Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère : nouvel attentat à la culture ?

Publié le par Sébastien Almira

 

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Alors que Christine Angot, habituée de la catégorie, vient de sortir un nouveau roman (qui a l'air à peu près normal, il faut le reconnaître, mais qui se vend toujours aussi peu), c'est Pierre Guyotat qui annonce le retour après une longue absence des attentats à la culture.

Je vous laisse sans attendre découvrir quelques extraits.

 

D'abord, voilà un extrait de l'argumentaire signé par l'auteur lui-même – sans prétention, vous pourrez le remarquer – sur la quatrième de couverture après un long résumé peu compréhensible :

 

« J'ai écrit ce texte de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une œuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. »

 

Voici maintenant les premières lignes du roman :

 

« Vers une nuit chaude

 

..."...et si je t'y mets ma paume à ta fesse...?" - "mets-z-y que mon strass fluo nous éclaire ton panaris d'entre tes doigts..." - "... de quoi que tu me sais un panaris ?" - "à l'odeur, l'homme !" - "... que, belle croupe courbée, tu nous vomis en décharge pleine nous rendre au couchant rouge ses remugles et tu me flaires un panaris te toucher ta fesse par-derrière ?" - "et toi que tu nous débarques et nous tries, mâles, femelles, et nous comptes, les bestiaux déportés de l'autre courbure du monde, tu me devines mâle ou femelle ?" - "... des longues mèches crasse blondes te poisser aux épaules, des talons hauts verts tes chevilles rouges, fesses et reste de parfum femme... et de la mue sifflante ta gorge, de quoi que tes coudes en arrière, tu nous tiens à dix doigts tes côtes y remonter des fois des seins ?... un beau con bien évasé dans une belle fille bien dressée vers le haut... !" - "attends que j'aie vomi tout mon gros vin ces moussons, là-bas debout les herbes crottées, peiner à me quitter leurs dépôts dans ma chatte, de dessus leurs genoux, jeans, shiorts, pagnes, qu'ils m'en ont faire boire à même dedans leur gorge" - "... ils vont pas te reprendre que c'est nous qu'on te veut !" »

pages 9-10

 

Et enfin un autre extrait, pris au hasard, à la première page ouverte par mégarde :

 

« que moi, que j'y tiens dans ma main le cœur que j'en ai vu des fois la petite devant la porte à nous patienter son beau gars qu'il m'est dessus ou après le père, qu'une fois qu'il s'est retiré de moi et se rajuste jeans et musette il me la nomme et me nomme et "faîtes-vous la bise !", que sa jolie robe bien près du corps nous éclate au soleil ses pois rouges sur fond blanc, que le haut de ses seins y est nu et sent bon le lait qu'on lui voit ses tétons pointer l'étoffe et quelle croupe !... qu'elle : "c'est ça, tout sale que tu me préfères à moi, des fois ?", que je lui vois sa petite chatte bien garnie enfler sous l'étoffe que le courant d'air du père qui nous accompagne son gars déhors nous plaque dessus, que moi, ma main sur la braguette de son homme : "à plus sale qu'il y va dessus, ton petit mari !", que j'y mets ma main à la fesse du père qui nous lèche d'une langue quasi blanche la bouche à vin de son gros qui mène les mouches (...) »

page 219

 

 

Pour les courageux – et les fêlés du cerveau – :

Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère, roman, 410 pages, Gallimard, mars 2014, 21,50 €

 

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Et la quatrième de couv' entière :

 

«Une mégapole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept mégapoles dont l'une au moins est en guerre. Vaisseaux spatiaux, drones occupent l'espace céleste. En bas, animaux, monstres, fous de "dieu".

En bordure d'un district "chaud" de l'une de ces sept mégapoles, de climat chaud, à proximité de grands ports et de grands chantiers, et dans un reste d'immeuble (rez-de-chaussée, escalier, deux étages), un bordel mené par un maître jeune qui l'a hérité de son père, et qui se pique.

Trois putains y traitent un tout-venant de travailleurs – époux souvent trompés, pères prolifiques –, de fugitifs, d'échappés d'asiles, de meurtriers : deux mâles, un "père", son "fils", Rosario, une femelle en chambre à l'étage et qui ne sort jamais – un chien la garde. Les deux mâles sont renforcés, en cas d'affluence, d'un "appoint", époux abandonné avec enfants ; la femelle est le but sexuel mais il faut passer par l'un des mâles, le tarif comprend les deux prises.

Vie domestique ordinaire dedans, et au dehors immédiat : toilette, à l'étage, des putains, leur exposition, en bas, à l'entrée contre le mur (la montre), prises disputées, conflit "père" / "fils", saillies de putains à putains d'autres bordels pour renouvellement des cheptels.

Aventures extérieures, surtout pour Rosario dont la "mère" survit dans un battage mi-urbain mi-rustique, climat humide, très lointain dans la mégapole. Il la visite à intervalles réguliers : le trajet d'aller, en camionnette ou fourgon locaux d'abord puis en bahut intercontinental, dure plus d'une journée, de nuit à nuit, la visite, quelques heures à l'aube, où, entre autres, la mère reprise le mowey, court vêtement, toujours redécousu, du "fils".

La fiction avance sous forme de comédie, crue et enjouée, de dialogues, de jactances, de "direct" sur l'action en cours.


J'ai écrit ce texte, de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une œuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. Le monde qui s'y fait jour n'est ni à désirer ni à rejeter : il existe aussi, en morceaux séparés par la distance, dans l'humanité actuelle ; et je ne suis ni le premier ni le dernier à vouloir et savoir tirer connaissance, beauté et bonté de ce qui peut nous paraître le plus sordide, voire le plus révoltant, à nous tels que nous sommes faits.»

Pierre Guyotat.

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Karen Russell, Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups, nouvelles traduites de l'américain par Valérie Malfoy, 250 pages, Albin Michel, février 2014, 20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Ceux qui se souviennent de mon enthousiasme pour Swamplandia (lire ici) imaginent sûrement l'excitation ressentie en apprenant que la traduction du premier livre de Karen Russell était fin prête. En plus, on m'avait dit que l'une des neuf nouvelles qui composent ce recueil était un préquel au suscité Swamplandia.

 

J'ai donc entamé le livre avec un enthousiasme débordant qui est retombé au bout de trente pages.

Je m'explique. Les nouvelles, à l'origine, c'est pas trop mon truc. C'est souvent un peu frustrant, quand même, il y a rarement une fin, et si la longueur sied parfois bien au texte, elle peut aussi se révéler trop courte. C'est encore plus vrai avec Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups, dont le titre est pourtant exagérément long (un pied de nez fait aux nouvelles?).

 

Alors pourquoi serait-ce pire dans le cas présent, me direz-vous ? Et bien parce que l'univers délirant, merveilleux et luxuriant découvert avec Swamplandia se retrouve partout dans ce recueil. La jeune Américaine fait preuve d'une inventivité rare pour raconter des histoires farfelues à souhait.

Tantôt, ce sont deux jeunes frères, emplis de remords, qui passent leurs nuits à écumer un cimetière de bateaux, au milieu de fantômes de poissons afin de retrouver la sœur morte par leur faute. Plus loin, des enfants au sommeil problématique sont internés dans un camp, par chambrée selon leurs tares (apnée du sommeil, somnambulisme, somniloquie, hyperphagie nocturne, insomnie, narcolepsie, incontinence, etc.). On rencontrera également le fils du minotaure, Lady Yéti qui règne sur le Palais des Neiges Artificielles où se rencontrent et se touchent adultes avertis sur patins à glaces, ou encore une jeune fille coincée dans un coquillages géant sur une île abritant un musée des conques (qui n'est pas sans rappeler un certain parc d'attraction à crocodiles sur une île au nom féerique). Et enfin, on fera plus ample connaissance avec le grand-père Bigtree, installé dans une maison de retraite composée de vieux yachts.

 

« Le chalet 4, c'est un peu la cour des miracles.

Il y a Espalda et Espina, les filles adoptives du révérend – deux jumelles bossues qui rient de tout et se frottent réciproquement leurs bosses dans leur sommeil.

Felipe, un parasomniaque qui est également possédé. Ça date du jour où il a cueilli un guanababa au bord de la route, sans savoir que le racines de l'arbre s'étaient enroulées autour d'une fosse commune où reposaient les restes de révolutionnaires de la Moncada. Depuis lors, il est hanté par l'esprit de Franck Pais. À cause de cela, il dégoupille des grenades imaginaires et hurle dans son sommeil « Viva la revolucion ! » en brandissant le poing. Le jour, c'est un garçon trompeusement apolitique.

Cette année, on a un nouveau lycanthrope d'Europe Centrale. À le voir, on pense tubercules et humidité du Vieux Continent. Son visage est un cauchemar hormonal, un patchwork de plaies suintantes et de cratères acnéiques. Des touffes de poils roussâtres surgissent aux endroits les plus insolites : menton, oreilles. On devine une histoire d'épouvante là-dessous – pas d'école, sa mère fréquente un sabbat de sorcières, il mange du chou rance dans une auge, ce genre de choses. Son sommeil suit les cycles de la lune. » in Le camp de sommeil Z.Z. Pour dormeurs perturbés, page 42

 

Avec des histoires aussi déjantées que ça, on se demande pourquoi un tel travail de création d'univers n'a pas donné lieu à de plus longs textes. Être plongé dans de pareils univers et en être extirpé au bout de vingt ou trente est extrêmement frustrant, d'autant qu'en bonnes nouvelles qui se respectent, on reste toujours sur notre faim, côté fins.

 

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Les amateurs de Karen Russell qui aiment aussi les nouvelles apprécieront sans doute, mais seront-ils nombreux ? Si, en plus, Albin Michel a collé une couv peu ragoûtante, c'est pas gagné. Et c'est très dommage car l'ambiance est follement excitante, l'écriture toujours aussi excentrique, enjouée, haute en couleurs, l'inventivité exceptionnelle et le résultat insolite et fantaisiste.

On retrouve, en plus de l'univers, les deux thèmes chers à l'auteure : les enfants et adolescents, et la mer, l'eau, les coquillages, les animaux marins qui peuplent chacune de ses histoires. Elle s'amuse à dépeindre ces personnages, ces décors et ces détails avec une fantaisie réaliste et un humour délicat mais omniprésent.

J'espère donc que Karen Russell utilisera de nouveau une, voire plusieurs, des nouvelles de son premier livre, afin d'en tirer un autre merveilleux roman. En attendant, découvrez Swamplandia qui vient de paraître au Livre de Poche !

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Le cinéma de mars 1/2 (American Bluff / The Grand Budapest Hotel / Un été à Osage County / La grande aventure Légo / Le crocodile du Botswanga / All about Albert)

Publié le par Sébastien Almira

 

Un début de mois chargé en cinéma, qui nécessite donc en mars deux articles au lieu du traditionnel résumé en fin de mois. En plus, pour l'instant, c'est du bon cinéma, alors en voilà deux fois plus en mars !

 

 

American-Bluff.jpgAmerican Bluff, de David O. Russell, 2h15 ****


Après Fighter et Happines Therapy, le cinéaste nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 70. Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld (Christian Bale, méconnaissable, qui a pris 18 kg et gagné une hernie pour le tournage), et sa belle complice, Sydney Prosser (Amy Adams, sensuelle, sexy et sensationnelle), se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso (Bradley Cooper, parfait), de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito. Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn (Jennifer Lawrence, qui surjoue un brin son rôle de fêlée), pourrait bien tous les conduire à leur perte.

Tout est parfait, du scénario à la BO en passant par la photographie et les acteurs. La plongée dans les années 70 de Russell est maîtrisée de bout en bout. Extraordinaire et bluffant.


 

239820.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgThe Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson, 1h40 ****


Premièrement, il faut noter une galerie d'acteurs exceptionnelle : Ralph Fiennes, Edward Norton, Mathieu Amalric, Adrien Brody, Jude Law, Bill Murray, Owen Wilson, Tilda Swinton, Léa Seydoux, et le surprenant Tony Revolori qui tient le second rôle.

Deuxièmement, il n'en faut pas beaucoup pour succomber au charme des histoires incroyables du Grand Budapest Hotel.

Troisièmement, la mise en scène, la photographie, la nostalgie de l'enfance, la façon de faire jouer ses acteurs : Wes Anderson est un génie de la réalisation. Tout est subtil, enivrant, délicieux.

Quatrièmement, il ne vous reste plus qu'à courir aller voir ce petit bijou qui ne souffre, à mes yeux, que d'un peu de longueurs, mais les puristes d'Anderson vous diront que c'est ce qui fait aussi son charme ! Une aventure, fantasque, drôle et exquise.

 

 

Affiche-Un-ete-a-Osage-County-.jpgUn été à Osage County, de John Wells, 2h ***


Suite à la disparition de leur père, les trois filles Weston se retrouvent dans la maison familiale. Les retrouvailles avec la mère paranoïaque et lunatique magistralement jouée par Meryl Streep qui n'aurait pas volé un autre Oscar, ne seront pas de tout repos. On assistera notamment à plusieurs clash entre le monstre maternel (tant comme personnage que comme actrice) et l'une de ses filles (Julia Roberts). Comme me disait l'amie avec qui j'ai vu le film et qui a détesté : il n'y en a aucun pour rattraper l'autre, tout le monde est au moins quelques instant odieux envers le reste de la famille et insupportable pour le spectateur. Ce n'est pas faux et, à vrai dire, un peu moins de haine (et cinq minutes de moins : les deux dernières scènes) n'aurait pas desservi un film qui en irritera sans doute plus d'un.

Cependant, la performance exceptionnelle de Meryl Streep et pas mal de scènes très réussies sauvent les meubles.

 

 

21061838_20131128144957302.jpgLa grande aventure Légo, de Phil Lord et Chris Miller, 1h30 ****


Dans un monde où « tout est super génial » qui ressemble fort à une jolie et joyeuse dictature, Emmet, un petit personnage banal et conventionnel, est pris par erreur pour un être extraordinaire, capable de sauver le monde. Ses aventures, entre comique de situation et clins d’œil désopilants, raviront petits et grands, qui plus est fan de Légo (hi hi, j'avoue...). Allociné le conseille à partir de 3 ans, mais vu le nombre de références aux jeux en tout genre, à l'univers social et politique, le film est vraiment à regarder à deux niveaux (les plus jeunes ne comprendront pas la moitié, mais seront ravis de l'action. Les Légos ont fait fort, très fort !

 

 

 

Le-Crocodile-du-Botswanga-Affiche-France.jpgLe crocodile du Botswanga, de Fabrice Éboué et Lionel Steketee, 1h30 ***


Leslie Konda, jeune révélation du foot, se rend dans son pays d'origine, le Botswanga, avec son agent notamment pour disperser les cendres de sa mère. Il vient de signer dans un grand club espagnol, mais Bobo Babimbi, le président (fraîchement arrivé au pouvoir par un coup d'état) ne l'entend pas de la même manière. Il contraint l'agent de faire pression sur lui pour qu'il joue dans l'équipe nationale : les Crocodiles du Botswanga.

Si le film dénonce et fait réfléchir, il fait surtout rire. Et la caricature n'y est pas pour rien. Cette comédie politique reste avant tout comique. Et ça fonctionne.

 

 

 

All-About-Albert-Affiche-France-copie-1.jpgAll about Albert, de Nicole Holofcener, 1h30 ****


Dans une soirée où elle ne trouve personne à son goût, Éva (Julia-Louis Dreyfus (Veep), ravissante avec ses mimiques) fait la rencontre de Marianne (Catherine Keener) dont elle deviendra la masseuse et la seule amie, et d'Albert (James Gandolfini (Les Soprano)), un gentil nounours qui deviendra son amant. Mais quand elle se rend compte que l'ex-mari de Marianne, qu'elle prend un malin plaisir à critiquer à longueur de journée, n'est autre qu'Albert, son Albert, elle ne sait plus quoi faire. C'est tellement tentant d'en apprendre davantage sur l'homme avec qui elle s'apprête à refaire sa vie...

Divinement porté par un trio d'acteurs parfait, All about Albert est une jolie comédie, drôle et sensible, de celles qui font du bien (loin de moi l'idée de paraître kitsch, le film ne l'est pas).

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Elizbeth Laban, Sujet : Tragédie, roman à partir de 14 ans traduit de l'américain par Catherine Gibert, 300 pages, Gallimard Jeunesse, février 2014, 16,50 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Lors de sa dernière année à Irving, internat privé près de New York, Duncan hérite de la chambre d'un étudiant albinos, Tim. Avant de quitter l'école, celui-ci y a laissé, comme le veut la tradition, un « trésor ». La plupart du temps, il s'agit d'une vieille part de pizza, d'un petit chèque ou d'une bouteille d'alcool. Mais comme le savait déjà Duncan, Tim ne faisait rien comme les autres, il avait d'ailleurs assisté de près à la catastrophe de l'an passé. Le trésor de Tim a justement un rapport avec la soirée que tout le monde à l'école voudrait oublier : il s'agit d'une pile de CD où l'ancien étudiant raconte ce qui s'est exactement passé ce jour-là. Mais pour l'expliquer, il doit remonter au début de l'année et, bien malgré lui, Duncan se fait happer par l'histoire de Tim.

Il ne peut s'empêcher d'écouter, passionné, la voix dans son ordinateur. Dès qu'un CD se termine, il se hâte de mettre le suivant. Et c'est de la même manière que dès qu'un chapitre se terminait, je ne pouvais m'empêcher de lire le suivant, arrivant en retard chez le kiné, me couchant à pas d'heure.

 

Outre les révélations sur le mystérieux événement de l'an passé, Tim dévoile des morceaux de sa vie, ses sentiments, il raconte la difficulté d'être différent, sa vue défaillante, son amour clandestin avec la sublime Vanessa (qui sort officiellement, et accessoirement, avec LE bogosse, LE meilleur pote de tout le monde, craint de tout le monde, l'organisateur du jeu des Terminales) et lui donne des pistes pour la fameuse dissertation sur la tragédie que M. Simon, le professeur d'anglais, donne chaque année aux terminales avec des consignes aussi étranges que « si vous utilisez sept fois le mot portée, vous aurez cinq points en plus ».

 

En même temps, on suit également l'année de Duncan, la peut-être renaissance de son histoire d'amour avec Daisy qu'il avait foirée avant les grandes vacances, le jeu des Terminales qu'il doit organiser, la vie à l'internat, etc.

 

« Il jeta un coup d’œil en direction de son bureau et des CD qui y étaient empilés. Il n'avait pas mangé, pas résolu le mystère de l'incident survenu dans l'aile des filles, Daisy était à l'hôpital pour une raison inconnue, mais il n'avait qu'une envie : écouter la voix de Tim raconter méthodiquement son histoire. Il avait tant de choses à comprendre, à faire ici, dans sa propre réalité, mai il était plus facile de cliquer sur Play, de s'étendre sur les draps en pilou rouges qui recouvrait son lit et d'écouter. » page 122

 

Honnêtement, je ne pensais pas accrocher à cette histoire d'un albinos qui raconte ses problèmes à un autre étudiant dans un pensionnat américain. Mais laissez tomber vos préjugés et laissez-vous happer, vous aussi, comme Duncan, dans Sujet : Tragédie. Dans l'histoire de Duncan et dans celle de Tim. Ca fait du bien de lire un truc qui prend aux tripes, qui passionne, un peu comme quand, ado, on dévorait le nouveau Harry Potter à peine sorti de la librairie avec le livre.

Le roman a eu le même effet sur moi que les enregistrements de Tim sur Duncan. C'est hypnotique, captivant, fascinant, tragique. Car il s'agit de ça aussi : c'est l'histoire d'une tragédie. À moins que ce ne soit une histoire de tragédies.

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Le cinéma de février 2014 (Minuscule / The Lunchbox / Viva la libertà ! / Nymph(o)maniac 2 / Le vent se lève / Dallas Buyers Club)

Publié le par Sébastien Almira

minuscule-afficheMinuscules, dans la vallée des fourmis, de Thomas Szabo et Hélène Giraud, 1h30 **


Rapidement, voilà l'histoire d'une coccinelle qui, après s'être fait attaquer par des salopes de grosses mouches, ne peut plus voler, et qui devient amie avec des fourmis noires poursuivies par des fourmis rouges qui tentent de leur voler les morceaux de sucre qu'elles viennent de trouver. Après, ce sera la guerre entre les deux clans de fourmis, les fourmis rouges ayant assiégé le château des fourmis noires. Et entre temps la coccinelle ne fait que rêver de sa famille qui l'a abandonnée.

C'est assez longuet pour pas grand chose. C'est mignon, mais je doute que la tranche d'âge à laquelle s'adresse le film d'animation – qui a quand même coûté 10 millions d'euros ! - tienne sagement jusqu'à la fin sans faire chier toute la salle.

 

 

the-lunchbox-affiche.jpgThe Lunchbox, de Ritesh Batra, 1h40 ****


Ila, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, alors que les compliments ne viennent pas, elle comprend que la Lunchbox a été remise à quelqu'un d'autre. Ila glisse alors dans la lunchbox du lendemain un petit mot, dans l'espoir de percer le mystère.

Très jolie surprise, qui m'a fait comprendre que si je n'aime pas les films Bollywood, les films indiens sur l'Inde m'éblouissent souvent pour un rien. Car, à vrai dir,e il ne se passe pas grand chose dans The Lunchbox, mais tout est bien fait. Les acteurs sont parfaits, les dialogues savoureux, les plats préparés par Ila donnent l'eau à la bouche et le moment passé se déguste avec plaisir !

 

 

VIVA-LA-LIBERTA.JPGViva la libertà !, de Roberto Ando, 1h30 ****


Après l'Inde, direction l'Italie pour un film mineur, toutefois délectable. Avec humour, le cinéaste créé une fable politique réjouissante où Toni Servillo (La grande bellezza, Un balcon sur la mer, Gomorra, Il divo, etc.) campe un double rôle savoureux : le premier se présente, il me semble, aux élections municipales de Rome (à la présidence ?) et, donné perdant par les sondages, décide de fuir pour retrouver une vieille amie en France (Valérie Bruni Tedesci) ; le second est son frère jumeau, génie philosophe atteint de dépression bipolaire qui sort à peine de l'hôpital psychiatrique.

Andrea, le conseiller du politicien, prend le risque de remplacer le premier par le second le temps afin de pas créer de vagues au sein du parti et du paysage politique.

Aussi drôle qu'intelligent, Viva la libertà !, est porté par un acteur exceptionnel (« En mélancolique réservé ou en dingue éclairé, Toni Servillo est grandiose », Télérama), « Une réflexion fine, tout à la fois mélancolique et joyeuse, sur la gémellité et ses enjeux, sur l'Italie contemporaines et ses manquements, et sur la capacité qu'ont certains fous à ré-enchanter la vie. » (Les Cahiers du Cinéma)

 

 

21059506_2013112014553758.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_.jpgNymph(o)maniac 2/2, de Lars Von Trier, 2h °


Moralité #1 : la bande-annonce présentée à la fin du premier volet m'avait induit en erreur. Elle laissait penser que la seconde partie serait plus rythmée. Si elle est plus intense, elle est contradictoirement encore plus chiante.

Moralité #2 : tout est immonde. De la chatte de Charlotte Gainsbourg (puisque c'est comme ça qu'on en parle dans le film, appelons une chatte une chatte) en forme de brouillade ravagée aux coups de torchon qu'elle y met, en passant par ses tétons trop longs et la fellation qu'elle fait à un pédophile, tout est immonde.

Ah, j'oubliai les propos tout aussi immondes sur la nécessité d'appeler un négro un négro parce qu'il faut appeler un chat un chat et qu'il le mérite pour je ne sais quelle raison que j'ai préféré oublier.

Moralité #3 : « plus rien n'a de sens, plus rien ne va ». Où Lars Von Trier a appris que l'on prenait une actrice qui paraît 16 ans pour jouer un personnage d'à peu près 15 à 25 ans (peut-être même 30) sans la vieillir et qu'on pouvait mettre Charlotte Gainsbourg d'un coup en faisant croire que seulement trois ans étaient passés ? Que l'on pouvait remplacer Shia LaBeouf par Michael Pas pour un saut de quelques mois à l'âge de trente ans alors que les acteurs ne se ressemblent en rien ?

Moralité #4 : rien ne compte plus que de choquer. Le sens, le reste, on s'en fout. Par exemple, quel est l'intérêt que la jeune fille que Joe (Charlotte Gainsbourg) a pris sous son aile, dont elle est vaguement tombée amoureuse (et inversement) et qui, finalement, a préféré se barrer avec Jérôme (l'ex de Joe), lui pisse dessus (la fille sur Joe) après avoir couché avec Jérôme sur une poubelle sous les yeux de Joe, blessée à terre ?

Moralité #5 : ne plus aller voir de films de Lars Von Trier, Melancholia et Nymph(o)maniac ayant suffit à prendre le dessus sur le bon souvenir que j'avais de Dancer in the dark. Et ne plus aller voir de films avec Charlotte Gainsbourg, qui a le charisme d'une moule (ça lui apprendra à la montrer à tout le monde, tiens).

 

 

dallas-buyers-club.jpgDallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée, 1h55 ****


Ron Woodroof est un vrai mec : Texan viril, macho, raciste et homophobe, roi du rodéo, il boit, fume, se drogue, et baise à tout va. Lorsqu'on le diagnostique séropositif, il n'y croit pas. Il aurait chopé un truc de pédé ? Trente jours à vivre ? Impossible à croire, encore moins à accepter.

Mais alors qu'il devient urgent de se soigner, il découvre que les traitements qui fonctionnent ne sont pas autorisés aux États-Unis et lance avec Rayon (Jared Leto) le Dallas Buyers Club qui permet clandestinement aux malades d'acheter des médicaments ramenés notamment du Mexique. C'est un long combat contre la maladie, les autorité et les préjugés qui s'amorcent pour le cow-boy bien campé dans ses bottes qu'il était autrefois.

Matthew McConaughey et Jared Leto, impressionnants, méritent amplement leur Oscar fraîchement remporté. La performance des deux acteurs, qui ont perdu respectivement 22 et 25 kilos pour le film, suffit à porter le film. Et heureusement, parce qu'en dehors de ça (et même avec), c'est pas très joyeux, assez plombant et ça donne envie envie de tirer dans le tas des politiciens et autres grands patrons qui font valider/interdire les médicaments qu'ils veulent selon leurs propres intérêts et non ceux des patients.

 

 

le-vent-se-leve-affiche-du-dernier-hayao-miyazaki-affiche.jpgLe vent se lève, de Hayao Miyazaki, 2h ***


Bon ben voilà, c'est soit disant son dernier film, tous les médias crient au chef d’œuvre, j'avais donc hâte de voir ça ! Et bien, c'est joli, c'est sympa, c'est intéressant mais, c'est pas magnifique, c'est pas génial, c'est pas passionnant. Je n'ai pas encore vu toute son œuvre mais à côté du Voyage de Chihiro ou du Château Ambulant, c'est petit, mineur. Voilà : un film mineur. Loin d'être mauvais, il faut avouer, mais décevant, peu fantaisiste, longuet sur les bords. Dommage pour un soit-disant dernier film.

 


 

 

 

 

Petite parenthèse pour dire que j'ai également vu Pompéi de Paul W.S. Anderson, bien fait visuellement, avec vue plongeante sur la divine musculature de Kit Harington (Games of Throne), mais qui survole un peu l'Histoire pour se concentrer sur l'histoire d'amour impossible entre un esclave et la fille du chef de la ville, avec une fin « belle » et kitsch au possible, sur lequel je n'ai rien d'autre à vous dire : vous pouvez allègrement passer à côté.

J'ai également vu d'autres films (dont la très bonne comédie All about Albert en projection de presse) dont je parlerai, exceptionnellement, mi-mars dans Le cinéma de mars 1/2. d'ici-là, portez-vous bien et voyez de bons films !

 

all-about-albert-enough-said-15-01-2014-12-g.jpgAll about Albert, de Nicole Holofnecer

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Claudine Aubrun, Dossier océan, roman à partir de 13 ans, 100 pages, Rouergue doado, février 2014, 9,70 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ce jour de juin, il n'y a presque personne sur cette plage des Landes, un groupe de surfeurs, quelques pêcheurs, de rares promeneurs, et deux pieds qui dépassent d'un parasol rouge.

Comme à son habitude, Brune immortalise le paysage sur un carnet de croquis, aux feutres, à l'encre de chine, à la peinture. Mais avant, elle a pris des photos avec son téléphone pour les retouches qu'elle apportera à ses dessins. Rien de compromettant à priori.

Mais à la fin de la journée, elle apprend qu'une femme a été étranglée dans les dunes.

 

Plongés au cœur de l'enquête, Brune et sa famille se retrouvent confrontés à un passé dont la jeune fille ignore tout. Alors que son oncle est arrêté, voilà que la police s'intéresse à ses photos et qu'un mystérieux agresseur la traque.

 

Voilà un bon polar pour adolescents, court et léger, qui s'oublie facilement mais permet de passer un bon moment de lecture à suspense sans avoir trop peur.

 

 

Merci à Adèle des éditions du Rouergue pour cette lecture !

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Bernard Quiriny, Le village évanoui, roman, 210 pages, Flammarion, janvier 2014, 17 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Châtillon-en-Bierre est un village de mille habitants situé au centre de la France, entre Auvergne et Morvan. La grande ville la plus proche, Névry, est à cinquante kilomètres. (…) On trouve au village deux boulangeries, deux boucheries, un cabinet médical, une pharmacie, une supérette, une épicerie, un hôtel, un restaurant, une pizzeria, deux succursales de banque et une étude notariale. Le cabinet vétérinaire s'est installé à trois kilomètres sur la route de Névry, non loin d'un affreux bâtiment par le syndicat des communes dans les années 1980 et censé abriter une sorte d'office de tourisme, ainsi qu'une salle de spectacles. Personne ne sait ce qui s'y passe exactement, mais il paraît que deux personnes y travaillent à plein temps, et qu'on y voit parfois de la lumière. (…) Nous en savons assez sur Châtillon-en-Bierre pour mettre fin à ce chapitre introductif. (…) Planter le décor était en tout cas nécessaire car de là, et c'est ainsi que tout commence, nous ne sortirons pas. » pages 7 à 11

 

Car dans la nuit du 14 au 15 septembre 2012, « Châtillon-en-Bierre semblait s'être transformé en un piège immense et sans parois, sans qu'on sache qui l'avait posé. »

Dès lors, tout le monde y va de sa supposition. Si la tempête magnétique était la piste la plus populaire, celle du camion citerne qui avait traversé le village la veille et y aurait déversé des produits dangereux était souvent évoquée. Les jeunes pensaient à un test grandeur nature organisé par le gouvernement ou l'armée pour évaluer la réaction des Français face aux catastrophes. Enfin, certains parlaient de « canular, une farce grandiose. »

 

Quelles qu'en soient les causes, le résultat restait bel et bien le même : les habitants étaient enfermés sur quelques kilomètres carré, sans aucun contact avec l'extérieur. Les voitures tombaient inexplicablement en panne à la sortie du village et si c'est à pieds ou à vélo que l'on essayait de sortir de la commune, la route semblait sans fin, si bien qu'au bout de deux heures de balade au décor identique, les lus téméraire revenaient au bercail (une faible portion de chaque route semblait s'étirer à l'infini). Le téléphone, les mails, les sites internet, la télévision : tout ce qui venait de l'extérieur ou qui tentait de sortir n'aboutissait pas. Seuls la communication à l'intérieur du village était possible.

C'est l'occasion pour Bernard Quiriny de partager avec le lecteur un manifeste pour les choses de la vie, à l'ancienne. Car le voisin dont on se moquait parce qu'il cultivait des pommes de terre et élevait des vaches devient alors celui qui peut vous faire vivre. Les voisins, que l'on ne prenait pas la peine de connaître, deviennent des amis. La nature, que l'on ne prenait pas le temps de découvrir, devient un passe-temps. Les habitants prennent conscience de ce qui les entoure, de l'existence et de l'importance de choses qu'ils ne voyaient même pas auparavant, trop occupés à profiter de la mondialisation.

 

Le discours pourra paraître quelque peu facile et manichéen, mais le déroulement de l'histoire vous fera changer d'avis car, si vous décidez de lire Le village évanoui, vous ne serez pas au bout de vos surprises.

Si en revanche vous choisissez de ne pas lire, vous ne serez pas déçu par la fin (attention spoiler : un chemin potentiel vers l'extérieur a été découvert, du moins ceux qui l'ont emprunté ne sont pas revenus. Dans le dernier paragraphe, le curé, qui a perdu la foi en cette vie reculée et recentrée, décide de partir à son tour, il dit qu'il va bientôt connaître la vérité, le secret et emprunte le passage. Et voilà, c'est tout. Ça finit comme ça, vraiment.) Et je dois avouer que je ne supporte pas ça, les livres ou les films qui finissent comme ça (spoiler : quand un auteur ou un réalisateur passe deux-cent pages ou deux heures à vous poser des questions qui deviennent pour vous le seul but du livre ou du film et qu'à la fin, on ne vous donne pas de réponse).

Et je dois dire que ça m'a gâché tout le plaisir. Parce que l'idée m'avait emballé, même si j'ai allègrement sauté quelques passages du dernier tiers afin d'arriver au plus vite au dénouement parce que ça commençait à tourner en rond. C'est toujours triste d'être déçu par un auteur dont on attendait quelque chose. Et l'écriture, banale au possible (l'auteur se mettrait au niveau de l'éditeur ? Passage, ici, du Seuil à Flammarion), n'arrange pas les choses.

 

« Son sujet du moment était la position étrange de Châtillon dans le temps, et les erreurs de l'idéologie du progrès qui voit le destin des sociétés comme une ligne droite. Châtillon donnaient en effet l'impression inverse : celle d'être rendu au Moyen-Âge. Les gens allaient à pieds, ils ne mangeaient pas toujours à leur faim, la télévision et le téléphone faisaient défaut, les femmes cueillaient des baies dans les buissons et tout le monde envisageait de s'établir fermier.

Mais en même temps, et contradictoirement, Châtillon anticipait le futur : fin du pétrole, des communications faciles et des voyages instantanés. » page 67

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Kéthévane Davrichewy, Quatre murs, roman, 180 pages, Sabine Wespieser Éditeur, février 2014, 18 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Ma mère insistait pour que l'on vienne, on s'y rendait contraints. Heureux de nous retrouver ? Comment savoir ? Presque de la joie, et de l'exaltation quand le toit apparaissait derrière les arbres. Mais lorsque les voitures s'engageaient sur le chemin, l'agacement me gagnait déjà. Les effusions, les bagages trop chargés de mes sœurs, les recommandations de ma mère, les remarques de mon frère. Tous l'étaient, agacés, mais personne ne voulait le reconnaître. Dissemblances d'adultes impossibles à combler. » Saul, page 30

 

À Somanges, la maison familiale est devenue trop grande depuis que le père est mort et que les enfants, devenus parents à leur tour, n'y passent plus tout leur temps. Ils s'y réunissent une dernière fois à la veille de la vente et, dans les pièces vides, résonnent déjà des propos anodins mais chargés de sous-entendus.

« Si Somanges était notre socle, la terre s'est ouverte quand nous l'avons vendue. Tout l'amour enseveli. » Saul, page 61

Deux ans plus tard, la famille se réunit à contre-cœur et surtout pour faire plaisir à leur mère, en Grèce où Saul, l'aîné, a acheté une maison. Sur les terres de leurs ancêtres, c'est non sans une certaine appréhension que les Saul (directeur d'un grand quotidien), Hélène (nez réputé) et les jumeaux Réna et Élias (dont la trajectoire professionnelle est loin d'être transcendante) se retrouvent. Au programme, rancœur et révélations sur le mystérieux accident dont on parle à demi-mots et sur le cousin Dimitri.

 

« Je me suis mis à passer de plus en plus de temps en Grèce. J'y suis bien. Difficile de décrire le bien-être. Autour de la maison, la terre est aride, le vent souffle, siffle dans les oliviers, les tamariniers. Quand le bois est livré, les parfums se mélangent, chaque arbre a le sien. Je commence à les identifier. Et j'essaye de me souvenir de ce que disait Hélène sur les odeurs de Somanges et de la Grèce de nos grands-parents. Celles qui nous ont enveloppés et celles qu'elle a réinventé au sens propre. Ma sœur est nez.

Là-bas, les parfums sont envahissants, je ne distingue pas le passé du présent. Unité de temps et de lieu. Ce qu'il me faut. Je plie sous le poids du bois, j'aime ces efforts, les tâches à renouveler. Je scie, je ponce, je taille. Je ne relève pas la tête, la sueur dégouline sur ma peau» Saul, page 38

 

Pourtant pas friand d'histoires de famille, de secrets, de non-dits, de tensions sous-entendues, de scènes sans mouvement, d'histoires où il ne se passe pas grand chose quoi, j'ai été touché par le roman de Kéthévane Davrichewy.

D'abord parce que la langue est belle. Elle donne envie de s'attarder sur les mots, les phrases, les pages, de profiter de chaque instant pour savourer la délicatesse de son écriture. Sans jamais tomber dans le pathos ou la grandiloquence, elle fait raconter le récit par les quatre frères et sœurs eux-même. D'abord Saul, déjà sur l'île, ensuite par Hélène avant et après son arrivée, enfin par les jumeaux, d'une seule voix, sur le bateau alors qu'ils sont à deux doigts des retrouvailles.

Ensuite parce que les l'occasion pour chacun de raconter l'état d'esprit actuel autant que les souvenirs. La peur des retrouvailles autant que les actes passés ayant entraîné des tensions entre eux. Chacun y va de sa version des faits, de ses impressions sur la jalousie d'untel et l'amour d'un autre.

« Quel besoin avons-nous de rester en contact ? Couper, est-ce possible ? Sectionner les fils qui nous ont tenus en vie ? Théâtre de marionnettes. Quelqu'un soudain lâche le cordon, et nous retombons comme des bouffons inanimés. Mon père était-il le marionnettiste ? » Saul, page 33

Enfin parce que grâce aux deux précédentes chose, c'est un joli voyage que l'on fait à leurs côté, malgré les tensions. Un voyage subtil, touchant et finalement agréable à travers le temps et les sentiments d'une fratrie qui n'a pas toujours été épargnée par les drames. Un des plus beaux romans de la rentrée pour le moment.

 

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«  - Tu sais ce qui m'est arrivé de pire ? dit-elle. Me retrouver dans les bras d'un homme qui portait un parfum d'Hélène. 

- De quel homme parles-tu. 

- Ma vie te surprendrait, il y a des angles morts, les relations sont parfois complexes. 

- Tu trompes Pierre ? 

- Est-ce que je le trompe puisqu'il ne le sait pas ? Je ne l'ai jamais trahi. 

- Tu crois que Coline m'a trompé ? 

- Je ne sais pas, mais toi, tu ne t'es pas gêné. 

- Ce n'était rien, un besoin de séduire. Rien d'important. 

- Pour elle, ça l'était, ça l'a blessée. Je n'ai jamais blessé Pierre, il se sent en sécurité avec moi, et il a raison. 

- Je dois acquiescer ? 

- Je me fiche que tu acquiesce ou non. J'avais envie d'être dans les bras de cet homme, et surtout j'avais besoin de son désir. 

- Il y en a eu d'autres ? Qu'est-ce que tu cherches en me racontant ça ? 

- J'ai eu besoin de rencontres, et puis ça apaisait mon inquiétude, je te l'ai dit, tu ne l'as jamais pris au sérieux. 

- Je ne peux pas croire que tu me balances ça. C'était avant ou après ton accident ? Après, bien sûr. Avant, tu étais innocente. 

- Quel propos horrible, tu devrais avoir honte. Pure, pendant que tu y es. Il y en a eu avant et après. 

Il s'était toujours gardé d'imaginer la vie sexuelle de sa sœur, pourquoi l'avait-il interrogée ? Il ne voulait pas savoir.

Réna regrettait ses confidences. Ses aventures foireuses, son manque de désir, ne méritaient que le silence. Elle s'était pourtant confié à Hélène, mais elle ne s'était sentie ni comprise ni soutenue. Si elle s'en plaignait à Élias, il lui dirait qu'elle se trompait. Il refusait d'admettre que le rapport de ses sœurs ne tenait plus qu'à un fil. Un fil fragile et distendu. Elle ressentait le jugement de sa sœur sur sa vie, ses incitations, déguisés en conseils, destinés à transformer Réna en sœur idéale. Elle avait cessé de s'intéresser à la vie d'Hélène, au fond, elle n'était pas plus intentionnée, alors comment pouvait-elle accuser Hélène ? 

Mais, Élias, son jumeau, pourquoi s'était-il enfermé dans une vie tranquille et provinciale où elle n'avait pas de place ? Il se tourna vers elle, suspendit un geste.

- Je savais chasser tes angoisses, dit-il simplement. 

- C'est vrai. Mais tu n'es plus là. Je crois qu'Hélène était jalouse de notre relation. Elle essayait d'avoir la même avec Saul, elle ne le lâchait pas. 

- Elle y parvenait. Ils étaient inséparables, dit Élias. 

- Mais elle devait se battre en permanence, ne jamais rompre sa vigilance, alors que je n'avais rien à faire, nous étions collés, toi et moi, quoi qu'il arrive. Elle me le faisait payer. Et Dimitri était chasse gardée, je ne devais pas l'approcher. 

- Dimitri comme Saul était gâteux avec toi, il te passait tout. Plus on grandissait, plus ça devenait pénible, la façon dont Dimitri t'était attaché m'était insupportable. 

- Tu ne me l'as jamais dit. 

- Un jour, je l'ai injurié, accusé d'inceste, je lui ai interdit de te voir. 

- Qu'est-ce que tu racontes ? Mais quand ? Pourquoi ? 

- Quelques jours avant l'accident. 

Élias se sentit soulagé d'avoir mentionné Dimitri, aucun d'entre eux ne prononçait plus le prénom de leur cousin.

- Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?

- Quand tu étais allongée, à moitié dans le coma ? Quand tu souffrais et te battais pour revivre normalement ? Je me dégoûtais. J'ai déversé ma rancœur sur lui, mais ma rage ne le concernait pas. C'est à toi que j'en voulais, toi qui entretenais l'affection de Saul et celle de Dimitri, comme si la mienne ne te suffisait pas. Toi qui avait Pierre. Les jumeaux, c'était fini, on s'immisçait entre nous. Avec le temps, ça s'est effiloché.

Élias s'enflammait, Réna fut frappée par sa fébrilité inattendue, elle en ressentit de l'allégresse et de la reconnaissance. Elle se pencha vers lui, pressa ses lèvres sur son front. Il lui jeta un regard surpris, ne lui rendit pas son baiser» Élias et Réna, pages 136 à 139

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Fariba Hachtroudi, Le colonel et l'appât 455, roman, 180 pages, Albin Michel, janvier 2014, 16 € *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Elle était l'appât 455, la plus célèbre prisonnière de l'impitoyable République théologique. Lui, un des colonels les plus proches du Commandeur suprême.

L'un et l'autre ont fui la dictature pour un pays nordique. Le colonel attend sa régularisation depuis cinq ans. Un matin, alors qu'on le somme de raconter pour la énième fois son histoire, pourquoi s'est-il engagé, quelles ont été ses fonctions, ses responsabilités, comment a-t-il fui, pourquoi, etc., son interprète habituelle n'est pas là. Elle est remplacée par celle qui fut l'appât 455.

Entre l'ex-bourreau et l'ex-prisonnière va se nouer une relation de dépendance et de conflit un peu faiblarde. Ce sera l'occasion d'en savoir plus sur les raisons qui ont poussé le colonel à braver les interdits, à défier sa hiérarchie et à fuir, sur le rôle de sa femme dans cette histoire, sur l'histoire de l'appât 455, battue, violée, mutilée, pour la faire avouer les crimes de son ami considéré comme terroriste.

 

Si, au départ, en recevant ce livre à la librairie, j'ai été enthousiaste, j'ai déchanté dès les premières pages. Un énorme problème de style détruit tout ce qui aurait pu être intéressant dans le roman de la petite-fille du Cheikh Esmaïl Hachtroudi (leader religieux iranien, député, ayant participé à la Constitution de 1906 et défendu laïcité et tolérance) et fille de Mohsen Hachtroudi (mathématicien et philosophe).

Le parcours de Fariba Hachtroudi est intéressant : doctorat en archéologie, journalisme (elle a notamment couvert la guerre Iran-Irak), auteure de romans, de reportages et d'essais. Elle écrit particulièrement sur son pays d'origine, l'Iran, et sur les droits des femmes.

 

Mais l'idée et le propos ne font pas tout.

Les premières pages sont énervantes (« Je n'ai pas fermé l’œil de la nuit. Une nuit blanche dans la ville blafarde qui veille en somnambule. La neige couvre le pays depuis trois mois. Le soleil ne se couche plus depuis quatre mois. Il inonde l'étendue de givre cristallisé. Des diamants à trancher des gorges. Je vomis cet amas de glace à la clarté aveuglante, aux réverbérations malsaines. Il est six heures du matin. Je quitte le foyer et prends le train à six heures trente. Une épaisse brume écrase l'horizon désolé de cette banlieue pourrie. Un paysage lunaire qui s'effiloche jusqu'à la capitale. Le brouillard m'apaise, me pénètre, engloutit mon être. Je deviens trouble, je fais corps avec l'environnement. Cela me convient parfaitement. Je ne supporte plus le net. La précision m'effraie. Les contours définis m'oppressent. Je vacille. Je titube. Même quand je suis assis. C'est grisant. » page 9).

Plus loin, le style s'arrange, sans pour autant être agréable.

Il faudra passer sur les répétitions (« À Devine, le sol – pur ou impur – est un écran muet où tourne à vide un reality show d'un genre nouveau. Le sol de Devine ou le dazibao de dessins psychédéliques. Sans commentaires. Le sol de Devine se passe de mot mais tord l'âme. À Devine la démarche est la carte d'identité des lâches. » page 49).

Et parfois, il faudra accepter de ne plus comprendre grand chose. Les personnages et les souvenirs s'entremêlent, comme page 154 à 158, où cette manie détestable de ne plus utiliser de guillemets pour les dialogues finit d'achever le lecteur complètement paumé. On ne sait plus qui parle, de qui de quel moment, ni à quel moment, qui est présent lors du souvenir, qui écoute ce souvenir, etc.

 

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J'ai tout de même lu Le colonel et l'appât 455 jusqu'au bout, intrigué que j'étais par ces personnages, emporté directement dans leur monde sans explication préalable. D'ailleurs, ce procédé qui consiste à ce que le narrateur s'adresse à quelqu'un de l'histoire (en l'occurrence le colonel à sa femme) histoire de nous raconter, à nous, lecteurs, rapidement, ce qui s'est passé avant la première page (« J'étais un meurtrier béni par le Commandant suprême et sauvé par toi. C'est vrai. J'étais comme eux, je t'ai menti pendant des années. Quand tu as su que je n'avais pas vraiment démissionné de l'armée. Que je n'étais pas vraiment un homme d'affaires. Que tout était hypocrisie et contrevérité, tu as explosé. Tu les quittes pour de bon ou je te quitte, m'as-tu dit. (…) Je t'ai dit moins tu en sais, mieux c'est. (…) » pages 11 et suivantes), c'est usé jusqu'à la corde et, ici, assez grossier. Tu as dit ça, j'ai dit ça, tu pensais ci, j'ai fait ça... Elle le sait tout ça, à quoi bon le lui redire, si ce n'est pour l'expliquer aux lecteurs ? Grosse ficelle visible, quand tu nous tiens !

Non, décidément, sur la forme, rien ne va dans ce roman. Et le fonds, effondré sous les maladresses, ne parvient pas à sauver grand chose. Il vous faudra sauter quelques paragraphes, quelques pages, afin d'arriver au bout. Dommage.

 

 

Merci à Claire des éditions Albin Michel pour l'envoi de ce livre.

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Le cinéma de janvier 2014 (Nymphomaniac 1 / Don Jon / Tel père, tel fils / La vie rêvée de Walter Mitty / Prêt à tout / Lulu, femme nue / Jacky au royaume des filles)

Publié le par Sébastien Almira

nymphomaniac-1.jpgNymph()maniac 1/2, de Lars Von Trier, 2h **


Lars Von Trier n'est pas mon réalisateur préféré, je ne suis pas friand de ce genre de cinéma idolâtré par les parisiens et par les soit disant amateurs de grand cinéma qui aiment se masturber l'esprit avec des scènes inutilement longues pour peu que l'image soit belle. Si vous vous souvenez, j'avais été ébahi par la qualité visuelle de Tree of Life mais avais détesté cette branlette intello-philosophico-religieuse pompeuse à mort.

Bon, c'est pas autant sur le premier volet de Nymph()maniac mais, dis donc, qu'est-ce qu'on se fait chier ! Allez, j'exagère un peu, on ne s’ennuie pas tout le temps, mais c'est quand même un peu long pour rien. Et vas-y que je te filme la pluie sur un toit sous tous les plans possibles, et vas-y que je te cause de la pêche à la mouche pendant un quart du film.

La réussite du film, hormis l'esthétisme, c'est qu'on a quand même envie d'aller voir la suite...

 

 

don-jon.jpgDon Jon, de et avec Joseph Gordon Lewitt, 1h30 ****


Miam ! S'il ne fallait dire qu'un mot, ce serait celui-là. Si vous voulez voir Joseph Gordon Lewitt en petite tenue pendant trois quart d'heure, allez voir Don Jon. Si vous voulez aussi voir une comédie un brin originale sur le fonds et pas forcément destinée à un public hystérico-féminin, allez voir Don Jon.

Parce que Don Jon, c'est l'histoire, comme son nom l'indique, d'un Dom Juan qui peut se taper à peu près toutes les filles de la terre. Et c'est un peu un connard, parce qu'il les jette aussi rapidement qu'il les a mises dans son lit. Pourquoi ? Parce que ça ne vaut jamais ce qu'il ressent en se masturbant devant un bon porno. Il tente quand même une relation amoureuse avec une belle et bonne blonde (Scarlett Johansson) à l'attitude de salope mais finalement très prude avant de se faire brancher par une quadra un peu étrange (Julianne Moore).

Entre dix Notre Père et cinq Marie Je Vous Salue (parce qu'en plus d'être un gros macho, Monsieur est très croyant), il risque d'y avoir des étincelles ! Un très bon moment avec de bons acteurs.


 

Tel-Pere-Tel-Fils-Affiche-France.jpgTel père, tel fils, de Hirokazu Koreeda, 2h ****


Vous vous souvenez de La vie est un long fleuve tranquille ? Bon, et bien on va prendre le même incipit, à savoir : deux enfants ont été échangés à la maternité, l'un vit dans une famille modeste mais heureuse et l'autre est élevé dans un bel appartement par une mère soumise et un père dont la réussite professionnelle est un idéal de vie.

La comparaison s'arrête là. On se trouve au Japon, où les mentalités et les modes de vie sont complètement différents. Tous les repères des familles volent en éclat lorsque la maternité les met au courant de l'échange (les enfants ont six ans), Ryota (le père carriériste et aisé) n'a alors qu'une idée en tête : récupérer son vrai fils car, pour lui, les liens du sang ont plus d'importance que les six années passées à élever un enfant.

Le film posent pas mal de questions sur la parentalité, les lien du sans, la manière d'élever un enfant et les différences sociales. C'est quelque peu attendu sur le fonds, mais pas sans intérêt, d'autant que certains plans sont visuellement sublimes. Dommage que la fin traîne quelque peu en longueur.

 

 

La-Vie-revee-de-Walter-Mitty-Affiche-France-07.jpgLa vie rêvée de Walter Mitty, de et avec Ben Stiller, 1h55 ***


Walter Mitty est un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Walter doit trouver le courage de passer à l'action dans le monde réel. Il embarque alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu'il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais.

C'est pas mal filmé, pas mal joué, il y a de belles séquences, d'autres assez drôles, d'autres surprenantes, etc. Ça se regarde avec plaisir, mais ça reste anecdotique.

 

 

 

pret--tout.jpgPrêt à tout, de Nicola Cuche, 1h35 ***


À vingt ans, Max (Max Boulbil) est un raté incapable de draguer la fille de ses rêves. À trente ans, il vit sur une île paradisiaque grâce au succès du site de rencontre pour mères célibataires créé avec ses deux potes de toujours. Mais il se lasse et n'a pas oublié Alice (la ravissante Aïssa Maïga). Pour se rapprocher d'elle, il rachète l'entreprise, en faillite, dans laquelle elle travaille, et se fait passer pour un employé.

Embourbé dans une multitude de mensonges et d'arrangements loufoques, il ne sait comment sortir de cette situation désespérée, d'autant qu'Alice enchaîne les rencontres grâce au site qu'il a créé !

Honnêtement, le film apporte son lot de scènes attendues, entendues et kitsch mais, franchement, on passe un bon moment, on rigole bien et c'est tout ce qui compte !

 

 

Lulu-femme-nue-affiche.jpgLulu, femme nue, de Solveig Anspach, 1h30 ****


À la suite d’un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle et part en laissant son mari et ses trois enfants. Elle n’a rien prémédité, ça se passe très simplement.

Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité. En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : un drôle d’oiseau couvé par ses frères, une vieille qui s’ennuie à mourir et une employée harcelée par sa patronne… Trois rencontres décisives qui vont aider Lulu à retrouver une ancienne connaissance qu’elle a perdu de vue : elle-même.

C'est parce que j'avais aimé la bande-dessinée d’Étienne Davodeau que je suis allé voir ce film, sans quoi le sujet ne m'aurait pas forcément attirer. Et j'aurais raté quelque chose. D'abord, j'aurais raté l'extraordinaire performance de Karin Viard. Comment transposer le personnage de Lulu à l'écran, pas niaise, pas simplette, pas désintéressée de tout, pas empotée, mais un peu tout ça quand même à la fois ? Ça me faisait peur. C'était sans compter sur le talent de l'actrice. J'aurais aussi raté l'étonnante Claude Gensac qui joue également son rôle à la perfection. Jamais vu une vieille aussi réaliste et touchante au cinéma. J'aurais raté un joli film sur la liberté qui, sans prétention aucune, nous embarque tranquillement dans une histoire tout ce qu'il y a de plus banal, mais envoûtante.

 

 

affiche-jacky-au-royaume-des-filles.jpgJacky au royaume des filles, de Riad Sattouf, 1h30 **


En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, un garçon de vingt ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle, fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper...

Quelle excellente idée que ce film, le scénario promettait du lourd ! La bande-annonce, déjà, m'avait laissé comme une étrange sensation. Et bien, elle n'a pas menti sur le film. Le film d'un réalisateur qui avait envie de se faire plaisir avec une petite folie, mais qui ne va pas au bout de sa folie, ou pas de la bonne manière.

Survolant parfois trop le projet (beaucoup de bonnes scènes sur le principe de la dictature inversée, mais on ne peut qu'imaginer tout ce que Riad Sattouf aurait pu intégré à son film), à la fois trop grotesque et pas assez drôle, Jacky au royaume des filles n'a pas tenu les promesses qui m'avaient attiré. C'était sympa, mais assez décevant.

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