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Amélie Nothomb, Le Voyage d'hiver, roman, 120 pages, Albin Michel, août 2009, 15 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Voilà comme promis ma deuxième critique de la rentrée : le nouveau Nothomb, comme chaque année, le plus attendu. A venir, le nouveau Samuel Benchetrit qui passe chez Grasset pour Un coeur ouvert.



Chaque année, la rentrée littéraire est lancée par Albin Michel, Amélie Nothomb en tête, imperturbablement présente. Chaque année, les critiques sont partagés. L’an dernier, beaucoup avaient adoré Le fait du Prince que je n’avais que modérément apprécié. Il y a quatre ans, ils avaient détruit Acide sulfurique (à l’exception de Frédéric Beigbeder) qui était et reste pour moi son plus grand livre. Cette année, elle revient avec un roman à mi-chemin entre Cosmétique de l’ennemi et Le Fait du Prince, au niveau de l’histoire, de l’ambiance, de la couleur et de la qualité. Cette année, je prends les devants pour vous en parler avant tout le monde !


Dans ce très court roman, elle met en scène Zoïle (dont l’origine du prénom remonte à l’antiquité où un critique « a été lapidé par une foule de braves gens écoeurés par ses propos sur l’Odyssée. Epoque héroïque où les amateurs d’une oeuvre littéraire n’hésitaient pas à zigouiller le critique imbuvable ») dont le métier consiste à « apporter à ceux qui viennent d’aménager des solutions énergétiques qu’ils n’ont pas demandées ». Jusqu’au jour où il se rend chez une romancière, Aliénor Malèze, qui souffre de la maladie de Preux (ou « autisme gentil »). Il tombe amoureux de son agent, Astrolabe, qui l’a tirée des griffes de ses éditeurs (ils la séquestraient dans un minuscule studio où chaque soir une employée passait écouter la bande enregistrée par Aliénor, qui est incapable d’écrire, et lui donnait à manger en fonction de la qualité de son travail) et s’occupe désormais d’elle jour et nuit. Ce qui pose quelques légers problèmes au nouveau couple, vous l’imaginez. Zoïle cherche alors à se débarrasser d’elle, ne serait-ce qu’une heure, allant jusqu’à lui donner des champignons hallucinogènes (scène mémorable et hilarante).


Jusqu’à l’avant-dernière page, je pensais que le titre et la photo de couverture, sans aucun rapport avec le texte, avaient été mal choisis. Mais Zoïle le dit : il écoutera « le voyage d’hiver » de Schubert parce qu’il n’y a aucun rapport entre cet acte (il a l’intention de détourner un avion avec un tesson de bouteille et de l’écraser sur la Tour Eiffel pour venger son histoire d’amour ratée…Ah! Pardon! « Il n’y a pas d’échec amoureux. C’est une contradiction dans les termes. Éprouver l’amour est déjà un tel triomphe que l’on pourrait se demander pourquoi l’on veut davantage »), parce qu’il n’y a donc aucun rapport entre cet acte et cette musique ». J’accepte donc le titre et la couverture du Voyage d’hiver de Nothomb, et non de Schubert, qui a le mérite de nous faire passer un très bon moment, sans aucune prétention (comme c’est de plus en plus rare dans la littérature française), et avec beaucoup d’humour.

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Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy, roman, 210 p., Gallimard, septembre 2009, 16,50 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Comme promis, voilà que je commence, même plus tôt que prévu, à vous livrer mes critiques des romans de la rentrée. L'an dernier c'était plus de 650 romans qu'il avait fallut faire rentrer en librairie, imaginez alors la tâche insurmontable à laquelle doivent faire face tout librairie qui se respecte ! Puisque les services de presse nous sont envoyés deux mois avant leur mise en vente, c'est 600 livres qu'il nous faut lire en 60 jours, soit dix par jour ou encore un toutes les deux heures. A condition de ne rien faire d'autre, ni manger, ni dormir, ni même aller aux toilettes... Qui a dit que la vie des libraires était facile ??
En attendant, voici ma première critique, première lecture de la rentrée très bien choisie :


blottiere.jpgIl est juif, il s’appelle Thomas Elek mais accepte seulement qu’on le nomme Tommy. Il a quinze ans lorsque la Seconde Guerre mondiale commence et s’engage dans la Résistance un an plus tard. Au sein des F.T.P.-M.O.I., il participe à plusieurs attentats et déraillements de trains transportant soldats allemands et ravitaillement à leur destination. Mais quelques mois avant que ne soit signée l’Armistice, le groupe est démantelé petit à petit par les Brigades Spéciales jusqu’à ce que tous ses membres soient arrêtés et fusillés.

Elle s’appelle Hélène Elek, elle est sa mère et la seule femme qu’il aime. Elle lui donne tout jusqu’à sa mort, et même après puisqu’elle lui rend hommage en racontant son histoire qu’elle publie chez François Maspéro (Hélène Elek, La Mémoire d’Hélène, 1977, épuisé), éditeur issu d’une famille de résistants.


On ne sait pas son nom, il est réalisateur et prépare un film sur Tommy. Le sujet l’intéresse beaucoup et finit par l’obséder, comme sa quête de l’acteur parfait, qu’il trouvera un an après avoir abandonné le projet.


Il s’appelle Gabriel, il est grand, beau, blond, les cheveux en bataille, comme Tommy. Il fait du roller dans Paris quand le narrateur/réalisateur du Tombeau de Tommy tombe sur lui, pour ne plus le lâcher. Il n’avait rien demandé et se retrouve happé par un film meurtrier.


De ces quatre personnages, Alain Blottière (Prix Littéraire de la Vocation en 1981 pour Saad chez Gallimard) tisse une toile qui plane dangereusement sur chacun. On s’y retrouve, nous aussi, rapidement pris, telles les proies de la mygale. Pour Tommy, la mygale s’apparente aux soldats allemands et aux Brigades Spéciales qui trahissent la France en pactisant avec l’ennemi. Pour Hélène, il s’agit de la peur de perdre ce fils qu’elle aime plus que tout. Enfin, pour le réalisateur et Gabriel, la mygale réside en Tommy. Car si Gabriel n’est pas acteur, il joue Tommy à merveille, ne sachant plus lequel des deux il est. Il fait même changer des scènes et attitudes du personnage, persuadé de réfléchir

comme lui mieux que le réalisateur. Il se perd dans son rôle, jusqu’à sombrer en Tommy, en son tombeau.

Le réalisateur, lui, ne peut plus se passer de Gabriel. Même les jours où il n’a pas de scènes à lui faire jouer, il le veut à ses côtés. C’est à se demander lequel protège l’autre. Il devient un père pour lui : “J’avais déjà discerné, bien avant ce jour, sa propension à me considérer comme un père, puisque j’avais écrit son propre rôle et qu’il le contestait.”


tommy.jpgCommencer ce roman, c’est plonger sans aucune sortie de secours dans un récit puissant, oppressant et émouvant, mélange de souvenirs d’Hélène Elek, de pensées du réalisateur et de scènes du film qui relate aussi bien l’histoire de Tommy que l’Histoire. Mais attention, ne vous méprenez pas sur cette dernière phrase : il ne s’agit pas d’un livre sur la Seconde Guerre mondiale, ni même sur la Résistance, comme on en trouve pléthore. C’est bien plus que ça. C’est une histoire magnifique qui traite de la guerre sous un angle tout à fait inhabituel et qui rend un bouleversant hommage à Tommy.

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Mylène Farmer en Tournée : l'électro-choc *****

Publié le par Sébastien Almira

Pour le premier article sur la musique, je ne vous présenterai pas un nouveau disque, mais un concert, même plus que ça : un spectacle, un show. Un des plus attendus de l'année. En l'attendant au Stade de France les 11 et 12 septembre 2009.

Acte I : samedi 9 mai, Dôme de Marseille

Mylène Farmer est de ces artistes qui marquent. Elle fait exploser sa carrière avec Libertine, comprenant après deux singles au succès moyen que la provocation est la meilleure arme contre l'oubli. Voilà donc 25 ans, date de sortie de son premier 45 tours, Maman a tort,  qu'elle est la reine incontestée du paysage musical français. Ne nous risquons pas à la nommer "reine de la variété française", non, elles sont des dizaines à se disputer la palme. Mylène, c'est plus que ça. Elle nous l'a encore prouvé avec son sixième album, Point de suture, qui mêle bombes électro (C'est dans l'air, Dégénération), ballades mélancoliques (Point de suture, Si j'avais au moins...), pop new wave (Looking for my name, duo initialement prévu avec le mythe David Bowie, remplacé par Moby pour raisons de santé), rock efficace (Paradis inanimé) et variet' pop et fraîche (Appelle mon numéro). Si le marché du disque en France est en chute libre et que l'album peine à dépasser les 600 000 exemplaires alors que les précédents étaient tous certifiés disque de diamant (1 000 000), la tournée, elle, bat des records. Deux Stades de France remplis en une heure chacun, les stades de Genève et Bruxelles, ainsi qu'une tournée d'une trentaine de dates complètes à 98 %. Résultat des courses : 550 000 places vendues en quelques semaines à peine.

La première avait lieu à Nice le 2 mai, Nice Matin a titré "Marseille l'attend, Nice en redemande". J'ai donc testé Marseille pour vous. Non, ce n'est pas la conséquence de la critique élogieuse : j'ai mon billet depuis un an. Je l'avais déjà vue, à Bercy, en 2006. La presse avait parlé de grand messe, c'était ma première fois, j'en était resorti pétrifié de bonheur et d'admiration. Le spectacle avait été spectaculaire et à part quelques bonnes critiques, la presse avait été, fidèle à elle-même, assez assassine. Cette fois, je me suis calmé, mais j'ai encore plus apprécié.

Car Mylène sait prendre soin de son public ! En 2006, elle avait commencé à rentabiliser son show avec le DVD, cette fois
encore, elle a mis les moyens de son ambition. Le spectacle est certes moins spectaculaire que le dernier, où Avant que l'ombre..., le final, était plus intense, plus beau et plus pharaonique que n'importe quel concert, mais à 48 ans, la chanteuse nous prouve une fois de plus l'étendue de ses capacité dans un show plus beau, plus intense, plus émouvant que le précédent. En cela, il se rapproche du Mylénium Tour (1999-2000), une autre merveille. Entre décors et effets spéciaix hallucinants conçus par Mylène et Laurent Boutonnat, son complice de toujours, et créés par Mark Fisher, tubes imparables scandés à l'unisson,  arrangements sidérants, réussis et très entrainants (alors que d'habitude, la musique est la même que sur les albums studio), moment intimiste en milieu de concert où la belle ne peut s'empêcher de verser quelques larmes sous les "on t'aime !" avant de réussir à bredouiller "moi aussi" dans le sourire énygmatique qui lui est propre, tableaux époustouflants (Libertine, Paradis inanimé, Ainsi soit je...), costumes merveilleux créés par Jean-Paul Gauthier, une atmosphère de folie régne dans le public marseillais, qui ne trahit pas sa réputation !


Mylène Farmer est une show woman, on pourra encore lui reprocher d'avoir tout calculer à la seconde près, d'être froide et distante, de chanter en play-back, de cacher son manque de talent derrière des nappes d'effets spéciaux et des tenues griffées. Mais allez la voir ! Allez, le temps de deux heures, à l'un des concerts restant (voir plus bas), et vous verrez combien les médias sont mauvaises langues. Allez-y ! Je vous le souhaite !
D'ailleurs, cette fois, peut-être la première depuis l'album Ainsi soit je... (1988), tous les médias à ma connaissance ont encensé ce concert. Après son passage dans chaque ville, ce sont plusieurs articles hautement élogieux qui lui sont consacrés. Nord Eclair écrit même avant sa venue que "l'icône a offert un show puissant et visuellement époustoufflant", que "comme les Rolling Stones, (elle) n'a plus rien à prouver" et qu' "elle revient donc uniquement pour montrer qu'elle reste la maitresse de son genre", que "la diva, insolente de vitalité à 48 ans, assure et enchaîne tel un rouleau compresseur" ... "pour entrer définitivement dans la légende."
Enfin la reconnaissance ? Unanime, de surcroit.


Dates :
samedi 02 mai 2009 Palais Nikaia NICE
dimanche 03 mai 2009 Palais Nikaia NICE
mardi 05 mai 2009 Zénith de CLERMONT-FERRAND
mercredi 06 mai 2009 Zénith de CLERMONT-FERRAND
samedi 09 mai 2009 Le Dôme MARSEIILE
dimanche 10 mai 2009 Le Dôme MARSEIILE
mardi 12 mai 2009 Le Dôme MARSEILLE
vendredi 15 mai 2009 Zénith de TOULOUSE
samedi 16 mai 2009 Zénith de TOULOUSE
lundi 18 mai 2009 Zénith de TOULOUSE
mardi 19 mai 2009 Zénith de TOULOUSE
samedi 23 mai 2009 Zénith de NANTES
dimanche 24 mai 2009 Zénith de NANTES
mardi 26 mai 2009 Zénith de NANTES
mercredi 27 mai 2009 Zénith de NANTES
samedi 30 mai 2009 Zénith de ROUEN
dimanche 31 mai 2009 Zénith de ROUEN
mardi 02 juin 2009 Zénith de ROUEN
vendredi 05 juin 2009 Zénith de STRASBOURG
samedi 06 juin 2009 Zénith de STRASBOURG
lundi 08 juin 2009 Zénith de DIJON
mardi 09 juin 2009 Zénith de DIJON
vendredi 12 juin 2009 Halle Tony Garnier LYON
samedi 13 juin 2009 Halle Tony Garnier LYON
lundi 15 juin 2009 Halle Tony Garnier LYON
vendredi 19 juin 2009 Gayant Expo DOUAI
samedi 20 juin 2009 Gayant Expo DOUAI
lundi 22 juin 2009 Gayant Expo DOUAI

vendredi 04 septembre 2009 Stade de la Praille GENEVE
samedi 05 septembre 2009 Stade de la Praille GENEVE
vendredi 11 septembre 2009 Stade de France PARIS
samedi 12 septembre 2009 Stade de France PARIS
samedi 19 septembre 2009 Stade Roi Baudouin BRUXELLES

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La librairie contre les machines

Publié le par Sébastien Almira

Nouvel article après avoir, pour de multiples raisons, quelque peu délaissé le blog. cette fois, pas de critique littéraire, ni cinématographique, mais un coup de gueule, pourra-t-on dire, contre les fléaux qui s'attaquent à la librairie française et, de ce fait, à la littérature. Rien de prétentieux, seulement mon humble avis !


 

Comment commencer cet article ? Une multitude d'idées m'atteint sans que je sache vraiment par laquelle ouvrir le bal. Alors, une solution simple s'offre à moi : utiliser l'artifice de cette interrogation, qui me mènera forcément quelque part. D'ailleurs, ça y est, je sais comment poursuivre et entamer le sujet. Je disais que l'interrogation me mènera forcément quelque part et je pursuivrai avec une phrase, je le conçois, très bateau : de la même façon qu'on dit que tous les chemins mènent à Rome, j'affirme que, désormais en France, tous les chemins mènent à la Fnac. Il suffit de se promener dans les rues d'une ville de taille moyenne pour tomber sur l'enseigne commerciale se disant porteuse de toutes les cultures. Au lieu de toutes les cultures, on le sait bien, la Fnac développe les rayons qui font tourner le magasin (multimédia et électronique) et réduit petit à petit ceux touchés par la crise. La musique et la vidéo mises à mal par le téléchargement, surtout illégal, mais également légal, depuis plusieurs années et le livre, bien que toujours pas touché par le fléau électronique.


Enfin, on ne peut pas vraiment dire que le marché du livre soit réellement en crise, il se vend sensiblement le même nombre de livres chaque année, les succès sont toujours au rendez-vous (Millénium, L'élégance du hérisson et Marc Lévy en tête, le prouvent), les auteurs de plus en plus productifs (chez Albin Michel, Schmitt, Chattam et Werber publient plusieurs livres par an), etc. Non, on ne peut pas vraiment dire qu'il y a crise. Le problème se trouve, comme pour le disque et la vidéo, du côté d'internet. Non pas avec le téléchargement, mais avec les pure players, tel Amazon, qui tuent la librairie française. Cependant, la Fnac tire toujours son épingle du jeu. Même si elle subit la concurrence d'Amazon et compagnie, elle a vite réagi en offrant sur son site les 5 % autorisés par la loi, ainsi que les frais de port. Face à ça et à l'effervescence de magasins, que peuvent les librairies indépendantes ?

À Aix-en-Provence s'est implantée il y a deux ans une Fnac aux Allées Provençales. Un espace à l'orée du centre-ville, qui accueille depuis deux ans la Fnac, H&M, Jules, Bizzbee, Maisons du Monde, Sephora et autres bijouteries, restaurant italien et fast-food. Le parking construit pour l'occasion est gratuit les quarante-cinq premières minutes. Autant dire qu'une fois la voiture garée, on se complait dans ces allées à dépenser plus de sous que prévu en un temps record et qu'on n'ose même pas penser à s'aventurer plus avant dans Aix, repartant la queue entre les jambes à sa voiture. Le centre n'est pas pour autant déserté, il y a les Aixois, les étudiants et les tout aussi innombrables touristes. Mais il n'est reste pas moins que plusieurs magasins ont d'ores et déjà fermé leurs portes, comme Madison Nuggets, le dernier discaire aixois. Du côté de la librairie, celles spécialisées dans la BD sont au bord du gouffre et celles généralistes accusent plus de 10 % de pertes chacune.

Elles sont trois à se partager la clientèle : Provence et Goulard sur le Cours Mirabeau, Vents du Sud à côté de la Marie. La première est une vraie machine, disposant d'une grande surface de vente et de gros fonds. Caissières à plein temps, vigils, tourniquets à l'entrée, une vraie grande suface. Goulard est l'archétype de la librairie dans laquelle on se sent mal : aucune personnalité, des libraires désagréables, aucune ambiance de fond, aucun plaisir à flâner dans les rayons, mais justement de gros fonds. Vents du Sud est plus petite, plus conviviale, plus attrayante, plus engagée et dispose de gros fonds en jeunesse (photo) et en sciences-humaines. Une vraie librairie de quartier, engagée dans la vie culturelle et aux idées politiques arrêtées qui est, comme ses deux concurrentes, une librairie de premier niveau. Mais contrairement à elles, elle compte beaucoup d'habitués dans sa clientèle. C'est donc celle qui perd le moins de clients. Cependant, elle ne fait pas non plus le poid face à la Fnac et aux ventes internet. Goulard est celle qui chute le plus, ne disposant pas vraiment d'attrait pour attirer le cilent. Ces trois librairies ne sont certes pas sur le point de fermer leurs portes, mais elles se portent moins beaucoup moins bien qu'auparavant.


Et il en va de même partout ailleurs. On ne peut pas dire que la situation est catastrophique, mais elle est tout de même préocuppante. Surtout quand tout se fait au profit d'entreprises telles qu'Amazon et la Fnac, véritables machines de destruction massive. Entrez dans une Fnac après être passé dans une librairie indépendante et comparez ce que vous voyez au rayon livre, l'offre proposée, la façon de ranger, le laisser-aller que l'on peut y trouver. Très bon exemple à Bordeaux, rue Ste-Catherine où le rayon livre est une véritable catastrophe, piles où il ne reste plus qu'un seule livre alors que plusieurs piles s'entassent en réserve, sous les tables, Marc Lévy rangé en nouveauté en février alors qu'on est en pleine rentrée littéraire, un triple panneau remplit de Philippe Sollers alors que la rentrée de janvier compte plus de 500 nouveaux romans et que pas plus d'une vingtaine sont présents sur table, des livres posés n'importe où par les clients et non rangés pas les libraires, des auteurs de langue et/ou de nationalité françaises rangés en littérature étrangère, des vendeurs au compte-goutte qui ne trouvent pas les livres que les clients leur demandent (plusieurs fois, j'ai tendu un exemplaire, qui se touvait pourtant à côté du libraire), etc. Vous l'aurez compris, à travers l'excellent exemple de Bordeaux, il y a vraiment mieux, et de beaucoup, que la Fnac. Alors, arrêtez d'acheter à la Fnac et rendez-vous dans une vraie librairie.


Je ne parle pas de Virgin car il ne faut pas faire l'amalgame. On pourra dire ce qu'on voudra, Virgin n'est pas la Fnac et n'en a pas le fonctionnement. Les rayons librairie de Virgin sont remplis de libraires professionnels et de quelques stagiaires en IUT Métiers du Livre. En plus de disposer de vrais libraires de formation, Virgin forme des étudiants au métier. Les fonds sont parfois légèrement moins importants car les magasins plus petits, mais l'essentiel, et même plus, est bien là, en rayon. L'ambiance y est chaleureuse, les libraires disponibles et informés de ce qui se passe (à la Fnac d'Aix, une libraire à qui j'ai demandé le nouveau roman de Laurent Gaudé, en septembre dernier, ne savait même pas de qui il s'agissait alors que La porte des Enfers était tout de même une des cinq plus grosses nouveautés de la rentrée), toujours là pour vous renseigner alors qu'à la Fnac, il faut faire le tour du magasin pour trouver quelqu'un caché au rayon manga... C'est d'ailleurs le point le plus important chez Virgin : être là, agréble et disponible pour le client. On y sait que c'est ce qui fait la différence, on ne se force pas pour autant, ce n'est pas si difficile de ne pas tirer une gueule de trois kilomètres sur son lieu de travail, mais ça, à la Fnac, on n'a pas encore appris. Chez Virgin, on a également lancé la mode des petits mots sur les livres que les libraires ont adoré. Carine Cavaillon, responsable littérature au Virgin, Place Gambetta à Bordeaux, est à l'origine de ce petit plus qui plait aux clients. Si certains, comme moi, n'aiment pas être conseillés et ne se fient qu'à eux, au risque de passer à côté de merveilles, beaucoup sont sensibles à ces mots et font confiance aux libraires qu'ils côtoient depuis plusieurs années, car les libraires participent à faire vivre l'âme du magasin. Vous aurez peut-être l'impression que j'ai des actions chez Virgin, que je m'emporte un peu trop. Et bien non ! Pour avoir travaillé chez Virgin, je peux vous affirmer que je ne mens nullement et que tout y est réfléchi pour que le client soit entièrement satisfait lorsqu'il repart.

Cela dit, je n'irai pas jusqu'à placer Virgin avec les librairies indépendantes. Même si le fonctionnement de certains des rayons librairies (car je pense que le travail effectué à Bordeaux n'est pas le même partout, Maud Pionica fait tenir les deux étages librairies de manière quasi exemplaire mais tous les Virgin n'ont peut-être pas la chance d'avoir une telle responsable à la tête du rayon librairie) est proche d'une librairie indépendante, Virgin reste une chaîne, le siège, à Paris, a un poids dans la vie de chacun des magasins, aucun ne peut donc faire complètement ce qu'il veut. Il n'y a donc pas à tortiller, Virgin reste une chaîne, mais une chaîne de qualité. Reste à voir si son récent rachat ne changera pas les choses dans le mauvais sens...



Pour conclure cet article, je dirai que si la librairie française a été sauvée de la Fnac par la Loi Lang en 1981, elle est de nouveau en danger, ce n'est un secret pour personne. Si rien n'est fait, elle court à sa perte. Je n'ai aucune idée du temps qui lui reste, je ne suis pas tel spécialiste pour affirmer ce genre de chose, je n'ai pas non plus la prétention de dire ce qu'il faut faire pour sauver une seconde fois la librairie indépendante mais malheureusement, on arrive à un moment de l'histoire que l'on a déjà vécu et il va falloir faire quelque chose d'autrement plus valable qu'un procés contre Amazon pour frais de port offerts afin de voir subsister le patrimoine littéraire français dans nos maisons. Je vais trop loin, pensez-vous ? Mais je l'ai dit tout à l'heure : allez voir ce qui se vend à la Fnac, vous verrez ce qui se vendra plus tard, lorsqu'il n'y aura plus de librairies dignes de ce nom.


Mardi 21 avril 2009

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Vers un renouveau du film d'animation

Publié le par Sébastien Almira

Entre suites à n'en plus finir et dessins animés japonais, on ne sait plus où donner de la tête. Voilà de trop longues années qu'on nous en fait ingurgiter de tout côté, de trop longues années où la qualité baissait de plus en plus, de trop longues années que Disney nous servait des petits dessins animés gentillets mais sans intérêt. Mais depuis l'apparition de Pixar dans l'animation de synthèse, le paysage du film d'animation a changé.

L'aventure commence lentement mais sûrement en 1995 avec le premier volet de Toy Story. Face à la qualité et au succès du long-métrage, un accord est signé en 1997 avec Walt Disney pour cinq films d'animation en co-production. Suivent 1001 pattes, Toy Story 2, Monstres et Cie, Le monde de Némo et Les Indestructibles (respectivement Oscars du meilleur film d'animation 2003 et 2004.
En janvier 2004, Pixar rompt les négociations avec Disney sur une éventuelle prolongation du contrat et se met à la recherche d'un autre partenaire. Mais, digne d'un thriller, l'affaire connait deux ans plus tard un retournement de situation, et pas des moindres : Walt Disney rachète les studios Pixar pour 7,4 milliards de dollars. L'alliance définit clairement le positionnement des deux maisons : chacun reste sur son terrain de prédilection, Walt Disney dans le dessin traditionnel et Pixar dans l'animation de synthèse.
Du côté de Pixar, le succès s'accroit de façon exponentielle avec Cars en 2006 (Golden Globe du meilleur film d'animation), Ratatouille l'année suivante (Oscar du meilleur film d'animation) et enfin Wall-E également Oscar du meilleur film d'animation ! Sont prochainement prévus le troisième volet de Toy Story (2010), le second de Cars (2011) ainsi que Là-haut  qui fera l'ouverture du festival de Cannes le 13 mai 2009 et 1906 cette année.
Les films Pixar sont toujours d'excellente qualité, souvent récompensés par les Oscars ou les Golden Globes, et très appréciés par le public, qu'il soit en bas âge ou bien majeur ! Chez eux, on ne se presse pas, un ou deux films par an, pas la peine d'être présent toute l'année en proposant de la basse qualité. De plus en plus, un fond que les enfants ne comprennent pas forcément est présent dans leurs productions comme l'attitude du peuple face à l'écologie et à la survie de la planète dans Wall-E ou encore, comme dans beaucoup de dessins animés, l'acceptation des personnes différentes comme c'est le cas dans Ratatouille. En somme, un film Pixar, c'est une qualité, un message, du second degrés, tout public et, surtout, un très bon moment en perspective, que ce soit en famille ou entre amis.


Quant à Walt Disney, la machine à chef-d'oeuvre, elle nous pond depuis 1937 avec Blanche-Neige et les sept nains, de pures merveilles devenues des classiques : Pinocchio et Fantasia en 1940, Bambi en 1942, Cendrillon en 1950, Alice au pays des merveilles en 1951, Peter Pan en 1953, Mary Poppins en 1964, Le livre de la jungle en 1967, Les aristochats en 1970, La petite sirène en 1989 ou encore Aladdin en 1992 jusqu'au Le Roi Lion en 1994.
Et là, tout s'écroule. Déjà le début des années 1980 laissait entrevoir une fuite de l'imagination des créateurs de Disney. La majorité des films produits depuis a été oubliée, presque plus de grosse production que tout le monde veut voir. Les années 1990 prouvent encore mieux le déclin de Disney. La pathétique aventure des suites commence : Aladdin, Winny l'ourson, La Belle et la Bête, Pocahontas, Le Roi Lion et Fantasia sont touchés. Les années 2000 ne font qu'accentuer le chemin pris par Disney les quinze années précédentes : des suites à n'en plus finir (Dingo et Max, La petite sirène, La Belle et le clochard, Peter Pan, Cendrillon, Le Bossu de Nôtre-Dame, Les 101 dalmatiens, Le livre de la jungle, Le Roi Lion, Mulan, Tarzan, Lilo et Stitch, Kuzko, Bambi, Frère des ours, Rox et Rouquy, Cendrillon et La Fée Clochette), des films de moins en moins connus, des sorties quasi mensuelles (entre quatre et dix sorties par an !), etc.
Pour les prochaines années, sont d'ores et déjà prévus un troisième et un quatrième volets de La Fée Clochette ainsi qu'un Fantasia 3... Est-ce que le règne de Walt Disney est en train de s'écrouler, laissant la place à une réel renouveau dans l'animation avec les studios Pixar ?

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Bienvenue chez les Ch'tis ** / Team America **** / Gran torino *****

Publié le par Sébastien Almira

Chaque semaine s'ajoutaient des centaines de milliers de spectateurs. Chaque semaine, les Ch'tis s'approchaient des dix millions d'entrées en France. Puis, chaque semaine, c'était le Titanic qui prenait peur... Puis La grande vadrouille. Mais celle-ci a survécu ! Au final, le film de Dany Boon a attité plus de vingt millions de français dans les salles obscures. Pas mal, pas mal pour un film sur une région pas très appréciée par les touristes et même les français. Reste qu'on a voulu nous faire passer une comédie sympathique et drôle sur les Ch'tis pour la plus grosse poilade de toute l'histoire du cinéma français... Certes, les entrées disent ce qu'elles disent, mais pour ce qui est du contenu, il ne faut pas se leurrer : on est bien loin des chefs d'oeuvre du genre. Sur ceux-là, tout le monde ne sera pas d'accord, mais les Bronzés (que je n'affectionne pas particulièrement), Les Visiteurs, Le dîner de cons ou encore Le Père-Noël est une ordure atteignent des sommets qui semblent aujourd'hui difficiles à égaler. En France, le dernier date de 1998 avec le deuxième volet des aventures des Visiteurs, puisque le troisième (en Amérique) est totalement dénué de tout intérêt. A quand une réelle comédie à se rouler par terre ?? **


N'allons même pas chercher d'équivalent de ce côté, au risque de ne trouver que de grosses et grasses comédies à la American Pie et plus réçemment Yes Man. A moins de se tourner vers l'animation avec le poilant Team America, Polices du monde qui met en scènes des marionnettes pour se moquer des productions américaines, presque toutes basées sur les mêmes codes et les mêmes scènes. Scène après scène, tout est parodié, d'une réplique à une scène entière, en passant par les attitudes des personnages, les ficelles du film (qui tiennent ici les protagonistes au sens propre comme au figuré). Frappé, hilarant, vulgaire, drôlement violent : une petite perle à mettre entre de nombreux yeux ! ****





Le dernier film pour aujourd'hui s'inscrit parfaitement dans la lignée des autres puisqu'il ne manque pas d'humour ! Le nouveau film de Clint Eastwood, Gran Torino, derrière son affiche sombre à souhait, n'en a peut-être pas l'air, mais il fait beaucoup rire. A vrai dire, il ne fait pas que ça, il nous fait réfléchir avant tout, rire, pleurer, attendre et peut-être même changer, espérons-le. Puisque c'est le sujet du film : un homme d'un certain âge qui vient de perdre sa femme et n'a jamais été proche de sa famille se retrouve seul en plein quartier infesté de hmong. Infesté, oui, puisque notre homme les hait, toutes ces "faces de citron" et autres "têtes de nem". Mais le destin les mettra sur sa route plus qu'il ne l'imaginait et, surtout, plus qu'il ne le souhaitait. C'est alors un tourbillon de cynisme, de haine, de rires, de larmes, d'amour et d'amitié qui nous prend jusqu'au dénouement fragile mais on ne peut plus puissant que nous a concocté Maître Eastwood. Pour une rubrique "leçon de cinéma", Gran Torino y a largement sa place. Ce film est même une grande claque qui vous bouscule et vous perturbe même hors de la salle. *****

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Philippe Besson, La trahison de Thomas Spencer, roman, 255 pages, Julliard, janvier 2009, 19€ **

Publié le par Sébastien Almira

Voilà ma toute première critique littéraire toute neuve ! Et ça tombe sur Philippe Besson, un auteur que j'apprécie beaucoup et dont j'attends par conséquent beaucoup. C'est peut-être pour cela que j'ai été déçu par son nouveau roman...

Son premier roman a été publié chez Julliard en 2001. Depuis, il n'a fait qu'une seule infidélité à sa maison pour publier L'enfant d'octobre chez Grasset en 2006. Et depuis, chaque année, parait un nouveau Besson. La trahison de Thomas Spencer est son dixième, j'en ai lu sept et abandonné un (Les jours fragiles, journal intime de la soeur de Rimbaud pendant les derniers mois du poète). Le premier, En l'absence des hommes, est une pure merveille, une narration binaire où Vincent, le personnage principal, alterne les rencontres avec Arthur, fils de la servante, dont il tombe amoureux, et Marcel, célèbre écrivain, avec qui il se lie d'amitié avant de découvrir quel secret se cache derrière l'homme. L'avant-dernier, Un homme accidentel, l'est aussi, l'histoire d'un amour quasi impossible, poignante à souhait, horriblement belle et magnifiquement torride. Les autres oscillent entre le moyen et le très bon. Le nouveau les rejoint.

Paul et Thomas, nés le même jour, sont amis depuis toujours. Ils partagent tout, jusqu'au moment où le narrateur (Thomas) veut en venir. Car c'est pour ça qu'il écrit ce livre, qu'il raconte cette histoire : parce qu'il est coupable, qu'il s'en veut et qu'il a besoin de le dire. Il ne veut pas se faire pardonner ou oublier quoi que ce soit, ce faisant, non. Il veut simplement que ça sorte.
Et pour nous raconter cette histoire, il nous raconte TOUTE l'histoire, et toute l'Histoire aussi, celle des Etats-Unis, du 6 août 1945 au 30 avril 1975. Mais "l'élément déclencheur" annoncé dans la quatrième de couverture, à savoir l'arrivée de Claire dans la vie des deux amis, n'apparait que brièvement à la page 100 avant de prendre réellement part au récit à la page 200. C'est là que le roman décolle vraiment, afin de gagner le rythme de croisière d'un vrai Besson, avec son écriture belle et nerveuse. Le problème c'est qu'à ce moment du roman, il ne reste que 65 pages... L'histoire de l'Amérique (élections, guerres, assassinats politiques, mort de Marilyn Monroe, etc.) est, jusqu'au seuil fatidique des 200 pages, trop légèrement traitée. Elle est survolée, comme par la suite, mais son impact est bien moindre, dû au manque de nerf dans l'écriture de l'auteur.
Peut-être tout cela était-il voulu, pour souligner l'importance de Claire dans la vie de Paul et Thomas, dans ce qui s'est passé. Alors, de ce point de vue, l'importance de Claire est beaucoup trop soulignée. Les 200 premières pages ne font que cataloguer les histoires sentimentales des deux protagonistes ainsi que leur amitié sur un fond historique léger. Quel besoin de connaître toutes les conquêtes d'une nuit, les unes après les autres, quand cela n'a aucun impact sur l'histoire que le narrateur veut partager ? Peut-être était-ce une excuse pour Philippe Besson afin de nous dresser une fresque des Etats-Unis. Mais cela n'a pas réussi à cette très longue première partie du roman.

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Slumdog Millionaire ***** / Yes Man * / L'étrange histoire de Benjamin Button ***

Publié le par Sébastien Almira

Titre très évocateur et complètement trompeur pour cet article, puisque je ne m'y connais pas du tout en cinéma. Je suis donc incapable, vous l'aurez compris, de vous donner quelque leçon que ce soit en matière de cinéma, mais je me permettrais de temps en temps de vous parler de certains films, que j'aurais aimés ou non. Et pour ce premier numéro, je parlerai de trois films : Slumdog Millionaire, Yes Man et L'étrange histoire de Benjamin Button.


Procédons chronologiquement : j'ai vu Slumdog Millionaire (8 oscars) en décembre dernier si je ne m'abuse. Roman de Vikram Swarup (Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire) édité en poche chez 10/18 et surfant sur le succés depuis plusieurs mois, l'histoire a été adaptée, apparemment très librement (je n'ai pas lu le livre, veuille m'en excuser...), par Danny Boyle sous un nouveau titre, beaucoup plus facile à retenir et à prononcer ! N'ayant jamais vraiment attiré par l'Inde, son cinéma, sa musique et tout ce qui s'y réfère, j'ai cependant été très attiré par ce film. Pourquoi ? Parce que j'avais déjà bien envie de lire le livre. Mais, faute de temps, et de volonté, la sortie cinématographique m'a bien aidé.
Un jeune Indien (joué par Dev patel, alias Anwar dans Skins) se retrouve sur le plateau de Qui veut gagner un million de roupies ? et réussi à répondre à chaque question, allant jusqu'au million. L'animateur est persuadé qu'il triche et appelle la police à la fin de l'émission. L'alarme a sonné, l'émission est terminée, il ne reste plus qu'une question, mais le jeune Jamal Malik devra attendre le lendemain pour y répondre... Si seulement il est relâché avant... Car, au poste, il est battu et interrogé par deux flics quelque peu véreux. Comment se fait-il qu'il ait réussi à répondre à ces questions alors quil parait si bête ? C'est ce qu'il tente d'expliquer à ses tortionnaires en se remémorant son enfance et son adolescence qui, par de multiples situations, ou plutôt aventures (hasard ou destin ?), lui ont donné toutes les réponses.
On plonge alors dans les taudis de Mumbai, revisitant avec lui toute sa vie passée. "Toute sa vie passée", un peu trop pour un jeune de 18 ans ? Non, jamais, comme la réalisation de Danny Boyle et la puissante musique de A. R. Rahman, ça n'est jamais trop. Toujours à la limite, à ce point d'orgue où tout devient parfait. C'est là que se situe Slumdog Millionaire. *****


Yes Man, de Peyton Reed, est l'occasion du retour de Jim Carrey. L'acteur poursuite sa carrière avec le même genre de rôle, mais chaque fois plus ridicule. S'il a autrefois été un génie, il reste ici maître d'une gros navet.
C'est l'histoire d'un homme qui, depuis s'être fait larguer par la femme de sa vie, se vautre dans une vie sans intérêt, sans plaisir. Il ne sort plus, il ne voit plus personne, il ne s'amuse plus. Et puis un jour, il se rend à un séminaire dont le but est d'améliorer la vie de ses participants. Le principe est simple : il faut profiter de la vie et, pour cela, il suffit de dire oui à tout. S'en suit forcément une succession de scènes plus ridicules et attendues les unes que les autres, dont quelques-unes méritent d'être réellement qualifiées de drôles.

En somme, un film pour les Américains, de ceux qui se gavent de McDo avant d'aller au cinéma rire grassement devant un sous-film aux ficelles tellement grosses qu'elles en envahissent l'écran. *


Enfin, je terminerai par L'étrange histoire de Benjamin Button. D'une nouvelle de F. S. Fitzgerald de trente pages, David Lynch en a fait un film de 2h40. L'histoire tient en deux phrases. Benjamin est né le dernier jour de la guerre de 14-18, il fait la taille d'un bébé, mais possède toutes les caractéristiques d'un vieillard de 80 ans. Il va vivre sa vie à l'envers, mourant bébé à l'âge de 80 ans. Cette histoire est l'occasion de revivre l'histoire des Etats-Unis de 1918 à l'ouragan Katrina.
Si la nouvelle de Fitzgerald ne fait qu'une trentaine de pages, c'est que l'auteur, devenu culte, souffre d'un grave problème, et pas des moindres : il invente des histoires extraordinaire mais les sous-utilise d'une manière rarement vue dans la littérature. Alors qu'il pourrait écrire de Grands romans qui dépasseraient facilement les 300 pages, il se contente de survoler on ne peut plus légèrement ses histoires sous forme de courtes nouvelles.
C'est le contraire avec David Lynch. A partir de la nouvelle, il a créé une histoire passionante, mais bien trop longue. En sortant de la salle, j'avais l'impression d'y avoir passé toute une nuit. Quel dommage quand on sait le temps qu'il lui a fallu pour mettre fin à ce projet pharaonique et très intéressant qui donne de belles scènes, de belles images et l'occasion, pour Brad Pitt, de disposer d'un rôle de composition assez large, passant du vieillard jaloux des enfants qui jouent en toute insouciance à l'adolescent qui sait se sacrifie pour ceux qu'il aime.
Un film que j'ai donc trouvé un peu longuet malgré de belles prouesses (scénario, images, acteurs, etc.) et qui se paye des critiques dityrambiques dans le monde entier. Studio CinéLive (nouveau magazine ciné qui regroupe les rédactions de Studio et de CinéLive) a même pris le pari qu'il restera le meilleur film de l'année... ***

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Jean-Pierre Gattégno, J'ai tué Anémie Lothomb, roman, 230 pages, Calmann-Lévy, janvier 2009, 14€ °

Publié le par Sébastien Almira

Encore un livre, me direz-vous, mais cette fois-ci, il s'agit d'une mauvaise critique. Enfin, d'un mauvais livre, car j'ose espérer que ma critique n'est pas si mal que ça !



Antoine Galoubet est le contraire d'un auteur à succès. Ses livres passent inapperçus auprès des médias, des libraires et du public, son stand est le plus désertique du Salon de Paris, personne ne le reconnaît, ni même ne le connaît. Bref, Antoine Galoubet est un écrivain maudit. Et puis un jour apparaît, miraculeuse, une opportunité de sortir de l'anonymat : il trouve « le corps sans vie d'une romancière à succès ». Recel de cadavre, complot, manipulations en tout genre, tout y passe.

Voilà qui laissait entrevoir un très bon roman, drôle et agréable, sur le monde de l'édition mais il n'en est rien ! Forcément, l'éditeur ne tarit pas d'éloges, mais au lieu de « l'humour féroce et déjanté » promis sur la quatrième de couverture, c'est de piètres blagues gratuitement féroces dont il faudra se contenter dans cette « satyre du monde des lettres tout à la fois grave et réaliste » qui se révèle plutôt être un long article romancé en surface pour dénoncer la dérive, selon Gattégno, de la littérature, des médias et des lecteurs. Tous les auteurs à succès s'en prennent, passez-moi l'expression mais il s'agit bien de cela et uniquement de cela, plein la gueule : Nothomb, Lévy, Pingeot, Musso, Ravalec, Houellebecq et Beigbeder, si je n'oublie personne.

On y apprend notamment qu'Amélie Nothomb, pardon, qu'Anémie Lothomb n'est « qu'une pimbêche qui tremble d'être surprise à poil », que personne ne la lit, ce qui explique son succès, que « d'elle, il ne subsisterait que quelques livres en librairie et, avec les années, sans doute plus rien.. » et que c'est uniquement « à la cigarette qu'on reconnaît un artiste. » Reste tout de même une phrase intéressante : « quand on veut se faire un nom, c'est qu'on n'en a pas. » Vous l'aurez compris, ce livre n'est qu'un ramassis de remarques jalouses, gratuites et méchantes de la part d'un auteur (Gattégno, pas Galoubet !) qui surfe sur l'insuccès malgré huit livres publiés depuis 1992. Il le dit lui-même, page 114, à travers un faux article de Libération : « Cet auteur ignoré du grand public est jaloux du succès d'Anémie Lothomb. » Voilà finalement résumé en treize mots le livre, si on peut salir ce mot de la sorte, d'un auteur (Gattégno toujours) qui veut se faire connaître en tuant symboliquement Amélie Nothomb.


« Pourquoi n'avait-il pas essayé de me contacter ? Je lui aurais rendu le corps et on en serait resté là. Au lieu de ça, il me complique la vie avec ses aveux.. » Pourquoi n'avait-il pas simplement laissé le corps à sa place au lieu de l'embarquer dans son coffre pour le placer dans le congélateur du chalet que lui prête son éditrice avant de l'enterrer dans un
bois ? Au lieu de ça, il imagine un scénario qui ne tient pas la route et qui nous désespère.

En somme, voilà donc un très mauvais livre que je vous déconseille au plus haut point et que je regrette infiniment d'avoir acheté. Si vous voulez savoir jusqu'où peut aller un écrivain, lisez Daphnée disparue de José Carlos Somoza (Actes Sud, 19€) dont le style est autrement meilleur et la trame, autrement plus travaillée, tient entièrement debout malgré sa complexité, ou bien Et si c'était niais de Pascal Fioretto (Chiflet & Cie, 15€, Pocket, 5,40€) dont l'humour, bien réel, vous saute à la figure à chaque page.

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Maurice G. Dantec, Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute, roman, 200 pages, Albin Michel, janvier 2009, 16€ ***

Publié le par Sébastien Almira

J'ai quelque peu hésité sur mon premier article. Non pas sur le thème : je voulais commencer par un livre, c'était une certitude. Mais lequel ? Une nouveauté ? Peu importe ? Un livre que j'ai aimé ? Ou détesté ?
J'ai finalement opté pour une nouveauté de la rentrée de janvier que j'ai bien aimé : mon premier Dantec.
Je dénigrerai des livres plus tard... ^^



« Je suis entré dans le bureau de poste et j'ai dit :

- Bonjour m'sieurs dames ça sera pas long c'est un hold-up vous vous allongez par terre et vous comptez les grains de poussière. »


Karen et son acolyte sont atteints du neurovirus de Schiron-Aldiss et se sont rencontrés dans le centre de regroupement chargé d'examiner et de ficher la population selon des caractéristiques médicales et génétiques avant d'envoyer les malades dans un Foyer médico-sécuritaire. Il n'existe ni remède, ni vaccin au neurovirus. Il provoque des rêves « où c'est les ténèbres, la destruction, le feu, la douleur, la terreur », mais ce que les autorités (médicales et gouvernementales) ignorent, c'est qu'un don est entretenu par le virus : les malades sont capables de voir toute sorte de choses (codes, fonctionnements électroniques, etc.) qui leur permettent de déjouer n'importe quel système informatisé ou de sécurité.
Le nouveau couple décide de fuir le Foyer où ils sont retenus prisonniers pour vivre, même si c'est pour quelques mois, la vie qu'ils entendent. Ils réalisent quelques braquages sans grand risque afin de finir leurs jours tranquillement à l'étranger. Mais un matin, alors qu'ils ont franchi la frontière espagnole, ils apprennent par la télévision qu'ils sont recherchés pour un braquage ayant coûté la mort de deux personnes dont un policier.

À cette intrigue s'ajoute celle de la station Mir vouée à une imminente destruction, que Karen et son compagnon pénètrent lors de rêves mouvementés que seule la drogue semble calmer. Là, ils rencontrent, tour à tour, les trois membres de l'équipage et le fantôme du jazzman Albert Ayler qui se dit Intercesseur (comprenez là l'avenir de nos Anges actuels) et tente de sauver la station Mir de sa déroute.


C'est la deuxième fois qu'un livre de Dantec m'intéresse. Le premier était Artefact, machine à écrire (Albin Michel, 23€) qui était composé de trois nouvelles de 300 pages chacune, excusez du peu, et j'ai décroché à cinquante pages de la première. Dantec est un personnage assez détestable, prêt à dire les pires horreurs dans ses livres ou en interview ,et ses romans ne me tentaient pas plus que ça, semblant souvent incompréhensibles. Mais celui-ci ressemble à un essai de se rapprocher du grand public. Ça a en tout cas fonctionné avec moi : je l'ai voulu avant même de le voir en librairie, je l'ai eu, je l'ai lu et, pire, je l'ai aimé ! Entre un course poursuite maîtrisée, une intrigue mêlant polar, médecine et fantastique, un jazzman revenu d'entre les morts au but incertain et un style drôle, concis et travaillé, le nouveau Dantec ne fait face qu'à une seule tâche : une dizaine de pages vers la fin quasi incompréhensibles qui enlève une étoile à sa note finale.

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