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Richard Harland, Astor, le riff de la rue, roman à partir de 13 ans, 360 pages, Hélium, octobre 2013, 15,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

 

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L'auteur du Worldshaker est de retour avec un nouveau roman steampunk, comme il se plaît à le dire. Mais moi j'ai envie de dire : qu'est-ce que c'est qu'un roman steampunk que même mon correcteur OpenOffice connaît alors que moi pas ? La réponse ICI. Ben oui, je vais pas tout vous faire, je suis allé chercher tout seul, je vais pas tout vous mâcher.

« On pourrait dire que ce roman est la carrière musicale que je n'ai jamais eue, combiné avec la révolution rock'n'roll que le XIXe siècle n'a jamais connue. Le roman mettant en scène un XIXe siècle alternatif est un genre autour duquel j'ai toujours gravité – appelez ça comme steampunk, ou « roman bec-de-gaz », si vous voulez. Je suis fasciné par l'ambiance et la société, les faux-culs et les hauts-de-forme, le brouillard et les usines, les manières raffinées et la pauvreté cachée... le tout intensifié par le pouvoir transformateur de l'imaginaire. » nous explique Richard Harland dans ses remerciements et notes d'écriture. Il a apparemment eu le déclic pendant qu'il écrivait le Worldshaker en voyant des photos de guitares steampunk créées par des musiciens sur Google image, « de vraies guitares électriques dont on pouvait jouer, avec des gadgets en cuivre et des bitoniaux en laiton, des tuyaux et des câbles, des rouages et des engrenages. Incroyable ! Ces images ont suscité une idée qui a fini par réunir mes deux passions : mon vieil amour de la musique jouée sur scène et mon nouvel amour pour l'écriture de romans steampunk. »

 

Ça vous aide ? On peut commencer maintenant ?

 

Bien. On est en Grande-Bretagne en 1847. Astor Vance, dix-sept ans, est aux anges : elle doit se fiancer à Lorrain Swale, dont la famille possède la plus grande fortune du pays. Mais l'adolescente découvre avec horreur qu’aucun mariage n’est prévu, et qu’elle a été engagée comme gouvernante de trois enfants détestables au possible.

Ça, c'est la première partie du roman. C'est très vivant, assez drôle, très bien décrit, on a l'impression d'y être, de vivre l'histoire. Les lieux nous parlent, les gamins nous insupportent, on a envie d'échapper à cette situation humiliante. D'autant qu'un domestique de son beau-père est resté avec elle et qu'elle ne supporte pas son petit air supérieur. Malheureusement pour elle, il est le seul à pouvoir l'aider.

 

« C'est ce soir-là qu'Astor tomba amoureuse de la musque des gangs. Auparavant, elle ne faisait qu'apprécier le fait d'en jouer avec brio... Mais cette fois, c'est elle qui fut jouée. Chacun des accords résonnait jusque dans ses os et dans ses veines. Ses percussions devinrent une partie d'elle-même au même titre que ses cheveux ou les lignes de sa main. Elle oublia le piano classique, la harpe et le violon. Ça, c'était sa musique.

Elle perdit complètement la sensation d'individualité. Les sentiments qui l'emportaient en elle n'étaient plus la rage ni la colère, mais l'amour et la joie. Elle avait envie d'étreindre chaque note contre sa poitrine, tel un amant. » page 156


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Dans la suite du roman, on changera totalement d'univers car l'échappatoire d'Astor et Verron se trouve dans les bas-fonds de Brummigham. Là, ils découvriront la musique des gangs, l'ancêtre du rock'n'roll, et l'aventure n'est pas prête de s'arrêter car troisième partie il y a ! On est alors plongé dans le Londres du XIXe, que l'auteur s'amuse à décrire (voir extrait suivant).

 

Richard Harland nous offre un fantastique roman multiple, avec trois parties très distinctes dans l'ambiance, histoire d'émerveiller plus encore notre imaginaire. D'une plume efficace et maîtrisée, il conte les aventures rocambolesques d'une petite bourgeoise contrainte de se mêler aux gens qui effraient ceux de son monde, sur fond de complot politique et de la naissance des groupes de musique (« pas besoin d'être doué pour connaître la joie de se perdre dans un rythme, de rebondir sur ce que font d'autres musiciens et d'interagir avec le public », l'auteur « jure qu'il n'y a pas de sensation plus vertigineuse, plus sauvage, plus fantastique au monde »). Laissez-vous emporter par une tripotée de personnages hauts en couleurs se battant pour survivre dans une Grande-Bretagne bien terne à l'ère de l'industrialisation.

 

« La traversée de Londres fut une véritable fantasmagorie qui leur donna une impression d'irréalité. L'engin à vapeur fila dans les grandes artères commerçantes du West End en faisant résonner sa trompe, balayant des fétus de paille les pousse-pousse, bicyclettes, charrettes à chiens et autres véhicules plus lents. En dépit du crachin, les trottoirs étaient noirs de monde. Des cloches tintaient sur des câbles en hauteur, des jets de gaz rouges et jaunes surgissaient de tuyaux de cuivre enroulés qui encadraient les devantures. Les boutiques elles-même ressemblaient à des palais où les reflets étincelaient derrière d'immenses vitrines. Le vert dominait partout : il y avait même des statues de verre au coin des rues.

Astor avait déjà visité le West End pour aller faire des courses, du vivant de son père, mais le quartier avait changé au point d'être méconnaissable. À présent, de gros ventilateurs étaient installés sur des consoles au dessus des trottoirs, probablement pour éloigner le plus gros de la pollution. D'autres systèmes de ventilation expulsaient un air chaud et parfumé de l'intérieur des boutique ; rien qu'à leurs fragrances exotiques, Astor sentait que celles-ci étaient du plus grand chic. Il y avait de larges panneaux publicitaires sur les trottoirs, des affiches dans les vitrines, d'autres fixées aux réverbères, pas un pouce d'espace vierge. Tout était lumineux, coloré, d'une abondance incroyable.

Même le ciel était utilisé. En levant la tête, Astor découvrit de gigantesques ballons flottant au dessus des rues, couverts de slogans et de visages peints, souriants, qui passaient et repassaient inlassablement.

Le spectacle qui s'offrait lorsqu'on baissait la tête n'était pas moins étrange. De temps à autre, la chaussée devenait métallique, et le trolleybus brinquebalait sur vingt ou trente pas de grille grinçante. En plongeant le regard entre les croisillons, Astor aperçût toute une autre rue en dessous, perpendiculaire à celle où ils roulaient. Un autre étage de cohue fourmillante, un autre étage d'éclairage au gaz et de vitrines... et eux qui passaient au dessus de tout cela ! » pages 242-243.

 

 

Merci à Rozenn Samson des éditions Hélium pour cette lecture !

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White Lies au Trianon (In The Valley Below en première partie) le 1er décembre 2013

Publié le par Sébastien Almira

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White Lies est un excellent groupe pop-rock. Trois albums à leur actif, To lose my life or lose my love (2009), Ritual (2010) et Big TV (2013) parus chez Polydor Ltd (Uk), trente chansons, deux instrumentaux, soit autant de réussites.

 

Ne vous fiez pas au titre du premier album, il ne s'agit pas d'un groupe pour midinettes. Certes, le chanteur-guitariste a de quoi faire tourner les têtes, tomber dans les pommes ou encore baver mais, en plus d'avoir un physique de rêve, Harry McVeigh pose une voix puissante sur du gros son pop-rock à tendance new wave. On les compare souvent Joy Division, Editors et Interpol (que je m'en vais découvrir de ce pas), et au groupe emblématique des années 2000-2010 dont ils ont fait la première partie au Stade de France en 2010 : Muse. Rien à voir niveau voix, les envolées lyriques c'est pas leur trip chez White Lies, mais c'est vrai qu'il y a une force dans les morceaux qui fait indéniablement penser au coup de maître réalisé par Muse : faire danser des foules avec du pop-rock de qualité. Les thèmes sont d'ailleurs sensiblement les mêmes : pouvoir, gloire, paix, sexe, religion, amour.

 

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Les compos sont hyper efficaces, les refrains souvent fédérateurs, on trouve un côté sombre particulier, une tension dans les instruments et la voix, et un côté cool à fleur de peau. Le tout rend leur musique complètement addictive.

 

Le groupe, qui a commencé à l'âge de quinze ans sous le nom de Flying Fears, était de passage au Trianon il y a dix jours. Si le succès n'est pas transcendant en France malgré un premier album vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde, élu deuxième meilleur album de l'année 2009 par les lecteurs du NME, et remarqué par les Inrocks, le groupe fait encore le déplacement chez nous.

Ce sera la Maroquinerie et l’Élysée Montmartre en 2009, le Stade de France (en première partie de Muse), le Festival Musilac à Aix-les-Bains et La Flèche d'Or à Paris en 2010 pour le premier album. La tournée pour le second album fera étape à Tourcoing, Toulouse (Bikini), Bordeaux (Rock School Barbey, puis la Médoquine), Rennes (L'Ubu), Paris (La Cigale, puis le Zénith), Arras (Main Square Festival), Lille (Zénith) et Lyon (Transbordeur).

Je ne sais pas le succès qu'ont eu ces concerts mais en 2013, il n'y aura eu que le Trianon.

 

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Et c'était juste trop énorme ! Ouais, ça fait très gamin dit comme ça et, du coup, vous allez avoir du mal à croire au côté sérieux et pas midinette du groupe. Mais je ne vois pas d'autres moyens de le dire. C'était génial, énorme, un truc de ouf, que du bonheur quoi !

 

Une sacrée première partie : In The Valley Below, dont j'ai acheté le premier album à la sortie (dédicacé, en plus, parce qu'ils étaient là, à discuter avec les gens, ha !). Un super son, deux voix (un homme, une femme), des beaux morceaux, énergiques, sombres, particuliers, envoûtants. Malheureusement, vous ne trouverez leur album, The Belt, qu'en import ou sur des sites internet. Mais, franchement, vous qui passez par là, ça vaut le coup !

Allez, hop, un morceau du concert :

 


In The Valley Below - Lover - Trianon - vidéo de saradelarue sur Youtube

 

 

 

 

 

Voilà, revenons à White Lies. Un concert de presque deux heures avec un son surpuissant, que des titres qui donnent envie de bouger (d'ailleurs, il est rudement solide le sol du Trianon pour pas s'effondrer, vu comment ça tremblait quand la foule sautait...), exceptée une reprise surprise de Prince (I would die 4 U) acoustique.

Pas mal d'effets pyrotechniques avec écrans, lasers, spots : une belle scénographie. Un public hyper réceptif, des musiciens et un chanteur à fond.

Faut que je vous dégote une vidéo et après, j'arrête de vous parler d'eux !

 

 

 


 White Lies - To lose my life - Trianon - vidéo de Kipintaci sur Youtube

 

 


White Lies -  Unfinished business - Trianon - vidéo de Lizucaaa sur Youtube

 

 

   

White Lies - Farewell to fairground - Trianon - vidéo de cure87 sur Youtube

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Cristina Rivera Garza, Personne ne me verra pleurer, roman traduit de l'espagnol (Mexique) par Karine Louesdon et José Maria Ruiz-Funes Torres, 250 pages, Phébus, août 2013, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

 

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Riche héritier voué à devenir un grand médecin, Joaquin Buitrago choisit une toute autre voie : la photographie. Devenu morphinomane, il ne parvient pas à faire décoller sa carrière,se voit privé d'héritage et finit photographe de fous à l'asile de la Castañeda. Il y fait une rencontre qui l'émeut sans qu'il sache bien pourquoi. C'est lorsqu'elle lui demande « Comment devient-on photographe de fous ? » qu'il se souvient. Quelques années plus tôt, Matilda Burgos lui avait demandé « Comment devient-on photographe de putes ? » alors qu'elle posait pour lui dans une maison close de Mexico.

Fasciné par le personnage, interloqué par sa présence dans un asile, il lui rend souvent visite afin de découvrir qui elle est. Il se rapproche également d'un médecin afin de voir son dossier médical.

 

Au fur et à mesure de leurs échanges, il se délivre autant qu'elle. Mais il faut un sacré moment avant que le roman ne devienne fluide. La première centaine de pages est particulièrement lourde et complexe. Le contexte historico-politique semble tout droit sorti d'un livre de cours, assommant le lecteur. L'auteure met une telle volonté à aborder d'innombrables sujets que l'on se perd un peu. C'est un peu comme tenter de courir dans l'eau, on a envie d'avancer, de comprendre, de s'en sortir mais on n'y parvient pas. Le résultat peut paraître décousu et peu entraînant. Heureusement que la deuxième moitié est plus agréable.

 

« À mesure que la séance avançait et que l'attitude inerme de Joaquin permettait d'instaurer une fragile relation de confiance, certains modèles, une minorité, commençaient à s'épancher. Cela se produisait au terme d'un processus lent, souterrain presque, quasi imperceptible. Dans ces moments-là, Joaquin pensait toujours au mouvement d'un tournesol. Parfois c'était un simple geste d'étonnement, un trait de timidité ou de lassitude, une interrogation qui affleurait sur leur visage : « Mais qu'est-ce que je fais ici ? » Et les femmes retournaient en elles-mêmes, là où elles se voyaient comme elles avaient envie de se voir. Et c'était précisément cet endroit que le photographe désirait connaître et fixer pour toujours. L'endroit où une femme s'accepte telle qu'elle est. Là, la séduction ne s'adressait pas à l'extérieur, et n'était pas unidirectionnelle ; là, dans un geste indivisible et unique, la séduction n'était pas un hameçon sinon une carte. Joaquin était convaincu qu'il était possible d'atteindre ce lieu. Joaquin Buitrago croyait encore à l'impossible quand Matilda ôta ses vêtements le plus naturellement du monde et, cherchant ses yeux à travers l'objectif depuis la table en marbre, lui demanda :

- Comment devient-on photographe de putes ? »

page 17

 

Traduit dans plusieurs langues, Personne ne me verra pleurer est considéré comme le chef d’œuvre de Cristina Rivera Garza et a reçu le prix du Meilleur Roman au Mexique en 2000. Fidèles à leur réputation de découvreur de talents étrangers, les éditions Phébus traduisent pour la première fois en France cette auteure ayant déjà six romans à son actif. J'ai été quelque peu déçu par ce roman, à la lecture du résumé je m'imaginais déjà emporté dans une dans une spirale infernale, sur les traces d'une femme pleines de mystères, dans la chaleur étouffante du l'Amérique du Sud. Bon, je fus porté par la très belle plume de l'auteure et par le talent des deux traducteurs, mais le plaisir ne fut malheureusement pas entier.

 

 

Merci à Bénédicte Da Silva des éditions Phébus pour cette lecture.

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Déborah Lévy-Berthérat, Les voyages de Daniel Ascher, roman, 180 pages, Rivages, août 2013, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

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Voilà, j'ai pris du retard dans mes lectures de la rentrée, et je découvre des pépites une fois que la déferlante est passée et que tout le monde s'en fout... Ça m'apprendra, l'année prochaine, je commencerai par lire les romans qui me font le plus envie et non pas en fonction des délais auxquels je veux me plier parce que ce livre m'a été envoyé, que j'ai acheté celui-ci et qu'il peut attendre, ou encore que j'ai emprunté celui-là et que je vais avoir un avertissement si je ne le rends pas rapidement.

 

Pour ses études d'archéologie qu'elle commence à Paris, Hélène s'installe dans une chambre que son grand-oncle lui prête. Globe-trotter invétéré et auteur sous pseudonyme de La Marque noire, une série de romans d'aventure pour la jeunesse au succès planétaire, il n'est pas souvent présent. Et ça tombe bien car Hélène ne l'apprécie guère. Elle n'a même pas lu ses livres et ne s'émerveillait pas, comme tous les autres gamins de sa famille, des histoires abracadabrantesques que le vieil excentrique racontait lors de repas de famille où il arrivait en retard et s'asseyait à la table des enfants.

 

« Dans les grands repas, quand il était là, Daniel s'asseyait toujours à la table des enfants, loin des adultes.les petits lui réclamaient des histoires, et il se lançait dans des récits d'aventures hallucinés, roulant des yeux, imitant les voix, les accents, les cris des animaux, décrivant des situations rocambolesques, enchaînant les calembours, s'esclaffant soudain sans qu'on sache trop pourquoi. Un croûton de baguette ouvert en deux devenait la gueule d'un caïman qui le poursuivait dans les eaux brunes de l'Orénoque, il se levait et nageait le crawl pour lui échapper. Ou bien c'était l'hiver en pleine taïga, sa lanterne s'éteignait, il était cerné par des loups hurlants, ses couverts dressés tremblaient sous sa serviette comme des piquets de tente dans la tempête. Les parents essayaient de le faire taire, tu vois bien que tu leur fais peur, mais il ne les écoutait pas et continuait encore et encore, aussi longtemps que les enfants en redemandaient. » pages 19-20

 

Elle se lie d'amitié avec un groupe de sa classe et succombe au charme de Guillaume, un grand enfant qui transforme tout ce qu'il touche en jeu. Celui-ci tente de l'initier à La Marque noire, dont il est toujours fan et dont il attend avec ferveur le prétendu vingt-quatrième et dernier tome. Hélène, en bonne archéologue, n'aura de cesse, au fil de la découverte de l’œuvre de son grand-oncle, de vouloir fouiller le passé, quitte à déterrer quelques secrets de famille bien enfouis sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale.

 

Premier roman d'une professeur de littérature comparé à l'ENS et traductrice de Lermontov (Un héros de notre temps) et Gogol (Nouvelles de Pétersbourg), Les voyages de Daniel Ascher est un très joli roman qui mêle habilement les domaines de l'écriture, de l'aventure, de l'occupation, de la saga familiale et de l'amourette estudiantine.

Ce qui est d'autant plus remarquable, c'est la finesse avec laquelle Déborah Lévy-Bertherat coud cet ensemble disparate pour créer une fiction qui semble bien réelle. Il n'y a que le personnage d'Hélène qui m'a un peu gêné. Une fille qu'on aurait tendance à ne pas aimer au début et qui finirait par ne laisser aucune trace, à cause d'un certain manque de profondeur. On se souviendrait plus des autres protagonistes, même de moindre importance. Un personnage raté, à moins que je ne n'ai moi-même raté Hélène...

Excepté ce couac, c'est un bien joli voyage que ce premier roman envoûtant, entre le monde de l'enfance, de l'écriture, de l'imaginaire et celui, plus dur, de l'âge adulte, des souvenirs et de la guerre.

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Transperceneige / The Snowpiercer

Publié le par Sébastien Almira

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Bande dessinée ****
Transperceneige 1 - L 'échappé, Rochette & Lob, 110p, Casterman, 1999, épuisé
Transperceneige 2 - L'arpenteur, Rochette & Legrand, 65p, Casterman, 1999, épuisé
Transperceneige 3 - La Traversée, Rochette & Legrand, 65p, Casterman, 2000
Le Transperceneige - L'intégrale, 250 pages, Casterman, août 2013, 35 €

Film **
The Snowpiercer, de Bong Joon Ho, avec Chris Evans, Song Kang-Ho, Jamie Bell, John Hurt, Tilda Swinton et Ed Harris, 2h


Je me dis toujours quand sort une adaptation cinématographique « Tiens ! C'est l'occasion de lire le bouquin ! », mais je ne prends quasi jamais le temps de le faire avant. Pour les bande-dessinées du Transperceneige, c'est la déception du film qui m'a redonné l'envie. Je voulais savoir si la fin pourrie était la même dans la BD.

Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir, après un point de départ semblable (une catastrophe climatique, un immense train où vivent depuis des années les derniers survivants de la Terre, une organisation politique et sociale qui a tout de la dictature, les pauvres entassés dans des wagons de queue ruinés par la crasse, la famine et la mort, les riches à l'avant profitant des saunas, boîtes de nuit, caviar et champagne), que tout le reste n'a strictement aucun rapport !

Je ne voudrais pas vous raconter les différences scénaristiques entre l'original et l'adaptation car ce serait trop vous révéler de la bande dessinée.
J'avoue avoir eu un peu de mal avec le dessin au début. Il faut dire que, visuellement, le film est très réussi, donc dans mon imaginaire restaient figées les images du film. Je me suis habitué au dessin noir et blanc, au réalisme et à la profondeur travaillés, mais il a fallu s'habituer à un dessin différent dans les deux derniers tomes. Je ne saurais vous expliquer les différences car je ne suis pas spécialiste BD, mais Rochette a complètement changé de dessin, peut-être pour signifier le renouveau de l'histoire (là est la plus grande différence entre les BD et le film, ce qui se passe dans les deux derniers tomes est inexistant dans l'adaptation, exceptée la fin du troisième volet.).
Voyez par vous-même avec ces deux planches.

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À l'origine, c'est le dessinateur Alexis qui avait commencé le Transperceneige, en créant seize planches avant de mourir en 1977. Rochette prit la suite et le scénario changea. C'est la version d'Alexis que le réalisateur coréen Bong Joon Ho a, semble-t-il, préféré utiliser pour son film, changeant quelque peu la trame du premier tome, délaissant carrément celle des deux suivants, jusqu'à rattraper la fin en cours de route. Fin qui avait un peu détruit dans ma tête tout le film (pourtant assez bon). En lisant la BD, je me rends compte qu'il a repris l'idée générale de la fin, mais en changeant complètement la forme et en la rendant très cinématographique et décevante.

Au final, le film est particulièrement bon si on enlève la fin et qu'on n'a pas lu la bande dessinée. Alors lisez plutôt l'intégrale BD (le premier tome, épuisé, atteint 150 € d'occasion !). L’œuvre de Rochette, Lob et Legrand impressionne par sa créativité et son ambiance sombre et étouffante, même si les thèmes habituels de la grande aventure post-apocalyptique sont quasi tous présent (l'arche, la société organisée selon des critères sociaux très précis, la critique de notre société actuelle, la progression d'un héros avant tout attaché à sa survie, la rébellion, les trahisons, l'histoire d'amour que l'on pense impossible, etc.).
 

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Le cinéma de novembre 2013 (Gravity, Fonzy, Malavita, Les garçons et Guillaume à table !, Hunger Games 2)

Publié le par Sébastien Almira

 

Gravity-Affiche-Cinema-Georges-Clooney.jpgGravity, d'Alfonso Cuaron, 1h30 *

Alors, le film sensation de la fin d'année, celui dont tout le monde parle depuis sa sortie (alors que deux semaines plus tôt, personne n'en connaissait l'existence), celui que trois millions et demi de spectateurs ont déjà vu (c'est écrit sur les bus), celui qui est traité de chef d’œuvre dans toute la presse, qu'est-ce qu'il a de si génial ?

Bah franchement, pas grand chose ! Rien à dire sur les images, c'est super bien fait, on a l'impression d'être dans l'espace avec George Clooney et Sandra Bullock. Mais le problème, c'est justement d'y être avec cette poupée chirurgicale qui crie, qui souffle, qui pleure, qui aboie (oui, oui) pendant une heure et demi. Insupportable. Et en plus je me suis fait chier. Parce que, soyons honnête, il ne se passe rien, on s'ennuie à mourir pendant 1h30 qui semble durer une éternité.

Vide intersidéral.

 

 

fonzy_affiche.jpgFonzy, d'Isabelle Doval, 1h40 *

Quelle drôle d'idée que d'avoir fait un remake du génial Starbuck (critique ici) seulement un an après sa sortie ! Quelle drôle d'idée que d'être allé le voir...

Côté scénario, rien ne change : il y a vingt ans, Fonzy a donné son sperme et aujourd'hui il est le géniteur de 533 enfants dont 142 veulent connaître son identité.

Les gags sont les mêmes, mais en moins drôles. Les scènes émotion sont les mêmes, mais en pas crédible. Les rôles sont les mêmes, mais avec de mauvais jeux d'acteur. Les enfants sont les mêmes, mais le nymphomane en moins.

Bref, vous l'aurez compris : Starbuck n'a aucun souci à se faire.

 

 

MALAVITA_Affiche-Teaser.jpgMalavita, de Luc Besson, 1h45 ***

Alors c'est sûr, ça aurait pu être mieux. Je lis par-ci par-là que Besson a fait du Besson, qu'il n'a pas fait d'effort pour adapter le roman de Benaquista. Que je n'ai pas encore lu.

Et ben, moi, j'ai aimé. Les acteurs sont parfaits (Robert de Niro, Michelle Pfeiffer en têtes d'affiche), l'humour est là (qui aurait être plus présent comme, je le suppose, dans le roman éponyme, chez Gallimard et Folio). C'est un peu attendu, mais ça se regarde franchement avec beaucoup de plaisir !

Cela dit, je lirai quand même le roman et sa suite (Malavita encore) parce que je me suis attaché à cette petite famille de mafieux contrainte de se cacher et que je veux vite les retrouver !

 

 

les-garcons.jpgLes garçons et Guillaume, à table !, de Guillaume Gallienne, 1h20 *

C'est l'histoire d'un garçon qui veut être une fille. Puis il veut être sa mère. Puis il pense que sa mère ne veut pas, alors il décide d'être toutes les autres femmes à la fois. Il est efféminé à mort, a peur des chevaux, est amoureux d'un garçon, apprend le flamenco en Espagne, essaie de coucher avec un homme. Et finalement, il devient hétéro. Mais sa mère ne le croit pas.

Voilà, c'est l'histoire de Guillaume Gallienne qui, sur une scène de théâtre, raconte son histoire. Et ça devient un film. Et toutes les blagues sont dans la bande-annonce. Et c'est super chiant. Reste qu'il refait bien sa mère.

 

 

The-Hunger-Games-Catching-Fire-Lembrasement-Affiche-Finale-.jpgHunger Games 2, L'embrasement,

de Francis Lawrence, 2h20 ****

Exit Gary Ross (Pleasantville, Pur sang la légende de Seabiscuit), bienvenue à Francis Lawrence (Constantine, Je suis une légende, De l'eau pour les éléphants). Et c'est franchement beaucoup mieux. Plus fidèle au livre, mieux réalisé, plus compréhensible (bonjour les détails pas expliqués ou survolés, histoire que les non-lecteurs ne comprennent rien, dans le premier!), ce deuxième volet est tout autant spectaculaire et ravira les fans.

J'ai juste trouvé le jeu de Jennifer Lawrence un peu mauvais (cf la première scène émotion où elle passe dix secondes à se tordre la bouche dans tous les sens pour faire croire qu'elle est triste) et les doublages français atroces (ceux de Liam Hemsworth, mon dieu...) au début du film.

L'arrêt brutal du film est rageant, vivement la suite.

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Zazie, Cyclo Tour, au Zénith de Paris, 29 novembre 2013

Publié le par Sébastien Almira

ATTENTION SPOILERS

 

Photo bientôt (bug en cours)

 

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Alors que son huitième album studio, Cyclo, paru il y a quelques mois, est une catastrophe commerciale (article ici), Zazie entame une tournée des Zénith, pas toujours complets. La semaine dernière, elle s'est produite par trois fois à Paris, j'y étais.

 

En première partie, nous avons eu droit à Papillon Paravel, avec qui Zazie avait partagé le titre Je te tiens sur son précédent album. Je n'avais pas apprécié le duo et n'étais donc pas ravi de le voir sur scène, mais j'ai été agréablement surpris par les deux premiers titres chantés, avant que sa voix, sa nonchalance, ses mélodies et son trip sur les oiseaux ne m'agacent.

 

Puis place à la faiseuse de tubes, celle qui sait mener son public à la baguette, faisant répéter des aïe aïe aïe, des ouïe ouïe ouïe et des ouaf ouaf, faisant chanter Rodéo, Larsen ou Je suis un homme à la salle entière, faisant sauter la fosse et taper des pieds les gradins sur Rue de la paix. Mais voilà que la chanteuse a décidé de surprendre, rendant honneur à son dernier album assez mélancolique. Le rideau s'ouvre et elle entonne Où allons-nous, une ballade dont le premier couplet est incompréhensible sur scène, mais qui finira par un instrumental démentiel. La machine est lancée, Zazie alterne les tubes (Larsen, Ça fait mal et ça fait rien, Rodéo, Je suis un homme, Adam et Yves...) et les titres plus sombres, plus lents (Des astres, Les contraires, Je ne sais pas, Chanson d'ami, J'envoie valser...).

Quel plaisir de pouvoir chanter les incontournables live (Rodéo, Je suis un homme, Larsen, Adam et Yves), de retrouver des titres pas chantés depuis un moment (Ça fait mal et ça fait rien, La dolce vita) et surtout d'avoir enfin certains titres de 7 oubliés lors de la précédente tournée (L'amour dollar <3, Electro libre, Polygame).

Côté déception, l'oublie de Mademoiselle, peut-être le plus joli titre de l'album Cyclo, et je me serais bien passé du titre Des Astres (mon dieu, quel ennui), d'un (faux) final encore sur Ça, et de la version perturbante et décevante de Rue de la paix, qui commence comme une ballade de Björk pour finir sur du rock, mais sans le synthé qui fait tout le charme de la chanson originale. Le public est resté de marbre un moment.

D'ailleurs, pour avoir vu Zazie en concert à chaque tournée depuis le Rodéo Tour en 2005, j'ai trouvé qu'il y avait une baisse de régime dans le public, comme pour la dernière tournée de Mylène Farmer (article ici et ici). Avant, le public balançait les bras au rythme des ballades et applaudissait à tout rompre sur les tubes. Là, il fallait, autant pour l'une que pour l'autre, qu'elle fasse le geste, pour que les gens applaudissent. C'est un peu étrange comme ambiance de concert mais enfin.

Heureusement que Zazie sait mettre l'ambiance, tant en musique qu'en petites pauses humour, du genre « et si on racontait une histoire, les gars ! » Et Zazie de descendre au niveau de la fosse pour demander à quelques personnes d'enchaîner les phrases afin de raconter l'histoire du Vicomte de Trucmuche de la Pénardière qui veut sortir avec la Princesse de PrunaBella, mais attention parce que le Maradja débarque et est à fond sur le vicomte... Ou encore avec l'intermède Caïpirinha où elle raconte ses interviews pour Cyclo où tout le monde lui demandait si elle allait bien parce que quand même l'album il est un peu mélancolique et il laisse un sentiment de tristesse un peu diffus et je me souviens plus quoi. Du coup, elle se dit qu'en réinterprétant ses titres tristes sur de la musique joyeuse, ça passera mieux, et voilà qu'on se retrouve avec Temps plus vieux, Sur toi, Je suis un hommeet Un point c'est toi à la sauce brésilienne !

 

Au final, c'est un très bon et très beau (jeux de lumières et d'écrans particulièrement réussis) concert que Zazie, en tailleur bleu marine à pois et chapeau, a partagé avec son public. Deux heures de tubes, de ballades, de chansons-surprise, d'humour, de musiciens qui s'amusent (période « acoustique » habituelle (mais pas chiante, cette fois : marre des réinterprétations plus molles tu meurs à la guitare acoustique) où chacun est venu s'asseoir sur le bord de la scène avec des petits claviers portatifs, avec au programme Chanson d'amour, Chanson d'ami, et petits instrumentaux).

Zazie était accompagnée, pour notre plus grand plaisir, de l'indispensable Matthieu Rabaté à la batterie, de l'amoureux Philippe Paradis à la guitare, d'Olivier Coursier d'AaRON aux claviers et à la programmation et de ceux dont j'ai oublié le nom.

 

 

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Bergsveinn Birgisson, La Lettre à Helga, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, 130 pages, Zulma, août 2013, 16,50 € *

Publié le par Sébastien Almira

 

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Ah ! La lettre à Helga ! Vous aussi, vous en avez entendu un bien fou en librairie, à la télé, dans la presse, chez des amis ? Face à ce terrible complot, j'ai été bien obligé de lire cette merveille. Et ce fut également l'occasion de participer pour la seconde fois aux matches de la rentrée PriceMinister.

Et comme avec Limonov d'Emmanuel Carrère, je suis encore à la bourre pour rendre ma critique. Mais, cette fois, ce n'est pas juste pas fainéantise. Non, cette fois, c'est parce que j'avais du mal à avancer dans le livre, pourtant très court. Mais que voulez-vous, quand rien ne vous donne envie de continuer la lecture...

 

C'est donc l'histoire d'un homme, Bjarni, qui écrit une lettre, vous l'aurez compris, à Helga. Une longue lettre à la seule femme qu'il ait vraiment aimée. C'est l'occasion pour le brave Bjarni de nous parler d'Unnur, sa femme qui vient de mourir d'une longue maladie. Elle qui avait bien compris (« C'est elle que tu aurais dû prendre. Et pas une brebis stérile comme moi. C'est elle que tu as toujours voulue, pas moi. » page 13). L'occasion de nous parler de son élevage de moutons, des pêches solitaires, de son travail de contrôleur du fourrage ou encore de son neveu Marteinn. L'occasion de découvrir comment il est devenu l'amant de cette Helga. Quelle idée saugrenue, d'ailleurs, que de raconter cette histoire à la principale intéressée, comme si elle n'était pas au courant qu'un jour ils ont été les derniers à descendre des pâturages et que tout le monde en a profité pour lancer la rumeur qui a changé leur vie : ils étaient amants. Sous les regards accusateurs et les paroles en douce, Bjarni se dit que, quitte à souffrir de cette situation jusque dans le lit conjugal, autant que la rumeur soit fondée. Et à partir de là, Helga gagna son cœur.

 

On m'avait vendu ça comme un roman magnifique, une histoire merveilleuse, une lettre touchante, un homme avec de l'humour. Et autant vous le dire sans détour : je me suis ennuyé ferme. Ce n'est pourtant pas un mauvais livre. L'écriture est intéressante, agréable, mais le propos m'a laissé de marbre. Cependant, je ne doute pas que cette Lettre à Helga continuera d'enchanter nombre de lecteurs et de lectrices.

 

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Merci à Olivier Moss et aux Matches de la Rentrée PriceMinister pour l'envoi de ce livre.

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