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Lucile Bordes, Je suis la marquise de Carabas, roman, 140 pages, Liana Lévi, août 2012, 14,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE CŒUR !

 

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Voilà un bien joli premier roman. De ces découvertes qui nous émerveillent, qui nous emportent le temps de quelques heures, qui nous font voyager dans un imaginaire fantasque et intimiste. Celui de la famille Pitou. Du Grand Théâtre Pitou.

 

Une jeune femme traque les indices discordants dans la biographie de son grand-père, un instituteur au soir de sa vie. Lui qui n'a jamais rien dit lui révèle qu'elle vient d'une longue lignée (une centaine d'années !) de marionnettistes forains. C'est l'occasion de traverser des pages d'histoire de 1850 à 1953, dans un roman certes très court, avec Auguste, le premier Pitou, Crasmagne, la marionnette vedette, et les générations suivantes. C'est l'occasion de découvrir la création des décors, des costumes, le montage des spectacles, le succès grandissant de la petite troupe familiale, jusqu'à l'arrivée tonitruante du cinéma, qui ne sera pas sans incidences. C'est l'occasion de traverser un pan d'Histoire à travers une famille de voyageurs.

 

Tout en douceur, tout en émotions, Lucile Bordes brode (oh le joli jeu de mot !) le récit de la famille qu'elle vient de se découvrir, sa famille. Vraiment, je ne saurais vous en dire plus, sinon que c'est un petit bijou qui se lit avec beaucoup de plaisir. Pour celles et ceux qui ont déjà suivi mes conseils sur Les Souffleurs de Cécile Ladjali, ou qui l'ont lu d'eux-mêmes, si vous l'avez aimé, vous risquez d'aimer aussi cette petite balade fantasque !

 

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Abdellah Taïa, Infidèles, roman, 180 pages, Seuil, août 2012, 16,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Auteur de L'Armée du Salut et du Jour du Roi (Prix de Flore 2010), Abdellah Taïa est le chef de file de la jeune littérature maghrébine. Vu comme un infidèle par les islamistes, il est adulé par les jeunes et les modernistes. Son credo ? Prôner la liberté, toutes les libertés. La liberté de penser, de dire, d'agir, d'être.

 

Dans Infidèles, il raconte l'histoire d'une mère et son fils. Deux Marocains qui finiront par fuir en Égypte, à la recherche de la liberté, de leur salut. Jallal aide sa mère, Slima, à trouver des hommes. Car, comme sa mère adoptive, Slima est prostituée et introductrice. Elle vends son corps et elle aide les jeunes mariés à réussir leur nuit de noces, quitte à masturber le mari pour le faire bander et à introduire elle-même son sexe dans le vagin vierge de la mariée.

Il y a cette réalité, déjà terrible, puis celle d'après. La souffrance des conséquences d'un métier à risques, d'une jeunesse perdue, de vies éteintes qui ne s'illuminent qu'en présence de l'autre et de ce mystérieux soldat qui partage leur adoration pour Marilyn Monroe et ne leur causera pas que du bien.

Puis il y aura deux rencontres, l'un après l'autre, qui bouleverseront irrévocablement leur vie : deux belges convertis à l'Islam. Hasard ? Lumière ou ombre ?

 

« Et d'où cette rumeur est-elle partie ? Tu le sais ? Du Maroc, j'imagine. Elle n'a pas pu naïtre ailleurs. Il n'y a que ce pays pour pousser à ce point-là ses citoyens vers le précipice. Tenter de détruire coûte que coûte. Les poursuivre partout de sa malédiction. Je ne sais pas si Samira Saïd (chanteuse marocaine ayant elle aussi fui en Égypte) a couché ou non avec ces pétrodollars, mais elle a eu en tout cas raison de quitter le Maroc. On fait tout pour vous arrêter, vous contrôler, vous maintenir petit, petite. Là-bas, on vous oblige à vous prostituer, on vous prend votre argent, et, après, on vous renie, on vous traite de salope, de femme indigne, de mécréante. Mais ce sont eux les mécréants. Des êtres sans cœur. Je suis sûre que Samira Saïa n'a pas fait ce film porno. Les Marocains, enragés maintenant qu'ils n'ont plus prise sur elle, ont inventé cette histoire. Ils ne comprennent pas qu'on aille ailleurs et qu'on s'y épanouisse. Cela les dépasse. Tout de suite, on vous considère comme un traître. Elle a eu raison de partir et d'aller contre tous. D'aller loin. Et si, pour eux, réussir c'est devenir une pute, alors toutes les Marocaines sont des putes. » page 85

 

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Abdellah Taïa n'y va pas de main morte dans cette chronique accablante du Maroc à travers une mère et un fils pas comme les autres. Sans peur de la cruauté et de la vulgarité, il dresse un portrait sans concession d'un pays à la dérive, de vies à l'abandon.

Tel une Christine Angot, il commence son récit de manière très déplaisante : des phrases courtes. Très courtes. Des phrases courtes et répétitives. Très. Comme je le fais. Comme ça. Et c'est énervant. Très. Il se rattrape néanmoins par la suite en revenant à une écriture plus fluide, moins saccadé, plus agréable, jusqu'au final original, sur un ton moins grave, presque drôle.

Il s'agit d'un beau roman, qui peut bouleverser comme n'avoir aucun effet. Ce sera un juste milieu pour moi. Pas une lecture indispensable, mais un roman important pour dire une réalité qu'on ne connait pas entièrement, un roman qui peut en toucher plus d'un, plus d'une.

 

« Casablanca avait en elle, dans son ventre, huit millions de Marocains qui venaient de partout. Du Rif. De l'Atlas. De Fès. De Taourit. D'Errachidia. De la Chaouia. De Doukkala. Des Arabes. Des Berbères. Des ivrognes. Des ambitieux. Des prostituées. Beaucoup de prostituées. Des âmes perdues. La jungle. La folie. L'injustice partout, jour et nuit. L'arrogance. La perversion. L'Argent-roi. Le crime pour loi. Rien de romantique. Tout était sale. Tout était pourri. Tout était en train de disparaître, de s'effondrer. Tout était échec. Tout était fermé. Y compris les portes de Dieu. Tout était meurtre. Meurtres. Casablanca était une ville triste. Plus qu'ailleurs au Maroc, la tristesse profonde, inguérissable, avait envahi tout dans cette ville. L'espoir n'existait plus. L'Islam libre, ouvert, n'existait plus. L'amour y était inconnu, étranger, désespéré. » pages 157-158

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Leslie Kaplan, Millefeuille, roman, 250 pages, POL, août 2012, 16 € *

Publié le par Sébastien Almira

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« Quand je l'ai connu, Jean Pierre Millefeuille habitait déjà depuis longtemps rue Antoine-Bourdelle, une petite rue à côté de la gare Montparnasse. Conversations, échanges. Séduction réciproque. Pas du tout le vieux crispé sur ses acquis de pensée, ses habitudes. Une fois j'allai chez lui avec Zoé, la fille d'une amie. Après Zoé me dit, Je ne sais pas si je l'aime, non vraiment je ne sais pas.

Pourtant elle retourna le voir, et emmena même Léo, un amoureux. C'est là que tout a commencé. »

 

C'est ainsi que Paul Otchatovski-Laurens a choisi de vendre le nouveau roman de Leslie Kaplan. Ça ne casse pas des briques, mais ça m'a interpellé. J'avais envie de savoir à quoi correspondait ce « tout » qui avait commencé comme ça.

Ah oui ! Aussi, ce qui m'a intrigué et attiré, c'est surtout le titre. On ne se refait pas !

 

Jean-Pierre Millefeuille, professeur à la retraite, veuf, obsédé par mort et par ses pensées, écrit un article sur les rois pour un magazine (ça fait des mois qu'il y est...). Il voit des amis (Micheline, Jeanne, Charles, Ernest et par mégarde Joseph le SDF), Zoé et Léo, son fils Jean. Il passe son temps à lire Shakespeare, à boire des bières et manger de la choucroute à la brasserie d'en bas. Il fait les boutiques pour s'acheter des chaussures. Va souvent « voir les nouveautés » à la Fnac rue de Rennes, alors qu'il la trouve laide et n'y achète jamais rien. Organise des dîners, des soirées entre amis où on boit du bon vin et on parle littérature. Des fois, il part même en week-end chez Micheline. Il ne semble pas avoir de problèmes d'argent.

Ses problèmes, à Millefeuille, c'est la mort, les cauchemars (un jour, il se voit sans nez...), c'est le premier chapitre du roman de Léo qu'il est censé lire et commenter, c'est le jeune couple de SDF à qui il a donné cent euros et qu'il souhaite aider.

Voilà l'histoire de Millefeuille, et du roman. Un homme qui mange de la choucroute, lit Shakespeare et qui commente souvent ses pensées à voix hautes.

 

« Le type plus âgé qui était avec eux, lui, avait vraiment l'air d'un sale type, une allure de délinquant, peut-être une sorte de chef.

Après tout, je n'en sais rien.

Trop facile, eux, des innocents.

Quand on est si jeune... quand on est si jeune... quoi, quand on est si jeune ?

Pas une excuse d'être jeune. Pas un crime non plus.

Et pareil pour les vieux, se dit Millefeuille en rigolant.

Moi je suis vieux, et j'ai l'intention d'être encore plus vieux.

Il faut que j'aie le temps... se dit Millefeuille.

Le temps de quoi ? se demanda Millefeuille.

Le temps, le temps...

Le temps de commettre tous les crimes que je porte en moi, se dit Jean-Pierre Millefeuille, et il se mit à rire tout seul, un vrai rire.

Je pense trop, se dit Millefeuille, quand on commence... quand on commence...

Eh bien quand on commence on pense n'importe quoi, se dit Millefeuille en se levant et en se secouant.

Il se rassit en se disant, C'est idiot. J'ai envie de rester encore un peu.

Un ange passa. »

page 121, où Millefeuille est assis, seul, dans un parc. Je n'ai oublié aucun mot, aucune virgule, rajouté ni enlevé aucune majuscule.

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Ce qui est le plus original dans le roman, ce n'est certainement pas l'histoire, vous l'aurez compris. C'est l'écriture de Leslie Kaplan. Je n'avais rien lu d'elle avant Millefeuille, alors je ne sais pas si la construction est propre à ce roman ou si c'est une habitude chez l'auteure de Mon Amérique commence en Pologne. Les codes structurels du récit sont littéralement explosés. Les dialogues ne sont signifiés que par quelques « dit-il » au milieu d'une phrase, par une majuscule après une virgule, pas un saut de ligne. Mais pas de tiret, pas de guillemets. Il faut se débrouiller avec le peu d'informations pour démêler la narration des pensées de Millefeuille et des dialogues.

Les codes grammaticaux sont également bousculés. Mais ça, c'est plus habituel dans la littérature française. Et puis il ne faut pas oublier qu'on est chez POL, la maison où il fait bon écrire différemment.

« Il se fit un café et des toasts en écoutant les nouvelles, et ensuite avec un peu de temps d'avance il sortit, direction Opéra, Quand faut y aller faut y aller. » page 30

 

Rien de bien transcendant dans l'intrigue, qui devient complètement débile à la fin. J'ai beau chercher un autre mot, moins familier, je ne trouve rien qui corresponde mieux à la fin du livre. Et puis, les pensées de Millefeuille, à longueur de temps, qu'est-ce que c'est agaçant (« Ah quel idiot, s'entendit dire Millefeuille, excédé, en même temps surpris par son propre ton. Pas de contenu précis, juste ça, Quel idiot. (…) Comme il détestait être surpris, et surtout se surprendre lui-même, il changea de sujet. » page 20, je précise que, dans cette scène, il est seul chez lui). C'est fatigant, il ne cesse de penser, dans sa tête, à voix haute, de se surprendre, de commenter ses pensées, de penser qu'il ne pense à rien, de penser qu'il pense trop. Ce livre n'est pas un épisode de quelques mois dans la vie d'un homme, mais la vie des pensées de cet homme.

 

Bref, j'ai été enthousiasmé un moment par la forme, puis ça a fini par me barber autant que le fond. Si vous avez trois heures à tuer, entraînez-vous plutôt à faire un millefeuille, et gardez-moi une part.

 

« Le téléphone va sonner, se dit Millefeuille. Le téléphone va sonner, quelqu'un va m'appeler, je parlerai à quelqu'un.

Le téléphone ne sonna pas.

Évidemment, pensa Millefeuille. Évidemment. Je n'existe pour personne. Et quand je mourrai... personne ne se souviendra de moi. » page 161

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Makenzy Orcel, Les Immortelles, roman, 130 pages, Zulma, août 2012, 16,50€ *****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR ! 

 

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Première surprise de la rentrée, et pas des moindres. Jeune auteur haïtien, Makenzy Orcel rend hommage aux putains de Port-au-Prince, parties dans l'ouragan.

 

« - Qu'est-ce que tu fais dans la vie, toi ?

Ma question préférée.

- Je suis écrivain.

- Écrivain ! Ça tombe bien... Tu me donnes ce que je te demande et toi après tu pourras m'avoir dans tous les sens que tu voudras.

Marché conclus. Je devais juste écrire et ensuite, la sauter. Ça me plaisait bien cette idée. Déjà le livre, ça ne se vend pas. Éditer à compte de sexe. Ça pourrait bien compenser certaines choses. »

pages 12 et 13

 

Et la prostituée de lui raconter l'histoire des filles de la Grand-Rue. Geralda Grand-Devant, la mère de toutes les putains. « Les hommes se bousculaient pour être le premier à goûter sa chatte, là, sous les yeux des autres » (page 89). La petite, surnommée Shakira. Celle à qui notre guide de la Grand-Rue a tout appris, celle qu'elle a prise sous son aile. Celle qui enchantait tous les hommes. Celle que rien d'autre n'intéressait que lire. Celle qui a fui sa mère. Sa mère qui la recherche activement, prête à tout pour avoir le moindre indice.

« La petite. Elle est morte après douze jours sous les décombres, après avoir prié tous les saints. Cette nuit-là, la terre voguait. Voltigeait. Dansait. S'abîmait pour s'exhumer d'elle-même. Se déchirait. Gisait au sol tel un mourant. Marchait sur ses propres décombres. » (page 15)

Et toutes les autres, pour ne pas qu'on les oublie. Pour les rendre Immortelles.

 

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Pas besoin d'en raconter plus, de toutes façons, c'est assez court, ça se lit comme on sent une fleur, comme on écoute un poème, comme on regarde danser une ballerine, comme on touche de la soie. Avec plaisir, avec délectation.

Je pourrais utiliser une quantité astronomique de superlatifs pour vous raconter ma lecture et vous donner envie, mais je dirais simplement que c'est un récit très poétique, pas vulgaire, dont la prose semble bénéfique tellement on s'enivre de la lire. Et je me suis bien ennivré de la petite musique de Makenzy Orcel dont j'attends de découvrir un prochain roman !

Enfin : c'est magnifique. Vous savez, quand on insiste, qu'on espace chaque syllabe pour accentuer le propos : MA – GNI – FI – QUE !

 

Allez, un dernier pour la route :

« Cette nuit-là, c'était brusque et rapide. Si seulement ça te laissait le temps de t'échapper. Comment veux-tu, l'écrivain, que je comprenne ça ? Le destin a voulu que tu sois là aujourd'hui, dans cette pièce, en face de moi, juste à cette place où elle aimait s'asseoir pour lire, pour que tu rendes comptes de tout ça. Pour que tu la rendes vivante parmi les morts. La petite. Elle le disait souvent, les personnages des livres ne meurent jamais. Sont les maitres du temps. » page 108

 

6 juin 2012

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Philippe Djian, Oh..., roman, 230 pages, 30 août 2012, 18,50 € *

Publié le par Sébastien Almira

Je ne vois pas l'intérêt de lire un roman de Philippe Djian, en tout cas celui-ci. Et je pourrais m'arrêter là. Mais ce serait gratuit et sans plus d'intérêt que ce Oh...

Non content d'être expert dans l'art des titres courts (Vengeance, Impardonnables, Oh..., Criminels, Sotos, Frictions, Incidences, etc.), Philippe Djian se croit obligé de nous les faire partager presque chaque année.

 

Michèle approche de la cinquantaine. Elle recouche de temps en temps avec Richard, l'homme avec qui elle a vécu vingt ans, le père de son fils. Son fils, Vincent, vingt-cinq ans, un bennet heureux de trouver un job chez McDo puis chez Quick, qui s'entiche d'une jeune mère, Josie, dont l'ex est en prison. Avec sa meilleure amie, Anna, elles ont créé il y a vingt-cinq ans AV Productions, une boite qui cherche les scénarios les plus susceptibles d'intéresser les producteurs. Elle couche également avec Robert, le mari d'Anna. Elle n'a plus de contact avec son père, resté « le monstre de l'Aquitaine » dans les mémoires pour avoir tué soixante-dix enfants en colo. Il est mourant, et sa mère Irène la somme de le voir, une dernière fois. Elle ne comprend pas l'entêtement de sa mère pour un homme qui a détruit leur vie. Enfin, Michèle s'est faite violer et reçoit des étranges messages qui la perturbent dans tous les sens. Apeurée et excitée, elle ne sait que faire.

 

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Voilà tout ce qu'il faut savoir sur Oh..., un roman assez ennuyeux, assez inintéressant. Du grand Gallimard. Ce à quoi il faut rajouter un style assez désagréable si on ne veut pas aller jusqu'à le nommer médiocre. Les idées, les phrases se suivent et se ressemblent. Il y a même quelques phrases qui sont répétées plusieurs fois dans le roman, parfois un synonyme sert de dérobade afin que l'on y voie que du feu. Une autre chose qui m'a énervé lors de ma lecture : la manie de l'auteur de passer d'une idée à l'autre comme ça lui chante. Point, à la ligne ou pas, hop, je réutilise les pronoms il ou elle sans toutefois parler des personnes que j'ai utilisé dans les phrases précédentes. On se retrouve ainsi avec une succession de phrases sans aucun lien avant de découvrir quelques lignes plus loin un prénom et de voir qu'on n'est plus ni au même endroit, ni avec les mêmes personnages.

C'est morne et inintéressant et sans que je sache pourquoi, je suis allé au bout. J'ai bravé l'absence de tempête, navigué avec les vents, qui me poussaient vers la sortie. J'ai regardé Michèle passer le roman entier à tenter de convaincre son fils que Josie est une connasse et qu'il faut les oublier, elle et « bébé-Edouard », je l'ai regardée se disputer avec son ex-mari parce qu'il sort avec une femme plus jeune et parce qu'il écrit des scénarios de merde, je l'ai regardée s'accrocher avec sa mère pas mal de fois au sujet de son père et enfin je l'ai regardée coucher avec Robert et se faire violenter non sans plaisir par l'homme cagoulé dont je tairai l'identité par respect aux fans de la première heure et aux masochistes qui s'ignorent mourant d'envie de lire Oh... un verre de Scotch dans une main, un fouet dans l'autre. Oh... flûte, il ne reste plus de main pour le livre.

 

Bref, vous l'aurez compris : c'est absolument passionnant ! Du sexe, de l'alcool, de la clope, du Philippe Djian quoi. Il ne se passe pas un instant sans que je me sois étonné de l'inventivité de l'auteur, sans que je me sois extasié devant une belle phrase, sans que je n'aie crié à qui voulait l'entendre que Philippe Djian était le meilleur auteur français et que Oh... méritait sans hésitation le Goncourt, l'Acédémie Française, le Renaudot, le Médicis et le Fémina. Et bien entendu, le Prix des Prix, une lubie à sa hauteur !

Au moins, j'aurais essayé, tenu jusqu'au bout. Je peux désormais passer à autre chose. Vous pouvez faire de même sans essayer.

 

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Dominique Resc, C'est qui Catherine Deneuve ?, récit, 180 pages, Autrement, août 2012, 15€ ***

Publié le par Sébastien Almira

resch.jpgDominique Resch est prof dans un lycée professionnel des quartiers nords de Marseille. C'est pas la joie, me direz-vous. Et bien figurez-vous que si ! Il s'efforce, dans ce roman-témoignage, de raconter son expérience et les raisons qui le poussent à continuer. Dis comme ça, ça a l'air chiant, hein ? Et si en plus je vous dis qu'il y a une visée sociologique ou, au moins, humaniste ? Je vous ai déjà perdus, c'est ça ? Revenez vite car vous auriez tort de rester sur votre première impression.

 

Pas barbant du tout, c'est drôle, c'est fin, ça se lit sans faim ! En une succession de tableaux, du jour de la rentrée au séjour au festival de Cannes en passant par les devoirs sur table, il pointe du doigt tout ce qui fait la difficulté et donc l'intérêt de son métier.

Lorsqu'un des élèves du collège privé pour gosses de riches où il intervient lui demande si il aime son métier, pourquoi il reste dans les quartiers nords, il ne sait plus quoi répondre alors que c'est justement tout le propos de son livre. Ça peut paraître utopiste, mais s'il y reste, c'est surtout parce qu'il se sent utile.

 

Après avoir détruit en quatre pages la réputation des quarts de feuille de présentation en début d'année, il raconte comment être un bon prof, respecté de ses élèves. Et la réponse n'est pas si évidente que ça. Je suis sûr que vous n'avez pas pensé au test de lancer de papier dans la poubelle. Si vous ne parvenez pas à viser la poubelle, à quatre mètres, avec une boule de papier froissé, si vous n'êtes pas capable d'arrêter du pied un ballon qui roule vers vous sans y jeter un oeil, pas la peine de passer le concours de prof, vous avez raté les premières épreuves !

 

La leçon de parler marseillais, à mourir de rire, reste mon passage préféré (pages 73 à 85), dont voici un extrait en cadeau :

« Il a donc fallu que je m'intéresse de près aux tics ainsi qu'au lexique de mes élèves pour qu'on puisse éviter les incompréhensions. J'ai donc appris le marseillais spécial quartiers nords. L'argot local.

Une des spécificités de cette langue du grand Nord, c'est l'existence de certains verbes curieux qui ont la particularité de ne pas connaître de conjugaison.

Rayave signifie « manger ». À l'infinitif, c'est donc le verbe « rayave ». Jusqu'ici tout va bien. Mais tout se complique (ou se simplifie, disons) dès le présent de l'indicatif :

Je rayave

Tu rayave

Il (elle, on) rayave

Nous rayave

Vous rayave

Ils (elles) rayave

Cette singularité de la langue marseillaise nordique ne s'arrête pas là, puisqu'on obtient au passé composé, au futur et à l'imparfait :

Hier, je rayave.

Demain, tu rayave.

L'année dernière, il rayave à la cantine tous les jours, mais plus cette année.

(…)

mars2.jpgOn notera, pour être complet, que le verbe manger est devenu, entre-temps, pronominal et qu'il possède, pour sa part, une signification tout à fait différente de sons sens original : on se mange la route, lorsqu'on tombe de scooter. On se mange le trottoir.

Le sens premier de ce verbe commence donc à disparaître. L'évolution de la langue est une chose passionnante. Et si le Larousse suit bien, dans 50 ans, on devrait obtenir ceci :

Manger, v. pr., du latin manducare. 1. Se fracasser sur le bitume. Se mettre la tête au carré. S'ouvrir le crâne. 2. Fam. Absorber, avaler un aliment. »

 

En gros, voilà un livre bien sympathique, qui se rayave en deux temps trois mouvements, même si on pourra sauter un ou deux chapitres répétitifs ou ennuyeux et si on se rend bien compte que l'auteur est prof de français (il étale adverbes, adjectifs, virgules sur le papier comme pour mieux nous expliquer un cours non compris).

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Jérôme Noirez, 120 journées, roman, 450 pages, Calmann-Lévy, 22 août 2012, 21,50 € °

Publié le par Sébastien Almira

 

noirez.jpgHabituellement auteur de science-fiction ou d'ouvrages pour la jeunesse, Jérôme Noirez est publié en cette rentrée chez Calmann-Lévy avec un roman hybride. Roman ado, roman noir, 120 journées ne peut pas laisser indifférent.

 

Huit collégiens (quatre garçons et quatre filles) sont enlevés par un petit groupe d'adultes dont leur proviseur, un ou deux professeurs, une psychologue, une bonne et un pédophile récidiviste. Ils sont enfermés à Silling, lieu sous-terrain dépouillé dont le dortoir représente la ville La Macle. Les lits des adolescents sont placés selon leur lieu d'habitation, une rigole scinde la pièce en deux pour figurer le fleuve, etc. À leur réveil, on leur annonce que l'expérience Silling durera quatre mois et qu'ensuite ils pourront rentrer chez eux.

120 journées pendant lesquelles ils vont assister à des rituels étranges, des simulacres de cours, des expériences de lecture. Certains se prendront des baffes, un autre se fera violer, un autre tuera une enseignante. Les jours se succèdent et se ressemblent. Si ce n'est qu'un ancien chroniqueur radio est embauché pour leur raconter une histoire tous les dix jours. Il a droit à quelques chapitres, sur sa vie, sur celle de sa fille Ninon. Lui n'est pas même sûr de s'adresser à ces prétendus adolescents. Mais chaque mois, il encaisse un chèque qui fait tourner la maison alors il continue.

 

120-journees.jpgPourquoi ? Pourquoi l'enlèvement ? Pourquoi ces enfants-là ? Pourquoi les faux cours ? Pourquoi le jeu vidéo en réseau auquel un inconnu semble jouer également ? Pourquoi les histoires à la radio ?

Et bien, je vous le donne dans le mille : pour rien ! Bon j'avoue, j'ai sauté une centaine de pages, j'en avais assez de suivre les journées à Silling sans avoir aucun indice, aucune information. L'histoire continue, mais rien n'avance. L'auteur ne fait rien pour nous plonger dans un univers qu'on imagine oppressant. Il ne fait que raconter des journées banales, les gosses semblent presque heureux d'être là tellement Jérôme Noirez rate son coup. Rien ne nous accroche sinon le désir de connaître les raisons de ce jeu malsain.

On en saura un peu plus seulement vers la fin. Lorsqu'on apprend que les encadrants ont monté le projet Silling pour punir leurs enfants de ce qu'ils n'ont pas réussi à leur enseigner. Mais l'aventure n'a pas fonctionné alors ils ont choisi d'autres enfants. Voilà. Autant dire que je me suis fait chier des heures pour un dénouement vraiment pourri.

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Amélie Nothomb, Barbe bleue, roman, 170 pages, Albin Michel, 23 août 2012, 16,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

barbe bleue

 

Amélie Nothomb et moi, c'est une grande histoire d'amour. Et comme dans toute histoire d'amour, à plus forte raison les grandes, il y a des hauts et des bas. Je ne vais pas vous la refaire chaque année mais, pour aller vite, il y a eu pas mal de bas dernièrement.

Cette année, ce que vous verrez en premier risque de vous éblouir, la première de couverture est magnifique. Le titre vous interpellera, Barbe Bleue, mais vous commencerez à vous demander si c'est un bon ou mauvais présage. Et enfin, la quatrième de couv achèvera de rendre votre appréciation mitigée : « La colocataire est la femme idéale. » Pour moi, c'est passer à côté du livre que de foutre cette citation en guise de résumé. On sait bien que les gens n'achètent plus Nothomb grâce au résumé, mais il y a toutefois eu plus frappant : « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus. Il leur en fallut le spectacle. » ou « La faim, c'est moi. ».

 

Mais le plus important, c'est ce qu'il y a à l'intérieur. Un détournement de conte, comme son nom l'indique. Un Grand d'Espagne, qui a fait de la dignité son métier (« Quelle est votre occupation ? - Aucune. - À quoi passez-vous votre temps alors ? - Je suis Espagnol. - Ma question n'était pas de cet ordre. - C'est mon activité. - En quoi consiste-t-elle ? - Aucune dignité n'arrive à la cheville de la dignité espagnole. Je suis digne à plein temps. - Et ce soir par exemple, comment manifesterez-vous votre dignité ? - Je relirai le greffe de l'Inquisition. C'est admirable. Comment a-t-on pu médire de cette instance ? » pages 19-20), prêt à tout pour défendre le catholicisme et avide de lectures ancestrales, vit cloîtré dans son hôtel particulier en plein septième arrondissement de paris depuis la mort de ses parents par explosion il y a vingt ans. Pour combler son ennui et son besoin de femmes, il publie une annonce de colocation à laquelle Saturnine répond.

Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est que les huit colocataires précédentes de don Elemirion Nibal y Milcar ont toutes disparues. Ont-elles succombé et bravé l'interdiction du maître des lieux ?

 

« Ceci est la porte d'entrée de la chambre noire, où je développe mes photos. Elle n'est pas fermée à clef, question de confiance. Si vous y pénétriez, je le saurais, et il vous en cuirait. » page 15

 

Après ce début prometteur, Amélie Nothomb fait ce qu'elle sait faire de mieux : un huis clos dont les fils se dénouent au fil de dialogues. Chez la Belge, nul besoin de descriptions extravagantes et poétiques, de parcours psychologiques de chaque personnage, de centaines de pages. Elle ne s'encombre pas d'inutile et va toujours au plus vite. Peut-être un peu trop si l'on pense au moment où la jeune femme tombe à son tour amoureuse de don Elemirio. Mais tout est réuni pour faire de Barbe Bleue un grand Nothomb : intrigue décalée, dialogues endiablés, questions métaphysiques, humour cynique, meurtres ou au moins disparitions inexpliquées, suspense, apologie du champagne (« L'inventeur du champagne rosé a réussi contraire de la quête des alchimistes : il a transformé l'or en grenadine » page 59), etc.

Et ce fut une très bonne lecture, je suis même resté éveillé jusqu'à 1h30 du matin pour le finir ! Mais comme l'an dernier, une fois le livre refermé, je me suis dit « ouais, ben c'était bien, mais c'est fini, quoi, et puis plus rien... ». À la différence que Tuer le père était un bon roman qui se lit facilement, agréablement, et qui n'en demandait pas plus alors que Barbe Bleue aurait pu être à la hauteur d'Hygiène de l'assassin, Les Catilinaires ou Cosmétique de l'ennemi s'il ne manquait pas tant de puissance. Car j'ai trouvé le problème de cette nouvelle création. Habituellement, c'est un problème de fin qui paralyse les romans d'Amélie Nothomb. Cette fois, c'est un manque cruel de puissance. Pour un roman qui se veut cruel, c'est ballot.

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Teju Cole, Open City, roman traduit de l'américain par Guillaume-Jean Milan, 350 pages, août 2012, Denoël, 21,50 € °

Publié le par Sébastien Almira

open city

 

Ne vous fiez pas au bandeau de l'éditeur : Beaudelaire aurait écrit un roman d'une bien autre trempe ! C'est l'histoire d'un mec qui marche pas mal. Faut le dire, le mec, il est balèze, parce qu'il marche bien 250 ou 300 pages sur 350. J'avais jamais vu ça, alors faut quand même saluer l'effort. Marcher aussi longtemps. Et puis surtout, raconter un mec qui marche sur autant de pages. Vu comment je me suis ennuyé en lisant les épreuves non corrigées, je me demande comment l'auteur ne s'est pas fait lui-même ennuyer en l'écrivant.

 

Ce qui est d'autant plus dommage, c'est que c'était le premier SP* que je lisais de la rentrée. Pas de résumé, pas d'argumentaire, pas d'info sur l'auteur qui en est à son premier roman. Seul le titre, Open City, m'a interpelé. Ça sonnait un peu anticipation, un peu roman noir, un peu suspense...

Ce qu'il y a de plus noir dans le livre, c'est le personnage principal, dont j'ai oublié le nom (je l'ai lu y'a un mois alors). Il est noir. Vu le peu d'informations que je suis en mesure de vous délivrer, je le dis, c'est toujours ça pour ajouter une ligne à cette première critique de la rentrée.

 

Donc, le mec marche le long de truc Street, quelques lignes plus loin, il croise un infirme sur machin Street, après, il va acheter un sandwich à l'angle de bidule Avenue et de quelque part Boulevard. Quelques pages plus tard, il rend visite à un ancien prof malade qui lui raconte que quelques jours plus tôt il a eu untel au téléphone. Après, il est rentrée chez lui en passant par somewhere Street, où il a aidé un vieillard à traverser.

Ça a duré bien soixante pages et à partir de là je me suis mis à sauter des paragraphes entiers, deux ou trois pages, puis carrément des dizaines de pages. Je voulais savoir ce qui se passait après. Si il y avait une histoire à raconter, autre que celle d'un homme qui marche. Et bien tenez-vous bien ! Parce que notre homme a continué indéfiniment de marcher le long de something Avenue en passant par boring Street. Sans rire, chaque fois que je sautais un passage, mes yeux se posaient sur une phrase qui commençais invariablement par « je marchais sur truc Street » ou « après avoir tournée au coin de machin Avenue et le Boulevard j'me fais chier, j'ai croisé un homme aux cheveux bruns. »

 

Bon, vous comprenez aisément que je vous déconseille de dépenser 21,50 € pour lire ça. Sauf si vous aimez marcher (ou regarder les autres marcher) et les noms de rues. Puis, je vous parlerai bientôt de bien meilleurs romans, alors passez votre chemin !

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* pour les non initiés : les libraires, journalistes, blogueurs, peuvent recevoir des Services de Presse de la part des éditeurs, avant la sortie du livre, sous forme d'épreuves non corrigées ou sous sa forme finale, texte corrigé, jaquette et tout.

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Rentrée littéraire de septembre 2012 : c'est parti !

Publié le par Sébastien Almira

 

646

C'est le nombre de romans attendus pour cette nouvelle rentrée littéraire. Dans quinze jours, ils vont envahir vos librairies tels un raz de marée, après une tout aussi dévastatrice cession de retours.

646 romans, un « signe de prudence » selon Livres Hebdo, qui doit avoir un taux d'expressions toutes faites à utiliser dans chaque articles. 8 romans sur 654 en moins, moi j'appelle pas ça un signe de prudence. J'appelle ça du hasard, un éditeur qui disparaît, Gallimard et Albin Michel qui auraient choisi deux manuscrits de moins sur une vingtaine, ou ce que vous voulez d'autre. Le mystérieux « ca », auteur de l'article, va plus loin dans ses investigations puisque « le nombre de romans français est inférieur de 2% à celui de 2011 », ou la la, 2%, j'en reviens pas !

Trêve de plaisanterie, cette année s'annonce aussi chargée que la précédente. Des grands noms en veux-tu en voilà, des premiers romans plus ou moins réussis, promis à plus ou moins de succès, des belles surprises, des grosses déceptions et de belles confirmations. Bref, vous aurez de quoi vous en mettre plein la tête. Mais pas n'importe quoi ! Des phrases poignantes, des jolies histoires, des personnages loufoques, des passages émouvants, des livres grandioses, oui ! Mais pas des phrases sirupeuses, des histoires inutiles, des personnages creux, des passages chiants à mourir, des livres navrants.

Et cette année encore, je suis là pour vous aider ! Avec déjà plus d'une douzaine de critiques sous le coude, je continue mes lectures, pour mon plaisir bien entendu, mais aussi pour vous éclairer dans le brouillard épais de la rentrée littéraire !

Alors bienvenue à vous dans ce joyeux bordel qui va durer jusqu'en octobre, à raison de deux ou trois articles par semaine, et bonnes lectures !


 

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Très prochainement, retrouvez les critiques, notamment et dans le désordre, des nouveaux romans d'Amélie Nothomb, Philippe Djian, Tierno Monénembo, Alain Blottière, Max Monnehay, Jérôme Noirez, Leslie Kaplan, Stéphane Michaka, Dominique Resch, Abdellah Taïa, Jérôme Ferrari, Chuck Palahniuk et des premiers romans de Makenzy Orcel, Lucile Bordes, Julia Deck et Teju Cole.

Vous trouverez également dans l'encart "Article à (re)découvrir" mes coups de coeur des rentrées précédentes, et courant septembre un récapitulatif des sélections des prix automnaux.

 

 

Critiques déjà publiées (cliquez sur le titre pour y accéder) :

- Téju Cole, Open City, Denoël °

- Amélie Nothomb, Barbe bleue, Albin Michel ***

- Jérôme Noirez, 120 journées, Calmann-Lévy °

- Dominique Resch, C'est qui Catherine Deneuve, Autrement (15 août)

- Philippe Djian, Oh... (17 août)

- Makenzy Orcel, Les Immortelles, Zulma (20 août)


 

photographies : Jérôme Ferrari, Amélie Nothomb, Tierno Monénembo, Chuck Palahniuk, Max Monnehay et Abdellah Taïa.

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