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Articles avec #litterature adulte tag

Fabienne Betting, Bons baisers de Mesménie, roman, 340 pages, Autrement 2016 19.50 €, J'ai Lu avril 2017 6,80 € ***

Publié le par Sébastien Almira


En bon libraire qui ne croit qu'en lui-même (oh ça va, je blague ! Ça fait trois ans que j'avais arrêté le blog mais le ton est toujours le même ^^), je n'aime pas beaucoup qu'on m'offre des livres que je n'ai pas expressément souhaités.
Pour mon anniversaire, une cousine commet l'irréparable : la semaine dernière, elle me tend un joli petit paquet venant de la Librairie Mot à Mot de Pertuis.

J'ai commencé Bons baisers de Mesménie dimanche lors de ma première plage de l'année (j'ai pris quelques couleurs par la même occasion), je l'ai continué chez moi lundi et l'ai terminé mardi dans la calanque de Sugiton (la route est laborieuse mais l'endroit se mérite!).
Vous allez me dire qu'on se contrefout de l'endroit où je l'ai lu et de mon superbe bronzage, que je n'écris ça que pour rendre les Parisiens jaloux. Que nenni ! Si je l'écris, c'est que j'ai lu ce roman exactement au bon endroit : Bons baisers de Mesménie a tout du livre de l'été.

Et Thomas, son personnage principal, a tout du loser. Il sort avec la rondelette secrétaire du psy qu'il voyait pour oublier la prof de mesmène qui l'avait goujatement éconduit, il bosse à McDo et c'est un flemmard accompli.
Un matin, il tombe sur cette petite annonce dans 20 Minutes :

Il ne sait pas encore dans quoi il s'embarque mais, vous, vous risquez d'être embarqués dans un tourbillon d'aventures pittoresques, de suspense (gentillet, on n'est pas non plus dans un polar. Quoi que... la mafia ne semble jamais loin), de folklore, de phrases et de situations cocasses, de politique écologique et de personnages hauts en couleurs.
Fabienne Betting, avec ce premier roman, a réussi son coup : elle, risque d'être embarquée en voyage dans le monde entier dans vos valises estivales (évitez toutefois la Mesménie) !

 

 

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Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Publié le par Sébastien Almira

Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Je l'ai déjà écrit, ici, ailleurs, j'en ai même parlé avec Bernard Lehut sur RTL : Philippe Besson n'a pas son pareil pour raconter les sentiments sans niaiserie ni superflu.
Surtout lorsqu’il raconte une histoire gay.
Surtout lorsqu'il raconte la sienne.

Lors du dernier RDV que je fais avec notre repré Julliard, il nous présente le prochain Philippe Besson. Sans nous en dire grand chose, il nous le présente comme son plus autobiographique, son plus sincère, son plus émouvant, son meilleur livre.

Je lis d'une traite la première histoire d'amour de l'auteur. Elle n'est pas vraiment réciproque, elle est secrète, elle est bancale, elle est douloureuse, mais c'est la première. « Ce garçon, à l'évidence, n'est pas pour moi », écrira-t-il page 33. Il a 17 ans, c'est en 1984, à Barbezieux.

« Je suis élève de Terminale C au lycée Elie-Vinet de Barbezieux. Ça n'existe pas Barbezieux.
Énonçons autrement. Nul ne peut dire : je connais cet endroit, je suis capable de le situer sur une carte de France. À part peut-être les lecteurs, et ils sont de plus en plus rares, de Jacques Chanderne, natif de la ville, et qui en a vanté l'improbable « bonheur ». ou ceux, il sont plus nombreux, mais ont-ils de la mémoire, qui empruntaient la nationale 10, naguère, pour se rendre en vacances, au début du mois d'août, en Espagne ou dans les Landes, et se retrouvaient systématiquement bloqués dans les embouteillages, là, précisément, à cause d'une succession mal pensée de feux tricolores et d'un rétrécissement de la chaussée. (…)
Je suis né là. À l'époque, on avait encore une maternité. Elle fermé il y a de nombreuses années. Plus personne ne naît à Barbezieux, la ville est vouée à disparaître. (…)
Donc je suis d'une époque révolue, d'une ville qui meurt, d'un passé sans gloire. » pages 18/19/20

« Le sentiment amoureux, il me transporte, il me rend heureux. Mais il me brûle aussi, il m'est douloureux, comme sont douloureuses les amours impossibles.
Car, de cette impossibilité, j'ai une conscience aiguë.
La difficulté, on peut s'en accommoder ; on déploie des efforts, des ruses, on tente de séduire, on se fait beau, dans l’espoir de la vaincre. Mais l'impossibilité, par essence, porte en soi notre défaite. » page 32

Je ne veux pas trop en dire, c'est pourquoi j'ai meublé avec des extraits après quelques lignes, ce serait vous priver d'une partie du plaisir.
Je rejoins entièrement l'avis de mon représentant : Arrête avec tes mensonges est le plus beau, le plus émouvant, le meilleur livre de Philippe Besson. Il m'a bouleversé. J'en pleurais à quatre heures du matin lorsque je l'ai fini (je m'étais couché déjà tard).
L'écrivain originaire de cette ville qui se meurt a écrit des romans qui m'ont beaucoup plu (Le garçon d'Italie, Se résoudre aux adieux, Un homme accidentel, En l'absence des hommes (la première fois), Vivre vite), d'autres qui m'ont bien plu (La maison Atlantique, Les passants de Lisbonne, De là on voit la mer) et quelques rares qui m'ont déplu (La trahison de Thomas Spencer, En l'absence des hommes (la seconde fois), Retour parmi les hommes), je ne dis donc pas ça par habitude : Philippe Besson est fort, très fort, il a les mots justes, le phrasé ressemble à une nécessité, nerveuse et mélancolique.
Arrête avec tes mensonges est une merveille.

« À mesure que je me rapproche, je vois cette nervosité, qui n'est en fait que de la timidité, quelque chose entre la gaucherie et l'émoi, une sorte de confusion plus que d'appréhension. Je me demande s'il éprouve de la honte, je veux croire qu'il s'agit seulement d'une gêne, de la manifestation de sa pudeur. Je retrouve aussi sa sauvagerie, ce qui le tient à part. J'en suis troublé car je me remémore sa mâle assurance, sa confiance calme, je pourrais être rebuté par l'égarement de sa superbe, en réalité rien ne me touche davantage que le craquèlement des armures et la personne qui s'y révèle. » page 39

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Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

 Premier article sur lequel je travaille depuis qu’a germé l’idée de reprendre le blog Culturez-Vous. Je recommence à avoir du temps puisque je suis au chômage depuis le début de l’année, et quelques personnes continuent ou commencent à me dire que je n’aurais pas dû laisser tomber il y a deux ans.
Ce ne sera peut-être pas le premier article publié parce que j’aurais aimé « frapper plus fort » pour mon « grand retour » (rires), mais il est là.

La semaine dernière, je suis allé visiter une nouvelle librairie à Marseille (oui, oui, je visite des librairies ^^), la chaleureuse Librairie Pantagruel, créée l’année dernière au Pharo par trois femmes fraîchement débarquées dans le monde des livres.
Il y avait un coup de cœur sur Chaleur, un livre rouge qui attire le regard. J’ai discuté avec la libraire présente ce jour-là et suis reparti avec ce court roman écrit par l’auteur de Derrière les panneaux, il y a des hommes (Grand Prix de littérature policière 2015).

 

« Avec Igor, il n'y avait plus que le 19 et le 67. Le 67 est un Néerlandais, il porte un maillot de bain orange avec un écusson de son pays imprimé dessus : musculature profilée de nageur, silhouette dessinée au pinceau. Il regarde Igor puis son voisin, un Turc gras et lourd dont la tête minuscule émerge d'un torse puissant entièrement recouvert de poils.
Le Néerlandais croise le regard fou du Russe nain, observe la toison gorgée d'eau du Turc; Chacun a son secret pour tenir éloigné le feu qui les brûle. Le Batave au corps d'Apollon les supplie en silence, comprend maintenant que l'entrainement ne suffit pas. Il pourra faire le beau sur une plage, baiser un tas de filles, mais il ne sera jamais champion du monde. Il ne parvient pas à maîtriser cette crispation dans les jambes qui lui fait agiter ses talons sur le sol comme un épileptique.
Leurs regards convergent vers lui, il les voit sourire, nom de Dieu, il s'affole, se demande si le plus dur est de résister à la chaleur ou de rester enfermé avec ces deux tarés. Ils ont flairé la peur, attendent qu'il cède, qu'il se lève se dépêche de quitter la boîte.
Igor et le Turc se donnent une poignée de main humide et sortent à leur tour. Inutile de forcer.
 »
page 58, premier tour des qualifications

Tous les ans, à Heinola en Finlande, des hommes (et des femmes mais dans Chaleur on s’intéressera surtout aux hommes) s’enferment dans un sauna chauffé à 110°C au lieu des 90 habituels et le dernier qui en sort est déclaré Champion du Monde de Sauna.
Depuis quatre ans, Igor Azarov, Russe, 60 ans, 1m59, 58Kg, moustache, cheveux gris, arrive en finale. Depuis quatre ans, Igor Azarov  sort quelques secondes avant Niko.
Niko Tanner, 49 ans, 1m89, 110Kg, acteur porno clean et classique, à jour dans ses vaccins hépatite B et HPA, accro à la Vodka, est la star locale.
« Niko Tanner est doué pour trois choses : la picole, la baise.
Et la chaleur.
»

En plus de savoir si le Champion sera Champion pour la quatrième fois consécutive ou s’il sera détrôné par Igor, le Turc, le Révérend ou encore le jeune arriviste aux airs de Macron, vous découvrirez le drôle de couple que forment Niko et Loviisa (qui a la moitié de son âge et passe son temps à entraîner ses parties intimes pour ses prochains films, de peur qu’on la découvre femme fontaine et que l’étiquette lui colle au cul toute sa vie), ou encore le passé trouble d’Igor (dont la fille tirée à quatre épingles se demande quelle mouche l’a piqué pour participer à un pareil festival de conneries).
« Si elle ne vivait pas dans une grande ville, elle choisirait l’espace au lieu des salles confinées du club de fitness. La salle de gym marque un début de défaite, un refuge confortable face aux éléments, face à soi-même et à sa volonté. » (pages 93-94)


J’écrivais tout à l’heure que j’aurais aimé frapper plus fort parce que, même si j’ai aimé Chaleur, ce livre ne restera pas pour moi dans les annales. C’est pas mal écrit, c’est rythmé, c’est cocasse, c’est noir, c’est original, on s’attache aux deux candidats jusqu’au-boutistes, mais ça reste finalement un peu plat. Pas vain, mais disons que je suis resté sur ma faim. Je m’attendais peut-être à un peu plus de cynisme et de folie pour un roman décalé, bien qu’adapté d’un fait divers.

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Cécile Coulon, Les grandes villes n'existent pas, essai, 90 pages, Seuil, Raconter la vie, janvier 2015, 7,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                          

« C'est joli, mais je n'y vivrais pas. », « On comprend pourquoi ça ne coûte pas cher d'investir dans la pierre. », « Ici, c'est le paradis pour les enfants, l'enfer pour les adolescents. » Voilà quelques-unes des phrases que Cécile Coulon et quinze autres millions de Français entendent régulièrement à propos de leur village.
C'est en quelques sortes pour leur rendre hommage qu'elle publie ce texte chez Raconter la vie au Seuil. Une manière de tordre le cou aux clichés sur ceux qu'on appelle bien volontiers des bouseux.

Articulé en quelques chapitres autour du village, de la rue, du stade, de l'école, de l'église, du bar, de la boulangerie et de la salle des fêtes, le livre se veut hybride entre l'essai, le témoignage et l'autobiographie. En quatre-vingt dix pages bien branlées, Cécile Coulon déroule son texte plus descriptif qu'argumentaire. C'est l'anecdote qui devient l'argument. La preuve que vivre « à la campagne », qui n'en est pas vraiment une, n'a rien de suicidaire.

Si le dehors est primordial pour la jeunesse, la rue, le stade, la forêt, qui permettent de s'évader, de grandir, de vivre, le bar et la boulangerie sont le centre névralgique d'un village.
« Une boulangerie qui ferme et le village meurt, comme un malade devient cadavre après avoir rendu son dernier soupir. Il n'y a plus rien à en tirer, à part les résidences secondaires que les propriétaires ouvrent deux semaines en été sans savoir comment entretenir la chaudière et couper la haie qui dévore le chemin communal. Quand il n'y a plus de café ni de boulangerie, ça veut dire que l'endroit où vous êtes né, où vous avez grandi, joué, crié, pleuré, ri, est devenu le dortoir des gens qui rachètent les demeures de maître, les maisons de bourgs et les chalets pour en profiter l'été, quand il fait trop chaud pour que les rues soient animées. » page 86
J'ai grandi dans un (super) village, de 3000 habitants, et j'ai reconnu des situations, des ambiances, des ressemblances et je peux vous confirmer l'importance d'un bar et d'une boulangerie !


Cécile Coulon raconte aussi l'école, le collège, plus loin, le lycée, plus loin encore. Elle raconte l'autonomie quand un enfant va acheter le pain seul la première fois, l'âge adulte non pas à dix-huit ans mais à la délivrance du petit papier rose, le permis de conduire, le permis de sortir de la ville, le permis de s'émanciper. Elle raconte la peur des parents à ce moment-là car, si pour les jeunes le permis veut dire liberté, pour les parents il veut dire danger. Elle raconte la solidarité et l'entente entre voisins, dans la rue, à la maison, comme lors des fêtes du village à la salle polyvalente. Elle raconte la vie, même si elle s'en défend. En tout cas la vie d'un village, la vie dans les grandes lignes de ces habitant dont on ne parle que dans le journal régional. Elle raconte qu'il est possible de vivre comme ça. Et à vrai dire c'est bien comme ça que presque tout le monde vivait il y a quelques décennies.

« Ma meilleure amie habitait à cinq kilomètres de la maison de mes parents. Je montais chez elle à vélo, ou à pied. Mais la première fois qu'elle est venue me chercher en scooter pour aller voir, à une quinzaine de kilomètres, une fille du collège que nous appréciions, ce fut comme si ma notion du temps, de la distance, de mon statut, cette image de moi-même que je voulais donner pour recevoir un respect qu'on met des années à gagner sans comprendre qu'il n'existe pas, changeaient en quelques minutes. Nous pouvions bouger, nous déplacer, frimer aussi, nous échapper et prendre le pouvoir en étendant nos connaissances géographiques, en traversant des bleds que d'autres ne connaissaient que de nom, privilèges jusqu'ici réservés à nos parents, qui décidaient seuls des limites routières que nous pouvions franchir ou non. » pages 64-65

Sans se soucier des qu'en-dira-t-on, sans verser dans la défense acharnée de la vie en village, Cécile Coulon livre un bel hommage à une population moquée quand elle n'est pas oubliée. En dressant le positif comme le négatif, les souvenirs comme les vérités générales, de manière acerbe autant qu'attendrissante, l'auteure du Rire du Grand Blessé et du Cœur du Pélican réussit encore une fois son coup.


« « La vie, la vraie » n'existe pas ; la vérité n'est jamais singulière, régulière, la réalité non plus et c'est pourquoi j'ai écrit ce texte. Je ne peux pas raconter la vie, je peux simplement en décrire quelques-unes, avec les défauts, les partis pris, les omissions et les ornements que l'écriture, la mémoire et les sensations des autres imposent. » page 99


                                

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Sasha Arango, La vérité et autres mensonges, roman traduit de l'Allemand par Dominique Autrand, 310 pages, 20 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                   

Henry est selon lui-même un homme sans intérêt, un auteur adulé de best-sellers policiers secrètement écrits par sa femme Martha, un bon à rien, si ce n'est un ami généreux et fidèle.

« La littérature ne m'intéresse pas, je veux juste écrire. » Martha
« Le succès n'est qu'une ombre qui se déplace avec le soleil. »
« À un moment ou un autre le soleil se couchera, songeait Henry avec anxiété, et on se rendra compte que je n'existe pas. »
« Il n'y eut rien de particulier à prouver car un auteur, comme chacun sait, n'est capable de rien d'autre que d'écrire, et écrire est à la portée de n'importe qui. Pas besoin d'avoir des connaissances ou des compétences spécifiques, ou des choses particulières à dire sur soi, aucune information digne de ce nom qui s'impose, il suffit d'avoir un peu vécu, personne ne vous demandera de présenter un diplôme. » Henry

Un bon à rien dont la femme est éperdument amoureuse et la maîtresse enceinte jusqu'au cou. Le problème s'appelle Betty, elle est aussi son éditrice, une femme sans scrupule et dépravée, plus jeune, plus belle que Martha, les cheveux blonds bouclés, les tâches de rousseur sur ses seins en orange, les yeux verts, « elle voulait le succès et en même temps la discrétion, l'aventure dans la jungle, mais avec le chauffage central. » Un mauvais plan.

Le point de départ semble plutôt simple, mais La vérité et autres mensonges devient plus tortueux au fil des pages. Si Henry est incapable d'écrire ses romans lui-même, il est en revanche capable de transformer sa propre vie en véritable thriller.
On pourra se heurter à quelques maladresses de traduction, quelques passages plus brouillons que mystérieux ou encore quelques erreurs de significations, mais Sasha Arango mène sa barque avec talent et manipule le lecteur comme bon lui semble. Entre vérités et mensonges, révélations et rebondissements, ce thriller plus alambiqué qu'il n'y paraît tient rudement bien la route.

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Philippe Besson, Vivre vite, roman, 230 pages, Julliard, janvier 2015, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

            


La rentrée de janvier a commencé il y a un mois déjà, un peu plus même, certains éditeurs ayant publié dès le 31 décembre... Et moi qui me targue de vous éclairer sur l'actualité littéraire, j'ai attendu le mois de février pour écrire un article sur un roman de la rentrée. Il faut dire que janvier a été quelque peu mouvementé, que je n'étais pas trop d'humeur à lire, ni à écrire sur le peu que j'avais lu.
Je me suis jeté sur des BD jeunesse et dans les salles obscures, d'où les deux articles ciné de janvier. Pour ma défense, quel ratio de bonnes nouveautés au cinéma en fin décembre / janvier !


Bref, pour le premier article de la rentrée littéraire de janvier, si, vous savez, celle qui passe quasi inaperçue, je reste proche du septième art puisque Philippe Besson raconte dans Vivre vite, l'idole de vos mères et de vos grands-mères : James Dean.

« Notre passe-temps favori, à Jimmy et moi consistait à improviser des pièces de théâtre. On s'était fabriqué une scène miniature, j'avais cousu des costumes, confectionné des figurines. C'était épatant d'inventer des histoires et de les déclamer devant un public imaginaire. J'ignorais que cela déclencherait chez lui ce désir irrésistible de faire l'acteur plus tard, mais je suis fière de supposer que je suis sans doute à l'origine de sa vocation.
Parfois, je pense : si je ne l'avais pas poussé dans cette direction, s'il n'avait pas embrassé cette profession, s'il n'était pas devenu célèbre du jour au lendemain, il ne serait pas mort brutalement, en pleine jeunesse, en pleine gloire. Il n'aurait pas eu les moyens de s'acheter cette maudite voiture, il n'y aurait pas eu l'accident. Mais je n'arrive pas à me sentir coupable. On n'échappe pas à son destin. Le sien était d'être une étoile et de passer comme une comète. » pages 23-24, Mildred Dean, sa mère.

Vous l'avez peut-être compris avec ce premier extrait, c'est grâce à un roman choral que Philippe Besson entend raconter la courte vie de James Dean. Ainsi, prendront la parole sa mère, son oncle, les réalisateurs, acteurs, photographes avec les lesquels il travaillera, ses amis, si tant est qu'on puisse imaginer que l'acteur avait réellement des amis, lui-même, ou encore son professeur d'art dramatique Adeline Brookshire qui sera la première, page 64, à le nommer James Dean, peut-être parce que c'est elle qui fut le virage dans la vie de Jimmy, celui qui lui fit entamer une carrière, aussi courte soit-elle, parce que c'est à partir de là que Jimmy est devenu James Dean.

« On devait toujours le canaliser. C'était un enfant qui faisait facilement des bêtises. » page 47, Marcus Winslow, son oncle.

« En fait, il faudrait donner l'impression de ne rien faire, d'être soi-même, alors qu'on est absolument un autre. Inventer un pur mensonge plus vraisemblable que la vérité.
Il faudrait aussi puiser en soi des souffrances intimes et les habiller d'apparences trompeuses. » page 70, James Dean.

« Car désormais, je ne pense plus qu'à une chose, une seule, devenir acteur. Si je ne deviens pas acteur, autant être rien.
Pas de méprise : je n'ai pas particulièrement envie de voir ma tête sur des affiches,je ne rêve pas de gloire. Non. Simplement, je ressens des vibrations dès que j'enfile le costume d'un autre, et que j'invente un mensonge en espérant qu'on va me croire. C'est dans les moments où je joue que je suis au plus près de la personne que je veux être. » pages 110-111, James Dean.
 

                      


Et c'est là que réside la force de Vivre vite : Besson s'adapte aux narrateurs qu'il utilise. Il perd parfois son écriture, qui peut en énerver plus d'un, jusqu'à ce qu'elle revienne au galop au détour d'un personnage. Mais même lorsqu'il change le moins sa manière d'écrire, j'avais l'impression d'entendre untel ou un autre parler, sa voix, ses intonations, de voir ses postures, ses expressions. En ça Philippe Besson est très bon.

« Au début de notre amitié, j'ai pensé qu'il préférait les hommes. Et cela ne m'aurait pas particulièrement choqué. J'ai découvert que la réalité était plus subtile. Pour comprendre Jimmy, il fallait admettre qu'il n'avait pas de problème avec sa propre sensibilité et, pour être plus explicite encore, avec sa propre féminité. » page 167, Leonard Rosenman, compositeur.

« D'emblée, j'ai tenté de me débrouiller avec ce paradoxe : la beauté de Jimmy ne sautait pas aux yeux, et pourtant on ne voyait qu'elle. Ses lunettes mangeaient son visage, ses traits étaient un peu grossiers, son regard noirci par les cernes, et cependant il irradiait dès qu'il se mettait à sourire, il inquiétait dès qu'il se refermait, il séduisait dès qu'il vous fixait. » page 199, Dennis Stock, photographe.

Si certains chapitres paraîtront anecdotiques au premier abord, je trouve qu'il n'y a pas de gras dans le roman, rien à retirer. Tout y a une place, la sienne. Tout a un sens, un but. Ici un trait de caractère dévoilé, là un moment clef de la fureur de vivre, de vivre, de James Dean.
Quelques chapitres sont très forts, d'autres très intéressants comme celui d'Elia Kazan, sur le tournage du premier film de James, À l'est d’Éden, page 175 et suivantes, il y a aussi la beauté de ce que dit Elizabeth Taylor ou encore Marlon Brandon, son idole : « Plus tard, je suis allé voir ses films et là, j'ai compris. Compris que c'était un putain de génie. Et les génies ont le droit de faire chier le monde. » (page 192)

À la manière de Frédéric Beigbeder avec son roman Oona & Salinger (article ici), Philippe Besson signe un très bon roman qui, sans dénaturer son œuvre ou sa personne, est peut-être un peu plus classique et abordable pour les non-initiés, pour les habituellement irrités par le style ou le genre de ces deux auteurs. Il y a en Vivre vite un beau roman sur un acteur incandescent devenu en trois films et un accident de voiture, une icône intemporelle. James Dean va si bien à Philippe Besson, et inversement, que ce serait dommage de bouder un tel plaisir.


« Mais que voulez-vous, l'Amérique, cette grande nation, n'est rien d'autre qu'une mère monstrueuse qui dévore ses enfants, une putain de mère maquerelle qui brûle ses gagneuses et ses idoles. » page 222, Sal Mineo, acteur.


                                              

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Anne-Laure Bondoux, Tant que nous sommes vivants, roman à partir de 14 ans, 290 pages, Gallimard Jeunesse, septembre 2014, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                   

« Nous avions connu des siècles de grandeur, de fortune et de pouvoir. Des temps héroïques où nos usines produisaient à plein régime, où nos villes se déployaient jusqu'aux pieds des montagnes et jetaient leurs pont par-dessus les fleuves. Nos richesses débordaient autour de nos maisons, gonflaient nos yeux, nos ventres, nos poches, tandis que nos enfants, à peine nés, étaient déjà rassasiés.
À ce moment sublime de notre histoire, nous n'avions peur de rien. Autour de nous, des plaines fertiles s'étendaient à perte de vue. Nos drapeaux flottaient, conquérants, aux sommets des hautes tours que nous avions bâties et, aveuglés par l'éclat de notre propre triomphe, nous avions la certitude que chaque pierre posée demeurerait là pour l'éternité.
Mais un jour, les vents tournèrent, emportant avec eux nos anciennes gloires.
Des sommes colossales se mirent à changer de main, mille fois par seconde. Des empires que nous avions crus immuables s’effondrèrent, tandis que d'autres s'engendrèrent, loin de nos frontières. Dans une accélération imprévue, la fortune que nous pensions acquise nous échappa.
Nos villes, autrefois si grasses, devinrent sèches et laides.
Les unes après les autres, nos usines cessèrent de produire, précipitant sur les routes des armées d'ouvriers aux mains vides.
Dans les ports, dans les gares, nos cargaisons et nos trains restèrent à quai.
Nos banques fermèrent, puis ce furent nos petits commerces, nos grands hôtels, nos stades, nos théâtres.
Bientôt nos enfants eurent faim et, comme chacun redoutait de perdre le peu qui lui restait, la peur nous enveloppa de son haleine glaciale. Plus de drapeaux, plus de désirs, plus de rêves : le feu qui nous avait habités s'était éteint, et notre communauté se replia sur elle-même. » pages 9 et 10

Anne-Laure Bondoux a été mon intrusion dans la littérature ado lorsque j'avais 13 ans avec Le destin de Linus Hope, apparemment un des premiers romans de sciences-fiction / anticipation pour adolescents. J'étais en 4ème, il était dans la sélection des Incorruptibles et j'avais tellement aimé que j'ai acheté la suite. Ça peut paraître anodin comme remarque mais acheter un livre avec que du texte, pour moi qui ne lisait et relisait qu'Astérix et Tom-Tom et Nana à l'époque, ça ne l'était pas.

Anne-Laure Bondoux a donc été mon premier pas vers la littérature lorsque j'étais adolescent. Et j'ai encore attendu 13 ans pour lire de nouveaux cette auteure que je dis pourtant adorer. Visiblement ça paye : Tant que nous sommes vivants est une merveille.

C'est un roman pas facile à raconter, un roman d'aventures, d'amours, d'amitiés, de magies, de guerre, de haines, de rêves, de fuites, de survies, de quêtes, de théâtre, d'ombres et de lumières.
Et un première de couverture qui retranscrit à merveille les ambiances et les thèmes du livre.
C'est un roman initiatique qui prend la forme d'un périple fourmillant d'idées, de scènes, de détails, de symboles.
C'est un voyage auquel on prend part sur plusieurs années, dans différents lieux, où l'on rencontre des personnes différentes qui ont toutes quelque chose à faire partager, quelque chose à prendre ou à donner.
C'est d'ailleurs une question qui revient souvent « Faut-il toujours perdre une part de soi pour que la vie continue ? »

C'est un roman complexe, débordant d'imagination et de significations, une roman ébouriffant, un roman avec quelques passages et phrases magnifiques, une manière d'assembler les mots et les idées bouleversante (« Quand ma mère ouvrit les yeux le lendemain, Bo était déjà descendu à la forge. Seules quelques traces de poussière noire restaient sur le tapis. Les contours de sa solitude. » page 162, ou encore la préface : voir extrait plus haut), avec quelques descriptions superbes, d'autres terribles, un roman que j'aurais dû lire plus tôt, que j'aurais pu conseiller pour Noël, car Tant que nous sommes vivants est un roman épique et poétique, captivant et magnifique qui s'offre, qui se dévore et se savoure, qui rend justice à la vie et à ceux qui qui se battent pour leur survie.

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Frédéric Beigbeder, Oona & Salinger, roman, 330 pages, Grasset, août 2014, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Frédéric Beigbeder, Oona & Salinger, roman, 330 pages, Grasset, août 2014, 19 € ****

« Et c'était très agréable de recommencer. Ils recommencèrent beaucoup. À chaque fois qu'il l'embrassait, elle avait l'impression de s'envoler et lui de tomber par terre. C'était un miracle qu'ils tinssent encore debout. Une prouesse aussi exceptionnelle que ce subjonctif imparfait. » pages 90-91

De Beigbeder, je n'ai pas tout lu et je n'ai pas tout aimé. C'est comme ça que je commence à parler d'Oona & Salinger à mes clients. Et c'est comme ci que je continue : mais j'ai beaucoup aimé son dernier, il n'est pas trop présent, son humour et sa présence servent bien le récit et ne le vampirisent pas comme c'est parfois le cas.
Parfois, il faut savoir prendre des gants quand on est libraire. Oui bien sûr, j'ai aaadooooré !!!
Je déconne mais vous avez compris l'idée. Et bien pour vendre du Beigbeder en librairie indépendante, c'est comme pour Nothomb, il faut faire sauter les préjugés pour parler d'un livre et non d'un personnage qu'ils ne peuvent plus voir en peinture.
Parfois, ça ne vaut pas le coup. Pour le dernier Nothomb, je ne prends pas de gants, oui, cette fois, il est bien, pas inoubliable, mais bien. Mais pour Oona & Salinger, ça vaut le coup de dire aux gens qu'il faut s'ouvrir un peu et arrêter de ne jurer que par la Pléiade et le Goncourt.

 
                                   Jerry David Salinger, Oona O'Neill et Charlie Chaplin

Jerry D. Salinger, « l'écrivain qui a dégoûté les humains de vieillir » (page 23) est l'auteur préféré de Frédéric Beigbeder. Son Catcher in the Rye (L'attrape-cœur) s'est vendu à plus de 120 millions d'exemplaires dans le monde si j'en crois son plus grand fan.

Oona O'Neill, dont Truman Capote dira « Elle n'avait qu'un seul défaut : elle était parfaite. À part ça, elle était parfaite. » a été sa petite amie avant de se marier à Charlie Chaplin.
Après une interview de Salinger qu'il ne mènera finalement pas, l'auteur de 99 fr décide d'écrire sur ce qui changera à jamais la vie de Salinger : l'histoire d'amour improbable entre Oona et Jerry, le départ de ce dernier pour aller casser de l'Allemand en France, et le mariage d'Oona avec Chaplin.

Dans un art particulièrement incisif du dialogue, Beigbeder s'amuse à recréer les plausibles instants partagés entre Oona et Jerry, comme bas de page 93 et suivantes, scène d'une perfection étonnante. Il raconte les soirées hype & drugs au Stork Club, l'endroit le plus fermé de New York, avec la bande de Truman Capote et des trois premières it-girls de l'histoire : Gloria Vanderbilt (vamp fatale et sophistiquée), Carol Marcus (l'animal sensuel et hystérique) et Oona O'Neill (l'autiste, la timide, l'angélique).
Il imagine les lettres désespérées que Jerry envoie du front à sa bien-aimée un peu trop volage.
Il décrit à travers les yeux de ce dernier l'horreur de la guerre (extrait ci-dessous, pages 206-207).
Il part parfois dans tous les sens, comme avec le chapitre « Ce qu'on ne dit pas aux Français sur le débarquement (ni au collège, ni au lycée, ni dans Le jour le plus long, ni dans Il fat sauver le soldat Ryan) » pages 208 et suivantes, comme le chapitre sur les ados contemporains pages 250 à 252, saisissants.




On retrouve l'humour particulier et corrosif de Beigbeder :
« À ce moment-là, le jeune serveur apporta les verres. J'ai oublié de dire qu'au même instant, la France était occupée par l'Allemagne. À Paris, avec le décalage horaire, les troupes allemandes défilaient sur les Champs-Élysées. » page 41

« Ici, quelqu'un comme Sylvia Plath ajouterait une phrase photosensible du genre « Le soelil matinal, tout simple, brillait à travers les feuilles vertes des plantes de la petite verrière et les motifs de fleurs sur le divan recouvert de chintz étaient naïfs et roses dans la lumière du matin. » J'aime ces temps d'arrêt qui laissent au lecteur le temps de respirer, de boire ou d'aller pisser. Ah, si seulement je savais écrire ainsi. Mais je dirais seulement que le premier rayon de soleil était parme, et que c'était vachement joli. » page 104

Enfin bref, je vais pas en faire trop. Sylvia Plath trouverait peut-être beaucoup à dire, mais je dirais seulement qu'Oona & Salinger est un roman étonnant et complet. Tout y est, tous les genres, histoire sentimentale, critique de la société, roman de guerre, roman à la Bret Easton Ellis sur les soirées américaines, voyages, document historique et biographique, et j'en passe.
Je ne sais pas si le Renaudot était mérité pour Un roman français, mais ce nouveau roman de Beigbeder aurait mérité plus d'attention et de reconnaissance.


Une surper critique d'Onna & Salinger à lire ICI.


                         

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Bertrand Guillot, Sous les couvertures, roman, 170 pages, rue fromentin, septembre 2014, 16 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Bertrand Guillot, Sous les couvertures, roman, 170 pages, rue fromentin, septembre 2014, 16 € ***

« Ainsi avaient passé les années, au rythme immuable de la nouveauté littéraire : en septembre la rentrée et son cortège, en novembre les prix et leurs bandeaux rouges, les beaux livres pour Noël, puis d'autres romans en janvier pour passer l'hiver, l'émission de télévision du vendredi soir, et les bluettes de printemps pour préparer les vacances d'été. » page 31

Un samedi soir, une librairie de quartier un peu vieillotte. Comme tous les soirs, sitôt le rideau tombé, les livres s'éveillent et se mettent à vivre, se parlent, se chamaillent, se promènent. Mais ce soir, l'heure est grave : un carton de nouveauté vient d'arriver et chacun a peur de passer à la casserole lundi, autrement dit d'être mis au retour puis au pilon. Mais quelqu'un a une idée.

page 28

page 28

Sous les couvertures est un roman d'aventure pas comme les autres. Les livres nous font voyager depuis notre enfance, que ce soit avec un récit de voyage, une magnifique histoire d'amour, un bon polar, un livre drôle et léger et j'en passe. Cette fois-ci, c'est un livre de livres, un livre chez les livres, avec les livres, quels qu'ils soient. Ainsi, nos personnages seront des classiques, des premiers romans, des romans primés, surestimés, oubliés, etc. qui répondent aux noms de Junior, l'Académicien, le Grand, Rouge, etc. Et de temps en temps, nous aurons également le libraire, son fils prônant le tout-technologique, la petite nouvelle qui aimerait tant changer les choses (comme les livres dans leur boudoir, tiens...) et sa colocataire journaliste qui ne pense qu'à draguer ce bel auteur rencontré sur un salon.
Parfois, les aventures humaines et livresques se ressemblent à s'y méprendre et si de prime abord le principe du roman peut paraître niais, Bertrand Guillot est parvenu à concocter, non sans intelligence, une jolie aventure qui ne manque pas d'originalité, de rebondissements et d'humour. Elle permettra également aux petits curieux de voir l'envers du décor d'un métier qu'on pourrait trouver banal, inutile, facile.

page 31

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page 118 (début de la phrase page 117 "Etablir un contact direct avec les Etrangers...")

page 118 (début de la phrase page 117 "Etablir un contact direct avec les Etrangers...")

Livre reçu et lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2014 PriceMinister !

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Charlie Chaplin, Mon tour du monde, 200 pages, éditions du Sonneur, octobre 2014, 16 € *

Publié le par Sébastien Almira

                        

« J'ai l'âme d'un touriste, car j'aime visiter des endroits où l'histoire s'est écrite. De l'empathie, de la sensibilité pour les choses, voilà ce que je cherche à éprouver. » pages 31-32

Quelle belle idée. Quelle jolie couverture (1ère, dos et 4ème), simple mais esthétique. Quel beau placement pour les éditions du Sonneur. Sur le papier, tout est beau.
Mais dès qu'on ouvre le livre et qu'on se met à lire, on déchante. Certes, Chaplin est cinéaste et pas écrivain. Il ne s'est toutefois pas foulé pour écrire ce livre. Quitte à s'écrire, autant le faire bien. Il s'agit d'ailleurs bien de s'écrire plus que d'écrire sur le monde, contrairement à ce qui est vanté.

Dans ce voyage d'un an et demi, il rencontre nombre de personnalités, qu'elles soient politiques ou du monde du spectacle. Il mange avec elles, boit avec elles, danse avec elle, se rend chez d'autres avec elles, prend le train avec elles, discute parfois, mais jamais très longtemps. En tout cas pas assez longtemps pour intéresser le lecteur.


                       

Nous déjeunons à Postdam, nous devons visiter, je dîne chez Winston Churchill, on m'invite à, nous prenons le thé avec Marlène Dietrich, l'hôtel Carlton !,le professeur Einstein a téléphoné ce matin, nous arrivons à l'hôtel, Londres enfin ! etc.
Combien de phrases commencent ainsi dans Mon tour du monde ? Incalculable. Pour raconter où il est allé, avec qui et ce qu'il a mangé, Chaplin est très fort. En revanche, dès qu'il s'agit d'approfondir sur ses entretiens avec la première femme entrée au Parlement britannique, avec Gandhi ou Einstein, il n'y a plus personne.
« Nous parlons politique et évoquons les perspectives définies par le gouvernement travailliste, la crise et ses raisons. Nous prenons congés alors qu'il est presque l'heure du dîner. » page 29

C'est honnêtement d'une niaiserie surprenante, creux et futile comme un roman de Marc Lévy, manger est vraisemblablement ce qui l'intéresse le plus. Quelques scènes sont dignes d'intérêt, comme celle chez Churchill et il y a chez Chaplin un côté tendrement naïf qu'il a su garder malgré le succès, mais ça ne suffit à rendre la lecture de son tour du monde agréable. Passez votre chemin.

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