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Barbe Bleue version Amélie Nothomb bientôt au cinéma !

Publié le par Sébastien Almira

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Après Marcel Pagnol (La fille du puisatier, Marius, Fanny, César), Daniel Auteuil a jeté son dévolu sur Amélie Nothomb. Il se lance dans la réalisation de Barbe Bleue, le conte que la Belge a transposé en août dernier dans notre Paris actuel (lire critique).

 

"J’ai une idée bien précise de la façon dont on peut, en plein Paris, adapter un conte moderne. C’est un conte revu par Amélie et par moi. "

 

En plus de le réaliser, Daniel Auteuil passera également devant la caméra en endossant le luxueux costume d’intérieur du rôle principal, celui de Barbe-Bleue, rebaptisé Don Elemirio Nibal y Milcar pour l’occasion.

 

info dénichée sur Myboox.fr

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Christophe Carpentier, Le Culte de la collision, roman, 270 pages, POL, février 2013, 16€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

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« Tanguy Rouvet, adolescent de dix-huit ans, ne peut pas n'être qu'un vulgaire psychopathe. Ce statut peu enviable ne récompenserait pas les efforts d'imagination qu'il investit à se trouver mille et une bonnes raisons de se faire justice lui-même. Au terme d'un road-movie où les phases d'action et d'introspection engendre une tension ininterrompue, Tanguy parviendra-t-il à nous convaincre que derrière l'implacable enchaînement des faits tragiques se cache un être en quête d'absolu ? »

 

 

Ça commence donc par un argumentaire certes pompeux, mais aguicheur. Ça continue avec l'histoire de Tanguy qui fuit son domicile et son histoire après avoir étranglé sa mère. Ça se poursuit effectivement avec un road-movie, assez chaotique il faut le dire. En ça, l'argumentaire n'est pas mensonger.

Quant à la tension ininterrompue et l'implacable enchaînement des faits tragiques, je suppose que tout est question de point de vue. L'enchaînement n'a de tragique que l'impression qu'il laisse au lecteur. Les phases d'introspection prennent tellement le pas sur l'action que j'ai sauté des pages entières, c'est dire. Et je suis au regret de vous dire que l'histoire complètement absurde de ce pauvre gars ne m'a pas convaincu une seule seconde. Pas de quête d'absolu pour moi, donc.

 

Je m'étonne d'une chose : la seule qualité à vraiment sauver dans ce roman est l'écriture incisive et implacable (c'est plutôt là que j'emploierai cet adjectif, mais tout est question de point de vue) de Christophe Carpentier. Or il n'en est fait aucune mention dans la quatrième de couverture, citée plus haut. D'où la première étoile.

Divisé en cinq parties (Dijon, Les Alpes, Chamonix, Toulon et El Ejido), le roman est inégal et m'a souvent ennuyé. Néanmoins, j'ai trouvé assez intéressante la dernière partie, lorsque le jeune anti-héros se retrouve dans un paradis agricole pour exploitants sans scrupule ou enfer agricole pour sans-papiers morts vivants, au choix. D'où la deuxième étoile.


 

« La notion de bonheur est souvent affaire de comparaison avec plus malheureux que soi. » page 237

« Mais cette fois il en éprouve une excitation décuplée, sans doute qu'en matière de sexe, tout n'est qu'une question de familiarisation avec l'obscène, rien ne demeure durablement choquant. » page 275

« Il sait qu'il mène la seule existence qu'il mérite de vivre, parce que nulle autre existence ne lui conviendrait mieux que celle-ci, précaire et affligeante, horrifiante et cynique, qui ressemble à une collision permanente, une collision à laquelle il voue un culte sans bornes, ce culte de la collision qui seul est capable de mobiliser de façon optimale son énergie physique et psychique afin de se nourrir en continu de cette formidable cruauté qui fait battre le cœur du monde. » page 279


 

Merci toutefois à Jean-Paul Hirsch et Antonie Delebecque des éditions POL pour l'envoi de ce livre.

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4 ANS...

Publié le par Sébastien Almira

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Le 23 février 2009 est né le blog Culturez-Vous.

Quatre ans déjà, donc.

 

Quatre ans que je vous remercie d'être de plus en plus nombreux.

Et je recommence cette année.

Mais j'en profite pour me vanter un peu, cette fois.

 

Durée : 4 ans

Articles publiés : 206

Commentaires postés : 473

Visiteurs uniques : 78 336

Pages vues : 109 670

Articles les plus lus (à la louche, puisqu'over-blog ne propose pas cette stat) : Tous les articles sur Mylène Farmer et Amélie Nothomb, La synthèse du camphre et Belle famille d'Arthur Dreyfus, De là, on voit la mer de Philippe Besson, Snuff de Chuck Palahniuk, Dolfi et Marilyn de François Saintonge, Méto d'Yves Grevet, Comment bien rater ses vacances d'Anne Percin, Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder, Oh de Philippe Djian, etc.

 

Evolution des visites (en nombre de visiteurs uniques par jour) :

Février 2009 : 1 / 5 / 4 / 0 / 0 / 1

Mars 2009 : 1 / 0 / 2 / 4 / 2 / 2 / 1 / 0 / 1 / 0 / 0 / 0 / 1...

Août 2009 : 11 / 8 / 17 ... 7 / 12 / 27 / 28 / 50 / 77 (merci, Amélie Nothomb !)...

Décembre 2010 : entre 25 et 50, puis respectivement 1075 et 1961 les 27 et 28 décembre (merci, Mylène Farmer !)

Août 2011 : entre 40 et 100

Depuis août 2012 : entre 80 et 200

 

Alors après cet auto-exercice d'auto-satisfaction auto-personnelle, merci encore d'être présents.

N'oubliez pas qu'un blog se nourrit de commentaires et n'oubliez pas de lire encore et encore !

A bientôt !

 

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Libba Bray, Belles dans la jungle, roman ado, 450 pages, Gallimard Jeunesse, janvier 2013, 19,80€ ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Tout d'abord, on doit parler de la couverture. La couverture, c'est toujours important lors du choix. Le nom de l'auteur, la couverture, le résumé, la presse, le bouche-à-oreille. Dans quel sens ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, la couverture a son mot à dire. Parfois, c'est bien dommage. Parce que, si celle-ci retranscrit plutôt très bien le roman, elle est indéniablement dépourvue de la moindre beauté, voire du moindre goût. C'est d'autant plus dommage qu'il s'agit de littérature à destination des adolescents, qui plus est de sexe féminin.

 

Enchaînons vite avec l'histoire, pour que vous ne décrochiez pas. Un avion de jeunes miss en devenir s'écrase sur une île déserte. Les survivantes vont apprendre à se connaître et à survivre, ce qui se révèle n'être pas une mince affaire. Conflits d'intérêts, crêpages de chignon, révélations personnelles, rebondissements en tout genre et à tout moment, aventure à foison, suspense intenable, histoires de filles, etc. Tout, tout, vous trouverez tout dans ce roman !

 

Plus sérieusement, et pour faire court, si l'idée de départ paraître à certains géniale, elle paraîtra à bien d'autres grotesque, niaise, voire à chier. Comme pour la première de couverture, ma première réaction fut un vif mouvement de recul aussi bien physique que mental, suivi d'une expression de dégoût partagée par quelques collègues.

CELA DIT, j'ai été très très agréablement surpris dès les premières pages.

 

Construction originale, sujet bateau (et de bateaux, il en sera question, entre les pirates de télé-réalité et le yatch d'un dictateur pas très net) mais tellement propice à nombre de scènes absolument exquises, galerie de personnages osée et démesurée (vous croiserez notamment la bimbo de service en guerre contre l'intello, une black et une indienne qui se feront la guerre persuadées que le jury ne gardera pas deux filles de couleur dans les cinq finalistes, une lesbienne qui fait la court à une sourde, et même une trans!), humour ravageur, folie certaine de la part de l'auteure qui déborde sur tout le roman, hommage ou inspiration bien tourné (en vrac et de façon non exhaustive : Sa majesté des mouches, Lost, Miss France, le pire de la télé-réalité et de la pub), et j'en passe.

Voilà un roman qui ne se prend pas la tête, qui ne se fout pas de la gueule de son public, qui ose ce que j'ai rarement vu en jeunesse (un peu de cul, des personnages hyper atypiques, une construction qui en déroutera certain(e)s, etc.). Le seul (vrai) point négatif (en dehors de sa couverture hideuse) que j'ai à lui faire, c'est une conception un peu trop manichéenne de la société, genre « les riches : tous des pourris ». Mais sinon, la critique, acerbe comme il faut, est bonne à prendre à destination d'un public qui se délecte de Gossip Girl, des Menteuses et de Twilight.

 

Transgressif, osé, hilarant, féministe, jouissif, Belles dans la jungle n'est pas à mettre entre toutes les mains (pas avant 15 ans, sauf très bon(ne) lecteur(trice) ouvert(e) d'esprit), mais putain, qu'est-ce que c'est bon !

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Thibault de Montaigu, Zanzibar, roman, 210 pages, janvier 2013, Fayard, 18€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

 

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Avant de devenir des stars, Klein et Vasconcelos étaient des journalistes ratés. Photographe en mal de reconnaissance et journaliste contraint d'écrire des piges sans intérêt pour vivre, ils décident de vivre sur le dos de ceux qui les exploitent. Puisqu'on leur offre des hôtels et des restos pour qu'ils parlent de tel ou tel endroit dans les guides et les magazines à la mode, puisqu'on est aux petits soins pour que leur papier soit élogieux, puisque leur nom est connu de agences de voyages et des gens du métier et puisqu'ils ne parviennent décidément pas à sortir de la sphère du tourisme pour se lancer dans le vrai journalisme, ils vont profiter du système.

Appeler eux-mêmes les agences, les compagnies aériennes, les hôtels, les restaurants, les musées. Promettre un papier élogieux. Changer de nom de temps en temps. Passer tour à tour pour des connards imbus de leur personne ou pour des bons vivants, histoire de jouer le personnage à fond.

 

« Bien évidemment, ce sont les circonstances de leur mort à Zanzibar qui ont intrigué le grand public et attiré l'attention sur leur absurde cavale. Les noms de Klein et de Vasconcelos étaient à peu près inconnus dans leur pays avant que l'on ne les retrouve, l'un attaché à un poteau sur la grève de Jambiani, le corps déchiqueté par des poissons – vraisemblablement des barracudas, même si certains ont évoqué des requins-tigres – et l'autre pendu au ventilateur de sa villa, dont les pales – à la façon d'un carrousel morbide – tournaient encore lorsqu'on l'en décrocha. » page 33

 

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Zanzibar

 

Parce que l'histoire de Thibault de Montaigu ne s'arrête pas aux vacances de journalistes arnaqueurs. Ceux-ci sont découverts morts à Zanzibar et c'est là que tout commence vraiment. Là que l'auteur reçoit de la documentation de son éditeur qui lui commande ce livre. Ce récit des aventures de Klein et Vasconcelos. À lire, ça n'a pas tout à fait l'air d'un roman. Le but est de rendre ce travail quasi journalistique. Ça m'a d'ailleurs surpris au début, je m'attendais à un récit lin éaire de l'histoire, pas à ce qu'un nègre soit payé pour retracer les faits grâce à un énorme dossier de presse, sans même avoir besoin de sortir de chez lui. Ça collait finalement bien avec le thème.

Mais tous les ingrédients du roman sont quand même présents dans Zanzibar. À commencer par un suspense croissant. Oui, je suis au courant que les deux personnages sont morts, merci. Le suspense réside en l'explication de ces morts suspectes. Mais ce n'est pas pour autant un roman policier. Il y a des personnages fictifs, même si le but est de faire croire à un essai journalistique. Il y a une trame tellement rocambolesque qu'elle ne peut exister que dans un roman (quoi que...). Il y a des portes ouvertes par le narrateur dans un dénouement volontairement mystérieux.

 

Il y a de quoi s'amuser, imaginer mille paysages, se poser mille questions, s'évader, partir sur les traces d'un duo de zigotos particulièrement culottés, suspecter telle piste ou telle explication plus rationnelle...

Il y a de quoi ne pas s'ennuyer, alors embarquez pour Zanzibar, vous ne regretterez pas le voyage ! À moins de vous faire pendre à un ventilateur cinq étoiles ou de vous faire dévorer par des requins-tigres...

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Habemus Papam ou la Démission de Benoît XVI

Publié le par Sébastien Almira

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Alors que Benoît XVI a annoncé sa démission lundi, il me semble impossible de ne pas en profiter pour vous reparler d'un superbe film de l'année dernière, désormais disponible en DVD, en plus proposé dans les offres XXL (5 DVD pour 30€) : Habemus Papam de Nanni Moretti.

 

« J'ai pris cette décision en toute liberté pour le bien de l'Eglise, après avoir longtemps prié et examiné ma conscience devant Dieu. » Benoît XVI

 

Conscient aussi bien de sa force physique et spirituelle déclinante que de la gravité de sa décision, Joseph Ratzinguer, 85 ans ne sera plus Pape le 28 février à partir de 20h. La dernière démission papale remonte au Moyen-Age !

 

Si j'en profite pour vous parler d'Habemus Papam, c'est que Nanni Moretti avait imaginé un Pape déçu et angoissé d'avoir été élu. Persuadé de ne pas être à la hauteur, apeuré d'être coincé dans un rôle qui l'empêche de vivre, le nouveau Pape, joué à la perfection par Michel Piccoli, fuit le Vatican, cité de l'isolement et de l'enfermement, après avoir été contraint de voir un psychologue (joué par Moretti lui-même) pour errer dans Rome, ville de la liberté et de la lumière.

 

Drôle, touchant, grave et mélancolique, Habemus Papam n'en est pas moins une ode à la liberté, magnifique et originale. Indéniablement un film à voir !

 

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                                     Michel Piccoli                                                                                   Benoît XVI

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Emmanuelle Bayamack-Tam, Mon père m'a donné un mari, théâtre, 160 pages, POL, janvier 2013, 16,80 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ce qui est chic quand on est critique (oh, ça va, c'est surtout pour la rime !), c'est qu'en plus de donner son avis sur des livres chroniqués à la pelle sur le net et dans les médias, on parle parfois d'auteurs totalement ou quasiment inconnus. On fait découvrir des livres qui valent infiniment plus la peine d'être lus que les trois quarts des meilleures ventes annuelles. C'est comme ça que le buzz a commencé pour certains livres : le bouche à oreilles. Sans parler de qualité, disons pêle-mêle que L'élégance du hérisson n'aurait jamais marché sans ça, ni La liste de mes envies.

Alors je ne dis pas qu'en vous parlant sur ce blog d'une auteure inconnue, je vais lui apporter le succès, loin de moi cette idée, je suis totalement réaliste quant à la portée d'un blog, et du mien. Mais seulement, si je pouvais amener quelques personnes à découvrir Emmanuelle Bayamack-Tam, je serai encore plus fier que d'avoir 2000 visites en deux jours lorsque je publie une critique sur le nouvel album de Mylène Farmer. Alors commençons.

 

En cette rentrée 2013, ce sont deux livres d'elle que POL publie. Une pièce de théâtre, Mon père m'a donné un mari, dont je vais vous parler, et un roman, Si tout n'a pas péri avec mon innocence, dont je vous parlerai très bientôt.

Même si je n'ai pas tout lu d'elle, je peux me permettre d'avancer qu'elle construit au fil de ses livres une oeuvre singulière et originale, avec quelques thèmes, quelques détails, récurrents. Ses personnages vivent souvent en marge de la normalité, tantôt obèse, tantôt travesti, tantôt atteint d'Asperger, mais sont quasi toujours édifiants de beauté. L'origine, le rapport aux parents, la différence, le corps et la sexualité sont des thèmes omniprésents. Et cette truculente pièce de théâtre ne déroge pas à la règle.

 

Alexandrine, seize ans, n'a pas grandi comme les jeunes de son âge. Sans doute atteinte du syndrome d'Asperger, elle est habitée par des chansons qui lui pourrissent l'existence, ne supporte pas la saleté, ne sait pas qui elle est vraiment, se branle à s'en faire saigner sans jamais parvenir à jouir et, comble de son malheur, ses parents séparés ne peuvent s'adresser la parole sans se faire mille reproches. Elle assiste donc régulièrement aux insultes qui fusent envers un mari incapable de bander correctement, qui se prend pour un jeune premier à soixante-quinze ans, envers une mère qui déteste sa fille depuis quatorze ans et demi, jalouse de sa jeunesse et de sa beauté insolentes qui finissent par l'éclipser, etc.

Elle ne comprend pas grand chose à sa vie, à la vie en général et quand ses parents se sont mis en tête d'organiser son déflorage pour lui éviter de mauvaises surprises, ça se corse.

 

C'est précisément à ce moment que se passe la pièce, lors de la décision et lors de la perte d'innocence imminente.

Forcément, le sujet amène à nombre de scènes délicieusement drôles, car la force d'Emmanuelle Bayamack-Tam est de servir son propos par une écriture brillante, pleine de folie et d'un cynisme à toute épreuve. Politiquement incorrecte sans devenir graveleuse, elle se permet ce qu'elle veut dans des livres déjantés dont le réalisme a de quoi effrayer la ménagère. Mon père m'a donné un mari est une pièce curieuse, excentrique et succulente, qui part dans tous les sens, de la folie sexuelle des Kennedy aux choix de prénoms invraisemblables.

Laissez-vous embarquer dans l'imaginaire pas très fantastique, mais extravagant et carrément jouissif d'un monstre littéraire injustement méconnu.

 

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photo : Roberto Frankenberg

 

 

Extrait, page 21 et suivantes :

 

LA MÈRE

Pourquoi les parents se donnent-ils autant de mal pour prénommer leurs enfants ? C'est ridicule un prénom, ça se démode très vite, ou encore on se retrouve vingt mille à le porter en même temps, sans compter que ça nous suit toute la vie. Et pourtant, au départ les parents y mettent beaucoup d'eux-même.

 

LE PÈRE

C'est bien ça le problème. Les parents ne devraient pas s'investir aussi personnellement dans le choix d'un prénom qu'ils ne porteront pas.

 

LA MÈRE

Les parents ne devraient pas s'investir aussi personnellement dans un enfant qui finira par être un parfait étranger.

 

LE PÈRE

Tu dis ça parce que tu n'aimes pas ta fille. Tu ne l'as jamais aimée.

 

LA MÈRE

Je l'ai aimée de zéro à dix-huit mois, ce qui correspond à la période où les enfants ont absolument besoin des parents : après c'est moins vital. Sans le faire exprès, j'ai peut-être été la meilleure des mères, de celles qui maternent et s'effacent après, par un tour de passe-passe sublime d'abnégation.

 

LE PÈRE

Tu ne t'es pas effacée par abnégation, tu t'es effacée parce que tu étais saisie par la panique. D'ailleurs, tu ne t'es pas effacée. Qui dit que tu t'es effacée ?

 

LA MÈRE

Toi, à l'instant.

 

LE PÈRE

Je l'ai dit parce qu'à vivre avec toi, on finit par dire ce que tu dis. Tu es très forte pour couper les têtes et les réduire. Tu ne t'es pas effacée, au contraire : tu as été présente dans la vie d'Alexandrine comme un sorcier jivaro dans celle de ses ouailles.

 

LA MÈRE

Qu'allons-nous faire d'elle ? Elle n'a pas de frère pour l'épouser, pour la culbuter dans l'herbe verte et la froisser dans les froissements du tulle.

 

LE PÈRE

Notre fille est très belle. Les prétendants ne manqueront pas.

 

LA MÈRE

C'est bien ce qui m'inquiète. Dans son propre intérêt, je l'aurais préférée moins belle. J'ai eu un instant d'espoir quand elle a arrêté de se brosser les dents. Je me suis dit qu'elle allait avoir du tartre, des caries, qu'il faudrait lui arracher des molaires, ou même des incisives, que ça se verrait, que ça lui ferait un charme de moins. Tu parles !

 

LE PÈRE

Personne n'a un sourire plus sensationnel qu'Alexandrine.

 

LA MÈRE

Heureusement qu'elle ne sourit pour ainsi dire jamais.

 

LE PÈRE

Elle me sourit. Elle sourit à son papa.

 

LA MÈRE

Tu as passé l'âge qu'on t'appelle papa. Tu as même passé l'âge d'être père. Tu étais déjà trop vieux quand on a eu Alexandrine. Je suis sûre que c'est pour ça.

 

LE PÈRE

Que c'est pour quoi ?

 

LA MÈRE

Ces érections défaillantes, ces giclées chiches, ça ne pouvait rien donner de bon. J'aurais dû le savoir, le sentir jusque dans mes ovaires. Une procédure d'alerte aurait dû se mettre en route.

 

LE PÈRE

Une fausse couche ?

 

LA MÈRE

Pourquoi pas ?

 

LE PÈRE

Tu n'aimes pas ta fille. Tu ne l'as jamais aimée.

 

LA MÈRE

Je l'ai aimée.

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Francine Prose, Après, roman ado, 230 pages, Seuil / Métailié, janvier 2013, 13€ **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Une fusillade au lycée de Pleasant Valley, ville au nom ironique, et le quotidien de Tom et de ses copains est chamboulé. C'est que le drame a eu lieu à 80 km de là. Le docteur Willner débarque et, du jour au lendemain, quelques nouvelles règles sont à respecter. Au fil des jours, c'est une avalanche d'interdictions qui s'abattent sur des élèves atterrés et apeurés. Plus le droit de porter du rouge, de mâcher du chewing-gum, de lire L’attrape-coeur de Salinger, jugé subversif. Des fouilles tous les matins, suivis de réunions moralisatrices, des sujets tabous, des documentaires historiques dans le bus, des mails hebdomadaires aux allures de propagande envoyés aux parents, des camps de redressement vendus comme des centres psychologiques, d'étranges disparitions, etc.

 

L'ambiance devient vite concentrationnaire. Tom et ses potes ne savent que faire lorsque le docteur Willner les oblige à perdre le prochain match de basket. C'est à ce moment qu'ils sont forcés de se poser la question qui les taraude depuis le début : faut-il plier, s'écraser, perdre la face ou se rebeller, se défendre, relever la tête ?

À la moitié du récit, il devient quasi impossible de s'arrêter. Que va-t-il advenir de Tom, Silas, Brian, Avery, Becca et les autres si je ferme la page ? Que veut réellement le docteur Willner ? Pour qui travaille-t-il ? Jusqu'où va le complot que les élèves commencent à imaginer ? Comment se sortir de cet état d'apitoiement qui empêche quiconque de broncher ?

 

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Très efficace, la prose de Francine Prose (oh ! oh!) nous entraîne dans les méandres du récit hyper contemporain qu'elle construit et déroule sous nos yeux ébahis. Un nœud au ventre accompagne un plaisir de lecture évident, la tension monte sans cesse, mais tout se casse la gueule dans les dernières pages. À la manière d'une Amélie Nothomb, l'auteure souffre visiblement d'un cruel problème de fin. Exactement comme dans Journal d'Hirondelle ou Le fait du Prince, l'auteure nous fait nous oser des tonnes de questions auxquelles elle n'apporte finalement pas de réponse. Je n'ai rien contre les fins ouvertes, mais dans ce type de romans, où un suspense est créé de toute pièce par l'auteur autour de questions fondamentales, c'est insupportable. Pourquoi faire preuve d'imagination si celle-ci est en fait tronquée ? Pourquoi ne pas aller au bout du propos ? Surtout lorsque celui-ci fait semblant d'être politique. Je dis « semblant » parce que, finalement, on ne sait pas.

Deux étoiles pour l'immense déception qui m'a envahi à la fin de ce roman pourtant très prometteur.

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Pia Petersen, Un écrivain, un vrai, roman, 210 pages, Actes Sud, janvier 2013, 20€ ****

Publié le par Sébastien Almira

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« Ce n'était plus possible pour la littérature de tourner le dos au monde afin de se préserver face aux nouveaux modes de communication et aux nouveaux supports, le monde changeait à une vitesse vertigineuse, devenait à chaque seconde de plus en plus incompréhensible et insaisissable. Il y avait un sacré boulot pour les écrivains. » page 22

 

Gary Montaigu est un auteur populaire qui rencontre autant de succès que de maîtresses. En plus de recevoir l'International Book Prize, il devient le héros d'une émission de télé-réalité. Pour « Un écrivain, un vrai », il est filmé du matin au soir, qu'il écrive, qu'il mange, qu'il se dispute avec sa femme ou qu'il aille se bourrer la gueule dans les bars. Les spectateurs donnent leur avis sur le roman que la star écrit sous leurs yeux, avis que ce dernier doit prendre en compte. Le premier roman participatif est né. Et l’événement est de taille puisque l'auteur principal est la star des lettres américaines, l'International Book Prize, l'homme à femmes.

 

Le spitch donne envie, c'est assez original, mais on n'est pas seulement dans le voyeurisme que suppose le concept de télé-réalité. Pia Petersen propose une véritable réflexion, à travers son héros malgré lui, sur le but de la littérature, sur les dérives de la télé-réalité, sur le rôle de l'écrivain et plus généralement de l'intellectuel.

 

« L'International Book Prize. Tiens donc. Il faisait désormais partie de l'élite intellectuelle et depuis il se compromettait dans une télé-réalité et il ne savait même plus pourquoi il faisait ça. » page 54

 

C'est que Gary finit par n'en plus pouvoir, il pense être devenu « la pute de la littérature », malgré de bonnes intentions. On ne sait pas comment s'est arrêtée l'émission, mais on sait dès le début, grâce à deux fils de narration qui s'entremêlent, qu'elle ne s'est pas terminée et qu'un malheureux événement est survenu. On avance dans l'émission en même temps qu'on avance, après, lorsque Ruth, sa femme tellement dévouée qu'elle clame à qui veut l'entendre que sans elle il n'est rien, tente de le convaincre par tous les moyens de reprendre le tournage.

 

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Pia Petersen ajoute ainsi au récit une dose de suspense. Tout est réuni pour que le lecteur ne lâche pas le livre : une intrigue intéressante et bien ficelée, du suspense, un rythme (étant dans l'incapacité de trouver l'adjectif qui me convient, je vous laisse choisir, mais sachez qu'il se trouve entre moyen et effréné), une profonde réflexion sur l'écriture, la littérature, les médias, les gens, l'époque, des personnages à haute teneur psychologique, une écriture fluide qui rend la lecture agréable.

Pourtant, j'ai mis du temps à entrer vraiment dans le roman. Je ne sais pas ce qui clochait au début, ni même si quelque chose clochait, mais j'ai mis quelques dizaines de pages avant de me retrouver quelque part entre moyen et effréné. Et finalement, ça valait le coup. Pour toutes les qualités citées quelques lignes plus haut, pour le plaisir de lecture, même tardif, et pour le dénouement : Un écrivain, un vrai vaut le coup. Une bonne surprise de la rentrée !

 

 

Merci aux éditions Actes Sud pour l'envoi de ce livre et à Pia Petersen pour me l'avoir dédicacé !

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