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PRIX LITTÉRAIRES AUTOMNE 2012 (MAJ le 07/11/2012)

Publié le par Sébastien Almira

Décidément, 2012 est l'année des surprises du côté des prix littéraires ! Patrick Deville, favori depuis le début semble très déçu de rater le Goncourt, le Médicis récompense une inconnue (ouf, Philippe Djian repart bredouille !), le Renaudot est donné à Scholastique Mukasonga, qui n'était pas dans la sélection finale, ni même dans la première. Actes Sud obtient son deuxième Goncourt grâce à Jérôme Ferrari, huit ans après Laurent Gaudé, boudé cette année de tout côté.

Alors que Joël Dicker (Académie Française), Jérôme Ferrari (Goncourt) et Patrick Deville (Fémina) vont se disputer les places laissées par E. L. James (Fifty shades of et Cinquante nuances de Grey) et J. K. Rowling (Une place à prendre), on attend les lauréats de prix moins importants, qui peuvent néanmoins se réveler être de jolies surprises ! J'ai encore espoir pour Makenzy orcel avec Les Immortelles et Alain Blottière avec Rêveurs.

 

 

MAJ 10/10/2012 :

- en rouge, les deuxièmes sélections !

- sélection Prix des Libraires

- Christine Angot remporte le Prix Sade...

MAJ 16/10/2012 :

- Prix Nobel de littérature 2012

- les sélections finales en bordeaux gras

- sélection finale de l'Académie Française

MAJ 21/10/2012 :

- sélection finale des prix Décembre et Fémina

- sélection France Télévision

MAJ 24/10/2012 :

- deuxième sélecion de l'Interallié

MAJ 26/10/2012 :

- Joël Dicker remporte le Grand Prix de l'Académie Française

MAJ 30/10/2012 :

- sélection finale des prix Goncourt et Renaudot

MAJ 05/11/2012 :

- Patrick Deville et Julie Otsuka remportent le prix Fémina français et étranger

MAJ 07/11/2012 :

- Emmanuelle Pireyre et Avraham B. Yehoshua remportent le prix Médicis français et étranger

- Jérôme Ferrari remporte le prix Goncourt (5 voix contre 4 pour Patrick Deville)

- deuxième sélection du prix des libraires (avec deux nouvelles recrues)

- Scholastique Mukasonga remporte le prix Renaudot, alors qu'elle ne faisait pas partie de la sélection

MAJ 08/11/2012 :

- ajout des liens vers les critiques sur le blog

- Mathieu Riboulet remporte le prix Décembre

- Oscar Coop-Phane remporte le prix de Flore

MAJ 12/11/2012 :

- Leslie Kaplan remporte le prix Wepler

- sélection finale du prix Interallié

MAJ 14/11/2012 :

- sélection finale du prix Goncourt des lycéens

MAJ 16/11/2012 :

- Philippe Djian remporte le prix Interallié (What's the fuck ?!)

- Joël Dicker remporte le prix Goncourt des Lycéens

 


PRIX NOBEL DE LITTERATURE

MO YAN

 

 

GONCOURT

Décerné à Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome

Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Serge Bramly, Orchidée fixe (JC Lattes)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil), prix du roman Fnac
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L'Age d'homme)
Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Gaspard-Marie Janvier, Quel trésor ! (Fayard)
Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)
Tierno Monenembo, Le terroriste noir (Seuil) (critique)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

 

 

GONCOURT DES LYCEENS

Décerné à Joël Dicker pour La vérité sur l'affaire Québert

  Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)

Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L'Age d'homme)

Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)

Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)

Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)


 

RENAUDOT

Décerné à Scholastique Mukasonga pour Notre-Dame du Nil

Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
Christian Authier, Une certaine fatigue (Stock)
Aurélien Bellanger, La Théorie de l’information (Gallimard)
Anne Berest, Les patriarches (Grasset)
Mohamed Boudjedra, Le parti des coïncidences (Alma)
Agnès Desarthe, Une partie de chasse (L’Olivier)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Christophe Donner, A quoi jouent les hommes (Grasset)
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Henri Lopes, Une enfant de Poto-Poto (« Continents noirs » Gallimard)
Abdellah Taïa, Infidèles (Seuil) (critique)
Jean-Loup Trassard, L’homme des haies (Gallimard)
Florian Zeller, La jouissance : un roman européen (Gallimard)

 

 

FEMINA 

Romans français

Décerné à Patrick Deville pour Peste et choléra
Thierry Bestingel, Ils désertent (Fayard)
Jeanne Cordelier, Escalier F (Phébus)
Julia Deck, Viviane Élisabeth Fauville (Minuit) (critique)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L’Age d’homme)
Philippe Djian, « Oh !» (Gallimard) (critique)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Claudie Hunzinger, La Survivance (Grasset)
Leslie Kaplan, Millefeuille (P.O.L) (critique)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser éditeur)
Florence Noiville, L’attachement (Stock)
Gisèle Pineau, Cent vies et des poussières (Mercure de France)
Nathalie Rheims, Laisser les cendres s’envoler (Léo Scheer)
Catherine Safonoff, Le mineur et le canari (Zoé)
Colombe Schneck, La réparation (Grasset)
Antoine Senanque, Salut Marie (Grasset)
Anne Serre, Petite table, soit mise ! (Verdier)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

+ Lancelot Hamelin, Le couvre-feu d'octobre (L'Arpenteur/Gallimard)
+ Bruno Le Maire, Musique absolue. Une répétition avec Carlos Kleiber (Gallimard)


Romans étrangers

Décerné à Julie Otsuka pour Certaines n'avaient jamais vu la mer

Sébastien Barry, Du côté de Canaan (J.Losfeld)
Michiel Heyns, La dactylographe de Mr James (P. Rey)
Yan Lianke, Les quatre livres (P. Picquier)
Antonio Lobo Antunes, La nébuleuse de l'insomnie (Bourgois)
Audur Ava Olafsdottir, L'embellie (Zulma)
Michael Ondaatje, La table des autres (L’Olivier)
Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer (Phébus) (critique)
José Luís Peixoto, Livro (Grasset)
Juan Gabriel Vasquez, Le bruit des choses qui tombent (Seuil)
Jeannette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (L’Olivier)
Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Grasset)

 

 

MEDICIS

Romans français

Décerné à Emmanuelle Pireyre pour Féerie générale
Claude Arnaud, Brève saison au paradis (Grasset)
Aurélien Bellanger, Théorie de l’information (Gallimard)
Alain Blottière, Rêveurs (Gallimard) (critique)
François Bon, Autobiographie des objets (Seuil)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Philippe Djian, Oh! (Gallimard) (critique)
Lancelot Hamelin, Le Couvre-feu d’octobre («L’Arpenteur», Gallimard)
Claudie Hunzinger, La Survivance (Grasset)
Leslie Kaplan, Millefeuille (POL) (critique)
Emmanuelle Pireyre, Féerie générale (L’Olivier)
Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde: fictions et réalités (Verdier)
Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges (Grasset)
Abdellah Taïa, Infidèles (Seuil) (critique)
Gary Victor, Maudite éducation (Philippe Rey)

Romans étrangers

Décerné à Avraham B. Yehoshua pour Rétrospective
Margaux Fragoso, Tigre, tigre!  (Flammarion)
Vassili Golovanov, Espace et labyrinthes: récits (Verdier)
António Lobo Antunes, La Nébuleuse de l’insomnie (Bourgois)
Ferdinand von Schirach, Coupables (Gallimard)
Gonçalo M. Tavares, Un Voyage en Inde (V.Hamy)
Juan Gabriel Vasquez, Le Bruit des choses qui tombent (Seuil)
Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Calmann-Lévy/Grasset)
Alejandro Zambra, Personnages secondaires (L’Olivier)

  + Salman Rushdie, Joseph Anton, Une autobiographie (Plon)

 

 

ACADÉMIE FRANÇAISE

Décerné à Joël Dicker pour La Vérité sur l'affaire Harry Quebert

Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)
Joël Dicker, La Vérité sur l'affaire Harry Quebert (De Fallois/L'âge d'homme)
Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)
Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Luc Lang, Mother (Stock)
Tobie Nathan, Ethno-roman (Grasset)
Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges (Grasset)

 

 

INTERALLIÉ

Décerné à Philippe Djian pour Oh...

Nicolas d'Estienne d'Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/ L'âge d'homme)
Philippe Djian, "Oh…" (Gallimard) (critique)
Christophe Donner, A quoi jouent les hommes (Grasset)
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Gaspard-Marie Janvier, Quel trésor ! (Fayard)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Colombe Schneck, La réparation (Grasset)

 

 

DÉCEMBRE

Décerné à Mathieu Riboulet pour Les œuvres de miséricorde

Christine Angot, Une semaine de vacances  
Olivier Bouillère, Le poivre (P.O.L)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Michaël Ferrier, Fukushima. Récit d’un désastre (Gallimard)
François Meyronnis, Tout autre. Une confession (Gallimard)
Mathieu Riboulet, Les œuvres de miséricorde (Verdier)
Pascal Quignard, Les Désarçonnés (Grasset)

 

 

PRIX DE FLORE

Décerné à Oscar Coop-Phane pour Zénith Hotel

Carl Aderhold, Fermeture éclair (Lattès)
Pit Agarmen, La nuit a dévoré le monde (Robert Laffont)
Santiago Amigorena, La première défaite (P.O.L.)
Aurélien Bellanger, La théorie de l’information (Gallimard)
Anne Berest, Les patriarches (Grasset)
Oscar Coop-Phane, Zenith Hôtel (Finitude)
Philippe Djian, "Oh…" (Gallimard) (critique)
Stéphane Michaka, Ciseaux (Fayard) (critique)
Anne Serre, Petite table, sois mise! (Verdier)
Marie Simon, Les pieds nus (Léo Scheer)

 

 

PRIX DES LIBRAIRES

Olivier Adam, Les lisières (Flammarion)
Metin Arditi, Prince d’orchestre (Actes Sud)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit) (critique)
Nathalie Démoulin, La grande bleue (Editions du Rouergue)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois),
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Eric Faye, Devenir immortel et puis mourir (Corti)
Jérôme Ferrari, Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Yannick Grannec, La déesse des petites victoires (Anne Carrière)
Cécile Guilbert, Réanimation (Grasset)
Thierry Hesse, L’inconscience (L’Olivier)
Fabrice Humbert, Avant la chute (Le Passage)
Serge Joncour, L’amour sans le faire (Flammarion)
Fabienne Juhel, Les oubliés de la lande (Editions du Rouergue)
Marie-Hélène Lafon, Les pays (Buchet-Chastel)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Mathieu Larnaudie, Acharnement (Actes Sud)
Douna Loup, Les lignes de ta paume (Mercure de France)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser)
Hubert Mingarelli, Un repas en hiver (Stock)
Derek Munn, Mon cri de Tarzan (Leo Scheer)
Makenzy Orcel, Les Immortelles (Zulma) (critique)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

+ Thierry bestingel, Ils désertent (Fayard)

+ Alain Blottière, Rêveurs (Gallimard) (critique)

 

 

PRIX WEPLER

Décerné à Leslie Kaplan pour Millefeuille

Jakuta Alikavazovic, La Blonde et le bunker (l’Olivier)
Oscar Coop-Phane,
Zénith hôtel (Finitude)
Jeanne Cordelier,
Escalier F (Phébus)
François Cusset,
À l’abri du déclin du monde (P.O.L)
Patrick Declerck,
Démons me turlupinant (Gallimard)
Leslie Kaplan,
Millefeuille (P.O.L)
(critique)
Pauline Klein, Fermer l’œil de la nuit (Allia)
Luc Lang,
Mother (Stock)
Emmanuelle Pireyre,
Féérie générale (l’Olivier)
Dominique de Rivaz,
Rose Envy (Zoé)
Anne Serre,
Petite table, sois mise ! (Verdier)

Éric Vuillard, Congo (Actes Sud)

 

 

PRIX SADE

Décerné à Christine Angot pour Une semaine de vacances

Les Oeuvres de miséricorde, de Mathieu Riboulet (Verdier)
Petite Table, sois mise !, de Anne Serre (Verdier)
Nuit Noire, de Christophe Siebert (Rivière Blanche)
Les Immortelles, de Makenzy Orcel (Zulma) (critique)
Six érotiques plus un, de Jacques Drillon (le Promeneur)
Une semaine de vacances, de Christine Angot (Flammarion)

 

 

PRIX FRANCE TELEVISION

Christine Angot, Une semaine de vacances (Flammarion)
Antoine Choplin, La nuit tombée (La Fosse aux ours)
Maryse Condé, La vie sans fards (Lattès)
Patrick Deville, Peste & Choléra (Seuil)
Jean Echenoz, 14 ( Minuit)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

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Rebecca Makkai, Chapardeuse, traduit de l'américain par Samuel Todd, roman, 360 pages, Gallimard, août 2012, 21€ *****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !


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Voici le premier roman d'une merveilleuse conteuse. Un roman qu'on ne peut pas lâcher et qui donne le sourire. Au milieu de la Seconde Guerre mondiale et de l'inceste, les deux sujets à la mode en cette rentrée, je vous assure que ça fait du bien. Beaucoup de bien.

 

Lucy est bibliothécaire. Pas une de ces vieilles bibliothécaires psychorigides, sexuellement frustrées, habillées comme des bonnes sœurs, qui sentent le moisi et vivent avec une centaine de chats. Plutôt, une jeune femme bientôt trentenaire, célibataire aussi, descendante d'une longue lignée de Russes racontant des histoires un peu louches et ayant certainement trempé dans d'autres pas plus légales.

Ian a dix ans. Il est fils unique de chrétiens très crétins prêts à faire quatre heures de route aller-retour chaque week-end pour un stage chez le Pasteur Bob, l'homme qui rend les homos hétéro. Fan de Roald Dahl et un peu rêveur, il pourrait passer sa vie à la bibliothèque si sa mère ne surveillait pas étroitement ses lectures, ses amis et son emploi du temps.

Ces deux-là s'adorent sans vraiment se le dire jusqu'au jour où ils vont fuir ensemble leur bourgade perdue du Middle West.

 

Entre chantage (du genre « si tu me ramène chez mes parents, je dirai que tu m'as enlevé en me proposant des bonbons et tu iras en prison »), pleurs et éclats de rire, hymne australien et révélations russes lors d'un passage chez ses parents à Chicago, amant un peu lourd prêt à tout pour retrouver Lucy et filature pas très discrète, on ne s'ennuie jamais ! On embarque avec un plaisir non contenu dans cette aventure où la bibliothécaire et l'enfant forment un tandem irrésistible, comme Matilda et sa maitresse (délicieuse comparaison, soulignée dans le roman) et Ian nous force à continuer de lire, en même temps qu'il force Lucy à poursuivre son périple états-unien.

 

C'est sans cliché et sans pathos que Rebecca Makkai conte le road movie magique de Ian et Lucy. La plume pleine de tendresse, de poésie et de couleurs, elle dessine le tableau de gens enfin heureux et, par la même occasion, elle nous rend heureux. En tout cas, elle m'a rendu heureux, elle m'a fait sourire à chaque fois que je reprenais le livre. J'ai fui avec ses personnages le temps de leur périple, j'ai rêvé de romans, de personnages et de héros avec Ian, j'ai douté de cette famille russe, de cet amant encombrant et des risques encourus par cette virée à travers les États-Unis avec Lucy.

J'ai pénétré la bulle qu'elle a créée pour qu'ils se sentent libres et heureux, ensemble, et c'était beau, magique et émouvant d'être dans cette petite merveille que je vous souhaite vraiment de lire. Certains diront « comme du petit lait », pour moi ce sera comme un tiramisu aux speculoos et un verre de Moscato d'Asti. Je ne dirai pas que c'est l'un des meilleurs romans que j'ai lus, mais c'est l'un des plus beaux, assurément.

 

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Plongé dans ma lecture, je n'ai plus pensé à prendre de notes ou même cocher des passages après quelques pages, voici donc le seul extrait que j'ai eu le temps de noter :

« Je devais incliner l'aspirateur avec soin autour des piles de livres qui servaient de meubles d'appoint, de guéridons pour tasses de café, courrier et magazines. Je me refusais à avoir des étagères, horrifiée à l'idée de devoir classer les livres selon un système trop strict – Dewey ou alphabétique ou pire - , et donc les bouquins étaient en piles, parfois aussi grandes que moi dans un ordre des plus subjectifs.

Ainsi Nabokov trônait entre Gogol et Hemingway, en équilibre entre le Vieux Monde et le Nouveau ; Willa Cather, Theodore Dreiser et Thomas Hardy étaient empilés ensemble non pas pour leur proximité chronologique mais parce que je leur trouvais à tous une forme de sécheresse (dans le cas de Dreiser, c'était plus lié à son nom) ; George Eliot et Jane Austen partageaient une pile avec Thackeray parce que tout ce que j'avais de lui était La foire aux vanités, et je pensais que Becky Sharp se sentirait mieux en présence de dames (au fond de moi, je craignais qu'à côté de David Copperfield elle ne tentât de le séduire). Et puis il y avait diverses piles d'auteurs contemporains dont je pensais qu'ils se seraient bien entendus à une sauterie. Plus trois piles de livres insipides selon moi, mais que je gardais au cas où quelqu'un me demandait de les lui prêter : par exemple, un livre captivant sur une famille d'artistes de cirque ou ce roman expérimental sur une bonne sœur qui voyageait dans le temps. J'aurais détesté devoir répondre que oui, je savais quel livre serait parfait, mais que je venais de m'en débarrasser. Certes, cela arrivait rarement. Mais parfois Tim – mon logeur – ou son compagnon Lenny s'invitaient pour examiner les piles et me posaient ma question préférée : « Hé, qu'est-ce que tu me conseillerais de lire? » Mieux valait être prête. » pages 43-44

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Christine Angot, Une semaine de vacances, roman (no comment), 130 pages (correspondant à dix pages sur word), Flammarion, septembre 2012, 14€ °

Publié le par Sébastien Almira

 

VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE JAMBON ?!

 

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Non contente de nous avoir raconté l'inceste, le viol, le Brésil, l'amour avec Doc et autres petits bonheurs de la vie, Christine Angot remet le couvert cette année. Cette fois, pas de changement d'éditeur (il faut dire qu'elle les a déjà presque tous faits), Flammarion la garde pour un deuxième livre consécutif. C'est qu'ils n'ont pas peur, chez Flammarion. Bernard Comment, au Seuil, avait risqué sa place après l'échec cuisant du Marché des amants (25 000 exemplaires vendus pour un premier tirage de 50 000 et 240 000 € pour la faire venir chez eux).

 

Sa nouvelle production, Une semaine de vacances, se compose de 130 pages sans doute imprimées chez À Vu d'oeil (éditeur de livres à gros caractères pour personnes mal-voyantes), à raison d'une vingtaine de lignes de huit mots par page, cernées de marges plus larges que le texte. Le tout pour la modique somme de 14 €.

 

Oui, d'accord, me direz-vous, mais pour lire quoi ?! Et bien pour lire L'inceste, son plus gros succès, publié en 1999. voilà la meilleure recette d'Angot : se réécrire. Sauf qu'elle est désormais capable de faire des phrases. Des vraies. Sans trop de répétitions. Comme ça. Ça.

Elle raconte comment son père lui a fait manger une tranche de jambon enroulée autour de sa b***. Affligeant. Écrire, publier, lire un roman de Christine Angot est une offense à la littérature. Non pas que je suis sans cœur , elle s'est tout de même faite violer par son père...

Quoi que, avec la tronche qu'elle a, on peut se demander si ce n'est pas juste un moyen de vendre... Je suis ignoble ? Oui, peut-être. Certainement, même. Mais je ne la supporte plus. Angot, c'est un peu comme une flaque de vomi sur votre chemin, un peu comme un vieux qui se racle la gorge, la trachée, les intestins pendant trente secondes avant de cracher un immonde mollard à vos pieds, un peu comme une tranche de jambon cuit enroulée autour du sexe de votre père. C'est quelque chose qui me dégoûte. Alors, oui, je suis ignoble, mais finalement pas plus qu'elle.

Cet article aussi, d'ailleurs, est ignoble, ne croyez pas que je dirai ne serait-ce qu'une chose gentille au sujet d'Angot. Ne poussez pas non plus le bouchon trop loin en vous demandant si j'ai lu Une semaine de vacances. Je vous arrête tout de suite : je n'ai pas dépassé la troisième page. Je m'étais déjà farci plusieurs pages de Léonore, toujours, faut pas déconner non plus.

 

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« Ils refusent mon quatrième roman, Interview. Je repars à la recherche d'un éditeur. Léonore, toujours (vous vous souvenez, son précédent roman déjà bien dégueulasse où elle parle de sa fille, « Léonore ? C'était devenu de la merde, comme la littérature. Mon amour comme une bite dressée. »), les avait choqués (mais putain, tu m'étonnes !). Le rapport de lecture dit que je suis dangereuse pour mon entourage. »

 

Voilà, c'est ça, merci Gallimard ! En plus d'être immonde, elle est dangereuse. Et pas seulement pour son entourage, mais aussi pour les lecteurs et pour la littérature. Lire innocemment un roman d'Angot en pensant qu'il s'agit de littérature, c'est dangereux pour les vrais écrivains.

Benjamin Berton, critique littéraire, écrivait sur Fluctuat.net que Le marché des amants était son meilleur livre, mais aussi le livre « le plus ridicule que vous pourrez jamais lire si vous aimez, disons, la littérature d'ambition ».

 

Bref, vous l'aurez compris, Angot est la personne écrivant des livres (non, désolé, mais « écrivain », ni même « auteur », je peux pas...) que je déteste le plus, devant Houellebecq et Lévy (Lévy, il s'est tapé Mylène Farmer, et ça, je peux pas lui pardonner). Pas seulement pour sa gueule et son personnage de débile profonde (quiconque l'a déjà vue en vrai comprendra que cette expression n'est pas seulement une représentation exagérée de mes sentiments à son égard, mais la pure vérité), mais aussi pour ses livres, véritables crimes contre l'humanité et la littérature, avec lesquels elle abuse régulièrement des milliers de lecteurs.

Alors, ne vous faites pas avoir, ne reprenez pas de jambon. Lisez. De la littérature. De la vraie. Vraie littérature.

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Karen Russell, Swamplandia, roman traduit de l'américain par Valérie Malfoy, 450 pages, Albin Michel, août 2012, 22,50€ ****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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Voilà un premier roman américain qui promettait d'être haut en couleurs dès sa jolie jaquette. Le résumé continuait de nous mettre des étoiles plein les yeux avec l'histoire d'un parc d'attractions dédié aux alligators.

 

« Notre parc abritait quatre-vingt-dix-huit alligators dans la fosse. Nous avions aussi le Chemin des reptiles, une promenade en planches de trois kilomètres qui passait entre les palmiers des everglades et les touffes de laîche aux grandes feuilles coupantes, conçue et fabriquée par papa et grand-père. Là, on pouvait voir les caïmans, des gavials, des pythons birmans ou africains, toutes sortes de grenouilles arboricoles, un terrier de tortues au ventre rouge et des liserons pleureurs, ainsi qu'un rare crocodile cubain : Mathusalem – croco qui imitait si bien un rondin qu'il n'avait bougé qu'une seule fois en ma présence, quand sa mâchoire blanche s'était ouverte d'un seul coup comme une valise.

Nous n'avions qu'un seul mammifère, Judy Garland, une ourse brune de Floride, sauvée par mes grands-parents alors qu'elle était toute petite, à l'époque où l'espèce hantait encore les pinèdes du nord. Sa fourrure ressemblait à une carpette roussie – mon frère prétendait qu'elle souffrait d'un genre de pelade. Elle savait faire un tour, enfin, une sorte de tour : le Chef lui avait appris à hocher la tête pendant Somewhere over the rainbow. Une horreur. Ses dodelinements terrifiaient les petits enfants et scandalisaient leurs parents. « Au secours ! s'écriaient-ils. Cette bête a une crise cardiaque ! » C'est vrai qu'elle n'avait pas le sens du rythme, mais il fallait la garder, selon le Chef, parce qu'elle faisait partie de la famille . » pages 15-16

 

Hilola Bigtree, dompteuse d'alligators de classe internationale, cuisinière exécrable et mère de trois enfants, est la star de Swamplandia. Son plongeon dans la fosse aux Seths (c'est ainsi qu'ils surnomment leurs alligators noirs) rameute toute la Floride. Si bien qu'au lendemain de sa mort, les autres spectacles ne suffisent plus : le parc se désemplit, le bateau faisant la navette entre le continent et les Dix Milles Îles ne vient plus tous les jours et leur nouveau concurrent, le Monde de l'Obscur, marchant du tonnerre, Swamplandia finit par tomber dans l'oubli. L'ambiance n'est pas au beau fixe chez les Bigtree.

Profitant de cette accalmie, Kiwi, l'aîné, qui en a assez de ne s'instruire que par un semblant de cours par correspondance et par de vieux ouvrages de la Bibliothèque Flottante (une petite embarcation qui desservait en livres les Dix Milles Îles dans les années 30 et 40, abandonnée depuis dans une petite crique), fuit sur le continent avec l'espoir de s'inscrire en université et de travailler à côté pour envoyer de l'argent à sa famille. Mais l'employeur à la mode, c'est le Monde de l'Obscur...

Criblé de dettes, Chef Bigtree, le père, part une nouvelle fois sur la terre ferme pour un voyage d'affaires d'une durée indéterminée censé rassembler les fonds afin de lancer la nouvelle version du parc.

Osceola (Ossie, pour les intimes) dit parler aux esprits depuis qu'elle se plonge toute la sainte journée dans le Télégraphe Spirite et tombe amoureuse du fantôme de Louis Thancksgiving, un dragueur de fond qui a beaucoup de choses à raconter.

Enfin, Ava, la plus jeune et la plus fervente défenseuse de Swamplandia, s'entraine à devenir aussi douée que sa mère, tente d'élever une petite Seth née rouge qu'elle cajole comme un bébé, de communiquer avec son frère, et de ramener sa sœur Ossie à la raison et à la maison.

 

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Quelque peu mensongère, la quatrième de couverture s'évertue à ne montrer que le côté édulcoré de l'histoire : un parc d'attractions formidable qu'une fillette tente de sauver. Mais l'intrigue est, comme je vous l'ai racontée, bien plus profonde que ça. Et les couleurs vives de la jaquette s'évanouissent vite dans la jungle des Dix Milles Îles et dans le Monde de l'Obscur où nous suivront cette tripotée de personnages atypiques qui tentent de survivre.

 

« Sélectionné par le New York Timescomme l'un des cinq meilleurs romans américains de l'année 2011, Swamplandia plonge le lecteur dans l'univers luxuriant et magique de Karen Russell, dont l'écriture inventive n'est pas la moindre des qualités. »

 

Effectivement, l'écriture de l'auteure nous emporte avec une facilité déconcertante dans cet univers inconnu et particulier qui fourmille de personnages farfelus et de situations cocasses. Et on finit même par le trouver magique et luxuriant, alors que l'intrigue n'est pas des plus joyeuses. Étrangement, c'est comme ça que j'ai ressenti ma lecture, un voyage merveilleux servi par une écriture voluptueuse.

J'ai été déstabilisé par la tournure des événements, je m'attendais à voir une famille unie autour d'Ava Bigtree tenter de sauver leur monde et que ce serait là toute l'histoire, alors que pas du tout.

Plus que déstabilisé, j'ai même été déçu. Pourtant j'ai aimé quand même Swamplandia. J'ai aimé suivre les membres de cette famille pas comme les autres, voyager dans la jungle dangereuse des Dix Milles Îles, découvrir les entrailles du Monde de l'Obscur, rendre visite au grand-père qui perd la boule en maison de retraite, découvrir l'histoire de Louis Thanksgiving, le jeune dragueur de fond tué à la tâche dans les années 30, ne pas savoir si je devais me méfier de l'Oiseleur, etc. Oui j'ai aimé tout ça, et bien plus encore, malgré ma déception. J'ai voyagé le temps de quelques heures à l'autre bout du monde, à une autre époque, dans un univers sombre et désespéré et pourtant si merveilleux.

 

russell

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Ponderosa, Pool Party, 10 titres, New West, 2012, 8,99€ ****

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION DECOUVERTE PHENOMENE !

 

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Vraiment, comme souvent lorsque je parle de musique, je ne sais pas trop quoi dire, parce que ce n'est pas mon métier, mon milieu. Alors souvent, je m'abstiens. Mais là, il fallait que je vous en parle.

 

C'est arrivé comme, il y a trois, j'ai découvert The XX. À Virgin, la pochette d'un album inconnu, mis en avant par les disquaires, qui m'attire. Alors j'écoute, et wow !

Voilà, c'est arrivé comme ça, la semaine dernière, en furetant au rayon musique du Virgin des Champs Elysées. J'ai vu cette pochette, avec son étiquette "import", j'ai écouté trois débuts de chansons qui m'ont foutu des frissons, à fond dans les oreilles. Et j'ai acheté leur CD. Parce que j'aime pas tout écouter, tout découvrir d'un coup. Je fais durer le suspense.

Faut dire qu'à 8,99€ le CD de dix titres, à plus forte raison lorsqu'ils sont bons, c'est donné.

 

Faut peut-être que je vous dise un peu ce que c'est comme musique. Pour être large, on va dire qu'il s'agit de pop-rock. Même qu'à certains moments, ça m'a fait penser à du Coldplay (le nouveau single, Navajo, par exemple). Mais du Coldplay dont les chevilles n'auraient pas enflé avec le succès. Du Coldplay croisé avec du Archive, avec quelques sons originaux, saturés, sourds, electro parfois même.

C'est pas violent, ça gueule pas, c'est doux sur deux ou trois morceaux, mais sinon c'est assez énergique, avec une force tendue, prête à imploser, que je serais incapable de vous expliquer. Je ne sais même pas expliquer pourquoi ces mots-là. Juste une impression. Un peu comme la reprise de Forever young d'Alphaville par Youth Group, terriblement prenante et émouvante. Il n'y a qu'à écouter (avec casque, fort et jusqu'à la fin, c'est mieux) l'impressionnant Here I am born pour se convaincre d'acheter ce grand disque.

 

Au moins : écoutez et dites-moi si je raconte n'importe quoi !

 

 


 

 

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Julia Deck, Viviane Élisabeth Fauville, roman, 150 pages, Minuit, août 2012, 13,50 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Que dire de ce roman, le treizième de la rentrée que je lis ? Emprunté sur les conseils d'une amie qui l'avait aimé, je n'en attendais rien de spécial. Même si la quatrième de couv m'avait interpellé :

« Vous êtes Viviane Élisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter. Et puis hier, vous avez tué votre psychanalyste. Vous auriez sans doute mieux fait de vous abstenir. Heureusement, je suis là pour reprendre la situation en main. »

 

Le principe de narration est intrigant. Quelqu'un, ce mystérieux sauveur, raconte l'histoire en s'adressant à Viviane. Mais parfois, il change de procédé et raconte les faits à la troisième personne du singulier. Puis quand entre en scène celle qui a découvert le corps, le « vous » change de destinataire. Tantôt c'est Viviane, tantôt c'est l'autre. Original au départ, le procédé devient rapidement traitre et barbant. À moins que la Viviane ne soit fêlée...

Quant à l'intrigue, je l'ai suivie avec intérêt jusqu'à la révélation finale. Je n'ai pas besoin de vous en raconter plus, avec la quatrième de couv, vous connaissez le gros de l'histoire. Julia Deck raconte le périple d'une femme qui doit faire face à son mari, à la police, à ses vertiges et à ses peurs. Et je dois dire qu'on finit par s'y attacher. Et au moindre de ses faux-pas, on se dit non, c'est pas possible, elle est bête, elle va se faire avoir ! On souhaite qu'elle soit innocentée, qu'elle s'en sorte. De ce côté-là, Julia Deck a réussi son coup. Son anti-héroïne est parfaite. Meurtrière, mais aimé du lecteur.

Le début de l'histoire aussi, ce n'est pas un page-turner, mais on a quand même envie de poursuivre sa lecture pour connaître la fin. En revanche, je n'en dirais pas autant de la fin du roman. Le dénouement a du mal à passer et le soufflé retombe.

D'abord, quid de ce mystérieux sauveur ?

Ensuite, l'histoire s'embrouille et ni la plume de Julia Deck, ni l'empathie éprouvée pour son personnage principal ne parvient à atténuer la chute. Je ne comprenais pas pourquoi et je me suis ennuyé. Pas jusqu'à dire que c'était ridicule, mais non, ça ne colle pas, quelque chose ne va pas.

 

Non, vraiment, je n'ai pas accroché, pas compris les subtilités que l'auteure dit avoir truffé son récit. D'ailleurs, celui-ci faisait beaucoup plus que les 150 pages qu'elle nous livre. Elle dit avoir réduit au maximum pour ne pas emmêler le lecteur, pour que l'on comprenne ce qu'elle a voulu faire de son intrigue, de son personnage. Mais moi, je n'ai compris qu'on était simplement censé comprendre que Viviane Elisabeth Fauville est folle. Alors je ne vous le déconseillerais pas à grands coups de poings, mais pourquoi pas à grands coups de livres ! Bien meilleurs.

 

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Tierno Monénembo, Le Terroriste Noir, roman, 220 pages, Seuil, août 2012, 17 € *****

Publié le par Sébastien Almira

 

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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De Monénembo, je n'avais rien lu. À vrai dire, rien de son œuvre ne me donnait envie. C'est sur les conseils d'autres libraires dont c'était le coup de cœur de la rentrée que j'ai emprunté son nouveau roman, Le Terroriste Noir. Et je n'ai pas été déçu ! Avec Les Immortelles de Makenzy Orcel, il s'agit pour moi des deux meilleurs romans de la rentrée, pour l'instant.

 

« Le nègre mangea le fromage et le poulet, vida la bouteille de Contrexéville mais refusa obstinément la cochonnaille et le vin. L'Étienne faillit lui dire : « On ne fait pas le difficile dans l'état qui est le vôtre. », mais il s'en dispensa. Il pensa que c'était à cause de la compassion que lui inspirait cette situation aussi désolante qu'inattendue, il comprendrait plus tard que c'était parce qu'il venait de rencontrer l'homme le plus inoubliable de son existence. » page 17

 

Le nègre était un soldat guinéen enrôlé dans l'armée française pendant la Seconde Guerre mondiale. Un tirailleur Sénégalais, comme on les appelle. Le gros de l'histoire se passe à Romaincourt, dans les Vosges, un « bled perdu où rien ni personne n'arrivait, même pas les bombes, même pas les chiens des Boches, même pas la rumeur du monde. » (page 97) Là, le soldat noir est recueilli après avoir fui. Ce n'est d'ailleurs que lorsqu'il raconte la bataille dans laquelle il fut capturé par les Allemands, avant de s'évader, qu'on apprend son nom, qu'au bout de quatre-vingt pages qu'Addi Bâ devient quelqu'un. Amadou Hady Bah, ou encore Addi Bâ Mamadou, est un véritable héros oublié de la Résistance, auquel Tierno Monénembo rend ici un magnifique hommage.

La narratrice venait de voir le jour et, soixante ans plus tard, elle raconte toute l'histoire au neveu du soldat noir, par bribes. Parfois elle parle au neveu (« vous savez... »), puis elle se replonge vite dans le cours de sa mémoire, revivant comme à l'époque l'histoire de celui qu'elle a fini par aduler. Celui-là même qui réchappa aux Allemands par trois fois, qui créa un des premiers maquis de la région, et qui en mourra.

Car elle ne raconte pas tout dans l'ordre, mais au fil de ses souvenirs. Elle se souvient d'un détail, elle anticipe une action, mais elle en viendra à tout dévoiler de cette affaire qui a secoué Romaincourt, de cet homme qui a donné son nom à une rue du village.

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Addi Bâ

 

Après une scène touchante où la narratrice emmène un petit juif à la Grande Mosquée de Paris pour le faire protéger et où ce dernier annonce « Hâtons-nous lentement » à l'Arabe qui ouvre la porte (des centaines de juifs auraient été sauvés des nazis grâce à la grande Mosquée de Paris) :

« J'ignorais que de simples mots avaient le pouvoir magique d'un sésame. Je ne savais pas que le monde se résumait souvent à des barrières et à des mots de passe. C'était le désastre, Monsieur. Survivre représentait déjà en soi un acte de résistance. Sauver sa peau revenait à sauver les autres, tous les autres.

Mais ça, c'est quelque chose que l'on ne comprend pas tout de suite. Il faut attendre la fin du cauchemar, que tout s'arrête : la famine et la peur, les parades militaires, le vacarme des trains, le déluge des bombes. Et c'est seulement lorsque les vallons ont repris leurs couleurs que vous réalisez à quoi vous venez d'échapper, et combien une parole, un geste insignifiant concourent à préserver la vie. Même moi, Monsieur, j'avais fait de la résistance à mon insu et sans l'avoir demandé. » page 157

 

Le choix de dévoiler des moments de l'histoire, des détails, des indices au gré des envies de la narratrice permet une construction, sans être originale, différente des récits habituels sur la guerre, et qui permet un suspense et une envie de tourner la page assez importants. Qui sont ces femmes dont le soldat partage les nuits ? Comment les deux familles de Romaincourt en sont venues à la haine ? Qui a dénoncé Addi Bâ ? De plus, le Prix Renaudot pour Le Roi de Kahel s'intéresse ici à un pan de la Seconde Guerre mondiale assez méconnu.

Mais ce qui m'a le plus plu, c'est qu'il ne fasse pas de son projet un récit historique, un essai sur la résistance et sur les tirailleurs sénégalais. C'est qu'il ne verse pas dans le pathos. J'ai eu un petit pincement au cœur à la fin alors que je savais pertinemment depuis le début que le soldat noir allait mourir. La narratrice raconte, elle fait vivre Addi Bâ encore une fois, mais elle n'en fait pas des tonnes. C'est bouleversant sans être larmoyant, sombre sans être glauque et puissant sans être grandiloquent.

J'ai été emporté dans ce roman magnifique comme rarement et je suis sûr que vous ne serez pas déçus non plus !

 

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Le cinéma de l'été (Rebelle, My Best Men, Batman The Dark Knight Rises)

Publié le par Sébastien Almira

 

Après une effervescence de films chroniqués avant l'été, ce fut le vide sidéral pendant deux mois. Et pour cause : je n'ai vu que trois films cet été ! Les voici enfin.


 

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Un très bon Pixar, pas l'histoire qui était le plus faite pour me plaire (l'Ecosse médiévale, très peu pour moi), mais une très bonne surprise. Merida est la seule fille qui ne veut pas devenir une princesse. Malheureusement pour elle, elle l'est déjà ! Même que ses parents viennent d'organiser un tournoi afin de choisir qui des trois fils de riches voisins aura sa main. Mais Merida ne compte pas se laisser faire ! Une sacrée dose d'humour, des personnages hauts en couleurs, un refus des règles, de l'aventure, de la magie, de l'action, du suspense. L'équipe de Mark Andrews et Brenda Chapman a mis le paquet sur l'intrigue, l'humour et le visuel pour la sortie annuelle du petit cousin de Disney.

 

 

my-best-men.jpgMy Best Men ****

Le réalisateur de Priscilla, folle du désert, Stephen Elliott, signe le Very Bad Trip du mariage. Quand cette référence faisait de l'enterrement de vie de garçon un enfer de situations comiques et catastrophiques en chaine, My Best Men fait la même chose de la journée de mariage d'un jeune Anglais déconneur (le beau Xavier Samuel, demoiselles !) à une riche Australienne promise à une carrière politique d'envergure (son père est sénateur et entend bien lui léguer sa place en guise de cadeau de mariage). La bande de potes du marié (déjantée à souhait) est spécialement venue pour l'occasion et, je vous le dis, ça va partir en vrille ! À vous tordre de rire !

 

 

batman.jpgBatman, The Dark Knight Rises *****

Alors que la guerre des pro et anti Batman 3 fait des ravages, je viens enfoncer le clou. On passera rapidement outre la piètre apparition d'une Marion Cotillard visiblement peu inspirée et très peu convaincante, car le reste vaut vraiment le coup. Les 2h45 je ne les ai pas senties passer. Et les notes kitsch finales ne sont pas venues entacher le grand spectacle auquel je venais d'assister. Ce sont vraiment les seuls défauts que l'on peut trouver à ce dernier volet de la trilogie Nolan, un réalisateur dont j'ai bien l'impression que certains dénigrent désormais par haine du succès. Du genre, quand on est les seuls à connaître, on profite du génie du mec, mais dès que celui-ci est entré dans la lumière, il fait bon d'y taper dessus à coups d'arguments faiblards et/ou mensongers.

Bref, voici une digne fin, peut-être plus dans la lignée sociale, psychologique et politique du premier (Batman Begins) que du second (Batman, The Dark Knight), un pur divertissement à la manière des anciens films (d'une extrême qualité toutefois).

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Max Monnehay, Géographie de la bêtise, roman, 220 pages, Seuil, août 2012, 17 € *

Publié le par Sébastien Almira

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En 2006, Max Monnehay publiais Corpus Christine chez Albin Michel, petit bijou de cynisme qui m'avait bluffé et avait convoqué en moi une attente fébrile pour les six années suivantes. Car la belle a mis six ans pour écrire son second roman et en a profité pour changer d'éditeur.

 

Et dès la quatrième de couv', ça envoie bien comme il faut : « Lorsque Pierrot décide de fonder un village des idiots où lui et ses semblables pourront vivre en paix, sans plus avoir à souffrir d'ostracisme, il ignore qu'ils seront si nombreux à le suivre dans l'aventure. (…) Mais bientôt leur bonheur fait des envieux, et ce Paradis terrestre finit par attirer des hommes et des femmes qui n'ont rien à y faire. Face à cette menace, Pierrot imposera désormais à chaque nouvel arrivant un examen très spécial, un test de QI inversé, diablement efficace mais que Bastien trafiquera afin que puisse entrer au village et dans sa vie Elisa, la femme qu'il aime. »

 

Avec un tel point de départ, je m'attendais à un roman débordant d'humour, de cynisme, de trouvailles dans la vie de ce village des idiots. Mais que nenni ! D'abord Bastien, le narrateur, alterne les chapitres où il se souvient d'épisodes de sa jeunesse avec une mère complètement folle, les chapitres où il raconte quelques scènes de la vie au village et enfin, ceux où il est l'un des seuls survivants, brûlé vif, d'un carnage dont l'explication viendra au fil du récit. La construction choisie par l'auteure laisse place au suspense, mais empêche hélas de pénétrer dans l'histoire. Pas d'immersion dans le village des idiots, pas d'esquisse de roman culte tel que La conjuration des imbéciles.

Je voulais rentrer dans le roman, visiter ce village, apprendre à connaître chaque habitant, découvrir leurs tics imbéciles, leurs vies simplettes et rire un bon coup dans un livre que j'imaginais déjà garder, prêter, relire et offrir. Mais j'ai dû me contenter de survoler l'histoire de ces idiots, quelque part autour de celle de Bastien, qui est le vrai but du récit : raconter l'histoire d'un branleur ayant vécu une enfance de martyr, se faisant passer pour un idiot et aimant une autre débile qui a raté sa vie, qui se fait passer pour une idiote mais qui, elle, l'est finalement profondément.

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Le deuxième point qui m'a déçu est le style qu'a voulu se donner Max Monnehay. Travaillé à l'extrême. À coups de tournures alambiquées, elle étale un travail d'écriture de longue haleine mais n'hésite pas, pour rester à la mode, à user de renvois à la ligne après des phrases de cinq mots, de grossièretés et de formules hype pour ressembler aux auteurs américains qu'il fait bon aimer.

Comment peuvent se côtoyer ces mots, ces phrases : « Que vous soyez lectrices et non lecteurs n'y changera rien, c'est bien un chibre que vous bougerez en Elisa au rythme infernal des reproches que vous ne manquerez pas de formuler à mon égard, parce que, s'il est admis par la multitude que la littérature n'a pas de sexe, j'ai encore le pouvoir de vous greffer entre les jambes celui qui me convient. Un gros machin tout dur, en l'occurrence. » (pages 164-165) ? Le cul entre deux chaises, elle chasse tout naturel de son écriture.

 

Voici donc une Géographie de la bêtise dont j'attendais beaucoup (peut-être trop) et qui ne m'a que très moyennement convaincu. Entre la construction ne permettant pas de se plonger comme il faut dans le récit et l'écriture trop travaillée pour paraître naturelle, j'ai bien l'impression que Max Monnehay est complètement passée à côté de son affaire. J'attends toutefois vos avis avec impatience.

En attendant, je vous laisse méditer sur cette citation « Utopie : c'est quand t'es assez crétin pour penser que le monde pourrait être autre chose qu'une immonde saloperie. » (page 32). Ai-je été crétin d'espérer un chef d'œuvre ?

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Alain Blottière, Rêveurs, roman, 160 pages, Gallimard, août 2012, 15,90 € ***

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION COUP DE COEUR !

 

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Après Le Tombeau de Tommy, Alain Blottière récidive ! Adepte des narrations multiples, il nous plonge cette fois dans l'histoire de deux adolescents que tout sépare. Les chapitres lient, grâce à des phrases qui commencent à la fin d'un paragraphe et se terminent au début du suivant, l'histoire de Nathan, jeune parisien aisé, quasi dépressif depuis la mort de sa mère, qui se réfugie dans le rêve indien (« jeu » du foulard) et celle de Goma, jeune Égyptien qui vit dans la misère des rues et la violence des prisons, qui rêve d'ailleurs. L'un est censé bientôt venir en vacances en Égypte, l'autre rêve de vivre en France. Le tout en plein Printemps Arabe.

 

Lumineuse lorsqu'il décrit notamment le parc de l'île Saint-Germain (« Ils ont marché sans rien dire jusqu'au centre de l'île, puis pris vers l'ouest le chemin qui passait entre les jardins clos et les jardins de messicoles et menait aux jardins imprévus. Raph connaissait tout le labyrinthe de leurs sentiers dallés qui disparaissaient à moitié dans les herbes folles et les fleurs contournaient les arbres fruitiers, les mares à grenouilles et les ruches à miel. Il n'y avait personne à cette heure à part quelques pêcheurs au loin qu'on devinait parfois à cause de cannes qui dépassaient des haies, le long de la rive du grand bras de la Seine. Les bruits de la ville ne passaient pas ce filtre arcadien qui donnait sa propre musique frémissante dans le petit vent du soir, son concerto pour frou-frou de fougères, fredonnement de feuillage, pépiement d'oiseaux et bourdonnement d'abeille. » page 96), étourdissante lorsqu'il nous plonge dans l'enfer des prisons ou l'horreur de la rue (« C'était non pas un gaz qui faisait pleurer, mais un gaz qui déchirait les poumons, rendait sourd, aveugle et sans force. (…) Les Ultras organisaient l'offensive, coordonnaient les attaques, balançaient les cocktails Molotov et les fumigènes, puis tous les combattants refluaient quand s'élançait la meute en noir, tirant ses cartouches de gaz et ses balles en caoutchouc en visant la tête avant de reculer à son tour sous une pluie de cailloux. Aussitôt, avant une nouvelle offensive, les motos chinoises évacuaient les blessés dont ceux aux orbites ensanglantées et ceux qui allaient mourir, gazés, qu'on voyait effondrés sur le sol, les yeux exorbités, pris de convulsions avant de devenir inertes et de rendre l'âme. » pages 158-159), la plume d'Alain Blottière est toujours juste, sensible, élégante, sans jamais en faire trop, sans verser dans le pathos, le larmoyant ou la prétention littéraire. En France comme en Égypte, dans les beaux quartiers comme dans les logis de misère, un baiser comme une tuerie, le jeu du foulard comme un rêve d'ailleurs, tout est raconté, conté même, avec une écriture fluide, nimbée d'une pointe de poésie et vêtue d'élégance. Rien à dire, Alain Blottière est bel et bien un merveilleux conteur, malgré les sujets graves qu'il choisit de conter.

 

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photo de Charles Guislain

 

Encore une fois, il parvient à me tenir en haleine et m'éblouir avec une intrigue qui n'était pas tellement faite pour me plaire. À la manière de Stieg Larsson qui m'avait conquis avec un polar. Merveilleusement bien écrit, criant de vérité sur des émeutes qui ont peut-être seulement remplacé un mal par un autre et lumineusement sombre, voici un grand livre à lire dès aujourd'hui* !

 

« En ce vendredi de colère, ils avaient afflué par milliers de Dar el-Salam, du haut et du bas, ils avaient fait sauter tous les barrages pour venir prendre d'assaut l'enfer des hommes en noir et se débarasser de cette peste qui depuis des décennies rongeait les âmes. Au risque de leur vie, ils étaient venus pour en finir, les va-nu-pieds des ruelles putrides comme les étudiants d'Aïn Chams ou d'Al Azhar, les fonctionnaires pères de famille et les secrétaires, les collégiens et les chômeurs, les chauffeurs, les vendeurs ambulants, il y en avait de tous les âges, des barbes blanches et des petits de dix ans, et parmi cette multitude désarmée certains venaient de tomber sous les balles. » page 104

 

 

* sortie le 5 septembre 2012

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