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Élise Fontenaille, Banksy et moi, roman à partir de 13 ans, 90 pages, Rouergue, doado, mai 2014, 9,20 € ****

Publié le par Sébastien Almira

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Quel est l'étrange pouvoir d'Élise Fontenaille, capable d'émerveiller le lecteur avec un rien, de magnifier un quotidien pas forcément banal mais pas vraiment extraordinaire, de faire rêver et voyager en quelques mots, quelques lignes ?

On devine qu'Ophélie, Somalienne, porte une lourde histoire. Chauffeur de taxi la nuit, elle fait de son mieux pour offrir à son fils Darwin une vie meilleur que la sienne. En toute circonstance, elle garde le sourire. Sauf lorsqu'elle regarde le mur de béton qui envahi la vue de la fenêtre.
Darwin vit plus agréablement que tous les étrangers dont il entend parler – dans la rue, à la télé aux infos, par Jibé, l'ami de la famille, qui fait du bénévolat dans les pays défavorisés, etc. –. Il ne mène pas une vie de roi, il ne fait que croiser sa mère au détour d'un délicieux repas concocté grâce à un des blogs culinaires de tout horizon qu'il suit attentivement, mais il ne se plaint de rien, il est heureux. Heureux et amoureux, d'une fille qui ne le sait évidemment pas, car Darwin est un grand timide.

« Elle a les cheveux courts en pétard, de grands yeux gris un peu fendus, étirés vers les tempes, elle s'habille toujours en noir. Elle est arrivée pendant l'année, elle parle à personne au lycée, elle dessine en cours, tout le temps même à la cantine, même à la cantine, à croire qu'elle est née un crayon à la main.
C'est beau ce qu'elle fait, elle de l'or entre les doigts, beau et barge : des enfants qui volent, des villes-monde qui s'élancent vers le ciel, des maisons dans les arbres, des hommes-fleurs de toutes les couleurs... 
» page 19

Et c'est comme ça que commence l'histoire : une nuit, quelqu'un a tagué une grande fresque sur le mur de béton devant chez Darwin, un graffeur anonyme qui pourrait bien être Banksy (le nom qu'il a donné à son rat !), le célèbre street art anglais. Ensuite, les choses sont tombées du ciel. Et des vertes et des pas mûres !

Les éditeurs du Rouergue ont un don pour trouver des auteurs qui ont un don. Car, incontestablement, Élise Fontenaille a un don pour raconter des histoires et après Les trois soeurs et le dictateur (article ici) et Le garçon qui volait des avions, elle signe une nouvelle merveille.
Après avoir lu Banksy et moi, vous n'aurez plus envie que de découvrir les autres livres de l'auteure, de taguer des murs pour sauver le monde et d'être le meilleur ami de ce Gavroche métisse contemporain qu'est Darwin !



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Vincent Cuvellier, Ma tronche en slip, roman à partir de 14 ans, 75 pages, Rouergue, doado, juin 2014, 8,70 € ****

Publié le par Sébastien Almira

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Benjamin a quinze ans et demi, il est plutôt beau gosse, bien foutu (sept ans de hockey, athlétisme depuis) et obsédé par les filles, mais il n'en a jamais touché une. Il pense avoir raté sa vie. Jusqu'au jour où une femme le mate littéralement dans la rue. Comme un animal en rut, il détaille la MILF, qu'il trouve bien bien bonne et, lorsqu'elle vient lui proposer de poser pour une séance photo (car Charlotte est chargée de repérer des futurs mannequins juniors), il se dit que la voie royale vient de s'ouvrir à lui : les filles, l'argent et peut-être le cinéma !

« - C'est lui ?
Personne ne répond et elle me fait signe de m'asseoir sur mon petit banc. Elle pose un tabouret devant moi et sort ses trucs de maquillage. Elle me touche.
- Bouge pas tout le temps, dis...
- Mais ça pique votre truc.
- Oui, mais si tu bouges, je vais te crever un œil.
OK. Je bouge plus.
Elle me maquille, me fout du blanc sur les joues, du noir sur les yeux, du gel dans les cheveux.
Elle me tend un miroir. Ah ouais ! C'est dingue. C'est moi mais c'est pas moi. C'est moi mais en beau gosse. En beau gosse un peu pd, quand même.
- C'est bon, il est prêt ? demande Charlotte.
La maquilleuse répond :
- Presque.
Elle prend un bout de coton, le mouille avec sa langue et m'essuie le bord des lèvres. Ouah. C'est comme si elle me roulait une pelle, mais de loin. Franchement, faut qu'elle arrête, je vais péter mon slip.
Ça y est.
 » pages 23-24

Benjamin est le narrateur et, vous l'avez compris, son langage est plutôt cru, voire bien gratiné. Un beau gosse, macho, obsédé sexuel qui a un problème de taille : il a peur des filles, il ne sait pas comment faire pour brancher la fille dont il est amoureux sans en connaître le nom. Et il est très drôle, parfois malgré lui. J'ai ri à gorge déployer (sans rire!) plusieurs fois.

C'est très court mais, en plus de l'humour et la crudité du langage qui devrait beaucoup plaire aux adolescents, le propos est assez intéressant, même si peu développé : est-ce qu'un beau gosse en slip placardé dans la ville entière pourra enfin se taper qui il veut ? Comment surmonter sa timidité et ses problèmes d'érection ? Comment parler à une fille? À quoi ça sert de se prendre la tête ?
C'est surtout une lecture plaisir, sans prise de tête, ni prétention, avec une bonne dose d'humour, sur un ado obsédé par les filles et le sexe (attention, on n'est toutefois très loin du porno). Et ça fonctionne très bien.

« Ça fait un mois que j'ai rencontré Charlotte, une semaine que j'ai reçu mon book et trois jours que je me suis pas branlé... je me dis que c'est raté et, en même temps, je me dis que c'est bon... c'est bizarre, j'ai vachement envie qu'ils me rappellent, de faire leurs photos, de gagner plein de fric, peut-être d'être acteur, attends, t'imagines, et en même temps, je m'en fous un peu... j'arrive pas à savoir. J'ai toujours trouvé ça débile, les mecs de mon âge qui passent à la télé, les beaux gosses, qui se la pètent, et tout, mais en même temps, si c'est moi le beau gosse qui se la pète, ça change tout. » pages 31-32

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Glen David Gold, Carter contre le Diable, roman, 810 pages, Super 8 Éditions, avril 2014, 22 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Cela fait des années que je n'ai pas lu un livre aussi gros que Carter contre le Diable, et même un livre de plus de 400 pages. C'est complètement con, je vous l'accorde, mais les gros livres me font peur. D'abord, j'ai tendance à vouloir aller au bout des livres, au cas où, même si je n'accroche pas, histoire de ne pas dire n'importe quoi dans mes articles. Ensuite, c'est vachement long quand même, et je vous rappelle que je suis une grosse feignasse. Enfin, en tant que libraire, ma satisfaction est immense dès que je peux dire « j'ai lu un nouveau livre ! », j'ai donc un meilleur rendement si je lis quatre livres de 200 pages qu'un de 800.
Mais Carter contre le Diable, qui partait pourtant avec une seconde tare : c'est un polar, me tentait beaucoup et je voulais voir ce que donnait et soutenir une nouvelle maison, Super 8 Éditions, petite sœur des éditions Sonatines, qui ne publiera que des romans (pour l'instant américains, aux allures de polar) dont les droits cinématographiques viennent d'être achetés.

Warren G. Harding, Président des États-Unis, termine sa « tournée de la compréhension » par une apparition au spectacle de Carter le Grand au Théâtre Curran de San Fransisco le jeudi 2 août 1923. Pendant la nuit, il meurt et on soupçonne le magicien et la femme du Président, mais à demi-mots pour cette dernière. Après une mise en place et un vague début d'enquête de quarante pages, Glen David Gold nous plonge dans l'enfance de Charles Carter. On découvre ainsi comment lui est venu le goût de la magie alors qu'il n'avait pas plus de sept ans, comment il est parvenu à ce que ses parents le laisse participer à une tournée de music-hall où il présentait quelques tours de cartes et autres B.A.BA de la magie payé au lance-pierre, puis son ascension fulgurante jusqu'à ce qu'il devienne Carter le Grand.
C'est le passage du livre qui m'a le plus passionné, deux-cent pages pendant lesquelles l'intrigue policière de 1923 n'existe plus. Seul compte Carter. Carter, sa vie, son œuvre ! On est plongé dans l'ambiance des années 10 et 20, l'âge d'or de l'illusion bientôt détrônée par le cinéma, l'invention par Carter de certains des plus grands tours de son époque, les premières automobiles, les bars clandestins où l'alcool coule à flot malgré la prohibition, etc.
Puis on revient en 1923 où l'agent Griffin est persuadé que Carter a assassiné le Président et tente par tous les moyens de le confondre.

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Mais la longueur aura eu raison de moi car, même si je n'ai rien trouvé véritablement ennuyeux, l'intrigue policière qui reprenait le dessus m'a dépassionné. Il n'y avait pas que ça car, finalement, je n'ai pas trouvé que Carter contre le Diable s'apparentait à un vrai roman policier. Certes, il y a une intrigue policière, mais c'est une enquête qui n'a étrangement pas l'air de passionner la police et qui s'enlise assez vite. Et puis la magie a encore une place importante, la vie de Carter aussi. J'aimais toujours ce que je lisais, mais il n'y avait plus l'engouement des débuts, un peu comme une relation qui s'essoufflerait, comme une sorte de lassitude.

« On sait comment fonctionnent quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l'Univers, dit-il (Robert-Houdin) à Carter après leur rencontre. Ils forment les rouages de nos machines ? Mais c'est le un pour cent restant qui imprime son mouvement aux pendules. La force d'inertie. Personne ne sait comment ça marche, et pourtant ça marche. C'est la part du mystère. Le secret de notre Créateur. Accouplez l'énergie et l'inertie, l'explicable et l'inexplicable, et vous obtenez la magie, notre gagne-pain... » page 325

Malgré une partie qui m'a moins passionné, un style et une construction assez classiques, et somme toute assez peu de rebondissements (même si ceux que nous l'auteur ont été grandioses et inattendus pour moi), Carter contre le Diable est un très bon roman, à la croisée du polar, du fantastique et du biopic. Warren G. Harding a véritablement été le vingt-neuvième Président des États-Unis, conservateur dont le mandat n'aura duré que deux ans puisqu'il est mort le dernier jour de sa tournée de la Compréhension dans des circonstances aussi étranges que dans le roman, sa femme ayant été soupçonnée, et la version de Glen David Gold ayant été soutenue par plusieurs spécialistes. Charles Carter est également devenu Carter le Grand, un des plus grands magiciens de son temps, qui faisait notamment disparaître un éléphant de la scène. Certains de ses tours sont décrits dans le livre et on a l'impression d'y être.
Intéressant, parfois passionnant, très bien ficelé bien que classique (un style et une construction plus fantaisistes auraient peut-être mieux servi l'intrigue) , Carter contre le Diable sera bientôt adapté au cinéma avec Johnny Depp dans le rôle du magicien. Ça s'annonce grandiose !


« Si on devait lui reposer la question du colonel Starling, voici ce qu'il répondrait :
- Messieurs, j'ai réalisé beaucoup d'illusions qui sont à la fois exceptionnelles et originales.
Quand, Carter le Grand, avez-vous présenté pour la dernière fois une telle illusion ?
Récemment.
Mais quand ?
Ses yeux étincelèrent. Il lança à voix haute :
- J'ai bien peur de ne pouvoir vous répondre.
Sans tenir compte du conseil donné par Ledocq à propos des arbres que personne n'entend tomber, Carter avait réalisé un tour à l'insu du public. Ce qui rendait plus irritantes encore les piques de Starling. Non seulement son spectacle actuel n'était que du réchauffé, mais la seule et unique illusion intéressante s'était produite après le final, en coulisse. Personne n'en avait rien su, et nul ne devrait jamais rien en savoir. » pages 342-343

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Yves Grevet, Le voyage dans le temps de la famille Boyau, roman-jeux à partir de 9 ans, 140 pages, Syros, mai 2014, 13,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

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Vous l'avez compris depuis longtemps, Yves Grevet est mon chouchou de la littérature jeunesse, chacun de ses romans pour ados, et même pour plus petits, m'enchante et égaye mon année. Après le diptyque Nox (article tome 1 ici et tome 2 ici) pour bons lecteurs, il revient à une tranche d'âge moins élevée. Comme ça, je dirais 9-12 ans.

Quand j'ai eu vent de ce nouveau livre, je n'en connaissais que le résumé :

Victor vit en 4014 et sa famille s'apprête à partir en vacances au 21e siècle. Forcément,j'avais hâte de le lire. Ensuite, j'ai découvert le nombre de pages peu élevé, je me dis « zut ça va être court... », puis je l'ai reçu et j'ai compris qu'il s'agissait en même temps d'un livre-jeu avec des énigmes, des mots croisés, des coloriages et tutti quanti.
J'ai malgré tout mis du temps à le lire, perdu que j'étais dans ma lecture de Carter contre le Diable, que je viens de terminer. J'ai donc enchaîné en ce temps de merde pluvieux, tonnerre, éclairs, grêle (d'ailleurs, il est 23h24, lundi 9 juin, et un tonnerre d'une dizaine de secondes vient de retentir), avec les vacances de Victor. J'ai sorti mes crayons de couleurs (j'aurais dû prendre des feutres), je me suis allongé sur le ventre et, comme un enfant, j'ai commencé l'aventure.

« Je m'appelle Victor et j'ai douze ans. J'habite dans le secteur E3, presque au sommet de la tour-ville n°6675. Elle abrite une population de 35 000 habitants répartis sur 800 étages. Nous sommes en 4014 et voilà le paysage que je peux contempler depuis une des parois vitrées de ma chambre. » page 6

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Après cette première activité qui m'a beaucoup plu, même si le résultat des réponses présentes en fin de livre était plus joli, Victor nous explique que son père « est un savant qui travaille en free-lance, il a inventé des objets tellement compliqués qu'il n'a jamais pu nous expliquer exactement à quoi ils servaient. Il paraît que Papa est un génie. », que sa mère « est historienne, spécialiste du début du 21e siècle dans l'Ouest de l'Europe. Elle a le nez fixé sur ses écrans du matin au soir. », que ses deux clones initialement créés pour servir de réserves d'organes en cas de problèmes de santé vivent désormais dans leur maison et sont considérés comme des membres de la famille même s'ils « manquent d'informations sur tous les détails de la vie quotidienne et posent sans cesse des questions idiotes. », et que son chien Obeurk « appartient à la catégorie des C.C.R., les Chiens Carrément Ratés, car il est né avec deux têtes et quatre patte à l'arrières. Ça le freine un peu pour courir mais lui permet d'avoir deux paires de fesses, ce qui, pour une raison qui m'échappe encore, le réjouit beaucoup. Intellectuellement, c'est aussi une erreur de la nature car il est doué de la parole et comprend de très nombreux langages. ».
Une fois la famille présentée, vous apprendrez comment fonctionne la société dans deux mille ans. Phobie des microbes, technologies de pointe qui réduisent la vie sociale à une absence de liberté acceptée de bon cœur, etc. On ne sort pas de chez soi sans autorisation des autorités puisque de toute façon on n'en a pas besoin. On fait tout de l'intérieur, ses courses, les rencontres, l'école, son métier, etc.

Ensuite, les choses se gâtent puisque la famille Boyau part visiter Paris en 2014 grâce à la machine à remonter le temps que vient d'inventer le père ! On n'assistera pas à une avalanche de catastrophes et de scènes hilarantes mais, comme le début, c'est plutôt sympathique, drôle et intéressant.
Les jeux et activités du livre sont bien liées au récit : il s'agit d'aider Victor à comprendre certaines choses ou à répondre aux énigmes de ses parents ou de son professeur. Ce n'est pas bien compliqué même si j'ai eu du mal sur certains rébus !
C'est un très bon livre de vacances pour les 8-12 ans avec lecture et jeux à gogo, qu'on aurait (que j'aurais ?) toutefois préféré un petit peu plus long. Merci encore, Yves Grevet, de nous ravir à chaque livre !

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Le cinéma de mai (Tom à la ferme / Arthur Newman / Libre et assoupi / The Homesman / Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?)

Publié le par Sébastien Almira

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Tom à la ferme, de Xavier Dolan, 1h40 **
Tom (Xavier Dolan teint en blond) se rend à la campagne (et accessoirement le trou du cul du monde) pour les funérailles de son petit ami, mais la mère de ce dernier n'est au courant de rien. Le frère aîné, pour protéger la mère et l'honneur de la famille, le force à un jeu de faux-semblants qui devient vite un jeu de rôles malsain entre les deux hommes.
Dramatique, brutal, perturbant, avec ses multiples références à Hitchcock, Tom à la ferme est réussi sur ce plan-là, on ne peut pas le nier, malgré quelques scènes qui frise le ridicule. Mais ce n'est pas agréable à regarder, je n'ai pris aucun plaisir à voir le nouveau film du jeune prodige du cinéma québécois. Gageons que Mommy me réconciliera avec son cinéma.

 

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Arthur Newman, de Dante Ariola, 1h40 **
Qu'est-ce que c'est long, 1h40 avec Arthur Newman ! C'est sous cette identité que Wallace Avery veut recommencer sa vie en allant à Terre Haute où on lui avait promis un poste de professeur de golf. Mais quand on veut changer de vie, on n'est pas au bout de ses peines et de ses surprises.
Il aurait justement fallut un peu plus de peps et de surprise pour donner à ce road movie plombant et léthargique un peu d'entrain et de soleil. Et ni Colin Firth, ni Emily Blunt n'y parviennent.

 

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Libre et assoupi, de Benjamin Guedj, 1h30 ***
Jolie surprise que cette comédie française qui ne se veut ni dramatique, ni comique. Sébastien n'a qu'une ambition dans la vie : ne rien faire. Son horizon, c'est son canapé. Sa vie il ne veut pas la vivre mais la contempler. Bruno est slipiste (il pourrait passer sa vie) et obsédé par les filles. Et Anna par le boulot, persuadé qu'une vie réussie ne passe que par le travail. Ces trois colocs vont apprendre à cohabiter avec les tares et les quelques qualités les uns des autres.
C'est frais, drôle, agréable, intelligent et surprenant, on passe vraiment un bon moment même si le personnage d'Anna (ou l'actrice?) et quasi insupportable.

 

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The Homesman, de Tommy Lee Jones, 2h ***
J'ai décidément un gros problèmes avec les film lents. Je ne suis pas adepte des grosses productions hyper efficaces même si, parfois, ça fait du bien de regarder de la daube (plus ou moins), mais je me fais de plus en plus facilement chier au cinéma.
Même si l'histoire est belle (une pionnière célibataire et revêche est chargée de traverser un bon bout des États-Unis de 1855 pour emmener trois femmes ayant perdu la raison vers une vie meilleure, elle s'entiche en chemin d'un rustre vagabond qui l'aidera à braver les dangers puisqu'il lui est redevable de lui avoir sauvé la vie), mêmes si Tommy Lee Jones et Hilary Swank sont bons, très bons, même si la photographie et les espaces filmés sont magnifiques, même si le rythme du film sert l'histoire à la perfection, je me suis ennuyé.

 

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Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, de Philippe de Chauveron, 1h35 ****
Voilà l'exemple type de la grosse production efficace qui me plaît plus que le film d'auteur lent et magnifique. Claude et Marie Verneuil (Chantal Lauby et Christian Clavier), issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt "vieille France". Ils ont déjà offert trois de leurs filles à un Arabe, un Juif et un Chinois. Ils misent tout sur la petite dernière et lorsqu'elle leur annonce qu'elle va se marier à Charles, un catholique, c'est l'explosion de joie. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que Charles est noir.
Tout ou presque est attendu mais on rigole de bon cœur et assez souvent dans cette comédie de mœurs qui fait un carton depuis presque deux mois, culminant à presque 9 millions d'entrées la semaine dernière. Les blagues sont tantôt potaches, tantôt fines, les acteurs sont assez bons (surtout les deux couples de parents, Pascal N'Zonzi et Salimata Kamate jouent les parents de Charles), on retrouve des relans de Jacquouille chez Clavier et on ne boude pas son plaisir

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Léonard Vincent, Athènes ne donne rien, roman, 200 pages, Éditions des Équateurs, janvier 2014, 18 € *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Je continue sur ma lancée de livres sur la Grèce et je me dis qu'au lieu de privilégier les nouveauté, histoire d'alimenter le blog en même temps, j'aurais mieux fait d'écouter ma patronne et lire des classiques tel que Le Colosse de Maroussi. Car si Athènes ne donne rien, je peux vous assurer que Léonard Vincent a bien compris la leçon : il ne donne rien non plus.

Vendu par notre représentante comme une merveille, comme le récit d'un journaliste parti voir de ses propres yeux comment se porte la capitale grecque face à la crise, comme un récit romancé d'une intensité rare, comme un petit bijou.

En fait de cela, il s'agit d'un roman dont le personnage principal, chômeur français qui en a marre de tout, se barre à Athènes pour s'oublier. Sur la place Syntagma (devant le Parlement), il voit un vieillard se suicider, et décide alors de jeter sa carte d'identité et sa carte bleue. S'en suit une errance sans fin et surtout sans queue ni tête dans les rues délabrées d'Athènes où, si on en croit l'auteur, ne se côtoient que misère, famine, pauvreté, grévistes, mafias, terroristes et animaux errants.

« C'est peut-être l'heure. Les Athéniens mangent leurs épluchures. Les chauffeurs de taxi ânonnent des psaumes sataniques, un bras sur la portière. Dans leurs échoppes, sous les arcades, les épiciers recomptent leur caisse comme des grands-mères avares. Un pope et un armateur égrènent leur chapelet de secrets. Posé comme un diadème sur le rocher de l'Acropole, le temple de la Paix se dissout dans les pots d'échappement. Morceau d'architecture déglingué, pauvre et somptueuse église d'un monde écroulé, le Parthénon est à vendre. Sur les quais du Pirée, les navires avalent les victimes. Les clochards dorment dans les coins sur des lits de carton, le visage et les bras noircis par le soleil et la crasse, momies piquées à l'héroïne. Clandestins africains et Grecs indigents partagent la misère et la peau bronzée. » page 160-161

Il arrive à Max, le personnage principal du roman, une tripotée d'aventures auxquelles on ne croit pas. Déjà, si on est allé à Athènes, on a vu la misère de certains endroits, les rues délabrées et les animaux errants, mais on a également vu la splendeur de l'architecture, les vestiges à chaque coin de rue, la gentillesse des Grecs, la joie qui transpire dans les rues baignées de soleil, et on ne croit pas un instant à la vision que voudrait nous imposer ce soit-disant journaliste. Ensuite, les histoires à dormir debout qu'il fait vivre à Max achève de nous désintéresser, de nous énerver même, de cette lecture. Cette lecture inutile et mensongère qui frise le ridicule. L'écriture n'est pas désagréable, mais ne suffit à sauver quoi que ce soit.
Visitez Athènes, c'est plus cher, mais c'est mieux.



p.s. : après vérifications, il apparaît que Léonard Vincent a été recruté par Anne Sinclair en 1999 pour TF1, a été responsable de la rubrique Monde sur le site internet de la chaîne et responsable du bureau Afrique, puis directeur de l'Information de l'association de défense de la liberté de la presse chez Reporters sans Frontières. (source : Wikipédia)


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BD (Un petit goût de noisette / Mamette T6 / La conquête de Mars / Blast T4)

Publié le par Sébastien Almira

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Vanyda, Un petit goût de noisette, 200 pages, Dargaud, janvier 2014, 17,95 € ***

Le temps de quelques courtes histoires, Vanyda nous plonge dans la vie et les amours de jeunes adultes. Entre moments de grâce et actes manqués, elle raconte avec peu de mots, mais beaucoup de poésie, de fraîcheur, d'émotion. Au fil des histoires, on comprend les liens entre certains personnages. Le travail graphique est très intéressant, une couleur par histoire, ce qui ajoute à la poésie et la fraîcheur du trait et des personnages.

C'est vraiment fin, tendre et joli.


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Nob, Mamette, tome 6, 45 pages, Glénat, mars 2014, 9,99 € ***

Entre quelques souvenirs et autres cuisine de Mamette, Nob nous offre cette année une sixième vraie aventure de la plus mignonne des mamies littéraires ! Ayant pour titre Les Papillons, ce nouveau tome est plus intimiste que les précédents, emprunt de tristesse. Mamette a quelques petits problèmes de mémoire, des papillons plein la tête et se rend compte qu'il ne lui reste peut-être plus beaucoup de temps.

Mais ses amies sont toujours aussi drôles, entre la Pinsec et celle qui ne comprend jamais rien, vous n'aurez pas trop le vague à l'âme !

 

 

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Grégory Jarry et Otto T., La conquête de Mars (2 tomes), 120 pages chacun, éditions Flblb, 2008, 11,50 € chacun *****

Je sais, je ne parle habituellement que de nouveautés, c'est un peu le principe du blog : vous présenter et vous donner mon avis sur des nouveautés, quelles qu'elles soient. Je déroge ici à la règle parce que je suis en train de découvrir les éditions Flblb, qui publient de la bande dessinée et des flip book, et qu'il y a du lourd.

Otto T. (au dessin) et Grégory Jarry (au texte) sont connus pour leur Petite histoire des colonies françaises (même éditeur). Otto T., seul, a également signé pas mal de flip book, toujours chez Flblb.

Lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la Lune le 21 juillet 1969, personne n'avait imaginé qu'ils y trouveraient de la vie. Imaginez donc : Hitler ne s'est pas suicidé à la fin de la guerre et avait fait préparer par des savants de renom une fusée capable d'emmener les dirigeants du IIIe Reich sur la Lune, où il avait bien l'intention de faire construire l’œuvre de sa vie : la cité de Germania.

Improbable et extraordinaire scénario, mené et dessiné de mains de maîtres où se croisent pléthore de personnages plus ou moins connus, Hitler himself, Stanley Kubrick, Werner von Braun (inventeur des fusées V1 et V2), etc. Utilisant plusieurs narrateurs pour multiplier les points de vue et distiller ainsi les indices au fur et à mesure, Otto T. et Grégory Jarry signent une (deux) des meilleures BD que j'ai lues et que je relirai encore et encore !

 

 

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Manu Larcenet, Blast, tome 4, Pourvu que les bouddhistes se trompent, 200 pages, Dargaud, mars 2014, 22,90 € ****

Je ne dirai quasiment rien sur l'histoire, pour ceux qui n'en sont pas encore à ce dernier tome. De toute façon, il n'y a rien à dévoiler (si ce n'est la fin) : on avance petit à petit dans l'interrogatoire de Polza Mancini et donc dans son histoire.

Comme pour le deuxième tome par rapport au premier, j'ai senti une petit baisse dans ce quatrième opus. Dans quoi ? Je ne saurais vous dire. Juste que je l'ai trouvé moins fort. Le dessin est pourtant toujours aussi cruel, magnifique, violent, parfait. Blast est décidément une grande BD, une grande œuvre, un chef d’œuvre. Conseil si vous débutez la série : ne vous les enfilez pas tous d'un coup, c'est lourd à digérer.

 

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Ahmed Kalouaz, Après la peine, roman à partir de 13 ans, 100 pages, Rouergue, doado, avril 2014, 9,70 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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La vie banale de Ludo bascule brutalement le matin où son père est arrêté pour escroquerie. Ni lui, ni sa mère ne savait rien. L'homme était un simple comptable sans histoire.

Lorsqu'il sort de prison, il ne dit toujours rien de ce qui s'est passé, des raisons qui l'ont poussé à agir ainsi, mais propose à son Ludo de partir en camping-car dans les Cévennes. Le temps de se retrouver tous les deux, entre père et fils, et de s'expliquer enfin.

 

« Il y a des pères qui partent en mer sur des bateaux, ou qui travailles au large sur des plates-formes pétrolières parce qu'ils n'ont pas le choix, ou pour se faire plus d'argent que d'ordinaire. Le mien a passé trois mois en prison et ça ne lui a pas rapporté un sou, plutôt des coups dans le cœur et la tête pour tout le monde. Trois mois, ça fait du temps, des matins et surtout des soirs avec des mots qui vous restent en travers de la gorge. À qui en parler dans ces cas-là ? À qui dire, excusez-moi je fais la tête parce que mon père est à l'ombre et ma mère en cloque ? La nuit, elle pleure, elle n'a même plus de colère. » page 7

 

L'histoire est simple, et Ahmed Kalouaz ne cherche pas à la compliquer, à l'alourdir inutilement, juste pour allonger son roman. Rien n'est superflu, la vitesse de croisière, comme le road trip lui-même, est calme, tranquille. Le récit ne fait pas de vague, les émotions sont contrôlées, on n'assiste pas à une avalanche de sentiments pour rien. Le père et le fils vivent quelques moments de joie, de tendresse, d'amour, mais l'auteur ne fait pas dans la surenchère.

Son écriture est, comme vous pouvez le lire un peu plus haut, fine et agréable. Sur certaines phrases, elle paraît même guillerette, si j'ose dire, empreinte de poésie et d'une joyeuse innocence.

De la même façon, Après la peine se lit sans faire de vague, ce n'est pas une lecture indispensable, inoubliable, mais un roman agréable à conseiller aux ados (ou aux plus grands) qui n'ont pas besoin de sang, de gnomes, de monstres et autres sauts dans le vide pour passer un bon moment.

 

« Après la peine, se traînaient toujours dans son sillage les reproches, la sensation d'avoir mal fait. » page 107

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MUSIQUE : In The Valley Below / Owlle / Nasser / Kadebostany

Publié le par Sébastien Almira

                             
In The Valley Below, The Belt, 11 titres, Sony Music, 2013 *****
Découvert en première partie de White Lies au Trianon (article ici), le groupe californien In The Valley Below a publié un premier album pop-rock sublime. En couple à la ville comme à la scène, Angela Gail et Jeffrey Jacob forment un beau duo établi à Los Angeles. Leurs douces voix feutrées et hypnotiques, qui passe d'un chuchotement lointain mais prégnant à une scansion puissante mais assourdissante de douceur en même temps, relatent des histoires sombres de sexe, de crime et de religion. Énergique, sombre envoûtant, The Belt s'écoute sans modération.

<3 Peaches (qui vous met la pêche en deux temps trois mouvements!) / Neverminders (un autre tube) / Last soul (ritournelle mélancolique et entêtante) / Stand up (qui déchire) / Dove season (magnifique...) / Lover (plus qu'entêtant : exaltant), etc.


                               
Owlle, France, 11 titres, Sony Music, 2014 *****
France Picoulet, de son vrai nom, est française. En 2011, elle remporte le prix Inrocks Lab et enregistre son premier EP, elle signe par la suite un remix de Heaven pour Depeche Mode et enchaîne les premières parties de Sébastien Tellier, Lilly Wood & The Prick ou encore Phoenix avant de sortir un premier album en anglais, très travaillé et superbement produit.
Elle qualifie son univers de dream pop et se dit influencée par la musique fin 80' et 90', notamment David Bowie, Madonna, Franck Ocean, Portishead, Cindy Lauper, Massive Attack, Kate Bush ou encore Gossip dont on sent l'influence sur des titres comme Creed ouSilence. Mélancolique, inventive et efficace sont les adjectifs qui qualifient le mieux sa musique. Entre pop et electro, elle n'hésite pas à expérimenter en intégrant des sonorités plus urbaines, éthérées ou exotiques. Elle enchaîne les titres d'une voix hypnotique et ne se répète jamais. Un premier chef d’œuvre !

<3 Fog (parfaite entrée dans son monde) / Don't lose it/ Like a bow / Ticky Ticky (electro indiannisante terrible) / Disorder / Free (ballade hypnotique où l'on profite plus de sa voix)


                             
Nasser, # 7, 11 titres, Bonsaï Music, 2013 ***
Après un premier album nommé # 4, le groupe rock-electro marseillais est de retour avec # 7. apparemment moins punk (mais j'en sais rien, j'ai pas écouté le premier), Nasser est plus connu et reconnu dans les milieux underground (si tant est que ça veuille encore dire quelque chose) et auprès des festivaliers. Nicolas (chant / batterie), Simon (guitares / claviers) et Romain (machines) ont concocté un album nerveux, pressé, taillé à la fois pour les festivals et pour les boîtes. Le chanteur envoie la sauce sur des beats, des synthés et des guitares électriques survoltés. Pas un temps mort dans cet album incendiaire, quelque peu répétitif (Wow ! On a trouvé un riff, un son, un accord, une phrase ? On va l'utiliser pendant trois minutes, presque en boucle, vous allez voir, les gars, ça va être d'enfer !).

Au petit niveau de mes références musicales, l'album évolue dans des sons, des mélodies et une voix puissants qui me rappellent invariablement Scissor Sisters, Boney M, moins souvent Daft Punk et d'autres. Répétitif, mais hyper efficace : un album étourdissant qui me donne furieusement envie de découvrir le premier.
<3 Bronson (l'image parfaite de ce que représente l'album pour moi : répétitif, puissant, entêtant, fou) / I'm a man (Boney M et Scissor Sisters, sortez de ce corps!) / Discoball (démentiel mais beaucoup trop court) / You are what you are (Scissor Sisters remixé par David Guetta ? Oh, allez, ne niez pas juste sous prétexte que « David Guetta, c'est de la soupe commerciale, les gars !) / The world is ours (premier single disco que ne renierait pas Depeche Mode – oui, oui, en plus de faire des listes, j'adore trouver des comparaisons) / Breakin' (instrumental electro dément)


                             
Kadebostany, Pop Collection, 11 titres, Mental Groove Records, 2013 *****
Un brin mégalo, le musicien suisse se fait appeler Kadebostan, crée la République de Kadebostany de laquelle on pouvait devenir citoyen en adhérant sur facebook et sort un premier album (The National Fanfare of Kadebostany) aux airs de fanfare electro. En 2012, il rencontre la chanteuse Amina, qui rejoint le groupe et y apporte des teintes de rap et de rock alternatif. Pop Collectionest né, et c'est une pure merveille. Mêlant orient et occident, rap et chant (la chanteuse passant allègrement d'une voix rauque en rap à une voix rappelant parfois celle d'Adèle sur du chant plus doux, plus classique), orchestre et electro, se risquant à reprendre (divinement bien) Crazy in lovede Beyoncé, Kadebostany n'a pas peur de prendre des risques. Et ça paye : c'est bon, c'est agréable, c'est touchant, c'est joyeux, c'est délicieux ! Un grand disque.

<3 Walking with a ghost (une pépite)/ Invisible man / Castle in the snow (comme quoi, la case variété est magnifié aussi) / Jolan/ Hey ! (Bienvenue en République de Kadebostany avec cet hymne aux air de cirque !) / Crazy in love (magnifique) / The aigle

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Pierre Vens, La nuit grecque, roman, 290 pages, Albin Michel, avril 2014, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ma seconde escapade en Grèce étant imminente, je me mets à lire les quelques livres que j'avais sélectionnés sur le sujet. On commence avec un premier roman que j'imaginais sympathique, agréable et chaud dans tous les sens du terme.

 

Vincent, quadra marié, père de famille et chef d'entreprise, voit sa vie voler en éclat le jour où il est contraint de se rendre à Athènes pour voir un client qui lui doit pas mal d'argent. Une somme qui permettrait de payer les salaires de ses employés et de ne plus avoir les banquiers et les investisseurs sur le dos un petit moment.

Sa vie de couple est déjà en jachère, aussi, quand il voit dans un bar de la capitale l'ombre d'une femme derrière un rideau, affairée à préparer un spectacle, il a tout de suite envie que quelque chose se passe. Que sa vie soit de nouveau satisfaisante, agréable. Le spectacle se termine et c'est finalement un homme qui sort de derrière la scène. Un jeune Athénien, efféminé mais divinement beau, bronzé, fin et légèrement musclé, à la barbe travaillée. Un Grec. L'alcool aidant, Vincent décide de draguer le jeune homme et c'est une histoire d'amour dramatique qui commence.

 

« Il laisse la porte de sa chambre se refermer derrière lui dans un claquement sec, dévale l'escalier, affronte la clim, sort de l'hôtel et se laisse embrasser par la nuit grecque. » page 42

 

Au delà de cette belle image du passage de l'hétérosexualité de Vincent à son homosexualité (par le biais d'une personne dont il tombe sous le charme en pensant que c'est une femme et qui se révèle être un homme), la première moitié du roman manque cruellement de plaisir de lecture, d'intérêt même.

L'écriture est clinique, comme les sentiments, on a presque l'impression de lire un essai (pas très développé) sur... Sur quoi, d'ailleurs ? Les sentiments nouveaux et troubles de Vincent pour un homme ? la découverte de la Grèce ? la chute d'une entreprise entre les mains de financiers aux dents longues ? la vie de famille qui se délite ? l'amour inexistant d'un père pour son fils ? le cœur d'un jeune homme qui a besoin qu'on lui offre la lune afin qu'il se sente aimé ? Tout est survolé, sauf peut-être le dernier point, même s'il est un peu brouillon.

Et puis presque pas de Grèce, presque pas de cul, c'est vous dire ma déception.

 

« De son bagage, il sort sa trousse de toilette et une chemise bleue. Le miroir de la salle de bain lui renvoie le visage d'un homme d'une quarantaine d'années au regard bleu. Ses cheveux ont commencé à blanchir uniformément mais les rides tardent à s’ancrer sur son visage. Il se regarde torse nu, il a perdu du poids récemment, et ça lui va bien. Il se parfume, enfile sa chemise qui le mincit encore un peu plus, souligne sa musculation et dessine ses épaules rondes. » etc. (pages 11-12)


Dans la deuxième moitié, lorsque Vincent s'enfonce un peu plus dans la spirale infernale, lorsqu'une lueur d'espoir apparaît peut-être, au loin, là-bas, lorsque la Grèce réapparaît dans le récit : tout devient plus clair, plus beau, plus limpide, plus lisible aussi.

Est-ce un procédé d'écriture voulu par l'auteur ? En tout cas, j'ai eu l'impression qu'au fil du récit, à mesure que l'esprit de Vincent s’éclaircissait, la plume devenait plus agréable, plus belle. Attention, tout est relatif, ni la plume ni le roman ne deviennent magnifiques mais, malgré le manque, malgré la peine, malgré la douleur, malgré les ombres qui planent toujours, c'est là que le roman devient beau, la lecture plaisante et la Grèce envoûtante.

Il est dommage que la Grèce finale n'ait pas transpiré sur le reste du roman. Je rêvais que La nuit grecque soit une avalanche de sentiments contradictoires, de scènes sexuelles et sensuelles, de ruelles grecques baignées de soleil entrecoupées des problèmes de couple et d'argent que l'on connaît à Vincent, mais le rêve n'est pas devenu réalité. Réalité qui ne suffit pas pour décrocher une troisième étoile, celle qui vous invite gentiment, mais expressément, à vous pencher sur le livre.

 

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Une petite idée, après l'extrait clinique, de la beauté de certains passages :

« Sur le parking à l'entrée du village, il coupe le moteur du deux-roues qu'il renonce à cadenasser. Lentement, reprenant son souffle, il emprunte les premières marches qui se faufilent entre les maisonnettes et conduisent à la seule place du hameau. La montée est rude avec le soleil du matin. Les marches sont couvertes de peinture blanche écaillée par le vent et les passages incessants. l'endroit est baigné de silence. Ici, le bruit s’excuse. à sa gauche, surgit un figuier chargé de frits exhalant une forte odeur sucrée. Les petites maisons n'ont pas de de nom, pas de numéro et il ne voit aucune rue indiquée. Dans une de ces maisons, Théo a vécu. Il a foulé cent fois ces pavés, marché sur la petite place aux quatre tables en bois et à peine plus de chaises : ici, il a dû rire et pleurer, raconter son histoire et peut-être aussi penser à lui, les soirs où l'on ne peut plus s'étourdir d'autre chose que de ses propres souvenirs.

La place est vide et le bar accolé à l'église du village s'anime à peine. La porte étroite de bois bleu est entrebâillée. Vincent s'assied sur une des chaises et attend, pendant des heures, sans bouger. Il distingue les petites cloches de l'église se balancer imperceptiblement sous le vent sans émettre aucun son. Des hirondelles décrochent et piquent vers le sol, puis il les voit haut dans le ciel, à s'en brûler les ailes. Il ressent alors ce que son jeune amant, son jeune amour, a trouvé dans cette île douce et minérale aux habitants silencieux et accueillants : une promesse d'éternité.

Le soleil se fait cuisant et, de la porte du café, un vieil homme l'observe puis disparaît. Vincent attend que le monde vienne à lui, sans forcer, sans calculer, sans que l'absurdité de ses désirs ne vienne au travers. La vie lui a appris que les choses ne viennent à soi que lorsqu'on a cessé de les vouloir. Alors il n'attend plus rien, il laisse aller son corps, assis là, entre ces murs blancs et ces volets bleus, sur cette petite place de galets noirs et blancs, à l'ombre d'une église orthodoxe et sous le regard soupçonneux d'un vieil homme tapi dans la taverne.

Le soleil l'ignore désormais. L'ombre tapisse de nouveau la place. La porte du café s'ouvre et en sort un homme fort avec des mains énormes dans lesquelles il tient une carafe d'eau et une petite bouteille d'ouzo. Il salue Vincent et pose le tout sur la table.

- Vous venez de loin, lâche-t-il.

- Oui, je viens de loin. mais je reste un peu.

- Je peux vous faire du poisson et une salade grecque, avec les tomates de mon jardin, dit l'homme.

- C'est parfait.

Il disparaît dans sa taverne. Un couple passe devant lui et le salue. Il entend des bruits de portes et, au loin, le son étouffé d'une radio. Après une demi-heure, le vieil homme revient les bras chargés de nourriture qu'il dispose sur la petite table. un chat rôde, il l'écarte en tapant dans les mains et le bruit sec fait vibrer les murs du village, court jusqu'à la mer, et emmène avec lui les odeurs de raisins et d'olives noircies par le soleil.

- Vous êtes mon invité, dit l'homme. (Et il s'assied à la table.) Ceux qui viennent ici n'attendent jamais comme vous. Ils tapent à ma porte, agitent le bras quand ils m'aperçoivent. Il manque toujours de quelque chose.

- Je cherche un ami, dit Vincent.

- Nous cherchons tous un ami, dit l'homme en mangeant.

- Il a une maison ici, enfin, je crois. Parce que j'ai perdu cet ami il y a des années.

Le vieil homme pose ses couverts et s'essuie la bouche avec une petite serviette de papier fin.

- Je suis né dans ce village. J'y vis depuis soixante ans. Je peux probablement vous aider.

- J'ai une photo, mais elle date d'il y a quelques années. Mon ami a certainement changé depuis mais c'est tout ce que j'ai. (Vincent sort de sa poche la photo un peu écornée.) Voilà, c'est lui, dit-il en pointant Théo.

Le vieil homme fixe la photo et Vincent voit que son visage se libère du masque de dureté qui le protège. Les yeux du vieil homme s'ouvrent grand. Il tient la photo et semble se concentrer.

- Alors c'est vous, le Français ? » pages 273 à 276

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