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Irène Cohen-Janca, Demander l'impossible.com, roman ado, 220 pages, Rouergue, collection doado, octobre 2012, 13,20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Antonin est un adolescent normal entouré de personnes qu'il ne comprend pas bien. À commencer par sa sœur Emma, de deux ans son aînée, qui excelle en tout et ne vit que pour sa classe prépa et sa phobie de la graisse. Comme presque toutes les filles, elle se trouve grosse. Comme trop de filles, elle se trouve grosse à tort. Ensuite, il y a ses parents, pas un mot plus haut que l'autre, tout va bien, on ne dit rien, on ne fait rien ; sa petite amie toujours prête à le quitter ; son oncle Max qui a fait mai 68 comme d'autres ont fait la guerre et qui prône encore le slogan « soyez réalistes, demandez l'impossible » ; et le clodo en bas de chez lui dont l'intérêt réciproque devient presque inquiétant. Qui est cet homme sans domicile fixe qui ne vit pas en bande, ni avec ses canettes de bière et ses bouteilles de piquette, et qui tient comme à la prunelle de ses yeux à un sac plastique qu'il plaque continuellement contre son cœur ?

 

Antonin se demande que vaut la vie, ce qu'il faut pour la vivre et la réussir, pourquoi sa sœur va mal, pourquoi un homme a raté sa vie, pourquoi son oncle cache une photo de groupe où sa mère est présente, mais pas son père, que cache cet homme dans son sac plastique ?

 

Et il nous entraine avec lui dans cette histoire en toute simplicité, sans fantaisie, une histoire qui pourrait nous arriver, une histoire qui le fait réfléchir, grandir. Et pourquoi pas nous aussi ?

Et, j'avoue, il m'a emporté. Je voulais moi aussi avoir la réponse à toutes les questions qu'il se pose. Je l'ai lu quasi d'une traite, dans le métro en allant au cinéma, en en revenant et avant de me coucher. Je n'ai pas adoré, mais j'ai trouvé que c'était une belle histoire qui n'en fait jamais trop, qui émeut ce qu'il faut pour peut-être se remettre en question, sans que ce soit trop prise de tête non plus, ne vous inquiétez pas !

C'est Antonin qui raconte l'histoire et j'avoue que, venant de lire la trilogie d'Anne Percin chez le même éditeur, le personnage d'Antonin et son langage ont été quelque peu éclipsés par la verve de Maxime Mainard.

J'ai été moins emballé, vous l'aurez compris, que par Le faire ou mourir et Comment (bien) rater ses vacances, mais doado au Rouergue est une collection à suivre assurément !

 

 

« Léa est ma première copine. Faudrait pas qu'elle soit la dernière.

Elle est arrivée quand je commençais à désespérer de faire comme les autres. J'avoue : je ne sais pas m'y prendre avec les filles. Même pas une histoire de râteau à répétition.

Je n'avais jamais tenté d'embrasser une fille avant elle, ce qui est une véritable honte quand je vois les têtards de quatrième qui, déjà, roulent méthodiquement des pelles à des têtards femelles de douze ans à string apparent et soutif rembourré.

Au fond, je suis un attardé, une sorte de débile mental. » (page 14)

« Dimanche. Je ne sortirai pas. Je ne ferai rien. Je hais les dimanches en règle générale. C'est le dimanche soir que j'ai souvent eu mal au ventre. J'aurais voulu deux samedis au lieu d'un samedi et un dimanche. Le samedi, tu as l'éternité devant toi : dimanche. Quand le dimanche arrive, voilà que s'étale la longue plaine de l'ennui et des emmerdements : la semaine, le bahut, les devoirs à rendre... Et dimanche devient, au lieu du paradis attendu, la petite lucarne ouverte sur l'enfer à venir. » (page 210)

 

 

Cet article est l'occasion de recommencer ce que je faisais avec les romans ado : les mettre en scène pour illustrer l'article, au lieu d'utiliser simplement la première de couverture (voir les articles des romans Xprim' Sarbacane). Pour cette nouvelle première, je n'en aurai qu'une à vous proposer, n'ayant pas Le Lion de Joseph Kessel chez moi, ayant la flemme de traverser Paris pour prendre le livre en photo aux Buttes-Chaumont et me voyant pas demander au SDF de la Poste d'à côté  de poser avec le livre.

 

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Merci à Adèle Leproux des éditions Rouergue pour l'envoi de ce livre !

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Claro, Tous les diamants du ciel, roman, 240 pages, Actes Sud, août 2012, 20 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Figure littéraire impressionnante, Claro n'a pas peur des projets d'envergure. Traducteur de William T. Vollmann, Salman Rushdie, Hubert Selby Jr ou encore Thomas Pynchon, il codirige également la collection Lot 49 au Cherche Midi. Autant dire que l'homme n'est pas une pâle figure littéraire sans envergure. Ses romans sont de véritables mondes dans lesquels on ne pénètre pas par hasard : il faut l'avoir choisi.

 

J'avais d'ailleurs écourté mon séjour en Cosmoz, il y a deux ans, malgré un sujet passionnant (les personnages du Magicien d'Oz se retrouvaient projetés dans le vingtième siècle et le traversaient de long en large, de guerre en révolution, de misères en richesses). Mais pourquoi diable avoir laissé tomber, me direz-vous ! Et bien parce que Claro est un monstre littéraire qui n'hésite pas à vous perdre au détour d'une phrase inimaginable ou d'une scène incompréhensible.

N'allez pas croire que c'est un piètre écrivain, au contraire. Et c'est même là le problème : Claro écrit trop bien. Proposer au lecteur une phrase que le commun des mortels aurait pu écrire n'est pas dans ses objectifs. Il se vautre en revanche sans hésiter dans la surenchère de vocabulaire soutenu et de syntaxe poétique au possible. Mais attention, pas de la poésie pour fillettes. Non, de la poésie pour mâles. De la poésie puissante et parfois violente.

Et il faut s'accrocher. Il faut avoir envie de continuer l'aventure, de poursuivre la lecture.

 

Un peu d'histoire, voire d'Histoire. Propulsé dans le siècle du LSD et de la guerre Froide après avoir mangé un morceau de pain pendant l'été 1951 à Pont-Saint-Esprit, Antoine, un jeune mitron, va découvrir un monde où l'improbable est réel et le réel improbable, et entamer un chaotique et convulsif voyage au terme duquel il échouera dans un Paris post-68. Là, il rencontrera Lucy Diamond, une ex-junkie américaine, liée malgré elle à la CIA.

Sexe, drogue et rock'n'roll sont au programme de ce thriller psychédélique au déroulement et au dénouement plus que surprenants.

 

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Déjà, ça laisse pantois, mais attendez la suite ! Par exemple, une description, chez Claro, ça ressemble à ça :

« Il aimait autant le frisson des chenilles sur ses jambes que l'odeur d'amidon dispensé par les surplis, suçait avec le même ravissement le brin d'herbe acide et l'hostie consacrée. Se recueillir parmi les siens ou dévaler des coteaux lui apportait une quiétude semblable. D'où lui venait sa grande taille, ses épaules qu'on sentait de bois vert, cette tignasse impropre aux peignes et aux caresses et la manie qu'il avait d'écraser ses lèvres du tranchant de la main, en plissant des yeux un peu trop gris, pas plus lui qu'un autre ne le savait, et puisque les gestes voyagent aussi bien entre les générations qu'à la faveur des fréquentations, il n'attribuait à ses traits aucun devoir de continuation et, partant, nul caractère sacré. Il s'imaginait composé de peu de chose, façonné plus par l'indifférence d'autrui que par l'absence de géniteurs. » page 22

Pour dire simplement qu'une fille se refuse à lui et qu'il la voit s'éloigner dans la rue, tue qui finit par s'éloigner à son tour, il écrit : « Il tombe à ses pieds qu'elle lui refuse, le laissant aussi vautré qu'un chien, sa morve déjà sèche dans la poussière dérangée, devant lui les mollets de la fille s'amenuisent et s'unissent dans la ruelle, la ruelle qui n'est plus qu'un fil tendu vers le ciel où se chevauchent les toits. » (page 176). Il préfère user de stratagèmes, de figures, de métaphores, pour ne pas succomber à la facilité, utiliser un détail pour faire comprendre l'action qui l'englobe...

 

Vous l'aurez compris, lire Claro n'est pas de tout repos. J'ai dû admettre que je ne comprendrais pas tout, que je serais incapable d'écrire pareilles phrases (de toute beauté ? ampoulées ?), que je devrais faire face à la puissance verbale de celles-ci et que j'irais au bout malgré tout. Et je ne regrette pas. Je ne le considère toutefois pas comme le roman de la rentrée, mais ce fut une expérience de lecture inhabituelle pour moi. J'en suis arrivé à la conclusion que lire Claro c'est exigeant, magnifique et éprouvant. Le troisième adjectif et le fait que l'intrigue soit originale mais pas transcendante à mon goût, explique les trois étoiles après tant de compliments. Je ressors de cette lecture lessivé et n'enchainerais pas deux de ses livres, mais je retenterais peut-être Cosmoz un jour.

 

 

Merci à Élodie Cédé des éditions Actes Sud pour l'envoi de ce livre !

 

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« Les personnes qu'il croise ne sont plus qu'une galerie de grimaces, et leur démarche semble celle de ministres découvrant dans le journal le portrait de leur maitresse décapitée. Les femmes voisines, délaissées par leur janissaire, ont lâché sur la ville un harem de canetons et de porcelets, que les eaux du Rhône finissent par ensorceler puis noyer, culs blancs et ventres roses dérivant en bonne intelligence. Déjà quelques reporters de Lyon – et même de la capitale ! – montrent patte blanche et carte tricolore, ils s'accoudent au zinc avec des airs d'exilés hésitant à demander l'adresse du bordel le plus proche, jetant des quignons aux pigeons puis les photographient avec leur Rolleiflex, presque étonnés de ne pas les voir se transformer en vautours. » (page 47)

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Comment (bien) rater ses vacances, Saisons 1, 2 et 3, Anne Percin, trilogie ado, Rouergue *****

Publié le par Sébastien Almira

 

Saison 1 : Comment (bien rater ses vacances, 180 pages, octobre 2010, 11,70 € *****

Saison 2 : Comment (bien) gérer sa love story, 240 pages, novembre 2011, 13,70 € *****

Saison 3 : Comment devenir une rock star (ou pas), 320 pages, septembre 2012, 15,70 € *****

 

 

C'est en écoutant presque honteusement une ou deux chanson de Céline Dion (bon, d'accord, cinq...) que je commence ma critique de la trilogie (d'autres tomes à paraître ?) d'Anne Percin, qui raconte l'histoire d'un ado plutôt fan de rock des années 70...

 

percin0.jpgMaxime Mainard n'est pas un ado comme les autres. Ignorant des relations humaines, il est en revanche expert des avancées technologiques et ressorts socio-politiques de notre époque (et de celles d'avant). Féru d'économie autant que de musique des années 70 et 80 (punk, funk, rock), il joue également de la guitare (pas du De Palmas et du Christophe Maë sur la plage, grands fous !), de la guitare électrique, s'il-vous-plait. Il n'a que deux amis, Kévin, « le garçon le plus touché par l'acné de tout Villejuif » et Alexandra, pour qui être une fille est « un handicap charmant qu'elle tente de dissimuler derrière une violence physique et verbale qui défie l'imagination. » Pas de vie sociale, pas le garçon le plus apprécié du lycée, pas le grand frère adulée par la petite sœur, pas un super élève (se rend juste moyen pour éviter d'être traité de cancre ou d'intello), pas de petite amie. Pas une vie folichonne, me direz-vous ! Mais lui, ça lui va bien : l'ordi, ses deux potes geeks, la musique, les sciences économiques et sociales. À quoi il convient d'ajouter une propension à communiquer de manière détachée, cynique et intelligente hors du commun. Il montre aux autres, sans même s'en rendre compte, qu'il leur est infiniment supérieur. En terme d'intelligence et de réflexion, en tout cas.

 

« Non pas que j'aie fait vœu de chasteté. C'est juste que... Comment dire ? Depuis l'âge de dix ou onze ans, j'ai commencé à m'apercevoir que les filles et les garçons avaient une manière de se tourner autour parfaitement ridicule. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à un début de relation amoureuse s'apparente à une parade nuptiale digne des dindons. On se gonfle les plumes, on se rengorge (pour le mâle), on se tortille le derrière, on roucoule (pour la femelle). On en devient moche, on en devient con(ne), on laisse tomber ses ami(e)s, on prend des airs niais, on rit pour un rien, enfin on ne rit plus du tout. On fait des serments, on les viole, on ment, on se sépare. Au suivant ! Et ça recommence.

La lecture des Liaisons dangereuses, pendant l'année de Première, a achevé de me dégoûter. C'est bizarre, je me serais volontiers proclamé libertin, avant de savoir ce que c'était que le libertinage. Je croyais que Don Juan et Valmont étaient des cyniques, des libres-penseurs, des types à la coule, quoi, comme disait mon grand-père Gérard. Mais ils ne sont que des spécialistes de la parade nuptiale, qui ont élevé la danse du dindon au rang d'art. » (page 37, livre 1)

 

Maintenant que les présentations sont faites, je vous raconte vite fait, bien fait, l'histoire.

 

 

percin1Comment (bien) rater ses vacances

Dans le premier tome, c'est l'indépendance qui commence. Pour la première fois, les parents demandent à Maxime et sa sœur Alice, 9 ans ¾, s'ils veulent venir avec eux pour les vacances d'été. Au programme, randonnées en Corse. Alice s'en sort très bien, faut dire qu'elle avait tout prévu. Comme alternative, elle propose à ses parents une colo avec sa grande copine Lou en Bretagne, organisée par la mairie d'Ivry, pas chère, qui accepte les chèques vacances et les bons de la Caf. Maxime, lui, qui n'a aucun plan avec des potes, propose le premier truc qui lui passe par la tête : un séjour chez sa grand-mère au Kremlin-Bicetre.

Mais il ne sait pas ce qui l'attend ! Entre commissariat, hôpital, cerises à l'eau-de-vie, demande d'ami sur spacebook par une certaine Pika qu'il ne connait pas, il ne voyait pas ses mornes vacances devant l'ordi se transformer en véritables aventures tragi-comiques.

Avec sa verve exceptionnelle, il nous raconte ses vacances estivales, et pu*ain, qu'est-ce qu'on rit ! C'est bien simple, c'est comme si j'étais devant Les Visiteurs, Le dîner de cons ou Le Père-Noël est une ordure ! Désolé si, pour vous, ces films ne valent rien, pour moi ce sont les meilleurs films comiques au monde. Je ne me suis pas lassé une seule fois du récit de Maxime, il fallait sans cesse que je tourne la page, même ayant mal aux abdos (oui, oui, j'ai des abdos) à force de rire, même mourant de fatigue dans mon lit à une heure du matin, même comprimé dans la ligne 13 bondée. En somme, ça commençait bien !

 

 

percin2.jpgComment (bien) gérer sa love story

« Après l'été délirant qu'il vient de vivre, Maxime a tout pour passer une année géniale : une petite copine, un smartphone, une guitare... Tout, oui. Mais l'amour, comme chacun sait, c'est un truc complètement irrationnel. Y'a plein d'effets indésirables... »

Voilà la quatrième de couv' du deuxième tome. Je ne vous en dit pas plus, mais si l'effet de nouveauté rapport à l'humour, au langage, aux catastrophes, a disparu, c'est toujours aussi hilarant ! On s'est habitué à Maxime, c'est comme s'il était devenu notre pote, alors on sera moins surpris et peut-être moins enchanté par son personnage haut en couleur, mais il va lui arriver bien d'autres aventures extraordinaires ! Qu'elles soient d'ordre amoureuses (faut pas être trop proche de sa seule amie devant sa petite amie... et, oh ! la scène de la douche !), technologiques (une petite contrefaçon de smartphone, ça vous dit ?!), professionnelles (avez-vous déjà gardé un enfant atteint du syndrome d'Asperger qui a un Kiki accroché à son sac et qui communique avec un vrai singe ?) ou familiales (ou la ! Jeter la télécommande sur la tête de sa sœur n'était peut-être pas une super idée !), les aventures de maxime m'ont encore tiré pas mal d'éclats de rires ! Et voilà, finalement, je vous en ai dit plus, mais je vous assure, c'est pour votre bien ! Car, oui, lire la trilogie d'Anne Percin fait du bien : aux zigomates, aux abdos et au cerveau ! En somme, ça continuait bien !

 

 

percin3Comment devenir une rock star (ou pas)

Pour notre plus grand plaisir, chaque tome est un peu plus long que le précédent. Dans cette troisième saison, vous découvrirez pourquoi tonton Christian est si distant de la famille Mainard, ce qui s'est passé lorsque Mamie Lisette a vécu quelques mois au Brésil, comment évoluera l'histoire d'amour de Maxime (oui, oui, celui-là même qui était contre les histoires d'amour !), qui osera rouler une pelle à sa copine, qui est ce mystérieux musicien qui a les mêmes goûts musicaux que Maxime, qui sera l'extravagant dernier membre du groupe que notre héros entend bien monter, qui est vraiment Alexandra, sa meilleure amie, et plein d'autres choses !

J'ai peut-être été un petit peu moins emballé au début par ce troisième tome, par cette histoire de groupe de rock, mais finalement, qu'est-ce que j'ai encore pris mon pied ! Toujours aussi drôle, Maxime Mainard vous déballe sa life, et avouez que vous kiffez votre race et que vous en voulez encore, comme moi ! Non ? Bon, ça c'est parce que vous êtes juste à la lecture de cet article et que vous n'avez pas encore commencé la Saison 1 ! Mais commencez, que je rigole un peu ! Vous reviendrez, tout penaud, me disant que j'avais raison et que Maxime Mainard par Anne Percin, c'est trop d'la balle, ou que ça déchire trop sa race, comme vous voudrez. En somme, ça finissait bien !

 

 

En tout cas, voilà une trilogie de ouf qui m'a bien fait rire pendant quelques semaines, qui m'a tenu en haleine en attendant avec une impatience déraisonnable que sorte la Saison 3, que je ne saurai que trop vous conseiller, vous recommander chaudement, vous obliger à lire même !

Décidément, après la claque de Le faire ou mourir, les éditions du Rouergue sont une maison à suivre de près !

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Le Magasin des Suicides

Publié le par Sébastien Almira

Jean Teulé, roman, 160 pages, Julliard, 2006, 17,25 €, Pocket, 2008, 5,20 € ****

Olivier Ka et Domitille Collardey, BD, Delcourt, septembre 2010, 14,95 € ****

Patrice Leconte, film d'animation, 1h25, Diabolo Films, octobre 2012 **

 

 

La famille Tuvache tient depuis des générations une boutique d'objets en tout genre pour se suicider. Las d'une vie triste, sombre et sans intérêt, vous voulez en finir ? Chez les Tuvache, vous trouverez de quoi passer de l'autre côté : de la simple corde aux instruments diaboliques en passant par les poisons féminins et les revolvers, il y en aura pour tout le monde. Mais la famille à la sombre réputation, genre de famille Adams plus conventionnelle, sans éclat, va voir son quotidien voler en éclats lorsque nait le petit dernier, Alan. Le problème avec Alan, c'est qu'il est blond et qu'il respire la joie de vivre. Entre farces, chansonnettes et sourire collé aux lèvres en permanence, il agace ses parents et trouble les clients. Pas bon pour le commerce, tout ça ! Vous vous doutez bien que, parti comme c'est, ça risque de bien finir. C'est là le pourquoi de cette histoire : est-ce qu'Alan parviendra à apporter à sa famille et au reste de la ville morose dans laquelle il vit la joie et le bonheur ? Pas compliqué, mais sympa et original.

 

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Franchement, je ne me souviens pas tout à fait du roman, c'était il y a bien quatre ou cinq ans. Mais j'avais aimé. Beaucoup même. J'avais rigolé pas mal de fois. D'abord parce que le scénario s'y prêtait régulièrement, ensuite parce que Jean Teulé raconte ses histoires avec une plume fantaisiste, parfois cynique, mais (presque) toujours drôle. Et puis, le naissance du magasin des suicides, c'est quand même lui, c'est son idée, son histoire. J'aurais aimé inventé une telle fable, qu'on imagine aussi sombre et délurée !

 

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Une agréable surprise que voilà ! Dans la BD, Alan devient roux mais, à part ça, tout va bien. L'esprit du roman est respecté, les personnages tiennent la route, le dessin vaut le coup d'œil et l'humour est toujours présent. Et la couv' est magnifique, représentative de l'histoire toute entière.

 

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Aïe, ça se gâte avec le film ! Tout n'est pas réussi, mais tout n'est pas raté non plus. Ou tout n'est pas noir, tout n'est pas rose. Justement, le plus gros problème, c'est que tout est trop rose. Madame Tuvache (normalement frêle, commune et terne) devient, chez patrice Leconte, une grosse rousse au chignon impeccable, portant une robe rouge à décolleté, un petit gilet mauve, un collier de perles énormes et des lunettes roses à la forme fantaisiste. Non ! Ça ne va pas du tout ! Au lieu de transposer, il dénature !

Et il ne s'arrête pas là : le magasin des suicides ressemble à un magasin de bonbons qui rivalise d'éclat avec l'apparence de la Tuvache. La fille est une blonde plantureuse qui parle comme une ado débile d'aujourd'hui, avec des han à la fin de chaque phrase (« mais j'en ai trop marre de cette vie-han, j'aimerais tellement me suicider moi aussi-hannn ! »). Outre ces deux personnages très peu crédibles, Monsieur ressemble, lui, à un croque-mort. Il sauve les meubles.

Ensuite, l'ambiance du film. Trop de chansons. Vraiment trop. Plus que chez Disney et, en plus, elles sont longues et lourdes. Visuellement, même si les codes ne sont pas respectés, c'est pas mal fait.

Voilà, il s'agit d'une version édulcorée du roman, avec des chansons pour enfants, des codes visuels pour enfants, mais avec une histoire pour adultes. En gros, tiraillé entre sa représentation du roman et les impératifs commerciaux des big boss, Patrice Leconte signe un film à moitié raté qui ne sait même pas à quel public s'adresser. Dommage.

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Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer, roman traduit de l'américain par Carine Chichereau, 140 pages, Phébus, septembre 2012, 15€ ****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

Pour la deuxième fois sur ce blog, je vous propose un « critique » faite d'extraits du livre (Le garçon qui ne pouvait pas voir les livres en peinture, Ellen Willer, L'école des loisirs). Parce que je crois que Certaines n'avaient jamais vu la mer n'a pas besoin de plus que ce qu'il raconte. Il est assez sombre et flamboyant, discret et puissant, calme et épique, pour se suffire à lui-même. Alors je vous propose de lire les quelques extraits que j'ai choisis pour vous, de vous laisser emporter et d'imaginer le reste, de voyager avec ces femmes sur le bateau qui les conduisit du Japon aux États-Unis, de découvrir leur mari, un nouveau payes, de nouvelles coutumes, le racisme, d'enfanter, de survivre, jusqu'à la fin horrible qui leur est destinée.

En espérant que cela vous donnera envie de découvrir le reste.

 

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« Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore de petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d'élégants vêtements, mais la plupart d'entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté – hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheurs et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour. » (page 11)

 

« Sur le bateau chaque nuit nous nous pressions dans le lit les une les autres et passions des heures à discuter du continent inconnu où nous nous rendions. Les gens là-bas, disait-on, ne se nourrissaient que de viande et leur corps était couvert de poils (nous étions bouddhistes pour la plupart donc nous ne mangions pas de viande et nous n'avions de poils qu'aux endroits appropriés). Les arbres étaient énormes. Les plaines, immenses. Les femmes, bruyantes et grandes – une bonne tête de plus, avait-on appris, que les plus grands de nos hommes. Leur langue était dix fois plus compliquée que la nôtre et leurs coutumes incroyablement étranges. Les livres se lisaient de la fin vers le début et on utilisait du savon au bain. On se mouchait dans des morceaux de tissus crasseux que l'on repliait ensuite pour les ranger dans une poche, afin de les utiliser encore et encore. Le contraire du blanc n'était pas le rouge mais le noir. Qu'allions-nous devenir, nous nous demandions, dans un pays aussi différent ? Nous nous voyions, peuple de petite taille, armé de ses seuls livres – débarquer au pays des géants. Se moquerait-on de nous ? Nous cracherait-on dessus ? Nous prendrait-on seulement au sérieux ? Toutefois, même les plus réticentes admettaient qu'il valait mieux épouser un inconnu en Amérique que vieillir auprès d'un fermier du village. » (page 15)

 

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« Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu'en voyant notre mari pour la première fois, nous n'aurions aucune idée de ce qu'il était. Que ces hommes massé aux casquettes en tricot, aux manteaux noirs miteux, qui nous attendaient sur le quai, ne ressemblaient en rien aux beaux jeunes gens des photographies. Que les portraits envoyés dans les enveloppes dataient de vingt ans. Que les lettres qu'ils nous avaient adressées avaient été rédigées par d'autres, des professionnels à la belle écriture dont le métier consistait à raconter des mensonges pour ravir le cœur. Qu'en entendant l'appel de nos noms, depuis le quai, l'une d'entre elle se couvrirait les yeux en se détournant – je veux rentrer chez moi – mais que les autres baisseraient la tête, lisseraient leur kimono et franchiraient la passerelle pour débarquer dans le jour encore tiède. Nous voilà en Amérique, nous dirions-nous, il n'y a pas à s'inquiéter. Et nous aurions tort. » (pages 26-27)

 

« Cette nuit-là, nos maris nous ont prises à la hâte. Ils nous ont prises dans le calme. Avec douceur et fermeté, sans dire un mot. Persuadés que nous étions vierges, comme l'avait promis la marieuse, ils nous ont traitées avec les plus grands égards. Dis-moi si ça fait mal. Ils nous ont prises par terre, sur le sol nu du Minute Motel. En ville, dans les chambres de second ordre du Kumamoto Inn. Dans les meilleurs hôtels de San Fransisco où un homme jaune était autorisé à pénétrer à l'époque. Au Kinokuniya Hotel. Au Mikado. À l'hôtel Ogawa. Nous leur appartenions et ils supposaient que nous ferions tout ce qu'ils nous demanderaient. S'il te plait, tourne-toi vers le mur et mets-toi à quattre pattes. Ils nous ont prises en disant tranquillement : Le moment est venu. Ils nous ont prises avant que nous ne soyons prêtes et nous avons saigné pendant trois jours. Ils nous ont prises avec notre kimono de soie blanche relevé par-dessus la tête et nous avons cru mourir. J'avais l'impression d'étouffer. Ils nous ont prises avec gourmandise, voracité, comme s'ils attendaient ce moment-là depuis des siècles. Ils nous ont prises alors que nous souffrions toujours des nausées de la traversée, et que le sol tanguait encore sous nos pieds. Ils nous ont prises dans la violence, à coups de poing, chaque fois que nous tentions de résister. Ils nous ont prises alors que nous les mordions. Les frappions. Les insultions – Tu ne vaux même pas le petit doigt de ta mère – en appelant au secours (nul n'est venu). Ils nous ont prises alors que nous nous agenouillions à leurs pieds, face contre terre, en les suppliant d'attendre. Etc. » (pages 29-30)

 

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« Ils ne voulaient pas de nous comme voisins dans leurs vallées. Ils ne voulaient pas de nous comme amis. » (page 45)

 

« Nous les aimions. Nous les haïssions. Nous voulions être elles. Si grandes, si belles, si blanches. Leurs longs membres gracieux. Leurs dents éclatantes. Leur teint pâle et lumineux, qui masquait les sept défauts du visage. Leurs manières étranges mais attachantes, qui ne cessaient jamais de nous amuser – leur goût pour la sauce A1, les souliers pointus à talons,, leur drôle de démarche avec les orteils à l'extérieur, leur habitude de se rassembler dans le salon de l'une ou de l'autre pour rester debout à parler toutes en même temps pendant des heures en groupe nombreux et bruyant. Mais pourquoi, nous demandions-nous, ne s'asseyent-elles jamais ? Elles semblaient bien dans leur univers. Tellement à l'aise. Elles possédaient une assurance qui nous faisait défaut. Et de bien plus beaux cheveux. Avec tant de couleurs. Et nous regrettions de ne pouvoir leur ressembler davantage. » (pages 49-50)

 

« Mais en attendant, nous resterions en Amérique un peu plus longtemps à travailler pour eux, car sans nous, que feraient-ils ? Qui ramasserait les fraises dans leurs champs ? Qui laverait leurs carottes ? Qui récurerait leurs toilettes ? Qui raccommoderait leurs vêtements ? Qui repasserait leurs chemises ? Qui redonnerait du moelleux à leurs oreillers ? Qui changerait leurs draps ? Qui leur préparerait leur petit déjeuner ? Qui débarrasserait leur table ? Qui consolerait leurs enfants ? Qui baignerait leurs anciens ? Qui écouterait leurs histoires ? Qui préserverait leurs secrets ? Qui chanterait pour eux ? Qui danserait pour eux ? Qui pleurerait pour eux ? Qui tendrait l'autre joue, et puis, un jour –parce que nous serions fatigués, parce que nous serions vieux, parce que nous en serions capables –, leur pardonnerait ? Un imbécile, forcément. Alors nous repliions nos kimonos pour les ranger dans nos malles, et ne plus les ressortir pendant de longues années. » (page 64)

 

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« Quelques-unes parmi nous ont commencé à recevoir des lettres anonymes les informant que leurs maris étaient les prochains. Si j'étais vous j'envisagerais de quitter la ville. D'autres racontaient que leurs maris avaient été menacés par des ouvriers philippins dans les champs. Ils sont venus vers lui armés de leurs couteaux de travail. Hitomi, qui était la gardienne du domaine des Princes depuis plus de dix ans, s'est fait braquer en plein jour avec une arme à feu alors qu'elle retournait en ville. Mitsuko est sortie un soir avant le dîner pour chercher des oeufs au poulailler et elle a vu son linge brûler sur les fils. Et nous savions que ce n'était qu'un début. » (page 94)

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Scissor Sisters au Trianon, dimanche 14 octobre 2012 ****

Publié le par Sébastien Almira

  WAOUH !

 

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Après le monumental Night Work dont le concert en France avait été annulé « faute de moyens », les déjantés Scissor Sisters publiaient leur quatrième album, Magic Hour, au printemps. Nettement moins bon que les précédents, il contenait cependant quelques pépites : Self Control, Best in me, Somewhere (trois titres malheureusement pas joués sur scène), ainsi que Baby come home, Only the horses ou Year of living dangerously.

Leur tournée 2012 passait hier par le Trianon, et j'y étais.

 

Arrivés à 18h, derrière une soixantaine de personnes. Ouverture des portes à 19h. Pas de bousculade, ça fait plaisir. Magnifique salle de théâtre pouvant accueillir jusque 1000 personnes, ça fait plaisir aussi (le Stade de France, j'en peux plus !), d'autant qu'on était au deuxième rang. Derrière, il faut le dire, deux soeurs complètement folles qui sautaient (en talons, pour celle juste devant moi, qui m'a d'ailleurs écrasé les pieds trois fois) dans tous les sens, balançant les bras à s'en déboiter les épaules, hurlant à la mort et remuant la tête (cheveux lâchés) comme des groupies de Claude François ou Justin Bieber !

19h50 à peu près commence la première partie, un DJ qui ne se présente pas, ni ne dis bonjour, et mixe de la house chic qui finit vite par lasser. Faut dire qu'il a joué 50 minutes quasiment le même morceau...

 

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20h40, lorsqu'on lui fait signe d'arrêter, on se dit que le concert prévu à 20h va enfin commencer ! Mais non, il faudra attendre jusqu'à 21h20 pour voir arriver un à un les membres du groupe et leurs musiciens. Deux choristes, un batteur et un gars aux claviers s'ajoutent à Jake Shears, Ana Matronic, Babydaddy et Del Marquis.

Quelques effets et vidéos sur le fond de la scène, mais sinon c'est l'énergie débordante des deux chanteurs qui fera tout le show. Les titres s'enchainent à vitesse grand V, entre morceaux du dernier albums (les tubes Baby come home et Only the horses, l'affreux Let's have a kiki qui a pourtant fait danser toute la salle, les magnifiques Inevitable et Year of living dangerously) ainsi que des titres plus anciens.

Ce fut par exemple un plaisir de pouvoir chanter Any which way, qui ouvrait les festivités, Running out (le titre qui a, j'ai l'impression, le plus mis le feu au public, avec Let's have a kiki), Take your Mama, et les terribles Kiss you off, Fire with fire, Invisible lights et I don't feel like dancing !

Niveau playlist, je finirai juste en disant ma déception de ne pas avoir eu Self control, Best in me et Somewhere, trois de mes morceaux préférés de Magic Hour, et ma joie d'avoir eu Fire with fire, chanson rajoutée pour Paris !

 

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Jake et Ana ont mis le feu au Trianon pendant 1h25, un quart d'heure de rab n'aurait pas été de refus, mais quel pied ils ont l'air de prendre sur scène ! Et quel pied on prend aussi ! Ils chantent, ils causent, ils dansent, ils sautent, ils s'amusent, il se déshabille, ils rient, ils mettent l'ambiance, et ils puent le sexe autant l'un que l'autre. Il y a une vraie présence scénique, les voix sont impeccables, dans les graves aussi bien que dans les aiguës, même si un peu noyées dans l'effervescence d'instruments sur certains titres. C'est explosif, vivant, jouissif même !

 

Après une heure d'attente dans le froid, une heure d'un DJ un peu relou, les excentriques Scissor Sisters ont allumé la salle bien comme il faut pendant une heure et demi, et ce fut un pur kiff que d'assister enfin à un de leurs concerts ! I feel like dancin' !

 

 

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Alexandra Varrin, C'est Maman qui a tué le Père-Noël, roman, 200 pages, septembre 2012, Léo Scheer, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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À moins qu'on m'en ait fait lire à mon insu, ce n'est que le second auteur Léo Scheer que je lis, après Nathalie Rheims. Nathalie Rheims et son mauvais L'ombre des autres (jamais lu autant de répétitions, de lourdeurs, de mauvaises ficelles et d'erreurs typographiques et grammaticales dans un seul livre) dont le projet d'adaptation cinématographique avec Mylène Farmer dans le rôle phare traine depuis des années, Nathalie Rheims et son assez bon Chemin des sortilèges (aurait-elle pris des cours d'écriture entre temps ?). Il se trouve d'ailleurs que pour cette deuxième fois, j'ai encore choisi une blonde, à la coiffe certes moins extravagante.

Celle-ci s'appelle Alexandra Varrin et je ne la connaissais pas avant qu'elle figure dans la sélection des trente meilleurs romans de la rentrée sélectionnés par les libraires Virgin (je suis d'ailleurs bien content d'avoir aidé à y faire figurer  Ciseaux, Rêveurs et Je suis la Marquise de Carabas). Mais son roman avait l'air pas mal : un huis-clos tragi-comique pendant les fêtes de Noël, avec la fille, la mère et la grand-mère.

Ça peut ressembler à du déjà-vu, me direz-vous, mais je m'en fiche puisque je n'en ai pas encore vu, ni lu. Ça s'annonçait donc plutôt bien, je m'attendais à pas mal rire et ça me suffisait pour sortir de ma lecture glauque et quelque peu poisseuse du néanmoins très bon Snuff de Pahlaniuk.

 

On fait d'abord la connaissance d'Alice, 27 ans si je me souviens bien, chômeuse parisienne quasi anorexique, que la perspective de retrouver sa mère et sa grand-mère n'enchante que très peu et qui manque de rater son train pour cause de nuit certainement très chaude avec l'homme qu'elle ne parvient pas à qualifier. Ça la travaille un peu : qu'est-ce qu'une relation? comment faire confiance ? que suis-je pour lui ?...

Ensuite, c'est au tour de Danièle, la mère. Caractérielle, célibataire malgré elle, elle passe ses journées sur un tchat à jouer aux adolescentes d'aujourd'hui : elle se dispute et lance des rumeurs sur d'autres quadras tout aussi hystériques qu'elle. En sur-poids, elle ne supporte pas que sa fille soit plus mince qu'elle. Pas de chance, pour son retour Alice a encore maigri.

Enfin, on rencontre Berthe. Une grand-mère acariâtre qui vénère son mari depuis qu'elle en est la veuve. Ça lui fait une personne en moins à détester, lui lancera sa petite-fille. Complètement lunatique, elle veut être seule mais entourée, elle joue la mourante devant sa descendance pour se faire plaindre alors qu'elle s'amuse comme une petite folle chez sa sœur et fait preuve d'une radinerie extrême malgré 300 000 € sur son compte épargne. Elle est l'archétype de la vieille chieuse qui se respecte.

Maintenant que la famille Deschain est au grand complet, névroses comprises, Joyeux Noël !

 

À vrai dire, vu le résumé que j'en fais, on peut s'attendre à mieux. Ce n'est pas mauvais mais j'ai mis une bonne cinquantaine de pages avant de rentrer dans l'histoire et je suis resté sur ma faim niveau clash familiaux. Je pensais assister à un véritable festival de disputes, cris, gifles et rires mauvais. Surtout le soir de Noël, ça finit en beauté, mais les prémices auraient pu être plus explosifs.

Le style, incisif,, cru, précis, est là pour mener la danse. On n'est pas censé s'ennuyer. Que ce soit lors de la description d'un personnage ou lors d'un échange verbal, Alexandra Varrin sait y faire : elle vous gifle presque de ses mots, qui claquent pour accroître le côté tranchant des protagonistes et de la situation.

Je le disais, ce n'est pas un mauvais roman. C'est juste que j'ai mis un peu trop longtemps à mon goût à rentrer dans l'histoire et que j'aurais aimé plus d'intensité et de puissance.

 

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« - Qu'est-ce que tu vas encore me reprocher, cette fois, Alice ?

- Tu lui avais laissé ton numéro sur le ticket de caisse, son frère t'avait appelée dans la soirée parce que le pauvre garçon, vingt-deux ans je crois, six de plus que moi, ne parlait pas un mot de français.

- Je me rappelle, merci. On était allées en boîte après, et tu étais bien contente, je te signale.

- À l'époque j'étais prête à tout pour aller en boîte, maman, j'avais seize ans. En tous cas, pendant que tu roulais des pelles à ton kurde, Frangin, qui était l'aîné d'ailleurs, essayait de me tripoter en me mettant la main sur la cuisse. C'était une tellement bonne soirée que je crois qu'elle est dans mon top 5 des plus glauques. Même à l'école de commerce, ça n'a jamais été aussi sordide.

- Tu rigoles ? Tu étais toujours en train de picoler et de faire n'importe quoi avec les garçons quand tu étais dans cette école.

- Au moins tu n'étais pas là.

- Et alors, qu'est-ce que tu essaies de me dire, au final ? Que je suis une mauvaise mère ?

- Grosso mode ? Oui.

- Et bien on verra comment tu te débrouilleras si un jour tu as des gamins et que tu dois les élever toute seule.

- Ah mais dans le doute, je n'en veux pas, moi, des gamins ! Parce qu'on ne fait pas des gosses comme on achète une baguette, tu vois, ça implique des sacrifices et tant qu'on n'est pas sûr qu'on a envie de les faire, je ne comprends pas pourquoi on en ferait, moi, des gamins.

- Tu as raison. Autant que tu n'aies jamais d'enfants, puisque tu n'as même pas été capable de t'occuper de ton chat.

- Toi, en revanche, tu y as excellé. Il a essayé de se suicider au moins cinq fois.

- Pardon ?!

- Je t'en prie. Tu ne crois quand même pas qu'il est tombé du bord de la fenêtre, c'est un chat. Il est évident qu'il a voulu sauter pour en finir.

- Tu es complètement folle.

- Même lui il n'en peut plus, il serait prêt à tout pour s'échapper, tu mets ça sur le compte de la maladresse mais il est évident que ton chat tu l'as rendu dépressif.

La mâchoire d'Alice se contracte pour parer le coup tandis qu'elle remarque du coin de l'oeil l'expression de rage sur le visage de sa mère. La gifle ne la fait presque pas ciller.

- Fais attention à ce que tu dis, Alice. Tu n'es plus une gamine, mais tu vois : ça ne m'empêche pas de t'en foutre une quand tu vas trop loin. Ne t'avise plus jamais de dire que je me suis mal occupée du chat, tu m'entends ! PLUS JAMAIS ! » pages 160-161

 

 

Merci à Amandine Maudet des éditions Léo Scheer pour l'envoi de ce livre !

 

P.s. : Alice, elle est fortiche quand même ! Elle rentre dans le train page 16, « elle n'a pas de réservation, mais par chance le compartiment est quasiment vide » et, miracle, dix lignes plus loin, elle dit avoir « oublié de composter (son) billet » au contrôleur, qui « soupire et griffonne quelque chose sur le ticket » avant de le lui rendre !

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Yves Grevet, Nox, Ici-bas (1), roman ado, 410 pages, octobre 2012, Syros 16,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

En six ans à peine, Yves Grevet a créé une œuvre majeure dans la littérature jeunesse en infiltrant tous les domaines, ou presque. De l'anticipation au policier en passant par une veine plus sociale, ancrée dans la réalité, ce touche-à-tout enchante des générations de lecteurs. J'avais moi-même adoré (et je pèse mes mots) Méto, Seuls dans la ville et  L'école est finie dont vous pourrez retrouver mes articles en cliquant sur les titres.

C'est donc avec une grande ferveur que je me suis jeté sur son nouveau roman dès que je l'ai vu, au milieu de la pile de services de presse du rayon jeunesse il y a quelques semaines.

 

Yves Grevet attaque avec Nox une nouvelle dystopie. J'avais peur de me retrouver avec des relans de Méto trainant un peu partout dans le livre, mais pas du tout. Il a eu l'intelligence (et les capacités) d'inventer quelque chose de complètement nouveau, un univers, des lieux, des personnages, des enjeux. Il ne se répète pas et ça s'appelle, je crois, le talent.

 

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Dans une société qui pourrait être la nôtre, la nature a été ravagée par l'homme. La ville est comme sur une montagne.

La ville haute ressemble à ce que nous connaissons : bâtiments cossus, électricité à tout va, beaux vêtements, parfums, nourriture de qualité, etc.

Quant à la ville basse, elle se trouve sous un épais nuage de pollution qui empêchent ses habitants de voir ne serait-ce qu'un rayon de soleil. Pour produire son électricité, chaque habitant doit pédaler ou marcher avec des chainettes pour l'emmagasiner. Les garçons apprennent le métier de leur père. Les filles, elles, doivent se trouver un bon garçon qui la mettra enceinte avant l'âge adulte, sous peine d'être la risée du quartier, et qu'elle épousera car la vie est trop courte, ici-bas, pour perdre du temps. On se dirige dans l'obscurité grâce aux coordonnées géographiques et à un système de cordage qui relie toutes les rues. On n'habite plus 40 Rue de la paix ou 182 Impasse des Étourneaux, mais en 232.20 ou en 700.17. La hauteur de notre habitation est proportionnelle à notre statut social. Plus on est haut, plus on est considéré, et plus on est proche de la ville haute, interdite quand même cela dit. En dessous de 100 vivent les Moincent, de vrais parias...

Bien entendu, la milice veille, qui est autorisée à tous les abus. Et certains en feront les frais.

 

Au milieu de ça, quatre amis d'enfance dans la ville basse, une fille dans la ville haute.

Ludmilla hésite à rentrer dans la résistance, son père est un grand ponte chargé de la sécurité civile, ils ne manquent de rien, elle est heureuse. Jusqu'au jour où sa gouvernante est contrainte de partir. En cherchant à savoir pourquoi, elle est amenée à réfléchir à sa condition et à celle de la ville basse.

Lucen, Gerges, Maurce et Jea (tout, dans la ville basse, est amputé de quelque chose : une lettre pour les prénoms, des ingrédients pour la nourriture, etc.) sont comme quatre frères. Pourtant leur amitié est mise à mal par le destin qui les attend. Le père de Gerges est responsable de la Milice locale des Caspistes (CASP pour Chacun À Sa Place) tandis que le père de Jea milite pour les Coivistes (COIV pour Chacun Où Il Veut) et que celui de Maurce, disparu, était probablement un terroriste. Le père de Lucen, héros du livre, est réparateur d'objets et fait tout pour paraître neutre.

Ces différences vont finir par peser sur leurs relations. Et maintenant que certains commencent à travailler et cherchent une copine, le court des choses s'accélère et la confrontation devient impossible à éviter.

 

Même s'il traite à nouveau des thèmes qui lui sont chers (l'oppression, la résistance, la liberté, les liens familiaux, la solidarité, l'amitié), Yves Grevet invente un univers complètement différent de ses précédents livres. Il change également de procédé d'écriture puisque trois narrateurs prennent la parole dans ce premier tome de Nox, Ludmilla, Lucen et Gerges. Procédé qui entraîne un point fort (le dédoublement de certaines scènes permet de les vivre de deux façons différentes) et un point faible (cela peut devenir répétitif). L'écriture est toujours fluide et maitrisée, sans fioriture et, surtout, sans lourdeur ni faute de français, fait à souligner pour un ouvrage jeunesse.

Voilà donc un très bon premier tome, qui augure une suite explosive, et qui ne souffre que d'un seul défaut majeur : attendre un an la suite d'un livre dont on a tourné les pages avec autant de frénésie que de passion est une véritable torture.

 

 

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Le cinéma de septembre (La part des anges, Boy, The secret, Robot & Frank, Starbuck)

Publié le par Sébastien Almira

 

En pleine rentrée littéraire, voilà que je m'intéresse un peu à la rentrée du cinéma. Vous ne saviez pas qu'il y en avait une ? Moi non plus ! Et je ne vous donnerai pas de chiffres, de données techniques, de pourcentages, etc., pour la simple et bonne raison que je n'en ai pas. Je sais qu'elle existe et c'est déjà pas mal. Maintenant, place aux films que j'ai vus ce mois-ci.

 

affiche-la-part-des-anges.jpgLa part des anges, Ken Loach ***

Comédie un brin brittish, La part des anges raconte un morceau de l'histoire de jeunes délinquants ayant évité la prison. Lors de leurs heures de travaux d'intérêts généraux, ils auront le temps de sympathiser entre eux et avec leur éducateur, Henri, qui va les initier à l'art du whisky ! Les voilà embarqués dans de drôles d'aventures qui les mèneront jusqu'à leur dernière connerie lors d'une vente aux enchères d'un fut de whisky d'une qualité et d'un prix absolument exceptionnels ! Tourné de manière réaliste, sans froufrou, ce film est délicatement savoureux !

 

 

boyBoy, Taika Waititi ****

Un petit gars Mahori, fan de Michaël Jackson, qui se la raconte un peu en public, et qui vit dans un monde imaginaire lorsqu'il est seul (un vrai gamin ! Hyper attachant, cela dit), est laissé seul avec ses frères, cousins, cousines, une semaine par sa grand-mère qui se rend à un enterrement. Entre temps, le père, qui n'a plus donné signe de vie depuis un moment, revient avec sa bande de cassos pour retrouver un hypothétique butin enterré dans le jardin. Boy va devoir confronter ses rêves à la réalité.

Une jolie histoire, un brin déjantée, haute en couleurs des images d'une beauté époustouflante, un rythme agréable (ni trop lent, ni trop rapide), un côté un peu merveilleux (pas dans le sens fantastique / SF) et un humour délicat font de ce film un petit bijou qui donne le sourire !

Malheureusement, je vous en parle un peu tard, il ne doit plus passer nulle part... Mais peut-être un DVD bientôt !

 

the-secret.jpgThe Secret, Pascal Laugier **

Des enfants sont régulièrement enlevés dans un bled en ruine du fin fond des États-Unis, tout le monde a son idée sur la question mais personne ne réussit à pincer The Tall Man, l'homme qu'on aurait apperçu dans la fôret...

Les deux forces du film sont un suspense et des retournements de situation auxquels on ne s'attend pas (d'ailleurs, l'idée de scénario elle-même est étonnante), ainsi que de beaux plans. Mais le jeu des acteurs et le scénario sont trop froids et décousus. Ne restera pas dans les annales.

 

 

robot---frank.jpgRobot & Frank, Jake Schreier ***

Un gentleman cambrioleur à la retraite se voit affublé d'un robot censé lui faciliter la vie et, accessoirement, censé faciliter celle de son fils qui n'aura plus besoin de faire le trajet tous les wekk-end pour lui rendre visite. Mais la cohabitation finit par se passer mieux que prévu. Au point que Frank décide de monter un autre casse, avec l'aide du robot !

Frais, attachant, intelligent et jubilatoire, ce film se savoure sans accro et non sans plaisir ! Avec Frank Langella et Susan Sarandon.

 

 

starbuckStarbuck, Ken Scott *****

Alors qu'il s'apprête à être père, David Wosniak, un véritable boulet qui doit un paquet de fric à des vauriens, n'est pas capable de faire correctement son boulot de livreur dans la boucherie familiale, et j'en passe, apprend qu'en donnant son sperme pendant un an lorsqu'il était étudiant, il a donné naissance à 533 enfants, dont 117 sont bien déterminés à le retrouver.

Une comédie québécoise (il faut s'accrocher au début !) complètement barrée, pas lourde du tout, au scénario original, aux acteurs parfaits et à l'humour décapant ! À voir de toute urgence !

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Chuck Palahniuk, Snuff, roman, 210 pages, Sonatines, septembre 2012, 16,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

  ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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Après deux coupes de champagne et trois verres de vin, j'écris enfin mon article sur Snuff. Il fallait bien ça pour parler du nouveau roman choc de Chuck Palahniuk sans penser qu'on allait me prendre pour un pervers aussitôt que je l'aurais publié.

Car, oui, après avoir descendu en bonne et due forme Christine Angot et ses souvenirs d'enfance incestueux, voilà que je vais vous dire du bien d'un snuff book américain.

 

Mais avant tout, quelques rappels s'imposent. D'abord, Chuck Palahniuk, derrière un nom rustiquement kitch, est tout de même l'auteur culte de Fight Club, qui était un livre avant d'être un film. Ensuite, le snuff movie, c'est une sorte de légende urbaine. Avant le fêlé qui a récemment filmé le meurtre d'un étudiant asiatique, on n'avait aucune preuve qu'un vrai snuff existât. Le principe fait froid dans le dos, puisqu'il s'agit de filmer un vrai meurtre précédé de torture, voire de viol. Une fois ces bases posées, on peut commencer.

 

Cassie Wright, star du porno sur le retour, décide de terminer sa carrière « en beauté » en jouant dans le plus gros gang-bang jamais organisé. En une nuit, ce sont pas moins de six-cent hommes, jeunes ou vieux, beaux ou moches, obsédés ou inexpérimentés, appelés par groupes de trois, à raison d'une minute chacun, qui vont littéralement lui passer dessus afin qu'elle batte le record du monde de partenaires en une seule fois. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Car, si certains sont venus pour le plaisir de se taper la célèbre porn-star, d'autres ont une idée bien précise derrière la tête.

 

Pour mener son récit, l'écrivain fait intervenir quatre personnages à tour de rôle : le numéro 72, un jeune puceau qui a des choses à mettre au clair, le numéro 137, un comédien sur le déclin que son producteur a envoyé ici pour remonter la pente et accessoirement fou amoureux de la Cassie Wright, le numéro 600, l'acteur porno qui a fait débuter Cassie dans des conditions pas tout à fait exemplaires, à présent quelque peu décati, et Sheila, l'assistante. Le gros de l'histoire se passe dans la salle d'attente, où l'orgie est d'ordre alimentaire : chewing-gums, chips, bonbons, sodas, préservatifs (oui, oui, il y en a qui mâchent de la capote comme d'autres un brin de paille, mais on n'est pas chez Pagnol ici) se confondent dans un joyeux bordel de transpiration et de saleté.

C'est là que les hommes attendent leur tour et que Chuck Palahniuk dévoile les rouages de son scénario. Implacable. Avec suspense et rebondissements, indices et retournements de situation. Le lieu enlève au roman le glauque qu'on imagine dès le résumé. En effet, si l'on assiste à quelques scènes dans la chambre sacrée, on reste surtout à l'extérieur à imaginer ce qui se passe en haut de l'escalier, à mater les films qui ont fait le succès de Cassie et à découvrir les prémices de l'histoire, les débuts du sex-toy (saviez-vous que le vibro-masseur fut l'un des trois appareils électriques dont ont joui les Américains ?), l'histoire du film porno, les records à battre et les doutes à abattre.

D'un écriture efficace, sans détour et sans concession, Chuck Palahniuk signe un polar trash, subversif et presque malsain qui vous fera, au choix, vous arracher les cheveux comme ma collègue devant « un livre glauque et sans intérêt » ou bien vous délecter d'un thriller pornographique détonnant.

 

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« Ces trayeurs de poireaux. L'un d'eux me fait signe d'approcher, en repliant ses doigts vers lui comme s'il hélait une serveuse dans un restau. Je le quitte pas des yeux. Me dirige vers lui. Ce loser lève l'autre main, écarte les doigts pour me montrer le billet de cinquante qu'il tient dans sa paume. Le billet tout mou et transparent à cause du beurre de cacahuète. Détrempé par l'eau en bouteille. Des taches grasses de rouge à lèvres à un bout. Le loser glisse le bifton sur mon écritoire et dit : « regarde bien ta liste, chérie, et tu verras que je suis le prochain... » Un pot-de-vin. » page 27, Sheila.

 

« Je dis au jeunot : « n'espère pas qu'elle sera aussi sexy. »

Les yeux du 72, marron clair, comme les miens autrefois.

La fille là-haut (film passant sur les écrans de la salle d'attente), qui est en train de sucer le clito de Boodles Absolut, disait qu'un jour elle allait diriger l'industrie. La jeune et douce Cassie Wright, la façon qu'elle avait de dire ça, comme s'ils étaient tous à la merci de sa langue.

Mais quand je regarde autour de moi, ce regroupement disparate de fions qu'on appelle aujourd'hui comme du bétail, je dirais que sa carrière a plutôt suivi la trajectoire inverse. » page 33, Mr 600.

 

« Je ramonais Cassie Wright à fond, et la fille au chrono a dit « fini. »

(…) Je l'ai prise en levrette, à quatre pattes, mes mains refermées sur la peau de son cul mouillé et détendu et j'ai entendu Cassie Wright dire « Virez-moi ce petit salaud ! »

Des mains se sont emparées de moi par derrière. Des doigts ont arraché mes doigts à ses cuisses. Des types m'ont tiré en arrière jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que ma bite en elle, je me suis cabré, mon gland encore en elle, puis il est sorti, et ça a giclé en un long ruban blanc sur ses fesses.

À l'autre bout de son corps, la bouche de Cassi Wright a dit : « Vous filmez bien ça, hein ? »

Le réalisateur a dit : « On le garde pour le trailer, celui-là. » Il a bu un peu de jus d'orange à la paille coudée et a dit : « Attention, petit, tu vas finir par nous noyer. » page 179, Mr … (surprise !)

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