Gemma Malley, La Déclaration, 3 tomes, Naïve ****

Publié le par Sébastien Almira

 

La Déclaration, tome 1, 360 pages, 2007, 16 € *****

La Résistance, tome 2, 410 pages, 18 € ****

La Révélation, tome 3, 330 pages, 18 € ****

 

 

1.jpgAvec les avancées scientifiques et technologiques, il arrive forcément un moment où nos égos surdimensionnés nous amènent à faire et cautionner de terribles choses. En 2140, le traitement Longévité permet la renouvellement des cellules. Plus de maladies ; en 2140 on ne meurt plus. Quelques comprimés par jour et l'éternité est à vous. Mais cette chance a un prix : si plus personne ne quitte cette terre, plus personne n'a le droit d'y naître. À moins de s'affranchir à seize ans et de ne plus prendre la Longévité. La vie devient alors un enfer : maladies, fatigue, souffrances, la peau qui se dessèche, les cheveux qui tombent, la vie quoi.

Ceux qui se rendent coupable de procréation sont doublement punis. Ils écopent de plusieurs années de prison et leur enfant est envoyé en Foyer de Surplus. Car tout enfant Illégal est considéré comme un Surplus et doit apprendre Où-Est-Sa-Place en devenant homme ou femme à tout faire au service d'un Légal. Lavage de cerveau et obéissance sont les maîtres mots de leur éducation. Ils doivent apprendre à ne pas penser, à obéir et détester leurs parents, ces monstres égoïstes qui les ont mis au monde en dépit des risques et dont ils doivent racheter la dette pour mériter leur semblant de place dans une société de consommation poussée à l'extrême.

 

« Je jure de payer ma dette, d'obéir,

Et d'être digne des Légaux pour les servir.

Je fais vœu de porter la Honte des Surplus

Et de racheter ma Faute envers Mère Nature.

Je fais vœu d'écouter, non de parler ;

De combler mes faiblesses et de me perfectionner.

Je jure de travailler dur et de respecter

La volonté de l'État si mon nom est appelé. »

 

2.jpgC'est dans le Foyer pour Surplus de Grange Hall, à quelques kilomètres de Londres qu'Anna apprend la cuisine, le ménage, l'art de devenir invisible tout en restant à l'entière disposition de son futur Maître. Dans six mois à peine elle sera un Bon Élément et pourra être employée. Anna est un Surplus modèle, elle ne se pose pas de question et sait Où-Est-Sa-Place.

Mais un nouveau débarque au Foyer. Peter n'a été rabattu qu'à quinze ans, ce qui provoque quelques interrogations. Comment a-t-il pu se cacher des Rabatteurs aussi longtemps ? Comment s'est-il débrouillé pour se faire prendre après tout ce temps ? En tout cas, Anna ne veut rien entendre. Il a beau tenter de lui parler, elle refuse de l'écouter. Surtout qu'il essaie de lui mettre dans la tête le contraire de ce qu'on lui a enseigné à Grange Hall. Il lui parle de l'extérieur, du Réseau Souterrain, de ses parents, de la vie. Selon lui, les parents d'Anna seraient toujours vivants et il s'est montré au grand jour pour que les Rabatteurs le conduise à Grange Hall afin qu'il puisse sauver Anna. Persuadé qu'il ment pour se montrer intéressant ou pour tester son esprit avant de devenir un Bon Élément, elle tente de le raisonner et finit par ne plus l'écouter du tout.

Malgré son obstination, les paroles de Peter la taraudent. Et s'il y avait une vie possible pour elle à l'extérieur, avec des parents qui l'aiment et ne la considèrent pas comme un fardeau ? Et si le Réseau Souterrain existait réellement, qui était là pour mener une révolution, libérer les Surplus et remettre un peu d'ordre dans le cycle de la vie ?

 

« Julia Sharpe se souvenait d'une époque, du temps de sa jeunesse, où l'énergie était encore disponible à volonté et où les gens pensaient que le recyclage suffisait. Avant que des îles se retrouvent englouties sous la mer et avant que la fin du Gulf Stream transforme l'Europe en cette étendue froide et grise qu'elle était devenue à présent, avec ses étés courts et ses longs hivers glacés. Avant que les politiciens soient contraints à l'action, parce que leur nouvelle vie éternelle signifiait qu'eux-même, et non les générations futures, auraient à subir les conséquences de la dégradation climatique mondiale. » page 239

 

3.jpgVoilà enfin une saga traduite de l'anglais pour adolescents où le style est aussi travaillé que l'intrigue. Malgré des phrases souvent courtes et abruptes, Gemma Malley parvient à imposer une écriture agréable et poétique.

On pourra reprocher trois choses pour chaque tome à l'Anglaise. Dans le premier, le retournement de situation auquel on s'attend forcément arrive de manière trop abrupte. « Non » pendant longtemps et, du jour ou lendemain, c'est « oui ». Ainsi que le final où, sans vous en dire plus, trois d'un coup c'est un peu gros, vous verrez par vous-même. Enfin, le deuxième tome, comme souvent dans les trilogies adolescentes, traîne un peu en longueur. L'action y est quasi perpétuelle mais on sent que l'auteure a comblé pour tenir trois tomes.

Exceptés ces détails, la trilogie de Gemma Malley reste bluffante à plusieurs égards. L'intrigue est savamment construite et très prenante, on stoppe difficilement sa lecture. Les thèmes comme l'écologie, la survie de la planète, le droit à la différence, la politique, l'inégalité des chances, le pouvoir, la société de consommation ou encore la tolérance sont abordés de manière assez importante pour sensibiliser les jeunes lecteurs (et les moins jeunes qui en ont également besoin). Le style, pour du roman ado traduit, est étonnamment bon.

 

Les éditions Naïves montrent une fois de plus qu'il ne suffit pas d'être une grosse structure pour publier des romans pour adolescents de qualité. Indéniablement, la trilogie de Gemma Malley a sa place dans les meilleurs romans jeunesse.

 

 

 

tout.png

Commenter cet article

lasardine 23/08/2011


j'ai beaucoup aimé les deux premiers, et le troisième est arrivé récemment sur ma PAL... je ne lis pas ton billet, pour garder toute la saveur de la découverte ;)


colville 07/09/2014

L'ami, comment dire ça sans te brusquer ? Je pense que tes notions de graphismes et de lisibilité sont malheureusement proche de........ Bon, pardon, je dis ça pour toi, mais vraiment : gris sur noir ? Vraiment ? Ou ce bleu électrique agressif ? Résultat : impossible de connaître la teneur de ton propos. Pour toi-même et par respect pour tes éventuels lecteurs, change-moi ça vite fait.


Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog