Philippe Besson, La maison atlantique, roman, 210 pages, janvier 2014, Julliard, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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« La maison, justement. Il faut que j'en parle. Oui, c'est important, tout de même. C'est là que tout s'est noué puis dénoué. » page 15

 

Et l'on critiquera longtemps Amélie Nothomb pour sa régularité éditoriale, mais l'on oublie que bien d'autres auteurs publient un livre par an aussi. C'est le cas de Philippe Besson, dont les romans sont tour à tour magnifiques et décevants.

 

Mais quel cru, cette année ! Un texte fort, émouvant et beau où tensions et sentiments s'insinuent entre les pages pour vous atteindre au cœur.

Un tout jeune bachelier, au lieu de profiter du dernier été avant la dispersion géographique estudiantine pour « partir avec (ses) camarades dans des campings improbables ou des villas prêtées par des connaissances lointaines dont aucun d'(eux) n'avait jamais entendu parler », est contraint de passer un mois avec on père dans la maison atlantique. Dans, pas à, car ce point de départ annonce un huis clos entre les deux hommes, un père avocat d'affaire, peu aimant, peu compréhensif, trop absent, « trop occupé à jongler avec les millions et les décalages horaires », pour qui gagner est plus qu'une nécessité une passion ; un fils entre l'enfance et l'âge adulte, entre la vie et la nostalgie.

La maison atlantique, c'est la maison de vacances familiale, celle-là même où la mère est morte trois années plus tôt. L'occasion pour l'auteur de faire jouer une fois de plus à la mer un rôle important.

 

« Mon petit-déjeuner, je le prenais seul. En guise de retrouvailles, je n'avais droit qu'à un partage d'espace. Nous occupions un même lieu, lui et moi, mais nous menions deux existences séparées. » page 25

 

Lorsqu'un couple de voisins entre en scène et que le père, qui ne supporte pas de perdre, se met en tête de séduire la jeune mariée, la machine infernale s'accélère et l'affrontement entre les deux hommes gagne en intensité. La nostalgie, les regrets, le ressenti, la haine refont surface, si tant est qu'ils aient été un jour enfouis, et la catastrophe approche à grand pas.

 

Dans ce « théâtre d'ombres et de fantômes », raconté par le fils, les phrases de Philippe Besson sont comme d'habitude courtes et fortes. La poésie mélancolique et le rythme de son phrasé emportent le lecteur dans un texte d'une intensité propre à l'auteur, à laquelle je n'aurais qu'un reproche à faire : un usage légèrement hystérique de la virgule. Comme dans Un homme accidentel ou Se résoudre aux adieux (ses deux meilleurs livres, selon moi, auxquels il convient désormais d'ajouter La maison atlantique), Philippe Besson fait preuve d'une verve sans pareille et d'une jolie musique lorsqu'il parle des gens : « on aurait dit qu'il avait poussé d'un coup, sans doute vers l'âge de seize ans, et que cette surprise lui était restée, l'avait ancré pour longtemps dans la timidité et la douceur » (page 45) et vous propose peut-être un des meilleurs romans de la rentrée de janvier.

Besson 2 © Stéphane Gizard

 

 

« Si, je sais : pendant les premiers jours, je suis retourné sur mes pas.

Ou sur les siens.

 

D'abord, je me suis rendu au phare. J'ai toujours aimé m'en approcher en fixant des yeux son sommet. J'ai alors l'impression que l'étrange édifice se meut lentement, découpé dans le bleu du ciel. Que son centre de gravité se déplace. Que le bloc de granit perd sa pesanteur, gagne en légèreté. Combien de marins sont-ils rentrés au port, guidés par son signal ?

(…)

Et puis, j'ai traîné près du vieil embarcadère, désormais laissé à l'abandon. Même au plus fort de la saison, il ne vient plus grand monde. Les vacanciers fuient ce bout de plage, ponctué de galets et de varech, ils ont l'impression que les nappes de fuel dégagées par les anciens bacs n'ont pas tout à fait disparu. Moi, j'affectionne le bois pourri, le fer rouillé.

J'ai dû faire un crochet par le port, où les bateaux de plaisance ressemblent à des cocottes en papier échouées sur la vase lorsque la marée est basse, où les mâts font entendre un tintement étrange lorsqu'elle est haute. J'ai pensé à ceux qui prennent le large, pour de bon, ceux dont le visage est strié de rides et dont le regard a quelque chose d'inaccessible.

Là, j'ai vu des enfants, un cornet de glace à la main, les doigts collants parce que ça dégouline, le cou tordu pour ne rien perdre. Au Grand Café, on ne sert plus ces coupes gigantesques de toutes les couleurs, éclairées de minuscules feux d'artifice et ponctuées de parasols en papier froissé. C'est désormais un simple comptoir où s'agglutinent les touristes.

Plus loin, j'ai remarqué qu'on avait refait la petite place, installé de jolis pavés pour embellir les trottoirs. Le Café du Commerce, lui-même, avait été repeint de frais. Ma mère m'y emmenait souvent, le soir. Nous dînions d'huîtres et de vin blanc. Ou plutôt elle me laissait tremper ses lèvres dans son verre. Quand nous rentrions, elle disait que la tête lui tournait. Cette expression me faisait penser à une toupie. Parfois, on ne se rend pas du tout compte que les gens se noient devant nos yeux.

 

Oui, je suppose que j'ai tenté de renouer avec les années d'avant, dans une bouffée de nostalgie qui aurait pu sembler curieuse chez un jeune homme de dix-huit ans. Au fond, très vite, dans m vie, j'ai deviné que le passé ne cesserait de me hanter. »

pages 30-31

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Élise Fontenaille, Les trois sœurs et le dictateur, roman à partir de 11 ans, 70 pages, Rouergue, doado, janvier 2014, 8,70 € ****

Publié le par Sébastien Almira

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Pour la première fois, Mina se rend sur la terre de ces ancêtres, en République dominicaine. Mais la petite Californienne ne s'attendait pas à un passé aussi chargé d'Histoire, son père n'ayant jamais rien raconté de sa jeunesse, ni de sa famille. Mina va découvrir l'histoire de sa grand-mère, Minerva, et ses deux sœurs, Patria et Maria-Teresa. Les sœurs Mirabal sont devenues un exemple en Amérique latine pour avoir osé tenir tête au dictateur Trujillo et avoir lancé la révolution qui fera tomber le régime, au point que le 25 novembre a été déclaré « Journée mondiale de lutte contre la violence faite aux femmes » en leur honneur.

 

« Je ne peux pas le croire : le monstre qui a tué sa mère... Il ne te parle vraiment de rien alors (le père de Mina) ! C'était un démon, qui régnait depuis des années par la terreur : il était venu au pouvoir par un coup d'état en 1930, dès que quelqu'un essayait de lui résister, il le faisait jeter en prison, et on ne le revoyait jamais. En 1937, il a fait massacrer plus de vingt mille Haïtiens qui travaillaient dans les plantations de cannes à sucre, on a jeté les corps dans une rivière – la rivière du Massacre. » page 27

 

Vous comprendrez pourquoi en lisant ce court roman. Élise Fontenaille l'a rendu intense et agréable à la fois en entrecoupant le récit historique raconté par Adela Mirabal, la plus petite des quatre sœurs, trop jeune à l'époque pour participer à la révolution, avec des scènes actuelles : la venue de Mina en République dominicaine, la rencontre avec son cousin (un peu douteuse leur relation d'ailleurs : et vas-y qu'il lui caresse les cheveux, son « beau cousin », et qu'elle est « la plus heureuse d'être là », et que rien n'est plus beau que de manger une glace sur la plage avec son beau cousin, et vas-y qu'il « baisse la capote de sa voiture » en lui donnant du « ma jolie »...), la rencontre avec sa grande tante Adela, des scènes de toute beauté dans son jardin aux milles couleurs et aux milles senteurs.

 

Voilà donc encore une superbe publication dans la collection doado qui fera un peu connaître par chez nous l'histoire des sœurs Mirabal, sans tomber dans les clichés, dans la lourdeur de l'hommage.

 

« On a marché dans l'allée, Adela et moi, à l'ombre des grands arbres sombres, elle m'a montré les nénuphars, leurs corolles blanches cerclées de vert qui tournaient sur l'eau noire : les reines du bal.

- Elle aimait tellement les nénuphars, Minerva... Elle s'en coiffait, elle posait une corolle blanche sur ses cheveux de jais, elle avait l'air d'une fée, en la voyant si belle, si gaie, tout le monde riait. Partout où elle allait, elle amenait la joie. » page 31

 

 

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Gwendolen Gross, Elle a disparu, roman traduit de l'anglais (américain) par Emmanuelle et Philippe Aronson, 270 pages, Liana Lévi, janvier 2014, 20 € °

Publié le par Sébastien Almira

 

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Une fois n'est pas coutume, je commence mal la rentrée littéraire. J'ai même laissé ce livre de côté pour lire celui d'Arthur Dreyfus (lire ici).

Bon, je n'ai pas l'habitude des romans américains qui se veulent moralisateurs, qui critiquent la société, la politique ça sert à rien, les riches sont des pourris et ta voisine avec son joli collier de perles est une belle garce. C'est pas mon trip. Elle a disparu, c'est exactement ça. Et même si j'ai pas lu les autres, ça sent le réchauffé, la redite, le déjà vu, les clichés, bref, vous avez compris.

 

Une adolescente disparaît de sa banlieue résidentielle américaine et « jour après jour, d'un univers à l'autre, se dévoilent ces vies qui se côtoient et s'épient, sans vraiment se connaître... De l'étrange professeur de musique à la trop parfaite maîtresse de maison, de la mère éplorée au petit ami plein de culpabilité, chaque personnage se dépouille peu à peu de ses faux-semblants pour révéler sa vraie nature et ses secrets... Au fil d'une semaine d'attente, de questions et de doutes, se dessine un subtil portrait de groupe, porté par une écriture sensuelle.»

Déjà, les points de suspension dans une quatrième de couv', ça m'horripile. Et puis « jour après jour », « d'un univers à l'autre », de lui à elle, d'elle à lui, « peu à peu », « au fil d'une semaine... », faut se calmer sur les prépositions. Enfin le « subtil portrait de groupe » et « l'écriture sensuelleé, faudra repasser.

 

À l'intérieur, c'est tout ce que je déteste :

Le petit thriller qui, partant plein de bonnes intentions moralisatrices, entend passer au vitriol les affres d'une société bien proprette qui cache un véritable mal sous une belle couche de vernis, et finit par s'écraser comme un mauvais soufflé.

L'écriture. Mon dieu, cette façon de raconter, c'est tellement bas de gamme :

« Abigael se blottit alors littéralement sous l'aile de son amie et passa ainsi une heure et demi, mangeant sa salade de poulet, observant l'exposition du moment dans la bibliothèque, notant toutes les possibilités qui s'offraient à elle, s'abandonnant à la passion attentive et merveilleuse de Margaret. » page 31

Soyons sérieux un instant. Qu'est-ce que c'est qu'cette merde ?! comme dirait l'autre. Musso, ors de ce corps. Qui se blottit encore littéralement sous l'aile de son amie humaine ? Qui observe une exposition du moment dans la bibliothèque ? La bibliothèque ? Mais quelle bibliothèque ? Qui s'abandonne à la passion attentive et merveilleuse de quelqu'un ?

 

Psychologie de bas étage, adultère de la parfaite ménagère avec un jeune bogosse qu'elle s'empresse de quitter lorsqu'elle apprend son âge (cette dinde savait quand même quand elle se faisait fourrer qu'il était encore à l'école, mais enfin), pseudos indices faiblards, ennui mortel, chute ahurissante de pauvreté scénaristique, manque d'ampleur, écriture banale, j'arrête là, c'est bon ? Je ne comprends pas comment un éditeur peut payer des droits de traduction pour publier un texte banal, déjà vu et même pas grandise du côté de l'écriture, mais je ne suis que libraire, tout ça m'échappe certainement.

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Arthur Dreyfus, Histoire de ma sexualité, roman, 360 pages, Gallimard, janvier 2014, 21 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Je ne sais pas si mon livre est voyeuriste, exhibitionniste, nombriliste, ou n'importe lequel des mots qui accusent la vérité. » page 34

 

Arthur Dreyfus est des jeunes auteurs à suivre en ce début de siècle. Ses deux premiers romans, La synthèse du camphre (lire ici) et Belle Famille (lire ici) étaient plein de promesses, c'est donc avec joie que j'ai accueilli la parution de son troisième roman chez Gallimard, qu'il annonçait comme l'histoire de sa sexualité jusqu'à l'adolescence, parce qu'après ça ne compte plus. Une succession de souvenirs pour raconter ce qui habituellement ne se dit pas.

 

Dans la lignée des souvenirs d'enfance de tout auteur Gallimard qui se respecte, Histoire de ma sexualité avait le mérite d'aborder l'enfance sous un angle pour le moins nouveau. Mais finalement, à trop vouloir raconter comme les choses lui viennent, l'auteur s'encombre de bien trop de choses. D'abord, vous connaîtrez sa sexualité de A à Z de l'enfance à ses vingt-sept ans, je vous en passe les détails (lui qui parle à plusieurs reprises des mères qui lisent les ouvrages de leur fils, je doute que cela intéresse beaucoup la sienne). Ensuite, il s'agit finalement d'un recueil de souvenirs, d'aphorismes, de pensées, de scènes de vie de tout bord.

Ses amis, nommés dans le roman Mode, Ange, Fou d'enfance, Travesti, Carioca ou encore Empathie, feront office de compagnons de voyage puisqu'il sont présents, chacun à leur manière, tout au long du livre, où vous en apprendrez de belles sur les goûts sexuels, sentimentaux, littéraires, philosophiques d'Arthur Dreyfus, sur la vie, la mort et le souvenir d'un point de vue général.

 

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En sautant une ligne, vous changerez de sujet, passant d'un « Lorsqu'il regagne sa chambre après avoir passé un quart d'heure dans le jardin à observer le ciel, il dit « Je reviens des étoiles. » » (qui ? On ne le saura pas) à un «  Matelot : « Quand les hétéros regardent du porno, ils se branlent devant des chattes et des bites. C'est douteux : un vrai pédé n'arrive pas à bander s'il aperçoit un vagin. » » comme d'une pub « Haribo, c'est beau la vie ! Pour les grands et les petits ! » à une pub pour les balais Swiffer.

Vous saurez quand le jeune Arthur s'est branlé pour la première fois, vous saurez avec qui couchent ses amis, vous saurez qu'untel lui a fait très mal, mais qu'il était très beau. Vous saurez aussi que « Nez a voté Sarkozy aux dernières élections, Hollande ensuite et Robert Hue en 2002. Je crois qu'il n'a pas tellement d'idées politiques : du moment qu'il se fait baiser, il est content. »

Vous découvrirez également l'accablante description de Lyon qui, mon cher Arthur Dreyfus, n'est pas la deuxième ville de France, ni page 92, ni page 119, car Marseille compte près du double d'habitants (désolé pour cet aparté, mais on ne renie pas facilement ses origines quand on vient du sud). Le passage sur Lyon, de la page 91 à la page 95, est d'ailleurs certainement le meilleur exemple de la qualité d'écriture de l'auteur. Si elle a quelques fois tendance à être trop travaillée, maniérée, à la manière d'un Philippe Besson (les « Ici, il faut mentionner », les « Dire (ceci). » ou « Écrire (cela). », etc.), on ne peut passer outre la plume remarquable d'Arthur Dreyfus. Fluide et complexe à la fois, elle fait preuve d'une richesse étonnante pour son âge.

 

C'est, pour moi, ce qui a sauvé cette Histoire de ma sexualité un peu décevante. Non pas que je m'attendais à des détails croustillants sur la sexualité enfantine d'un homosexuel (certains détails, loin de me choquer, m'ont d'ailleurs gêné dans un livre de littérature non érotique : qu'en a-t-on ici à faire du fist fucking ?). Mais je ne m'attendais toutefois pas à lire une somme de considérations philosophiques, littéraires et sexuelles. Pour la première fois, je me suis ennuyé en lisant un livre d'Arthur Dreyfus. J'irai même plus loin : je ne vois pas bien l'intérêt de ce « roman » et le public susceptible de le lire. Alors, me direz-vous, il faut écrire pour le plaisir avant tout. Certes, mais je regrette de n'avoir pas partagé son plaisir une fois de plus.

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Le meilleur de 2013, les vœux, les remerciements, tout ça...

Publié le par Sébastien Almira

 

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Carte postale créée par Art-de-livre, disponible à la vente sur le site alittlemarket.com

 

 

 

 

Alors, bien entendu, je vais commencer par vous souhaiter une bonne année. Et pas seulement, j'espère que vous aurez aussi tout ce qu'on a l'habitude de se souhaiter : le bonheur pour avoir envie de lire, d'écouter de la musique et d'aller au ciné, la santé pour en être capable, l'amour et l'amitié pour partager vos découvertes, la réussite professionnelle pour payer toute cette culture, et donc de magnifiques découvertes littéraires, musicales et cinématographiques !

 

Histoire de fêter ça, je vous dévoile mon palmarès de l'année passée. Un an en quelques découvertes, de confirmations, de bouses et de déceptions. Le meilleur et le pire de 2013 en tentant d'être objectif tout en restant forcément subjectif !

 

Bon, j'ai pas réussi à me tenir à cinq choix par catégories pour les disques, les films et les romans ado. Ça finira par ne plus vous étonner – de toute façon, les règles sont faites pour être contournées.

 

N'hésitez surtout pas à nous conseiller également vos coups de cœur et coups de gueule de l'année dans la partie commentaires et, encore une fois : merci d'être de plus en plus nombreux à lire le blog, passez une excellente année 2014 !!

 

 

cécile coulon le rire du grand blesséROMANS ADULTES :

 

LE RIRE DU GRAND BLESSÉ, Cécile Coulon, Viviane Hamy (article)

DOLFI ET MARILYN, François Saintonge, Grasset (article)

MON PÈRE M'A DONNÉ UN MARI, Emmanuelle Bayamack-Tam, POL (article)

PORNOGRAPHIA, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard (article)

ITINÉRAIRE D'UN POÈTE APACHE, Guillaume Staelens, Viviane Hamy (article)

 

Les déceptions : Le culte de la collision, Christophe Carpentier, POL (article) / La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, Albin Michel (article)

Les bouses : À toi pour l'éternité, Daniel Glattauer, Grasset (article) / L'invention de nos vies, Karine Tuil, Grasset (article)

 

 

 

A comme aujourd'huiROMANS ADOS :

 

A COMME AUJOURD'HUI, David Levithan, Les Grandes Personnes (article)

JE SUIS SA FILLE, Benoît Minville, Sarbacane (article)

MAX, Sarah Cohen-Scali, Scripto Gallimard (article)

SWEET SIXTEEN, Annelise Heurtier, Casterman (article)

BELLES DANS LA JUNGLE, Libba Bray, Gallimard Jeunesse (article)

LE CŒUR DES LOUVES, Stéphane Servant, Rouergue (article)

À COPIER CENT FOIS, Antoine Dole, Sarbacane (article)

 

La déception : Après, Francine Prose, Seuil Jeunesse (article)

 

 

 

 

 

 

 

 

861308 10200585861229045 2141723875 oALBUMS JEUNESSE :

 

LES FANTASTIQUES LIVRES VOLANTS DE MORRIS LESSMORE, William Joyce, Bayard jeunesse

LA GRANDE FABRIQUE DE MOTS, Agnès de Lestrade, Valeria Docompo, Alice éditions

ESCARGOT RÊVE, Béatrice Fontanel et Céline Caneparo, Sarbacane

LA TISSEUSE DE NUAGES, Ingrid Chabbert et Virginie Rapiat, Des ronds dans l'O

FRISSON L'ÉCUREUIL, Mélanie Watt, Bayard Jeunesse

 

 

album-cover-large-18973.jpgBD :

 

LE DÉCALAGE, Marc-Antoine Mathieu, Dargaud

LES IGNORANTS, Etienne Davodeau, Futuropolis

ERNEST ET REBECCA, TOME 5, L'ÉCOLE DES BÊTISES, Guillaume Bianco et Antonello Dalena, Le Lombard

ZOMBILLÉNIUM, TOME 3, CONTROL FREAKS, Arthur de Pins, Dupuis

SOUVENIRS DE L'EMPIRE DE L'ATOME, T. Smolderen et A. Clérisse, Dargaud

 

La déception : La colère de Fantomas, William Joyce, Dargaud

La bouse : Astérix chez les Pictes, J.-Y. Ferri et D. Conrad, éd. A. René

 

 

 

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FILMS :

 

MUD, de Jeff Nichols (article)

9 MOIS FERME, d'Albert Dupontel (article)

LE MONDE DE CHARLIE, de Stephen Chbosky (article)

TRANCE, de Danny Boyle (article)

THE LONE RANGER, de Gore Verbinski (article)

ILO ILO, d'Anthony Chen (article)

 

Les déceptions : Les amants passagers, de Pedro Almodovar (article) / Les garçons et Guillaume, à table !, De Guillaume Gallienne (article)

Les bouses : Only God forgives, de Nicolas Winding Refn (article) / Fonzy, d'Isabelle Doval (article)

 

 

 

MS MRALBUMS :

 

SECONDHAND RAPTURE, Ms Mr, Columbia Records (article)

HERE'S WILLY MOON, Willy Moon, Universal Island Records (article)

DARK EYES, Half Moon Run, Indica Records

BIG TV, White Lies, Big TV, Polydor (article)

THE BELT, In the Valley Below, Sony (article)

THE HEIST, Macklemore & Ryan Lewis

TRUE, Avicii, PRMD

HALCYON DAYS (réédition), Ellie Goulding, Interscope / Polydor

(pas d'ordre, tellement ils sont tous excellents !)

 

La déception : Eminem, The Marshall Matters LP 2, Aftermath Records

La bouse : Phoenix, Bankrupt, Atlantic Records UK (Bon, et Zaz, Recto Verso, Warner Music, parce que même si j'ai pas vraiment tout écouté, je peux m'en empêcher)

 

 

 

 

Et vous, qu'est-ce qui vous a ébloui, déçu, fait pleurer, mourir de rire, donné envie de jeter un livre à travers la pièce, etc. ? Qu'est-ce qui a rempli votre année ?!

 

 

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Le cinéma de décembre (Reine des neiges / Casse-tête chinois / Last Vegas / Bad GrandPa / 100% cachemire / Rêves d'or / Les rencontres après minuit)

Publié le par Sébastien Almira

 

images.jpgReine des neiges, de Chris Buck et Jennifer Lee, 1h40 ***

Voilà le Disney de Noël. On est en droit de craindre le pire, mais cette année, c'est un bon cru. Sans être excellent et novateur, La Reine des neiges se laisse regarder avec plaisir par les petits et les grands. Un peu comme les bonbons Haribo, les calories en moins.

Anna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne, Sven à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éterne

 

 

 

casse.jpgCasse-tête chinois, de Cédric Klapisch, 1h50 ***

Romain Duris, Cécile de France, Kelly Reilly et Audrey Tautou ont de retour après L'auberge espagnole et Les poupées russes. Nouvelles aventures, nouveaux liens, nouveaux couples, nouvelles galères, nouveaux quiproquos et, surtout, une ribambelle de gamins : Klapisch a mis les petits plats dans les grands pour ne laisser aucun temps mort à ce troisième épisode.

Audrey Tautou n'est pas très énervante, le comique de situation fonctionne bien et malgré un début ennuyeux au montage épileptique, on est vachement bien avec la bande aux États-Unis.

 

 

21030323_20130904135554038.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpgLast Vegas, de Jon Turteltaub, 1h40 ***

Surfant à la fois sur la vague de Very Bad Trip (pour l'enterrement de vie de jeune garçon) et celle de RED (pour le plébiscite des « vieux acteurs » par un public de « jeunes »), Jon Turteltaub (Ninja Kids, Rasta Rocket, Benjamin Gates, etc.) propose une bonne comédie qui enchaîne les clichés avec savoir-faire. Michaël Douglas réunit Robert DeNiro, Morgan Freeman et Kévin Kline à Las Vegas et portent le film à la perfection. Comme quoi, on peut faire une comédie où on se bourre la gueule à Vegas sans pondre automatiquement de la daube bien lourde et bien grasse.

 

 

 

BAD-GRANDPA-Affiche-France.jpgJackass présente Bad Grandpa, de Jeff Tremaine, 1h20 **

Ce qui n'est pas forcément le cas de Bad Grandpa. Bon, d'accord, en sachant que Jackass est derrière ce film, on est prévenu. Mais je dois dire qu'au delà du forcément potache et lourdingue où les bandes de potes alentours explosaient de rire à s'en taper les cuisses quand je souriais à peine, Bad Grandpa m'a fait bien rire plus d'une fois. Par contre, ne voyez pas ce road trip d'un grand-père acariâtre et d'un petit-fils grimé en parfait américain (bien gras, mauvais caractère, pas très fut-fut, etc.) en français, les doublages sont à vous faire pleurer des oreilles.


 

 

100-cachemire-affiche-5242f813e497b.jpg100% cachemire, de Valérie Lemercier, 1h35 ***

Valérie Lemercier et Gilles Lelouche forment un couple parisien en vogue qui ne parviennent pas à avoir d'enfant. Ils adoptent un petit Russe qui se révèle être un véritable monstre. Vont-ils s'en sortir ou tenter de s'en débarrasser ?

C'est plein de bons sentiments et de clichés, mais on se fait quand même bien plaisir avec cette petite comédie française signée Valérie Lemercier !

 

 

 

 

 

reves-d-or.jpgRêves d'or, de Diego Quemada-Diez, 1h45 ***

Juan, Sara et Saluel, trois adolescents, tentent de fuir le Guatemala pour vivre le rêve américain. Pendant leur périple à travers le Mexique, ils rencontrent Chauk, un indien du Chiapas ne parlant pas l’espagnol et qui se joint à eux. Mais, lors de leur voyage dans des trains de marchandises ou le long des voies de chemin de fer, ils devront affronter une dure et violente réalité.

C'est bien filmé, l'image est belle, le propos est déjà vu, mais filmé de manière authentique et poétique à la fois, avec peu de dialogues mais beaucoup de sentiments. C'est toutefois dommage que la fin soit si longue (succession de scènes qui pourraient chacune être une fin possible, à la Tree of Life).

 

 

rencontres.jpgLes rencontres d'après minuit, de Yann Gonzales, 1h30 **

Je ne sais comment vous parler des Rencontres d'après minuit. Je ne saurais même pas comment qualifier ce film. Un huis clos intello et subversif ? Une démonstration de style ? Un film nourri d'une ambition folle ? Le renouveau du cinéma français ? Le plus mauvais film de l'année ? C'est un peu tout ce que je li sur la toile et j'avoue que je ne sais pas bien où me placer au milieu de ces avis à mille lieues les uns des autres.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas aisé de rentrer – et de prendre du plaisir à le faire – dans ce film à l'esthétique hyper travaillé, baroque et surréaliste (dans tous les sens du terme). On se croirait tantôt dans une pièce de théâtre, tantôt dans un clip d'Arielle Dombasle.

Voilà, c'est l'histoire d'une partouze baroque et surréaliste dont on ne sait si les protagonistes (un jeune couple et leur gouvernante travestie qui reçoivent La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent) pourront mener à terme leur rencontre d'après minuit.

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Richard Harland, Astor, le riff de la rue, roman à partir de 13 ans, 360 pages, Hélium, octobre 2013, 15,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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L'auteur du Worldshaker est de retour avec un nouveau roman steampunk, comme il se plaît à le dire. Mais moi j'ai envie de dire : qu'est-ce que c'est qu'un roman steampunk que même mon correcteur OpenOffice connaît alors que moi pas ? La réponse ICI. Ben oui, je vais pas tout vous faire, je suis allé chercher tout seul, je vais pas tout vous mâcher.

« On pourrait dire que ce roman est la carrière musicale que je n'ai jamais eue, combiné avec la révolution rock'n'roll que le XIXe siècle n'a jamais connue. Le roman mettant en scène un XIXe siècle alternatif est un genre autour duquel j'ai toujours gravité – appelez ça comme steampunk, ou « roman bec-de-gaz », si vous voulez. Je suis fasciné par l'ambiance et la société, les faux-culs et les hauts-de-forme, le brouillard et les usines, les manières raffinées et la pauvreté cachée... le tout intensifié par le pouvoir transformateur de l'imaginaire. » nous explique Richard Harland dans ses remerciements et notes d'écriture. Il a apparemment eu le déclic pendant qu'il écrivait le Worldshaker en voyant des photos de guitares steampunk créées par des musiciens sur Google image, « de vraies guitares électriques dont on pouvait jouer, avec des gadgets en cuivre et des bitoniaux en laiton, des tuyaux et des câbles, des rouages et des engrenages. Incroyable ! Ces images ont suscité une idée qui a fini par réunir mes deux passions : mon vieil amour de la musique jouée sur scène et mon nouvel amour pour l'écriture de romans steampunk. »

 

Ça vous aide ? On peut commencer maintenant ?

 

Bien. On est en Grande-Bretagne en 1847. Astor Vance, dix-sept ans, est aux anges : elle doit se fiancer à Lorrain Swale, dont la famille possède la plus grande fortune du pays. Mais l'adolescente découvre avec horreur qu’aucun mariage n’est prévu, et qu’elle a été engagée comme gouvernante de trois enfants détestables au possible.

Ça, c'est la première partie du roman. C'est très vivant, assez drôle, très bien décrit, on a l'impression d'y être, de vivre l'histoire. Les lieux nous parlent, les gamins nous insupportent, on a envie d'échapper à cette situation humiliante. D'autant qu'un domestique de son beau-père est resté avec elle et qu'elle ne supporte pas son petit air supérieur. Malheureusement pour elle, il est le seul à pouvoir l'aider.

 

« C'est ce soir-là qu'Astor tomba amoureuse de la musque des gangs. Auparavant, elle ne faisait qu'apprécier le fait d'en jouer avec brio... Mais cette fois, c'est elle qui fut jouée. Chacun des accords résonnait jusque dans ses os et dans ses veines. Ses percussions devinrent une partie d'elle-même au même titre que ses cheveux ou les lignes de sa main. Elle oublia le piano classique, la harpe et le violon. Ça, c'était sa musique.

Elle perdit complètement la sensation d'individualité. Les sentiments qui l'emportaient en elle n'étaient plus la rage ni la colère, mais l'amour et la joie. Elle avait envie d'étreindre chaque note contre sa poitrine, tel un amant. » page 156


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Dans la suite du roman, on changera totalement d'univers car l'échappatoire d'Astor et Verron se trouve dans les bas-fonds de Brummigham. Là, ils découvriront la musique des gangs, l'ancêtre du rock'n'roll, et l'aventure n'est pas prête de s'arrêter car troisième partie il y a ! On est alors plongé dans le Londres du XIXe, que l'auteur s'amuse à décrire (voir extrait suivant).

 

Richard Harland nous offre un fantastique roman multiple, avec trois parties très distinctes dans l'ambiance, histoire d'émerveiller plus encore notre imaginaire. D'une plume efficace et maîtrisée, il conte les aventures rocambolesques d'une petite bourgeoise contrainte de se mêler aux gens qui effraient ceux de son monde, sur fond de complot politique et de la naissance des groupes de musique (« pas besoin d'être doué pour connaître la joie de se perdre dans un rythme, de rebondir sur ce que font d'autres musiciens et d'interagir avec le public », l'auteur « jure qu'il n'y a pas de sensation plus vertigineuse, plus sauvage, plus fantastique au monde »). Laissez-vous emporter par une tripotée de personnages hauts en couleurs se battant pour survivre dans une Grande-Bretagne bien terne à l'ère de l'industrialisation.

 

« La traversée de Londres fut une véritable fantasmagorie qui leur donna une impression d'irréalité. L'engin à vapeur fila dans les grandes artères commerçantes du West End en faisant résonner sa trompe, balayant des fétus de paille les pousse-pousse, bicyclettes, charrettes à chiens et autres véhicules plus lents. En dépit du crachin, les trottoirs étaient noirs de monde. Des cloches tintaient sur des câbles en hauteur, des jets de gaz rouges et jaunes surgissaient de tuyaux de cuivre enroulés qui encadraient les devantures. Les boutiques elles-même ressemblaient à des palais où les reflets étincelaient derrière d'immenses vitrines. Le vert dominait partout : il y avait même des statues de verre au coin des rues.

Astor avait déjà visité le West End pour aller faire des courses, du vivant de son père, mais le quartier avait changé au point d'être méconnaissable. À présent, de gros ventilateurs étaient installés sur des consoles au dessus des trottoirs, probablement pour éloigner le plus gros de la pollution. D'autres systèmes de ventilation expulsaient un air chaud et parfumé de l'intérieur des boutique ; rien qu'à leurs fragrances exotiques, Astor sentait que celles-ci étaient du plus grand chic. Il y avait de larges panneaux publicitaires sur les trottoirs, des affiches dans les vitrines, d'autres fixées aux réverbères, pas un pouce d'espace vierge. Tout était lumineux, coloré, d'une abondance incroyable.

Même le ciel était utilisé. En levant la tête, Astor découvrit de gigantesques ballons flottant au dessus des rues, couverts de slogans et de visages peints, souriants, qui passaient et repassaient inlassablement.

Le spectacle qui s'offrait lorsqu'on baissait la tête n'était pas moins étrange. De temps à autre, la chaussée devenait métallique, et le trolleybus brinquebalait sur vingt ou trente pas de grille grinçante. En plongeant le regard entre les croisillons, Astor aperçût toute une autre rue en dessous, perpendiculaire à celle où ils roulaient. Un autre étage de cohue fourmillante, un autre étage d'éclairage au gaz et de vitrines... et eux qui passaient au dessus de tout cela ! » pages 242-243.

 

 

Merci à Rozenn Samson des éditions Hélium pour cette lecture !

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White Lies au Trianon (In The Valley Below en première partie) le 1er décembre 2013

Publié le par Sébastien Almira

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White Lies est un excellent groupe pop-rock. Trois albums à leur actif, To lose my life or lose my love (2009), Ritual (2010) et Big TV (2013) parus chez Polydor Ltd (Uk), trente chansons, deux instrumentaux, soit autant de réussites.

 

Ne vous fiez pas au titre du premier album, il ne s'agit pas d'un groupe pour midinettes. Certes, le chanteur-guitariste a de quoi faire tourner les têtes, tomber dans les pommes ou encore baver mais, en plus d'avoir un physique de rêve, Harry McVeigh pose une voix puissante sur du gros son pop-rock à tendance new wave. On les compare souvent Joy Division, Editors et Interpol (que je m'en vais découvrir de ce pas), et au groupe emblématique des années 2000-2010 dont ils ont fait la première partie au Stade de France en 2010 : Muse. Rien à voir niveau voix, les envolées lyriques c'est pas leur trip chez White Lies, mais c'est vrai qu'il y a une force dans les morceaux qui fait indéniablement penser au coup de maître réalisé par Muse : faire danser des foules avec du pop-rock de qualité. Les thèmes sont d'ailleurs sensiblement les mêmes : pouvoir, gloire, paix, sexe, religion, amour.

 

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Les compos sont hyper efficaces, les refrains souvent fédérateurs, on trouve un côté sombre particulier, une tension dans les instruments et la voix, et un côté cool à fleur de peau. Le tout rend leur musique complètement addictive.

 

Le groupe, qui a commencé à l'âge de quinze ans sous le nom de Flying Fears, était de passage au Trianon il y a dix jours. Si le succès n'est pas transcendant en France malgré un premier album vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde, élu deuxième meilleur album de l'année 2009 par les lecteurs du NME, et remarqué par les Inrocks, le groupe fait encore le déplacement chez nous.

Ce sera la Maroquinerie et l’Élysée Montmartre en 2009, le Stade de France (en première partie de Muse), le Festival Musilac à Aix-les-Bains et La Flèche d'Or à Paris en 2010 pour le premier album. La tournée pour le second album fera étape à Tourcoing, Toulouse (Bikini), Bordeaux (Rock School Barbey, puis la Médoquine), Rennes (L'Ubu), Paris (La Cigale, puis le Zénith), Arras (Main Square Festival), Lille (Zénith) et Lyon (Transbordeur).

Je ne sais pas le succès qu'ont eu ces concerts mais en 2013, il n'y aura eu que le Trianon.

 

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Et c'était juste trop énorme ! Ouais, ça fait très gamin dit comme ça et, du coup, vous allez avoir du mal à croire au côté sérieux et pas midinette du groupe. Mais je ne vois pas d'autres moyens de le dire. C'était génial, énorme, un truc de ouf, que du bonheur quoi !

 

Une sacrée première partie : In The Valley Below, dont j'ai acheté le premier album à la sortie (dédicacé, en plus, parce qu'ils étaient là, à discuter avec les gens, ha !). Un super son, deux voix (un homme, une femme), des beaux morceaux, énergiques, sombres, particuliers, envoûtants. Malheureusement, vous ne trouverez leur album, The Belt, qu'en import ou sur des sites internet. Mais, franchement, vous qui passez par là, ça vaut le coup !

Allez, hop, un morceau du concert :

 


In The Valley Below - Lover - Trianon - vidéo de saradelarue sur Youtube

 

 

 

 

 

Voilà, revenons à White Lies. Un concert de presque deux heures avec un son surpuissant, que des titres qui donnent envie de bouger (d'ailleurs, il est rudement solide le sol du Trianon pour pas s'effondrer, vu comment ça tremblait quand la foule sautait...), exceptée une reprise surprise de Prince (I would die 4 U) acoustique.

Pas mal d'effets pyrotechniques avec écrans, lasers, spots : une belle scénographie. Un public hyper réceptif, des musiciens et un chanteur à fond.

Faut que je vous dégote une vidéo et après, j'arrête de vous parler d'eux !

 

 

 


 White Lies - To lose my life - Trianon - vidéo de Kipintaci sur Youtube

 

 


White Lies -  Unfinished business - Trianon - vidéo de Lizucaaa sur Youtube

 

 

   

White Lies - Farewell to fairground - Trianon - vidéo de cure87 sur Youtube

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Cristina Rivera Garza, Personne ne me verra pleurer, roman traduit de l'espagnol (Mexique) par Karine Louesdon et José Maria Ruiz-Funes Torres, 250 pages, Phébus, août 2013, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Riche héritier voué à devenir un grand médecin, Joaquin Buitrago choisit une toute autre voie : la photographie. Devenu morphinomane, il ne parvient pas à faire décoller sa carrière,se voit privé d'héritage et finit photographe de fous à l'asile de la Castañeda. Il y fait une rencontre qui l'émeut sans qu'il sache bien pourquoi. C'est lorsqu'elle lui demande « Comment devient-on photographe de fous ? » qu'il se souvient. Quelques années plus tôt, Matilda Burgos lui avait demandé « Comment devient-on photographe de putes ? » alors qu'elle posait pour lui dans une maison close de Mexico.

Fasciné par le personnage, interloqué par sa présence dans un asile, il lui rend souvent visite afin de découvrir qui elle est. Il se rapproche également d'un médecin afin de voir son dossier médical.

 

Au fur et à mesure de leurs échanges, il se délivre autant qu'elle. Mais il faut un sacré moment avant que le roman ne devienne fluide. La première centaine de pages est particulièrement lourde et complexe. Le contexte historico-politique semble tout droit sorti d'un livre de cours, assommant le lecteur. L'auteure met une telle volonté à aborder d'innombrables sujets que l'on se perd un peu. C'est un peu comme tenter de courir dans l'eau, on a envie d'avancer, de comprendre, de s'en sortir mais on n'y parvient pas. Le résultat peut paraître décousu et peu entraînant. Heureusement que la deuxième moitié est plus agréable.

 

« À mesure que la séance avançait et que l'attitude inerme de Joaquin permettait d'instaurer une fragile relation de confiance, certains modèles, une minorité, commençaient à s'épancher. Cela se produisait au terme d'un processus lent, souterrain presque, quasi imperceptible. Dans ces moments-là, Joaquin pensait toujours au mouvement d'un tournesol. Parfois c'était un simple geste d'étonnement, un trait de timidité ou de lassitude, une interrogation qui affleurait sur leur visage : « Mais qu'est-ce que je fais ici ? » Et les femmes retournaient en elles-mêmes, là où elles se voyaient comme elles avaient envie de se voir. Et c'était précisément cet endroit que le photographe désirait connaître et fixer pour toujours. L'endroit où une femme s'accepte telle qu'elle est. Là, la séduction ne s'adressait pas à l'extérieur, et n'était pas unidirectionnelle ; là, dans un geste indivisible et unique, la séduction n'était pas un hameçon sinon une carte. Joaquin était convaincu qu'il était possible d'atteindre ce lieu. Joaquin Buitrago croyait encore à l'impossible quand Matilda ôta ses vêtements le plus naturellement du monde et, cherchant ses yeux à travers l'objectif depuis la table en marbre, lui demanda :

- Comment devient-on photographe de putes ? »

page 17

 

Traduit dans plusieurs langues, Personne ne me verra pleurer est considéré comme le chef d’œuvre de Cristina Rivera Garza et a reçu le prix du Meilleur Roman au Mexique en 2000. Fidèles à leur réputation de découvreur de talents étrangers, les éditions Phébus traduisent pour la première fois en France cette auteure ayant déjà six romans à son actif. J'ai été quelque peu déçu par ce roman, à la lecture du résumé je m'imaginais déjà emporté dans une dans une spirale infernale, sur les traces d'une femme pleines de mystères, dans la chaleur étouffante du l'Amérique du Sud. Bon, je fus porté par la très belle plume de l'auteure et par le talent des deux traducteurs, mais le plaisir ne fut malheureusement pas entier.

 

 

Merci à Bénédicte Da Silva des éditions Phébus pour cette lecture.

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Déborah Lévy-Berthérat, Les voyages de Daniel Ascher, roman, 180 pages, Rivages, août 2013, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Voilà, j'ai pris du retard dans mes lectures de la rentrée, et je découvre des pépites une fois que la déferlante est passée et que tout le monde s'en fout... Ça m'apprendra, l'année prochaine, je commencerai par lire les romans qui me font le plus envie et non pas en fonction des délais auxquels je veux me plier parce que ce livre m'a été envoyé, que j'ai acheté celui-ci et qu'il peut attendre, ou encore que j'ai emprunté celui-là et que je vais avoir un avertissement si je ne le rends pas rapidement.

 

Pour ses études d'archéologie qu'elle commence à Paris, Hélène s'installe dans une chambre que son grand-oncle lui prête. Globe-trotter invétéré et auteur sous pseudonyme de La Marque noire, une série de romans d'aventure pour la jeunesse au succès planétaire, il n'est pas souvent présent. Et ça tombe bien car Hélène ne l'apprécie guère. Elle n'a même pas lu ses livres et ne s'émerveillait pas, comme tous les autres gamins de sa famille, des histoires abracadabrantesques que le vieil excentrique racontait lors de repas de famille où il arrivait en retard et s'asseyait à la table des enfants.

 

« Dans les grands repas, quand il était là, Daniel s'asseyait toujours à la table des enfants, loin des adultes.les petits lui réclamaient des histoires, et il se lançait dans des récits d'aventures hallucinés, roulant des yeux, imitant les voix, les accents, les cris des animaux, décrivant des situations rocambolesques, enchaînant les calembours, s'esclaffant soudain sans qu'on sache trop pourquoi. Un croûton de baguette ouvert en deux devenait la gueule d'un caïman qui le poursuivait dans les eaux brunes de l'Orénoque, il se levait et nageait le crawl pour lui échapper. Ou bien c'était l'hiver en pleine taïga, sa lanterne s'éteignait, il était cerné par des loups hurlants, ses couverts dressés tremblaient sous sa serviette comme des piquets de tente dans la tempête. Les parents essayaient de le faire taire, tu vois bien que tu leur fais peur, mais il ne les écoutait pas et continuait encore et encore, aussi longtemps que les enfants en redemandaient. » pages 19-20

 

Elle se lie d'amitié avec un groupe de sa classe et succombe au charme de Guillaume, un grand enfant qui transforme tout ce qu'il touche en jeu. Celui-ci tente de l'initier à La Marque noire, dont il est toujours fan et dont il attend avec ferveur le prétendu vingt-quatrième et dernier tome. Hélène, en bonne archéologue, n'aura de cesse, au fil de la découverte de l’œuvre de son grand-oncle, de vouloir fouiller le passé, quitte à déterrer quelques secrets de famille bien enfouis sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale.

 

Premier roman d'une professeur de littérature comparé à l'ENS et traductrice de Lermontov (Un héros de notre temps) et Gogol (Nouvelles de Pétersbourg), Les voyages de Daniel Ascher est un très joli roman qui mêle habilement les domaines de l'écriture, de l'aventure, de l'occupation, de la saga familiale et de l'amourette estudiantine.

Ce qui est d'autant plus remarquable, c'est la finesse avec laquelle Déborah Lévy-Bertherat coud cet ensemble disparate pour créer une fiction qui semble bien réelle. Il n'y a que le personnage d'Hélène qui m'a un peu gêné. Une fille qu'on aurait tendance à ne pas aimer au début et qui finirait par ne laisser aucune trace, à cause d'un certain manque de profondeur. On se souviendrait plus des autres protagonistes, même de moindre importance. Un personnage raté, à moins que je ne n'ai moi-même raté Hélène...

Excepté ce couac, c'est un bien joli voyage que ce premier roman envoûtant, entre le monde de l'enfance, de l'écriture, de l'imaginaire et celui, plus dur, de l'âge adulte, des souvenirs et de la guerre.

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