- En une vie une femme avalera en moyenne 3kg de Rouge à lèvres.

- D'après la loi en Californie, il est proscrit de monter un piège à souris sans permis de chasse.

- Il y a plus de personnes tuées chaque année par des noix de coco qui tombent de l'arbre que par des attaques de requins

- Dans l'Utah, il est interdit de faire l'amour en pleine lumière.

- A Washington, dans la ville d'Auburn, déflorer une femme vierge est passible de 5 ans d'incarcération.

- Entre le Japon et la Russie, la 2eme guerre mondiale n'est officiellement pas finie, ils n'ont pas fait de traité de paix.

- En moyenne, 12 nouveau-nés sont donnés aux mauvais parents tous les jours.

- En Alabama, il est interdit de conduire les yeux bandés et de mettre du sel sur les voies ferrées sous risque de peine de mort.

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Stéphane Velut, Cadence, roman, 190 pages, Christian Bourgois Editeur, août 2009, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Non, non, je n'ai pas fui ce blog ! Même si je l'ai "délaissé" pendant un mois, il est toujours là, et moi avec. Avec en prime un nouvel article littérature. Un roman de la rentrée publié chez Bourgois, que j'aurais plutôt vu chez un Albin Michel en forme, un Gallimard version rentrée 2008 (de belles prises de risque en ces mois d'août et septembre) ou encore un POL.


cadence2Tout commence en février 1933 à Munich lorsque le narrateur est investi d'une mission de la plus haute importance : peindre la toile qui donnera espoir au peuple allemand, faire d'une fille aux boucles blondes l'icône d'un pays en chute libre, dorer le blason d'un homme qui monte pendant la crise à coup de propagande.
Mais le peintre ne croit pas en Hitler, pas plus qu'en les hommes "ordinaires". Il ne le fait pas non plus pour l'argent qu'il touchera à la fin des sept mois prévus pour la création et la livraison de l'oeuvre. Non, il nourrit de bien plus grandes ambitions.


"Elle avait des émotions (et) ses émotions avaient un petit effet sur moi. Et cela m'était insupportable, je n'avais rien prévu de tel. Avant de la voir, je l'avais imaginée finie toute à moi, sage et asservie. Mais la petite s'avérait encore loin d'être à moi totalement, elle était encore pétrie de ses souvenirs et de ses peurs, incapable de devnir pleinement mon jouet. Elle arrivait parasitée par la vie. Il fallait que je la vide. (...) Elle n'avait besoin d'aucun passé pour ce qu'elle allait devenir."

Le ton est donné, la trame lancée. On découvre au fil du récit ce que le peintre désire faire de la fille qui lui est offerte en modèle et non pas en objet, comme il le désire et comme il l'entend.

"Le silence serait le seul moyen de parvenir à mes fins. Que je la laisse ainsi dans l'ignorance de mon projet, inquiète, attentive à tous mes gestes, et elle finirait bien par ne plus penser qu'à cela, comme moi."

Comme nous. Ce silence dosé nous emprisonne dans la Cadence de Stéphane Velut, attentifs à tous ses mots. Et on finit par ne plus penser qu'à ça, comme lui, comme elle.

Avant, il peignait des vieillards, des fous. Debout, nus, grandeur nature. Mais "ce n'était plus convenable". Plus personne ne s'intéressait à lui, à son travail, il n'était plus exposé nulle part. "Car la variante, ce qui vous fait quelque peu singilier, a vite fait de vous rendre abject aux yeux des gens quelconques." Alors, il avait sauté sur l'occasion. Il pourrait peindre, mais ça l'intéressait peu désormais. Ce qui lui importait, c'était son projet, qu'il pourrait enfin réaliser.

"Je pensais que deux mois pour façonner mûrement l'ensemble et le réaliser nous suffiraient. Un temps qui s'annonçait de pur délice. Ensuite je la peindrai, Hitler pouvait attendre."

Avec la complicité de Wermer Troost, "le plus grand prothésiste de l'Allemagne", il mène à bien son projet, dont il nous dévoile cadence1les pendants à petites doses.

"Nous nous accordâmes sur les cuirs, les fixations diverses et les aciers polis qui offraient tout à la fois confort, esthétique et rigidité. Je laissai, en revanche, toute liberté dans les choix mécaniques. Les subtilités de fabrication de l'ensemble m'échappaient totalement."

Dans un style aussi poétique et soutenu qu'horrible et tranché, Stéphane Velut signe là un récit puissant, dont on ne connait la teneur que petit à petit. Inquiétant lorsqu'il commente à demi-mots l'oeuvre dont il est si fier au début de ce carnet qu'il écrit au moins de septembre. Suffoquant lorsque l'on comprend ce qui se trame au dernier étage du 18, à Betrachtungstrasse. Le premier roman du neurochirurgien et professeur d'anatomie de cinquante-deux ans est une des merveilles de la rentrée qui passent inaperçues, un conte cruel, un petit bijou d'horreur et de sensiblerie, à mi-chemin entre un Kafka et un Burton, sur fond de traque allemande que l'on connait, contée ici d'une manière assez particulière. Tout comme ce roman, très particulier, de ceux qui ne plairont pas à tout le monde, mais qui ont la carure d'un chef-d'oeuvre.


Après que le jury du Prix Virilo (blog) a jugé qu'il "ferait peur même en banlieue", Cadence a reçu le Prix Sade 2009.

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