David Tavityan, Lorraine Super-Bolide, roman, 200 pages, Sarbacane, Collection EXPRIM', août 2011, 14 € **
De David Tavityan, je ne connaissais que la couverture du précédent livre, Comment j'ai raté ma vie de super-héros. C'est donc vierge que je commençais Lorraine Super-Bolide.
D'abord, j'ai été conquis par la couverture. Il me semble que c'est la première fois qu'une couverture Exprim' me plait autant. Il faut dire que la fille est assez jolie et que le rose égaye l'ensemble. À l'intérieur, c'est un peu le même principe : heureusement que Lorraine est là !
Pour tout dire, je ne sais même pas si le livre m'a plu, ou bien si il ne m'a juste pas déplu. J'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire. Lorraine est « une fille de seize bougies taillée comme une sauterelle qui se sent pousser des ailes » lorsqu'elle vole des voitures pour rouler à fond la caisse sur l'autoroute, en ville ou en campagne. Elle a déjà « cinq bagnoles désossées, des fractures et un coma pour (sa) pomme ».
Son problème, c'est son père. Un « pauvre acteur frenchyde seconde zone à Hollywood » devenu ponte de l'industrie cinématographique, métier qui lui prend assez de temps pour l'empêcher d'être à la maison pour voir Lorraine grandir. Alors elle tente de se faire remarquer, de montrer sa détresse à son père. Par tous les moyens.
C'est ce que David Tavityan nous montre au début du roman, quelques scènes pour expliquer l'absence de « papa Gaby », les crises et les déboires de Lorraine (séjours à l'hôpital notamment). C'est un peu gros, un peu lourd, l'auteur en fait trop, je n'y croyais pas et ça m'a agacé.
« Pitoyable, il se met à pleurer. Mais je le connais bien, mon Gaby. Sur sa planète, il pleure d'un œil et rit de l'autre. Non pas qu'il soit vulnérable. Au contraire : ça le broie encore plus, de vivre ses joies et ses peines comme il le fait, en secret. Et rien que d'y penser, des frissons me saisissent. Le connaissant mieux que quiconque, je sais qu'une fois ce mélo consommé jusqu'au mot Fin, il retournera à des amours plus gratifiantes : son cinéma et ses studios. Tout en prenant garde à moi, d'un oeil, bien sûr. Comme il l'a déjà si bien fait, à l'issue de mes précédents crashs. » page 33
« Ça reste une histoire rock'n'roll, la mienne. Compliquée. À toujours faire des pieds et des mains pour montrer qu'on est là. Le bazar qui nous sépare, Daddy and me, c'est ce langage qu'il parle, dialecte si spécial de bisinessman, truffé de mots comme piastres, pépètes et milliards; je la connais par cœur sa musique de big sous qui tombent à toute heure dans son escarcelle, et pourtant je n'y entend toujours rien de clair. » page 34
« Souvent je voudrais devenir métal blanc, papier-monnaie, n'importe, pourvu que je représente assez d'intérêt à ses yeux ! Souvent, je me plais à me rêver en effigie de billets de banque. Serais bien au chaud, en dizaines d'exemplaires au fond de son portefeuille en croco, tournoyant entre ses mains, palpée à tout-va, adorée telle la déesse de l'oseille... » page 34
De plus, l'adolescente use d'un langage très accrocheur mais vite éreintant :
« Une idée fabuleuse me dégèle. Jimmy, le stagiaire qui m'a coiffée la dernière fois et refilé son numéro. Il m'adore, qu'il m'a dit, m'avait même procuré de quoi me faire un petit rail de coco. Je l'télémuche, il décroche, on discute... encore raté : il me la prêtera pas sa caisse pourrie. M'invite à Eurodisney, pour se rattraper. Un vrai gamin, un qui n'a pas de quoi me ramener à la vie, aucun programme mortel & démentiel ! Pfff... »
Elle est ce qu'elle reproche aux autres : une gamine, puérile. Son parlé rapide, violent, jeune, colle parfaitement à son image et à l'image de la collection Exprim', mais fatigue vite. Les situations extravagantes dans lesquelles elle se met (elle parle de cul, boit tout l'alcool qu'elle peut trouver, est tellement folle de vitesse qu'elle se lance presque volontairement contre des murs, veut filmer Blanche-Neige et deux ou trois nains en pleine action, etc.) et le style, c'est-à-dire tout ce qui fait le roman, m'agaçait et je continuais non pas par plaisir, mais pour en arriver à bout.
Ensuite arrivent les androïds. Père riche oblige, un androïd s'occupe de la maison. Puis Lorraine, en mal d'amour, s'entiche de Captain Spirit, robot quasi humain aux facultés de mentaliste hors du commun, dont elle va tomber amoureuse. Mais comme le dit cet adage un peu naze : il faut se méfier de l'eau qui dort ! Car Captain Spirit va vite se révéler très bon dans d'autres domaines que le mentalisme et le sexe (oui, oui, Lorraine va coucher avec un robot !) : celui des catastrophes !
Le roman se termine en eau de boudin (oui, aujourd'hui, c'est le jour des expressions idiotes) et il plaira certainement à beaucoup d'autres, mais je n'ai pas été conquis par le tempérament extravagant, provocateur et explosif de Lorraine Super-Bolide (du personnage, comme du roman). Pas assez ancré dans la réalité, pas assez fantastique (et/ou fantasque). Pourtant rien de fondamentalement mauvais, l'univers est coloré et déglingué, et j'aime habituellement ça. Mais là, je n'ai pas été emballé plus que ça.
Merci à Cécile et aux éditions Sarbacane pour l'envoi de ce livre !