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Jean-Baptiste Del Amo, Le Sel, roman, 300 pages, août 2010, Gallimard, 19,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

« Jamais elle n'avait compris l'excitation de la mer, indéfiniment renouvelée. Les hommes y vont comme ils vont aux femmes, se lassent des femmes, mais jamais du large. Elle pensait à Armand sans y penser vraiment ; les disparus nous habitent sans cesse. Ils ne sont pas une image mais une empreinte indélébile, un voile entre soi et le monde, qui le colore à sa façon d'une âpre mélancolie. Désormais, rien ne lui parvenait, aucune image, aucun son, aucun sentiment, sans être pétri du souvenir d'Armand. » (page 17)

 

 

le selLe second roman de Jean-Baptiste Del Amo, c'est ça : la mer, les hommes, les disparus, la mémoire, l'ennui, le sel. Tout ramène à la mer comme tout ramenait à la Seine dans Une éducation libertine, premier roman remarqué autant que remarquable.

 

Ce roman qui pourrait être une pièce de théâtre classique se déroule en une journée ; celle du dîner où Louise a convié ses trois enfants, leurs conjoints et leurs enfants. Une journée comme une autre où la perspective d'un simple dîner voile doucement l'atmosphère d'apparence paisible qui régnait sur la famille. Mais rien ne se passe. Chacun leur tour, Louise et les trois enfants, Albin, Fanny et Jonas, se souviennent de leur enfance, de leur père, de la mer. En avançant pas à pas dans les trois actes mis en scène par une plume toujours divinement façonnée, Nona, Decima et Morta, on apprend d'abord à connaître les protagonistes, puis la vie d'une famille ravagée par un homme rustre dont l'existence entière était vouée à son amour inconditionnel de la mer.

 

Jonas, c'est le petit dernier, le chouchouté par sa maman, qui vit avec Hicham et qui hait son père. C'est cliché, certes. Depuis qu'il l'a entendu dire qu'il n'était qu'une pédale dont ils ne feraient rien, il ne souhaite rien plus que de se dissocier de lui. Il éloigne le plus possible son caractère, son physique, sa sexualité, son style de vie de ceux de son père. Rien d'autre que l'amour de l'eau, de l'étang, de la mer, ne leur est commun.

« Fanny n'ignorait rien des liaisons successives que Mathieu avait entretenues durant ces dernières années, mais elle n'était jamais parvenue à en éprouver ni peine, ni rancœur. Elle savait que Mathieu la fuyait et elle ne lui en tenait pas rigueur. La disparition de Léa (sa fille, ndlr) avait suspendu son existence ; elle était sur le bas-côté et regardait passer le train sans avoir la force d'essayer de monter à bord. » (page 33) « Il ne restait (d'elle) qu'une bourgeoise guindée et attentive, voire vouée toute entière à la superficialité de la vie. » (page 124)

Albin, en tant qu'aîné parfait, avait hérité de son père tout ce qu'il pouvait en prendre : un machisme certain, une supériorité à toute épreuve, un physique robuste, une vision particulière de la femme et un dégoût profond pour Jonas. « Son frère l'écœurait, lui faisait honte. Sa présence était comme un affront à sa virilité. Rien ne lui était plus difficile que de les voir réunis en toute impunité sous le toit de son père. » (page 46) Malgré sa condition de patriarche viril et puissant, son couple battait de l'aile depuis qu'ils avaient appris à faire l'amour en silence à l'arrivée des enfants.

 

Voilà donc ce que l'on apprend dans ce second roman tant attendu qui m'a légèrement ennuyé, le caractère de chacun des enfants, entre autres souvenirs maritimes sexuels (ballades à la plage où la mère se fait toucher par un étranger, sorties en vélo entre jumeaux à la plage où l'un finit par bander et toucher l'autre, sortie à la mer où Fanny, assise sur un marin ami du père, sent des mains sous sa jupe et une verge dressée contre elle, etc.). Car si les scènes sexuelles étaient peu présentes dans Une éducation libertine, elles étaient empreinte d'une sensualité torride. Dans Le sel, le vulgaire et le malsain prennent parfois le pas un peu trop facilement sur une écriture sensible et recherchée qui laisse penser à un auteur classique.

 

Au terme de cette journée comme les autres, le dîner. Rien d'autre.

Au terme de ce roman comme les autres, l'écriture. Rien d'autre.

 

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Mylène Farmer en Bleu Noir

Publié le par Sébastien Almira

mfjt_013.jpgAlors qu'elle avait l'habitude de faire couler trois à six ans entre chaque album, celle qui règne sans conteste sur le marché du disque français depuis plus de vingt-cinq ans frappe fort alors qu'on ne l'attendait pas. Son précédent opus, Point de Suture, datait d'août 2008, sa détonante tournée aux 550 000 spectateurs avait culminé par deux fois au Stade de France en septembre 2009 et le DVD retraçant ces deux concerts était la meilleure vente de DVD musicaux depuis plusieurs mois lorsque Mylène Farmer annonça un duo écrit pour le retour de Line Renaud, C'est pas l'heure, un duo événement avec Ben Harper sur l'album hommage au groupe INXS, Never tear us apart et, dans la foulée, que son nouvel album était fin prêt.

Et pas n'importe quel album puisqu'elle a travaillé avec Red One, notamment faiseur de tubes de Lady Gaga, Moby et le groupe anglais Archive. Laurent Boutonnat, planchant sur son nouveau film, n'est pas de la partie et il y a dans ce projet un besoin de renouveau, de création pour l'artiste, même si on peut supposer un but plus intéressé : profiter du buzz Line Renaud / INXS pour ne pas se faire oublier, en touchant par la même occasion un public jeune et avide de créations commerciales grâce à Red One ainsi que les fans de Moby et Archive.

 

Le résultat est pour le moins déroutant. En septembre, on découvre Oui... mais non, composée par Red One, chanson qui ne laisse personne indifférent. Quand bien même l'on sait que cette expression ne veut plus dire grand chose, elle prend ici toute son ampleur : j'ai adoré la chanson les deux premiers jours, persuadé qu'il s'agissait là d'une tuerie ; j'ai de moins en moins aimé par la suite, trouvant les arrangements pas vraiment originaux et déjà vieillots ; puis j'ai fini par m'y faire en espérant toutefois que Red One ne serait que très peu présent sur l'album et que la direction choisie par Mylène n'était pas cet électro, nasillard et déjà vu, de piètre qualité.

Un site éphémère est créé pour l'occasion. Le principe est simple : à chaque pallier (10 000 ou 20 000 visites uniques), un élément de l'album était dévoilé. Extrait d'une chanson, pochette de l'album, remix et clip de Oui... mais non entre autres, jusqu'au dernier pallier où, à 400 000 visites, était dévoilé la chanson et le clip de Leila. Pari réussi puisque jusqu'à la fermeture du premier site du genre, ce sont plus de 500 000 visiteurs uniques qui sont venus découvrir les surprises du retour de Mylène Farmer. Le succès était déjà au rendez-vous.

 

mylene-farmer-bleu-noir.jpgDébut décembre paraissait Bleu Noir, affublé d'une pochette et d'une mise en page de très mauvais goût créées par un Henry Neu qu'on avait connu plus inspiré, moins débutant, moins incapable.

À la première écoute, ne ressortent d'un ensemble pataud que les deux morceaux de Red One, Oui... mais non et Lonely Lisa, le reste se laissant écouter comme de la bonne musique d'ambiance. Ce n'est qu'après plusieurs écoutes que la qualité se révèle à nos oreilles. D'accord, il ne faut pas généraliser : je suis certain que d'autres n'ont pas attendu ce seuil de tolérance pour se rendre compte de la qualité du disque.

Le travail de Moby est le plus hétérogène de l'album, son électro planant sied bien à la pop de Farmer avec de nouveaux types de chansons malgré une certaine redondance sur quelques titres : un Bleu noir aux saveurs électro-rock servi dans un plat plus tendre qu'un Instant X, des Toi l'amour ou Moi je veux... mid tempo pas très recherchés, un M'effondre typiquement Moby qui débute tranquillement avant de finir en beauté et deux Inséparables (dont la version anglaise est écrite par Moby) pas vraiment indispensables. Quant à N'aie plus d'amertume, elle fait figure de ballade culte de l'album, bien qu'elle ne puisse rivaliser avec la classieuse Point de suture ou la mythique Ainsi soit je... Les compositions du New Yorkais sont unanimement celles qui collent le mieux à l'univers et aux sonorités Farmer/Boutonnat, entre renouvellement et continuité.

Archive, eux, ne signent que trois chansons, mais quelles merveilles ! Un Light me up prêt à nous transporter à Londres dans un piano bar jazzy et cosy, un somptueux hommage à la princesse Leila avec un morceau éponyme où Mylène pose sa voix tendrement plus qu'elle ne chante, ainsi qu'un vibrant Diabolique mon ange où les couplets ont des allures de refrains et inversement.

Quant à Red One, on préfère oublier ses « arrangements putassiers » (dixit l'excellente critique d'Arno Mothra à lire ici) en se disant que Oui... mais non signe enfin le retour de Mylène Farmer en radio et en télé, après avoir été injustement boudée pour ses deux précédents albums, notamment par son principal sponsor NRJ.

 

bleu-noir_affichage_02juvisy-parptitgeniemfiscalle-copie-1.jpgÀ la demande de la chanteuse, sa voix est plus mise en avant que d'accoutumée. Plus de nappes de synthés, de basses trop puissantes, de guitares trop agressives pour masquer les effets auxquels elle s'adonne (excepté sur le titre Bleu Noir où sa voix est quasi inaudible) ; ses mots sont tantôt graves et chauds, aigus et cristallins, scandés, soufflés ou encore longuement posés comme sur du velours (M'effondre, Leila). Paradoxalement, c'est lorsque ses textes sont plus dépouillés que jamais qu'elle donne une importance rarement vue dans ses chansons à sa voix. Les mots qu'elle porte sont moins recherchés, les phrasés moins travaillés, les sens cachés bien cachés , les jeux de mots quasi absents... Pas de texte à la hauteur d'un Je te rends ton amour ou d'un Paradis inanimé. C'est plutôt devant les musiques et les mélodies de Diabolique mon ange, Leila, Light me up ou encore M'effondre que l'on pourra s'enthousiasmer.

 

 

Il faudra bien plusieurs écoutes pour s'apercevoir que la banalité perçue au début cache un résultat empreint d'originalité et de qualité dans les compositions et les arrangements, même si l'on pourra regretter le punch de Point de Suture. Ce huitième album un brin mélancolique marque une révolution dans la carrière de Mylène Farmer puisque c'est la première fois qu'elle ne travaille pas avec Laurent Boutonnat et cet essai est, ma foi, plutôt réussi si tant est que l'on s'y plonge un minimum.

En tout cas, ce tournant n'a pas alarmé les acheteurs puisque, l'effet Noël aidant, l'album s'est arraché à plus de 139 000 exemplaires (record de l'année) et plus de 9 000 en téléchargement légal (record tout court) la première semaine, et plus de 81 000 la seconde !

 

 

 

Je vous propose deux petites merveilles à écouter jusqu'au bout (effet crescendo assuré !) pour vous convaincre, si ce n'est déjà fait. N'hésitez pas à donner votre avis !

 

M'effondre, composée par Moby, est la chanson « expérimentale » de l'album, au même titre que Psychiatric dans L'autre... (1991) ou Porno Graphique dans Avant que l'ombre...(2005) :

 


 

Diabolique mon ange est une merveilleuse composition de Darius Keeler (Archive) :

 

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Coups de cœur 2010

Publié le par Sébastien Almira

Voilà la fin ! Noël approche et vous n'avez pas encore trouvé tous vos cadeaux ? Je suis là pour vous aider avec cette dernière sélection ! Celle qui vous donnera peut-être les meilleures idées. Meilleures idées parce que plus récentes, donc plus facilement trouvables en magasin et plus de chance que la personne ne l'ait pas encore !

 

gru afficheNe bouleversons pas la donne, commençons encore par le cinéma. Cette année fut avare en dessins animés pour moi, mais ô combien excellente ! Toy Story 3  est une pure merveille qui surpasse les deux premiers volets, entre larmes, éclats de rires et émerveillement. Moi, moche et méchant est un bijou d'animation, un summum d'humour (n'en déplaise à Matthieu et Madagascar...) et une réussite visuelle au même titre que tout Pixar que vous pouvez toujours voir dans certains cinémas avant d'en acheter le DVD en février.

L'arnacœur est une comédie infiniment meilleure et plus agréable à regarder que la moyenne française. Romain Duris est chargé de brisé le couple de Vanessa Paradis, on sait ce qui va se passer : il va tomber amoureux. Jusque là, rien de bien nouveau. Après non plus, me direz-vous, mais quel plaisir ! Ne vous faites pas arnaquer, et regardez L'arnacœur. Je sais, elle était facile...

avatar.jpgAvatar... Ah ! Avatar ! Qui ne l'a pas vu ? Quoi ?! Avec tout ce battage médiatique, toutes ces critiques dithyrambiques, toutes ces prouesses techniques et visuelles, vous êtes passé à côté ?? Pourtant tout le monde disait de James Cameron qu'il réinventait le cinéma ! Pourtant les couleurs sont magnifiques, les images époustouflantes, l'univers créé ahurissant ! Pourtant... Sérieusement, qu'est-ce que vous faites encore là, qu'est-ce que vous attendez pour le voir ? Bon, d'accord, j'arrête. Même pour la dernière, même pour la fin d'année, j'ai pas envie de me la jouer relou, mais quand même, Avatar !

Deux films dont on pourra fantasmer la fin que l'on comprend et/ou que l'on désire. Mr Nobody  d'abord, ou les vies d'un homme selon ses choix. Jared Leto a joué pour ce film un rôle infini puisque chaque choix, même le plus minime qui soit, a influencé son existence. Autant de vies que de choix pour un film plus profond qu'il n'en a l'air. Inception, ensuite, bien entendu. Les avis ont beaucoup divergé sur le film : chef d'œuvre / excellent / très bon / bon / bof / mauvais / navet mais aussi explication comme ça / explication comme ci / explication par là, etc. Alors, le mieux, c'est quand même de le voir et de se faire sa propre idée !

kick assEnfin, je terminerai avec deux films d'actions. Le premier est un film d'action, une parodie des films de super-héros et met en scène un adolescent qui rêve d'en être mais qui n'a aucun super-pouvoir. Kick Ass est un film au torse bombé, à la force époustouflante, aux effets spéciaux sensationnels, aux bagarres éblouissantes et à l'humour ravageur. Kick Ass est un monument qui écrase tout sur son passage. Il m'arrive de peser mes mots, oui. Le second est un film d'actions, un constat politique, un appel au secours, un manifeste (anti ?) démocratique, une révolution sociétaire et cinématographique. 8th Wonderland ne sortira pas en DVD avant mars (double DVD dont les bonus sont en préparation), vous ne pourrez pas l'offrir à Noël, mais je ne pouvais pas en taire l'existence. Des millions de personnes de par le monde déçues de la manière dont il évolue s'unissent sur un site internet en créant le premier pays virtuel : 8th Wonderland. Les motions votées sont de plus en plus réactionnaires et violentes et le reste du monde dénonce le comportement terroriste d'un pays contre lequel il ne peuvent rien puisqu'il n'existe ni légalement, ni physiquement.

 

scissor-sisters-LST073841Après avoir parlé cinéma plus longuement que d'accoutumée, passons à la musique. Cette année, j'ai été terriblement emballé par la disco-pop diablement efficace des Scissor Sisters et leur Night Work ; par le retour du blanc-bec du rap américain, Eminem, dont l'album Recovery dévoile le travail d'un perfectionniste au meilleur de sa forme entre rap bien balancé, duo pop avec Rihanna et rock avec Pink. Daft Punk signe également un retour remarqué en composant la musique du film Tron : legacy, le nouveau film des studios Disney. Vous aimez les grandes musiques de films classiques ? Vous aimez l'électro ? Vous allez adorer le mélange des deux effectués par des génies des genres ! Un peu de pop pour se réchauffer l'hiver et se rafraîchir l'été : Kylie Minogue, Aphrodite, et sa nouvelle pléiade de tubes. Macy Gray est ma découverte musicale de l'année. Non pas que je ne la connaissais pas. Mais avec The Sellout, j'ai découvert une artiste et une musique mêlant jazz, R'n'B et pop étonnement chaude et agréable à écouter. À noter la remise en valeur des deux compilations (la bleue et la rouge) des quatre garçons dans le vent. Les Beatles sont toujours d'actualité !

mylene-farmer_tour-2009_claude-gassian_001.jpgEnfin, je ne pouvais pas ne pas en parler cette fois encore, mais elle est ici plus légitime que jamais. Mylène Farmer a réuni plus de 500 000 spectateurs lors de sa tournée l'année dernière. Depuis avril, ce sont plus de 250 000 exemplaires de son DVD Stade de France qui se sont écoulés. Décors époustouflants (troisième utilisation de l'adjectif dans l'article, je sais), costumes griffés Jean-Paul Gautier, danseurs, danseuses, musiciens géniaux, réorchéstrations magistrales de ses tubes (Libertine, Sans Contrefaçon, Pourvu qu'elles soient douces, Ainsi soit je..., XXL, L'âme-stram-gram), effets spéciaux, lumières et images à couper le souffle, et une show-woman plus présente et extravertie que jamais, qui n'hésite plus à se lâcher sur scène, même si elle pleure encore sur certaines chansons.

Je tiens à préciser que je sais être critique sur le travail de Mylène Farmer et que mon engouement pour l'album Point de Suture et la tournée qui a suivi est tout à fait objectif.

 

Comme pour le cinéma, beaucoup de choses à dire en littérature : énormément de bonnes lectures cette année. Alors choix drastique, restriction du temps de parole par livre et c'est parti !

ducosPuisqu'il faut que jeunesse se passe commençons par... la jeunesse ! (J'atteins avec cet article un seuil inédit de blagues potaches et d'expressions pas drôles du tout. Et en plus, je n'ai aucune excuse sérieuse à vous proposer pour ma défense.) Grâce à une ancienne collègue Virgin, je découvre cette année les albums de Max Ducos, auteur-illustrateur dont les trois merveilles L'ange disparu, Jeu de piste à Volubilis et Le carnaval des dragons, sont publiés chez Sarbacane. Au Salon de Montreuil, je découvre La princesse qui n'aimait pas les princes d'Alice Brière-Haquet, illustré par Lionel Larchevêque, une jolie manière de détourner les contes de princesses pour montrer l'existence de l'homosexualité aux enfants ; et Zone cinglée de Kaoutar Harchi, un roman pour ado complètement cinglé pour dénoncer les rêves de jeunes consumés par une société de consommation et de standardisation, qui m'a été conseillé par les éditeurs de Sarbacane (critique disponible la semaine prochaine). Enfin, mon coup de cœur jeunesse : la trilogie Méto d'Yves Grevet chez Syros, une saga d'anticipation époustouflante qu'on ne peut plus lâcher passées les trente premières pages !

sidaCôté BD, j'ai beaucoup aimé La nostalgie de Dieu de Marc Dubuisson (éditions Diantre !) dans lequel Dieu se farcit une discussion d'une centaine de pages avec un homme prêt à se suicider, et sa suite Le complexe de Dieu dans lequel il voit un psy à cause d'un certain homme qu'il a sauvé du suicide... Hilarants et tellement réalistes ! Happy Sex de Zep m'a beaucoup fait rire. C'est parfois macho, parfois le contraire, mais c'est souvent bête, et ça me fait rire à chaque page ! Dans un autre registre, je vous conseille Les artistes s'engagent contre le sida chez Glénat. Pour le geste, et pour le livre. Parce qu'au-delà du propos, les planches, réalisées par des illustrateurs de tout horizon, sont un véritable régal pour les yeux et les méninges !

chessex.jpgVous voulez offrir un roman à votre beau-père, votre grand-mère, un ami, mais vous ne savez pas lequel choisir. Alors surtout, ne faites pas comme la majorité des ménagères, surtout cette année : n'offrez pas le Goncourt ! Ne vous fiez pas aux Prix, sauf au Goncourt des Lycéens (Mathias Énard, Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants, Actes Sud). Cette année, vous pouvez offrir Six mois, six jours de Karine Tuil chez Grasset, un formidable conte politico-historico-romanesque inspiré de l'affaire Suzanne Kletten, héritière de l'empire Varta et BMW dont la famille avait été solidaire du régime nazi. Vous pouvez rendre hommage à Jacques Chessex contant les derniers jours de Sade et les aventures de son crâne dans Le dernier crâne de M. de Sade (Grasset encore), aux allures de roman historique, d'aventures, noir et érotique. Vous préférez la légèreté à la rudesse des satyres historiques, alors offrez le troisième tome des Chroniques de l'asphalte de Samuel Benchetrit (non, je n'ai pas d'actions chez Grasset !). Terminons avec deux romans Albin Michel. À la rentrée de janvier, c'est Nadia Galy qui m'a ébloui avec son Cimetière de St Eugène, un roman d'apprentissage sur des terres algériennes ravagés par une politique excluant la liberté et la différence servi par une prose d'une élégance rare. C'est Amélie Nothomb qui a eu mes faveurs à la rentrée de septembre avec Une forme de vie, où elle renoue enfin avec sa veine romanesque décalée, agréable à lire et de qualité, contrairement à ce qu'elle avait proposé ces dernières années. Comme Hygiène de l'assassin et Stupeur et tremblements : à lire sans hésitation !

 

LE TOP DU TOP :

- Moi, moche et méchant, Kick Ass et 8th Wonderland en DVD

- Recovery d'Eminem, Night Work de Scissor Sisters et Stade de France (DVD) de Mylène Farmer en musique

- Méto d'Yves Grevet, La princesse qui n'aimait pas les princes d'Alice Brière-Haquet, Le cimetière de St Eugène de Nadia Galy et Une forme de vie d'Amélie Nothomb en livre

 

Il ne me reste désormais plus qu'à vous souhaiter de bonnes fêtes en espérant avoir pu vous aider ne serait-ce que pour un achat !

Merci d'avoir partagé la vie et l'avis de ce blog cette année, soyez là l'année prochaine pour plein de découvertes et de partages ensemble !

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Antoine Dole, Laisse brûler, roman, 190 pages, Sarbacane, collection Exprim', mars 2010, 15 € **

Publié le par Sébastien Almira

antoine-dole.jpgLa collection EXPRIM', vous connaissez ? Les romans « nouvelle génération » comme romans sonores, nourris de slam, de hip-hop, de rock, de chanson, avec de jeunes auteurs qui dynamitent la langue pour lui donner de nouvelles couleurs, et qui imaginent de vraies fictions tout en gardant un œil sur le réel. Les romans « nouvelle génération » comme romans visuels, puisants dans le cinéma et les séries TV, avec des phrases taillées comme des travellings, des flash-back supersoniques et des cuts cinglants ! Les romans « nouvelle génération » comme romans poétiques, portés par des langues sculptées, malaxées, truffées d'idées et de trouvailles, qu'elles chantent.

Voilà, vous comprenez ce que c'est, maintenant, un roman EXPRIM' ? Alors passons à Laisse brûler, qui m'a fait prendre la réalité EXPRIM' en pleine face !

 

Du haut de ses vingt-neuf ans, Antoine Dole a publié toute sorte de textes (nouvelles, essais, BD, comics et romans) chez des petits éditeurs d'abord : aux éditions du Cygne ou dans des revues, avant de voir éditer son mode d'emploi de la masturbation masculine à La Musardine (dans la collection « Osez... »), et ses récits chez Sarbacane et Au Diable Vauvert.

 

 

Noah ne pense qu'à Julien. Depuis six ans, ça le ronge, ça le détruit. Rien n'a plus d'importance que de se remplir l'esprit de Julien.

Maxime tombe amoureux de Noah mais ne s'en rend compte que lorsque celui-ci le quitte. Avec ces mots : « Il s'appelle Julien ». Dès lors, il ne vit que pour savoir qui est ce Julien, cause de sa rupture.

Julien, animateur-vedette d'une chaîne câblée, ne vit que pour lui-même. Tout ce qui l'intéresse, c'est se taper des beaux gosses qu'il aura sitôt fait d'oublier. Lui aussi ne pense qu'à lui.

Tout converge autour de lui : Noah, Maxime, lui. Et pourtant il ne les connait pas, pas plus qu'il ne se connait lui-même.

 

Construit sous trois narrations distinctes, consacrées à chacun des trois personnages principaux, le récit offre une première partie assez mystérieuse et une seconde, malgré les éclaircissements, sombre. Mystérieuse dans les faits, sombre dans le propos. L'importance primordiale de Julien construite au début du roman se ternit à mesure que celui-ci avance car, dans les chapitres qui lui sont consacrés, on le découvre nu, ligoté à une chaise dans une cave sans lumière. Il perd de sa splendeur et devient aussi vulnérable que les personnages de Noah et de Maxime, voués à broyer du noir à cause de Julien. L'auteur parvient avec justesse à définir l'importance croissante du personnage de Julien et sa chute morale interminable : posé sur un piédestal, il est par la suite négligé, bafoué, brisé par l'intrigue.

 

laisse-bruler.jpgAvec cette écriture revendiquée par les jeunes éditeurs de Sarbacane, hachée, violente, poétique et familière, Antoine Dole tisse un récit à suspense sans ménager nos esprits, que ce soit avec la violence de certains phrasés ou de scènes sexuelles crues. Qui est réellement Julien ? Que s'est-il passé il y a six ans, qui empêche Noah d'avancer ? Qui en veut assez à Julien pour le séquestrer ? Les fils se dénouent pour nous en même temps que pour les protagonistes. Ils découvrent avec nous les secrets de ceux qu'ils côtoient ainsi que leur vraie nature.

 

Se pose après la lecture une toute autre question : qu'est-ce que fait ce roman dans une collection pour ados ? Dès la première page, où du sperme coulait sur la joue de Noah, si je ne m'abuse, la question m'a taraudé. Il a fallut que j'en discute avec deux des éditeurs, dont le directeur de la collection EXPRIM' pour comprendre ce qu'ils désiraient faire de cette collection : des livres qui ne cachent rien aux jeunes. Parce que la vie est ainsi faite, de joies, de bonheurs, de science-fiction, mais surtout de peines, de violences et de réalités, leur but n'est pas de forcer à la lecture des jeunes qui ne sont pas prêts, mais de montrer à ceux qui le sont ce qu'on leur cache bien trop souvent dans la vie comme dans la littérature. Alors, je n'ai plus rien à dire...

 

Blog d'Antoine Dole

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Coups de cœur 2009

Publié le par Sébastien Almira

sapin2009-copie-1.jpg

 

 

Avant de passer à l'année en cours, terminons cette rétrospective avec quelques idées cadeaux supplémentaires. Cliquez sur les titres pour lire d'éventuelles critiques sur le blog.

  

 

zest-of-zazie.jpgEn 2009, côté musique, l'heure est à la compilation. La reine de la pop Madonna sort Celebration, un choix de 34 de ses plus grands tubes auxquels s'ajoutent Celebration et Revolver, ses deux nouvelles bombes electro. Manquent toutefois certains titres, comme American Life, Get together, Deeper and deeper ou encore Don't cry for me, Argentina.

Côté français, c'est Zazie qui propose son premier best of. Intitulé Zest Of, il compile tous ses singles de Sucré salé en 1992 à Flower power en 2007 en passant par Zen, Larsen, Tous des anges, À ma place (avec Axel Bauer), Rue de la paix, Rodéo ou encore Je suis un homme. Il n'y a que Danse avec les loops et Excuse-moi qui manquent à l'appel. Deux inédits les remplacent : Un peu beaucoup et FM Air (chanson best of originale), et des versions live inédites du Totem Tour (voué à ne jamais sortir en CD/DVD), dont le single J'étais là chanté en live avec Diam's.

Mylène Farmer présente son Tour 2009 en CD (il faudra attendre avril 2010 pour le DVD), y figurent notamment ses plus grands tubes : Libertine, Sans Contrefaçon, Pourvu qu'elles soient douces, Ainsi soit je, Désenchantée, XXL, Rêver, L'âme-stram-gram, Je te rends ton amour, Dégénération, Appelle mon numéro et C'est dans l'air.

 

the-xx.jpg2009 marquait également le retour des Black Eyed Peas (The E.N.D. : The Energy Never Die) avec une flopée de tubes (Boom Boom Pow, Rock that body, Missing you, Meet me halfway, I gotta feeling) ; de Diam's avec S.O.S., un album mêlant rap moyen et rap et variet' de haute voltige (Les enfants du désert, I am somebody, Peter Pan, Dans le noir, Rose du bitume, Sur la tête de ma mère) ; de Muse avec The Resistance, un album pop-rock-opéra magistral et une tournée triomphale à travers le monde entier ; de David Guetta avec One love où il convie Kelly Rowland, Chris Willis, Akon, Kid Cudi, Ne-Yo, les Black Eyed Peas et Estelle à partager l'affiche sur les tubes de l'année (When love takes over, Gettin'Over, Sexy Bitch, I gotta feeling, One love) ; et de Whitney Houston avec I look to you, album merveilleux sortant la diva de la disgrâce dans laquelle elle se vautrait depuis quelques années avant d'y retomber amèrement en entamant sa série de concerts hors de prix où elle fut incapable d'aligner deux mots sans fausse note.

 

Enfin, 2009 c'est la découverte d'un groupe magique, The XX. Entre pop, musique d'ambiance et rock, ils nous embarque dans un voyage hors des sens et du temps. S'il y a un album à acheter cette année, c'est celui-ci. Il est d'ailleurs disponible dans une nouvelle édition à 9,99 € chez tout disquaire ne se contentant pas d'avoir en stock les grosses machines !

 

 

Mary-et-Max-affiche.jpg2009, c'est énormément de films vus au cinéma. Je dresserai la liste de certains et je ne parlerai que des excellents.

Pour se distraire, Ponyo sur la falaise (le dernier Miyazaki), L'âge de glace 3, Coraline (par le réalisateur de L'étrange Noël de M. Jack), Les beaux gosses (de Ryad Sattouff), Neuilly sa mère (très drôle !), Arthur et la vengeance de Maltazar.

Il ne faudra en revanche surtout pas rater Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, pimpante parodie des films de guerre avec Christoph Waltz, Diane Kruger et Mélanie Laurent, où un groupuscule de soldats juifs américains viennent semer la zizanie en Europe en tuant sauvagement du nazi. Culte !

Il ne faudra pas non plus rater Mary et Max, « un petit bijou d'animation » (Le Figaro), « une merveille » (Télérama). Déroutant, tendre, dépressif et drôle, c'est tout en contradiction que les deux héros, une Australienne de 8 ans et un Américain de 44 ans entretiennent une correspondance sur plus de vingt ans, pour le meilleur et pour le pire. Un chef d'œuvre d'animation pour adultes disponible dans un joli coffret DVD à double face.

Enfin, il ne faudra pas passer à côté de Gran Torino de Clint Eastwood, une grande claque de cinéma à se prendre en pleine face avec un plaisir déraisonnable.

 

 

la-fabrique.jpgAprès avoir plus longuement épilogué que d'accoutumée sur la musique et le cinéma, offrons la même place à la littérature !

En janvier, j'ai découvert Maurice G. Dantec. J'avais essayé Artefact il y a quelques années, sans succès, mais Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute (Albin Michel) m'a permis de lire enfin un Dantec, et de l'apprécier. Entre polar et science-fiction, ce roman, contrairement à son titre, très court, est agréablement bien écrit, nous tient en haleine pour une course poursuite originale et une scène quasi incompréhensible dans l'espace qu'on pardonnera à l'auteur, tant le reste du roman est bon.

Muriel Spark me rappelait Jean-Pierre Ohl, pourtant plus récent, dans Complices et Comparses (Gallimard), excellent roman d'aventure et de suspense typiquement anglais. Stieg Larsson m'embarquait à mon tour dans l'aventure Millénium (Actes Sud), moi qui ne suis pourtant pas friand de polars.

Peb et Fex publiaient La fabrique, tome 1, une bande dessinée cynique sur le monde l'entreprise avec l'originalité que celle-ci se passe... chez les souris !

letrange-vie-de-nobody-owens.jpgCôté ado, je dévorais le premier tome de Scott Westerfield, Uglies, le second, Pretties, avant de me lasser du troisième, Specials, et de ne pas finir le quatrième, Extras. Je m'extasiais en revanche devant la prose et l'imagination de Neil Gaiman dans L'étrange vie de Nobody Owens (Albin Michel), l'un des meilleurs romans ados depuis des lustres.

Lors de la rentrée de septembre, c'est devant Alain Blottière (Le Tombeau de Tommy, Gallimard), Samuel Benchetrit (Le cœur en dehors, Grasset), David Foenkinos (La délicatesse, Gallimard), Pascal Fioretto (L'élégance du maigrichon, Chiflet et Cie), Stéphane Velut (Cadence, Christian Bourgois) et Sylvie Germain (Hors Champs, Albin Michel) que je m'inclinais.

 

 

TOP DU TOP :

- N°5 On Tour de Mylène Farmer et The XX en CD

- Mary et Max, Inglourious Basterds et Gran Torino en DVD

- L'étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, Le Tombeau de Tommy d'Alain Blottière

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26e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil : du 30 novembre au 6 décembre 2010

Publié le par Sébastien Almira

Site du salon :

http://www.salon-livre-presse-jeunesse.net/accueil.html

 

 

salon.jpgAucun article la semaine dernière à cause du vingt-sixième salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil qui avait pour thème en 2010 "Princes et Princesses". Salon menacé d'extinction après une baisse de l'aide accordée par le Conseil Général. Qu'on se le dise : la culture, c'est bien beau de s'en occuper, d'y investir, mais ça ne rapporte pas grand chose. Alors pourquoi ne pas baisser le financement de 2,6 à 1,6 millions d'euros ? On passera sur la leçon politique et les multiples solutions pour gagner de l'argent sans détruire la culture, pour s'intéresser à ce salon.

 

 

Comme tout libraire, payé au lance-pierre, on passera également sur le demi-SMIC touché pour une semaine de soixante-dix heures. Il ne faut pas se leurrer, ça nous ennuie beaucoup d'être sous-payé. Mais bon, travailler sur un salon, c'est quand même sympa. On y fait des rencontres en tout genre : anciens camarades (comme quoi, le monde du livre n'est pas si grand que ça !), libraires, éditeurs, auteurs, illustrateurs. On se rend compte que sur le stand Actes Sud Junior où on travaille, le « libraire-responsable-de-tout a fait le même IUT que vous quelques années plus tôt, que la représentante d'Actes Sud sur le stand (responsable promotion et salons), elle aussi, a fait le même IUT ! Mais qu'à l'époque (désolé, Cathy, pour l'expression !), on parvenait bien plus vite à ses fins. Stage chez Bayard, embauchée huit ans chez eux au sortir de l'IUT, et depuis quinze ans dans une de plus importantes maisons d'éditions françaises, alors que pour atteindre un tel poste aujourd'hui, il faut un DUT, une licence pro, un master, de la chance, des contacts et beaucoup de patience.

 

 

Quand l'heure n'est pas aux cars d'enfants déversés sans ménagement sur le stand (attention aux distributions de bracelets, amis libraires !), c'est l'occasion de feuilleter, voire lire, quelques livres du stand et de ceux alentours.

 

oups.jpgC'est ainsi que j'ai pu découvrir chez Hélium l'album Oups de jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet ou l'histoire rocambolesque d'un départ en vacances et chez Sarbacane des éditeurs passionnés et passionnants qui m'ont conseillé Zone Cinglée dont vous pourrez lire ma chronique d'ici quelques jours.

 

Bon, je l'avoue, mes découvertes n'ont pas été très éclectiques puisqu'elles ont été majoritairement faites sur le stand d'Actes Sud Junior. Du côté des ados, ce sera Blog de jean-Philippe Blondel, coups de cœur général des libraires, dans lequel un garçon découvre que son père lit son blog. Il se referme alors sur lui-même jusqu'au jour où son père lui donne à lire le journal intime qu'il tenait à l'âge de son fils. Le second est La piscine était vide de Gilles Abier, ou l'histoire d'un amour inconditionnel qui finit en comédie shakespearienne.

 

Dans la collection Benjamin, ce fut J'ai peur du monsieur, Gabriel s'inquiète pour le Père-Noël et La princesse qui n'aimait pas les princes. Tous basés sur un sujet de société, plus ou moins bien traité, les trois ont des vertus pédagogiques sous couvert d'une histoire assez fun pour ne pas rebuter les enfants. Le premier, de Virginie Dumont, traite de l'exhibitionnisme et autres petits désagréments auxquels les enfants peuvent malheureusement avoir à faire face. Je regrette que la fin soit un peu trop aseptisée de sorte qu'on croirait qu'il n'y a finalement pas de problème. Le second, de Jo Hoestlandt, raconte comme beaucoup d'autres l'histoire d'un garçon amené à douter de l'existence du gros bonhomme rouge dans un court roman illustré assez plaisant.

princesse.jpgEnfin, le troisième, écrit par Alice Brière-Haquet et illustré par Lionel Larchevêque, est un conte à mettre entre toutes les mains ! La collection Benjamin dans laquelle il paraît s'adresse aux enfants de six à huit ans et là, Actes Sud prend des risques car les auteurs nous présentent une princesse qui ne veut aucun prince de ceux que son père lui présente. Personne ne l'intéresse. Jusqu'au jour où le roi fait appel à la fée. Là, c'est une fée métisse qui apparaît sur son cheval blanc, une fée d'une pure beauté. Et la princesse « la vit, rougit, pâlit à sa vue. » Dans une phrase très racinienne, voilà que l'auteur (qui préfère paradoxalement ne pas avoir de e) apprend à nos petits bouts que cette princesse tombe amoureuse d'une fille, que ça existe et que ce n'est pas « caca ». Alors moi je dis : Chapeau ! Aux auteurs d'avoir proposé un tel livre, attrayant et agréable à lire pour des tout petits, et à Actes Sud d'avoir osé publié un bijou, choquant pour certains, dans cette collection. Voilà une belle manière d'amener les enfants à comprendre que l'homosexualité existe et que ce n'est pas sale, avec beaucoup d'humour. (blog d'Alice Brière-Haquet : http://le-wonderblog.blogspot.com/)

 

Restons dans l'enfance en passant par les albums. La sœur du Soleil de Bahiyyih Nakhjvani et Sandrine Thommel est la très jolie histoire de la Lune qui tombe amoureuse d'un prince et se laisse faire un enfant. Lorsque le Roi Soleil l'apprend ça, il entre dans une colère noire et refuse que la Lune soit enfanté par un mortel. Un très beau conte sur les forces de l'amour et la culpabilité.

chant.jpgRecommandé par l'éducation nationale pour le cycle 2, le conte traditionnel du Sahel Le chant des génies est repris par Nacer Khémir pour le texte et Emre Orhun pour des dessins glaçants. Un pauvre paysan désespéré de ne pas trouver de travail décide de cultiver le champs des génies, pour son bonheur, puis son malheur. Mais ça, il ne s'y attendait pas ! Terriblement beau, terriblement moral et terriblement terrible !

Enfin, Thomas Scotto et Olivier Tallec proposent depuis l'an dernier Jérôme par cœur, un album sur l'amour et l'amitié chez les enfants. Les très beaux dessins de Tallec mêlés au texte innocemment mignon de Scotto rendent humaine l'histoire d'un petit garçon qui en aime un autre, à un âge où l' « on aime une personne et non pas le sexe de cette personne » (Thomas Scotto, sur le salon).

 

« En fait,

il me tient toujours la main.

Très accroché.

 

Les jours de sortie au musée des tableaux,

c'est moi qu'il choisit pour être bien en rang.

 

C'est pour ça que je l'aime, Jérôme.

 

Ça ne me dérange pas.

Raphaël aime Jérôme,

je le dis. Très facile. »

 

 

JEROME-PAR-COEUR-THOMAS-SCOTTO.jpg

 

Alors oui, nous avons été sous-payés ; oui, nous avons eu mal aux jambes, des bourdonnements dans la tête (ah ? Les enfants, ça fait du bruit ?) des heures durant, des rhumes à cause des portes ouvertes à dix mètres de notre stand ; oui, nous avons fait plus de surveillance que de conseils. Oui...

 

Mais ce fut une belle aventure humaine !

Ça ne me dérange pas, je le dis. Très facile.

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Coups de Cœur 2008

Publié le par Sébastien Almira

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On se rapproche, les compte-rendus « Coups de Cœur » sont presque terminés, j'espère que vous avez déjà quelques idées en tête mais attention ! Ça n'est pas fini : l'année 2008 regorge de bonnes surprises !

 

19026767_w434_h_q80.jpgCette année, je ne me suis pas rendu souvent au cinéma mais ce que j'y ai vu était très bon. Le seul film à laisser tomber fut Yes Man, comédie potache pour adolescents américains sortant du McDo et toujours prêts à rire grassement devant des gags à la limite du ridicule.

En Vicky Christina Barcelona, un Woody Allen aux allures chaudes d'un Almodovar, réside un très bon moment de cinéma, entouré de deux bombes : Scarlett Johansson et dans son meilleur rôle la pulpeuse Penelope Cruz. La guerre selon Charlie Wilson marque le retour aux côtés de Tom Hanks et Philipp Seymour Hoffman, de Julia Roberts, au meilleur de sa forme, dans un drame politique basé sur une histoire vraie. Viennent ensuite Sweeney Todd, conte sanglant repris par Tim Burton et emmené par l'extravagant couple Johnny Depp et Helena Bonham Carter, et mon coup de cœur de l'année, Slumdog Millionnaire. Injustement critiqué, Danny Boyle s'inspire des Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikram Swarup pour réaliser un chef d'œuvre d'humanité, de voyage, d'aventure et de mise en scène.

 

ringer.jpgCôté musique, la parole est donnée au pop-rock Mais enchaînons correctement puisqu'après le film, c'est la bande originale de Slumdog Millionnaire, mêlant rap, pop et musique indienne traditionnelle, que j'ai adorée. Elle est, avec celles du Roi Lion et de Jacquou le Croquant, la seule musique de film que je ne me lasse pas d'écouter. 2008 marque le retour de Coldplay avec ses tubes Violet Hill et Viva la vida, qui est également le nom de l'album pop de l'année, relaxant et énergique à la fois. The Ting Tings déboulent sur les ondes avec Shut up and let me go, Great DJ et That's no my name, l'album We started nothing est une réussite, agréable et entêtant. En 2008, Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko and more à la Cigale. C'est le nom de CD/DVD live hommage à Fred Chichin, décédé il y a peu. Incontournable pour les fans, mais aussi les autres, les Rita Mitsouko ont enchanté et inventé les années 80 avec leurs tubes Andy, Marcia Baila, C'est comme ça et Les histoires d'A. Mythique. Enfin, Mylène Farmer propose son septième album, Point de suture, branché pop et électro même si elle n'oublie pas ses racines avec un peu de noirceur (l'élégant rock de Paradis Inanimé et le troublant duo avec Moby, Looking for my name) et de mélancolie (deux balades seulement, mais quelles balades ! Point de suture et Si j'avais au moins...). Certes il y a Appelle mon numéro sur cet album, mais avec cette chanson et le tube électro C'est dans l'air, la chanteuse a conquis un public plus large et plus jeune.

 

magie.jpgEnfin, en littérature, tenez-vous bien. Parce que face à l'excellente rentrée de septembre, le reste de l'année a affiché sa fierté et sa qualité.

Philippe besson encore avec Un homme accidentel (Julliard), puissant et touchant ; Eric-Emmanuel Schmitt encore avec sa pièce La tectonique des sentiments (Albin Michel),jouée par Clémentine Célarié au théâtre ; Pascal Fioretto et sa turbulente parodie du Da Vinci Code version gay (Gay Vinci Code, Chiflet et Cie), livre le plus drôle de l'année ; l'album jeunesse Il suffit d'y croire : Place à la magie, véritablement magique et enchanteur ; et la très belle bande dessinée de Casanave et Tuot, Beaudelaire (à lire également Verlaine et Flaubert, au Temps des Rêveurs).

La rentrée littéraire a été source surtout de découverte cette année : Emmanuelle Bayamack-Tam avec Une fille du feu (POL), conte moderne et cynique impossible à raconter en deux lignes à l'écriture esthétique et glaciale ; Jean-Pierre Ohl, Les maîtres de Glenmarkie (Gallimard), digne des plus grands romans d'aventure anglais du dix-huitième et dix-neuvième siècles, à l'humour ravageur ; Laurent Gaudé, dont La Porte des Enfers (Actes Sud) m'a époustouflé comme rarement, terriblement beau, somptueusement dur, je ne cesse de le conseiller depuis deux ans ; Jean-Baptiste Del Amo et son Éducation libertine qui aurait dû rafler le Goncourt à Atik Rahimi sans hésitation, la plume est recherchée, l'intrigue digne des plus grands romans libertains, l'auteur promis à une belle carrière ; et enfin José Carlos Somoza avec Daphné disparue (Actes Sud), roman vertigineux aux récits inlassablement enchassés, sur la mémoire, l'écriture, les femmes, l'inspiration et les tourments intérieurs et extérieurs.

 

TOP DU TOP :

- Slumdog Millionnaire et Sweeney Todd en DVD

- Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko... et Point de Suture de Mylène Farmer en CD

- La Porte des Enfers de Laurent Gaudé, Gay Vinci Code de Pascal Fioretto et Daphné disparue de José Carlos Somoza

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Brève de Comptoir : Quand Beigbeder raconte l'année littéraire qui s'annonce...

Publié le par Sébastien Almira

Article posté sur L'express, drôle et (peut-être) intéressant :

 

 

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Moi, je fais beaucoup plus fort que Lire (qui élit les 20 meilleurs livres de 2010) : voici en exclusivité la liste des dix meilleurs livres de l'an prochain.

1) Le nouveau Sollers chez Gallimard. Sans trop se tromper, on peut prédire que ce sera un roman d'amour dont l'héroïne sera une sorte d'agent secret sexuellement incorrect, et le narrateur un écrivain incompris mais fier de l'être. Il y aura des phrases courtes, des suites de mots en rafales comme des notes de musique. Ça se passera soit à Venise, soit à l'île de Ré, soit à New York. Le titre sera : Trésor d'amour. Une chose est sûre : le roman se fera assassiner par les ennemis de Sollers et encenser par ses amis.

2) Jean-Luc à la street de Jean-Luc Delarue (Grasset). A la rentrée de septembre, on devrait enfin découvrir la confession littéraire du célèbre animateur trash. Dans une prose fluide et digressive inspirée de son colocataire François Weyergans, il racontera son ascension, son désir avide de reconnaissance, les conséquences de la gloire sur sa vie sexuelle, son insatisfaction chronique liée à des frustrations d'enfance, puis sa désintoxication en Suisse. Un grand texte de réhabilitation impudique.

3) Le nouvel Angot. Publié en janvier chez Flammarion, il s'intitulera Les petits. Le communiqué précise : "Les petits les réunissent et les divisent." C'est l'histoire d'un couple (Hélène et Billy) qui se déchire pour ses enfants et/ou à cause d'eux. Angot y affronte un nouveau tabou (après celui de l'inceste) : nos enfants ne sont-ils pas la cause de tous nos problèmes ? Un roman au rythme scandé, plus durassien que jamais, qui se fera assassiner par les amis de Christine Angot et encenser par ses ennemis.

4) Le Nothomb de la mi-août 2011 sera un excellent cru : Transcendance des champignons (Albin Michel) réunira douze récits dictés à son magnétophone par la sorcière belge sous trip psychédélique (LSD, ecstasy, peyotl, psilocybes, mescaline, etc.). Le résultat évoquera Castaneda et Burroughs, dans un style plus humoristique et accessible à un public de bourgeois non toxicomanes. Favorite du Goncourt, Amélie se le verra chiper en novembre par...

5) La disparue de Tombouctou d'Olivier Adam (L'Olivier), un road-book où un technicien de surface breton part sur les traces de sa femme ayant fichu le camp en Afrique après une fausse couche sur son lieu de travail. Il proposera "un regard poétiquement engagé sur la destruction de l'humanité par la mondialisation entrepreneuriale" (dixit le futur dossier de presse). Eric Naulleau et Philippe Besson en raffoleront.

6) Le nouveau récit familial d'Alexandre Jardin, Des gens très bien (Grasset) sera cette fois focalisé sur la figure de son grand-père Jean (directeur de cabinet de Pierre Laval sous le régime de Vichy), et fera scandale dans sa famille. On se souvient que son père Pascal avait déjà brossé un portrait intime du "Nain Jaune" en 1978. Ce sera le récit d'un fardeau, d'une honte et d'un silence, en plus naïf toutefois (et plus grosse police de caractères) que Ramon de Dominique Fernandez.

7) Du pur amour et du saut à l'élastique de Frédéric Pagès (Libella-Maren Sell) est le nouveau roman du célèbre Botul, devenu récemment un penseur très en vogue. Burlesque et métaphysique, il narre les amours d'un olibrius qui devient violent dès qu'il entend une chanson de Julio Iglesias. Entre Marcel Aymé et Shining, ce texte original sera probablement snobé par Bernard-Henri Lévy.

8) La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe (Gallimard) sortira aussi début 2011. Comme tous les romans de Coe, il mérite (avant même lecture) sa place dans tout classement annuel.

9) La vie c'est tout de même quelque chose de Jean d'Ormesson (Robert Laffont) tentera une fois de plus de comprendre les mystères de l'univers et de vaincre la mort, tout en racontant les baignades de l'auteur en Grèce.

10) Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder (Grasset) : mon prochain livre sortira peut-être en avril, si je parviens à le terminer. Comme vous le constatez, mon immense humilité me conduit à ne lui donner que la dixième place.

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