Attentat à la Culture #1

Publié le par Sébastien Almira

Pour la survie

de la

musique française

 

 

et le bien-être

de la

population française,

 

 

 

je propose

un attentat

contre

Philippe Katerine.

 

 

 

16913-philippe_katerine_et_ses_parents.jpg

 

 

http://www.deezer.com/fr/#music/katerine/philippe-katerine-648778

 

N'écoutez surtout pas

Bla bla bla, Des bisous, Moustache, J'aime tes fesses,

Il veut faire un film, Philippe,

Juifs Arabes, Musique d'ordinateur et Le champs de blé.

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Bernard Quiriny, Les assoiffées, roman, 390 pages, Le Seuil, août 2010, 21 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Après deux recueils de nouvelles fantastiques, dont Contes Carnivores  (2008) a reçu de nombreux prix, Bernard Quiriny publie un premier roman à l'air prometteur. L'année dernière déjà Le Seuil publiait un jeune auteur rapidement encensé par les médias, les libraires et les prix littéraires avant de rencontrer un beau succès : Vincent Message avec Les Veilleurs. Cette année, au tour de Quiriny ! Et de nouvelles, il passe directement à une uchronie de quatre-cent pages.

 

 

« En 1970, une révolution renverse le pouvoir au Pays-Bas. L'année suivante, elle s'étend à la Belgique puis au Luxembourg. L'ancien Benelux est aujourd'hui, au cœur de l'Europe, le pays le plus fermé du monde. »

 

Passée cette accroche inutile et redondante (on sait de quoi ça parle, on a lu la quatrième de couv', on a entendu parler du livre, et on va le relire dans les pages suivantes, alors à quoi bon ?), on plonge littéralement dans le roman. Je reconnais avoir trop tendance à utiliser cette expression mais elle est totalement vraie ici. Dès la première page, j'ai su que je ne pourrai plus lâcher le livre qui s'annonçait déjà comme le meilleur de cette rentrée 2010.

 

quiriny.jpgPierre-Jean Gould négocie depuis deux ans avec les autorités belges un voyage exceptionnel qui permettrait à six Français du monde des médias et de la politique de découvrir cet Empire tellement utopique qu'il fait jaser les femmes du monde entier. Voilà donc qu'il y parvient et que le roman commence.

Le premier fil de la narration débute avec l'un des Français, Langlois, qui nous explique la raison du dîner chez Gould (la proposition du voyage) et le départ pour la Belgique. Le second avec Astrid Van Moor le 3 février d'on ne sait quelle année. La quarantaine, mère de deux filles, Judith et Virginie, elle écrit son journal intime. Avec elle, on découvre l'Empire des Femmes de l'intérieur, qui n'est autre qu'une  dictature féministe extrême. On la voit essayer de survivre avec le peu de moyens dont elle dispose pour ses filles tout en rendant visite à son fils caché par une nourrice trop bien payée ; on comprend l'engouement des femmes pour Judith, la Bergère, on écoute le récit de l'histoire d'Ingrid, la grande Bergère, qui a renversé les hommes et créé son monde ; on visite la nouvelle Bruxelles dont la majorité des monuments ont été rasés après la révolution et remplacés par d'autres à l'effigie d'Ingrid et Judith ; en somme, on apprend la vie à l'Empire.

Dans la troupe de Gould, chacun devient tour à tour le personnage visé par un narrateur interne. On découvre avec eux ce que les autorités ont bien voulu montrer à ces premiers visiteurs persuadés de participer à un voyage historique qui prouvera au monde entier la réalité fantastique de l'Empire.

 

Dans chacune des deux interprétations contradictoires, on se heurte à deux autres possibilités. Dans la bande à Gould, il y a ce que les autorités montrent et ce que certains commencent à croire caché (la multiplicité des narrations françaises, fort bien menée par l'auteur, permet d'avancer dans l'histoire grâce à divers points de vue). Chez Astrid, il y a un tiraillement constant entre ce qui est rabâché à longueur de temps à travers discours, films et évènements de propagande et les inepties auxquelles elle doit faire face en tant que citoyenne de l'Empire.

Partant du principe que Quiriny singe les états totalitaires, on se doute rapidement que tout n'est pas rose, que l'école aux enfants sages et les lacs artificiels visités par les Français cachent de lourds secrets, que ce qu'on force à croire au peuple n'est pas si logique que ça : aucune ne s'offusque que pour renverser les rôles, on traite les hommes comme des chiens, les réduisant au rôle de larbins, les tenant en laisse, les forçant à subir des humiliations, des ablations et à faire don de leur reniement à Judith, qui règne d'une main de fer sur l'empire créé par sa mère. Toutes apprennent par cœur les changements de vocabulaire, de genre et d'orthographe permanents visant à féminiser tout ce qui est bon et à bannir les termes trop masculins des terres féministes. Toutes se sont mises dans la tête que les hommes ne sont bons à rien et que les haïr est leur plus grand devoir après celui de vouer un culte aux Bergères. Aucune n'est tentée de coucher avec un homme, l'idée même les répulse. Il est d'ailleurs étrange de voir que dans cette uchronie devenue dystopie il est interdit à une femme d'avoir une quelconque relation avec un homme et obligatoire d'être lesbienne quand de nos jours il est quasiment interdit d'être homosexuel... La liste des lois et devoirs ahurissants (pas de droits, non...) établis dans l'Empire serait trop longue à énumérer, même à résumer ici, mais Quiriny a reproduit au Benelux une parfaite dictature d'antan, à la propagande travaillée à l'extrême (faux attentats maîtrisés, grandes fêtes nationales, brigadières à tout coin de rue, etc.).

 

 

J'ai suivi les aventures tragi-comiques des Français et l'ascension d'Astrid jusqu'à la page 303 dans la plus grande passion et le plus grand culte que les citoyennes doivent à leur Bergère. J'étais heureux qu'après Nothomb, je lise enfin un bon roman dans cette rentrée ! Mais à ce stade du roman, je me suis dit que quelque chose n'allait pas, qu'en quatre-vingt dix pages, l'auteur, même novelliste, n'aurait pas le temps de m'offrir la fin que j'attendais.

Et à trente pages de la fin, toujours pas de signe positif, toujours pas de signe du tout. Je m'attendais comme dans les grands romans d'anticipation ados, à ce que les Français et/ou Astrid se mettent en branle contre le système, que quelque chose soit fait, qu'il se passe quelque chose. Mais non ! Il ne se passe pas plus que les aventures qui m'enchantaient jusque-là. Attention, je ne dis pas que le roman est devenu mauvais, les deux récits m'enchantaient toujours. Seulement, de la part d'un auteur belge, j'ai eu peur de me trouver avec un de ces Nothomb où il manque une fin décente.

 

quiriny2.jpgEn pleine remarque négative, j'en profite pour m'étonner d'un style riche et fluide qui laisse apparaître ça et là de petites horreurs. Outre les « A » majuscule sans accent du Seuil, on peut lire page 58 « Il n'était que de voir comme elle aimait les rassemblements », page 52 « une femme qui veut devenir meilleur. » et « Trouvant que ce n'est pas de jeu, je ne participe pas à ces mascarades. », page 122 « c'est un débat que je n'ai pas assez de culture pour trancher » ou encore page 313 (comme souvent ailleurs) « Lotte la suivit sans un mot, incertaine si ce n'était pas un rêve, incertaine si elle raconterait tout cela aux autres. »

Alors, chers amis, chers lecteurs, aidez-moi. Sont-ce mes limites de la langue française qui me jouent des tours ou Bernard Quiriny aurait-il écrit des aberrations que personne au Seuil n'aurait corrigées (déjà vu dans cette maison, par paquets dans Un chasseur de lions d'Olivier Rolin) ?

 

Puis il y a une fin. Oui, il y a une révolution. Mais une révolution de dix-neuf pages. Un dénouement qui se voudrait explosif, comme le livre que l'on referme, qui dure dix-neuf pages et qui a l'air d'en faire cinq. Bâclée, la fin de l'Empire, comme le retour des Français sur sensiblement le même nombre de pages. Huit lignes page 391, une ligne page 397, pour écrire le sort d'une dizaine de personnages principaux. Des détails sont oubliés, des questions laissées sans réponse, des personnages mal achevés (une demi-ligne d'un épilogue pour laisser penser qu'ils sont morts, à un moment ou un autre...).

 

Et puis, je lis ça et là que ce roman n'est pas le premier plagiat de Bernard Quiriny, que Riad Sattouf a envoyé son héros Pascal Brutal dans une dictature féministe en Belgique, que dans Le silence de Jane Dark de Ben Marcus la haine des hommes et les changements linguistiques avaient déjà lieu, et que Quiriny affirme n'avoir eu aucune influence pour ce roman tout en riant de celles qu'on pourra lui attribuer (interview). À cette déception s'ajoute celle qu'il ne connait tout simplement pas les réponses qu'il ne nous donne pas (« Ah ! C'est toute la question du roman, et je n'ai pas la réponse », « difficile à dire », etc. voir interview précédente).

Son roman est inachevé aussi bien sur papier que dans sa tête. Dommage après d'aussi grandes promesses. Si cependant rien de ce qui m'a déçu ne vous gêne outre-mesure, vous aurez des chances de considérer Les assoiffées comme un chef-d'oeuvre et de me huer pour ne pas lui avoir décerner cinq étoiles.

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