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Stéphane Hessel, Indignez-vous !, Indigène Éditions, 3 € **

Publié le par Sébastien Almira

hessel2-copie-1.jpgÔ joie ! En rentrant chez moi et en trouvant Indignez-vous dans ma chaussette de Noël, que je persiste à laisser au bout de mon lit, alors qu'on me le demande entre dix et trente fois par jour et que nous ne l'avons plus car nous fermons fin février et que nous ne recevons plus rien, ni nouveauté, ni réassort, ni commande client.

Je m'enferme alors aux toilettes, par nostalgie du temps où j'y passais en moyenne une demi-heure accompagné de quelques livres et magazines, voire quelques photos cochonnes, et commence le petit livre tant convoité.

 

Trente pages pour trois euros auxquelles il convient de retirer les pages de garde, de titre, de publicité sur la nouveauté et sur les autres ouvrages de l'auteur.

Vingt pages pour trois euros auxquelles il convient de retirer également les notes et la postface de l'éditeur.

Finalement quatorze pages pour trois euros dans lesquelles je me plonge.

 

« 93 ans. C'est un peu la toute dernière étape. La fin n'est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : les années de résistance et le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! »

 

Je m'attendais au petit livre choc dont je m'évertuais à vanter les qualités, mais il n'en est rien ! Stéphane Hessel a donc 93 ans et son cheval de Troie ressemble plus au discours hésitant, un peu niais et bourré de répétitions et autres redondances d'un ancien résistant dont on aurait coupé les extraits les plus intéressants.

 

« Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir un motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire, et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler. Ces droits, dont la Déclaration universelle a rédigé le programme en 1948, sont universels. Si vous rencontrez quelqu'un qui n'en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir. »

 

Le reste du livre est partagé entre ce précédent paragraphe dont chaque phrase bénéficie d'un nombre incalculable de périphrases et son indignation pour la bande de Gaza, Israël et la Palestine. On en saura pas plus. Vous devez vous indigner, moi je me suis indigné contre le nazisme et aujourd'hui contre Israël parce que j'y suis allé en vacances avec ma femme grâce à nos laisser-passer et que j'y ai vu les souffrants, qu'on m'y a dit que les soldats israéliens sont vilains, etc.

C'est tout ce que vous apprendrez en lisant Indignez-vous. Ce n'est pas que le livre est mauvais mais la manière dont on nous le vend est totalement inadaptée au contenu de l'ouvrage. Il ne s'agit pas d'un pamphlet politique, il ne s'agit pas d'un bombe prête à exploser, il s'agit simplement d'un appel à l'indignation, sans pistes, ni réponses.

 

Reste toutefois cette phrase forte, la dernière de Stéphane Hessel dans Indignez-vous :

 

« CRÉER, C'EST RÉSISTER.

RÉSISTER, C'EST CRÉER»

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Le meilleur de l'année 2010

Publié le par Sébastien Almira

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Je ne vais pas me la jouer "Chers lecteurs bien aimés, je vous remercie du plus profond de mon coeur..." sur un ton pathétiquement important car ce ne serait pas moi. Vous avez découvert un ton toujours incisif mais plus délirant et excentrique. Et bien, ça, c'est moi. Non pas que je sois un vieil excentrique un peu folâtre sur les bords, loin de moi cette idée !

Alors laissez-moi vous remercier du plus profond de mon coeur d'avoir accroché ou simplement rendu visite à mon blog. J'espère que les articles qui arriveront tout au long de l'année vous intéresseront autant, voire plus que l'an passé, et toucheront un peu plus de monde (pourquoi ne pas rêver de doubler mes statistiques !).
Alors n'hésitez pas à me le faire savoir en commantant les articles qui vous auront plu comme ceux qui vous auront horripilé ! N'hésitez pas non à faire découvrir le blog Culturez-Vous à vos amis (notamment grâce à la page facebook), si tant est que vos amis aient des préoccupations aussi culturelles que vous !

2011, ce sera toujours beaucoup de critiques littéraires et quelques articles dits "de fond" (sur des sujets comme la librairie, l'écriture ou le marché du disque) et quelques attentats à la culture ; quelques critiques musicales même si ce n'est pas mon domaine parce que, quand même, j'aime ça, et quelques critiques de ciné, même si j'ai carrément du mal à en parler parce que, franchement, j'adore ça !

Mais 2011, ce sera aussi quelques interviews d'auteurs (ou autres). Et après avoir remodelé la colonne de droite en plusieurs catégories : Blogs littéraires, autres sites, sites éditeurs, sites librairies, articles à venir, derniers articles, catégories, archives et système de notation, j'ajouterai un nouvel encart. Chaque semaine, un ancien article sera mis en avant avec une photo et un lien pour ceux qui auraient raté des articles plus tout jeunes, mais quand même vachement bien !

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente année 2011, pleine de joies et de découvertes littéraires, musicales et cinématographiques ! Et à vous dévoiler mon TOP 2010. Je sais, vous êtes au bord de l'overdose après mes articles Coups de Coeur de novembre-décembre, mais il s'agit là du vrai TOP 2010, comme celui 2009 à lire ici !


Cinéma :

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1.
Moi, moche et méchant, de Pierre Coffin (DVD en février 2011) (critique)

2. Kick Ass, de Matthew Vaughn (critique)
3. 8th Wonderland, de Nicolas Alberny et Jean Mach (double DVD en mars 2011)
4. Toy Story 3, de Lee Unkrich (critique)
5. Avatar, de James Cameron

Ma déception : Kaboom, de Gregg Araki
Mon coup de gueule : Harry Potter et les reliques de la mort (partie 1), de David Yates


Musique :

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1.
Stade de France (double DVD) et N°5 on tour (double CD), de Mylène Farmer (double DVD) (critique)

2. Night Work, des Scissor Sisters (critique)
3. Recovery, d'Eminem
4. The Sellout, de Macy Gray
5. Za7ie, de Zazie (critique)

Ma déception : Comes around sundown, de Kings of Leon (critique)
Mon coup de gueule : Philippe Katerine, de Philippe Katerine (article)


Livres :

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1.
Méto, d'Yves Grevet (trilogie, Syros) (critique)

2. Le cimetière de St Eugène, de Nadiay Galy (Albin Michel) (critique)
3. La princesse qui n'aimait pas les princes, d'Alice Brière-Haquet (Actes Sud Junior) (article)
4. Une forme de vie, d'Amélie Nothomb (Albin Michel) (critique)
5. Le dernier crâne de M. de Sade, de Jacques Chessex (Grasset)

Mes déceptions : Les assoiffées, de Bernard Quiriny (Seuil) (critique) et Concerto à la mémoire d'un ange, d'Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) (critique)
Mon coup de gueule : L'écuyer mirobolant, de Jérôme Garcin (Gallimard) (critique)


Et vous ? Quels ont été vos découvertes, vos coups de coeur, vos déceptions et vos coups de gueule ? Partagez-les avec nous afin de nous éviter d'acheter de la m**** en nous jetant plutôt sur des merveilles !

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Jean-Baptiste Del Amo, Le Sel, roman, 300 pages, août 2010, Gallimard, 19,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

« Jamais elle n'avait compris l'excitation de la mer, indéfiniment renouvelée. Les hommes y vont comme ils vont aux femmes, se lassent des femmes, mais jamais du large. Elle pensait à Armand sans y penser vraiment ; les disparus nous habitent sans cesse. Ils ne sont pas une image mais une empreinte indélébile, un voile entre soi et le monde, qui le colore à sa façon d'une âpre mélancolie. Désormais, rien ne lui parvenait, aucune image, aucun son, aucun sentiment, sans être pétri du souvenir d'Armand. » (page 17)

 

 

le selLe second roman de Jean-Baptiste Del Amo, c'est ça : la mer, les hommes, les disparus, la mémoire, l'ennui, le sel. Tout ramène à la mer comme tout ramenait à la Seine dans Une éducation libertine, premier roman remarqué autant que remarquable.

 

Ce roman qui pourrait être une pièce de théâtre classique se déroule en une journée ; celle du dîner où Louise a convié ses trois enfants, leurs conjoints et leurs enfants. Une journée comme une autre où la perspective d'un simple dîner voile doucement l'atmosphère d'apparence paisible qui régnait sur la famille. Mais rien ne se passe. Chacun leur tour, Louise et les trois enfants, Albin, Fanny et Jonas, se souviennent de leur enfance, de leur père, de la mer. En avançant pas à pas dans les trois actes mis en scène par une plume toujours divinement façonnée, Nona, Decima et Morta, on apprend d'abord à connaître les protagonistes, puis la vie d'une famille ravagée par un homme rustre dont l'existence entière était vouée à son amour inconditionnel de la mer.

 

Jonas, c'est le petit dernier, le chouchouté par sa maman, qui vit avec Hicham et qui hait son père. C'est cliché, certes. Depuis qu'il l'a entendu dire qu'il n'était qu'une pédale dont ils ne feraient rien, il ne souhaite rien plus que de se dissocier de lui. Il éloigne le plus possible son caractère, son physique, sa sexualité, son style de vie de ceux de son père. Rien d'autre que l'amour de l'eau, de l'étang, de la mer, ne leur est commun.

« Fanny n'ignorait rien des liaisons successives que Mathieu avait entretenues durant ces dernières années, mais elle n'était jamais parvenue à en éprouver ni peine, ni rancœur. Elle savait que Mathieu la fuyait et elle ne lui en tenait pas rigueur. La disparition de Léa (sa fille, ndlr) avait suspendu son existence ; elle était sur le bas-côté et regardait passer le train sans avoir la force d'essayer de monter à bord. » (page 33) « Il ne restait (d'elle) qu'une bourgeoise guindée et attentive, voire vouée toute entière à la superficialité de la vie. » (page 124)

Albin, en tant qu'aîné parfait, avait hérité de son père tout ce qu'il pouvait en prendre : un machisme certain, une supériorité à toute épreuve, un physique robuste, une vision particulière de la femme et un dégoût profond pour Jonas. « Son frère l'écœurait, lui faisait honte. Sa présence était comme un affront à sa virilité. Rien ne lui était plus difficile que de les voir réunis en toute impunité sous le toit de son père. » (page 46) Malgré sa condition de patriarche viril et puissant, son couple battait de l'aile depuis qu'ils avaient appris à faire l'amour en silence à l'arrivée des enfants.

 

Voilà donc ce que l'on apprend dans ce second roman tant attendu qui m'a légèrement ennuyé, le caractère de chacun des enfants, entre autres souvenirs maritimes sexuels (ballades à la plage où la mère se fait toucher par un étranger, sorties en vélo entre jumeaux à la plage où l'un finit par bander et toucher l'autre, sortie à la mer où Fanny, assise sur un marin ami du père, sent des mains sous sa jupe et une verge dressée contre elle, etc.). Car si les scènes sexuelles étaient peu présentes dans Une éducation libertine, elles étaient empreinte d'une sensualité torride. Dans Le sel, le vulgaire et le malsain prennent parfois le pas un peu trop facilement sur une écriture sensible et recherchée qui laisse penser à un auteur classique.

 

Au terme de cette journée comme les autres, le dîner. Rien d'autre.

Au terme de ce roman comme les autres, l'écriture. Rien d'autre.

 

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Mylène Farmer en Bleu Noir

Publié le par Sébastien Almira

mfjt_013.jpgAlors qu'elle avait l'habitude de faire couler trois à six ans entre chaque album, celle qui règne sans conteste sur le marché du disque français depuis plus de vingt-cinq ans frappe fort alors qu'on ne l'attendait pas. Son précédent opus, Point de Suture, datait d'août 2008, sa détonante tournée aux 550 000 spectateurs avait culminé par deux fois au Stade de France en septembre 2009 et le DVD retraçant ces deux concerts était la meilleure vente de DVD musicaux depuis plusieurs mois lorsque Mylène Farmer annonça un duo écrit pour le retour de Line Renaud, C'est pas l'heure, un duo événement avec Ben Harper sur l'album hommage au groupe INXS, Never tear us apart et, dans la foulée, que son nouvel album était fin prêt.

Et pas n'importe quel album puisqu'elle a travaillé avec Red One, notamment faiseur de tubes de Lady Gaga, Moby et le groupe anglais Archive. Laurent Boutonnat, planchant sur son nouveau film, n'est pas de la partie et il y a dans ce projet un besoin de renouveau, de création pour l'artiste, même si on peut supposer un but plus intéressé : profiter du buzz Line Renaud / INXS pour ne pas se faire oublier, en touchant par la même occasion un public jeune et avide de créations commerciales grâce à Red One ainsi que les fans de Moby et Archive.

 

Le résultat est pour le moins déroutant. En septembre, on découvre Oui... mais non, composée par Red One, chanson qui ne laisse personne indifférent. Quand bien même l'on sait que cette expression ne veut plus dire grand chose, elle prend ici toute son ampleur : j'ai adoré la chanson les deux premiers jours, persuadé qu'il s'agissait là d'une tuerie ; j'ai de moins en moins aimé par la suite, trouvant les arrangements pas vraiment originaux et déjà vieillots ; puis j'ai fini par m'y faire en espérant toutefois que Red One ne serait que très peu présent sur l'album et que la direction choisie par Mylène n'était pas cet électro, nasillard et déjà vu, de piètre qualité.

Un site éphémère est créé pour l'occasion. Le principe est simple : à chaque pallier (10 000 ou 20 000 visites uniques), un élément de l'album était dévoilé. Extrait d'une chanson, pochette de l'album, remix et clip de Oui... mais non entre autres, jusqu'au dernier pallier où, à 400 000 visites, était dévoilé la chanson et le clip de Leila. Pari réussi puisque jusqu'à la fermeture du premier site du genre, ce sont plus de 500 000 visiteurs uniques qui sont venus découvrir les surprises du retour de Mylène Farmer. Le succès était déjà au rendez-vous.

 

mylene-farmer-bleu-noir.jpgDébut décembre paraissait Bleu Noir, affublé d'une pochette et d'une mise en page de très mauvais goût créées par un Henry Neu qu'on avait connu plus inspiré, moins débutant, moins incapable.

À la première écoute, ne ressortent d'un ensemble pataud que les deux morceaux de Red One, Oui... mais non et Lonely Lisa, le reste se laissant écouter comme de la bonne musique d'ambiance. Ce n'est qu'après plusieurs écoutes que la qualité se révèle à nos oreilles. D'accord, il ne faut pas généraliser : je suis certain que d'autres n'ont pas attendu ce seuil de tolérance pour se rendre compte de la qualité du disque.

Le travail de Moby est le plus hétérogène de l'album, son électro planant sied bien à la pop de Farmer avec de nouveaux types de chansons malgré une certaine redondance sur quelques titres : un Bleu noir aux saveurs électro-rock servi dans un plat plus tendre qu'un Instant X, des Toi l'amour ou Moi je veux... mid tempo pas très recherchés, un M'effondre typiquement Moby qui débute tranquillement avant de finir en beauté et deux Inséparables (dont la version anglaise est écrite par Moby) pas vraiment indispensables. Quant à N'aie plus d'amertume, elle fait figure de ballade culte de l'album, bien qu'elle ne puisse rivaliser avec la classieuse Point de suture ou la mythique Ainsi soit je... Les compositions du New Yorkais sont unanimement celles qui collent le mieux à l'univers et aux sonorités Farmer/Boutonnat, entre renouvellement et continuité.

Archive, eux, ne signent que trois chansons, mais quelles merveilles ! Un Light me up prêt à nous transporter à Londres dans un piano bar jazzy et cosy, un somptueux hommage à la princesse Leila avec un morceau éponyme où Mylène pose sa voix tendrement plus qu'elle ne chante, ainsi qu'un vibrant Diabolique mon ange où les couplets ont des allures de refrains et inversement.

Quant à Red One, on préfère oublier ses « arrangements putassiers » (dixit l'excellente critique d'Arno Mothra à lire ici) en se disant que Oui... mais non signe enfin le retour de Mylène Farmer en radio et en télé, après avoir été injustement boudée pour ses deux précédents albums, notamment par son principal sponsor NRJ.

 

bleu-noir_affichage_02juvisy-parptitgeniemfiscalle-copie-1.jpgÀ la demande de la chanteuse, sa voix est plus mise en avant que d'accoutumée. Plus de nappes de synthés, de basses trop puissantes, de guitares trop agressives pour masquer les effets auxquels elle s'adonne (excepté sur le titre Bleu Noir où sa voix est quasi inaudible) ; ses mots sont tantôt graves et chauds, aigus et cristallins, scandés, soufflés ou encore longuement posés comme sur du velours (M'effondre, Leila). Paradoxalement, c'est lorsque ses textes sont plus dépouillés que jamais qu'elle donne une importance rarement vue dans ses chansons à sa voix. Les mots qu'elle porte sont moins recherchés, les phrasés moins travaillés, les sens cachés bien cachés , les jeux de mots quasi absents... Pas de texte à la hauteur d'un Je te rends ton amour ou d'un Paradis inanimé. C'est plutôt devant les musiques et les mélodies de Diabolique mon ange, Leila, Light me up ou encore M'effondre que l'on pourra s'enthousiasmer.

 

 

Il faudra bien plusieurs écoutes pour s'apercevoir que la banalité perçue au début cache un résultat empreint d'originalité et de qualité dans les compositions et les arrangements, même si l'on pourra regretter le punch de Point de Suture. Ce huitième album un brin mélancolique marque une révolution dans la carrière de Mylène Farmer puisque c'est la première fois qu'elle ne travaille pas avec Laurent Boutonnat et cet essai est, ma foi, plutôt réussi si tant est que l'on s'y plonge un minimum.

En tout cas, ce tournant n'a pas alarmé les acheteurs puisque, l'effet Noël aidant, l'album s'est arraché à plus de 139 000 exemplaires (record de l'année) et plus de 9 000 en téléchargement légal (record tout court) la première semaine, et plus de 81 000 la seconde !

 

 

 

Je vous propose deux petites merveilles à écouter jusqu'au bout (effet crescendo assuré !) pour vous convaincre, si ce n'est déjà fait. N'hésitez pas à donner votre avis !

 

M'effondre, composée par Moby, est la chanson « expérimentale » de l'album, au même titre que Psychiatric dans L'autre... (1991) ou Porno Graphique dans Avant que l'ombre...(2005) :

 


 

Diabolique mon ange est une merveilleuse composition de Darius Keeler (Archive) :

 

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Antoine Dole, Laisse brûler, roman, 190 pages, Sarbacane, collection Exprim', mars 2010, 15 € **

Publié le par Sébastien Almira

antoine-dole.jpgLa collection EXPRIM', vous connaissez ? Les romans « nouvelle génération » comme romans sonores, nourris de slam, de hip-hop, de rock, de chanson, avec de jeunes auteurs qui dynamitent la langue pour lui donner de nouvelles couleurs, et qui imaginent de vraies fictions tout en gardant un œil sur le réel. Les romans « nouvelle génération » comme romans visuels, puisants dans le cinéma et les séries TV, avec des phrases taillées comme des travellings, des flash-back supersoniques et des cuts cinglants ! Les romans « nouvelle génération » comme romans poétiques, portés par des langues sculptées, malaxées, truffées d'idées et de trouvailles, qu'elles chantent.

Voilà, vous comprenez ce que c'est, maintenant, un roman EXPRIM' ? Alors passons à Laisse brûler, qui m'a fait prendre la réalité EXPRIM' en pleine face !

 

Du haut de ses vingt-neuf ans, Antoine Dole a publié toute sorte de textes (nouvelles, essais, BD, comics et romans) chez des petits éditeurs d'abord : aux éditions du Cygne ou dans des revues, avant de voir éditer son mode d'emploi de la masturbation masculine à La Musardine (dans la collection « Osez... »), et ses récits chez Sarbacane et Au Diable Vauvert.

 

 

Noah ne pense qu'à Julien. Depuis six ans, ça le ronge, ça le détruit. Rien n'a plus d'importance que de se remplir l'esprit de Julien.

Maxime tombe amoureux de Noah mais ne s'en rend compte que lorsque celui-ci le quitte. Avec ces mots : « Il s'appelle Julien ». Dès lors, il ne vit que pour savoir qui est ce Julien, cause de sa rupture.

Julien, animateur-vedette d'une chaîne câblée, ne vit que pour lui-même. Tout ce qui l'intéresse, c'est se taper des beaux gosses qu'il aura sitôt fait d'oublier. Lui aussi ne pense qu'à lui.

Tout converge autour de lui : Noah, Maxime, lui. Et pourtant il ne les connait pas, pas plus qu'il ne se connait lui-même.

 

Construit sous trois narrations distinctes, consacrées à chacun des trois personnages principaux, le récit offre une première partie assez mystérieuse et une seconde, malgré les éclaircissements, sombre. Mystérieuse dans les faits, sombre dans le propos. L'importance primordiale de Julien construite au début du roman se ternit à mesure que celui-ci avance car, dans les chapitres qui lui sont consacrés, on le découvre nu, ligoté à une chaise dans une cave sans lumière. Il perd de sa splendeur et devient aussi vulnérable que les personnages de Noah et de Maxime, voués à broyer du noir à cause de Julien. L'auteur parvient avec justesse à définir l'importance croissante du personnage de Julien et sa chute morale interminable : posé sur un piédestal, il est par la suite négligé, bafoué, brisé par l'intrigue.

 

laisse-bruler.jpgAvec cette écriture revendiquée par les jeunes éditeurs de Sarbacane, hachée, violente, poétique et familière, Antoine Dole tisse un récit à suspense sans ménager nos esprits, que ce soit avec la violence de certains phrasés ou de scènes sexuelles crues. Qui est réellement Julien ? Que s'est-il passé il y a six ans, qui empêche Noah d'avancer ? Qui en veut assez à Julien pour le séquestrer ? Les fils se dénouent pour nous en même temps que pour les protagonistes. Ils découvrent avec nous les secrets de ceux qu'ils côtoient ainsi que leur vraie nature.

 

Se pose après la lecture une toute autre question : qu'est-ce que fait ce roman dans une collection pour ados ? Dès la première page, où du sperme coulait sur la joue de Noah, si je ne m'abuse, la question m'a taraudé. Il a fallut que j'en discute avec deux des éditeurs, dont le directeur de la collection EXPRIM' pour comprendre ce qu'ils désiraient faire de cette collection : des livres qui ne cachent rien aux jeunes. Parce que la vie est ainsi faite, de joies, de bonheurs, de science-fiction, mais surtout de peines, de violences et de réalités, leur but n'est pas de forcer à la lecture des jeunes qui ne sont pas prêts, mais de montrer à ceux qui le sont ce qu'on leur cache bien trop souvent dans la vie comme dans la littérature. Alors, je n'ai plus rien à dire...

 

Blog d'Antoine Dole

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Coups de cœur 2009

Publié le par Sébastien Almira

sapin2009-copie-1.jpg

 

 

Avant de passer à l'année en cours, terminons cette rétrospective avec quelques idées cadeaux supplémentaires. Cliquez sur les titres pour lire d'éventuelles critiques sur le blog.

  

 

zest-of-zazie.jpgEn 2009, côté musique, l'heure est à la compilation. La reine de la pop Madonna sort Celebration, un choix de 34 de ses plus grands tubes auxquels s'ajoutent Celebration et Revolver, ses deux nouvelles bombes electro. Manquent toutefois certains titres, comme American Life, Get together, Deeper and deeper ou encore Don't cry for me, Argentina.

Côté français, c'est Zazie qui propose son premier best of. Intitulé Zest Of, il compile tous ses singles de Sucré salé en 1992 à Flower power en 2007 en passant par Zen, Larsen, Tous des anges, À ma place (avec Axel Bauer), Rue de la paix, Rodéo ou encore Je suis un homme. Il n'y a que Danse avec les loops et Excuse-moi qui manquent à l'appel. Deux inédits les remplacent : Un peu beaucoup et FM Air (chanson best of originale), et des versions live inédites du Totem Tour (voué à ne jamais sortir en CD/DVD), dont le single J'étais là chanté en live avec Diam's.

Mylène Farmer présente son Tour 2009 en CD (il faudra attendre avril 2010 pour le DVD), y figurent notamment ses plus grands tubes : Libertine, Sans Contrefaçon, Pourvu qu'elles soient douces, Ainsi soit je, Désenchantée, XXL, Rêver, L'âme-stram-gram, Je te rends ton amour, Dégénération, Appelle mon numéro et C'est dans l'air.

 

the-xx.jpg2009 marquait également le retour des Black Eyed Peas (The E.N.D. : The Energy Never Die) avec une flopée de tubes (Boom Boom Pow, Rock that body, Missing you, Meet me halfway, I gotta feeling) ; de Diam's avec S.O.S., un album mêlant rap moyen et rap et variet' de haute voltige (Les enfants du désert, I am somebody, Peter Pan, Dans le noir, Rose du bitume, Sur la tête de ma mère) ; de Muse avec The Resistance, un album pop-rock-opéra magistral et une tournée triomphale à travers le monde entier ; de David Guetta avec One love où il convie Kelly Rowland, Chris Willis, Akon, Kid Cudi, Ne-Yo, les Black Eyed Peas et Estelle à partager l'affiche sur les tubes de l'année (When love takes over, Gettin'Over, Sexy Bitch, I gotta feeling, One love) ; et de Whitney Houston avec I look to you, album merveilleux sortant la diva de la disgrâce dans laquelle elle se vautrait depuis quelques années avant d'y retomber amèrement en entamant sa série de concerts hors de prix où elle fut incapable d'aligner deux mots sans fausse note.

 

Enfin, 2009 c'est la découverte d'un groupe magique, The XX. Entre pop, musique d'ambiance et rock, ils nous embarque dans un voyage hors des sens et du temps. S'il y a un album à acheter cette année, c'est celui-ci. Il est d'ailleurs disponible dans une nouvelle édition à 9,99 € chez tout disquaire ne se contentant pas d'avoir en stock les grosses machines !

 

 

Mary-et-Max-affiche.jpg2009, c'est énormément de films vus au cinéma. Je dresserai la liste de certains et je ne parlerai que des excellents.

Pour se distraire, Ponyo sur la falaise (le dernier Miyazaki), L'âge de glace 3, Coraline (par le réalisateur de L'étrange Noël de M. Jack), Les beaux gosses (de Ryad Sattouff), Neuilly sa mère (très drôle !), Arthur et la vengeance de Maltazar.

Il ne faudra en revanche surtout pas rater Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, pimpante parodie des films de guerre avec Christoph Waltz, Diane Kruger et Mélanie Laurent, où un groupuscule de soldats juifs américains viennent semer la zizanie en Europe en tuant sauvagement du nazi. Culte !

Il ne faudra pas non plus rater Mary et Max, « un petit bijou d'animation » (Le Figaro), « une merveille » (Télérama). Déroutant, tendre, dépressif et drôle, c'est tout en contradiction que les deux héros, une Australienne de 8 ans et un Américain de 44 ans entretiennent une correspondance sur plus de vingt ans, pour le meilleur et pour le pire. Un chef d'œuvre d'animation pour adultes disponible dans un joli coffret DVD à double face.

Enfin, il ne faudra pas passer à côté de Gran Torino de Clint Eastwood, une grande claque de cinéma à se prendre en pleine face avec un plaisir déraisonnable.

 

 

la-fabrique.jpgAprès avoir plus longuement épilogué que d'accoutumée sur la musique et le cinéma, offrons la même place à la littérature !

En janvier, j'ai découvert Maurice G. Dantec. J'avais essayé Artefact il y a quelques années, sans succès, mais Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute (Albin Michel) m'a permis de lire enfin un Dantec, et de l'apprécier. Entre polar et science-fiction, ce roman, contrairement à son titre, très court, est agréablement bien écrit, nous tient en haleine pour une course poursuite originale et une scène quasi incompréhensible dans l'espace qu'on pardonnera à l'auteur, tant le reste du roman est bon.

Muriel Spark me rappelait Jean-Pierre Ohl, pourtant plus récent, dans Complices et Comparses (Gallimard), excellent roman d'aventure et de suspense typiquement anglais. Stieg Larsson m'embarquait à mon tour dans l'aventure Millénium (Actes Sud), moi qui ne suis pourtant pas friand de polars.

Peb et Fex publiaient La fabrique, tome 1, une bande dessinée cynique sur le monde l'entreprise avec l'originalité que celle-ci se passe... chez les souris !

letrange-vie-de-nobody-owens.jpgCôté ado, je dévorais le premier tome de Scott Westerfield, Uglies, le second, Pretties, avant de me lasser du troisième, Specials, et de ne pas finir le quatrième, Extras. Je m'extasiais en revanche devant la prose et l'imagination de Neil Gaiman dans L'étrange vie de Nobody Owens (Albin Michel), l'un des meilleurs romans ados depuis des lustres.

Lors de la rentrée de septembre, c'est devant Alain Blottière (Le Tombeau de Tommy, Gallimard), Samuel Benchetrit (Le cœur en dehors, Grasset), David Foenkinos (La délicatesse, Gallimard), Pascal Fioretto (L'élégance du maigrichon, Chiflet et Cie), Stéphane Velut (Cadence, Christian Bourgois) et Sylvie Germain (Hors Champs, Albin Michel) que je m'inclinais.

 

 

TOP DU TOP :

- N°5 On Tour de Mylène Farmer et The XX en CD

- Mary et Max, Inglourious Basterds et Gran Torino en DVD

- L'étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, Le Tombeau de Tommy d'Alain Blottière

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26e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil : du 30 novembre au 6 décembre 2010

Publié le par Sébastien Almira

Site du salon :

http://www.salon-livre-presse-jeunesse.net/accueil.html

 

 

salon.jpgAucun article la semaine dernière à cause du vingt-sixième salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil qui avait pour thème en 2010 "Princes et Princesses". Salon menacé d'extinction après une baisse de l'aide accordée par le Conseil Général. Qu'on se le dise : la culture, c'est bien beau de s'en occuper, d'y investir, mais ça ne rapporte pas grand chose. Alors pourquoi ne pas baisser le financement de 2,6 à 1,6 millions d'euros ? On passera sur la leçon politique et les multiples solutions pour gagner de l'argent sans détruire la culture, pour s'intéresser à ce salon.

 

 

Comme tout libraire, payé au lance-pierre, on passera également sur le demi-SMIC touché pour une semaine de soixante-dix heures. Il ne faut pas se leurrer, ça nous ennuie beaucoup d'être sous-payé. Mais bon, travailler sur un salon, c'est quand même sympa. On y fait des rencontres en tout genre : anciens camarades (comme quoi, le monde du livre n'est pas si grand que ça !), libraires, éditeurs, auteurs, illustrateurs. On se rend compte que sur le stand Actes Sud Junior où on travaille, le « libraire-responsable-de-tout a fait le même IUT que vous quelques années plus tôt, que la représentante d'Actes Sud sur le stand (responsable promotion et salons), elle aussi, a fait le même IUT ! Mais qu'à l'époque (désolé, Cathy, pour l'expression !), on parvenait bien plus vite à ses fins. Stage chez Bayard, embauchée huit ans chez eux au sortir de l'IUT, et depuis quinze ans dans une de plus importantes maisons d'éditions françaises, alors que pour atteindre un tel poste aujourd'hui, il faut un DUT, une licence pro, un master, de la chance, des contacts et beaucoup de patience.

 

 

Quand l'heure n'est pas aux cars d'enfants déversés sans ménagement sur le stand (attention aux distributions de bracelets, amis libraires !), c'est l'occasion de feuilleter, voire lire, quelques livres du stand et de ceux alentours.

 

oups.jpgC'est ainsi que j'ai pu découvrir chez Hélium l'album Oups de jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet ou l'histoire rocambolesque d'un départ en vacances et chez Sarbacane des éditeurs passionnés et passionnants qui m'ont conseillé Zone Cinglée dont vous pourrez lire ma chronique d'ici quelques jours.

 

Bon, je l'avoue, mes découvertes n'ont pas été très éclectiques puisqu'elles ont été majoritairement faites sur le stand d'Actes Sud Junior. Du côté des ados, ce sera Blog de jean-Philippe Blondel, coups de cœur général des libraires, dans lequel un garçon découvre que son père lit son blog. Il se referme alors sur lui-même jusqu'au jour où son père lui donne à lire le journal intime qu'il tenait à l'âge de son fils. Le second est La piscine était vide de Gilles Abier, ou l'histoire d'un amour inconditionnel qui finit en comédie shakespearienne.

 

Dans la collection Benjamin, ce fut J'ai peur du monsieur, Gabriel s'inquiète pour le Père-Noël et La princesse qui n'aimait pas les princes. Tous basés sur un sujet de société, plus ou moins bien traité, les trois ont des vertus pédagogiques sous couvert d'une histoire assez fun pour ne pas rebuter les enfants. Le premier, de Virginie Dumont, traite de l'exhibitionnisme et autres petits désagréments auxquels les enfants peuvent malheureusement avoir à faire face. Je regrette que la fin soit un peu trop aseptisée de sorte qu'on croirait qu'il n'y a finalement pas de problème. Le second, de Jo Hoestlandt, raconte comme beaucoup d'autres l'histoire d'un garçon amené à douter de l'existence du gros bonhomme rouge dans un court roman illustré assez plaisant.

princesse.jpgEnfin, le troisième, écrit par Alice Brière-Haquet et illustré par Lionel Larchevêque, est un conte à mettre entre toutes les mains ! La collection Benjamin dans laquelle il paraît s'adresse aux enfants de six à huit ans et là, Actes Sud prend des risques car les auteurs nous présentent une princesse qui ne veut aucun prince de ceux que son père lui présente. Personne ne l'intéresse. Jusqu'au jour où le roi fait appel à la fée. Là, c'est une fée métisse qui apparaît sur son cheval blanc, une fée d'une pure beauté. Et la princesse « la vit, rougit, pâlit à sa vue. » Dans une phrase très racinienne, voilà que l'auteur (qui préfère paradoxalement ne pas avoir de e) apprend à nos petits bouts que cette princesse tombe amoureuse d'une fille, que ça existe et que ce n'est pas « caca ». Alors moi je dis : Chapeau ! Aux auteurs d'avoir proposé un tel livre, attrayant et agréable à lire pour des tout petits, et à Actes Sud d'avoir osé publié un bijou, choquant pour certains, dans cette collection. Voilà une belle manière d'amener les enfants à comprendre que l'homosexualité existe et que ce n'est pas sale, avec beaucoup d'humour. (blog d'Alice Brière-Haquet : http://le-wonderblog.blogspot.com/)

 

Restons dans l'enfance en passant par les albums. La sœur du Soleil de Bahiyyih Nakhjvani et Sandrine Thommel est la très jolie histoire de la Lune qui tombe amoureuse d'un prince et se laisse faire un enfant. Lorsque le Roi Soleil l'apprend ça, il entre dans une colère noire et refuse que la Lune soit enfanté par un mortel. Un très beau conte sur les forces de l'amour et la culpabilité.

chant.jpgRecommandé par l'éducation nationale pour le cycle 2, le conte traditionnel du Sahel Le chant des génies est repris par Nacer Khémir pour le texte et Emre Orhun pour des dessins glaçants. Un pauvre paysan désespéré de ne pas trouver de travail décide de cultiver le champs des génies, pour son bonheur, puis son malheur. Mais ça, il ne s'y attendait pas ! Terriblement beau, terriblement moral et terriblement terrible !

Enfin, Thomas Scotto et Olivier Tallec proposent depuis l'an dernier Jérôme par cœur, un album sur l'amour et l'amitié chez les enfants. Les très beaux dessins de Tallec mêlés au texte innocemment mignon de Scotto rendent humaine l'histoire d'un petit garçon qui en aime un autre, à un âge où l' « on aime une personne et non pas le sexe de cette personne » (Thomas Scotto, sur le salon).

 

« En fait,

il me tient toujours la main.

Très accroché.

 

Les jours de sortie au musée des tableaux,

c'est moi qu'il choisit pour être bien en rang.

 

C'est pour ça que je l'aime, Jérôme.

 

Ça ne me dérange pas.

Raphaël aime Jérôme,

je le dis. Très facile. »

 

 

JEROME-PAR-COEUR-THOMAS-SCOTTO.jpg

 

Alors oui, nous avons été sous-payés ; oui, nous avons eu mal aux jambes, des bourdonnements dans la tête (ah ? Les enfants, ça fait du bruit ?) des heures durant, des rhumes à cause des portes ouvertes à dix mètres de notre stand ; oui, nous avons fait plus de surveillance que de conseils. Oui...

 

Mais ce fut une belle aventure humaine !

Ça ne me dérange pas, je le dis. Très facile.

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Brève de Comptoir : Quand Beigbeder raconte l'année littéraire qui s'annonce...

Publié le par Sébastien Almira

Article posté sur L'express, drôle et (peut-être) intéressant :

 

 

beigbeder-bebeNB.jpg 

 

Moi, je fais beaucoup plus fort que Lire (qui élit les 20 meilleurs livres de 2010) : voici en exclusivité la liste des dix meilleurs livres de l'an prochain.

1) Le nouveau Sollers chez Gallimard. Sans trop se tromper, on peut prédire que ce sera un roman d'amour dont l'héroïne sera une sorte d'agent secret sexuellement incorrect, et le narrateur un écrivain incompris mais fier de l'être. Il y aura des phrases courtes, des suites de mots en rafales comme des notes de musique. Ça se passera soit à Venise, soit à l'île de Ré, soit à New York. Le titre sera : Trésor d'amour. Une chose est sûre : le roman se fera assassiner par les ennemis de Sollers et encenser par ses amis.

2) Jean-Luc à la street de Jean-Luc Delarue (Grasset). A la rentrée de septembre, on devrait enfin découvrir la confession littéraire du célèbre animateur trash. Dans une prose fluide et digressive inspirée de son colocataire François Weyergans, il racontera son ascension, son désir avide de reconnaissance, les conséquences de la gloire sur sa vie sexuelle, son insatisfaction chronique liée à des frustrations d'enfance, puis sa désintoxication en Suisse. Un grand texte de réhabilitation impudique.

3) Le nouvel Angot. Publié en janvier chez Flammarion, il s'intitulera Les petits. Le communiqué précise : "Les petits les réunissent et les divisent." C'est l'histoire d'un couple (Hélène et Billy) qui se déchire pour ses enfants et/ou à cause d'eux. Angot y affronte un nouveau tabou (après celui de l'inceste) : nos enfants ne sont-ils pas la cause de tous nos problèmes ? Un roman au rythme scandé, plus durassien que jamais, qui se fera assassiner par les amis de Christine Angot et encenser par ses ennemis.

4) Le Nothomb de la mi-août 2011 sera un excellent cru : Transcendance des champignons (Albin Michel) réunira douze récits dictés à son magnétophone par la sorcière belge sous trip psychédélique (LSD, ecstasy, peyotl, psilocybes, mescaline, etc.). Le résultat évoquera Castaneda et Burroughs, dans un style plus humoristique et accessible à un public de bourgeois non toxicomanes. Favorite du Goncourt, Amélie se le verra chiper en novembre par...

5) La disparue de Tombouctou d'Olivier Adam (L'Olivier), un road-book où un technicien de surface breton part sur les traces de sa femme ayant fichu le camp en Afrique après une fausse couche sur son lieu de travail. Il proposera "un regard poétiquement engagé sur la destruction de l'humanité par la mondialisation entrepreneuriale" (dixit le futur dossier de presse). Eric Naulleau et Philippe Besson en raffoleront.

6) Le nouveau récit familial d'Alexandre Jardin, Des gens très bien (Grasset) sera cette fois focalisé sur la figure de son grand-père Jean (directeur de cabinet de Pierre Laval sous le régime de Vichy), et fera scandale dans sa famille. On se souvient que son père Pascal avait déjà brossé un portrait intime du "Nain Jaune" en 1978. Ce sera le récit d'un fardeau, d'une honte et d'un silence, en plus naïf toutefois (et plus grosse police de caractères) que Ramon de Dominique Fernandez.

7) Du pur amour et du saut à l'élastique de Frédéric Pagès (Libella-Maren Sell) est le nouveau roman du célèbre Botul, devenu récemment un penseur très en vogue. Burlesque et métaphysique, il narre les amours d'un olibrius qui devient violent dès qu'il entend une chanson de Julio Iglesias. Entre Marcel Aymé et Shining, ce texte original sera probablement snobé par Bernard-Henri Lévy.

8) La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe (Gallimard) sortira aussi début 2011. Comme tous les romans de Coe, il mérite (avant même lecture) sa place dans tout classement annuel.

9) La vie c'est tout de même quelque chose de Jean d'Ormesson (Robert Laffont) tentera une fois de plus de comprendre les mystères de l'univers et de vaincre la mort, tout en racontant les baignades de l'auteur en Grèce.

10) Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder (Grasset) : mon prochain livre sortira peut-être en avril, si je parviens à le terminer. Comme vous le constatez, mon immense humilité me conduit à ne lui donner que la dixième place.

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Samuel Benchetrit, Chroniques de l'asphalte

Publié le par Sébastien Almira

Le temps des tours, 1/5, Julliard, octobre 2005, 18 € ****

L'arrivée à Paris , 2/5, Julliard, août 2007, 18 € ****

L'amour, 3/5, Grasset, octobre 2010, 18 € ***

 

 

 

benchetrit.jpgTaxé de bogosse de la littérature, Samuel Benchetrit s'est également essayé au théâtre (Comédie sur un quai de gare, Julliard, 2001, et Moins 2, L'avant-scène, 2005) et au cinéma (J'ai toujours rêvé d'être un gangster). Son côté romanesque est désinvolte à souhait, comme en témoigne le titre de son premier roman, Récit d'un branleur (Julliard, 2000) et le langage des suivants. N'ayant pas lu ce premier roman, je ne peux que supposer que le niveau de langage est aussi outrancier que dans les Chroniques de l'asphalte et Le cœur en dehors (chronique ici).

 

bench1.jpgAlors en quoi consistent ces chroniques ? Et bien, notre auteur en herbe s'est mis en tête d'écrire ses mémoires. Ah ! La belle affaire ! Mais qu'a-t-on à raconter de sa vie lorsqu'on a trente ans et qu'on ne sait pas vraiment écrire ? Parce que, ne mentons pas, Samuel Benchetrit n'a rien d'un grand écrivain, il écrit comme un ado de quinze ans venant de réussir correctement son brevet. Mais cela tombe bien, puisqu'il raconte son enfance et son adolescence. Le ton est donc le bienvenue ici. Je me dois de redresser la barre avant que vous ne pensiez que je vais encore « casser de l'écrivain ». Au contraire, j'adore Samuel Benchetrit ! Ses livres, j'entends bien, car le personnage n'est pas aussi sympathique. Pour l'avoir rencontré à Brive l'année dernière, je peux vous dire qu'il s'agit d'un homme dont la nonchalance n'a d'égale que l'antipathie qu'il dégage. Ses livres, en revanche, sont une réelle partie de plaisir. Aucune contrainte intellectuelle, aucune prise de tête, aucun stress possible : lire Benchetrit, c'est ne plus penser à rien, se détendre et se mettre à rire peu.

 

bench2.gifLe premier tome retrace son enfance en banlieue parisienne sous forme de chapitres-souvenir indépendants les uns des autres. On découvre la vie du petit Bench' à travers les habitants de la tour, de la grosse Nathalie du 5° qui veut se venger de son ex au petit Touré du 11° qui insulte tout le monde de sa fenêtre en passant par les correspondants italiens chamboulés par le manque certain de bourgeoisie de l'endroit. Ses potes, les filles, les cours, les grands frères, les dealers, tous y passent, pour notre plus grand plaisir.

Dans le second tome, Samuel a quitté sa cité pour la capitale où il espère vivre de sa passion : la photo. D'espoirs en déceptions, de rencontres en engueulades, Benchetrit en remet une couche. Le principe est exactement le même que dans le premier tome, mais son personnage a grandi, les filles gagnent en importance, même Mme Foutin (chapitre culte) !

Si les deux premiers tomes m'avaient enchanté, j'étais on ne peut plus heureux d'apprendre que le troisième était enfin paru ! Adieu Julliard, bonjour Grasset ! Mais là encore, on ne change pas une formule qui a fait ses preuves. Couverture, dessin, charte graphique, construction du récit, langage restent les mêmes. Petit retour en arrière cependant avec L'amour dans tous ses états. L'amour, tout le monde y a droit, aussi Samuel Benchetrit raconte celui de chacun, son meilleur pote, sa voisine, mais aussi « l'élève le plus moche depuis l'invention de l'éducation nationale ». Le propos amène quelques situations cocasses, le rire ne vient plus aussi souvent qu'auparavant, mais l'ensemble reste satisfaisants pour les inconditionnels.

 

bench33.jpgAmateurs d'humour peu tarabiscoté, à la recherche de moments de détente, accompagné d'un bon sirop (ne grandissons pas trop vite, suivons le petit Bench'), ouvrez n'importe lequel des trois volumes, lisez un chapitre au hasard (pas plus de vingt pages écrites en gros caractères, promis !), vous verrez bien que je n'ai d'actions ni chez Julliard, ni chez Grasset, que tout est vrai, que trois heures de plaisir coûtent seulement 18 € (5 € en poche).

Amateurs de grande littérature, à la recherche du prochain Céline, du prochain Vargas Llosa ou du prochain Dostoïevski, ne souhaitant pas vous embourber dans quoi que ce soit de trop peu sérieux, passez votre chemin... ou profitez-en pour enfin vous accorder un instant de répit et de rigolade intense !

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Brève de comptoir : Les prix littéraires, cette année, me font de la peine.

Publié le par Sébastien Almira

 À chaque rentrée littéraire sa flopée de prix littéraires. L'an dernier Gallimard, qui obtenait son énième Goncourt, donnait une fois de plus raison au célèbre « GalliGrasSeuil » qu'on entend souvent dans le métier.

 

GalliGrasSeuil, qu'est-ce que c'est ?

 

D'abord, une réalité littéraire. Gallimard, Grasset, Le Seuil et leurs rejetons raflent à eux trois la majorité des prix littéraires, toutes saisons confondues.

 

Ensuite, un fléau pour les auteurs publiant hors de l'équipée en or. Certains tentent d'y remédier par tous les moyens en rejoignant l'un des trois apôtres éditoriaux (cf Samuel Benchetrit de Julliard à Grasset, Christine Angot rebutée chez Gallimard essaie Le Seuil, etc.).

 

La-Carte-et-le-territoire-copie-2.jpgEnfin, une terrible machination. Tout le monde sait bien que les prix n'ont plus aucune valeur depuis que les éditeurs ont placé leurs pions dans les jury. Leurs petits soldats votent alors selon les consignes des Rois. Consignes rédigées après ententes et mésententes frauduleuses entre éditeurs. « - Trois pions pour Gallimard, et on t'en file deux pour toi au Médicis ! - Ah non ! Deux contre deux. - Bon alors, deux POL au Fémina contre deux Grasset au Médicis, c'est bien ça ?! - Ouais ça marche. » Mais Gallimard se débrouille avec une autre maison pour avoir trois voix au Médicis. Et Grasset n'est pas très content parce que c'est Verticales qui remporte le Médicis. Gallimard, maison mère de POL et Verticales, a donc bien roulé Grasset cette année. « Tes deux pions votent Flammarion ici, et je t'offre trois pions pour Grasset là-bas ! Succès garanti pour toi alors qu'ici t'as aucune chance ! » Et voilà comment Virginie Despentes a dû se contenter du Renaudot pour que Houellebecq ait enfin son Goncourt, aussi peu mérité soit-il. C'est un bien contre un mal.

 

Le Seuil décroche quant à lui le prix de Flore pour Abdellah Taïa et son Jour du Roi. Deuxième prix cette année pour Flammarion grâce à Frédéric Schiffter (prix Décembre). L'Académie française a quant à elle décerné son Grand prix du Roman à Eric Faye, l'histoire d'un homme qui se rend compte qu'une clocharde s'est fait un double des clefs et vit chez lui. Sensationnel...

 

Heureusement, les lycéens sont là qui, eux ne votent pas pour une maison d'édition, mais pour leur plaisir de lecture. Ils offrent à Mathias Énard, déjà couronné du prix Inter pour Zone il y a deux ans, son Goncourt. Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (Actes Sud) l'a emporté au deuxième tour de scrutin par six vois contre trois à Fouad Laroui (Une année chez les Français, Julliard) et deux à Virginie Despentes (Apocalypse bébé, Grasset, dont le bandeau RENAUDOT sera ridicule une fois affublée de la couverture du livre).

 

 

MAJ 13/11/2010 :

Je viens de tomber sur cet article de Pierre Jourde que je ne peux m'empêcher de partager avec vous :

http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20101110/22348/des-prix-litteraires-habilement-peints-en-livres

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