Sanctum ** VS 127 heures **

Publié le par Sébastien Almira

 

Prendre une carte illimitée à l'UGC (19,80 € / mois) ou à Gaumont/ Pathé (20,50 € / mois) (pas de jaloux, pas de publicité. Cela dit, la VO c'est à l'UGC) permet de voir beaucoup (infiniment) plus de films au cinéma qu'auparavant. C'est pourquoi je vais pouvoir me permettre de classer mes Leçons de Cinéma par genre. Tant que faire se peut, je vous proposerai non plus trois mini-critiques en même temps, mais deux (toujours mini) critiques de films de même genre en face à face. Si je ne suis pas friand pour un sou de films catastrophes, je m'en suis pourtant mangé deux en trois jours et c'est avec eux que j'inaugure ces nouvelles Leçons de Cinéma.

 

 

Sanctum-new-Poster.jpgLe premier fut Sanctum, banale série B vue et revue sur TF1 et M6, qu'on nous vend comme la nouvelle production de James Cameron plus que comme le film de Alister Grierson. Utilisant la 3D, le résultat est spectaculaire lorsqu'il s'agit de larges plans de la végétation extérieure ou de la galerie de grottes d'Esa'Ala dans le Pacifique Sud, dernier territoire inexploré au monde, du cyclone ou encore de cascades d'eau meurtrières. Un groupe d'explorateurs se retrouve prisonnier de la grotte principale à cause d'un cyclone et n'ont pas d'autre choix que d'en explorer les passages alentours afin d'en sortir vivant. Le scénario étant digne des pires films catastrophe, l'avancée est de plus en plus laborieuse, les grottes de plus en plus dangereuses, et l'équipée de plus en plus à cran. Nos joyeux lurons ne vont donc pas tarder à s'entre-tuer pour survivre. Pardon, je généralise : Dame Nature se charge de virer certains d'entre eux de l'aventure.

 

127-Heures-AfficheJe ne voulais pas voir le second, dont l'histoire ne m'intéressait pas le moins du monde. Mais Danny Boyle a quand même réalisé Slumdog Millionnaire, qui fait partie de mon panthéon cinématographique. Alors je me suis dit, ça doit valoir le coup, je veux voir comment il a réussi à filmer un mec sui s'est coincé le bras, pendant une heure et demi. Et il faut dire qu'il ne s'en sort pas si mal. N'en déplaise aux Inrocks qui considèrent que sa réalisation est épileptique, que Slumdog Millionnaire est une vaste hallucination collective plaquée or et oscars et que 127 heures est une boursoufflure interminable. Certes, je suis resté de marbre devant l'intrigue, me suis caché les yeux lors du charcutage de bras et n'ai pas apprécié plus que ça certains illogismes (je saute du haut d'une falaise dans l'eau et mon sac à dos se retrouve par miracle en bas avec ma caméra, mon appareil photo et mon MP3 intacts / on me voit enlever ma montre d'une seule main mais on ne montre pas lorsque je la remets, toujours d'une seule main / etc.), mais les images de Boyle invitent au voyage. À l'instar de Slumdog, les teintes sont chaudes, les paysages vastes et les décors (naturels ici) majestueux. Quant à la musique, toujours signée A. R. Rahman, toujours en adéquation parfaite avec les scènes, toujours extraordinaire.

 

Dans Sanctum, les ficelles sont grosses et l'intrigue peu évoluée, mais les images sont à couper le souffle et le suspense au rendez-vous du début à la fin. Dans 127 heures, les ficelles sont aussi mince que l'intrigue, mais Danny Boyle se débrouille assez bien pour tenir une heure et demi et les images sont également époustouflantes. Aucun grand gagnant de ce premier duel !

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Attentat à la Culture #3 : Pourquoi s'acharne-t-on sur les bloggueurs ?!

Publié le par Sébastien Almira

Puisque travailler m'empêche de garnir régulièrement ce blog, je vais profiter d'un message reçu pour revenir aux cours de français qui me faisaient peur et m'ont dissuadé de devenir professeur de français : le commentaire de texte.

Pourquoi ? Parce que sur un blog ami, je lisais il n'y a pas si longtemps un article un peu fâché à propos des auteurs et éditeurs qui envoient des mails pour promouvoir leurs livres. Le problème n'est pas qu'ils le fassent, mais la façon de procéder. Voici donc le dernier en date :

 

 

Ce message vous est envoyé par un visiteur grâce au formulaire de contact accessible en bas de page de votre blog: culturez-vous.over-blog.com

"Livre " les corps indécents "
Raybaut
Aimer à perdre la raison d'une jeune ballerine d'origine Russe, vivant en France, confrontée aux problèmes de notre société :

- Immigration-invasion et ses conséquences désastreuses pour la France et pour l'Europe (insécurité dans les villes et les transports, violences urbaines de plus en plus fréquentes, trafics de drogues, banlieues poudrières etc.)

- Moralisation indispensable de la vie publique (une vraie démocratie se doit d'écarter et de punir sans complaisance les édiles-voyous )

- Peine de mort à l'encontre des assassins-tortionnaires d'enfants et les terroristes.

Des milliers de consultations internet pour cet ouvrage !! - Coup de coeurs des lecteurs de la bibliothèque municipale de Chirens. Plusieurs articles de Presse élogieux !"

 

 

Livre " les corps indécents "
Raybaut

Aimer à perdre la raison...

D'abord, bonjour ! Qu'est-ce qui fait que, de moins en moins, l'expression "bonjour" soit utilisée ?

Ensuite, "Livre les corps indécents / Raybaut", sans majuscules, sans italique, qui est Raybaut ? quel est l'éditeur ?

 

Aimer à perdre la raison d'une jeune ballerine d'origine Russe

Les cours de français ont beau être loin désormais, je pense tout de même que cette phrase a un problème. Qui aime ? qui perd la raion ? la raison de qui (puisque "perdre la raison D'une jeune ballerine...") ?

 

- Immigration-invasion et ses conséquences désastreuses pour la France et pour l'Europe (insécurité dans les villes et les transports, violences urbaines de plus en plus fréquentes, trafics de drogues, banlieues poudrières etc.)

En quoi cette jeune ballerine mérite deux points avant cette phrase, ce qui signifie qu'elle en est la cause, ou que la phrase en question est la conséquence de la jeune ballerine (ce qui revient quasiment au même) ?

 

- Moralisation indispensable de la vie publique (une vraie démocratie se doit d'écarter et de punir sans complaisance les édiles-voyous )
- Peine de mort à l'encontre des assassins-tortionnaires d'enfants et les terroristes.

Sans vouloir rentrer dans des considérations sociales et politiques, si la peine de mort est authorisée pour les assassins et tortionnaires d'enfants, ainsi que pour les terroristes, pourquoi pas étendre la peine pour les violeurs, pour les tueurs en séries, etc. etc. J'avoue que la peine de mort peut avoir du bon, mais on ne peut pas choisir un domaine dont on parle dans un roman présenté tel un documentaire socio-politique et balancer la sauce ainsi...

 

La présentaion s'ouvre sur l'histoire d'une danseuse russe et devient vite un pamphlet politique visant à faire renaître la peine de mort. Ne peut-on pas se permettre, lorsqu'on publie un roman, de le résumer correctement avant d'en faire un argumentaire travaillé, et non pas balancé comme un vilgaire chiffon ?

 

Des milliers de consultations internet pour cet ouvrage !! - Coup de coeurs des lecteurs de la bibliothèque municipale de Chirens. Plusieurs articles de Presse élogieux !

Des milliers de consultations internet pour un coup de coeur de la bibliothèque de Chirens ? N'est-ce pas légèrement paradoxal ?! Quel ouvrage inconnu au bataillon dont on ne sait pas même s'il a un éditeur et coup de coeur de la bibliothèque d'une ville de 1966 habitants (chiffres 2007) perdue au fin fond du canton de Voiron peut se targuer d'avoir des milliers de consultations internet sur un site qui n'est même pas donné dans l'argumentaire ?? J'ai eu beau chercher sur le site de la bibliothèque de Chirens, sur le blog de leurs coups de coeur, je n'y ai pas trouvé Les Corps indécents.

Puis, lorsque j'ai recherché ces articles élogieux, je suis tombé sur celui-ci (ici) ; l'auteur du livre en fut tellement mécontent qu'il se pressa de pondre avec animosité une tirade de plusieurs pages.

 

Et puis, pas de merci de votre temps, pas d'au revoir, pas de mot personnalisé, pas de "si vous êtes intéressé, je peux vous envoyer un service de presse et vous pourrez en parler", rien.

 

 

Alors, à l'avenir, je n'aimerais recevoir de la pub que pour des bons livres publiés par des auteurs polis et respectueux du travail d'un bloggueur. Est-ce si compliqué ?!

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Harry Potter 7-1 * / RED **** / Potiche ***

Publié le par Sébastien Almira

harry-potter-reliques-de-la-mort-partie-1.jpgHarry Potter et les Reliques de la Mort (partie 1), de David Yates, 2010 *

 

La fin arrive enfin. Le premier tome, Harry Potter à l'école des sorciers, nous est parvenu à l'écrit en 1998, à l'écran en 2001. Il aura fallu attendre dix ans pour connaître la fin de la saga au cinéma puisque, comme le temps est à la mode de séparer les livres à succès en deux films, la seconde partie du septième tome d'Harry Potter débarquera en salles obscures en juillet 2011.

Ne vous fiez pas à l'affiche du film, la première partie suit le livre à la perfection : tout y est ennui, tout y est pathos. Hermione et Harry ne bénéficient toujours pas d'acteurs de qualité, les dialogues sont d'un pathétisme rare et les scènes d'un ennui mortel. Alors que David Yates avait adapté mon tome préféré (Harry Potter et l'Ordre du Phénix, 975 pages) en deux heures, il a choisi de transformer les 700 pages de cet ultime tome de la saga en deux films de plus de deux heures chacun.

C'est légèrement ennuyant quand on sait que nos trois héros, Harry, Hermione et Ron, passent les deux tiers du livre sous une tente à réfléchir à comment trouver les Horcruxes (sept parties de l'âme de Lord Voldemort qu'ils doivent détruire afin de le tuer une bonne fois pour toutes) avant de trouver miraculeusement la solution en quelques secondes...

 

red.jpgRED, de Robert Schwentke, 2010 ****

 

Casting impressionnant avec Bruce Willis, Morgan Freeman et John Malkovitch dans le rôle d'agents de la CIA à la retraite dont la vie ne tient plus qu'à un fil. En séducteur solitaire, Bruce Willis entraine avec lui une pauvre innocente dont il est tombé amoureux en passant des heures au téléphones avec (elle est sa conseillère retraite, si je ne m'abuse) dans la folle aventure de retraités de la CIA à abattre. John Malkovitch plus loufoque et déjanté que jamais, Morgan Freeman et Helen Mirren aux allures et à la doublure voix de Glenn Close sont également de cette comédie d'action bien calibrée qui ne se prend pas la tête, qui fait preuve d'un humour indéniable et de jeux d'acteurs éblouissants. On se dit même à la fin que le scénario n'était pas vraiment étoffé avant de se ressaisir devant tant de plaisir avec ces Retraités Extrêmement Dangereux et de scènes déjà cultes, comme celle, au ralenti, de Bruce Willis descendant d'une voiture en pleine course. Un vrai régal au casting de rêve !

 

potiche.jpgPotiche, de François Ozon, 2010 ***

 

Entre la comédie de mœurs, la comédie dramatique et la comédie comique, François Ozon réussit avec autant de brio que d'accoutumée à proposer une comédie française de qualité. Catherine Deneuve et Fabrice Luchini en couple bourgeois des années 70 doivent faire face aux soulèvements des employés de l'usine de parapluie que Monsieur a hérité de Beau-Papa. Madame est une femme au foyer modèle qui n'a pas son mot à dire, son fils (Jérémie Reinier) est un fils à Maman artiste et sa fille (Judith Godrèche), une vraie godiche qui croit tout savoir. Gérard Depardieu, en bon communiste, se bat contre le patronnat, donc contre Monsieur et, Karine Viard, plus bonne que jamais, l'amante secrétaire de Monsieur. Mais lorsque la santé de Monsieur l'empêche de venir à bout de ses fonctions, c'est Madame qui devient PDG et tout semble si bien aller jusqu'à ce que Monsieur ne soit remit sur pied. Tous se retrouvent confrontés à leurs limites et à leurs secrets pour notre plus grand plaisir !

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Ellen Willer, Le garçon qui ne pouvait pas voir les livres en peintures, roman ado, 90 pages, L'école des loisirs, collection Médium, septembre 2007, 8 €

Publié le par Sébastien Almira

ellen-willer.jpg

 

« Bonjour,

Je suis assez intimidé à l'idée de vous envoyer ces pages. Je n'ose pas dire roman. Optons pour manuscrit.

(...) Je ne connais personne dans l'édition. Il paraît que ce n'est pas facile de se faire publier. Mais je m'en fous, j'essaie.

(...) Parce qu'il n'y a pas si longtemps, les livres et moi, c'était plutôt la haine. Et voilà que je mets non seulement à lire, mais en plus à écrire.

Comment c'est venu ? Comme toutes les choses qui ont de l'importance dans une vie : par hasard. Je dis cela avec beaucoup d'aplomb, comme si j'avais une grande expérience de tout. En réalité, j'ai seize ans, et je ferais peut-être mieux d'un peu moins la ramener.

(...) Si vous ne le publiez pas, ce ne sera pas un drame : je serai déçu et je vous maudirai pendant quelques jours, peut-être même que je vous traiterai de tous les noms, mais, même si je dois renoncer à me dire écrivain, je m'en remettrai.

(...) Je pense que là il est temps de dire quelque chose à propos de salutations...

Étienne Hoffman. »

(pages 11 à 13)

 

ellen willer

 

J'ai lu quelque part que, pour un livre, tout se joue dès les premières phrases. Il paraît même que certains romanciers se creusent la tête des journées entières pour les écrire et que, ensuite, ils bâclent sans scrupule les deux-cent pages qui suivent, convaincus que personne ne les lirait. (page 15)

J'aurais pu commencer à écrire pour moi. (...) Mais, à mon âge, écrire un journal intime est une occupation pitoyable. Ou prétentieuse. (page 18)

Tout cela pour dire que pour moi, lire et écrire, c'est comme caresser et se faire caresser. Pour un début, je reconnaît que c'est assez poussif. Si vous avez lu jusque là, on peut dire que vous avez fait le plus pénible. Je commence à raconter. (page 19)

 

ellen willer

 

Le tout premier livre que j'ai lu, c'était il y a sept ou huit mois. Je veux dire, le tout premier sans que personne ne me le demande, ou ne me force, ou ne me dise qu'il fallait en faire un résumé qui serait noté. (...) Ce livre trainait sur le bureau de ma mère le soir où mes parents nous ont annoncé, à ma sœur et moi, qu'ils avaient décidé de divorcer. (page 21)

Le titre m'avait tiré un sourire. À la cinquième ligne, il y avait le mot sexe, c'est aussi une raison que je peux avancer pour tenter d'expliquer mon soudain intérêt.

Ce qui est sûr, c'est qu'à la sixième ligne je me suis rendu compte que les mots ajoutés aux mots faisaient des phrases. Que les phrases ensemble décrivaient des situations, ou des gens, ou des sentiments. Et que si j'additionnais les gens, les situations et les sentiments, j'avais exactement ce que je regarde à la télévision.

Un livre, c'est un téléviseur miniature qui marche sans pile ni batterie, pas besoin de brancher ni de recharger, qui ne gêne personne, que tout le monde considère avec respect parce que lire, c'est bien. Je peux l'ouvrir en classe, l'emporter partout, jusque dans le métro, où il n'y a pas de réseau. (page 29-30)

 

ellen willer

 

Dans l'escalier, je croise une fille, mon âge à peu près, qui montait, bien plus chargée que moi. Nous nous regardons. Un étage plus bas, je jette un coup d'œil et surprends de sa part un regard du même genre. (...)

- Et tu t'appelles comment ?

- Cindy, elle répond, et toi ?

- Étienne.

- Tiens, tu lis Da Vinci Code...

- Oui.

- Tu en es où ?

- ... Vers le milieu. (il ment, il est remonté prendre le premier livre qu'il trouverait dans l'espoir de recroiser la fille)

- Et tu aimes ?

- Oui, beaucoup.

- Ah...

- Pas toi ?

- Moyennement?

- Ah...

(pages 36 à 40)

C'est à elle, presque sans cesse, que j'ai pensé en lisant Da Vinci Code. À chaque page, je me demandais ce qu'elle avait aimé ou détesté. J'en étais à lui demander en pensée ce qu'elle en pensait. Je la faisais répondre. Et nous pensions pareil. (page 44)

 

ellen willer

 

Ma mère m'a toujours déconseillé de lire Jane Austen. Elle me l'aurait interdit qu'elle ne m'en aurait pas donné plus envie. Pour conduire un enfant à lire, s'il est récalcitrant, le meilleur des stratagèmes serait donc de l'en empêcher. Confisquer ses livres, les boucler sous clé. Ne pas lui en acheter. Organiser la pénuerie. Le priver de lecture après un mauvais bulletin.

Avec Jane Austen, je m'attaquais à du lourd, heureux à la seule idée de demander à Cindy ce qu'elle en pensait.

(...) Alors que je lui lisais les deux premiers chapitres, pour la première fois, j'ai eu envie d'écrire.

(...) Sur ces feuilles sacrifiées, il y avait les premiers mots que j'avais essayé d'organiser ensemble dans le but d'en faire une phrase. Une phrase lisible. Une phrase que d'autres pourraient lire. (pages 47 à 49)

 

 

Restent quarante pages de plaisir, d'étonnement, de cynisme, d'amour, de questionnements, de passage à l'âge adulte et de littérature à découvrir par vous-même !

 

ellen willer

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