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Marie-Sabine Roger, Trente-six chandelles, roman, 270 pages, Rouergue, août 2014, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

                     


« Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. Plus le temps passe, plus on est ligoté, bâillonné, serré dans une gangue. Incapable de bouger, de parler.
D'exister.
 » page 182


Dans la famille Decime (autrefois Décimé), on meurt le matin de son trente-sixième anniversaire à onze heures précises lorsqu'on est de sexe masculin. En prévision de ce jour fatidique, Mortimer a fait le vide dans sa vie. Tout est prêt pour le grand départ, plus d'appartement, plus de boulot, plus d'attache amoureuse, plus de voiture, etc.
Mais le jour de ses trente-six ans, le destin en a décidé autrement : Mortimer est aussi vivant à 10h qu'à midi. Il passe en revue toutes les possibilités. S'est-il trompé de jour ? Une erreur sur son acte de naissance ? Une histoire d'adultère ? Une mauvaise blague ?
Mortimer en est tout chamboulé. C'est qu'il n'avait pas prévu la possibilité de ne pas mourir, pas prévu d'avoir des projets, pas su garder Jasmine puisque quel intérêt d'avoir une relation vouée à une mort certaine ? Mortimer n'avait simplement pas prévu de devoir vivre.

En compagnie de quelques personnages fort sympathiques (Jasmine, « petit moineau aux allures de fille, qui croyait à la gentillesse, mangeait des graines germées, des cheesecakes, des Nuts et des steaks de soja, et s'habillait en farfadet tout juste arrivé de la lune » avec « sa folie douce, sa naïveté exaspérante, son bonnet ridicule », son amoureuse, et Paquita et Nassardine, elle aux allures de drag queen et lui, l'Arabe le plus gentil du monde, ses meilleurs amis un peu caricaturaux mais tellement attendrissants et humains), Mortimer nous raconte sa vie, ce qui est arrivé avant sa première mort.
Des bribes de sa jeunesse à sa relation originale avec Jasmine en passant par son adolescence où il rencontre Paquita et Nassar dans leur camion à crêpes à la sortie du collège (les meilleures de toute la ville!) et la saga des morts tragiques mais plutôt drôles de ses ancêtres mâles, vous saurez tout des trente-six premières années de Mortimer Decime.

« Paquita est une somme d'improbabilités. J'en ai pris l'habitude, et si je la voyais avec une jupe aux genoux, ou un haut sagement boutonné jusqu'au col, ça me choquerait davantage que de la voir ainsi, fringuée en grande Lulu qui s'en va aux asperges. On ne peut pas dire qu'elle soit vulgaire, on est dans une autre dimension. Personne d'autre qu'elle ne pourrait s'accoutrer de cette façon au même âge (à part certaines bourgeoises et putains en retraite).
Paquita est irracontable. Avec ses kilos et ses plis, ses cils plâtrés de rimmel, ses jupes de pétasse et ses décolletés de plus en plus profonds pour rattraper ses seins qui se font un peu la malle, elle est juste touchante. Dès qu'on la voit, on sait qu'elle naïve, et qu'elle aime la vie. On sent qu'elle pourrait tout lâcher dans l'instant pour aider quelqu'un en détresse. » pages 21-22

À vrai dire, je ne m'attendais pas à ça. À tort, je pensais lire les tribulations d'un homme de trente-six balais qui doit réapprendre à vivre. Et ça a un peu fait chuter le degrés de plaisir de lecture. D'autant que, même si la lecture est plutôt agréable (surtout avec l'arrivée du personnage de Jasmine), elle n'a pas été pour moi source d'un plaisir intense. Pas l'ombre d'une furieuse envie de tourner la page, pas d'éclat de rire, pas de larmes, pas de folie finalement dans ce roman plutôt sympathique.
Quand, en plus, page 145, Marie-Sabine Roger a osé écrire (et ne me parlez pas de différence entre un narrateur et un auteur !) que le sirop d'orgeat était (avec le Schweppes) la boisson la plus immonde au monde, mon sang n'a fait qu'un tour !
Pour terminer sur une note plus positive et objective, sachez que derrière mes petites jérémiades, je trouve que 36 chandelles est un roman agréable et sympathique, avec des personnages agréables et sympathiques, porté par une écriture agréable et sympathique. Ne voyez pas dans cette suite de répétitions à l'allure moqueuse une quelconque ironie de ma part, c'est juste que 36 chandelles est un roman agréable et sympathique.

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