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Olivier Pouteau, Abracadabra Amanda, roman à parti de 11 ans, 120 pages, Rouergue, doado, janvier 2014, 10,20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Vous croyez à la magie ? Aux lapins qui sortent du chapeau, au paquet de cartes abîmés et régulier qui devient neuf avec la bonne carte à l'envers, aux femmes découpées dans des boîtes, vous voyez le genre ? C'est beau à voir, ça impressionne, et ça finit par énerver parce qu'on ne comprend pas le truc. Je sais pas pour vous mais, moi, je trouve ça super énervant, de pas comprendre un truc.

 

Bref, dans Abracadabra Amanda, pas de lapins, pas de cartes. Juste un spectacle de Noël au collège, un numéro de simples collégiens qui, eux, connaissent le truc de la femme transpercée d'épées dans une boîte. Dans la boîte, c'est Amanda, la fille que tout le collège déteste, la pimbêche revêche et moqueuse. Pendant son numéro, une panne d'électricité. Quand la lumière revient, il manque la boîte du milieu, celle où sont censés se trouver le ventre, la poitrine, le cœur d'Amanda, si tant est qu'elle en ait un. Restent la boîte du haut avec sa tête et ses bras qui dépassent et celle du bas avec ses jambes. Mais, étonnement, Amanda ne souffre pas.

Le public commence à crier, on évacue rapidement la salle, et on dépêche l’inspecteur Brouillard, pas très doué, il faut le dire. L'enquête commence.

 

C'est Léonard qui a fait le coup. Nous, on le sait. Sur un coup de tête, il a volé un morceau du corps d'Amanda. Le problème, c'est qu'il ne sait pas quoi en faire, n'ose pas en parler à ses amis, ni se dénoncer maintenant que l'enquête est lancée. Alors, quand il découvre l'étonnant pouvoir de la boîte qu'il a cachée dans son armoire, Léonard est prêt à tout pour la garder...

 

Le roman d'Olivier Pouteau, c'est un peu comme le tour de la femme découpée : c'est un peu magique. Mais pas énervant. Accessible mais bien écrit, Abracadabra Amanda est un joli conte pour jeunes adolescents, filles ou garçons, qui n'ont pas envie de lire que du Chérub ou des Chevaliers d'émeraude. C'est un court roman qui emporte le temps de deux heures le lecteur ailleurs, tout en finesse, grâce à une histoire ancrée dans une réalité un peu magique !

 

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Photos de Barrere & Simon, http://www.barrereandsimon.com/

 

« Les pages du carnet défilèrent. La plupart comportaient des dessins représentant une femme, toujours la même, parfois avec un enfant. Léonard finit par s'arrêter sur une page vierge, puis se mit à dessiner sans hésitation. Son geste était précis, vif, inspiré, et très vite le croquis prit forme, jusqu'à devenir un dessin abouti dont il sembla satisfait.

Le résultat représentait une jeune fille, de l'âge de Léonard, emprisonné dan une boîte qui faisait penser à un cercueil. Seuls sa tête et ses pieds dépassaient, de même que ses bras, qui sortaient par deux ouvertures sur les côtés. Mais ce qui frappait dans le dessin, c'était l'attitude de la jeune fille. Elle donnait l'impression de hurler, ce qui, à bien y regarder, pouvait être une attitude légitime. Non seulement plusieurs scies, terrifiantes et démesurées, transperçaient la boîte de part en part, mais surtout une des parties était absente, comme si la jeune fille avait été découpée en plusieurs morceau, et que l'un d'eux avait été dérobé.

Un garçon était également couché sur le sol, au pied de la boîte, dans une position de pantin désarticulé, avec un chapeau haut de forme cabossé par sa chute, et une baguette magique échappée de ses mains. Un nuage de petites étoiles tournoyait autour de sa tête, ce qui apportait une touche presque comique dans un univers qui évoquait pourtant le chaos et la panique.

Le dernier élément du dessin laissait entrevoir une silhouette à l'arrière-plan. C'était la partie la moins nette du croquis, mais on devinait sans mal qu'il s'agissait d'une silhouette masculine. Une silhouette en train de prendre la fuite, les bras chargés d'un curieux colis. » page 12

 

Dernière chose, voilà finalement quelque chose que je ne comprends pas : pourquoi n'a-ton pas représenté le dessin de Léonard afin d'en faire la première de couverture du roman ?

 

Merci à Adèle des éditions du Rouergue pour cette lecture (et pour sa réponse à ma question?) !

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Eric-Emmanuel Schmitt, La trahison d'Einstein, théâtre, 150 pages, Albin Michel, janvier 2014, 12 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Quelle œuvre étrange que celle d'Eric-Emmanuel Schmitt. Soldat de première ligne de l'armée Albin Michel, il est sur tous les fronts, pour le meilleur comme pour le pire : romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais. Si ses nouvelles sont de plus en plus niaises et que ses derniers romans n'ont pas une once de qualité et d'originalité de ses anciens, il faut reconnaître qu'en théâtre, Monsieur Schmitt n'a pas perdu la main.

 

Avec La trahison d'Einstein, on quitte le théâtre de boulevard dans lequel il a inscrit plusieurs de ses pièces comme Petits crimes conjugaux, Variations énigmatiques ou encore La tectonique des sentiments pour rejoindre des sujets plus sérieux comme Le visiteur (à lire absolument si ce n'est déjà fait).

On se retrouve sur les bords d'un lac du New Jersey en 34,39 et 45. Einstein a quitté l'Europe et vit à Princeton. La pièce retrace les rencontres entre le savant et un vrai-faux vagabond où il sera question de politique, de sciences, des hommes, de la guerre, de remords, de doutes et d'alcool. Einstein est en proie à un sacré problème d'éthique : il veut combattre les nazis mais ne veut pas aider les États-Unis. Qui, de la bombe nucléaire ou de son pacifisme, aura le dernier mot ? Une intrigue légèrement policière saupoudrera le tout pour vous entraîner dans la tourmente d'Albert Einstein.

 

Voilà donc une très bonne pièce de théâtre, complète (dramatique, comique, historique et policière). Un vrai régal à lire (dialogues enlevés, cyniques ET intéressants) et peut-être à voir puisqu'elle sera jouée par Francis Huster, Jean-Claude Dreyfus et Dan Herzberg, dans une mise en scène de Steve Suissa au Théâtre Rive-Gauche à Paris du 30 janvier au 30 mars 2014.

 

 

Merci à Claire Migneret des éditions Albin Michel pour cette lecture !

 

 

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Philippe Besson, La maison atlantique, roman, 210 pages, janvier 2014, Julliard, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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« La maison, justement. Il faut que j'en parle. Oui, c'est important, tout de même. C'est là que tout s'est noué puis dénoué. » page 15

 

Et l'on critiquera longtemps Amélie Nothomb pour sa régularité éditoriale, mais l'on oublie que bien d'autres auteurs publient un livre par an aussi. C'est le cas de Philippe Besson, dont les romans sont tour à tour magnifiques et décevants.

 

Mais quel cru, cette année ! Un texte fort, émouvant et beau où tensions et sentiments s'insinuent entre les pages pour vous atteindre au cœur.

Un tout jeune bachelier, au lieu de profiter du dernier été avant la dispersion géographique estudiantine pour « partir avec (ses) camarades dans des campings improbables ou des villas prêtées par des connaissances lointaines dont aucun d'(eux) n'avait jamais entendu parler », est contraint de passer un mois avec on père dans la maison atlantique. Dans, pas à, car ce point de départ annonce un huis clos entre les deux hommes, un père avocat d'affaire, peu aimant, peu compréhensif, trop absent, « trop occupé à jongler avec les millions et les décalages horaires », pour qui gagner est plus qu'une nécessité une passion ; un fils entre l'enfance et l'âge adulte, entre la vie et la nostalgie.

La maison atlantique, c'est la maison de vacances familiale, celle-là même où la mère est morte trois années plus tôt. L'occasion pour l'auteur de faire jouer une fois de plus à la mer un rôle important.

 

« Mon petit-déjeuner, je le prenais seul. En guise de retrouvailles, je n'avais droit qu'à un partage d'espace. Nous occupions un même lieu, lui et moi, mais nous menions deux existences séparées. » page 25

 

Lorsqu'un couple de voisins entre en scène et que le père, qui ne supporte pas de perdre, se met en tête de séduire la jeune mariée, la machine infernale s'accélère et l'affrontement entre les deux hommes gagne en intensité. La nostalgie, les regrets, le ressenti, la haine refont surface, si tant est qu'ils aient été un jour enfouis, et la catastrophe approche à grand pas.

 

Dans ce « théâtre d'ombres et de fantômes », raconté par le fils, les phrases de Philippe Besson sont comme d'habitude courtes et fortes. La poésie mélancolique et le rythme de son phrasé emportent le lecteur dans un texte d'une intensité propre à l'auteur, à laquelle je n'aurais qu'un reproche à faire : un usage légèrement hystérique de la virgule. Comme dans Un homme accidentel ou Se résoudre aux adieux (ses deux meilleurs livres, selon moi, auxquels il convient désormais d'ajouter La maison atlantique), Philippe Besson fait preuve d'une verve sans pareille et d'une jolie musique lorsqu'il parle des gens : « on aurait dit qu'il avait poussé d'un coup, sans doute vers l'âge de seize ans, et que cette surprise lui était restée, l'avait ancré pour longtemps dans la timidité et la douceur » (page 45) et vous propose peut-être un des meilleurs romans de la rentrée de janvier.

Besson 2 © Stéphane Gizard

 

 

« Si, je sais : pendant les premiers jours, je suis retourné sur mes pas.

Ou sur les siens.

 

D'abord, je me suis rendu au phare. J'ai toujours aimé m'en approcher en fixant des yeux son sommet. J'ai alors l'impression que l'étrange édifice se meut lentement, découpé dans le bleu du ciel. Que son centre de gravité se déplace. Que le bloc de granit perd sa pesanteur, gagne en légèreté. Combien de marins sont-ils rentrés au port, guidés par son signal ?

(…)

Et puis, j'ai traîné près du vieil embarcadère, désormais laissé à l'abandon. Même au plus fort de la saison, il ne vient plus grand monde. Les vacanciers fuient ce bout de plage, ponctué de galets et de varech, ils ont l'impression que les nappes de fuel dégagées par les anciens bacs n'ont pas tout à fait disparu. Moi, j'affectionne le bois pourri, le fer rouillé.

J'ai dû faire un crochet par le port, où les bateaux de plaisance ressemblent à des cocottes en papier échouées sur la vase lorsque la marée est basse, où les mâts font entendre un tintement étrange lorsqu'elle est haute. J'ai pensé à ceux qui prennent le large, pour de bon, ceux dont le visage est strié de rides et dont le regard a quelque chose d'inaccessible.

Là, j'ai vu des enfants, un cornet de glace à la main, les doigts collants parce que ça dégouline, le cou tordu pour ne rien perdre. Au Grand Café, on ne sert plus ces coupes gigantesques de toutes les couleurs, éclairées de minuscules feux d'artifice et ponctuées de parasols en papier froissé. C'est désormais un simple comptoir où s'agglutinent les touristes.

Plus loin, j'ai remarqué qu'on avait refait la petite place, installé de jolis pavés pour embellir les trottoirs. Le Café du Commerce, lui-même, avait été repeint de frais. Ma mère m'y emmenait souvent, le soir. Nous dînions d'huîtres et de vin blanc. Ou plutôt elle me laissait tremper ses lèvres dans son verre. Quand nous rentrions, elle disait que la tête lui tournait. Cette expression me faisait penser à une toupie. Parfois, on ne se rend pas du tout compte que les gens se noient devant nos yeux.

 

Oui, je suppose que j'ai tenté de renouer avec les années d'avant, dans une bouffée de nostalgie qui aurait pu sembler curieuse chez un jeune homme de dix-huit ans. Au fond, très vite, dans m vie, j'ai deviné que le passé ne cesserait de me hanter. »

pages 30-31

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Élise Fontenaille, Les trois sœurs et le dictateur, roman à partir de 11 ans, 70 pages, Rouergue, doado, janvier 2014, 8,70 € ****

Publié le par Sébastien Almira

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Pour la première fois, Mina se rend sur la terre de ces ancêtres, en République dominicaine. Mais la petite Californienne ne s'attendait pas à un passé aussi chargé d'Histoire, son père n'ayant jamais rien raconté de sa jeunesse, ni de sa famille. Mina va découvrir l'histoire de sa grand-mère, Minerva, et ses deux sœurs, Patria et Maria-Teresa. Les sœurs Mirabal sont devenues un exemple en Amérique latine pour avoir osé tenir tête au dictateur Trujillo et avoir lancé la révolution qui fera tomber le régime, au point que le 25 novembre a été déclaré « Journée mondiale de lutte contre la violence faite aux femmes » en leur honneur.

« Je ne peux pas le croire : le monstre qui a tué sa mère... Il ne te parle vraiment de rien alors (le père de Mina) ! C'était un démon, qui régnait depuis des années par la terreur : il était venu au pouvoir par un coup d'état en 1930, dès que quelqu'un essayait de lui résister, il le faisait jeter en prison, et on ne le revoyait jamais. En 1937, il a fait massacrer plus de vingt mille Haïtiens qui travaillaient dans les plantations de cannes à sucre, on a jeté les corps dans une rivière – la rivière du Massacre. » page 27


Vous comprendrez pourquoi en lisant ce court roman. Élise Fontenaille l'a rendu intense et agréable à la fois en entrecoupant le récit historique raconté par Adela Mirabal, la plus petite des quatre sœurs, trop jeune à l'époque pour participer à la révolution, avec des scènes actuelles : la venue de Mina en République dominicaine, la rencontre avec son cousin (un peu douteuse leur relation d'ailleurs : et vas-y qu'il lui caresse les cheveux, son « beau cousin », et qu'elle est « la plus heureuse d'être là », et que rien n'est plus beau que de manger une glace sur la plage avec son beau cousin, et vas-y qu'il « baisse la capote de sa voiture » en lui donnant du « ma jolie »...), la rencontre avec sa grande tante Adela, des scènes de toute beauté dans son jardin aux milles couleurs et aux milles senteurs.

Voilà donc encore une superbe publication dans la collection doado qui fera un peu connaître par chez nous l'histoire des sœurs Mirabal, sans tomber dans les clichés, dans la lourdeur de l'hommage.

« On a marché dans l'allée, Adela et moi, à l'ombre des grands arbres sombres, elle m'a montré les nénuphars, leurs corolles blanches cerclées de vert qui tournaient sur l'eau noire : les reines du bal.
- Elle aimait tellement les nénuphars, Minerva... Elle s'en coiffait, elle posait une corolle blanche sur ses cheveux de jais, elle avait l'air d'une fée, en la voyant si belle, si gaie, tout le monde riait. Partout où elle allait, elle amenait la joie. » page 31

 

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Gwendolen Gross, Elle a disparu, roman traduit de l'anglais (américain) par Emmanuelle et Philippe Aronson, 270 pages, Liana Lévi, janvier 2014, 20 € °

Publié le par Sébastien Almira

 

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Une fois n'est pas coutume, je commence mal la rentrée littéraire. J'ai même laissé ce livre de côté pour lire celui d'Arthur Dreyfus (lire ici).

Bon, je n'ai pas l'habitude des romans américains qui se veulent moralisateurs, qui critiquent la société, la politique ça sert à rien, les riches sont des pourris et ta voisine avec son joli collier de perles est une belle garce. C'est pas mon trip. Elle a disparu, c'est exactement ça. Et même si j'ai pas lu les autres, ça sent le réchauffé, la redite, le déjà vu, les clichés, bref, vous avez compris.

 

Une adolescente disparaît de sa banlieue résidentielle américaine et « jour après jour, d'un univers à l'autre, se dévoilent ces vies qui se côtoient et s'épient, sans vraiment se connaître... De l'étrange professeur de musique à la trop parfaite maîtresse de maison, de la mère éplorée au petit ami plein de culpabilité, chaque personnage se dépouille peu à peu de ses faux-semblants pour révéler sa vraie nature et ses secrets... Au fil d'une semaine d'attente, de questions et de doutes, se dessine un subtil portrait de groupe, porté par une écriture sensuelle.»

Déjà, les points de suspension dans une quatrième de couv', ça m'horripile. Et puis « jour après jour », « d'un univers à l'autre », de lui à elle, d'elle à lui, « peu à peu », « au fil d'une semaine... », faut se calmer sur les prépositions. Enfin le « subtil portrait de groupe » et « l'écriture sensuelleé, faudra repasser.

 

À l'intérieur, c'est tout ce que je déteste :

Le petit thriller qui, partant plein de bonnes intentions moralisatrices, entend passer au vitriol les affres d'une société bien proprette qui cache un véritable mal sous une belle couche de vernis, et finit par s'écraser comme un mauvais soufflé.

L'écriture. Mon dieu, cette façon de raconter, c'est tellement bas de gamme :

« Abigael se blottit alors littéralement sous l'aile de son amie et passa ainsi une heure et demi, mangeant sa salade de poulet, observant l'exposition du moment dans la bibliothèque, notant toutes les possibilités qui s'offraient à elle, s'abandonnant à la passion attentive et merveilleuse de Margaret. » page 31

Soyons sérieux un instant. Qu'est-ce que c'est qu'cette merde ?! comme dirait l'autre. Musso, ors de ce corps. Qui se blottit encore littéralement sous l'aile de son amie humaine ? Qui observe une exposition du moment dans la bibliothèque ? La bibliothèque ? Mais quelle bibliothèque ? Qui s'abandonne à la passion attentive et merveilleuse de quelqu'un ?

 

Psychologie de bas étage, adultère de la parfaite ménagère avec un jeune bogosse qu'elle s'empresse de quitter lorsqu'elle apprend son âge (cette dinde savait quand même quand elle se faisait fourrer qu'il était encore à l'école, mais enfin), pseudos indices faiblards, ennui mortel, chute ahurissante de pauvreté scénaristique, manque d'ampleur, écriture banale, j'arrête là, c'est bon ? Je ne comprends pas comment un éditeur peut payer des droits de traduction pour publier un texte banal, déjà vu et même pas grandise du côté de l'écriture, mais je ne suis que libraire, tout ça m'échappe certainement.

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Arthur Dreyfus, Histoire de ma sexualité, roman, 360 pages, Gallimard, janvier 2014, 21 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Je ne sais pas si mon livre est voyeuriste, exhibitionniste, nombriliste, ou n'importe lequel des mots qui accusent la vérité. » page 34

 

Arthur Dreyfus est des jeunes auteurs à suivre en ce début de siècle. Ses deux premiers romans, La synthèse du camphre (lire ici) et Belle Famille (lire ici) étaient plein de promesses, c'est donc avec joie que j'ai accueilli la parution de son troisième roman chez Gallimard, qu'il annonçait comme l'histoire de sa sexualité jusqu'à l'adolescence, parce qu'après ça ne compte plus. Une succession de souvenirs pour raconter ce qui habituellement ne se dit pas.

 

Dans la lignée des souvenirs d'enfance de tout auteur Gallimard qui se respecte, Histoire de ma sexualité avait le mérite d'aborder l'enfance sous un angle pour le moins nouveau. Mais finalement, à trop vouloir raconter comme les choses lui viennent, l'auteur s'encombre de bien trop de choses. D'abord, vous connaîtrez sa sexualité de A à Z de l'enfance à ses vingt-sept ans, je vous en passe les détails (lui qui parle à plusieurs reprises des mères qui lisent les ouvrages de leur fils, je doute que cela intéresse beaucoup la sienne). Ensuite, il s'agit finalement d'un recueil de souvenirs, d'aphorismes, de pensées, de scènes de vie de tout bord.

Ses amis, nommés dans le roman Mode, Ange, Fou d'enfance, Travesti, Carioca ou encore Empathie, feront office de compagnons de voyage puisqu'il sont présents, chacun à leur manière, tout au long du livre, où vous en apprendrez de belles sur les goûts sexuels, sentimentaux, littéraires, philosophiques d'Arthur Dreyfus, sur la vie, la mort et le souvenir d'un point de vue général.

 

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En sautant une ligne, vous changerez de sujet, passant d'un « Lorsqu'il regagne sa chambre après avoir passé un quart d'heure dans le jardin à observer le ciel, il dit « Je reviens des étoiles. » » (qui ? On ne le saura pas) à un «  Matelot : « Quand les hétéros regardent du porno, ils se branlent devant des chattes et des bites. C'est douteux : un vrai pédé n'arrive pas à bander s'il aperçoit un vagin. » » comme d'une pub « Haribo, c'est beau la vie ! Pour les grands et les petits ! » à une pub pour les balais Swiffer.

Vous saurez quand le jeune Arthur s'est branlé pour la première fois, vous saurez avec qui couchent ses amis, vous saurez qu'untel lui a fait très mal, mais qu'il était très beau. Vous saurez aussi que « Nez a voté Sarkozy aux dernières élections, Hollande ensuite et Robert Hue en 2002. Je crois qu'il n'a pas tellement d'idées politiques : du moment qu'il se fait baiser, il est content. »

Vous découvrirez également l'accablante description de Lyon qui, mon cher Arthur Dreyfus, n'est pas la deuxième ville de France, ni page 92, ni page 119, car Marseille compte près du double d'habitants (désolé pour cet aparté, mais on ne renie pas facilement ses origines quand on vient du sud). Le passage sur Lyon, de la page 91 à la page 95, est d'ailleurs certainement le meilleur exemple de la qualité d'écriture de l'auteur. Si elle a quelques fois tendance à être trop travaillée, maniérée, à la manière d'un Philippe Besson (les « Ici, il faut mentionner », les « Dire (ceci). » ou « Écrire (cela). », etc.), on ne peut passer outre la plume remarquable d'Arthur Dreyfus. Fluide et complexe à la fois, elle fait preuve d'une richesse étonnante pour son âge.

 

C'est, pour moi, ce qui a sauvé cette Histoire de ma sexualité un peu décevante. Non pas que je m'attendais à des détails croustillants sur la sexualité enfantine d'un homosexuel (certains détails, loin de me choquer, m'ont d'ailleurs gêné dans un livre de littérature non érotique : qu'en a-t-on ici à faire du fist fucking ?). Mais je ne m'attendais toutefois pas à lire une somme de considérations philosophiques, littéraires et sexuelles. Pour la première fois, je me suis ennuyé en lisant un livre d'Arthur Dreyfus. J'irai même plus loin : je ne vois pas bien l'intérêt de ce « roman » et le public susceptible de le lire. Alors, me direz-vous, il faut écrire pour le plaisir avant tout. Certes, mais je regrette de n'avoir pas partagé son plaisir une fois de plus.

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Le meilleur de 2013, les vœux, les remerciements, tout ça...

Publié le par Sébastien Almira

 

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Carte postale créée par Art-de-livre, disponible à la vente sur le site alittlemarket.com



Alors, bien entendu, je vais commencer par vous souhaiter une bonne année. Et pas seulement, j'espère que vous aurez aussi tout ce qu'on a l'habitude de se souhaiter : le bonheur pour avoir envie de lire, d'écouter de la musique et d'aller au ciné, la santé pour en être capable, l'amour et l'amitié pour partager vos découvertes, la réussite professionnelle pour payer toute cette culture, et donc de magnifiques découvertes littéraires, musicales et cinématographiques !
Histoire de fêter ça, je vous dévoile mon palmarès de l'année passée. Un an en quelques découvertes, de confirmations, de bouses et de déceptions. Le meilleur et le pire de 2013 en tentant d'être objectif tout en restant forcément subjectif !
Bon, j'ai pas réussi à me tenir à cinq choix par catégories pour les disques, les films et les romans ado. Ça finira par ne plus vous étonner – de toute façon, les règles sont faites pour être contournées.
N'hésitez surtout pas à nous conseiller également vos coups de cœur et coups de gueule de l'année dans la partie commentaires et, encore une fois : merci d'être de plus en plus nombreux à lire le blog, passez une excellente année 2014 !!
 

cécile coulon le rire du grand blesséROMANS ADULTES :

LE RIRE DU GRAND BLESSÉ, Cécile Coulon, Viviane Hamy (article)
DOLFI ET MARILYN, François Saintonge, Grasset (article)
MON PÈRE M'A DONNÉ UN MARI, Emmanuelle Bayamack-Tam, POL (article)
PORNOGRAPHIA, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard (article)
ITINÉRAIRE D'UN POÈTE APACHE, Guillaume Staelens, Viviane Hamy (article)

Les déceptions : Le culte de la collision, Christophe Carpentier, POL (article) / La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, Albin Michel (article)
Les bouses : À toi pour l'éternité, Daniel Glattauer, Grasset (article) / L'invention de nos vies, Karine Tuil, Grasset (article)


 

A comme aujourd'huiROMANS ADOS :

A COMME AUJOURD'HUI, David Levithan, Les Grandes Personnes (article)
JE SUIS SA FILLE, Benoît Minville, Sarbacane (article)
MAX, Sarah Cohen-Scali, Scripto Gallimard (article)
SWEET SIXTEEN, Annelise Heurtier, Casterman (article)
BELLES DANS LA JUNGLE, Libba Bray, Gallimard Jeunesse (article)
LE CŒUR DES LOUVES, Stéphane Servant, Rouergue (article)
À COPIER CENT FOIS, Antoine Dole, Sarbacane (article)

La déception : Après, Francine Prose, Seuil Jeunesse (article)


 

861308 10200585861229045 2141723875 oALBUMS JEUNESSE :

LES FANTASTIQUES LIVRES VOLANTS DE MORRIS LESSMORE, William Joyce, Bayard jeunesse
LA GRANDE FABRIQUE DE MOTS, Agnès de Lestrade, Valeria Docompo, Alice éditions
ESCARGOT RÊVE, Béatrice Fontanel et Céline Caneparo, Sarbacane
LA TISSEUSE DE NUAGES, Ingrid Chabbert et Virginie Rapiat, Des ronds dans l'O
FRISSON L'ÉCUREUIL, Mélanie Watt, Bayard Jeunesse

album-cover-large-18973.jpgBD :

LE DÉCALAGE, Marc-Antoine Mathieu, Dargaud
LES IGNORANTS, Etienne Davodeau, Futuropolis
ERNEST ET REBECCA, TOME 5, L'ÉCOLE DES BÊTISES, Guillaume Bianco et Antonello Dalena, Le Lombard
ZOMBILLÉNIUM, TOME 3, CONTROL FREAKS, Arthur de Pins, Dupuis
SOUVENIRS DE L'EMPIRE DE L'ATOME, T. Smolderen et A. Clérisse, Dargaud

La déception : La colère de Fantomas, William Joyce, Dargaud
La bouse : Astérix chez les Pictes, J.-Y. Ferri et D. Conrad, éd. A. René


affiche-mudFILMS :

MUD, de Jeff Nichols (article)
9 MOIS FERME, d'Albert Dupontel (article)
LE MONDE DE CHARLIE, de Stephen Chbosky (article)
TRANCE, de Danny Boyle (article)
THE LONE RANGER, de Gore Verbinski (article)
ILO ILO, d'Anthony Chen (article)

Les déceptions : Les amants passagers, de Pedro Almodovar (article) / Les garçons et Guillaume, à table !, De Guillaume Gallienne (article)
Les bouses : Only God forgives, de Nicolas Winding Refn (article) / Fonzy, d'Isabelle Doval (article)


MS MRALBUMS :

SECONDHAND RAPTURE, Ms Mr, Columbia Records (article)
HERE'S WILLY MOON, Willy Moon, Universal Island Records (article)
DARK EYES, Half Moon Run, Indica Records
BIG TV, White Lies, Big TV, Polydor (article)
THE BELT, In the Valley Below, Sony (article)
THE HEIST, Macklemore & Ryan Lewis
TRUE, Avicii, PRMD
HALCYON DAYS (réédition), Ellie Goulding, Interscope / Polydor
(pas d'ordre, tellement ils sont tous excellents !)

La bouse : Phoenix, Bankrupt, Atlantic Records UK (Bon, et Zaz, Recto Verso, Warner Music, parce que même si j'ai pas vraiment tout écouté, je peux m'en empêcher)



Et vous, qu'est-ce qui vous a ébloui, déçu, fait pleurer, mourir de rire, donné envie de jeter un livre à travers la pièce, etc. ? Qu'est-ce qui a rempli votre année ?!


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Le cinéma de décembre (Reine des neiges / Casse-tête chinois / Last Vegas / Bad GrandPa / 100% cachemire / Rêves d'or / Les rencontres après minuit)

Publié le par Sébastien Almira

 

images.jpgReine des neiges, de Chris Buck et Jennifer Lee, 1h40 ***

Voilà le Disney de Noël. On est en droit de craindre le pire, mais cette année, c'est un bon cru. Sans être excellent et novateur, La Reine des neiges se laisse regarder avec plaisir par les petits et les grands. Un peu comme les bonbons Haribo, les calories en moins.

Anna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne, Sven à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éterne

 

 

 

casse.jpgCasse-tête chinois, de Cédric Klapisch, 1h50 ***

Romain Duris, Cécile de France, Kelly Reilly et Audrey Tautou ont de retour après L'auberge espagnole et Les poupées russes. Nouvelles aventures, nouveaux liens, nouveaux couples, nouvelles galères, nouveaux quiproquos et, surtout, une ribambelle de gamins : Klapisch a mis les petits plats dans les grands pour ne laisser aucun temps mort à ce troisième épisode.

Audrey Tautou n'est pas très énervante, le comique de situation fonctionne bien et malgré un début ennuyeux au montage épileptique, on est vachement bien avec la bande aux États-Unis.

 

 

21030323_20130904135554038.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpgLast Vegas, de Jon Turteltaub, 1h40 ***

Surfant à la fois sur la vague de Very Bad Trip (pour l'enterrement de vie de jeune garçon) et celle de RED (pour le plébiscite des « vieux acteurs » par un public de « jeunes »), Jon Turteltaub (Ninja Kids, Rasta Rocket, Benjamin Gates, etc.) propose une bonne comédie qui enchaîne les clichés avec savoir-faire. Michaël Douglas réunit Robert DeNiro, Morgan Freeman et Kévin Kline à Las Vegas et portent le film à la perfection. Comme quoi, on peut faire une comédie où on se bourre la gueule à Vegas sans pondre automatiquement de la daube bien lourde et bien grasse.

 

 

 

BAD-GRANDPA-Affiche-France.jpgJackass présente Bad Grandpa, de Jeff Tremaine, 1h20 **

Ce qui n'est pas forcément le cas de Bad Grandpa. Bon, d'accord, en sachant que Jackass est derrière ce film, on est prévenu. Mais je dois dire qu'au delà du forcément potache et lourdingue où les bandes de potes alentours explosaient de rire à s'en taper les cuisses quand je souriais à peine, Bad Grandpa m'a fait bien rire plus d'une fois. Par contre, ne voyez pas ce road trip d'un grand-père acariâtre et d'un petit-fils grimé en parfait américain (bien gras, mauvais caractère, pas très fut-fut, etc.) en français, les doublages sont à vous faire pleurer des oreilles.


 

 

100-cachemire-affiche-5242f813e497b.jpg100% cachemire, de Valérie Lemercier, 1h35 ***

Valérie Lemercier et Gilles Lelouche forment un couple parisien en vogue qui ne parviennent pas à avoir d'enfant. Ils adoptent un petit Russe qui se révèle être un véritable monstre. Vont-ils s'en sortir ou tenter de s'en débarrasser ?

C'est plein de bons sentiments et de clichés, mais on se fait quand même bien plaisir avec cette petite comédie française signée Valérie Lemercier !

 

 

 

 

 

reves-d-or.jpgRêves d'or, de Diego Quemada-Diez, 1h45 ***

Juan, Sara et Saluel, trois adolescents, tentent de fuir le Guatemala pour vivre le rêve américain. Pendant leur périple à travers le Mexique, ils rencontrent Chauk, un indien du Chiapas ne parlant pas l’espagnol et qui se joint à eux. Mais, lors de leur voyage dans des trains de marchandises ou le long des voies de chemin de fer, ils devront affronter une dure et violente réalité.

C'est bien filmé, l'image est belle, le propos est déjà vu, mais filmé de manière authentique et poétique à la fois, avec peu de dialogues mais beaucoup de sentiments. C'est toutefois dommage que la fin soit si longue (succession de scènes qui pourraient chacune être une fin possible, à la Tree of Life).

 

 

rencontres.jpgLes rencontres d'après minuit, de Yann Gonzales, 1h30 **

Je ne sais comment vous parler des Rencontres d'après minuit. Je ne saurais même pas comment qualifier ce film. Un huis clos intello et subversif ? Une démonstration de style ? Un film nourri d'une ambition folle ? Le renouveau du cinéma français ? Le plus mauvais film de l'année ? C'est un peu tout ce que je li sur la toile et j'avoue que je ne sais pas bien où me placer au milieu de ces avis à mille lieues les uns des autres.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas aisé de rentrer – et de prendre du plaisir à le faire – dans ce film à l'esthétique hyper travaillé, baroque et surréaliste (dans tous les sens du terme). On se croirait tantôt dans une pièce de théâtre, tantôt dans un clip d'Arielle Dombasle.

Voilà, c'est l'histoire d'une partouze baroque et surréaliste dont on ne sait si les protagonistes (un jeune couple et leur gouvernante travestie qui reçoivent La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent) pourront mener à terme leur rencontre d'après minuit.

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