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Encore des doutes + quelques bonnes résolutions + plan d'action

Publié le par Sébastien Almira

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Une fois n'est pas coutume, je me suis encore demandé, ces jours-ci, si je n'allais pas arrêter d'écrire sur le blog. Les vieux lecteurs doivent déjà penser « ça y est, c'est reparti ! Il nous fait sa petite crise annuelle, quel relou celui-là ! » tandis que les petits nouveaux doivent bien entendu se lamenter, ne sachant pas encore que je continue à écrire après chaque période de doute sur l'avenir du blog Culturez-Vous.

 

 

Ces derniers doivent aussi se demander pourquoi.

 

Et bien parce qu'un blog, ça prend du temps. Beaucoup de temps, lorsque les publications sont régulières, qui pourrait être utilisé pour autre chose. Autre chose comme lire les livres qui hantent mes étagères depuis des lustres, comme aller voir au cinéma les films que je regrette de n'avoir pas vus, que j'hésite à acheter en DVD (parce que je ne télécharge pas) et que, pour une bonne partie, je ne vois jamais. Comme recommencer à faire un kilomètre à la nage chaque semaine ou comme m'améliorer au tennis. Comme tondre la pelouse puisqu'il recommence à faire beau et que, vu la hauteur, je vais grave galérer avec ma tondeuse mécanique (qui veut venir avec sa tondeuse électrique ?). Comme trier les piles de paperasse que j'éparpille partout chez moi et qui viennent de se retrouver dans un sac dans le placard parce que quelqu'un n'aimait pas ça. Et je ne parle que des activités solitaires.

 

Parce que pour écrire il ne faut pas seulement du temps, mais aussi de l'envie, et que je suis un gros flemmard et que si je n'écris pas un article aussitôt le livre terminé, je laisse courir, je laisse courir et puis je n'ai plus envie de le faire. Et c'est comme ça que récemment vous n'avez rien lu sur deux romans ado sympas (Cavalcades chez Thierry Magnier et Casseurs de solitude au Rouergue, que j'ai pourtant lus en février mais que, comme ils ne sortaient qu'en avril, j'ai attendu, attendu, attendu).

 

Parce que je ne me sens pas capable de parler de BD et d'albums jeunesse, et dieu sait si j'en lis et si j'en ai plein à vous faire découvrir. Idem pour la musique, je ne parle que de ce que je connais bien, et on se retrouve, sauf rares exceptions, avec du Mylène Farmer, du Zazie, du Kylie Minogue et du Madonna. Bonjour l'image de blogueur indépendant !

 

Enfin parce que, je vous le rabâche souvent, même si vous êtes nombreux à visiter le blog chaque jour (entre 100 et 150 visiteurs uniques par jour en période du début de la rentrée de septembre à la fin de la rentrée de janvier et entre 50 et 100 le reste de l'année), le fait de n'avoir que peu de commentaires est quelque chose de très frustrant pour un blogueur. Quelque chose qui donne l'impression d'être seul dans le néant.

 

 

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Alors, je voulais vous dire que je n'arrête pas encore le blog. Et j'ai pris quelques résolutions de milieu d'année.

 

Comme pour les articles sur le cinéma que je fais depuis un an presque et demi une fois par mois avec (presque) tous les films que j'ai vu dans le mois, je compte faire sensiblement la même chose pour les albums jeunesse, les bandes dessinées et les disques.

Je ne me sens pas capable de parler de ça dans un long article alors ce seront quelques lignes histoire de partager quand même mes découvertes, surtout si elles sont bonnes.

 

Je cesserai de parler de tout ce que je lis comme romans ou vois comme films. Je ne veux plus me forcer à écrire juste pour alimenter le blog. Si je ne publie rien pendant deux semaines, j'essaierai de ne pas m'auto-flageller. C'est par exemple pour ça que je ne vous parlerai finalement pas de L'ange de charbon de Dominique Batraville chez Zulma, dont je venais de commencer l'article, quand j'ai décidé d'écrire celui-ci. Parce qu'ayant été émerveillé par Les Immortelles de Makenzy Orcel chez le même éditeur (article ici), je m'étais dit de cette nouvelle parution que ça allait être encore merveilleux, mais j'ai eu beau sauté les pages par dix, j'avais l'impression de lire toujours les mêmes phrase et le style me bluffait autant qu'il m'énervait. Passez donc à côté et si vous n'avez pas lu Les Immortelles, ne ratez pas ce magnifique livre plus longtemps !

 

 

Voilà, je peux désormais cesser de vous importuner avec mes états d'âmes et m'en aller rattraper (un peu) le retard sur mes découvertes musicales car, détrompez-vous, je n'écoute pas que Mylène Farmer !

Et si, vous aussi, pris de remords, vous voudriez prendre une bonne résolution : n'hésitez plus, laissez un commentaire pour dire que vous avez adorer tel roman, que vous mourez d'envie de lire telle BD dont j'ai parlée, que vous avez détestez tel film que j'encense. Ça fait plaisir et ça peut être constructif ! ;-)

 

Merci de continuer à me lire, à bientôt !

 

Sébastien Almira

 

 

 

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La mort de Virgin.

Publié le par Sébastien Almira

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L'occupation sur les Champs-Élysées


Voilà, c'est fini
C'est une aventure extraordinaire qui s'achève en France aussi.


Parce que Virgin, à l'origine c'est anglais. D'abord, c'était un magazine qui parlait de musique, de disques que l'on ne trouvait pas facilement dans le commerce, déjà un vrai travail de spécialistes, de découvreurs. Devant le nombre de personnes demandant où trouver tel ou tel disque, Richard Branson et Nik Powell ouvrent un comptoir à Londres en 1971 qui ne vend que les disques dont ils parlent dans le magazine, c'est Virgin Records and Tapes. Puis une première boutique voit le jour sur Oxford Street à Londres en 1979. Et une autre. Et une autre. Dans les années 80 et 90, c'est une centaine de Virgin Megastore qui ouvrent leurs portes en Angleterre !

Vu le succés, ils décident de s'attaquer au reste du monde : les États-Unis, le Japon, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, l'Australie, l'Egypte... En France, l'offre est diversifiée pour concurrencer la Fnac qui règne, impitoyabe depuis 1974, écrasant sur son passage un grand nombre de libraires et de disquaires. Ainsi, l'enseigne vendra également des livres, des vidéos, des jeux et de la papèterie. On est en 1988 et Richard Branson vise rien moins qu'un somptueux bâtiment, dont l'escalier de marbre et la porte du coffre-fort de l'ancienne City Bank sont classées, de 8500m² sur les Champs-Élysées. L'année suivante, Marseille est investie, puis Bordeaux en 1990. Là aussi, de beaux bâtiment en pierre sont choisis.

En France, l'impact de Virgin n'est pas aussi important que dans son Angleterre natale, mais l'aventure devient rapidement une institution. Le vaisseau amiral, sur les Champs-Élysées, est visité par les touristes du monde entier autant que par les artistes en promotion. Lorsqu'un reportage sur la rentrée littéraire ou sur la sortie d'un nouvel album de Mylène Farmer est tourné, c'est au Virgin des Champs-Élysées que l'on vient. Le succés est colossal. L'enseigne peut également se targuer de n'embaucher que des spécialistes. Pas de faux libraire, pas de faux disquaire. Que des passionnés qui se battent pour faire découvrir des réalisateurs, des chanteurs, des auteurs injustement inconnus, qui se battent pour la culture. "Virgin, la culture du plaisir".

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              Oxford Street à Londres                                               New York


Mais des loyers faramineux, une direction hasardeuse (quel est l'incapable qui a décidé de ne pas proposer de site de vente sur internet ? et j'en passe), une baisse massive du marché du disque (qui représentait la majorité de l'activité), puis de la vidéo, la crise qui fait du tort à la culture, Amazon qui détruit les librairies, etc., tout ça fait qu'après les États-Unis, l'Angleterre et de nombreux autres pays, c'est au tour de la France de voir disparaître les 26 derniers Virgin Megastore du territoire (il y en a eu jusqu'à une quarantaine) que Richard Branson avait vendus à Lagardère qui a revendu 80% à Buttler Capital, tout en gardant 14%, les 6% restant appartenant au PDG de Virgin Mobile.

En janvier, la direction dépose le bilan, pendant quelques mois, on espère une retructuration qui sauvera l'entreprise. Puis l'administrateur judiciaire déclare les magasins en cession. Pendant plusieurs semaines, on attend des repreneurs sérieux mais on doit se contenter d'une bande de branques qui entendent obtenir 11 magasins, la marque Virgin et plusieurs millions d'euros de stock pour 1,2 million d'euros (Rougier et Plé)... Toutes les propositions sont rejetés par le tribunal de commerce lundi 10 juin 2013.

Mardi matin, la direction annonce la fermeture de tous les magasins pour le vendredi 14 juin. Le jour même, quatre magasins sont occupés par les employés : celui des Champs-Élysées, de Barbès (Paris), de Rouen et de Strasbourg afin d'obtenir un PSE décent. 6 millions d'euros étaient au départ sur la table pour une entreprise qui compte encore 1000 salariés. Dont une grande partie de vendeurs spécialisés depuis des années en musique ou en vidéo qui ne retrouveront pas de travail dans leur branche et pour lesquels une réorientation semble indispensable. Mais l'argent disponible est loin de suffire puisqu'il ne dépasse pas le minimum légal (1/5e de salaire mensuel par année travaillée, donc 200 € pour un salarié au SMIC qui a un an d'ancienneté, 2000 € pour un salarié qui a dix ans de boîte). La direction décide alors de fermer immédiatement les 26 magasins de la chaîne pour des "raisons de sécurité". Quelques jours plus tard, Les Grands Boulevards à Paris, Dunkerke, Avignon et Plan de Campagne rejoignent la mobilisation.

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         Virgin des Champs       occupation chez Lagardère      Virgin des Champs


Lundi 17 juin 2013, l'entreprise est officiellement mise en liquidation et l'occupation se poursuit jour et nuit dans huit magasins pour obtenir 15 millions d'euros afin de faire appel à un cabinet de reclassement et de disposer d'un peu plus d'indemnité de licenciement.
Hier soir, jeudi 20 juin 2013, un accord a été signé avec Maître Lévy, qui s'occupe de la liquidation et qui souhaite nous voir quitter les lieux le plus vite possible. Après dix jours d'occupation et des mois de lutte (la première manifestion a eu lieu le 29 décembre 2012), nous avons obtenu la somme demandée et nous tirerons notre révérence à nos clients demain après-midi avec des groupes et DJ "Virgin" qui se produiront devant le Virgin des Champs-Élysées de 12 à 19h à l'occasion de la fête de la musique. Enfin, nous ferons nos adieux au magasin qui a accompagné pendant un an, cinq ans, vingt-cinq ans, une équipe soudée et passionnée de 180 salariés (1000 pour la France). Un lieu emblématique de la culture en France. Un lieu mythique.

Une page se tourne, à nous d'en écrire de belles. Mais Virgin fut pour nous une aventure extraordinaire. Une aventure humaine, culturelle, faîte d'échange avec les collègues, les clients, les éditeurs, les artistes, faîte de moments inoublables, sur laquelle restera à jamais un brin de nostalgie pour certains, une larme pour d'autres, mais pour tous un goût amer, un goût d'inachevé en même temps qu'un souvenir impérissable. Merci aux collègues et aux clients.

 

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Virgin de Nice

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Les Patates en Campagne

Publié le par Sébastien Almira

Il était une fois une contrée peuplée de patates. En fait, on nous prend un peu pour des cons parfois, alors les patates c'est parfaitement trouvé, et puis c'est un peu plus rigolo. Pour la seconde fois en presque trois ans de blog (oula, faut que je regarde exactement la date !), je vais déplacer mon propos de la culture à la politique. Mais il s'agit tout de même de création alors...

 

 

Patate-Land, nous sommes un petit groupe de Patates qui tente de survivre. Nous sommes six et avons toujours vécu ensemble. Je vous glisse une petite photo de nous !

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Moi, je suis le chef. Parce que je suis le plus vieux, le plus sage et surtout, parce que je suis double-face. Enfin, quand je dis que je suis le chef, c'est pas que je décide de tout, que les autres m'obéissent, ou quoi. C'est juste que je suis le plus ancien et qu'on me demande souvent mon avis. Même les autres familles. Je dois avouer que c'est assez agréable de se sentir important, utile. Mais c'est parfois pesant. Il m'arrive d'avoir envie d'îles désertes. Fuir, sans regret, sans responsabilité. La liberté. Mais bon, je me ferais chier au bout d'un moment...

Je suis le premier à gauche sur notre photo de famille. Et mon autre côté, c'est celui-ci :

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Il y a aussi Hey ! Hey, il est toujours content. Ne croyez pas que je le trouve bennet, mais il faut dire ce qui est. Son vocabulaire se limite à crier "hey !" à chaque fois qu'il croise quelqu'un et à sourire bêtement, gentiment. C'est d'ailleurs pour ça qu'on l'a surnommé Hey !

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Le petit dernier, c'est le fils de Hey et de la petite à côté de moi sur la photo de famille, Zulma. Ouais, elle s'appelle Zulma parce qu'elle aime bien lire et qu'elle adore les éditions Zulma. Vous trouvez certainement ça débile, mais c'est son choix. Et j'estime que nos choix doivent être nos droits. Quand on l'a adoptée, elle a dit "J'aime lire, je veux m'appeler Zulma, comme la maison d'édition. C'est celle que je préfère, et vous êtes ma nouvelle maison, alors." Et elle respire la bonté. Toujours prête à aider son prochain, avec le sourire en plus. Et ça, c'est rare de nos jours...

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Voilà Embryon, leur fils. Pour l'instant, il parle pas. On verra bien.

4.jpegEt puis, il y a aussi Pan et La Morte. La pauvre, elle a la bouche cousue, et elle a tout le temps l'air triste. Elle nous fait de la peine. Mais on l'aime bien. Et puis quand on l'a trouvée, tout le monde se moquait d'elle, on l'a recueillie, on la nourrit pas (la faute à sa bouche cousue...) mais on prend soin d'elle.7.jpeg

Pan, lui, on se demande si il va pas tourner mal. Il joue souvent avec des armes. Et quand on réussit à les lui confisquer, il terrorise les passants et les courgettes. Il court dans la rue et saute à côté d'eux en criant "Pan !" On se demande ce qu'on va en faire...

L'autre fois, il a même essayé de tuer La Morte. Devant des gosses...

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Bon faut dire que le gouvernement n'arrange pas les choses. On vit dans un climat assez particulier depuis quelques temps. On n'a presque plus d'aides, on est sans cesse stigmatisés, on nous parle de violence, de sécurité, d'insécurité, et ça créé des tensions partout. C'est sûr, à force de nous parler de haine, de nous en montrer partout (même là où y'en a pas...), ben ils nous dressent les uns contre les autres. On le ressent bien. Mais surtout à l'extérieur. Jusqu'au jour où ça vous explose à la figure, au sein même de votre famille...


Mais on commence à en avoir assez, nous. On a peur. Pas des gens, on sait qu'ils sont instrumentalisés par le gouvernement, que c'est pas leur fautes. C'est des victimes. Bon c'est sûr, du coup on sait pas trop de quoi ils sont capables mais le vrai problème, c'est quand même cette milice, cette dictature qui se dit "République" et dont il faut se débarrasser à tout prix. Sinon, c'est nous qui finiront nus comme des vers, cernés par les forces de l'ordre. Et là, j'vous le dit, ça va faire mal. Aïe !

11.jpegIls vont nous manger tout cru, et on finira aux cimetières des Patates. Comme tous les dissidents déjà pris. Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Bush, c'est fini merde ! On veut pas finir comme ça, nous... On est en république, pas en prison.

12.jpegIls jettent même les leurs ! Si ! Regardez, on en voit des Aïe ! Ils jettent tout ce qui leur plait pas assez. Ils gardent que le meilleur, le gratin ! La vermine, ils en veulent pas. Alors, même si, nous, on vivait plutôt tranquille dans notre coin, sans rien demander à personne, ben il faut bien le dire : maintenant, on se réveille et on s'insurge. Et pour ça, on  n'a pas besoin de Stéphane Hessel et de son bouquin de dix pages qui sert à rien.

Nous, on veut juste être libre. Comme avant. Alors, prenons le pouvoir ! Parce que la liberté ne s'achète pas, mais se prend.

 

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Texte, mise en scène et photographies de Sébastien Almira.

Toute reproduction et/ou utilisation est formellement interdite.

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Claire Checcaglini, Bienvenue au Front, Journal d'une infiltrée, témoignage politique, 300 pages, février 2012, Jacob-Duvernet, 19,95 € ***

Publié le par Sébastien Almira

En mai, Claire Checcaglini prend le nom de sa grand-mère et appelle le Front National. Elle veut assister à une réunion avant de prendre sa carte. « Il vaudrait mieux que vous adhériez d'abord. Ensuite, c'est monsieur Blanchard qui prendra la décision. » Pas le choix, on n'a pas le droit d'assister à une réunion du FN si on n'est pas sûr d'être un vrai partisan. Devenue Gabrielle Picard, la journaliste adhère au Front. Elle veut gravir les échelons, découvrir de l'intérieur qui sont les militants, quelles sont les raisons qui les poussent à voter et s'investir pour le parti d'extrême-droite. Elle souhaite vivre le Front pour le dire haut et fort. Bienvenue au Front, journal d'une infiltrée a été tiré à 7000 exemplaires, depuis sa sortie il y a quelques jours il s'en est vendu plus de 2500.

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« Puisque le Front avance masqué, j'avancerai masquée, moi aussi. Je ne fais, au fond, qu'appliquer les méthodes qui sont les leurs. (…) Je ne souhaite réhabiliter personne, ne rien édulcorer, ne rien excuser, ne rien justifier, seulement donner à voir comment, qu'ils soient anciens militants ou nouvelles recrues, ils vivent leur adhésion au Front. (…) Durant huit mois, je vais donc aller à la rencontre de personnes qui ne font nullement partie de mon entourage et dont j'ai toujours profondément méprisé, rejeté l'engagement, des personnes que je n'ai pu voir qu'en tant que potentiels dangers pour la démocratie, qu'ils en soient ou non conscients.(...)

Comment peut-on être membre d'un parti dont on sait par l'Histoire ce que son idéologie peut engendrer ? « Je vais au pays des salauds », avais-je dit au début de ma plongée frontiste à mon éditeur. De ce pays, je ne reviendrai pas indemne, je le pressens. » (pages d'introduction)

 

bienvenue au front-copie-1

 

Pendant huit mois, elle a donc fait son trou, infiltré le Front, de la simple militante au statut de « sauveur » du Front voulue comme candidate aux législatives. Elle a rencontré des militants, des secrétaires départementaux, des cadres haut placés. Et elle raconte tout. Si tant est qu'on peut parfois se demander, devant l'étendue inouïe de sa mémoire lorsqu'elle relate un discours ou une discussion, si elle n'invente rien. Toutefois, j'ai cru à tout. D'abord parce qu'il me semble que le but de la journaliste n'était pas d'infiltrer un parti pour mentir (elle aurait pu mentir sans infiltrer le Front). Ensuite parce que ce qui est relaté dans Bienvenue au Front, journal d'une infiltrée me paraît parfaitement envisageable.

Après le doute possible sur la véracité des propos relatés se pose la question d'avancer cachée. C'est ce que Marine Le Pen a avancé comme argument pour dénoncer Claire Checcaglini. D'après elle, son travail fait honte à la profession. Elle a d'ailleurs décidé de porter plainte pour « violation des règles premières de la déontologie des journalistes » et pour avoir tenu des propos diffamatoires à son encontre. Je vois ça et là des commentaires, des articles, des vidéos malmenant la journaliste, dénigrant le travail effectué sur ce livre, l'insultant même (voir la vidéo et les commentaires chez Robert Ménard, c'est affolant http://www.nationspresse.info/?p=161960 ). Alors, oui, c'est pas beau de mentir, encore moins à des gens qui vous accueillent convenablement et vous font très vite confiance (car Claire Checcaglini ne s'en cache pas, elle a été très bien reçue au Front). Mais, comme elle le dit à un lecteur du 20 minutes, croyez-vous que le maire de Plessis-Robinson et vice-préseident du conseil général des hauts de Seine, Philippe Pemezec, se serait vanté de « faire très gaffe » quant à l’attribution des logements sociaux aux Arabes dans sa ville ?

Croyez-vous que Rémi Carillon, son directeur départemental (Sylvain, dans le livre) lui aurait révélé ses projets pour purifier la France (en gros, monter une armée pour faire face aux musulmans qui attaqueront la France lorsqu'il dévoilera son référendum : « 1. La France cède à l'Islam en échange d'une paix durable, quitte à ce que la France devienne une république islamique. 2. L'Islam cède à la France (expulsion pure et simple des musulmans de France vers leurs pays d'origine), quitte à provoquer une guerre civile. », pages 33-34) ?

Croyez-vous qu'elle aurait assisté aux réunions privées du FN où Vincent Reynouard (créateur du site "PHDNM" (Pour une Histoire Débarrassée des Nombreux Mensonges) clamait que l'Holocauste est un mythe et demandait pourquoi on laissait néodevant nazi lorsqu'on parle de lui ? Croyez-vous qu'elle aurait pu apporté autant de matière à son livre ?

 

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Non, et c'est bien cela qui rend le travail de journaliste intéressant : Claire Checcaglini nous rapporte des faits que personne ne peut rapporter. Le trait peut paraître grossier, Robert Ménard attaquait dans son interview la journaliste sur son but : enquêter sur un parti ou bien confirmer ses pensées ? Il est vrai qu'elle part avec des a priori qu'elle exploite en profondeur. Elle ne s'en cache pas. Mais ce qu'elle voulait faire, c'est vérifier si la dédiabolisation effectuée de main de maitre par Marine Le Pen était de façade ou réelle. Et force est de constater que non :

 


« Voilà la stratégie. Nous n'aurons jamais les voix des musulmans, c'est une cible que je n'ai pas. Si je caresse l'Islam dans le sens du poil de temps en temps, ce n'est pas pour eux, c'est pour les Français qui croient encore, ces cons-là, que l'Islam est une religion.Ces gens-là, je ne vais pas perdre leur électorat. Si je dis que l'Islam n'est pas fréquentable, que c'est la pire des choses, ils me traiteront de raciste et ne voteront pas pour moi. De sorte que, pour le moment, c'est eux que je caresse dans le sens du poil. Alors, je flatte la laïcité, parce que les Français sont très laïcs, ils sont même laïcards, ils estiment que toutes les religions ont le droit de vivre. C'est leur credo, ils ont appris ça depuis qu'ils sont tout petits, le principe de laïcité, ils le trouvent formidable. Donc je fais en sorte de les flatter. En attendant, le Front ne rentre pas dans le lard de l'Islam, et moi ça m'emmerde. »

Marine Le Pen à Rémi Carillon, pages 199-200

 

D'ailleurs, « la dédiabolisation du Front avait à ce point fonctionné que des remarques ouvertement racistes n'étaient plus considérées comme telles. Marcel paraît tout aussi sincère en nous expliquant qu'il n'aime pas les noirs que lorsqu'il se défend de tout racisme. (…) Ainsi, le mouvement étant soit-disant devenu un parti comme un autre, ne pas aimer les noirs, les étrangers ou les musulmans est-il aussi devenu une opinion comme les autres. » (page 220)

 

D'une, le FN n'a pas changé. De deux, comme il est considéré comme un parti normal, leurs idées deviennent normales pour eux. En des mots polis, certains des militants et cadres FN sont des racistes dangereux. D'autres sont presque des idiots. C'est le cas de Rémi Carillon, dont trois membres de la famille sont morts dans les camps de concentration, « lui qui semble n'avoir rien compris à une logique passée qui avait pourtant décimé sa propre famille ! Celui qui préconisait un nettoyage ethnique de la France a dans son entourage des victimes de la haine des autres. » (page 92). C'est également le cas de Guillaume ou encore Sébastien, qui croient aveuglément tout ce qu'on leur dit. Le premier se délecte notamment du discours de Maitre Collard sur le procès Barbie où il parle des larmes d'un enfant qui n'existe même pas ! Il y a chez les manifestants et militants un manque d'information ambiant qui les conduit à s'abreuver des paroles des plus grands racistes contemporains sans s'en rendre compte.

 

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C'est assez inquiétant et c'est pour cette raison que le livre de Claire Checcaglini est intéressant, pour ne pas dire salutaire (on passera toutefois sur un style journalistique frisant l'amateurisme). D'abord pour les Français qui ont cru au changement du Front National. Ensuite à ceux qui hésitent à voter pour eux (que ce soit par mécontentement ou par dépit). Enfin pour les militants qui ne se rendent pas compte de tout.

À ceux qui sont racistes, révisionnistes, extrémistes, ce livre ne plaira pas. Espérons que les autres s'y penchent autant qu'ils se sont penché sur Indignez-vous, qui n'avait pourtant rien de remarquable, ni même d'intéressant.

Espérons également que le succès du livre donnera l'occasion aux éditions Jacob-Duvernet de payer un correcteur. Le livre est en effet truffé de coquilles et de fautes en tout genre : lettres inversées, virgule avant la dernière lettre d'un mot, fautes d'orthographe, fautes d'accord, oublie d'un guillemet, plusieurs double-espaces par page, etc. C'est simple, je n'ai jamais vu autant de fautes dans un livre, même dans des épreuves non corrigées ! (Le second tirage vient de bénéficier d'une correction)

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L'affaire DSK : avant, après ?

Publié le par Sébastien Almira

 

16 H / C'est un exercice difficile que je commence puisque pour la première fois je vais écrire sur quelque chose qui ne touche pas à la culture. Il s'agit de politique. Ce blog n'a aucune visée politique habituellement et, même si je m'y intéresse pas mal, je n'en avais jamais parlé jusque là.

Premièrement, parce que je ne voyais pas l'intérêt sur un blog culturel. Deuxièmement, parce que je ne veux pas soulever de débat houleux sur ce sujet « dangereux ». Dernièrement, parce que je ne le souhaite pas. J'en parle volontiers avec mon entourage, je ne cache pas mes opinions, mais je ne souhaitais pas les exposer ici.

Pourtant aujourd'hui, l'envie m'en est venue.

 

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Le 14 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn est arrêté avant le décollage de l'avion qui devait le ramener en Europe où il avait rendez-vous avec Angela Merkel le lendemain. Il est accusé de tentative d'agression sexuelle sur une femme de ménage de l'hôtel Sofitel où il résidait à New York.

La scène aurait eu lieu à 13h, la plaignante serait entrée dans la chambre de DSK pour faire le ménage. Lorsque celui-ci serait sorti de salle de bain nu, elle se serait excusé et aurait tenté de sortir de la chambre. C'est alors que DSK aurait tenté d'introduire son sexe dans sa bouche avant de l'enfermer dans la salle de bain. Alors il serait parti précipitamment de l'hôtel, oubliant son téléphone portable. Et la jeune femme aurait été vue sortant en pleurs de la chambre par une caméra de vidéo-surveillance.

Mais ce que la victime ne savait pas, c'est que DSK n'était pas dans la chambre lors de l'agression. Ce dernier avait un alibi, il était en train de déjeuner avec sa fille. La victime change alors de version : un serveur présent dans la chambre lui aurait affirmé qu'il n'y avait personne, le directeur du FMI aurait introduit son sexe dans sa bouche et aurait tenté de la violer après l'avoir poussée sur le lit. De plus, la direction affirme n'avoir pas de caméra dans les chambres et les couloirs de l'hôtel et Dominique Strauss-Kahn a appelé l'hôtel pour demander qu'on lui apporte l'un de ses sept téléphones portables oublié dans sa chambre.

 

Sue le net, ce fût l'effervescence. Pourquoi la femme de ménage était-elle dans la chambre à cette heure-là ? Pourquoi ne s'était-elle pas assurée avant d'entrer qu'il n'y avait personne ? Pourquoi a-t-elle changé de discours ? On lui donne un nom, une origine ; on en change le lendemain.

Les médias ont répété et amplifié tout et n'importe quoi sur ce scandale. D'un côté se formaient les rangs pro-DSK criant à la machination, d'un autre les fervents défenseurs des droits des femmes et de la droite française. Je n'étais sûr de rien mais je voulais croire que cette affaire était un coup monté, que ce fût de l'Élysée ou de la victime présumée, que la vérité éclaterait et que l'éléphant du Parti Socialiste démissionnerait du FMI pour présenter sa candidature aux primaires du parti.

Car à cette époque, je croyais dur comme fer qu'il serait candidat et qu'il l'emporterait, comme une majorité de Français.

Malheureusement, on trouva des traces de sperme sur le chemisier de la victime présumée et sur le sol de la chambre. DSK fut incarcéré à la prison de Rikers Island et rendez-vous fût pris pour tirer l'affaire au clair le 6 juin au tribunal.

Je pensais bêtement que le 6 juin marquerait également la fin du procès (ne me demandez pas pourquoi !) et qu'on saurait si DSK serait reconnu coupable ou blanchi. Qu'il n'était pas trop tard pour la bataille qui s'annonçait en France.

 

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Dominique Strauss-Kahn se retrouva avec les sept chefs d'accusation suivants sur le dos :

Acte sexuel criminel au premier degrés

Acte sexuel criminel au premier degrés (son sexe étant entré en contact par deux fois avec la bouche de la victime présumée, cette charge est retenue deux fois, soit 2 fois 25 ans...)

Tentative de viol au premier degrés (pour tentative de pénétration vaginal. 15 ans)

Agression sexuelle au premier degrés (7 ans)

Emprisonnement illégal au second degrés

Attouchements non consentis (il lui aurait touché la poitrine. 1 an)

Agression sexuelle au troisième degrés (contact sexuel sans emploi de la force. 3 mois)

Pour n'avoir pas réussi à violer une femme, Dominique Strauss-Kahn risque donc plus de 74 ans de prison.

 

 

En quelques jours, l'affaire était devenue un véritable feuilleton télé à suspense. Et les faits étaient là : le procès devait durer des mois, DSK ne se présenterait pas aux élections présidentielles 2012 en France et sa carrière politique était morte.

Les socialistes doivent se débrouiller sans leur char d'assaut. François Hollande et Martine Aubry prennent de l'ampleur dans le champs médiatique. Même si cette dernière n'avait pas déclaré sa candidature, elle faisait tout pour écraser ses concurrents potentiels, n'hésitant pas à traiter Ségolène Royal de folle et François Hollande de nul.

 

Et en quelques jours, comme à ses débuts, le feuilleton s'emballa de nouveau. Dès l'ouverture officielle des dépôts de candidatures socialistes le 28 juin, Martine Aubry se déclare candidate. Et aujourd'hui, 1er juillet, le New York Times annonce (avec des sources provenant de l'enquête) un rebondissement de taille. Le témoignage de Nafitassu Diallo pourrait être réduit en cendres. Elle aurait téléphoner à celui qu'elle présente comme un ami, voire son fiancé quelques heures après l'arrestation de DSK et aurait parlé explicitement des avantages qu'elle pourrait tirer des poursuites contre le présumé coupable. L'homme avait été arrêté en possession de 180 Kg de marijuana et lui a versé à plusieurs reprises des sommes d'argent laissant soupçonner une implication de la jeune femme dans des activités criminelles (trafic de drogue et blanchiment d'argent). Depuis deux ans, ce sont 100 000 dollars versés par plusieurs personnes qui lui permettaient notamment de payer les factures de cinq lignes téléphoniques. Presque autant de lignes que DSK, c'est étrange pour une femme célibataire avec un enfant, censée être pauvre et sans problème.

 

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Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair à la sortie du tribunal

 

L'agence Reuters parle de « rebondissement spectaculaire avec la mise en cause de la crédibilité de la jeune femme ». le New York Times avance carrément que « les procureurs n'accordent plus beaucoup de crédibilité à ce que l'accusatrice leur a dit, ni sur les circonstances (de l'agression présumée), ni sur elle-même ».

Le New York Post va encore plus loin : « Les procureurs travaillent sur trois scénarios qui pourraient chacun détruire les accusations de viol contre DSK :
- Ils ont eu des rapports sexuels consentis
- Strauss-Kahn l'a payée pour avoir des rapports sexuels
- La femme de chambre l'a piégé dans un complot d'extorsion. »

Depuis le début de l'affaire, les avocats de Dominique Strauss-Kahn affirment qu'il s'agissait d'une relation sexuelle consentie et tentaient de démontrer que la plaignante était animée par des intentions cachées et tentait de profiter de la position d'influence de leur célèbre client.

 

18H30 / Dominique Strauss-Kahn a été libéré sur parole par le juge Michael Obus et la caution pour sa remise en liberté sous surveillance en mai lui a été remise.

Lors d'une audience destinée à examiner les conditions de la liberté conditionnelle de Dominique Strauss-Kahn, les procureurs ont déclaré que des doutes existaient désormais sur la crédibilité de la femme de chambre.

 

L'espoir revient parmi les sympathisants du Parti Socialiste et de la gauche. Le candidat présumé peut même ravir un paquet de voix au centre et à la droite. Alors reste à savoir, dans le cas où il serait blanchi, si l'ancien favori des sondages (pour les primaires socialistes et les élections présidentielles) présentera sa candidature ou non.

Tandis que Martine Aubry « espère de tout coeur que la justice américaine établira dès ce soir toute la vérité et permettra à Dominique de sortir de ce cauchemar », Jack Lang pense que la gauche ne peut se passer d'un candidat tel que lui et Julien Dray, ayant lui-même eu des démêlés avec la justice, affirme : « Moi, je crois connaître un peu son caractère, je pense que quand on sort de ça, on a envie de manger le monde ».

Et bien, je ne demande que ça.

 

« Les bons apôtres, j'les mange ! » (Mylène Farmer, C'est dans l'air)

 

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Tout le monde écrit

Publié le par Sébastien Almira

De nos jours, tout le monde écrit. Il n'est pas rare d'avoir une sœur, un ami, un voisin qui écrit. C'est la grande mode. Écrire des poèmes, raconter sa vie... Cet été encore, une de mes voisins, en apprenant que je travaillais en librairie, m'a avoué que son rêve était d'écrire et de publier ses mémoires. Il a trente ans. Il n'a jamais écrit mais rêve de le faire.

Pourquoi rêve-t-on d'écrire, un jour ? Vous voulez écrire ? Écrivez donc ! Que l'on voit ce que ça donne. Que l'on voit combien de dizaines de manuscrits sur des millions valent la peine. Que l'on rigole un peu. Tant de gens “font de la poésie” que cette dernière est tombée de son piédestal. Plus de beau, plus de sensationnel, plus de choc, plus d'émerveillement. Tout le monde écrit, tout le monde s'en fout. On est dans une ère de démocratisation de l'écriture quand la lecture, elle, ne fait que baisser. Quel étrange paradoxe ! Ne sont-ce pas les mêmes, ceux qui aiment lire et qui écrivent ? N'est-ce pas la lecture qui donne goût à l'écriture ? Apparemment pas puisque tout le monde écrit mais que personne ne lit. pardon, le dernier Marc Lévy s'est écoulé à plus de 500 000 exemplaires.

 

Qui écrit ? Et surtout cette question : pourquoi ? Qu'est-ce qui, dans le cerveau humain, les pousse à prendre la plume ? Le besoin de reconnaissance ? La jalousie ? Le besoin inéluctable d'écrire ? Ou simplement le plaisir de le faire ? Un peu de tout ou une seule raison ?

Il en est de même pour ceux qui ont réussi la dure épreuve de la publication. Certains ont un besoin absolu d'écrire chaque jour, quitte à se lever à 4 heures du matin et boire un litre de thé noir, d'autres par plaisir et par période, d'autres encore qui n'écrivent que par soucis de reconnaissance... J'avoue faire un peu partie de ceux-là, mais les éternels timides ont besoin de reconnaissance pour se sentir exister. Vous voyez, j'ai une excuse ! Le besoin d'écrire est là, bien sûr, ou plutôt de raconter les histoires qui se bousculent dans ma tête, tellement nombreuses, mais ce qui me pousse le plus à écrire, c'est l'envie et le besoin d'être lu. Rien de tel qu'un compliment ! Suis-je imbus de moi-même ? Non, je ne me fais pas de compliment. Quoi que...

Cette excuse parlant des grands timides, je ne l'invente pas pour m'excuser d'être ce que je suis. Non, c'est réel, les timides, qui plus est lorsqu'ils sont perfectionnistes, ont besoin de reconnaissance. De toute façon, le perfectionnisme n'est que le résultat de ce besoin de plaire : pour plaire, il faut mettre le paquet, il fait que tout soit parfait. Il nous faut être regardés, écoutés, contemplés, complimentés, encensés. On en ressort, en apparence, peut-être égoïstes et prétentieux, mais ce n'est qu'une carapace qui cache la nécessité d'être sans cesse rassuré. C'est que pour cela que beaucoup de personnes introverties se lancent dans les arts. Beaucoup de génies sont de grands timides perfectionnistes.

 

Tout le monde écrit, tous pour des raisons différentes, aussi nombreuses soient-elles pour chacun. Mais tout le monde écrit, tout le monde pollue. 700 romans en deux mois, des millions de livres imprimés, des millions de livres non achetés, des millions de livres non lus, retournés, gâchés. C'est la dure réalité que nous vivons. Pas que nous connaissons puisque, si tout le monde écrit, je l'ai dit tout à l'heure, tout le monde s'en fout. Aucun de ceux qui polluent ne sait ce que le livre et son monde sont en passe de devenir.

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Stanley Milgram, I comme Icare, Zone Extrême et Cie.

Publié le par Sébastien Almira

Hier soir étaient diffusés un faux jeu télévisé et un débat sur France 2 qui font eux-mêmes débat. Le principe est simple : basé sur les expériences de Milgram, le but était d'en réaliser une nouvelle sur les effets et le pouvoir de la télé-réalité sur les candidats et le public.

 


icare.jpgPremièrement, rappelons-nous l'origine de l'expérience, à travers I comme Icare, le film d'Henri Vermeuil, avec yves Montand, sorti en 1979 qui reprend l'expérience de Stanley Milgram en référence. Un homme à qui l'on fait croire à une expérience scientifique sur les punitions censées avoir un rôle sur l'entraînement de la mémoire est chargé de langer des décharges électriques sur le prétendu sujet d'étude à chaque fois qu'il donne une mauvaise réponse. En fait de cobaye, il s'agit d'un comédien mis dans le secret qui fait semblant de recevoir les décharges. Le véritable but est de tester le questionneur quant à ses capacités à obéir à une autorité (en l'occurrence un professeur en médecine) même en cas extrême, puisque le médecin incite le questionneur à poursuivre les décharges même quand le faux patient dit souffrir le martyre.


Voir la scène dans I comme Icare

Partie 1 sur YouTube

Partie 2 sur YouTube

 


L'émission d'hier soir, Le jeu de la mort suivi du débat Le temps de cerveau disponible prétendait vouloir montrer les effets néfastes de la télé-réalité sur le public et les candidats. Mais le propos n'était pas vraiment le même. Il s'agissait d'un jeu télévisé où le questionneur envoyait des décharges de 20 à 440 volt à chaque fois qu'il donnait une mauvaise réponse. Arrivé au bout, le questionneur gagnait un million d'euros. Le réel sujet était donc : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour de l'argent ?

La réalisation était des plus mauvaises, le souffre-douleur caché dans un box argenté gémissait parfois d'une voix platement fausse des « j'en ai marre », des « aïe, ça fait mal ! » ou encore des « je veux arrêter, laissez-moi sortir » pas du tout convaincant après quoi il ne disait plus rien. On avait du mal à croire à ses plaintes et il suffisait à la présentatrice de dire « le jeu doit continuer » aux questionneurs voulant arrêter pour réussir à les convaincre. Mais le jeu a pris et les candidats-questionneurs ainsi que le public y ont cru. Le public scandant même des « Continue ! Continue ! » lorsque le chauffeur de salle leur intimait de le faire.

zonextreme.jpgCertains candidats ont décidé d'arrêter avant la fin, quitte à perdre tout l'argent, mais ils n'étaient pas si nombreux et prenaient leur décision bien tardivement. La plupart actionnait vite fait bien fait la manette en disant « désolé, ça va faire mal ! », certains éclatant même de rire à la première plainte de leur souffre-douleur, un homme uniquement présent pour se prendre des décharges électriques afin qu'un candidat qui lui est inconnu gagne un million d'euro. Mais aucun ne trouve la situation étrange. Aucun ne s'offusque réellement, même celle qui disait refuser de le faire avant d'entrer sur le plateau. Elle qui trouvait ce jeu scandaleux y a participé sans plus rien dire.

Poussés sans grande argumentation (autre que le million d'euros), on se rend compte que la majorité des participants n'ont pas hésité à envoyer des décharges électriques de plusieurs centaines de volt, sur un inconnu.

Dans ce contexte-là, difficile d'étudier le pouvoir de la télé-réalité, ni même de la télévision, puisque l'argent en jeu a certainement été la meilleure raison de poursuivre le jeu pour les participants. Pourquoi vendre cette nouvelle expérience comme une étude critique de la télé-réalité quand il ne s'agit que d'argent ? Soit l'argent n'aurait pas dû entrer en compte, soit l'émission n'aurait pas dû être vendue comme telle, mais plutôt comme une étude critique sur le pouvoir de l'argent sur le commun des mortels, qu'il s'agisse de télévision ou non.

En tout cas, le résultat est affligeant. Ce ne sont pas réellement ces candidats qui sont le plus à blâmer (du moins, pas seulement eux), mais nous tous de laisser des émissions de télévision des plus violentes nous endormir puis nous détruire le cerveau à petit feu. Nous tous de nous laisser faire, de ne pas réagir, ou trop peu souvent et d'en arriver à électrocuter un inconnu devant un public consentant pour gagner de l'argent, même s'il s'agit d'un million d'euros. Nous tous d'être complices de ces concepts ahurissants et abrutissants qui consument les cerveaux de nos chers bambins. Nous tous de n'être que du temps de cerveau disponible. Merci M. Le Lay.


À suivre, une critique d'Acide Sulfurique d'Amélie Nothomb, pamphlet contre la tété-réalité.

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Vers un renouveau du film d'animation

Publié le par Sébastien Almira

Entre suites à n'en plus finir et dessins animés japonais, on ne sait plus où donner de la tête. Voilà de trop longues années qu'on nous en fait ingurgiter de tout côté, de trop longues années où la qualité baissait de plus en plus, de trop longues années que Disney nous servait des petits dessins animés gentillets mais sans intérêt. Mais depuis l'apparition de Pixar dans l'animation de synthèse, le paysage du film d'animation a changé.

L'aventure commence lentement mais sûrement en 1995 avec le premier volet de Toy Story. Face à la qualité et au succès du long-métrage, un accord est signé en 1997 avec Walt Disney pour cinq films d'animation en co-production. Suivent 1001 pattes, Toy Story 2, Monstres et Cie, Le monde de Némo et Les Indestructibles (respectivement Oscars du meilleur film d'animation 2003 et 2004.
En janvier 2004, Pixar rompt les négociations avec Disney sur une éventuelle prolongation du contrat et se met à la recherche d'un autre partenaire. Mais, digne d'un thriller, l'affaire connait deux ans plus tard un retournement de situation, et pas des moindres : Walt Disney rachète les studios Pixar pour 7,4 milliards de dollars. L'alliance définit clairement le positionnement des deux maisons : chacun reste sur son terrain de prédilection, Walt Disney dans le dessin traditionnel et Pixar dans l'animation de synthèse.
Du côté de Pixar, le succès s'accroit de façon exponentielle avec Cars en 2006 (Golden Globe du meilleur film d'animation), Ratatouille l'année suivante (Oscar du meilleur film d'animation) et enfin Wall-E également Oscar du meilleur film d'animation ! Sont prochainement prévus le troisième volet de Toy Story (2010), le second de Cars (2011) ainsi que Là-haut  qui fera l'ouverture du festival de Cannes le 13 mai 2009 et 1906 cette année.
Les films Pixar sont toujours d'excellente qualité, souvent récompensés par les Oscars ou les Golden Globes, et très appréciés par le public, qu'il soit en bas âge ou bien majeur ! Chez eux, on ne se presse pas, un ou deux films par an, pas la peine d'être présent toute l'année en proposant de la basse qualité. De plus en plus, un fond que les enfants ne comprennent pas forcément est présent dans leurs productions comme l'attitude du peuple face à l'écologie et à la survie de la planète dans Wall-E ou encore, comme dans beaucoup de dessins animés, l'acceptation des personnes différentes comme c'est le cas dans Ratatouille. En somme, un film Pixar, c'est une qualité, un message, du second degrés, tout public et, surtout, un très bon moment en perspective, que ce soit en famille ou entre amis.


Quant à Walt Disney, la machine à chef-d'oeuvre, elle nous pond depuis 1937 avec Blanche-Neige et les sept nains, de pures merveilles devenues des classiques : Pinocchio et Fantasia en 1940, Bambi en 1942, Cendrillon en 1950, Alice au pays des merveilles en 1951, Peter Pan en 1953, Mary Poppins en 1964, Le livre de la jungle en 1967, Les aristochats en 1970, La petite sirène en 1989 ou encore Aladdin en 1992 jusqu'au Le Roi Lion en 1994.
Et là, tout s'écroule. Déjà le début des années 1980 laissait entrevoir une fuite de l'imagination des créateurs de Disney. La majorité des films produits depuis a été oubliée, presque plus de grosse production que tout le monde veut voir. Les années 1990 prouvent encore mieux le déclin de Disney. La pathétique aventure des suites commence : Aladdin, Winny l'ourson, La Belle et la Bête, Pocahontas, Le Roi Lion et Fantasia sont touchés. Les années 2000 ne font qu'accentuer le chemin pris par Disney les quinze années précédentes : des suites à n'en plus finir (Dingo et Max, La petite sirène, La Belle et le clochard, Peter Pan, Cendrillon, Le Bossu de Nôtre-Dame, Les 101 dalmatiens, Le livre de la jungle, Le Roi Lion, Mulan, Tarzan, Lilo et Stitch, Kuzko, Bambi, Frère des ours, Rox et Rouquy, Cendrillon et La Fée Clochette), des films de moins en moins connus, des sorties quasi mensuelles (entre quatre et dix sorties par an !), etc.
Pour les prochaines années, sont d'ores et déjà prévus un troisième et un quatrième volets de La Fée Clochette ainsi qu'un Fantasia 3... Est-ce que le règne de Walt Disney est en train de s'écrouler, laissant la place à une réel renouveau dans l'animation avec les studios Pixar ?

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