Philippe Besson, La trahison de Thomas Spencer, roman, 255 pages, Julliard, janvier 2009, 19€ **

Publié le par Sébastien Almira

Voilà ma toute première critique littéraire toute neuve ! Et ça tombe sur Philippe Besson, un auteur que j'apprécie beaucoup et dont j'attends par conséquent beaucoup. C'est peut-être pour cela que j'ai été déçu par son nouveau roman...

Son premier roman a été publié chez Julliard en 2001. Depuis, il n'a fait qu'une seule infidélité à sa maison pour publier L'enfant d'octobre chez Grasset en 2006. Et depuis, chaque année, parait un nouveau Besson. La trahison de Thomas Spencer est son dixième, j'en ai lu sept et abandonné un (Les jours fragiles, journal intime de la soeur de Rimbaud pendant les derniers mois du poète). Le premier, En l'absence des hommes, est une pure merveille, une narration binaire où Vincent, le personnage principal, alterne les rencontres avec Arthur, fils de la servante, dont il tombe amoureux, et Marcel, célèbre écrivain, avec qui il se lie d'amitié avant de découvrir quel secret se cache derrière l'homme. L'avant-dernier, Un homme accidentel, l'est aussi, l'histoire d'un amour quasi impossible, poignante à souhait, horriblement belle et magnifiquement torride. Les autres oscillent entre le moyen et le très bon. Le nouveau les rejoint.

Paul et Thomas, nés le même jour, sont amis depuis toujours. Ils partagent tout, jusqu'au moment où le narrateur (Thomas) veut en venir. Car c'est pour ça qu'il écrit ce livre, qu'il raconte cette histoire : parce qu'il est coupable, qu'il s'en veut et qu'il a besoin de le dire. Il ne veut pas se faire pardonner ou oublier quoi que ce soit, ce faisant, non. Il veut simplement que ça sorte.
Et pour nous raconter cette histoire, il nous raconte TOUTE l'histoire, et toute l'Histoire aussi, celle des Etats-Unis, du 6 août 1945 au 30 avril 1975. Mais "l'élément déclencheur" annoncé dans la quatrième de couverture, à savoir l'arrivée de Claire dans la vie des deux amis, n'apparait que brièvement à la page 100 avant de prendre réellement part au récit à la page 200. C'est là que le roman décolle vraiment, afin de gagner le rythme de croisière d'un vrai Besson, avec son écriture belle et nerveuse. Le problème c'est qu'à ce moment du roman, il ne reste que 65 pages... L'histoire de l'Amérique (élections, guerres, assassinats politiques, mort de Marilyn Monroe, etc.) est, jusqu'au seuil fatidique des 200 pages, trop légèrement traitée. Elle est survolée, comme par la suite, mais son impact est bien moindre, dû au manque de nerf dans l'écriture de l'auteur.
Peut-être tout cela était-il voulu, pour souligner l'importance de Claire dans la vie de Paul et Thomas, dans ce qui s'est passé. Alors, de ce point de vue, l'importance de Claire est beaucoup trop soulignée. Les 200 premières pages ne font que cataloguer les histoires sentimentales des deux protagonistes ainsi que leur amitié sur un fond historique léger. Quel besoin de connaître toutes les conquêtes d'une nuit, les unes après les autres, quand cela n'a aucun impact sur l'histoire que le narrateur veut partager ? Peut-être était-ce une excuse pour Philippe Besson afin de nous dresser une fresque des Etats-Unis. Mais cela n'a pas réussi à cette très longue première partie du roman.

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Slumdog Millionaire ***** / Yes Man * / L'étrange histoire de Benjamin Button ***

Publié le par Sébastien Almira

Titre très évocateur et complètement trompeur pour cet article, puisque je ne m'y connais pas du tout en cinéma. Je suis donc incapable, vous l'aurez compris, de vous donner quelque leçon que ce soit en matière de cinéma, mais je me permettrais de temps en temps de vous parler de certains films, que j'aurais aimés ou non. Et pour ce premier numéro, je parlerai de trois films : Slumdog Millionaire, Yes Man et L'étrange histoire de Benjamin Button.


Procédons chronologiquement : j'ai vu Slumdog Millionaire (8 oscars) en décembre dernier si je ne m'abuse. Roman de Vikram Swarup (Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire) édité en poche chez 10/18 et surfant sur le succés depuis plusieurs mois, l'histoire a été adaptée, apparemment très librement (je n'ai pas lu le livre, veuille m'en excuser...), par Danny Boyle sous un nouveau titre, beaucoup plus facile à retenir et à prononcer ! N'ayant jamais vraiment attiré par l'Inde, son cinéma, sa musique et tout ce qui s'y réfère, j'ai cependant été très attiré par ce film. Pourquoi ? Parce que j'avais déjà bien envie de lire le livre. Mais, faute de temps, et de volonté, la sortie cinématographique m'a bien aidé.
Un jeune Indien (joué par Dev patel, alias Anwar dans Skins) se retrouve sur le plateau de Qui veut gagner un million de roupies ? et réussi à répondre à chaque question, allant jusqu'au million. L'animateur est persuadé qu'il triche et appelle la police à la fin de l'émission. L'alarme a sonné, l'émission est terminée, il ne reste plus qu'une question, mais le jeune Jamal Malik devra attendre le lendemain pour y répondre... Si seulement il est relâché avant... Car, au poste, il est battu et interrogé par deux flics quelque peu véreux. Comment se fait-il qu'il ait réussi à répondre à ces questions alors quil parait si bête ? C'est ce qu'il tente d'expliquer à ses tortionnaires en se remémorant son enfance et son adolescence qui, par de multiples situations, ou plutôt aventures (hasard ou destin ?), lui ont donné toutes les réponses.
On plonge alors dans les taudis de Mumbai, revisitant avec lui toute sa vie passée. "Toute sa vie passée", un peu trop pour un jeune de 18 ans ? Non, jamais, comme la réalisation de Danny Boyle et la puissante musique de A. R. Rahman, ça n'est jamais trop. Toujours à la limite, à ce point d'orgue où tout devient parfait. C'est là que se situe Slumdog Millionaire. *****


Yes Man, de Peyton Reed, est l'occasion du retour de Jim Carrey. L'acteur poursuite sa carrière avec le même genre de rôle, mais chaque fois plus ridicule. S'il a autrefois été un génie, il reste ici maître d'une gros navet.
C'est l'histoire d'un homme qui, depuis s'être fait larguer par la femme de sa vie, se vautre dans une vie sans intérêt, sans plaisir. Il ne sort plus, il ne voit plus personne, il ne s'amuse plus. Et puis un jour, il se rend à un séminaire dont le but est d'améliorer la vie de ses participants. Le principe est simple : il faut profiter de la vie et, pour cela, il suffit de dire oui à tout. S'en suit forcément une succession de scènes plus ridicules et attendues les unes que les autres, dont quelques-unes méritent d'être réellement qualifiées de drôles.

En somme, un film pour les Américains, de ceux qui se gavent de McDo avant d'aller au cinéma rire grassement devant un sous-film aux ficelles tellement grosses qu'elles en envahissent l'écran. *


Enfin, je terminerai par L'étrange histoire de Benjamin Button. D'une nouvelle de F. S. Fitzgerald de trente pages, David Lynch en a fait un film de 2h40. L'histoire tient en deux phrases. Benjamin est né le dernier jour de la guerre de 14-18, il fait la taille d'un bébé, mais possède toutes les caractéristiques d'un vieillard de 80 ans. Il va vivre sa vie à l'envers, mourant bébé à l'âge de 80 ans. Cette histoire est l'occasion de revivre l'histoire des Etats-Unis de 1918 à l'ouragan Katrina.
Si la nouvelle de Fitzgerald ne fait qu'une trentaine de pages, c'est que l'auteur, devenu culte, souffre d'un grave problème, et pas des moindres : il invente des histoires extraordinaire mais les sous-utilise d'une manière rarement vue dans la littérature. Alors qu'il pourrait écrire de Grands romans qui dépasseraient facilement les 300 pages, il se contente de survoler on ne peut plus légèrement ses histoires sous forme de courtes nouvelles.
C'est le contraire avec David Lynch. A partir de la nouvelle, il a créé une histoire passionante, mais bien trop longue. En sortant de la salle, j'avais l'impression d'y avoir passé toute une nuit. Quel dommage quand on sait le temps qu'il lui a fallu pour mettre fin à ce projet pharaonique et très intéressant qui donne de belles scènes, de belles images et l'occasion, pour Brad Pitt, de disposer d'un rôle de composition assez large, passant du vieillard jaloux des enfants qui jouent en toute insouciance à l'adolescent qui sait se sacrifie pour ceux qu'il aime.
Un film que j'ai donc trouvé un peu longuet malgré de belles prouesses (scénario, images, acteurs, etc.) et qui se paye des critiques dityrambiques dans le monde entier. Studio CinéLive (nouveau magazine ciné qui regroupe les rédactions de Studio et de CinéLive) a même pris le pari qu'il restera le meilleur film de l'année... ***

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Jean-Pierre Gattégno, J'ai tué Anémie Lothomb, roman, 230 pages, Calmann-Lévy, janvier 2009, 14€ °

Publié le par Sébastien Almira

Encore un livre, me direz-vous, mais cette fois-ci, il s'agit d'une mauvaise critique. Enfin, d'un mauvais livre, car j'ose espérer que ma critique n'est pas si mal que ça !



Antoine Galoubet est le contraire d'un auteur à succès. Ses livres passent inapperçus auprès des médias, des libraires et du public, son stand est le plus désertique du Salon de Paris, personne ne le reconnaît, ni même ne le connaît. Bref, Antoine Galoubet est un écrivain maudit. Et puis un jour apparaît, miraculeuse, une opportunité de sortir de l'anonymat : il trouve « le corps sans vie d'une romancière à succès ». Recel de cadavre, complot, manipulations en tout genre, tout y passe.

Voilà qui laissait entrevoir un très bon roman, drôle et agréable, sur le monde de l'édition mais il n'en est rien ! Forcément, l'éditeur ne tarit pas d'éloges, mais au lieu de « l'humour féroce et déjanté » promis sur la quatrième de couverture, c'est de piètres blagues gratuitement féroces dont il faudra se contenter dans cette « satyre du monde des lettres tout à la fois grave et réaliste » qui se révèle plutôt être un long article romancé en surface pour dénoncer la dérive, selon Gattégno, de la littérature, des médias et des lecteurs. Tous les auteurs à succès s'en prennent, passez-moi l'expression mais il s'agit bien de cela et uniquement de cela, plein la gueule : Nothomb, Lévy, Pingeot, Musso, Ravalec, Houellebecq et Beigbeder, si je n'oublie personne.

On y apprend notamment qu'Amélie Nothomb, pardon, qu'Anémie Lothomb n'est « qu'une pimbêche qui tremble d'être surprise à poil », que personne ne la lit, ce qui explique son succès, que « d'elle, il ne subsisterait que quelques livres en librairie et, avec les années, sans doute plus rien.. » et que c'est uniquement « à la cigarette qu'on reconnaît un artiste. » Reste tout de même une phrase intéressante : « quand on veut se faire un nom, c'est qu'on n'en a pas. » Vous l'aurez compris, ce livre n'est qu'un ramassis de remarques jalouses, gratuites et méchantes de la part d'un auteur (Gattégno, pas Galoubet !) qui surfe sur l'insuccès malgré huit livres publiés depuis 1992. Il le dit lui-même, page 114, à travers un faux article de Libération : « Cet auteur ignoré du grand public est jaloux du succès d'Anémie Lothomb. » Voilà finalement résumé en treize mots le livre, si on peut salir ce mot de la sorte, d'un auteur (Gattégno toujours) qui veut se faire connaître en tuant symboliquement Amélie Nothomb.


« Pourquoi n'avait-il pas essayé de me contacter ? Je lui aurais rendu le corps et on en serait resté là. Au lieu de ça, il me complique la vie avec ses aveux.. » Pourquoi n'avait-il pas simplement laissé le corps à sa place au lieu de l'embarquer dans son coffre pour le placer dans le congélateur du chalet que lui prête son éditrice avant de l'enterrer dans un
bois ? Au lieu de ça, il imagine un scénario qui ne tient pas la route et qui nous désespère.

En somme, voilà donc un très mauvais livre que je vous déconseille au plus haut point et que je regrette infiniment d'avoir acheté. Si vous voulez savoir jusqu'où peut aller un écrivain, lisez Daphnée disparue de José Carlos Somoza (Actes Sud, 19€) dont le style est autrement meilleur et la trame, autrement plus travaillée, tient entièrement debout malgré sa complexité, ou bien Et si c'était niais de Pascal Fioretto (Chiflet & Cie, 15€, Pocket, 5,40€) dont l'humour, bien réel, vous saute à la figure à chaque page.

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Maurice G. Dantec, Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute, roman, 200 pages, Albin Michel, janvier 2009, 16€ ***

Publié le par Sébastien Almira

J'ai quelque peu hésité sur mon premier article. Non pas sur le thème : je voulais commencer par un livre, c'était une certitude. Mais lequel ? Une nouveauté ? Peu importe ? Un livre que j'ai aimé ? Ou détesté ?
J'ai finalement opté pour une nouveauté de la rentrée de janvier que j'ai bien aimé : mon premier Dantec.
Je dénigrerai des livres plus tard... ^^



« Je suis entré dans le bureau de poste et j'ai dit :

- Bonjour m'sieurs dames ça sera pas long c'est un hold-up vous vous allongez par terre et vous comptez les grains de poussière. »


Karen et son acolyte sont atteints du neurovirus de Schiron-Aldiss et se sont rencontrés dans le centre de regroupement chargé d'examiner et de ficher la population selon des caractéristiques médicales et génétiques avant d'envoyer les malades dans un Foyer médico-sécuritaire. Il n'existe ni remède, ni vaccin au neurovirus. Il provoque des rêves « où c'est les ténèbres, la destruction, le feu, la douleur, la terreur », mais ce que les autorités (médicales et gouvernementales) ignorent, c'est qu'un don est entretenu par le virus : les malades sont capables de voir toute sorte de choses (codes, fonctionnements électroniques, etc.) qui leur permettent de déjouer n'importe quel système informatisé ou de sécurité.
Le nouveau couple décide de fuir le Foyer où ils sont retenus prisonniers pour vivre, même si c'est pour quelques mois, la vie qu'ils entendent. Ils réalisent quelques braquages sans grand risque afin de finir leurs jours tranquillement à l'étranger. Mais un matin, alors qu'ils ont franchi la frontière espagnole, ils apprennent par la télévision qu'ils sont recherchés pour un braquage ayant coûté la mort de deux personnes dont un policier.

À cette intrigue s'ajoute celle de la station Mir vouée à une imminente destruction, que Karen et son compagnon pénètrent lors de rêves mouvementés que seule la drogue semble calmer. Là, ils rencontrent, tour à tour, les trois membres de l'équipage et le fantôme du jazzman Albert Ayler qui se dit Intercesseur (comprenez là l'avenir de nos Anges actuels) et tente de sauver la station Mir de sa déroute.


C'est la deuxième fois qu'un livre de Dantec m'intéresse. Le premier était Artefact, machine à écrire (Albin Michel, 23€) qui était composé de trois nouvelles de 300 pages chacune, excusez du peu, et j'ai décroché à cinquante pages de la première. Dantec est un personnage assez détestable, prêt à dire les pires horreurs dans ses livres ou en interview ,et ses romans ne me tentaient pas plus que ça, semblant souvent incompréhensibles. Mais celui-ci ressemble à un essai de se rapprocher du grand public. Ça a en tout cas fonctionné avec moi : je l'ai voulu avant même de le voir en librairie, je l'ai eu, je l'ai lu et, pire, je l'ai aimé ! Entre un course poursuite maîtrisée, une intrigue mêlant polar, médecine et fantastique, un jazzman revenu d'entre les morts au but incertain et un style drôle, concis et travaillé, le nouveau Dantec ne fait face qu'à une seule tâche : une dizaine de pages vers la fin quasi incompréhensibles qui enlève une étoile à sa note finale.

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