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Coups de cœur 2009

Publié le par Sébastien Almira

sapin2009-copie-1.jpg

 

 

Avant de passer à l'année en cours, terminons cette rétrospective avec quelques idées cadeaux supplémentaires. Cliquez sur les titres pour lire d'éventuelles critiques sur le blog.

  

 

zest-of-zazie.jpgEn 2009, côté musique, l'heure est à la compilation. La reine de la pop Madonna sort Celebration, un choix de 34 de ses plus grands tubes auxquels s'ajoutent Celebration et Revolver, ses deux nouvelles bombes electro. Manquent toutefois certains titres, comme American Life, Get together, Deeper and deeper ou encore Don't cry for me, Argentina.

Côté français, c'est Zazie qui propose son premier best of. Intitulé Zest Of, il compile tous ses singles de Sucré salé en 1992 à Flower power en 2007 en passant par Zen, Larsen, Tous des anges, À ma place (avec Axel Bauer), Rue de la paix, Rodéo ou encore Je suis un homme. Il n'y a que Danse avec les loops et Excuse-moi qui manquent à l'appel. Deux inédits les remplacent : Un peu beaucoup et FM Air (chanson best of originale), et des versions live inédites du Totem Tour (voué à ne jamais sortir en CD/DVD), dont le single J'étais là chanté en live avec Diam's.

Mylène Farmer présente son Tour 2009 en CD (il faudra attendre avril 2010 pour le DVD), y figurent notamment ses plus grands tubes : Libertine, Sans Contrefaçon, Pourvu qu'elles soient douces, Ainsi soit je, Désenchantée, XXL, Rêver, L'âme-stram-gram, Je te rends ton amour, Dégénération, Appelle mon numéro et C'est dans l'air.

 

the-xx.jpg2009 marquait également le retour des Black Eyed Peas (The E.N.D. : The Energy Never Die) avec une flopée de tubes (Boom Boom Pow, Rock that body, Missing you, Meet me halfway, I gotta feeling) ; de Diam's avec S.O.S., un album mêlant rap moyen et rap et variet' de haute voltige (Les enfants du désert, I am somebody, Peter Pan, Dans le noir, Rose du bitume, Sur la tête de ma mère) ; de Muse avec The Resistance, un album pop-rock-opéra magistral et une tournée triomphale à travers le monde entier ; de David Guetta avec One love où il convie Kelly Rowland, Chris Willis, Akon, Kid Cudi, Ne-Yo, les Black Eyed Peas et Estelle à partager l'affiche sur les tubes de l'année (When love takes over, Gettin'Over, Sexy Bitch, I gotta feeling, One love) ; et de Whitney Houston avec I look to you, album merveilleux sortant la diva de la disgrâce dans laquelle elle se vautrait depuis quelques années avant d'y retomber amèrement en entamant sa série de concerts hors de prix où elle fut incapable d'aligner deux mots sans fausse note.

 

Enfin, 2009 c'est la découverte d'un groupe magique, The XX. Entre pop, musique d'ambiance et rock, ils nous embarque dans un voyage hors des sens et du temps. S'il y a un album à acheter cette année, c'est celui-ci. Il est d'ailleurs disponible dans une nouvelle édition à 9,99 € chez tout disquaire ne se contentant pas d'avoir en stock les grosses machines !

 

 

Mary-et-Max-affiche.jpg2009, c'est énormément de films vus au cinéma. Je dresserai la liste de certains et je ne parlerai que des excellents.

Pour se distraire, Ponyo sur la falaise (le dernier Miyazaki), L'âge de glace 3, Coraline (par le réalisateur de L'étrange Noël de M. Jack), Les beaux gosses (de Ryad Sattouff), Neuilly sa mère (très drôle !), Arthur et la vengeance de Maltazar.

Il ne faudra en revanche surtout pas rater Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, pimpante parodie des films de guerre avec Christoph Waltz, Diane Kruger et Mélanie Laurent, où un groupuscule de soldats juifs américains viennent semer la zizanie en Europe en tuant sauvagement du nazi. Culte !

Il ne faudra pas non plus rater Mary et Max, « un petit bijou d'animation » (Le Figaro), « une merveille » (Télérama). Déroutant, tendre, dépressif et drôle, c'est tout en contradiction que les deux héros, une Australienne de 8 ans et un Américain de 44 ans entretiennent une correspondance sur plus de vingt ans, pour le meilleur et pour le pire. Un chef d'œuvre d'animation pour adultes disponible dans un joli coffret DVD à double face.

Enfin, il ne faudra pas passer à côté de Gran Torino de Clint Eastwood, une grande claque de cinéma à se prendre en pleine face avec un plaisir déraisonnable.

 

 

la-fabrique.jpgAprès avoir plus longuement épilogué que d'accoutumée sur la musique et le cinéma, offrons la même place à la littérature !

En janvier, j'ai découvert Maurice G. Dantec. J'avais essayé Artefact il y a quelques années, sans succès, mais Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute (Albin Michel) m'a permis de lire enfin un Dantec, et de l'apprécier. Entre polar et science-fiction, ce roman, contrairement à son titre, très court, est agréablement bien écrit, nous tient en haleine pour une course poursuite originale et une scène quasi incompréhensible dans l'espace qu'on pardonnera à l'auteur, tant le reste du roman est bon.

Muriel Spark me rappelait Jean-Pierre Ohl, pourtant plus récent, dans Complices et Comparses (Gallimard), excellent roman d'aventure et de suspense typiquement anglais. Stieg Larsson m'embarquait à mon tour dans l'aventure Millénium (Actes Sud), moi qui ne suis pourtant pas friand de polars.

Peb et Fex publiaient La fabrique, tome 1, une bande dessinée cynique sur le monde l'entreprise avec l'originalité que celle-ci se passe... chez les souris !

letrange-vie-de-nobody-owens.jpgCôté ado, je dévorais le premier tome de Scott Westerfield, Uglies, le second, Pretties, avant de me lasser du troisième, Specials, et de ne pas finir le quatrième, Extras. Je m'extasiais en revanche devant la prose et l'imagination de Neil Gaiman dans L'étrange vie de Nobody Owens (Albin Michel), l'un des meilleurs romans ados depuis des lustres.

Lors de la rentrée de septembre, c'est devant Alain Blottière (Le Tombeau de Tommy, Gallimard), Samuel Benchetrit (Le cœur en dehors, Grasset), David Foenkinos (La délicatesse, Gallimard), Pascal Fioretto (L'élégance du maigrichon, Chiflet et Cie), Stéphane Velut (Cadence, Christian Bourgois) et Sylvie Germain (Hors Champs, Albin Michel) que je m'inclinais.

 

 

TOP DU TOP :

- N°5 On Tour de Mylène Farmer et The XX en CD

- Mary et Max, Inglourious Basterds et Gran Torino en DVD

- L'étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, Le Tombeau de Tommy d'Alain Blottière

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26e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil : du 30 novembre au 6 décembre 2010

Publié le par Sébastien Almira

Site du salon :

http://www.salon-livre-presse-jeunesse.net/accueil.html

 

 

salon.jpgAucun article la semaine dernière à cause du vingt-sixième salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil qui avait pour thème en 2010 "Princes et Princesses". Salon menacé d'extinction après une baisse de l'aide accordée par le Conseil Général. Qu'on se le dise : la culture, c'est bien beau de s'en occuper, d'y investir, mais ça ne rapporte pas grand chose. Alors pourquoi ne pas baisser le financement de 2,6 à 1,6 millions d'euros ? On passera sur la leçon politique et les multiples solutions pour gagner de l'argent sans détruire la culture, pour s'intéresser à ce salon.

 

 

Comme tout libraire, payé au lance-pierre, on passera également sur le demi-SMIC touché pour une semaine de soixante-dix heures. Il ne faut pas se leurrer, ça nous ennuie beaucoup d'être sous-payé. Mais bon, travailler sur un salon, c'est quand même sympa. On y fait des rencontres en tout genre : anciens camarades (comme quoi, le monde du livre n'est pas si grand que ça !), libraires, éditeurs, auteurs, illustrateurs. On se rend compte que sur le stand Actes Sud Junior où on travaille, le « libraire-responsable-de-tout a fait le même IUT que vous quelques années plus tôt, que la représentante d'Actes Sud sur le stand (responsable promotion et salons), elle aussi, a fait le même IUT ! Mais qu'à l'époque (désolé, Cathy, pour l'expression !), on parvenait bien plus vite à ses fins. Stage chez Bayard, embauchée huit ans chez eux au sortir de l'IUT, et depuis quinze ans dans une de plus importantes maisons d'éditions françaises, alors que pour atteindre un tel poste aujourd'hui, il faut un DUT, une licence pro, un master, de la chance, des contacts et beaucoup de patience.

 

 

Quand l'heure n'est pas aux cars d'enfants déversés sans ménagement sur le stand (attention aux distributions de bracelets, amis libraires !), c'est l'occasion de feuilleter, voire lire, quelques livres du stand et de ceux alentours.

 

oups.jpgC'est ainsi que j'ai pu découvrir chez Hélium l'album Oups de jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet ou l'histoire rocambolesque d'un départ en vacances et chez Sarbacane des éditeurs passionnés et passionnants qui m'ont conseillé Zone Cinglée dont vous pourrez lire ma chronique d'ici quelques jours.

 

Bon, je l'avoue, mes découvertes n'ont pas été très éclectiques puisqu'elles ont été majoritairement faites sur le stand d'Actes Sud Junior. Du côté des ados, ce sera Blog de jean-Philippe Blondel, coups de cœur général des libraires, dans lequel un garçon découvre que son père lit son blog. Il se referme alors sur lui-même jusqu'au jour où son père lui donne à lire le journal intime qu'il tenait à l'âge de son fils. Le second est La piscine était vide de Gilles Abier, ou l'histoire d'un amour inconditionnel qui finit en comédie shakespearienne.

 

Dans la collection Benjamin, ce fut J'ai peur du monsieur, Gabriel s'inquiète pour le Père-Noël et La princesse qui n'aimait pas les princes. Tous basés sur un sujet de société, plus ou moins bien traité, les trois ont des vertus pédagogiques sous couvert d'une histoire assez fun pour ne pas rebuter les enfants. Le premier, de Virginie Dumont, traite de l'exhibitionnisme et autres petits désagréments auxquels les enfants peuvent malheureusement avoir à faire face. Je regrette que la fin soit un peu trop aseptisée de sorte qu'on croirait qu'il n'y a finalement pas de problème. Le second, de Jo Hoestlandt, raconte comme beaucoup d'autres l'histoire d'un garçon amené à douter de l'existence du gros bonhomme rouge dans un court roman illustré assez plaisant.

princesse.jpgEnfin, le troisième, écrit par Alice Brière-Haquet et illustré par Lionel Larchevêque, est un conte à mettre entre toutes les mains ! La collection Benjamin dans laquelle il paraît s'adresse aux enfants de six à huit ans et là, Actes Sud prend des risques car les auteurs nous présentent une princesse qui ne veut aucun prince de ceux que son père lui présente. Personne ne l'intéresse. Jusqu'au jour où le roi fait appel à la fée. Là, c'est une fée métisse qui apparaît sur son cheval blanc, une fée d'une pure beauté. Et la princesse « la vit, rougit, pâlit à sa vue. » Dans une phrase très racinienne, voilà que l'auteur (qui préfère paradoxalement ne pas avoir de e) apprend à nos petits bouts que cette princesse tombe amoureuse d'une fille, que ça existe et que ce n'est pas « caca ». Alors moi je dis : Chapeau ! Aux auteurs d'avoir proposé un tel livre, attrayant et agréable à lire pour des tout petits, et à Actes Sud d'avoir osé publié un bijou, choquant pour certains, dans cette collection. Voilà une belle manière d'amener les enfants à comprendre que l'homosexualité existe et que ce n'est pas sale, avec beaucoup d'humour. (blog d'Alice Brière-Haquet : http://le-wonderblog.blogspot.com/)

 

Restons dans l'enfance en passant par les albums. La sœur du Soleil de Bahiyyih Nakhjvani et Sandrine Thommel est la très jolie histoire de la Lune qui tombe amoureuse d'un prince et se laisse faire un enfant. Lorsque le Roi Soleil l'apprend ça, il entre dans une colère noire et refuse que la Lune soit enfanté par un mortel. Un très beau conte sur les forces de l'amour et la culpabilité.

chant.jpgRecommandé par l'éducation nationale pour le cycle 2, le conte traditionnel du Sahel Le chant des génies est repris par Nacer Khémir pour le texte et Emre Orhun pour des dessins glaçants. Un pauvre paysan désespéré de ne pas trouver de travail décide de cultiver le champs des génies, pour son bonheur, puis son malheur. Mais ça, il ne s'y attendait pas ! Terriblement beau, terriblement moral et terriblement terrible !

Enfin, Thomas Scotto et Olivier Tallec proposent depuis l'an dernier Jérôme par cœur, un album sur l'amour et l'amitié chez les enfants. Les très beaux dessins de Tallec mêlés au texte innocemment mignon de Scotto rendent humaine l'histoire d'un petit garçon qui en aime un autre, à un âge où l' « on aime une personne et non pas le sexe de cette personne » (Thomas Scotto, sur le salon).

 

« En fait,

il me tient toujours la main.

Très accroché.

 

Les jours de sortie au musée des tableaux,

c'est moi qu'il choisit pour être bien en rang.

 

C'est pour ça que je l'aime, Jérôme.

 

Ça ne me dérange pas.

Raphaël aime Jérôme,

je le dis. Très facile. »

 

 

JEROME-PAR-COEUR-THOMAS-SCOTTO.jpg

 

Alors oui, nous avons été sous-payés ; oui, nous avons eu mal aux jambes, des bourdonnements dans la tête (ah ? Les enfants, ça fait du bruit ?) des heures durant, des rhumes à cause des portes ouvertes à dix mètres de notre stand ; oui, nous avons fait plus de surveillance que de conseils. Oui...

 

Mais ce fut une belle aventure humaine !

Ça ne me dérange pas, je le dis. Très facile.

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Brève de Comptoir : Quand Beigbeder raconte l'année littéraire qui s'annonce...

Publié le par Sébastien Almira

Article posté sur L'express, drôle et (peut-être) intéressant :

 

 

beigbeder-bebeNB.jpg 

 

Moi, je fais beaucoup plus fort que Lire (qui élit les 20 meilleurs livres de 2010) : voici en exclusivité la liste des dix meilleurs livres de l'an prochain.

1) Le nouveau Sollers chez Gallimard. Sans trop se tromper, on peut prédire que ce sera un roman d'amour dont l'héroïne sera une sorte d'agent secret sexuellement incorrect, et le narrateur un écrivain incompris mais fier de l'être. Il y aura des phrases courtes, des suites de mots en rafales comme des notes de musique. Ça se passera soit à Venise, soit à l'île de Ré, soit à New York. Le titre sera : Trésor d'amour. Une chose est sûre : le roman se fera assassiner par les ennemis de Sollers et encenser par ses amis.

2) Jean-Luc à la street de Jean-Luc Delarue (Grasset). A la rentrée de septembre, on devrait enfin découvrir la confession littéraire du célèbre animateur trash. Dans une prose fluide et digressive inspirée de son colocataire François Weyergans, il racontera son ascension, son désir avide de reconnaissance, les conséquences de la gloire sur sa vie sexuelle, son insatisfaction chronique liée à des frustrations d'enfance, puis sa désintoxication en Suisse. Un grand texte de réhabilitation impudique.

3) Le nouvel Angot. Publié en janvier chez Flammarion, il s'intitulera Les petits. Le communiqué précise : "Les petits les réunissent et les divisent." C'est l'histoire d'un couple (Hélène et Billy) qui se déchire pour ses enfants et/ou à cause d'eux. Angot y affronte un nouveau tabou (après celui de l'inceste) : nos enfants ne sont-ils pas la cause de tous nos problèmes ? Un roman au rythme scandé, plus durassien que jamais, qui se fera assassiner par les amis de Christine Angot et encenser par ses ennemis.

4) Le Nothomb de la mi-août 2011 sera un excellent cru : Transcendance des champignons (Albin Michel) réunira douze récits dictés à son magnétophone par la sorcière belge sous trip psychédélique (LSD, ecstasy, peyotl, psilocybes, mescaline, etc.). Le résultat évoquera Castaneda et Burroughs, dans un style plus humoristique et accessible à un public de bourgeois non toxicomanes. Favorite du Goncourt, Amélie se le verra chiper en novembre par...

5) La disparue de Tombouctou d'Olivier Adam (L'Olivier), un road-book où un technicien de surface breton part sur les traces de sa femme ayant fichu le camp en Afrique après une fausse couche sur son lieu de travail. Il proposera "un regard poétiquement engagé sur la destruction de l'humanité par la mondialisation entrepreneuriale" (dixit le futur dossier de presse). Eric Naulleau et Philippe Besson en raffoleront.

6) Le nouveau récit familial d'Alexandre Jardin, Des gens très bien (Grasset) sera cette fois focalisé sur la figure de son grand-père Jean (directeur de cabinet de Pierre Laval sous le régime de Vichy), et fera scandale dans sa famille. On se souvient que son père Pascal avait déjà brossé un portrait intime du "Nain Jaune" en 1978. Ce sera le récit d'un fardeau, d'une honte et d'un silence, en plus naïf toutefois (et plus grosse police de caractères) que Ramon de Dominique Fernandez.

7) Du pur amour et du saut à l'élastique de Frédéric Pagès (Libella-Maren Sell) est le nouveau roman du célèbre Botul, devenu récemment un penseur très en vogue. Burlesque et métaphysique, il narre les amours d'un olibrius qui devient violent dès qu'il entend une chanson de Julio Iglesias. Entre Marcel Aymé et Shining, ce texte original sera probablement snobé par Bernard-Henri Lévy.

8) La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe (Gallimard) sortira aussi début 2011. Comme tous les romans de Coe, il mérite (avant même lecture) sa place dans tout classement annuel.

9) La vie c'est tout de même quelque chose de Jean d'Ormesson (Robert Laffont) tentera une fois de plus de comprendre les mystères de l'univers et de vaincre la mort, tout en racontant les baignades de l'auteur en Grèce.

10) Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder (Grasset) : mon prochain livre sortira peut-être en avril, si je parviens à le terminer. Comme vous le constatez, mon immense humilité me conduit à ne lui donner que la dixième place.

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Samuel Benchetrit, Chroniques de l'asphalte

Publié le par Sébastien Almira

Le temps des tours, 1/5, Julliard, octobre 2005, 18 € ****

L'arrivée à Paris , 2/5, Julliard, août 2007, 18 € ****

L'amour, 3/5, Grasset, octobre 2010, 18 € ***

 

 

 

benchetrit.jpgTaxé de bogosse de la littérature, Samuel Benchetrit s'est également essayé au théâtre (Comédie sur un quai de gare, Julliard, 2001, et Moins 2, L'avant-scène, 2005) et au cinéma (J'ai toujours rêvé d'être un gangster). Son côté romanesque est désinvolte à souhait, comme en témoigne le titre de son premier roman, Récit d'un branleur (Julliard, 2000) et le langage des suivants. N'ayant pas lu ce premier roman, je ne peux que supposer que le niveau de langage est aussi outrancier que dans les Chroniques de l'asphalte et Le cœur en dehors (chronique ici).

 

bench1.jpgAlors en quoi consistent ces chroniques ? Et bien, notre auteur en herbe s'est mis en tête d'écrire ses mémoires. Ah ! La belle affaire ! Mais qu'a-t-on à raconter de sa vie lorsqu'on a trente ans et qu'on ne sait pas vraiment écrire ? Parce que, ne mentons pas, Samuel Benchetrit n'a rien d'un grand écrivain, il écrit comme un ado de quinze ans venant de réussir correctement son brevet. Mais cela tombe bien, puisqu'il raconte son enfance et son adolescence. Le ton est donc le bienvenue ici. Je me dois de redresser la barre avant que vous ne pensiez que je vais encore « casser de l'écrivain ». Au contraire, j'adore Samuel Benchetrit ! Ses livres, j'entends bien, car le personnage n'est pas aussi sympathique. Pour l'avoir rencontré à Brive l'année dernière, je peux vous dire qu'il s'agit d'un homme dont la nonchalance n'a d'égale que l'antipathie qu'il dégage. Ses livres, en revanche, sont une réelle partie de plaisir. Aucune contrainte intellectuelle, aucune prise de tête, aucun stress possible : lire Benchetrit, c'est ne plus penser à rien, se détendre et se mettre à rire peu.

 

bench2.gifLe premier tome retrace son enfance en banlieue parisienne sous forme de chapitres-souvenir indépendants les uns des autres. On découvre la vie du petit Bench' à travers les habitants de la tour, de la grosse Nathalie du 5° qui veut se venger de son ex au petit Touré du 11° qui insulte tout le monde de sa fenêtre en passant par les correspondants italiens chamboulés par le manque certain de bourgeoisie de l'endroit. Ses potes, les filles, les cours, les grands frères, les dealers, tous y passent, pour notre plus grand plaisir.

Dans le second tome, Samuel a quitté sa cité pour la capitale où il espère vivre de sa passion : la photo. D'espoirs en déceptions, de rencontres en engueulades, Benchetrit en remet une couche. Le principe est exactement le même que dans le premier tome, mais son personnage a grandi, les filles gagnent en importance, même Mme Foutin (chapitre culte) !

Si les deux premiers tomes m'avaient enchanté, j'étais on ne peut plus heureux d'apprendre que le troisième était enfin paru ! Adieu Julliard, bonjour Grasset ! Mais là encore, on ne change pas une formule qui a fait ses preuves. Couverture, dessin, charte graphique, construction du récit, langage restent les mêmes. Petit retour en arrière cependant avec L'amour dans tous ses états. L'amour, tout le monde y a droit, aussi Samuel Benchetrit raconte celui de chacun, son meilleur pote, sa voisine, mais aussi « l'élève le plus moche depuis l'invention de l'éducation nationale ». Le propos amène quelques situations cocasses, le rire ne vient plus aussi souvent qu'auparavant, mais l'ensemble reste satisfaisants pour les inconditionnels.

 

bench33.jpgAmateurs d'humour peu tarabiscoté, à la recherche de moments de détente, accompagné d'un bon sirop (ne grandissons pas trop vite, suivons le petit Bench'), ouvrez n'importe lequel des trois volumes, lisez un chapitre au hasard (pas plus de vingt pages écrites en gros caractères, promis !), vous verrez bien que je n'ai d'actions ni chez Julliard, ni chez Grasset, que tout est vrai, que trois heures de plaisir coûtent seulement 18 € (5 € en poche).

Amateurs de grande littérature, à la recherche du prochain Céline, du prochain Vargas Llosa ou du prochain Dostoïevski, ne souhaitant pas vous embourber dans quoi que ce soit de trop peu sérieux, passez votre chemin... ou profitez-en pour enfin vous accorder un instant de répit et de rigolade intense !

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Brève de comptoir : Les prix littéraires, cette année, me font de la peine.

Publié le par Sébastien Almira

 À chaque rentrée littéraire sa flopée de prix littéraires. L'an dernier Gallimard, qui obtenait son énième Goncourt, donnait une fois de plus raison au célèbre « GalliGrasSeuil » qu'on entend souvent dans le métier.

 

GalliGrasSeuil, qu'est-ce que c'est ?

 

D'abord, une réalité littéraire. Gallimard, Grasset, Le Seuil et leurs rejetons raflent à eux trois la majorité des prix littéraires, toutes saisons confondues.

 

Ensuite, un fléau pour les auteurs publiant hors de l'équipée en or. Certains tentent d'y remédier par tous les moyens en rejoignant l'un des trois apôtres éditoriaux (cf Samuel Benchetrit de Julliard à Grasset, Christine Angot rebutée chez Gallimard essaie Le Seuil, etc.).

 

La-Carte-et-le-territoire-copie-2.jpgEnfin, une terrible machination. Tout le monde sait bien que les prix n'ont plus aucune valeur depuis que les éditeurs ont placé leurs pions dans les jury. Leurs petits soldats votent alors selon les consignes des Rois. Consignes rédigées après ententes et mésententes frauduleuses entre éditeurs. « - Trois pions pour Gallimard, et on t'en file deux pour toi au Médicis ! - Ah non ! Deux contre deux. - Bon alors, deux POL au Fémina contre deux Grasset au Médicis, c'est bien ça ?! - Ouais ça marche. » Mais Gallimard se débrouille avec une autre maison pour avoir trois voix au Médicis. Et Grasset n'est pas très content parce que c'est Verticales qui remporte le Médicis. Gallimard, maison mère de POL et Verticales, a donc bien roulé Grasset cette année. « Tes deux pions votent Flammarion ici, et je t'offre trois pions pour Grasset là-bas ! Succès garanti pour toi alors qu'ici t'as aucune chance ! » Et voilà comment Virginie Despentes a dû se contenter du Renaudot pour que Houellebecq ait enfin son Goncourt, aussi peu mérité soit-il. C'est un bien contre un mal.

 

Le Seuil décroche quant à lui le prix de Flore pour Abdellah Taïa et son Jour du Roi. Deuxième prix cette année pour Flammarion grâce à Frédéric Schiffter (prix Décembre). L'Académie française a quant à elle décerné son Grand prix du Roman à Eric Faye, l'histoire d'un homme qui se rend compte qu'une clocharde s'est fait un double des clefs et vit chez lui. Sensationnel...

 

Heureusement, les lycéens sont là qui, eux ne votent pas pour une maison d'édition, mais pour leur plaisir de lecture. Ils offrent à Mathias Énard, déjà couronné du prix Inter pour Zone il y a deux ans, son Goncourt. Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (Actes Sud) l'a emporté au deuxième tour de scrutin par six vois contre trois à Fouad Laroui (Une année chez les Français, Julliard) et deux à Virginie Despentes (Apocalypse bébé, Grasset, dont le bandeau RENAUDOT sera ridicule une fois affublée de la couverture du livre).

 

 

MAJ 13/11/2010 :

Je viens de tomber sur cet article de Pierre Jourde que je ne peux m'empêcher de partager avec vous :

http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20101110/22348/des-prix-litteraires-habilement-peints-en-livres

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Kings of Leon comes to boring us down

Publié le par Sébastien Almira

Kings of Leon, Come around sundown, 13 titres, Sony / RCA, octobre 2010, 16 € ***

 

kol1.jpgAprès deux premiers albums que je ne connais pas plus que ça, Because of the time en 2007 devant lequel je me pavane, et Only by night, son digne successeur paru l'an dernier, le groupe aux douze millions de disques vendus sort son cinquième album.

Découvert grâce à Karen (correctrice-relectrice-amie dont vous avez déjà eu vent) (ne faites pas comme elle : le titre de l'article est un jeu de mots avec le titre de l'album, même s'il est grammaticalement incorrect) il y a un an, j'étais loin de soupçonner le groupe d'avoir vendu tant de disques et d'être considéré comme « un des plus grands groupes américains de tous les temps » par le magazine NME. J'étais loin de me douter de l'ampleur planétaire d'un groupe que je pensais confidentiel. Et je me rends compte de tout ça en achetant Come around sundown : la packaging a bien été pensé chez Sony, les arguments de ventes sont là (citation NME, nombre d'exemplaires vendus, comme c'est souvent le cas sur les romans de Marc Lévy).

 

Mais qu'en est-il à l'intérieur ? Le packaging cache-t-il une bonne ou une mauvaise surprise ? Pour Les Inrocks, qui se sont arrêtés au premier extrait, Radioactive, elle est toxique.

« Pour sûr : Radioactive va créer de l'activité sur les ondes radios. Cela dit, la toxicité de cette chanson forte en gueule plus que forte en thème reste à démontrer : festival pyrotechnique scrupuleusement contrôlé plus qu'explosion électrique, ce single confirme le divorce entre ces jeunes Américains hagards et leur réalité, leur passé. Bêtes de foires condamnées au gigantisme, ils écrivent désormais en fonction de ce statut des chansons communautaires, inaudibles à la maison mais taillées pour les chorales viriles de dix mille personnes en nage. » *(JD Beauvallet)

 

Abonné aux Inrocks depuis deux mois, j'ai résilié mon abonnement par mésentente éditoriale et idéologique il y a un mois : chez eux, le cynisme devient rapidement méchanceté et Houellebecq apparaît dans tous les numéros, et ça, vraiment, je ne pouvais plus. Cependant, je continue toujours à recevoir, chaque mercredi, un exemplaire d'un magazine dont je lis de moins en moins d'articles. Le blog C'est la gêne propose un excellent article anti-Inrocks que je ne peux m'empêcher de vous livrer !

 

kol2.jpgTrêve de bavardage, moi aussi, je suis déçu par cet album. Au point d'aller aussi loin que JD Beauvallet ? Non. Le disque n'est pas mauvais, il est tout simplement moins bon, et justement moins gigantesque qu'auparavant. Guitares, basses, batterie, voix, tout dans Because of the time animait une force extraordinaire qui emmenait l'album en des recoins du rock que je ne connaissais pas et que j'ai idolâtrés en les écoutant. Only by night, plus commercial, avec Sex on fire sur toutes les radios, m'avait tout de même ravi. Quelle ravissement devant Closer ou Crawl, quelle puissance, quelle extravagance, quelles voix ! Kings of leon prenait de plus en plus de place dans mes playlist, devançant Muse. Mais là, avec ce cinquième album planplan, je n'ai que des impressions de déjà vu et d'ennui. Tout est plus calme, plus cool, plus « j'me détends en fumant un tarpé et en enregistrant un p'tit morceau sympatoche ». Ça s'écoute, bien entendu, mais sans entrain, sans folie, sans excitation. Où sont passés les sons crus et rauque des débuts, parvenant avec force à nos oreilles ? Où est l'excitation qui m'animait à l'écoute de la seule voix du chanteur et m'emportait dans un autre monde grâce à un rock puissant ?

 En plus de ces treize titres de pop qui pourraient n'en former qu'un seul, le groupe propose un CD bonus avec un titre inédit, Celebration, sans grand intérêt, et deux remixes, Radioactive, où sont simplement ajoutés des chœurs, et l'horripilant Charmer avec ses sons d'otaries.

 

Sinon, l'édition limitée et cartonnée est jolie. Mais elle ne se plie pas dans le bon sens et elle ne sent pas bon. Rabattez-vous sur les anciens, dont je ne saurais que vous conseiller et reconseiller Because of the time et Only by night, des valeurs sûres.

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Le tenancier contre les connards

Publié le par Sébastien Almira

Il y a quelques semaines, je répondais à un libraire-blogueur qu'il devait être aigri pour écrire de telles choses (ici). S'en suivit un échange des plus virulents où j'étais accusé de l'insulter sans argument (pas d'accord), en me faisant insulter (sans argument).

C'est une véritable fatwa qui repose sur ma tête depuis. Après m'être fait lyncher par ses commentateurs, voilà que je fais l'objet d'un BD postée aujourd'hui-même et que le tenancier s'est empressé d'en publier le lien sur ma critique d'Une forme de vie d'Amélie Nothomb.

 

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Première remarque, le blog (Culturez-Vous) et son auteur (moi-même) peuvent se targuer qu'une bande dessinée leur soit quasiment consacré.

Deuxième remarque, le tenancier pense qu'on est de la merde si l'on prend le risque de défendre une auteure comme Amélie Nothomb. Il est certain qu'elle n'est pas l'écrivaine qui apportera le plus à la littérature française, mais ce n'est pas une raison pour la descendre systématiquement. Tenancier, on peut aimer lire Jacques Abeille et Amélie Nothomb sans rougir, et je ne rougis pas.

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Christine Angot récidive !

Publié le par Sébastien Almira

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Alors qu'elle pollue la littérature française et le catalogue de multiples éditeurs de qualité depuis beaucoup trop d'années, Christine Angot n'est pas prête de s'arrêter.

 

Après avoir changé d'éditeur (s'être fait virer ?) x fois (l'Arpenteur, Stock, Fayard, Flammarion et le Seuil), elle revient chez Flammarion pour la publication des Petits le 5 janvier 2011, un roman sur un couple en crise.

 

Rappelons qu'en 2008, elle publiait Le marché des amants narrant sa relation amoureuse avec Doc Gyneco au Seuil, refusé par Jean-Marie Laclavetine pour Gallimard (quelle idée a eu la Grande Prêtresse du Navet Autofictionnel d'envoyer à l'éditeur de Jean-Baptiste Del Amo et Jean-Pierre Ohl, infiniment plus indispensables à la littérature qu'elle, un manuscrit ne réunissant pas même le minimum syndical de qualité nécessaire aux lecteurs de Marc Lévy), après un transfert houleux qui n'a finalement rien rapporté au monde des lettres, sinon une place éjectable à son éditeur du Seuil, Bernard Comment, qui n'a pas vendu la moitié du tirage initial de 50 000 exemplaires.

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Arthur et les Minimoys *** / Toy Story *** / Moi, moche et méchant ****

Publié le par Sébastien Almira

Voilà, je l'avais promis, je m'y mets. Je vous reparle, après cinq mois sans leçons, de cinéma. Recommençons doucement, au premier stade : celui de l'enfance !

 

Arthur et les Minimoys, Luc Besson, quatre livres chez Intervista ***/***/**/**, trois films (dont deux en DVD) ****/***/***

arthur1Luc Besson, qui devait arrêter le cinéma avec Angel-A, et a finalement adapté Les aventures d'Adèle Blanc-Sec de Tardi, poursuit sa route avec la saga Arthur et les Minimoys et son casting de luxe (Freddy Highmore et Mia Farrow en acteurs, Madonna, David Bowie, Snoop Dog pour les voix anglaises, Mylène Farmer, Marc Lavoine, Alain Bashung, Rohff et Stomy Bugsy pour les voix françaises). D'abord publiés par sa maison d'édition créée pour l'occasion, il écrit quatre livres que j'ai lus avec plaisir pour les deux premiers, et desquels je me suis ensuite lassés. Le ton, enfantin, n'apporte que peu de choses par rapport aux films, alors autant se contenter des images, ô combien magiques. Si le premier volet (Arthur et les Minimoys, qui mixe les deux premiers livres) émerveille (découverte d'un univers justement merveilleux, plein de petites bêtes devenues géantes au pays des Minimoys, plein de couleurs, de gags, d'aventures et d'émotions), le second lasse un peu. Non pas qu'il soit mauvais, au contraire, mais l'intrigue est moins folichonne que dans le premier. En revanche, le troisième, présenté en avant-première dans 200 salles le 22 août, et sorti ce mois-ci nationalement, reprend les ficelles des débuts : aventures intrépides, vengeance, humour, magie, amitié, amour pour sauver le monde des Minimoys et celui des humains, car le grand Maltazar envahit ce dernier avec son armée de Séïdes afin de le mettre à ses pieds et d'anéantir le peuple des Minimoys. Arthur a du travail devant lui mais Bétamèche, Sélénia, son grand-père Archibald et son fidèle chien sont là pour l'aider !

 

Toy Story, de John Lasseter, trois films aux studios Pixar (dont deux en DVD) ***/**/****

toys story 3L'aventure commence en 1995, et devant la qualité et le succès du premier volet, un accord est signé entre les studios Disney et Pixar pour cinq productions. Pixar fait depuis joie et bonheur chez les enfants et même chez les grands comme en témoignent les véritables plébiscites du Monde de Némo, des Indestructibles, de Ratatouille ou plus récemment de Là-haut. Comme souvent très en retard, je regarde Toy Story 1 il y a deux mois, le second volet (1999) dans la foulée et enfin, le troisième au cinéma qui est devenu le premier film d'animation à dépasser le milliard de dollars de bénéfices, parmi six autres longs métrages. J'ai bien aimé les deux premiers, trouvé originals le concept, l'humour, les images et les intrigues. Des jouets vivants, c'était une très bonne idée et ça a marché du tonnerre. Mais je n'avais pas été plus emballé que ça. En revanche, quand je suis allé voir le dernier, j'ai été totalement conquis ! L'intrigue me semblait plus développée et plus sympa que les deux premières, les images et les couleurs m'en ont mis plein les yeux, j'ai ri, j'ai pleuré (oui, oui, et alors ?), j'ai explosé de rire (oui, c'était moi à l'UGC à Bordeaux...), j'ai encore pleuré, et j'ai eu envie d'y retourner. Très émouvant, très drôle, avec des personnages hauts en couleur, un ours délaissé devenu tyrannique, Barbie (blonde à souhait) et Ken (Ken à mort) et les indispensables Buzz l'Eclair et Woody, le premier jouet d'Andy, qui quitte la maison pour rentrer à l'université. Débutent alors les forcément exceptionnelles aventures de la bande à Woody qui se retrouve dans une école maternelle où certains jouets font la loi ! Extrêmement bon !

 

Moi, moche et méchant, de Pierre Coffin et Chris Renaud, Universal Pictures ****

 

gru-affiche.jpgMargo, Edith et Agnès, orphelines, se retrouvent par malheur entre les mains du méchant Gru, qui les adopte afin de pénétrer la forteresse high-tech du concurrent qui veut lui aussi voler la lune ! Il lui faut récupérer le pisto-rétracteur qui lui permettra d'aller sur la lune, de rapetisser la lune, de poser la lune sur les toilettes (qui a fait ça ?!), et de s'emparer de la lune. Gags à gogo dans le dessin animé de cette fin d'année. Exit Disney et sa princesse Réponse, exit Samy la tortue, exit Alpha et Omega... Bref, vous l'aurez compris, s'il y a un héros à voir en cette fin d'année, c'est bien Gru, le grand méchant doublé par Gad Elmaleh, que j'irai voir une seconde fois la semaine prochaine pour son humour intarissable, tout au long du film.

Ce n'est pas le dessin animé du siècle (Le Roi Lion reste encore indétrônable) mais c'est en tout cas le plus drôle qu'il m'ait été donné de voir. J'ai ri avec les fillettes, j'ai ri avec Gru, j'ai ri avec son mentor, j'ai ri avec son concurrent, j'ai ri avec le chien-piranha, et enfin j'ai plus que ri avec les Minions, ces petites bestioles jaunes qui m'ont sans cesse fait penser à ma relectrice-correctrice (et accessoirement amie) Karen, qui fait sensiblement la même taille et que j'imaginais donner les mêmes coups de poing ridicules, rire comme une idiote pour les mêmes bêtises, faire ces mêmes bêtises, raconter les mêmes âneries. Plus sérieusement, je prends le pari pour ce film, de la même façon que je l'aurais fait pour Gran Torino, que vous allez l'adorer ! Alors faites-moi confiance ! Coup de coeur de l'année avec Kick-Ass et 8th Wonderland.

 

Bande-annonce de Moi, moche et méchant :

 

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Karine Tuil, Six mois, six jours, roman, 250 pages, Grasset, août 2010, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 « Vous échouerez à dire l'indicible, la littérature est un aveu d'échec, vous écrivez pour dire ce qui vous échappe, ce qui est irreprésentable, ce qui est perdu. Écrivez ! Et soyez infidèle aux faits ‒ les reconstitutions sont l'affaire de la police, pas des écrivains. » (page 225)

 

Karl Fritz, soixante-dix huit ans, donne le ton. Conseiller, homme de main, ami, père de substitution, sont ses fonctions auprès de Juliana Kant qui, elle, est le personnage fictif de Suzanne Klatten.

Suzanne Klatten, héritière de l'empire Varta et BMW, s'est fait extorquer sept millions d'euros par un maître-chanteur qui avait déclaré, avant d'être condamné à six ans de prison, avoir voulu venger sa famille, victime de la guerre de 39-45, car les Klatten avaient été solidaire du régime nazi. Ce fait divers avait défrayé la chronique il y a deux ans, Karine Tuil s'en est servi pour écrit son huitième roman, après La Domination (Grasset, 2008).

Karl Fritz, après son renvoi, décide de tout dire. À une écrivaine. Alors fiction ou réalité ? Deux niveaux superposés où l'on se pose la question : Karl Fritz raconte-t-il vraiment l'histoire à Karine Tuil ? L'histoire est-elle réelle ? Où finit la réalité et où commence la fiction ici ?

 

tuil.jpgKarine Tuil mêle habilement les deux en racontant l'histoire de Juliana Kant, riche héritière à la vie conjugale étouffante, à l'existence morne, à la sexualité morte, qui rencontre Herb Braun, le bellâtre, l'artiste (il dit être photographe de guerre), l'Homme.

« Dans le lit de cet homme, elle n'était plus la décisionnaire, la femme puissante et dominatrice, c'était une proie, une victime, qu'on comblait et plaignait. Le désir la sauvait de son quotidien morne, la sexualité la préservait des tourments de l'âge. (...) Dans son lit, elle était cette femme libre et affranchie des conventions sociales, des obligations familiales (...). Mais quand elle le quittait, quand elle sortait de la chambre d'hôtel où elle s'était laissée manipuler, elle sentait monter en elle l'effroi et la honte, une honte puissante... » (page 126)

Voici donc l'histoire d'une femme mariée qui s'éprend d'un autre homme, une histoire qui « commence comme une banale comédie de mœurs » (Karine Tuil à Philippe Vallet, journaliste à France Culture et France Info) mais qui devient tout autre quand ledit amant fait chanter Juliana. Karl Fritz se met alors autant à raconter la suite que l'histoire des Kant.

On apprend que le grand-père de Juliana, puissant industriel allemand, épousa Magda Friedländer, la contraignant à renier son père adoptif parce que juif, que celle-ci divorcera puis se mariera quelques temps plus tard avec Joseph Goebbels, ministre de la Propagande nazie. Elle enrôle son fils et son ex-mari, Günther Kant, avide de nouvelles perspectives financières. Goebbels, Hitler et Kant s'associent d'abord pour un commerce d'uniformes et de matériel militaire. Puis Kant construit sur ses terrains le camp de Stöcken et bénéficie de déportés pour travailler jour et nuit dans ses usines. Il devient alors « un homme dont la puissance économique est sans égale » (page 160) et les Britanniques, au sortir de la guerre, dissimulent les preuves de sa collaboration pour bénéficier de ses usines, contrairement à d'autres industriels qui seront condamnés lors des procès de Nuremberg.

 

Karine Tuil mêle la grande histoire des Kant et la petite histoire de Juliana afin de démêler des fils qui n'apparaissent qu'à la fin. Le personnage de Fritz, narrateur, lui permet d'user d'un style résolument incisif. À la fois cynique et haché, celui-ci me ramène à celui d'Amélie Nothomb : Six mois, six jours est très bien écrit, mais ce n'est pas ce que certains appellent « Grande Littérature » en essayant, plus que de mettre des majuscules aux mots, de carrément tout écrire en lettres capitales, pour bien montrer qu'à côté, le reste n'est que broutille, cacophonie et finalement vide absolu.

Je regrette néanmoins une chose dans ce roman : page 226, il se termine. Page 228 débute un journal (une lettre ?) du père adoptif de Magda, en juin 1938, qui raconte comment il a vécu la séparation avec sa femme, le rapprochement de sa fille avec les nazis, le reniement total qu'elle lui a infligé, son ascension. L'histoire était terminée, je n'en voulais plus, il n'en fallait plus. Mais il y a ça, là. Et je ne peux m'empêcher d'en trouver le livre gâché.

Cela dit, que je ne passe pas pour un râleur professionnel ! Six mois, six jours marque ma réconciliation avec la rentrée littéraire 2010 : enfin un livre qui me réjouit, deux mois après Une forme de vie d'Amélie Nothomb !

 

« Ma version des faits vous choque ? Je vous l'ai dit : j'invente. Qui pourrait démêler le vrai du faux, la fiction du réel. J'écris, j'invente, je suis infidèle aux faits, je fabule. » (Karl Fritz, page 133)

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