Amélie Nothomb, Barbe Bleue, roman, 170 pages, Albin Michel, 23 août 2012, 16,50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

 

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Amélie Nothomb et moi, c'est une grande histoire d'amour. Et comme dans toute histoire d'amour, à plus forte raison les grandes, il y a des hauts et des bas. Je ne vais pas vous la refaire chaque année mais, pour aller vite, il y a eu pas mal de bas dernièrement.

Cette année, ce que vous verrez en premier risque de vous éblouir, la première de couverture est magnifique. Le titre vous interpellera, Barbe Bleue, mais vous commencerez à vous demander si c'est un bon ou mauvais présage. Et enfin, la quatrième de couv achèvera de rendre votre appréciation mitigée : « La colocataire est la femme idéale. » Pour moi, c'est passer à côté du livre que de foutre cette citation en guise de résumé. On sait bien que les gens n'achètent plus Nothomb grâce au résumé, mais il y a toutefois eu plus frappant : « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus. Il leur en fallut le spectacle. » ou « La faim, c'est moi. ».

 

Mais le plus important, c'est ce qu'il y a à l'intérieur. Un détournement de conte, comme son nom l'indique. Un Grand d'Espagne, qui a fait de la dignité son métier (« Quelle est votre occupation ? - Aucune. - À quoi passez-vous votre temps alors ? - Je suis Espagnol. - Ma question n'était pas de cet ordre. - C'est mon activité. - En quoi consiste-t-elle ? - Aucune dignité n'arrive à la cheville de la dignité espagnole. Je suis digne à plein temps. - Et ce soir par exemple, comment manifesterez-vous votre dignité ? - Je relirai le greffe de l'Inquisition. C'est admirable. Comment a-t-on pu médire de cette instance ? » pages 19-20), prêt à tout pour défendre le catholicisme et avide de lectures ancestrales, vit cloîtré dans son hôtel particulier en plein septième arrondissement de paris depuis la mort de ses parents par explosion il y a vingt ans. Pour combler son ennui et son besoin de femmes, il publie une annonce de colocation à laquelle Saturnine répond.

Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est que les huit colocataires précédentes de don Elemirion Nibal y Milcar ont toutes disparues. Ont-elles succombé et bravé l'interdiction du maître des lieux ?

 

« Ceci est la porte d'entrée de la chambre noire, où je développe mes photos. Elle n'est pas fermée à clef, question de confiance. Si vous y pénétriez, je le saurais, et il vous en cuirait. » page 15

 

Après ce début prometteur, Amélie Nothomb fait ce qu'elle sait faire de mieux : un huis clos dont les fils se dénouent au fil de dialogues. Chez la Belge, nul besoin de descriptions extravagantes et poétiques, de parcours psychologiques de chaque personnage, de centaines de pages. Elle ne s'encombre pas d'inutile et va toujours au plus vite. Peut-être un peu trop si l'on pense au moment où la jeune femme tombe à son tour amoureuse de don Elemirio. Mais tout est réuni pour faire de Barbe Bleue un grand Nothomb : intrigue décalée, dialogues endiablés, questions métaphysiques, humour cynique, meurtres ou au moins disparitions inexpliquées, suspense, apologie du champagne (« L'inventeur du champagne rosé a réussi contraire de la quête des alchimistes : il a transformé l'or en grenadine » page 59), etc.

Et ce fut une très bonne lecture, je suis même resté éveillé jusqu'à 1h30 du matin pour le finir ! Mais comme l'an dernier, une fois le livre refermé, je me suis dit « ouais, ben c'était bien, mais c'est fini, quoi, et puis plus rien... ». À la différence que Tuer le père était un bon roman qui se lit facilement, agréablement, et qui n'en demandait pas plus alors que Barbe Bleue aurait pu être à la hauteur d'Hygiène de l'assassin, Les Catilinaires ou Cosmétique de l'ennemi s'il ne manquait pas tant de puissance. Car j'ai trouvé le problème de cette nouvelle création. Habituellement, c'est un problème de fin qui paralyse les romans d'Amélie Nothomb. Cette fois, c'est un manque cruel de puissance. Pour un roman qui se veut cruel, c'est ballot.

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Le cinéma de mai (De rouille et d'os, Moonrise Kingdom, Margin Call, Dark Shadows, Men in Black 3, Cosmopolis)

Publié le par Sébastien Almira

 

de-rouille.jpgDe rouille et d'os ***

Après être sorti de la salle, je me suis dit que ça sentait la Palme d'or à plein nez. Je me suis trompé, mais c'est le type de film fait pour remporter des prix. Très beau jeu d'acteurs entre un Matthias Schoenaerts mutique et, il faut le dire, complètement con, et une Marion Cotillard qui ne tire pas trop sur la corde sensible. Réalisateur traité de génie ou de ringard, au choix. Sujet social en vogue : les handicapés. Un peu d'action, des sentiments (bien que souvent à sens unique), un (petit) peu d'humour, etc. On mixe tout pour faire un grand film à prix et on obtient De rouille et d'os.

C'est loin d'être mauvais, mais c'est trop travaillé pour et trop attendu pour être un chef-d'œuvre.

 

moonrise-kingdom.jpgMoonrise Kingdom ***

Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray à contre-emploi dans la nouvelle ré-création de Wes Anderson (La vie aquatique, A bord du darjeeling Limited, Fantastic Mr Fox). Deux ado solitaires tombent amoureux dès qu'ils se voient et sont prêts à tout pour se retrouver. En 1965, sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, Sam est en camp de scouts, Suzy chez elle. Bourré d'humour, décalé au possible, ce film à la saveur de goûter d'anniversaire et à l'odeur de randonnée en forêt se savoure comme un pot de Nutella ou de lait concentré sucré à la cuillère !

 

 

margin-call.jpgMargin Call **

La déception d'un film qui partait pourtant avec de sérieux atouts : Kevin Spacey, Jeremy Irons, Demi Moore, Zachary Quinto et Simon Baker en tête. Une intrigue boursière. Une gigantesque entreprise de traders se rend compte qu'un mauvais calcul leur a fait perdre des milliards et que ça ne va pas en s'arrangeant. Pour le big boss, un Jéremy Irons pas bien calé dans rôle (Tommy Lee Jones, dans The Company Men, était parfait), il faut être le premier, le meilleur ou bien tricher pour survivre à Wall Street. Mais il est trop tard pour être le premier ou le meilleur, il ne reste plus qu'à ruiner les autres. Margin Call ou comment créer un crash boursier...

Déception à cause du manque de carrure de Jeremy Irons, à cause du rythme lancinant, à cause du manque d'explications sur les raisons et les rouages. Sinon, bonne réalisation et bons acteurs.

 

dark-shadows.jpgDark Shadows ****

Quand j'ai vu la bande-annonce, j'ai eu peur que Tim Burton ne s'en sorte pas, entre le film fantastico-gothique et la comédie. J'avais peur qu'une comédie potache et bancale voie le jour sous ses mains d'argent. Me voilà rassuré sur un point : nulle comédie potache en vue, l'humour est beaucoup moins important que ce que je pensais et espérais. Les acteurs sont géniaux (Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Michelle Pfeiffer, Chloé Moretz, Eva Green), la BO excellente, le scénario burtonien à souhait (enterré vivant et transformé en vampire par la sorcière qu'il a éconduit en 1752, Barnabas Collins refait surface en 1972. Malheureusement pour lui, sa sorcière mal aimée a pris son monopole dans l'industrie de la pêche et compte bien l'attirer dans ses filets. Avec l'aide de sa descendance, il tente de lutter), les images, les plans, les couleurs, les décors magnifiques. Mais c'est un peu long, et la fin se perd en surenchère de rebondissements. Dommage, j'aurais pu être dithyrambique. Pas de cinq étoiles ce mois-ci !

 

men.jpgMen in Black 3 ***

Boris, le monstre qui avait été emprisonné en 1969 par K (Tommy Lee Jones), s'échappe de prison en 2012 et retourne dans le passé mettre en place son projet d'envahir la terre avec son petit peuple ! Là, il tue K. C'est pour ça que J (Will Smith) retourne à son tour dans le passé pour sauver K et tuer Boris. Il se retrouve avec un K jeune joué par Josh Brolin, parfait.

Le début du film n'est pas terrible, les vannes sont nazes, et c'est du déjà-vu. Mais le réalisateur, épaulé par Etan Cohen pour le scénario, se réveille et la suite se révèle à la hauteur de la série ! À voir avec plaisir, comme les précédents, en sachant quel genre de film on va voir.

 

cosmopolis.jpgCosmopolis °

Sérieusement, qu'est-ce que c'est que cette merde ?! Une journée dans la peau d'un trader qui se la joue sex-symbol avec une moitié de nez, une peau glabre et trois poils sur le torse, qui veut absolument se faire couper les cheveux à l'autre bout de la ville alors que la visite du Président des USA paralyse Manhattan. Dans sa belle limousine, Eric Packer (Robert Pattinson), baise sa collaboratrice (Juliette Binoche), parle avec un geek de prochain crash boursier, rencontre à trois reprises sa femme comme par hasard toujours à l'heure de manger en plus, c'est vachement bien fait quand même ! Il se fait taguer son bolide en passant en plein milieu des émeutes, il va en boite (je rappelle qu'il était censé aller chez le coiffeur), il ressort et il refait jour ! Merveilleux. Il tue son garde du corps et va se faire couper les cheveux. Après, il rentre à pieds, et quelqu'un tente de le tuer. Le hasard étant un des personnages principaux, il trouve le bon bâtiment, la bonne entrée (pourtant bien cachée), le bon étage et la bonne porte. Tout ça du premier coup. Et s'en suit un discours incompréhensible avec le danger public qui sort des chiottes une serviette sur la tête. Eric se tire une balle dans la main et à la fin, on sait pas ce qui se passe. Ah oui, entre temps, il y a eu plein de dialogues avortés, de questions sans réponses (pourtant, « quel âge as-tu ? », c'est pas bien compliqué...). Cela dit, on ne pourra pas enlever à Cronemberg son sens de l'image.

Je prend le pari qu'aucune autre sortie cette année ne viendra éclipser Cosmopolis pour remporter ma palme de la bouse de l'année.

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