Marie-Sabine Roger, Trente-six chandelles, roman, 270 pages, Rouergue, août 2014, 20 € **

Publié le par Sébastien Almira

                     


« Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. Plus le temps passe, plus on est ligoté, bâillonné, serré dans une gangue. Incapable de bouger, de parler.
D'exister.
 » page 182


Dans la famille Decime (autrefois Décimé), on meurt le matin de son trente-sixième anniversaire à onze heures précises lorsqu'on est de sexe masculin. En prévision de ce jour fatidique, Mortimer a fait le vide dans sa vie. Tout est prêt pour le grand départ, plus d'appartement, plus de boulot, plus d'attache amoureuse, plus de voiture, etc.
Mais le jour de ses trente-six ans, le destin en a décidé autrement : Mortimer est aussi vivant à 10h qu'à midi. Il passe en revue toutes les possibilités. S'est-il trompé de jour ? Une erreur sur son acte de naissance ? Une histoire d'adultère ? Une mauvaise blague ?
Mortimer en est tout chamboulé. C'est qu'il n'avait pas prévu la possibilité de ne pas mourir, pas prévu d'avoir des projets, pas su garder Jasmine puisque quel intérêt d'avoir une relation vouée à une mort certaine ? Mortimer n'avait simplement pas prévu de devoir vivre.

En compagnie de quelques personnages fort sympathiques (Jasmine, « petit moineau aux allures de fille, qui croyait à la gentillesse, mangeait des graines germées, des cheesecakes, des Nuts et des steaks de soja, et s'habillait en farfadet tout juste arrivé de la lune » avec « sa folie douce, sa naïveté exaspérante, son bonnet ridicule », son amoureuse, et Paquita et Nassardine, elle aux allures de drag queen et lui, l'Arabe le plus gentil du monde, ses meilleurs amis un peu caricaturaux mais tellement attendrissants et humains), Mortimer nous raconte sa vie, ce qui est arrivé avant sa première mort.
Des bribes de sa jeunesse à sa relation originale avec Jasmine en passant par son adolescence où il rencontre Paquita et Nassar dans leur camion à crêpes à la sortie du collège (les meilleures de toute la ville!) et la saga des morts tragiques mais plutôt drôles de ses ancêtres mâles, vous saurez tout des trente-six premières années de Mortimer Decime.

« Paquita est une somme d'improbabilités. J'en ai pris l'habitude, et si je la voyais avec une jupe aux genoux, ou un haut sagement boutonné jusqu'au col, ça me choquerait davantage que de la voir ainsi, fringuée en grande Lulu qui s'en va aux asperges. On ne peut pas dire qu'elle soit vulgaire, on est dans une autre dimension. Personne d'autre qu'elle ne pourrait s'accoutrer de cette façon au même âge (à part certaines bourgeoises et putains en retraite).
Paquita est irracontable. Avec ses kilos et ses plis, ses cils plâtrés de rimmel, ses jupes de pétasse et ses décolletés de plus en plus profonds pour rattraper ses seins qui se font un peu la malle, elle est juste touchante. Dès qu'on la voit, on sait qu'elle naïve, et qu'elle aime la vie. On sent qu'elle pourrait tout lâcher dans l'instant pour aider quelqu'un en détresse. » pages 21-22

À vrai dire, je ne m'attendais pas à ça. À tort, je pensais lire les tribulations d'un homme de trente-six balais qui doit réapprendre à vivre. Et ça a un peu fait chuter le degrés de plaisir de lecture. D'autant que, même si la lecture est plutôt agréable (surtout avec l'arrivée du personnage de Jasmine), elle n'a pas été pour moi source d'un plaisir intense. Pas l'ombre d'une furieuse envie de tourner la page, pas d'éclat de rire, pas de larmes, pas de folie finalement dans ce roman plutôt sympathique.
Quand, en plus, page 145, Marie-Sabine Roger a osé écrire (et ne me parlez pas de différence entre un narrateur et un auteur !) que le sirop d'orgeat était (avec le Schweppes) la boisson la plus immonde au monde, mon sang n'a fait qu'un tour !
Pour terminer sur une note plus positive et objective, sachez que derrière mes petites jérémiades, je trouve que 36 chandelles est un roman agréable et sympathique, avec des personnages agréables et sympathiques, porté par une écriture agréable et sympathique. Ne voyez pas dans cette suite de répétitions à l'allure moqueuse une quelconque ironie de ma part, c'est juste que 36 chandelles est un roman agréable et sympathique.

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Prix littéraires 2014 (Mises à jour régulières)

Publié le par Sébastien Almira

                               

À chaque rentrée de septembre sa course aux Prix. La saison 2014 est lancée avec l'annonce des premières sélections Renaudot, Goncourt et Flore.
Avant la première annonce, j'avais parié qu'Emmanuel Carrère, David Foenkinos, Eric Reinhardt, Aurélien Bellanger, Adrien Bosc, Christophe Donner, Gilles Martin-Chauffier, Patrick Deville et Grégoire Delacourt seraient dans toutes les sélections. Mauvais pari sur Carrère qui domine pourtant l'espace médiatique littéraire du moment ainsi que les meilleures ventes, derrière Amélie Nothomb, ainsi que pour Deville, mais les listes n'ont pas fini de tomber et j'ai vu juste sur pas mal d'autres (même si mes pronostics ne sont pas non plus extravagamment insolites).
On remarquera encore un fois la suprématie de Gallimard (4
+ 1 POL sélectionnés au Goncourt, 4 au Renaudot, 4 + 1 Verticales + 1 Denoël au Prix de Flore), suivi de près par Grasset (3 au Goncourt et 3 au Renaudot). Remarquons également la double présence (Goncourt et Renaudot) de Kamel Daoud avec Meursault, contre-enquête publié ches Actes Sud en mai et la triple présence d'Adrien Bosc avec Constellation chez Stock.
Enfin, j'espère que Pierre Demarty saura convaincre le jury du Prix de Flore avec son jubilatoire En face chez Flammarion !


MAJ 07/09/2014
Première sélection Goncourt
Première sélection Renaudot
Première sélection Prix de Flore

MAJ 09/09/2014
Première sélection Prix Wepler / Fondation La Poste



                      
 

PRIX GONCOURT
Adrien Bosc, Constellation, Stock
Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, Actes sud
Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur, JC Lattès.
Pauline Dreyfus, Ce sont des choses qui arrivent, Grasset
Clara Dupont Monod, Le roi disait que j’étais diable, Grasset
Benoît Duteurtre, L’ordinateur du paradis, Gallimard
David Foenkinos, Charlotte, Gallimard
Fouad Laroui, Les tribulations du dernier Sijilmassi, Julliard
Gilles Martin-Chauffier, La femme qui dit non, Grasset
Mathias Menegoz, Karpathia, POL
Eric Reinhardt, L’amour et les forêts, Gallimard 
Emmanuel Ruben, La ligne des glaces, Rivages
Lydie Salvayre, Pas pleurer, Seuil
Joy Sorman, La peau de l’ours, Gallimard
Eric Vuillard, Tristesse de la terre, Actes sud

PRIX RENAUDOT

Adrien Bosc, Constellation (Stock)
Geneviève Brisac, Dans les yeux des autres (L’Olivier)
Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête (Actes Sud)
Clara Dupont-Monod, Le roi disait que j’étais le diable (Grasset)
Christophe Donner, Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive (Grasset)
Dominique Fabre, Photos volées (L’Olivier)
Frederika Amalia Finkelstein, L’oubli (L’Arpenteur/Gallimard)
David Foenkinos, Charlotte (Gallimard)
Dalibor Frioux, Incident voyageurs (Seuil)
Marie-Hélène Lafon, Joseph (Buchet-Chastel)
Pierre-Yves Leprince, Les enquêtes de monsieur Proust (Gallimard)
Laurent Mauvignier, Autour du monde (Minuit)
Gilles Martin-Chauffier, La femme qui dit non (Grasset)
Jean-Marc Moura, La musique des illusions (Albin Michel)
Amélie Nothomb, Pétronille (Albin Michel)
Eric Reinhardt, L’amour et les forêts (Gallimard)
Lydie Salvayre, Pas pleurer (Seuil)

PRIX DE FLORE
Aurélien Bellanger, L’aménagement du territoire (Gallimard)
Adrien Bosc, Constellation (Stock)
Pierre Demarty, En face (Flammarion)
Frederika Amalia Finkelstein, L’oubli (L'Arpenteur/Gallimard)
Fabrice Gaignault, Vie et mort de Vince Taylor (Fayard)
Ismaël Jude, Dancing with myself (Verticales)
Eric Maravelias, La faux soyeuse (Série noire/Gallimard)
Franck Maubert, Visible la nuit (Fayard)
Olivier Maulin, Gueule de bois (Denoël)
François Roux, Le bonheur national brut (Albin Michel)
Anna Rozen, J’ai eu des nuits ridicules (Le Dilettante)
Leïla Slimani, Dans le jardin de l'ogre (Gallimard)

PRIX WEPLER / FONDATION LA POSTE
Thierry Beinstingel, Faux nègres (Fayard)
Marie-Claire Blais, Aux Jardins des Acacias (Seuil)
Sophie Divry, La condition pavillonnaire (Noir sur Blanc/Notabilia)
Élisabeth Filhol, Bois II (P.O. L)
Jean-Hubert Gailliot, Le Soleil (L'Olivier)
Hedwige Jeanmart, Blanès (Gallimard)
Luba Jurgenson, Au lieu du péril (Verdier)
Mathias Menegoz, Karpathia (P.O.L)
Fiston Mwanza Mujila, Tram 83 (Métaillé)
Sylvain Prudhomme, Les grands (L’Arbalète/Gallimard)
Éric Vuillard, Tristesse de la terre – Une histoire de Buffalo Bill Cody (Actes Sud)
Cécile Wajsbrot, Totale éclipse (Christian Bourgois
)
 

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Pierre Deschavannes, Belle gueule de bois, roman illustré à partir de 14 ans, 60 pages, Rouergue Doado, août 2014, 8,30 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                  

Pierre Deschavannes a écrit et illustré son premier roman. Des illustrations pas toutes aussi belles, intéressantes et intelligibles, que l'auteur « a voulues brutes, contemplatives et brouillonnes, comme pour nous confirmer que nous sommes bien en territoire sensible, le sien. » (quatrième de couverture) En tout cas, le principe est intéressant et sert assez bien le récit d'un amour père-fils pas forcément beau, facile et intelligible. Comme quoi, les illustrations sont à l'image de cet amour.

C'est Pierre, le fils, qui nous raconte cette histoire. Sur quelques jours seulement, il dessine dans nos têtes le chemin de croix de l'amour qu'il porte à son père. Son père, le solitaire, le chômeur, l'ivrogne, fascine autant qu'il effraie mais pour Pierre, c'est un père, et « une mère se porte dans le cœur et un père dans les tripes » (page 16)



                                                                                page 26

Voilà, c'est aussi simple que ça, l'histoire, même si l'on croise quelques personnages comme le seul pote de Pierre, un grand black nommé Omar, ou la petite Loula, persuadée que son père est vendeur de chocolat. C'est simple et très court, mais ça suffit pour nous donner une petite leçon émouvante mais pas du tout lacrymale ni moralisatrice, sur l'amour d'un fils à son père envers et contre tout et tous.

Pierre Deschavannes, Belle gueule de bois, roman illustré à partir de 14 ans, 60 pages, Rouergue Doado, août 2014, 8,30 € ****

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Le cinéma d'août 2014 (Lucy / Nos pires voisins / Boyhood / Le rôle de ma vie)

Publié le par Sébastien Almira


                        
Lucy, de Luc Besson, 1h30 ****
Avec Lucy, Luc Besson signe un retour d'enfer. Mêlant à merveille le film d'action à suspense et une intrigue scientifique qui pourrait tenir de la science-fiction (puisqu'il prend comme point de départ une théorie non prouvée, à savoir que l'humain n'utilise que 10 % de ses capacités cérébrales), il pond un bon gros blockbuster idéal pour l'été avec Scarlett Johansson et Morgan Freeman à l'affiche.

Humour, action, suspense, intrigue intelligente et intelligible, bande originale, effets spéciaux, tout est bon dans le Besson. J'ai toutefois l'impression que les amateurs de gros films d'action risquent d'être déçus de ne pas avoir que ça et que les amateurs de films plus « intelligents » diront exagérément que c'est un film facile et grossier.
Décidément, Luc Besson n'est pas encore prêt à plaire à tout le monde.


                        
Nos pires voisins, de Nicholas Stoller, 1h35 °
Histoire de passer rapidement sur cette bonne grosse daube pour Américains peu exigeants, cliquez directement sur ce lien, vous verrez le seul point digne d'intérêt du film sans avoir besoin de vous taper ce duo d'acteurs complètement ridicules qui essaient de se débarrasser d'une confrérie d'étudiants qu foutent le bordel tous les soirs dans la maison voisine.



                        
Boyhood, de Richard Linklater, 2h40 ****
Suivre l'histoire d'une famille sur douze ans avec les mêmes acteurs est un beau pari qu'a brillament relevé Richard Linklater. Il n'y franchement rien d'autre à dire, si ce n'est que ça finit quand même par devenir longuet, et qu'on aimerait voir ce genre de procédé un peu plus souvent au lieu de changer d'acteur parfois de façon catastrophique (comme dans Nymphomaniac).



                        
Le rôle de ma vie, de Zach Braff, 1h45 ****
Il a joué et réalisé plusieurs épisodes de la série Scrubs, il fait également les deux dans ce joli film où il tient le rôle principal. Celui de Aidan Bloom, Juif peu croyant qui devrait changer de mode de vie, délaisser son rêve de comédien et devenir un adulte afin de sauver son couple et sa famille d'une crise imminente. Entre Los Angeles, le désert californien et ses propres rêves, saura-t-il trouver le véritable rôle de sa vie ?
Bien fait, bien joué, avec un petit grain de folie en prime, Le rôle de ma vie fait rire et pleurer, et c'est bon !

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Chuck Palahniuk, Damnés, roman traduit de l'anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié, 290 pages, Sonatine, août 2014, 17 € ****

Publié le par Sébastien Almira

              


« Et n'allez PAS vous imaginer que la vie me manque. COMME SI ça allait me manquer, d'être obligée de grandir, d'avoir du sang qui coule de ma zigounette tous les mois, d'apprendre à conduire un véhicule à combustion interne fonctionnant aux énergies fossiles, de regarder des films interdits aux moins de 16 ans sans un parent ou un chaperon, puis de boire de la bière au tonneau, de gâcher quatre ans de ma vie pour décrocher un diplôme bidon en histoire de l'art avant qu'un mec quelconque me remplisse de sperme et que je sois obligée de trimballer un gros bébé dans mon ventre pendant presque une année entière. Zut alors ! – le sarcasme est intentionnel. Je rate vraiment quelque chose ! Et non, n'y voyez aucune amertume. Quand je regarde toutes les saloperies auxquelles j'échappe, il m'arrive de remercier le bon Dieu d'avoir fait une overdose. Et voilà, j'ai encore prononcé « Son » nom. Mince ! Je suis vraiment nulle. » page 109

Madison Spender a treize ans, elle est la fille de richissimes pontes du cinéma américain. Du genre à avoir plusieurs propriétés à travers le monde qu'ils prennent un malin plaisir à surveiller le jour comme la nuit afin de s'assurer que la bonne fait briller comme il faut le miroir de la salle de bain qui ne sera pas utilisé avant plusieurs mois et plusieurs autres nettoyages. Du genre à manger bio mais à se remplir de Xanax et de drogues en tout genre. Du genre à adopter dans les pays défavorisés des enfants qui seront montrés au monde entier avant de disparaître dans des internats suisses. Des parents qui « estimaient que (son) enfance devait être l'enfance qu'ils auraient rêvé d'avoir, fourmillante de sexe sans lendemain, de drogues récréatives et de rock. Avec tatouages et piercings. (…) Pour (ses) deux parents, le monde est une bataille pour attirer l'attention des autres, une guerre pour se faire entendre. » Des parents qui lui montrent, à treize ans, un extrait tiré d'un mauvais film pornographique pour lui expliquer que les bébés ne naissent plus dans les choux ou dans les roses (scène mémorable et hilarante, pages 156 à 159)


                        

« Il s'accroupit à côté du fauteuil et me met l'ordinateur de poche sous les yeux. Il fait coulisser l'écran et presse Ctrl, Alt, P. À l'écran apparaît notre salle multimédia de Prague. Il trifouille jusqu'à ce que la télévision emplisse l'écran du mini-ordinateur, puis tape Ctrl, Alt, L et fait défiler une liste de titres de films. Il sélectionne un film. Une seconde plus tard, l'écran de l'ordinateur s'emplit d'un enchevêtrement de bras et de jambes, de testicules qui pendouillent et de sein en silicone gélatineux.
Oui, je suis peut-être vierge, vierge et morte, et je ne connais rien à la sexualité passé le flou artistique des métaphores de Barbara Cartland, mais je sais reconnaître un faux nichon quand j'en vois un.
Cinématographiquement, la réalisation est atroce. Ils sont entre deux et vingt. Des hommes et des femmes qui s'empoignent, frénétiquement affairés à violer tous les orifices disponibles avec tous les doigts, phallus et langues dont ils disposent. Des corps humains entiers semblent disparaître dans d'autres corps. L'éclairage est effroyable, et le son a visiblement été doublé par des amateurs qui travaillent sans synopsis valable. Ce que j'ai devant moi ne ressemble pas tant à des relations sexuelles qu'à une fosse commune dont les occupants se tortilleraient encore, pas tout à fait morts mais déjà en décomposition.
Ma mère sourit. Elle désigne l'écran du menton et dit : « Tu comprends, Maddy ? C'est de là que viennent les bébés.
- Et l'herpès, ajoute mon père. »
pages 158-159

Mais à treize ans, ce n'est pas la seule découverte que va faire Maddy : elle, plutôt du genre « la fille grosse et intelligente dotée d'un cerveau brillant, la première de la classe qui porte des chaussettes toutes simples, solides, et qui se tient loin du terrain de volley-ball, des manucures et des gloussements », se retrouve en Enfer, persuadée d'avoir fait une overdose de marijuana.
Narratrice de Damnés, elle nous conte par le sommaire la vie au royaume de Satan qui se révèle n'être pas du gâteau, mais pas non plus seulement un enfer. « Non, ce n'est pas juste, mais si nous considérons que la Terre est un enfer, c'est parce que nous nous attendons à ce qu'elle soit un paradis. La Terre, c'est la Terre. La mort, c'est la mort. Vous pourrez le constater par vous-mêmes en temps voulu. Ça ne servirait à rien de vous tracasser exagérément. »( page 15)
N'empêche que vous saurez tout, ou presque, de la vie ici-bas. Des monstres mythologiques qui vous dévorent dans des conditions effroyables aux Grandes Plaines de lames de rasoirs et autre Grand Océan du sperme gâché, en passant par les deux métiers que vous serez bientôt contraints d'effectuer (d'où croyez-vous que sortent tous ces gens aux accents improbables qui vous appellent pour tout savoir de vos habitudes de consommation en matière de déodorants et autres chewing-gum?).
Et vous finirez par tout savoir, ou presque, de la courte vie de Maddy, qui remontera jusqu'au moment de sa mort, découvrant en même temps que nous, les vraies causes de son décès.

J'ai mis quelques pages à accrocher à Damnés. Les trente ou quarante premières, je les ai trouvées mal menées, mal écrites, pas agréables à lire. J'ai eu envie d'arrêter ma lecture, j'ai eu peur d'être déçu, après avoir été enthousiasmé il y a deux ans par l'explosif Snuff (article ici). Mais grand bien m'a pris de persévérer car j'ai rapidement retrouvé ce qui m'avait plu dans son dernier roman : une prose crue, un récit déjanté, un humour diabolique, une critique décapante du showbiz, des hautes sphères de la société, de la société de consommation.
L'auteur du mythique Fight Club a un don pour les histoires explosives et frappe fort une fois encore avec Damnés. Si vous n'avez pas peur de l'Enfer, survivez aux premières pages et vous mourrez de rire et de plaisir !

P.s. : le moment venu, emportez de bonnes chaussures et un stock de barres chocolatées, ça vous sera utile.




                        

« D'innombrables milliards d'hommes et de femmes braillent, désespèrent, crient leurs noms et leurs statuts de rois, de contribuables, de minorités persécutées ou de propriétaires fonciers. Ici, dans la cacophonie de l'Enfer, l'histoire de l'humanité se fracture en protestations individuelles. Ils exigent qu'on respecte leurs droits imprescriptibles. Ils insistent sur leur innocence vertueuse de chrétiens, de musulmans ou de juifs. De philanthropes ou de physiciens. De bienfaiteurs, de martyrs, de stars de cinéma, de militants politiques.
En Enfer, c'est notre attachement à une identité qui nous torture. » page 214

« À en croire Léonard, c'est la méthode de l'Enfer pour briser les gens – leur permettre d'aller de plus en plus loin dans leur connerie, les laisser devenir des caricatures teigneuses d'eux-mêmes qui connaissent de moins en moins de satisfaction, jusqu'à ce qu'ils comprennent enfin leur folie. Je médite à voix haute dans le téléphone : « Peut-être la seule leçon efficace qu'on tire de l'enfer. » » page 149

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Catherine Mavrikakis, La ballade d'Ali Baba, roman, 190 pages, Sabine Wespieser Éditeur, août 2014, 18 € ***

Publié le par Sébastien Almira

              

Erina, la narratrice, est auteure à succès et travaille dans une université. Son père, mort neuf mois plus tôt, a passé sa vie à raconter des histoires pour faire rire, plaire, séduire, avant de devenir « délirieux » selon les médecins. Mais voilà qu'Erina se retrouve face à ce séducteur fantasque de Vassili Papadopoulos désormais frêle vieillard dans les rues d'un Montréal balayé par une tempête de neige.

De manière entièrement décousue, Catherine Mavrikakis raconte l'histoire de Vassili de sa jeunesse à sa renaissance sous les yeux ébahis de sa fille. On revivra le départ de Rhodes et l'arrivée à Alger en 39 alors qu'il n'est qu'un enfant, New York où dès 57 il ira « faire l'Américain », les paysages insensés, violents sur le trajets des vacances entre Montréal et Key West en décembre 68 lorsqu'il emmène ses trois filles (Erina, alors âgée de 9 ans, et les jumelles Adriana et Alexia, 6 ans) voir l'océan pour la première fois, Las Vegas, deux ans plus tard, lorsqu'il se sert d'Erina comme faire-valoir aux tables des Casinos, les vacances en Europe en 66 (super chapitre d'ailleurs) ou encore Montréal en 2013 lorsqu'il revient d'entre les morts.


« Si mon père donnait le change, à tous et particulièrement à mes jeunes sœurs, depuis un an il n'avait plus aucun mystère pour moi. J'avais dans les derniers temps, depuis l'après-divorce et son installation définitive à New York, appris à interpréter ses actes ou ses paroles. Je décortiquais aisément le mécanisme de ses fanfaronnades et rodomontades dès qu'il avait tort, qu'il mentait ou encore qu'il voulait épater la galerie. » page 25

Au fil des pages, on apprend à connaître, nous aussi, le personnage de Vassili, les liens parfois forts, parfois décousus comme le récit, entre Erina et lui. Il y a un grand écart entre le rituel du samedi matin chez Waldman, où ils achetaient ensemble la « poiscaille » que sa mère détestait (c'est pour ça qu'elle restait dans la voiture avec les jumelles), les folies qu'ils mangeraient le soir devant Fernandel ou Colombo avant de commander une pizza pleine de pepperoni à minuit, et la scène du Casino où Erina est bien consciente du rôle que son père lui fait tenir. « Mais mort, comme vivant, on ne peut avoir de lieu à soi, ni de nostalgie » (page 150) est une phrase qui lui sied parfaitement.

Quelque peu invraisemblable du fait de la possible résurrection du père (on ne sait, au début, si elle rêve, si elle hallucine, si elle se trompe, s'il s'agit d'un fantôme ou d'une véritable renaissance), La ballade d'Ali Baba est néanmoins une très belle histoire, finalement assez réaliste. On croit à ce nous raconte Catherine Mavrikakis, on croit à tout. Elle nous emporte aux quatre coins de la planète et des dernières décennies avec une facilité, une tendresse et une beauté particulière.
Il y a cependant un point qui me chagrine et qui entache la beauté du roman, c'est l'écriture. Si la plupart du temps, la langue est belle et poétique, il y a quelques passages maladroits. À peine le roman commencé trouve-ton trop d'adjectifs, trop de compléments, trop d'indications, de lumière incandescente, de rayons impétueux du soleil et de clarté carmin. L'auteure en fait trop, et un paragraphe plus loin, les phrases sont envoûtantes. Puis les lourdeurs reviennent au galop. Le chapitre sur Alger est assez laborieux. On trouve énormément de redites (page 125 « Depuis, Vassili priait le Bon Dieu, comme les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul lui avaient appris à le faire. » et après quelques lignes expliquant pourquoi il prie : « Néanmoins, durant les moments de grande inquiétude, Vassili faisait comme on lui avait appris à l'orphelinat, il priait la Vierge des pieds-noirs et le petit Jésus de tout le monde », ou pages 82-83 « J'étais inquiète. Tant de questions se pressaient dans mon esprit... Où étions-nous ? L'ascenseur était-il bien en train de monter jusqu'au vingt-neuvième étage ainsi que je le percevais ? Nous entraînait-il plutôt vers l'infini céleste ? Ou allait-il s'engouffrer dans les entrailles de la Terre ? (...tatatatatata...) J'avançais, inquiète. Dans quel antre infernal devais-je me promener ainsi flanquée du fantôme de mon père ? (tatatatatata belotte, encore des questions sur Dieu, le ciel, l'enfer, etc.) quelques lignes plus loin, rebelotte, « Coincée quelque part entre la vie et la mort, saurais-je retrouver mon chemin parmi les vivants ? Reverrais-je un jour les étoiles ? Tatatatata », et j'en passe).

Alors, c'est tout de même un très beau récit, avec des passages savoureux et émouvants, une sorte de courte saga familiale décousue dans la construction et, malheureusement, dans l'écriture, ce qui gâche un peu le plaisir de lecture.

« Je passais chaque jour devant depuis la mort de mon père... Comment se pouvait-il que Vassili fût si proche de moi depuis son décès et comment étais-je arrivée à le pas le croiser ? » page 56


                                 

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Aurélien Delsaux, Madame Diogène, roman, 130 pages, Albin Michel, août 2014, 13,50 € ***

Publié le par Sébastien Almira

                         


« En vérité, quand ils se seront débarrassés d'elle, quand recommencera la guerre, quand tous se saigneront les uns les autres, ils s'endormiront dans les larmes, ceux-là qui chassaient l'araignée de leur séjour, mais dans leur cœur hébergeaient des scorpions. » page 110

Madame Diogène ne vit pas dans un tonneau, mais dans un appartement transformé en terrier. Depuis des lustres, elle y a accumulé des tombereaux d'immondices dont les effluves inquiètent et insupportent les voisins. Mais elle s'en fout royalement, elle préfère régner sur son domaine, ses tas de vieilleries, de déchets, d'animaux de toute sorte, observant de sa fenêtre l'effondrement et le chaos qui régissent monde extérieur, cette « ville qu'elle avait toujours trouvée laide et dont le ciel était la plupart du temps gris. » (page 32)


Ce n'est pas un roman de voyeurisme malsain, Aurélien Delsaux ne se contente pas de raconter les tas d'immondices d'une vieille qu'il ferait assurément passer pour une simple folle. Il ne porte pas de jugement sur elle « parce que justement elle est humaine. Si ces gens-là n'ont pas de place dans les romans, alors où est-ce qu'ils ont une place ? Elle peut paraître monstrueuse comme ça mais, en fait, elle est pleine de notre humanité et, j'allais même dire, elle nous rappelle notre humanité peut-être plus que nous-même quand nous sommes encravatés, parfumés. » (interview pour rentrée-littéraire.com)
Il parle de la solitude, de la folie, de la vie avec force et poésie. Dans les premières pages, on est presque ému par son écriture, à la fois belle et originale, dérangeante aussi, comme ce qu'il raconte. On plonge dans les entrailles du personnage, on le découvre, on pense l'apprivoiser, le connaître. Elle reste malgré tout toujours étrangère, on oscille entre la sympathie et la peine mais aussi la pitié et le dégoût.


« Elle relève la tête et jette un coup d’œil à ce qui reste visible du miroir et qui lui semble d'abord une autre eau, verticale.
Quelqu'un est là.
Elle y reconnaît la vieille. Encore là.
Elle la regarde dans les yeux. Elle en a peur. Elle a peur de cette présence furtive, qu'elle croise ici tous les jours, sans jamais vraiment s'y attendre. Après persistera l'impression que quelqu'un habite avec elle, la suit, d'un pas à peine, moins que d'un pas, que quelqu'un habite au-dedans d'elle, la suit, comme une ombre intérieure.
Elle a peur de ce regard qui, dès qu'elle passe là, dès qu'elle relève la tête, la regarde et la reconnaît. » pages 24-25

Premier roman étrange, dérangeant, malsain, Madame Diogène me fait penser ces romans-monstres Hygiène de l'assassin, Truismes ou plus récemment Corpus Christine. Tous des premiers romans : est-ce le signe d'un écrivain sur lequel il faudra compter ? Si le roman n'est pas indispensable, il est toutefois assez remarquable et l'écriture intéressante – malgré quelques maladresses (libertés d'auteurs ?) « Est-ce pas du chant de l'eau, est-ce pas de la nuit qu'elle a soif, d'une présence bleue – » (page 82) – pour qu'on y jette un œil et pour qu'on garde le second sur Aurélien Delsaux ces prochaines années.

                                            

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Amélie Nothomb, Pétronille, roman, 160 pages, Albin Michel, août 2014, 16,50 € ***

Publié le par Sébastien Almira

         


Comme chaque année, l'arrivée du nouveau roman d'Amélie Nothomb est le signe que la rentrée littéraire commence. Je vous livre donc comme premier article mon avis sur le fameux Pétronille.

Si j'ai parfois été acerbe en parlant d'Amélie Nothomb, c'est qu'on est plus facilement et plus intensément déçu par quelqu'un que l'on apprécie. En voyant arriver Pétronille, j'ai beaucoup espéré. Je l'ai choisi pour accompagner mon départ en Grèce, c'est dire si je faisais confiance à la Belge pour annoncer des vacances parfaites.

« L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part.
Si la première cuite est miraculeuse, c'est uniquement grâce à la fameuse chance du débutant : par définition, elle ne se reproduira pas.(...)
Rien ne me désole plus que ces gens qui, au moment de goûter un grand vin, exigent de « manger un truc » : c'est une insulte à la nourriture et encore plus à la boisson. « Sinon, je deviens pompette », bredouillent-ils, aggravant leur cas. J'ai envie de leur suggérer d'arrêter de regarder de jolies filles : ils risqueraient d'être charmés.
 » pages 7-8

Nous connaissons bien la passion d'Amélie Nothomb pour le champagne. Après la découverte du goût et de l'ivresse, voilà qu'elle se met en quête d'un « compagnon ou d'une compagne de beuverie ». C'est cette quête, puis les bonheurs et les méandres de l'amitié, que la romancière raconte dans son vingt-troisième roman publié.
On est d'abord heureux (je suis) de retrouver son style inimitable : son art des dialogues, qui ne manquent jamais de mordant, son vocabulaire courant et soutenu à la fois, son sens de la formulation, enlevé et enjoué ; le tout saupoudré d'un peu plus de maturité que dans ses premiers livres, fait étonnant pour un roman que l'on pourrait qualifier de jeunes.
On est ensuite soulagé (je suis) d'être embarqué sans difficulté dans un nouvel épisode de sa vie, dédié au champagne et aux livres, mais aussi un peu au ski, à Londres et au communisme.
On est d'ailleurs agréablement surpris (je suis) par la nouveauté de faits racontés et de géographie parcourue. Amélie ne se cantonne plus au champagne et au chocolat, ni à la France et l'Asie.
D'autres remarqueront que, si ce n'est pas la première fois qu'elle parle d'une personne existante, celle-ci est cette fois connue. Pétronille est évidemment un prénom de plus à ajouter à la liste farfelue des personnages d'Amélie Nothomb, mais cette jeune lectrice, devenue amie et romancière, « ce glorieux soldat qui n'avait pas cherché à se protéger et qui, revenu amoché et victorieux du précédent combat, remontait au front de la littérature » (page 155), est une jeune romancière très appréciée d'Amélie. Elle a souvent défendu ses romans, dont vous trouverez les titres et les arguments de ventes nothombiens dans Pétronille !
D'aucuns pourront être déroutés par la facilité et le cynisme avec lesquels la romancière parle de son métier. Comme dans Une forme de vie (article ici), elle n'hésite pas à égratigner les conventions et les sages croyances du commun des mortels quant aux séances de dédicaces, aux lecteurs, aux auteurs, aux salons, etc. Elle n'hésite pas non plus à se moquer d'elle-même.

« Pétronille ne m'avait jamais aperçue dans ma tenue d'écriture (un genre de pyjama antinucléaire japonais) et je résolus de ne pas la traumatiser. Je traversai la chambre sur la pointe des pieds en direction de la salle de bains quand j'entendis :
- C'est quoi ce truc ?
- C'est moi.
Silence, suivi de :
- D'accord. C'est beaucoup plus grave que prévu.
- Je vais me changer, si vous voulez.
- Non, non. Si j'allume la lumière, ça prend feu ?
- Je vous en prie.
Elle s'exécuta et me regarda derechef.
- Ah, la couleur vaut le détour, elle aussi. Vous appelez comment ce coloris ?
- Kaki.
- Non. Kaki, c'est vert, et vous, vous êtes orange foncé.
- Justement, couleur du fruit nippon, le kaki. C'est mon costume d'écriture.
- Et ça donne de bons résultats ?
- Je vous laisse juge.
 » pages 74-75

Un Nothomb intéressant, agréable, (un peu) novateur, plus mature, toujours drôle et enlevé, c'est pas mal. Pétronille n'est pas inoubliable, mais c'est déjà ça de pris.



« L'exercice de la dédicace repose sur une ambiguïté fondamentale : personne ne sait ce que l'autre veut. Combien de journalistes m'ont-ils posé la question : « Qu'attendez-vous de ce genre de rencontres ? » À mon sens, l'interrogation est encore plus pertinente pour la partie adverse. À part les rares fétichistes pour qui la signature de l'auteur compte réellement, que viennent chercher les amateurs d'autographes ? Pour ma part, j'éprouve une curiosité profonde envers ceux qui viennent me voir. J'essaie de savoir qui ils sont et ce qu'ils veulent. Ce point n'aura jamais fini de me fasciner.
Aujourd'hui, la question est un peu moins mystérieuse. Je ne suis pas la seule à avoir remarqué que les plus jolies filles de Paris font la queue devant moi, et je remarque avec amusement que beaucoup de gens fréquentent mes dédicaces pour draguer ces beautés. Les circonstances sont idéales, car je dédicace à une lenteur accablante, les séducteurs ont donc tout leur temps.
 » page 16

« L'erreur serait de croire que le physique compterait seulement en amour. Pour la majorité des gens, à laquelle j'appartiens, le physique compte en amitié et même pour les relations les plus élémentaires. Je ne parle pas ici de beauté ni de laideur, je parle de cette chose si vague et si importante que l'on nomme physionomie. Au premier coup d’œil, il y a des êtres qu'on aime et des malheureux qu'on ne peut pas encadrer. Le nier serait une injustice supplémentaire. » page 19



En prime, voici une intreview vidéo d'Amélie Nothomb sur rentrée-littéraire.com

                   

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Découvertes de juillet (Lilly Wood & The Prick / Lykke Li / Cleo T)

Publié le par Sébastien Almira

                   

Lilly Wood & The Prick, The fight, 17 titres, Choke industry, 2014 (réèd.) ****
Groupe français de pop-rock-folk-electro utilisant l'anglais, Lilly Wood & The Prick a été sacré révélation du public aux Victoires de la Musique 2011 suite à leur premier album, Invicible friend. Porté le remix de Prayer C par Robin Schulz matraqué en radios et par la réédition de leur second album (11 titres + 1 titre bonus + 5 remixes), The Fight, le groupe est devenu un phénomène. Il faut dire que leur petite pop sans prétention et entièrement maison est parfaite pour l'été : agréable, de qualité, et universelle.
<3 Where I want to be (California) / Let's not pretend (malgré l'extrême ressemblance avec la précédente ; la liaison entre dernier refrain et premier couplet, c'est parfait hein...) / Middle of the night / Le Mas / Mistakes / Briquet

   

                   

Cleo T, Songs of Gold & Shadow, 13 titres, Modulor, Grand Palais, 2014 ****
Découverte plus obscure, Cleo T est un hybride. Entre Émilie Simon, Björk et Olivia Ruiz, elle se joue des codes en montant un cabaret baroque et sauvage, principalement en anglais, mais aussi en français et en italien. Accompagnée de piano, contrebasse, violoncelle, percussions, guitares, banjos, mandolines, trompette et même de loups hurlant à la lune, Cleo T nous emporte dans ses chansons loufoques qui sont tout autant d'histoires. Enregistré et produit par John Parish, producteur de PJ Harvey, ce cabaret rock, lyrique et folklorique a de quoi en surprendre plus d'un !
<3 I love me I love me not / We all / Song to the moon / Whistles in the night / Me & the ghost / Someday my prince will come (délicieusement rétro)

 

                   

Lykke Li, I never learn, 9 titres, Warner, 2014 ****
Lykke Li, pour tout le monde, c'est le remix de I follow river (Magician mix) qui passait en boucle sur toutes les radios et télés il y a deux ans. Quand, par hasard, j'ai écouté le troisième album de la Suédoise, j'ai découvert qu'il y avait bien plus intéressant derrière ce remix entêtant.
Fille d'artistes (mère photographe, père musicien), elle pose sa voix envoutante sur un mélange de pop, de soul et d'électro (léger) sourd et mélancolique. Elle qui pense qu'« à 26-27 ans, on n'est pas encore une femme mûre, plus du tout une enfant, on est tiraillée entre un avenir incertain et des blessures d'enfance loin d'être réglées » a « voulu retrouver, sans les excès, la puissance des slows des années 80 qui magnifiaient l'amour et faisaient pleurer des ados prêts à être transcendés par leurs sentiments. » (interview pour Télérama à lire ici). Il se dégage une force de ses chansons, grâce à l'intensité de sa voix, la rugosité du rock et le dépouillement du folk. Grâce à ses compositions sombres incluant basses lourdes, synthés, mais aussi cordes, tambourines, trompettes et saxophones.
Si Lykke Li ne parvient pas à s'imposer dans les charts, ses chansons sont régulièrement présentes dans des films ou séries (De rouille et d'os, La vie d'Adèle, Pretty Little Liars, Vampire Diaries, The Good Wife, Glee, etc.), elle écrit pour d'autres et chante sur le deuxième album de David Lynch. Découvrez sans attendre cette artiste hors du commun, c'est une drogue.
<3 I have learn / No rest for the wicked / Just like a dream / Silver line / Gunshot / Love me like I'm not made of stone

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Le cinéma de juillet 2014 (Albert à l'ouest / Zero Theorem / Sous les jupes des filles / Xenia)

Publié le par Sébastien Almira

                             

Albert à l'ouest, de et avec Seth MacFarlane, 2h ****
La couardise d'Albert au cours d'une fusillade donne à sa fiancée volage la bonne excuse pour le quitter et partir avec un autre. Une belle et mystérieuse inconnue arrive alors en ville et aide le pauvre Albert à enfin trouver du courage. Des sentiments s'immiscent entre ces deux nouveaux alliés, jusqu'au jour où le mari de la belle, un hors-la-loi célèbre, découvre le pot-aux-roses, et n'a plus qu'une idée en tête : se venger. Albert aura-t-il le courage nécessaire pour venir à bout du bandit ?
Fabuleuse farce western,comique et anachronique, Albert à l'ouest se boit comme du petit lait, c'est drôle sans être (trop) poussif, c'est original dans la forme et ça déménage.


                                       

Zero Theorem, de Terry Gillam, 1h40 *
Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes.
Sans queue ni tête sur le fonds, Zero Theorem est en revanche réussi sur la forme. Ce futur Londres, mi-technologique, mi-pouilleux, est pétrifiant. Christoph Waltz fait du Christoph Waltz, et Terry Gillam signe un film perché qui peine à trouver un public.


                                        

Sous les jupes des filles, d'Audrey Dana, 1h50 **
Film de femmes et pour femmes, Sous les jupes des filles emploie une brochette d'actrices plus ou moins star et plus ou moins bien utilisées. Vanessa Paradis est insupportable tant physiquement que dans son rôle de connasse, Isabelle Adjani grimée en Cher fait de la peine à voir tant elle a du mal à bouger les muscles de son visage, Sylvie Testud est sous-exploitée, Alice Taglioni est bonasse de chez bonasse, Marina Hands et Géraldine Nakache sont parfaites, Julie Ferrier est extraordinaire et a dû prendre son pied à jouer son rôle de névrosée, Laetitia Casta est inutile et gonflée comme un hamster.
C'est drôle (de temps en temps), toutes ces histoires de femmes ne se valent pas, mais l'ensemble est sympathique à regarder, si on se met bien dans la tête que c'est un film de femmes visant un public majoritairement féminin, tranche d'âge 25-40 ans.


                                       

Xenia, de Panos H. Koutras, 2h ****
À la mort de leur mère, Dany et son frère Odysseas, 16 et 18 ans, prennent la route d’Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu’ils n’ont jamais connu. Albanais par leur mère, ils sont étrangers dans leur propre pays et veulent que ce père les reconnaisse pour obtenir la nationalité grecque. Dany et Ody se sont aussi promis de participer à un populaire concours de chant qui pourrait rendre leur vie meilleure.
Le réalisateur a tenu à ce que les deux rôles principaux soient joués par des non-acteurs, qui connaissent la situation puisqu'ils sont étrangers dans le pays où ils sont nés. Xenia est un superbe road trip grec avec certains plans d'une beauté surréaliste, quelques bonnes idées de mise en scène poétique (ah ! Le coup du lapin !), des personnages savoureux et une dure réalité entre la crise, la montée des extrêmes et les problèmes de nationalité des deux frères. J'ai failli m'ennuyer vers le milieu et ai finalement regretté que le film ne soit pas plus long, ne nous fasse pas visiter la Grèce plus longtemps, et qu'on ne reste pas plus avec ces deux frères auxquels on s'est attachés.

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