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Haruki Murakami, 1Q84 **

Publié le par Sébastien Almira

1Q84, livre 1, avril-juin, roman, 530 pages, Belfond, août 2011, 23 €

1Q84, livre 2, juillet-septembre, roman, 530 pages, Belfond, août 2011, 23 €

 

 

Véritable star des lettres japonaises, Haruki Murakami a explosé les records de ventes sur la péninsule avec plus de quatre millions d'exemplaires des trois tomes de 1Q84. En France, les deux premiers tomes de la trilogie se sont classés dans les meilleures ventes avec respectivement 150 000 et 50 000 exemplaires vendus. On ne compte plus les bons papiers (Télérama, Le Nouvel Obs, Lire, Amélie Nothomb dans Le Monde des livres, etc.) et les lecteurs enchantés de leur lecture. Alors me voilà parti, moi aussi, dans 1Q84, sorte de monde parallèle à l'année 1984 où les personnages principaux évoluent.

 

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C'est Aomamé qui invente le terme 1Q84 pour tenter de nommer ce qu'elle vit : elle a l'impression que quelque chose ne va pas, qu'une faille s'est ouverte et qu'elle se trouve à moitié en 1984, à moitié ailleurs. En Japonais, le Q se prononce 9 et Murakami en profite pour faire écho au roman de George Orwell. Aomamé, la trentaine, est minutieuse dans tout ce qu'elle entreprend. Et il vaut mieux car elle tue des hommes pour le compte d'une vieille dame qui a à cœur de protéger les femmes de la violence de leur mari.

Tengo a le même âge qu'Aomamé, il est beau, fort, musclé et intelligent. Prof de maths et auteurs de livres non publiés, il apparaît comme l'homme idéal mais Murakami ne le montre jamais comme cela. Peu sûr de lui, ses seules fréquentations sont une femme mariée extrêmement jalouse et un éditeur prêt à tout pour avoir ce qu'il veut. En effet, Komatsu a reçu un manuscrit pour le Prix des jeunes auteurs en lequel il croit, avec une dimension, une originalité et une personnalité fantastiques et envoutantes. Le problème, c'est que La Chrysalide de l'air a été écrit par Fukaéri, une belle jeune fille de dix-sept ans perturbée et dyslexique. Et Komatsu ne veut que Tengo pour réécrire le manuscrit afin de le soumettre au jury. Il est sûr de tenir là un coup éditorial de grande envergure. Et même s'il risque sa carrière et sa réputation en cachant la réécriture d'un manuscrit proposé à un prix littéraire, dont il s'occupe de surcroit, il sait qu'il y a gros à gagner, alors sil entraine Tengo et Fukuéri dans cette aventure incertaine.

 

Les deux intrigues évoluent à raison d'un chapitre sur deux, pour ne se retrouver qu'à demi-mots très loin dans le récit (je ne dévoile rien, on sait bien que deux récits qui se croisent dans un roman finissent toujours par se mêler) d'une manière inattendue et déstabilisante qui dévoile l'ignominie d'une situation, d'une histoire, d'une vie. Aux détours d'entretiens avec diverses personnes, on en apprend plus sur l'histoire que la jeune auteure raconte dans La Chrysalide de l'air, sur son enfance, sur celle d'Aomamé, sur les raisons qui ont poussé la vielle dame et Aomamé à mener cette entreprise périlleuse et sur une communauté agricole des années 1970, les Précurseurs, et sa faction dissidente, religieuse et anarchiste, L'Aube.

 

« L'incident de L'Aube avait été extrêmement sanglant. Il s'était agit d'un évènement tragique mais vu de loin, ce n'était rien de plus qu'un épisode imprévu, hors de propos, rien d'autre que la réapparition d'un fantôme du passé. C'était le dernier acte d'une époque révolue. » (page 465)

 

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J'entends toujours que la plume d'Haruki Murakami est poétique, merveilleuse, sensible, magnifique... Après avoir lu Le passage de la nuit et ce premier tome de 1Q84, je dirai soporifique.

 

« À un moment, Tengo s'endormit. Il s'éveilla, en sentant des vibrations alors que le train, après avoir ralenti un peu, s'apprêtait à faire halte dans la gare d'Ogikubo. Un tout petit somme. Fukaéri regardait toujours fixement devant elle, dans la même attitude qu'auparavant. Mais que regardait-elle réellement ? Tengo n'en avait pas la moindre idée. (l'auteur non plus, visiblement, qui allonge ses phrases à l'infini le temps d'avoir l'idée d'après, pour donner de la consistance un texte qui ferait facilement deux-cent pages de moins et pour vendre son produit plus cher) Elle donnait seulement l'impression de se concentrer sur quelque chose. Il ne semblait pas qu'elle avait l'intention de descendre du train avant un certain temps. » (page 174)

 

De plus, les formulations, les phrases, sont parfois bancales : « il eut une séance de sexe avec sa petite amie », toujours des « pour une raison ou une autre » où rien n'est jamais sûr, jamais clair. Les personnages ne savent rien, l'auteur non plus, et nous nous laissons emporter dans ce néant tout-plein d'incertitudes.

Il raconte au début du roman la descente d'un escalier par Aomamé sur six pages. Parce qu'il prend le temps de décrire les toiles d'araignées entre les marches, le caoutchouc desséché sur un balcon de l'hôtel d'en face ou encore la masturbation mutuelle à laquelle s'est adonnée Aomamé avec sa meilleure amie au lycée.

Alors, oui, c'est bien beau de prendre son temps, de s'attarder sur des détails du quotidien, sur de jolis plans. C'est poétique, c'est sensible. Mais qu'est-ce que c'est chiant ! Je me suis littéralement fait chier sur les trois-cent premières pages. Il ne se passe presque rien, et tout est étendu à l'infini pour nous assommer plus encore. Mais soudain, tout s'accélère et le grand roman d'aventure, d'amour, de suspense, peut enfin commencer. De révélations en rebondissements, on ne parvient plus à lâcher le livre que l'on a failli envoyer balader tant de fois auparavant ! D'une morne poésie explicative, 1Q84 est passé à un véritable page turner.

 

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Haruki Murakami nous enrobe avec des phrases tantôt belles, tantôt maladroites, mais toujours lancinantes, sur trois-cent pages avant d'accélérer le rythme et de nous en mettre plein la vue avec un roman qui devient palpitant et qu'on ne peut plus lâcher. Les révélations déboulent mais soulèvent d'autres questions et, à la fin du premier livre, on ne demande qu'à lire le second pour connaître la suite des aventures d'Aomamé, Tengo et Fukaéri. Si vous souhaitez tenter l'expérience Murakami sur presque deux mille pages, pesez bien le risque de vous ennuyer pendant deux heures avant d'être conquis. Si vous êtes déjà admiratif de sa prose, vous ne serez nullement déçu !

 

 

 

Mercredi 11 janvier 2011

 

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LIVRE 2 /

Dans le second tome, on se fait quand même beaucoup moins chier. Et heureusement !

Alors, certes, il y a toujours des passages à mourir d'ennui (deuxième moitié de la page 393, Haruki Murakami décrit les étirements musculaire, la sueur et la douche d'Aomamé dans les moindres détails sur vingt-et-une lignes et, à la lecture, on se demande bien pourquoi "Aomamé tendit l'oreille vers son flux sanguin et captait l'annonce muette qu'envoyaient ses viscères. (...) Après quoi elle se lava de toute sa sueur sous la douche. Elle monta sur la balance et s'assura que son poids n'avait pas changé."), des passages bancales, lourds, mal écrits (ou mal traduits), trop académiques ("Tengo but son café, et quand il eut terminé ses toasts et son café, il reposa le journal et quitta le café. Puis il rentra chez lui, se brossa les dents, prit une douche et se prépara à partir pour son école" : sérieusement, on dirait une phrase extraite d'un Ecole des Loisirs Mouche, d'un Folio Cadet ou d'un Mini-Syros...).

Alors, je ne sais pas si la traductrice est simplement mauvaise ou si des millions de lecteurs dans le monde s'égosillent à crier sur les toits pour rien que Murakami a la plume la plus merveilleuse du monde.

 

Si on met de côté les problèmes que je suis visiblement un des seuls à rencontrer chez l'auteur le plus en vogue du vingt-et-unième siècle, je dois dire que ce second épisode est largement plus lisible que le précédent. L'histoire est déjà bien entamée, on ne fait plus qu'avancer et découvrir de nouvelles énigmes et, heureusement, des réponses. un air de merveilleux mystérieux continue cependant de flotter, comme dans les autres romans de Murakami. Mais ce n'est pas aussi dérangeant que je l'avais trouvé dans Le passage de la nuit.

 

J'en suis tout de même à me demander si je prendrais le temps de lire le troisième tome en avril au détriment d'un autre livre. Il y a moins de suspense à la fin du deuxième tome que du premier et l'histoire pourrait presque se terminer ainsi.

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Prix littéraires 2011 : les lauréats (Goncourt, Renaudot, Fémina, Médicis, etc.)

Publié le par Sébastien Almira

dernière mise à jour le 15 novembre 2011

 

 

GONCOURT

Alexis Jenni, L'art français de la guerre (Gallimard)

 

GONCOURT DES LYCEENS

Carole Martinez, Du domaine des murmures (Gallimard)

 

RENAUDOT

Emmanuel Carrère, Limonov (POL)

 

RENAUDOT DES LYCEENS 

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès) 

 

FEMINA

français : Simon Liberati, Jayne Mansfield 1967 (Grasset)

étranger : Fransisco Goldman, Dire son nom (Bourgois)

 

MEDICIS

français : Mathieu Lindon, Ce qu'aimer veut dire (POL)

étranger : David Grossman, Une femme fuyant l'annonce (Seuil)

 

ACADEMIE FRANCAISE

Sorj Chalandon, Retour à Killybegs (Grasset)

 

PRIX DE FLORE

Marien Defalvard, Du temps qu'on existait (Grasset)

 

INTERALLIE

Morgan Sportès, Tout, tout de suite (Fayard)

 

DECEMBRE

Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, voyages en France (Seuil)

et Olivier Frébourg, Gaston et Gustave (Mercure de France)

 

FRANCE TELEVISION

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès)

 

FNAC

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès)

 

VIRGIN / LIRE

John Burnside, Scintillations (Métaillié)

 

 

 

La formule magique GalliGrasSeuil fonctionne toujours à merveille (9 prix sur 13 !) et on remarquera l'incroyable razzia de Gallimard (2 prix pour la maison mère, 2 pour POL et un pour Mercure de France). Un beau tiercé à noter pour Delphine de Vigan avec trois récompenses de lecteurs !


Dans l'article Prix littéraires 2011 : dernière ligne droite (ici) je voyais juste pour les lauréats des prix Goncourt, renaudot, Fémina et Décembre !

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