MUSIQUES : Arctic Monkeys / Hollysiz / Eminem / London Grammar

Publié le par Sébastien Almira

Comme prévu dans mes nouvelles bonnes résolutions de milieu d'année, voilà que je vais vous parler un peu de musique. Alors, ce ne sera pas quelque chose d'aussi formel que mes articles sur le cinéma à la fin de chaque mois (parfois avec retard en début de mois, je l'admets), mais je parlerai de plusieurs disques à chaque fois, en quelques mots, voire quelques lignes, histoire de vous dire que j'ai adoré tel truc, détesté tel autre.


 

09-Arctic-Monkeys-AM.jpgAM, Arctic Monkeys, 12 titres, Domino Recording ****

On commence par rattraper un peu le retard avec un disque sorti il y a plusieurs mois. Je n'avais jamais vraiment écouté le groupe de rock indépendant Arctic Monkeys auparavant, même si ma meilleure amie en est fan. Je n'avais pas accroché au peu que j'avais entendu. Mais leur dernier disque, le cinquième, sobrement intitulé AM (un brin mégalo?) m'a convaincu du début à la fin. Et je ne suis visiblement pas le seul puisqu'il a été élu Album de l'année 2013 par le magazine NME et aux Brit Awards 2014.

<3 Do I wanna know ? / R U mine ? / I want it all / Knee Socks (4 rock'n'roll géniaux)/ No 1 party anthem (trop la classe, quoi...)

pour écouter : http://www.songpeek.com/album/654/am

 

 

hollysiz.jpgMy name is, Hollysiz, 12 titres, Hamburger Records ****

Encore un album de rock vieux de déjà plusieurs mois. La fille de Jean-Pierre Cassel, la demi-sœur de Vincent (si, si), publie un premier album de titres pop-rock, enregistré en anglais, hyper efficaces. Les mélodies sont entêtantes au possible, les guitares endiablées et vous pourrez vous détendre lors de quelques pistes planantes. Me faisant parfois penser au groupe The Ting Tings, c'est de la bonne pop-rock qui donne le sourire et l'envie de bouger ses fesses. Elle se produit un peu partout (Vieilles Charrues, Solidays, Les Déferlantes, Olympia, Transbordeur, etc.) et ça a l'air de bien tenir la route sur scène.

<3 Better than yesterday / Tricky Games (tubesque à souhait) / The fall (magnifique) / Hangover (bouge ton boul!)

 

 

 

 

 

 

eminem.jpgThe Marshall Matters LP 2, Eminem, 16 titres, AfterMath Records ****

Vous devez vous dire « et bah dis donc, si c'est pour donner quatre étoiles à tout ce qu'il écoute, ça sert à rien... », mais je ne parle fort heureusement pas de tout ce que j'écoute, sinon je pourrais ouvrir un blog spécifique. Et comme je n'achète pas ce qui m'a déplu, je n'ai souvent pas écouté tout l'album et je m'en souviens peu : ce serait donc déplacé de vous en parler.

Passons donc à Eminem, rappeur de génie revenu en force avec l'album Recovery après une traversée du désert composée de flops et de dépression. Son duo avec Rihanna, Love the way you lie, a tellement marché qu'il semble s'être reconverti dans le duo avec jeunettes. Il fat dire que les titres partagés avec des femmes figurent parmi les meilleurs de cet album clin d'oeil au premier (même titre, vol. 2), histoire de dire que le Slim Shady est de retour aux sources comme dans le haut des classements. Cependant, le rappeur n'hésite pas à prendre des risques musicaux, chantant avec Sia, intégrant des guitares électriques, etc.

Je n'aime pas tout dans le disque, contrairement à The Eminem Show ou Recovery, mais ce que j'aime c'est du haut niveau. Et pour les vrais amateurs de rap, ce que je ne suis pas, je ne doute pas que les autres morceaux sont également considérés comme des chefs d’œuvre.

<3 Survival (duo parfait, choc des voix et des sons) / Legacy (un nouveau Stan, magnifique) / Berzek (entre rap et rock, démentiel)/ The Monster ( voix sexy et irréprochable de Rihanna) / So far (titre typique du génie qui se prend pas au sérieux et fait quand même un truc de dingue) / Love Game (avec son clin d'oeil à Summer nights de Grease)

 

 

 

 

 

 

london_grammar_if_you_wait-fr.jpgIf you wait, London Grammar, 11 titres, Metal & Dust Recordings Ltd ***

Ah ! Vous voyez : je n'ai mis que trois étoiles. Le groupe britannique qui fait sensation ont publié ce premier album, subtil et mélancolique, où la voix de la chanteuse Hannah Reid, « limpide mais avec un léger vibrato, proche et pourtant lointaine, impérieuse mais vulnérable » (merci wikipédia) plane sur une musique minimaliste, entre variété, pop classique et soul, aidée de guitares, piano et percussions.

C'est mélancolique, planant, sobre, très beau (cela dit, il ne faut pas avoir envie de se pendre avant d'écouter les jeunes Anglais), un peu répétitif toutefois.

<3 Hey now / Shyer / Wasting my young years (divin) / Nightcall (magnifique reprise du tube de Kavinsky)

 

 

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Encore des doutes + quelques bonnes résolutions + plan d'action

Publié le par Sébastien Almira

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Une fois n'est pas coutume, je me suis encore demandé, ces jours-ci, si je n'allais pas arrêter d'écrire sur le blog. Les vieux lecteurs doivent déjà penser « ça y est, c'est reparti ! Il nous fait sa petite crise annuelle, quel relou celui-là ! » tandis que les petits nouveaux doivent bien entendu se lamenter, ne sachant pas encore que je continue à écrire après chaque période de doute sur l'avenir du blog Culturez-Vous.

 

 

Ces derniers doivent aussi se demander pourquoi.

 

Et bien parce qu'un blog, ça prend du temps. Beaucoup de temps, lorsque les publications sont régulières, qui pourrait être utilisé pour autre chose. Autre chose comme lire les livres qui hantent mes étagères depuis des lustres, comme aller voir au cinéma les films que je regrette de n'avoir pas vus, que j'hésite à acheter en DVD (parce que je ne télécharge pas) et que, pour une bonne partie, je ne vois jamais. Comme recommencer à faire un kilomètre à la nage chaque semaine ou comme m'améliorer au tennis. Comme tondre la pelouse puisqu'il recommence à faire beau et que, vu la hauteur, je vais grave galérer avec ma tondeuse mécanique (qui veut venir avec sa tondeuse électrique ?). Comme trier les piles de paperasse que j'éparpille partout chez moi et qui viennent de se retrouver dans un sac dans le placard parce que quelqu'un n'aimait pas ça. Et je ne parle que des activités solitaires.

 

Parce que pour écrire il ne faut pas seulement du temps, mais aussi de l'envie, et que je suis un gros flemmard et que si je n'écris pas un article aussitôt le livre terminé, je laisse courir, je laisse courir et puis je n'ai plus envie de le faire. Et c'est comme ça que récemment vous n'avez rien lu sur deux romans ado sympas (Cavalcades chez Thierry Magnier et Casseurs de solitude au Rouergue, que j'ai pourtant lus en février mais que, comme ils ne sortaient qu'en avril, j'ai attendu, attendu, attendu).

 

Parce que je ne me sens pas capable de parler de BD et d'albums jeunesse, et dieu sait si j'en lis et si j'en ai plein à vous faire découvrir. Idem pour la musique, je ne parle que de ce que je connais bien, et on se retrouve, sauf rares exceptions, avec du Mylène Farmer, du Zazie, du Kylie Minogue et du Madonna. Bonjour l'image de blogueur indépendant !

 

Enfin parce que, je vous le rabâche souvent, même si vous êtes nombreux à visiter le blog chaque jour (entre 100 et 150 visiteurs uniques par jour en période du début de la rentrée de septembre à la fin de la rentrée de janvier et entre 50 et 100 le reste de l'année), le fait de n'avoir que peu de commentaires est quelque chose de très frustrant pour un blogueur. Quelque chose qui donne l'impression d'être seul dans le néant.

 

 

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Alors, je voulais vous dire que je n'arrête pas encore le blog. Et j'ai pris quelques résolutions de milieu d'année.

 

Comme pour les articles sur le cinéma que je fais depuis un an presque et demi une fois par mois avec (presque) tous les films que j'ai vu dans le mois, je compte faire sensiblement la même chose pour les albums jeunesse, les bandes dessinées et les disques.

Je ne me sens pas capable de parler de ça dans un long article alors ce seront quelques lignes histoire de partager quand même mes découvertes, surtout si elles sont bonnes.

 

Je cesserai de parler de tout ce que je lis comme romans ou vois comme films. Je ne veux plus me forcer à écrire juste pour alimenter le blog. Si je ne publie rien pendant deux semaines, j'essaierai de ne pas m'auto-flageller. C'est par exemple pour ça que je ne vous parlerai finalement pas de L'ange de charbon de Dominique Batraville chez Zulma, dont je venais de commencer l'article, quand j'ai décidé d'écrire celui-ci. Parce qu'ayant été émerveillé par Les Immortelles de Makenzy Orcel chez le même éditeur (article ici), je m'étais dit de cette nouvelle parution que ça allait être encore merveilleux, mais j'ai eu beau sauté les pages par dix, j'avais l'impression de lire toujours les mêmes phrase et le style me bluffait autant qu'il m'énervait. Passez donc à côté et si vous n'avez pas lu Les Immortelles, ne ratez pas ce magnifique livre plus longtemps !

 

 

Voilà, je peux désormais cesser de vous importuner avec mes états d'âmes et m'en aller rattraper (un peu) le retard sur mes découvertes musicales car, détrompez-vous, je n'écoute pas que Mylène Farmer !

Et si, vous aussi, pris de remords, vous voudriez prendre une bonne résolution : n'hésitez plus, laissez un commentaire pour dire que vous avez adorer tel roman, que vous mourez d'envie de lire telle BD dont j'ai parlée, que vous avez détestez tel film que j'encense. Ça fait plaisir et ça peut être constructif ! ;-)

 

Merci de continuer à me lire, à bientôt !

 

Sébastien Almira

 

 

 

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Arnaud Cathrine, Je suis l'idole de mon père, roman à partir de 13 ans, 150 pages, mars 2014, 9,20 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Doriand est le fils d'un auteur de romans ado en mal d'inspiration qui étale la vie de son fils dans ses livres. Ce qui provoque honte et fureur chez le principal intéressé.

Cet été, le joyeux tandem part en vacances dans une station balnéaire en Normandie. Au programme : hôtel étoilé à deux pas de la plage, resto gastronomique, soleil, bronzette et farniente.

Mais il se trouve que c'est dans la même ville que vivent les grands-parents de Doriand, ceux-là même qu'il n'a jamais rencontrés parce que son père ne les voit plus depuis belle lurette et n'en parle jamais.

 

C'est un sacré gros hasard, mais on passe, puisque le gros de l'histoire est basé sur ça : pourquoi les relations entre le père de Doriand et sa famille se sont-elles détériorées ? Que va faire l'adolescent pour sortir des griffes et du carnet de notes de son père ? Concernant son irrésistible envie de rencontrer ses grand-parents paternels ? Pour se dépêtrer d'une histoire d'amour fantasmée et impossible ?

 

Le roman aurait pu être délicieux si tout n'était pas survolé et si Arnaud Cathrine ne cherchait pas à tenir avec Doriand Salveig son Maxime Mainard. Je sais qu'Anne Percin n'aime pas les comparaisons avec son héros, mais il faut bien avouer qu'un ado narrateur, intelligent, drôle (beaucoup moins que Maxime), cynique, à qui il n'arrive (presque) que des catastrophes (familiales, amoureuses, « vacancières ») au milieu d'une tripotée de situations cocasses et périlleuses, fait inévitablement penser à Comment (bien) rater ses vacances (article ici).

Sauf que n'est pas Anne Percin, ni Maxime Mainard, qui veut.

Ça se lit, avec plaisir même. Mais, malgré l'histoire du père écrivain qui pompe la vie de son fils pour ses livres, cela reste du déjà vu. Qui plus est, pas assez développé. Ça manque de consistance, la fin est précipitée et le suspense voulu avec l'idée balancée à demi-mots par le narrateur sur une éventuelle suite n'est pas très efficace.

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Kenneth Bernard, Extraits des archives du district, traduit de l'anglais par Sholby, roman, 150 pages, janvier 2014, 10 € *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Nées en 2009, suite à la rencontre entre Benoît Virot (créateurde la revue Le Nouvel Attila) et Frédéric Martin (qui travaillait aux éditions Viviane Hamy), les éditions Attila ont publié un catalogue d'une cinquantaine de titres dont l'originalité n'avait d'égal que la qualité graphique de l'objet. Textes rares, subversifs, décalés, drôles, enivrants, qui ont séduit pas mal de lecteurs exigeants.

Mais en 2013, l'aventure s'arrête et les deux hommes créent chacun leur maison d'édition après que leurs auteurs se soient vus proposer de récupérer leurs droits ou de rejoindre la nouvelle structure de leur choix. Benoît Virot crée le Nouvel Attila et Frédéric Martin Tripode.

 

Les Extraits des archives du district n'est pas une nouveauté en soi puisqu'elle faisait partie du catalogue Attila. La quatrième de couv fait indéniablement penser aux textes cultes d'anticipation et de science-fiction, à 1984 en particulier.

C'est l'histoire d'un homme qui tient un journal où il décrit sa vie dans le district, entre faits étranges voire effrayants et banalités. C'est d'ailleurs plus souvent les banalités du quotidien qu'il prend la peine d'écrire. Plusieurs pages pour décrire le fonctionnement des files d'attente à la banque, tout autant pour raconter que la caissière du supermarché n'est pas aimable et range n'importe comment ses courses dans les sacs ou encore que Grodeck est un gros connard qui bat une pauvre vieille das le hall du bâtiment et touche le cul de Sylvia, genre de bombe sexuelle que le narrateur aimerait bien se taper.

 

" Ce nouveau système présente d'indéniables bénéfices et quelques inconvénients. Puisque les avantages paraîtront évidents à toute personne moderne, je veux mentionner un ou deux problèmes. Normalement, la banque assigne un nombre égal de caissiers de chaque côté. Mais si leur nombre ou leurs compétences ne sont pas équivalents, il devient difficile de déterminer combien de personnes en plus dans la file la plus efficace la rendront moins rapide que l'autre. Autrement dit, à un certain point, on ira plus vite dans la plus mauvaise file. Mais où se situe ce point ? Et puis, on peut commencer dans l'une ou l'autre de deux files tout aussi efficaces et s'appercevoir à mi-chemin qu'on a perdu un caissier, ou qu'un débutant commence son service. Si on a déjà attendu une demi-heure, il est peu probable qu'on change de file. Et en fait, même avec un service dégradé, cette file pourrait quand même, à cause d'autres facteurs, avancer plus rapidement. On ne peut pas savoir. Par exemple, une fois (c'était au milieu du mois), mon côté de banque a perdu tous ses caissiers sauf un, alors qu'il en restait trois de l'autre côté. J'ai dévisagé les gardiens et les responsables qui travaillaient dans les bureaux en retrait pour protester contre cette injustice flagrante. L'un d'entre eux, ai-je pensé,  devait forcément avoir pour mission de maintenir une équité raisonnable entre les deux comptoirs. Je n'ai reçu en retour que des regards absents. Personne ne semblait s'appercevoir de la situation ou s'en préoccuper. A une ou deux reprises, j'ai presque dit quelque chose. Ce qui est sûr, c'est que j'ai gigoté. Et toussé. Mais en vain. " pages 32-33

 

Bon, on comprend rapidement que le district fait partie d'un système dictatorial où les habitants ont peu de libertés et sont contraints de tenir un journal qui sera à leur mort récupéré par les autorités. D'ailleurs, les habitants doivent adhérer à un club d'enterrement. Si vous voulez en savoir plus, il y en a des tartines sur plus de vingt pages qui ne m'ont que très peu intéressé. Un peu comme le reste du livre. Le narrateur, surnommé La Taupe, décrit son quotidien avec une froideur et un sens du détail qui frôlent l'autisme sans que rien n'accroche vraiment le lecteur. Ce n'est pas mauvais, mais l'ennui est plutôt envahissant et l'intérêt très limité.

De plus, on pourra s'étonner que dans ce genre de maison d'édition, ni le nom de Marc-Antoine Mathieu, qui a signé le dessin de couverture, ni la première publication chez Attila ne soit pas mentionné, ou que la dernière page avant l'élégant noir ne soit pas centrée comme il faut.

 

 

L'avis du Cafard Cosmique, très élogieux : ICI

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Le cinéma de mars 2/2 (Monuments Men / Free Fall / Patema et le monde inversé / Gerontophilia / How I live now)

Publié le par Sébastien Almira

 

the-monuments-men-poster02.jpgMonuments Men, de George Clooney, 2h ***


Sept Américains sont prêts à aller envers et contre tous, à braver les interdits et les dangers, pour sauver les milliers d’œuvres d'art volées par les nazis en France. Ce sont les Monuments Men. Malgré leur nom, ils n'ont pas de supers pouvoirs, juste un besoin et une envie inaltérables de se battre au nom de l'art et des Français.

J'aimerais bien connaître un peu la véritable histoire parce que je ne peux m'empêcher de voir des livres d'histoires pour collégiens américains crédules à qui on fait croire que les États-Unis règnent en maître pacifiste et altruiste sur le monde entier. Si on pouvait arr^ter de voir Matt Damon à l'écran, ce serait sympa aussi. Sinon, c'était pas mal, quoiqu'un peu longuet au milieu.

 

 

affiche-Free-Fall-Freier-Fall-2013-1.jpgFree Fall, de Stéphane Lacant, 1h40 ****


On en parle comme de « la réponse allemande au Secret de Brokeback Mountain » simplement pare que c'est l'histoire d'un hétéro macho qui tombe amoureux d'un beau gay après avoir tenté de le repousser, voire de le frapper. Le tout dans un milieu hostile (cow-boy VS flics).

Mais la comparaison s'arrête là. Plus court, moins chiant, plus étouffant (pas de grands espaces), plus moderne dans le traitement de l'histoire comme de l'image, plus sensuel peut-être, Free Fall m'a plus passionné que le film multi-primé d'Ang Lee. Il donne envie de vivre sans se barricader derrière des images, des limites, des interdictions, tant qu'il n'est pas trop tard...

 

 

 

patema-et-le-monde-inverse-affiche.jpgPatema et le monde inversé, de Yasuhiro Yoshiura, 1h40 **


Après une catastrophe écologique, la terre se trouve séparée en deux mondes à la gravité inversée ignorant tout l'un de l'autre. Dans le monde souterrain, Patéma, quatorze ans, adolescente espiègle et aventurière rêve d'ailleurs. Sur la terre ferme, Age, lycéen mélancolique, a du mal à s'adapter à son monde totalitaire. Le hasard va provoquer la rencontre des 2 adolescents en défiant les lois de la gravité.

Partant d'une super idée, le manga m'a déçu sur certains aspects. D'abord, ces Japonais (surtout Patéma) qui hurlent dès qu'ils ouvrent la bouche (ils peuvent pas parler normalement?). Ensuite, si certaines images pourraient passer pour du Miyazaki, d'autres paraissent datées, et le mouvement (des personnages, surtout) n'est pas toujours au point (trop saccadé par moments). Enfin, parlons justement de la fin, cette succession de rebondissements qui affolent le rythme alors que certains moments précédents tentaient d'endormir le spectateur : le rythme du film n'est pas tout à fait maîtrisé. Dommage.

 

 

gerontophilia.jpgGerontophilia, de Bruce LaBruce, 1h20 ****


Lake, 18 ans, un garçon plutôt ordinaire mais hyper bogosse, vit avec une mère névrosée et sort avec une fille de son âge excentrique. Embauché dans une maison de retraite pour l’été, il est troublé par une attirance nouvelle et pour le moins particulière : les vieux messieurs. Il tombe sous le charme de l'un des pensionnaires, Mr Peabody, 82 ans.

Voilà, vous êtes prévenus, si vous rentrez, vous savez ce que vous trouverez. C'est très étrange comme histoire mais finalement pas plus que ces films sur des jeunes garçons intéressés par des vieilles dames riches (cf Hors de Prix, par exemple). Là où le réalisateur habitué aux films chocs frôle la perfection, c'est que tout dans Gerontophilia est toujours subtil, quasi délicieux. Les acteurs sont magiques, on n'est jamais dans le voyeurisme, et ça c'est fort.

 

 

How-I-Live-Now-Maintenant-cest-ma-vie-affiche.jpgHow I live now (Maintenant, c'est ma vie), de Kévin Macdonald, 1h45 *****


Adapté du roman du même titre de Meg Rosoff chez Albin Michel Wiz.

Daisy, une adolescente new-yorkaise un peu connasse sur les bords, passe ses premières vacances dans la campagne anglaise chez ses cousins, qu'elle considère comme des bouseux. Les choses ont le temps d'évoluer entre Daisy et ses cousins avant qu'une éventuelle troisième guerre mondiale n'éclate et ne laisse s'envoler les rires, les sorties et les émois naissants. À partir de là, il n'est question que de survie.

L'incroyable force de film réside en le fait qu'on soit toujours exclusivement avec les adolescents. De la guerre, n'entendra que quelques explosions, on ne verra que quelques secondes d'images à la télévision avant que l'électricité ne soit coupée, on ne vivra que leur survie dans un camp de travail et leur fuite afin de tous se retrouver.

Époustouflant, éprouvant, sensationnel à tout égard, accompagné d'une BO tout aussi explosive, How I live now est un film dont on parle trop peu et indéniablement un des films qu'il ne faut pas rater en ce début d'année.

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Caroline Sers, Sans les meubles, roman, 210 pages, Buchet-Chastel, mars 2014, 15 € **

Publié le par Sébastien Almira

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« S'il est bien des gens à qui il ne faut rien laisser passer, ce sont bien les membres de sa famille. Car la première capitulation, loin d'aplanir les difficultés, ne fait que sceller le socle de décennies de guerre larvées. »

 

Corinne, la trentaine, se retrouve avec ses tantes chez le notaire pour régler la succession de sa grand-mère. Ayant perdu son père, elle est en première ligne et rien ne va se passer comme prévu.

 

Quand le représentant nous l'avait présenté, je m'étais dit « Hum, pourquoi pas ! Une petite comédie pour annoncer l'arrivée du printemps, drôle et acerbe ! ». Sauf que rien n'est drôle et qu'on s'ennuie un peu car, entre les scènes de disputes familiales, il faut bien remplir pour parvenir aux deux-cent pages du format presque poche de Sans les meubles.

Si les scènes de disputes ne manquent pas de mordant (sans pour autant être vraiment réussies), le reste n'est pas parvenu à m'intéresser, ni la vie banale de Corinne, ni son envie perpétuelle de se reposer.

 

On peut allègrement passer à côté de cette fausse bonne idée dont le comique de situation n'arrive pas à la cheville des espérances dues au pitch, ni le reste. Alors, comme dit je ne sais qui dans le livre qu'« il ne faut rien sacrifier au bonheur », ne perdez pas de temps !

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Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère : nouvel attentat à la culture ?

Publié le par Sébastien Almira

 

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Alors que Christine Angot, habituée de la catégorie, vient de sortir un nouveau roman (qui a l'air à peu près normal, il faut le reconnaître, mais qui se vend toujours aussi peu), c'est Pierre Guyotat qui annonce le retour après une longue absence des attentats à la culture.

Je vous laisse sans attendre découvrir quelques extraits.

 

D'abord, voilà un extrait de l'argumentaire signé par l'auteur lui-même – sans prétention, vous pourrez le remarquer – sur la quatrième de couverture après un long résumé peu compréhensible :

 

« J'ai écrit ce texte de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une œuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. »

 

Voici maintenant les premières lignes du roman :

 

« Vers une nuit chaude

 

..."...et si je t'y mets ma paume à ta fesse...?" - "mets-z-y que mon strass fluo nous éclaire ton panaris d'entre tes doigts..." - "... de quoi que tu me sais un panaris ?" - "à l'odeur, l'homme !" - "... que, belle croupe courbée, tu nous vomis en décharge pleine nous rendre au couchant rouge ses remugles et tu me flaires un panaris te toucher ta fesse par-derrière ?" - "et toi que tu nous débarques et nous tries, mâles, femelles, et nous comptes, les bestiaux déportés de l'autre courbure du monde, tu me devines mâle ou femelle ?" - "... des longues mèches crasse blondes te poisser aux épaules, des talons hauts verts tes chevilles rouges, fesses et reste de parfum femme... et de la mue sifflante ta gorge, de quoi que tes coudes en arrière, tu nous tiens à dix doigts tes côtes y remonter des fois des seins ?... un beau con bien évasé dans une belle fille bien dressée vers le haut... !" - "attends que j'aie vomi tout mon gros vin ces moussons, là-bas debout les herbes crottées, peiner à me quitter leurs dépôts dans ma chatte, de dessus leurs genoux, jeans, shiorts, pagnes, qu'ils m'en ont faire boire à même dedans leur gorge" - "... ils vont pas te reprendre que c'est nous qu'on te veut !" »

pages 9-10

 

Et enfin un autre extrait, pris au hasard, à la première page ouverte par mégarde :

 

« que moi, que j'y tiens dans ma main le cœur que j'en ai vu des fois la petite devant la porte à nous patienter son beau gars qu'il m'est dessus ou après le père, qu'une fois qu'il s'est retiré de moi et se rajuste jeans et musette il me la nomme et me nomme et "faîtes-vous la bise !", que sa jolie robe bien près du corps nous éclate au soleil ses pois rouges sur fond blanc, que le haut de ses seins y est nu et sent bon le lait qu'on lui voit ses tétons pointer l'étoffe et quelle croupe !... qu'elle : "c'est ça, tout sale que tu me préfères à moi, des fois ?", que je lui vois sa petite chatte bien garnie enfler sous l'étoffe que le courant d'air du père qui nous accompagne son gars déhors nous plaque dessus, que moi, ma main sur la braguette de son homme : "à plus sale qu'il y va dessus, ton petit mari !", que j'y mets ma main à la fesse du père qui nous lèche d'une langue quasi blanche la bouche à vin de son gros qui mène les mouches (...) »

page 219

 

 

Pour les courageux – et les fêlés du cerveau – :

Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère, roman, 410 pages, Gallimard, mars 2014, 21,50 €

 

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Et la quatrième de couv' entière :

 

«Une mégapole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept mégapoles dont l'une au moins est en guerre. Vaisseaux spatiaux, drones occupent l'espace céleste. En bas, animaux, monstres, fous de "dieu".

En bordure d'un district "chaud" de l'une de ces sept mégapoles, de climat chaud, à proximité de grands ports et de grands chantiers, et dans un reste d'immeuble (rez-de-chaussée, escalier, deux étages), un bordel mené par un maître jeune qui l'a hérité de son père, et qui se pique.

Trois putains y traitent un tout-venant de travailleurs – époux souvent trompés, pères prolifiques –, de fugitifs, d'échappés d'asiles, de meurtriers : deux mâles, un "père", son "fils", Rosario, une femelle en chambre à l'étage et qui ne sort jamais – un chien la garde. Les deux mâles sont renforcés, en cas d'affluence, d'un "appoint", époux abandonné avec enfants ; la femelle est le but sexuel mais il faut passer par l'un des mâles, le tarif comprend les deux prises.

Vie domestique ordinaire dedans, et au dehors immédiat : toilette, à l'étage, des putains, leur exposition, en bas, à l'entrée contre le mur (la montre), prises disputées, conflit "père" / "fils", saillies de putains à putains d'autres bordels pour renouvellement des cheptels.

Aventures extérieures, surtout pour Rosario dont la "mère" survit dans un battage mi-urbain mi-rustique, climat humide, très lointain dans la mégapole. Il la visite à intervalles réguliers : le trajet d'aller, en camionnette ou fourgon locaux d'abord puis en bahut intercontinental, dure plus d'une journée, de nuit à nuit, la visite, quelques heures à l'aube, où, entre autres, la mère reprise le mowey, court vêtement, toujours redécousu, du "fils".

La fiction avance sous forme de comédie, crue et enjouée, de dialogues, de jactances, de "direct" sur l'action en cours.


J'ai écrit ce texte, de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une œuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. Le monde qui s'y fait jour n'est ni à désirer ni à rejeter : il existe aussi, en morceaux séparés par la distance, dans l'humanité actuelle ; et je ne suis ni le premier ni le dernier à vouloir et savoir tirer connaissance, beauté et bonté de ce qui peut nous paraître le plus sordide, voire le plus révoltant, à nous tels que nous sommes faits.»

Pierre Guyotat.

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Karen Russell, Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups, nouvelles traduites de l'américain par Valérie Malfoy, 250 pages, Albin Michel, février 2014, 20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Ceux qui se souviennent de mon enthousiasme pour Swamplandia (lire ici) imaginent sûrement l'excitation ressentie en apprenant que la traduction du premier livre de Karen Russell était fin prête. En plus, on m'avait dit que l'une des neuf nouvelles qui composent ce recueil était un préquel au suscité Swamplandia.

 

J'ai donc entamé le livre avec un enthousiasme débordant qui est retombé au bout de trente pages.

Je m'explique. Les nouvelles, à l'origine, c'est pas trop mon truc. C'est souvent un peu frustrant, quand même, il y a rarement une fin, et si la longueur sied parfois bien au texte, elle peut aussi se révéler trop courte. C'est encore plus vrai avec Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups, dont le titre est pourtant exagérément long (un pied de nez fait aux nouvelles?).

 

Alors pourquoi serait-ce pire dans le cas présent, me direz-vous ? Et bien parce que l'univers délirant, merveilleux et luxuriant découvert avec Swamplandia se retrouve partout dans ce recueil. La jeune Américaine fait preuve d'une inventivité rare pour raconter des histoires farfelues à souhait.

Tantôt, ce sont deux jeunes frères, emplis de remords, qui passent leurs nuits à écumer un cimetière de bateaux, au milieu de fantômes de poissons afin de retrouver la sœur morte par leur faute. Plus loin, des enfants au sommeil problématique sont internés dans un camp, par chambrée selon leurs tares (apnée du sommeil, somnambulisme, somniloquie, hyperphagie nocturne, insomnie, narcolepsie, incontinence, etc.). On rencontrera également le fils du minotaure, Lady Yéti qui règne sur le Palais des Neiges Artificielles où se rencontrent et se touchent adultes avertis sur patins à glaces, ou encore une jeune fille coincée dans un coquillages géant sur une île abritant un musée des conques (qui n'est pas sans rappeler un certain parc d'attraction à crocodiles sur une île au nom féerique). Et enfin, on fera plus ample connaissance avec le grand-père Bigtree, installé dans une maison de retraite composée de vieux yachts.

 

« Le chalet 4, c'est un peu la cour des miracles.

Il y a Espalda et Espina, les filles adoptives du révérend – deux jumelles bossues qui rient de tout et se frottent réciproquement leurs bosses dans leur sommeil.

Felipe, un parasomniaque qui est également possédé. Ça date du jour où il a cueilli un guanababa au bord de la route, sans savoir que le racines de l'arbre s'étaient enroulées autour d'une fosse commune où reposaient les restes de révolutionnaires de la Moncada. Depuis lors, il est hanté par l'esprit de Franck Pais. À cause de cela, il dégoupille des grenades imaginaires et hurle dans son sommeil « Viva la revolucion ! » en brandissant le poing. Le jour, c'est un garçon trompeusement apolitique.

Cette année, on a un nouveau lycanthrope d'Europe Centrale. À le voir, on pense tubercules et humidité du Vieux Continent. Son visage est un cauchemar hormonal, un patchwork de plaies suintantes et de cratères acnéiques. Des touffes de poils roussâtres surgissent aux endroits les plus insolites : menton, oreilles. On devine une histoire d'épouvante là-dessous – pas d'école, sa mère fréquente un sabbat de sorcières, il mange du chou rance dans une auge, ce genre de choses. Son sommeil suit les cycles de la lune. » in Le camp de sommeil Z.Z. Pour dormeurs perturbés, page 42

 

Avec des histoires aussi déjantées que ça, on se demande pourquoi un tel travail de création d'univers n'a pas donné lieu à de plus longs textes. Être plongé dans de pareils univers et en être extirpé au bout de vingt ou trente est extrêmement frustrant, d'autant qu'en bonnes nouvelles qui se respectent, on reste toujours sur notre faim, côté fins.

 

Karen-Russell_BLOG.jpg

 

Les amateurs de Karen Russell qui aiment aussi les nouvelles apprécieront sans doute, mais seront-ils nombreux ? Si, en plus, Albin Michel a collé une couv peu ragoûtante, c'est pas gagné. Et c'est très dommage car l'ambiance est follement excitante, l'écriture toujours aussi excentrique, enjouée, haute en couleurs, l'inventivité exceptionnelle et le résultat insolite et fantaisiste.

On retrouve, en plus de l'univers, les deux thèmes chers à l'auteure : les enfants et adolescents, et la mer, l'eau, les coquillages, les animaux marins qui peuplent chacune de ses histoires. Elle s'amuse à dépeindre ces personnages, ces décors et ces détails avec une fantaisie réaliste et un humour délicat mais omniprésent.

J'espère donc que Karen Russell utilisera de nouveau une, voire plusieurs, des nouvelles de son premier livre, afin d'en tirer un autre merveilleux roman. En attendant, découvrez Swamplandia qui vient de paraître au Livre de Poche !

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Le cinéma de mars 1/2 (American Bluff / The Grand Budapest Hotel / Un été à Osage County / La grande aventure Légo / Le crocodile du Botswanga / All about Albert)

Publié le par Sébastien Almira

 

Un début de mois chargé en cinéma, qui nécessite donc en mars deux articles au lieu du traditionnel résumé en fin de mois. En plus, pour l'instant, c'est du bon cinéma, alors en voilà deux fois plus en mars !

 

 

American-Bluff.jpgAmerican Bluff, de David O. Russell, 2h15 ****


Après Fighter et Happines Therapy, le cinéaste nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 70. Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld (Christian Bale, méconnaissable, qui a pris 18 kg et gagné une hernie pour le tournage), et sa belle complice, Sydney Prosser (Amy Adams, sensuelle, sexy et sensationnelle), se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso (Bradley Cooper, parfait), de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito. Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn (Jennifer Lawrence, qui surjoue un brin son rôle de fêlée), pourrait bien tous les conduire à leur perte.

Tout est parfait, du scénario à la BO en passant par la photographie et les acteurs. La plongée dans les années 70 de Russell est maîtrisée de bout en bout. Extraordinaire et bluffant.


 

239820.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgThe Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson, 1h40 ****


Premièrement, il faut noter une galerie d'acteurs exceptionnelle : Ralph Fiennes, Edward Norton, Mathieu Amalric, Adrien Brody, Jude Law, Bill Murray, Owen Wilson, Tilda Swinton, Léa Seydoux, et le surprenant Tony Revolori qui tient le second rôle.

Deuxièmement, il n'en faut pas beaucoup pour succomber au charme des histoires incroyables du Grand Budapest Hotel.

Troisièmement, la mise en scène, la photographie, la nostalgie de l'enfance, la façon de faire jouer ses acteurs : Wes Anderson est un génie de la réalisation. Tout est subtil, enivrant, délicieux.

Quatrièmement, il ne vous reste plus qu'à courir aller voir ce petit bijou qui ne souffre, à mes yeux, que d'un peu de longueurs, mais les puristes d'Anderson vous diront que c'est ce qui fait aussi son charme ! Une aventure, fantasque, drôle et exquise.

 

 

Affiche-Un-ete-a-Osage-County-.jpgUn été à Osage County, de John Wells, 2h ***


Suite à la disparition de leur père, les trois filles Weston se retrouvent dans la maison familiale. Les retrouvailles avec la mère paranoïaque et lunatique magistralement jouée par Meryl Streep qui n'aurait pas volé un autre Oscar, ne seront pas de tout repos. On assistera notamment à plusieurs clash entre le monstre maternel (tant comme personnage que comme actrice) et l'une de ses filles (Julia Roberts). Comme me disait l'amie avec qui j'ai vu le film et qui a détesté : il n'y en a aucun pour rattraper l'autre, tout le monde est au moins quelques instant odieux envers le reste de la famille et insupportable pour le spectateur. Ce n'est pas faux et, à vrai dire, un peu moins de haine (et cinq minutes de moins : les deux dernières scènes) n'aurait pas desservi un film qui en irritera sans doute plus d'un.

Cependant, la performance exceptionnelle de Meryl Streep et pas mal de scènes très réussies sauvent les meubles.

 

 

21061838_20131128144957302.jpgLa grande aventure Légo, de Phil Lord et Chris Miller, 1h30 ****


Dans un monde où « tout est super génial » qui ressemble fort à une jolie et joyeuse dictature, Emmet, un petit personnage banal et conventionnel, est pris par erreur pour un être extraordinaire, capable de sauver le monde. Ses aventures, entre comique de situation et clins d’œil désopilants, raviront petits et grands, qui plus est fan de Légo (hi hi, j'avoue...). Allociné le conseille à partir de 3 ans, mais vu le nombre de références aux jeux en tout genre, à l'univers social et politique, le film est vraiment à regarder à deux niveaux (les plus jeunes ne comprendront pas la moitié, mais seront ravis de l'action. Les Légos ont fait fort, très fort !

 

 

 

Le-Crocodile-du-Botswanga-Affiche-France.jpgLe crocodile du Botswanga, de Fabrice Éboué et Lionel Steketee, 1h30 ***


Leslie Konda, jeune révélation du foot, se rend dans son pays d'origine, le Botswanga, avec son agent notamment pour disperser les cendres de sa mère. Il vient de signer dans un grand club espagnol, mais Bobo Babimbi, le président (fraîchement arrivé au pouvoir par un coup d'état) ne l'entend pas de la même manière. Il contraint l'agent de faire pression sur lui pour qu'il joue dans l'équipe nationale : les Crocodiles du Botswanga.

Si le film dénonce et fait réfléchir, il fait surtout rire. Et la caricature n'y est pas pour rien. Cette comédie politique reste avant tout comique. Et ça fonctionne.

 

 

 

All-About-Albert-Affiche-France-copie-1.jpgAll about Albert, de Nicole Holofcener, 1h30 ****


Dans une soirée où elle ne trouve personne à son goût, Éva (Julia-Louis Dreyfus (Veep), ravissante avec ses mimiques) fait la rencontre de Marianne (Catherine Keener) dont elle deviendra la masseuse et la seule amie, et d'Albert (James Gandolfini (Les Soprano)), un gentil nounours qui deviendra son amant. Mais quand elle se rend compte que l'ex-mari de Marianne, qu'elle prend un malin plaisir à critiquer à longueur de journée, n'est autre qu'Albert, son Albert, elle ne sait plus quoi faire. C'est tellement tentant d'en apprendre davantage sur l'homme avec qui elle s'apprête à refaire sa vie...

Divinement porté par un trio d'acteurs parfait, All about Albert est une jolie comédie, drôle et sensible, de celles qui font du bien (loin de moi l'idée de paraître kitsch, le film ne l'est pas).

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Elizbeth Laban, Sujet : Tragédie, roman à partir de 14 ans traduit de l'américain par Catherine Gibert, 300 pages, Gallimard Jeunesse, février 2014, 16,50 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Lors de sa dernière année à Irving, internat privé près de New York, Duncan hérite de la chambre d'un étudiant albinos, Tim. Avant de quitter l'école, celui-ci y a laissé, comme le veut la tradition, un « trésor ». La plupart du temps, il s'agit d'une vieille part de pizza, d'un petit chèque ou d'une bouteille d'alcool. Mais comme le savait déjà Duncan, Tim ne faisait rien comme les autres, il avait d'ailleurs assisté de près à la catastrophe de l'an passé. Le trésor de Tim a justement un rapport avec la soirée que tout le monde à l'école voudrait oublier : il s'agit d'une pile de CD où l'ancien étudiant raconte ce qui s'est exactement passé ce jour-là. Mais pour l'expliquer, il doit remonter au début de l'année et, bien malgré lui, Duncan se fait happer par l'histoire de Tim.

Il ne peut s'empêcher d'écouter, passionné, la voix dans son ordinateur. Dès qu'un CD se termine, il se hâte de mettre le suivant. Et c'est de la même manière que dès qu'un chapitre se terminait, je ne pouvais m'empêcher de lire le suivant, arrivant en retard chez le kiné, me couchant à pas d'heure.

 

Outre les révélations sur le mystérieux événement de l'an passé, Tim dévoile des morceaux de sa vie, ses sentiments, il raconte la difficulté d'être différent, sa vue défaillante, son amour clandestin avec la sublime Vanessa (qui sort officiellement, et accessoirement, avec LE bogosse, LE meilleur pote de tout le monde, craint de tout le monde, l'organisateur du jeu des Terminales) et lui donne des pistes pour la fameuse dissertation sur la tragédie que M. Simon, le professeur d'anglais, donne chaque année aux terminales avec des consignes aussi étranges que « si vous utilisez sept fois le mot portée, vous aurez cinq points en plus ».

 

En même temps, on suit également l'année de Duncan, la peut-être renaissance de son histoire d'amour avec Daisy qu'il avait foirée avant les grandes vacances, le jeu des Terminales qu'il doit organiser, la vie à l'internat, etc.

 

« Il jeta un coup d’œil en direction de son bureau et des CD qui y étaient empilés. Il n'avait pas mangé, pas résolu le mystère de l'incident survenu dans l'aile des filles, Daisy était à l'hôpital pour une raison inconnue, mais il n'avait qu'une envie : écouter la voix de Tim raconter méthodiquement son histoire. Il avait tant de choses à comprendre, à faire ici, dans sa propre réalité, mai il était plus facile de cliquer sur Play, de s'étendre sur les draps en pilou rouges qui recouvrait son lit et d'écouter. » page 122

 

Honnêtement, je ne pensais pas accrocher à cette histoire d'un albinos qui raconte ses problèmes à un autre étudiant dans un pensionnat américain. Mais laissez tomber vos préjugés et laissez-vous happer, vous aussi, comme Duncan, dans Sujet : Tragédie. Dans l'histoire de Duncan et dans celle de Tim. Ca fait du bien de lire un truc qui prend aux tripes, qui passionne, un peu comme quand, ado, on dévorait le nouveau Harry Potter à peine sorti de la librairie avec le livre.

Le roman a eu le même effet sur moi que les enregistrements de Tim sur Duncan. C'est hypnotique, captivant, fascinant, tragique. Car il s'agit de ça aussi : c'est l'histoire d'une tragédie. À moins que ce ne soit une histoire de tragédies.

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