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David Foenkinos, La Délicatesse,roman, 200 pages, Gallimard, août 2009, 16 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Pour la quatrième critique de la rentrée publiée sur ce blog, je vous parlerai du nouveau Foenkinos, le premier que je lis. Et je ne suis pas déçu, voilà un nouvel auteur que je devrais suivre et pour lequel il me faudra rattraper mon retard !


Il commence par citer Cioran : "Un moine et un boucher se bagarrent à l'intérieur de chaque désir." C'est ce qui se passe pour Nathalie.
Elle rencontre son mari par hasard, si le hasard existe. Il l'aborde dans la rue, elle accepte sans trop savoir pourquoi d'aller boire un verre avec lui et c'est finalement le coup de foudre. Sept ans plus tard, il ne la quitte pas. Non, il s'en va seulement courir. Et il ne revient pas, c'est elle qui le rejoint à l'hôpital avant de pleurer sa mort et de s'emmurer dans le silence et la solitude, tel le moine de Cioran.
Elle met plusieurs années à s'en remettre et un matin, elle se met à marcher sur la moquette pour se rendre compte que, du haut de ses talons aiguille, elle est encore une femme, une vraie, et des plus féminines. C'est alors l'occasion pour Foenkinos de s'emporter contre l'inventeur de la moquette dans l'un des chapitres consacrés à des sujets très divers mais sans rapport direct avec la trame de l'histoire. Et c'est à ce moment-là qu'il fait entrer Markus dans l'histoire, lorsque Nathalie renait. Il n'est pas beau, il n'a apparemment rien de spécial, elle ne l'avait même pas remarqué auparavant, mais il est là. Au bon moment.  Alors, elle se met à marcher et l'embrasse. Ce n'est rien, juste le baiser de la renaissance, le premier. Une fois terminé, elle n'en a plus rien à faire. Markus n'est pas de cet avis.
Cioran définissait l'art d'aimer comme le mélange d'un tempérament de vampire et de la discrétion d'une anémone. C'est l'histoire du moine et du boucher. C'est ce qui se passe dans le coeur et dans le corps de Nathalie. Mais elle ne sait pas ce qui se passe en elle, elle ne parvient, jusqu'à l'avant-dernier chapitre, pas à mettre des mots sur ce qu'elle ressent. Et vous ne le saurez qu'en lisant ce roman écrit d'une plume légère, drôle, piquante et savoureuse dès sa sortie fin août !

"Sais-tu d'où nous vient notre puissance ? Du baiser, du seul baiser ! (...) Le baiser n'est qu'une préface, pourtant." (Le Baiser, Maupassant)

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Samuel Benchetrit, Le coeur en dehors, roman, 290 pages, Grasset, août 2009, 18 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Comme promis, voici une troisième critique de la rentrée. Après un livre au sujet que l'on pourrait qualifier de "dur", et le nouveau Nothomb, plus léger, je continue dans cette légèreté, toutefois de qualité, avec le nouveau Benchetrit.


Comme l'an dernier, Nicolas Fargues fait partie de la rentrée P.O.L. Mais ce mois d'août, il ne sera pas le seul beau gosse à s'offrir sur les tables de vos libraires. Car après Récit d'un branleur, les deux premiers tomes de ses "mémoires" (les excellentes Chroniques de l'asphalte), deux pièces de théâtre et des débuts en tant que réalisateur, Samuel Benchetrit passe chez Grasset pour publier son nouveau roman, Le coeur en dehors.

Il se met dans la peau de Charles Traoré, jeune malien de dix ans qui vit en banlieu parisienne. Son père "s'est tiré un mois après (sa) naissance en laissant (sa) mère et (son) frère aussi seuls que deux avants-centres du P.S.G.", son frère Henry détruit sa vie à coups de seringues et sa mère, Joséphine,  femme digne et respectable, fait tout pour l'élever du mieux qu'elle peut, jusqu'au jour où elle se fait embarquer par la police.

C'est le prétexte que prend l'écrivain pour nous raconter la vie de Charly, car c'est comme ça qu'il se fait appeler. Tout y passe, car Benchetrit est comme moi : une chose lui faisant penser à une autre et en entrainant forcément d'autres, on se retrouve avec plusieurs pages sans aucun rapport avec le sujet initial. Tout y passe donc : ses manies, ses rêves,  ses peurs, ses potes Yéyé et Karim avec qui il passe son temps, les autres ("Freddy Tanquin est ce genre de type. Un débile qui se prend pour un génie, ou un génie qu'a l'air d'un débile profond."), Mélanie Renoir, qui est en sixième aussi mais "qui a cinquante ans" tellement elle est parfaite (la femme de sa vie, si vous n'aviez pas compris , celle qui rend on ne peut plus timide ce petit rigolo nerveux), sa mère qu'il adore, son frère qu'il déteste et vénère en même temps, sa passion pour les rédactions et plus généralement les mots ("Vous avez remarqué, il y a un mot pour chaque chose. J'aimerais connaître tous les mots, mais je suis loin du compte. Ca doit être super de rencontrer un type qui connait tous les mots. Il doit avoir une drôle de gueule."), etc.

Samuel Benchetrit n'a pas son pareil pour se mettre dans la peau d'un enfant de la sorte. Avec son style oral et familier, il nous embarque dans la cité d'un enfant qui rêve de travailler "rapport aux rédactions" et de la beauté de Paris où il ne s'est rendu qu'une seule fois, en nous émouvant autant qu'il nous fait rire, dans ce nouveau roman touchant et bourré d'humour.

"Pour que ta vie soit belle, aime le plus possible. Et n'aie jamais peur de souffrir.. Et méprise ceux qui te mettront en garde. Ceux qui redoutent la souffrance ne croient pas en la vie." publie son nouveau roman, chez Grasset cette fois.

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Amélie Nothomb, Le Voyage d'hiver, roman, 120 pages, Albin Michel, août 2009, 15 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Voilà comme promis ma deuxième critique de la rentrée : le nouveau Nothomb, comme chaque année, le plus attendu. A venir, le nouveau Samuel Benchetrit qui passe chez Grasset pour Un coeur ouvert.



Chaque année, la rentrée littéraire est lancée par Albin Michel, Amélie Nothomb en tête, imperturbablement présente. Chaque année, les critiques sont partagés. L’an dernier, beaucoup avaient adoré Le fait du Prince que je n’avais que modérément apprécié. Il y a quatre ans, ils avaient détruit Acide sulfurique (à l’exception de Frédéric Beigbeder) qui était et reste pour moi son plus grand livre. Cette année, elle revient avec un roman à mi-chemin entre Cosmétique de l’ennemi et Le Fait du Prince, au niveau de l’histoire, de l’ambiance, de la couleur et de la qualité. Cette année, je prends les devants pour vous en parler avant tout le monde !


Dans ce très court roman, elle met en scène Zoïle (dont l’origine du prénom remonte à l’antiquité où un critique « a été lapidé par une foule de braves gens écoeurés par ses propos sur l’Odyssée. Epoque héroïque où les amateurs d’une oeuvre littéraire n’hésitaient pas à zigouiller le critique imbuvable ») dont le métier consiste à « apporter à ceux qui viennent d’aménager des solutions énergétiques qu’ils n’ont pas demandées ». Jusqu’au jour où il se rend chez une romancière, Aliénor Malèze, qui souffre de la maladie de Preux (ou « autisme gentil »). Il tombe amoureux de son agent, Astrolabe, qui l’a tirée des griffes de ses éditeurs (ils la séquestraient dans un minuscule studio où chaque soir une employée passait écouter la bande enregistrée par Aliénor, qui est incapable d’écrire, et lui donnait à manger en fonction de la qualité de son travail) et s’occupe désormais d’elle jour et nuit. Ce qui pose quelques légers problèmes au nouveau couple, vous l’imaginez. Zoïle cherche alors à se débarrasser d’elle, ne serait-ce qu’une heure, allant jusqu’à lui donner des champignons hallucinogènes (scène mémorable et hilarante).


Jusqu’à l’avant-dernière page, je pensais que le titre et la photo de couverture, sans aucun rapport avec le texte, avaient été mal choisis. Mais Zoïle le dit : il écoutera « le voyage d’hiver » de Schubert parce qu’il n’y a aucun rapport entre cet acte (il a l’intention de détourner un avion avec un tesson de bouteille et de l’écraser sur la Tour Eiffel pour venger son histoire d’amour ratée…Ah! Pardon! « Il n’y a pas d’échec amoureux. C’est une contradiction dans les termes. Éprouver l’amour est déjà un tel triomphe que l’on pourrait se demander pourquoi l’on veut davantage »), parce qu’il n’y a donc aucun rapport entre cet acte et cette musique ». J’accepte donc le titre et la couverture du Voyage d’hiver de Nothomb, et non de Schubert, qui a le mérite de nous faire passer un très bon moment, sans aucune prétention (comme c’est de plus en plus rare dans la littérature française), et avec beaucoup d’humour.

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