Charlie Chaplin, Mon tour du monde, 200 pages, éditions du Sonneur, octobre 2014, 16 € *

Publié le par Sébastien Almira

                        

« J'ai l'âme d'un touriste, car j'aime visiter des endroits où l'histoire s'est écrite. De l'empathie, de la sensibilité pour les choses, voilà ce que je cherche à éprouver. » pages 31-32

Quelle belle idée. Quelle jolie couverture (1ère, dos et 4ème), simple mais esthétique. Quel beau placement pour les éditions du Sonneur. Sur le papier, tout est beau.
Mais dès qu'on ouvre le livre et qu'on se met à lire, on déchante. Certes, Chaplin est cinéaste et pas écrivain. Il ne s'est toutefois pas foulé pour écrire ce livre. Quitte à s'écrire, autant le faire bien. Il s'agit d'ailleurs bien de s'écrire plus que d'écrire sur le monde, contrairement à ce qui est vanté.

Dans ce voyage d'un an et demi, il rencontre nombre de personnalités, qu'elles soient politiques ou du monde du spectacle. Il mange avec elles, boit avec elles, danse avec elle, se rend chez d'autres avec elles, prend le train avec elles, discute parfois, mais jamais très longtemps. En tout cas pas assez longtemps pour intéresser le lecteur.


                       

Nous déjeunons à Postdam, nous devons visiter, je dîne chez Winston Churchill, on m'invite à, nous prenons le thé avec Marlène Dietrich, l'hôtel Carlton !,le professeur Einstein a téléphoné ce matin, nous arrivons à l'hôtel, Londres enfin ! etc.
Combien de phrases commencent ainsi dans Mon tour du monde ? Incalculable. Pour raconter où il est allé, avec qui et ce qu'il a mangé, Chaplin est très fort. En revanche, dès qu'il s'agit d'approfondir sur ses entretiens avec la première femme entrée au Parlement britannique, avec Gandhi ou Einstein, il n'y a plus personne.
« Nous parlons politique et évoquons les perspectives définies par le gouvernement travailliste, la crise et ses raisons. Nous prenons congés alors qu'il est presque l'heure du dîner. » page 29

C'est honnêtement d'une niaiserie surprenante, creux et futile comme un roman de Marc Lévy, manger est vraisemblablement ce qui l'intéresse le plus. Quelques scènes sont dignes d'intérêt, comme celle chez Churchill et il y a chez Chaplin un côté tendrement naïf qu'il a su garder malgré le succès, mais ça ne suffit à rendre la lecture de son tour du monde agréable. Passez votre chemin.

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Kiesza, Sound of a woman, 13 titres, Island Records, octobre 2014 ****

Publié le par Sébastien Almira



Alors que la génération ayant grandi dans les années 90 voit se monter autour d'eux toute une tripotée de produits et de projets, que les DJs ne cessent de s'inspirer des tubes dance de cette décennie kitsch à mort (chez quel DJ n'entend-on aucun sample 90s, aucune ressemblance troublante, aucune reprise?), ne voilà-t-il pas qu'une petite rousse née à Calgary en 1989 nous pond un album tout droit sorti de la décennie culte ?

Après avoir pris des cours de claquettes, de musique jazz et d'art dramatique, avoir passé quelques années dans la Marine au point d'être recrutée par l'armée comme sniper, Kiesza Rae Ellestad préfère enregistrer un album de démo multi-genres pour candidater à l'école musicale Selkirk College au Canada. Elle y étudie pendant un an le chant, la guitare et le clavier avant d'obtenir une bourse pour le Berklee College of Music de Boston.

Un professeur lui fait rencontrer un ancien élève devenu producteur, il s'agit de Rami Samir Afuni. Elle joue devant 30 000 personnes au Trafalgar Square pour le Canada Day, prête sa voix au groupe norvégien Donkeyboy pour la tuerie Triggerfinger et propose des compositions à Rihanna, Kylie Minogue, Icona Pop et Jennifer Hudson.

En janvier 2014, elle sort enfin son premier single, HideAway, coécrit, produit, mixé et enregistré par le fameux Rami Samir Afuni. Plusieurs millions de vues sont rapidement atteints sur Youtube, l'électro délicieusement nineties de Kiesza fait sensation dans le monde entier. Elle reprend le tube de Haddaway, What is love, au piano dans une version renversante, le superbe Take me to church de Hozier à la guitare encore une fois de façon sublime et propose son second single « officiel » et seconde pépite electro, Giant in my heart.

       

Et c'est il y a quelques semaines que son premier album, Sound of a woman, quasi entièrement écrit, compoé, produit et mixé par Kiesza et Rami, véritable plaidoyer pour les années 90, a paru. Que ce soit de l'electro, de la pop ou du R'n'B lounge à la Janet Jackson, on n'a jamais besoin de sa date de naissance pour savoir dans quelle décennie a grandi cette fille. Je sais, je me répète, mais je suis tellement enthousiaste devant cette fille, son album, ses titres et sa voix, devant ces années 90 dans lesquelles j'ai grandi aussi. Non mais sérieux, une soirée sans Rhythm of the night de Corona ??? Les années 90 ont été un gros vivier de daubes et de kitsch, mais sérieusement, combien de groupes de rock cultes ? Combien de courants musicaux ? Combien de tubes inoxydables ? Et puis, c'est aussi les dernières années quasiment de l'industrie musicale, mais c'est une autre histoire.
Quel pied d'écouter les tueries electro HideAway, No Enemiesz, The Love ou encore Giant in my Heart, la pop défrisante de Sound of a woman, le titre Over Myself, deep house délicieusement badante, le son de Losin' my Mind (feat. Mick Jenkins) ou encore Vietnam que j'appelle « R'n'B lounge » parce que je ne sais pas ce que c'est vraiment, la puissance émotionnelle de l'impressionnante reprise de What is Love au piano et du final Cut me Loose.


Kiesza m'a renversé avec ce retour en arrière délicieusement orchestré et produit, avec cette voix extraordinaire toute droit sortie des mêmes années que ses codes esthétiques, son look et ses rythmes endiablés et lancinants. Après Corona, Haddaway, Scatman, La Bouche, Capella ou encore M People, les années 90 sont bien parties pour hanter vos nuits grâce à Kiesza !

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Le cinéma d'octobre (Mommy / Saint-Laurent / Le Labyrinthe / Les Boxtrolls / Papa was a Rolling Stone)

Publié le par Sébastien Almira

                             
Mommy, de Xavier Dolan, 2h15 *****
Je crois qu'il n'y a pas de mot pour décrire le travail d'écriture et de réalisation de Xavier Dolan, le jeu de ses acteurs, impressionnants (Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval et Suzanne Clément en tête), la photographie remarquable, le choix des titres parsemés tout au long du film qui auraient pu paraître ringard et ridicule, les dialogues ciselés à la perfection. N'ayons par peur des mots, Xavier Dolan est un prodige et sait s'entourer. Ne ratez pas cette pure merveille.



                             
Saint-Laurent, de Bertrand Bonello, 2h30 ***
Après l'officiel et académique Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert, voilà la version underground, esthétique et osée, mais un peu trop longue, de la vie du mythique couturier. Gaspard Ulliel succède à Pierre Niney dans le rôle phare et je dois dire que j'ai été bluffé par sa prestation. Bertrand Bonello a de surcroît beaucoup travaillé l'esthétique de son film, en faisant une véritable œuvre d'art. Parfois déstabilisant, qui tient souvent du génie, très esthétique, ce second film sur YSL a tout ce qu'on attend d'une œuvre d'art.



                             
Le Labyrinthe, de Wes Ball, 1h55 **
Nouvelle adaptation d'une dystopie à succès pour ados, Le labyrinthe entend bien suivre ses grands frères Hunger Games et Divergent. Chaque moi, la boîte envoie des vivres et un nouveau au cœur du labyrinthe. Une trentaine d'adolescents et de jeunes adultes y sont enfermés depuis trois ans sans souvenir du monde extérieur. Attention à la testostérone : les proies du labyrinthe sont exclusivement masculines. L'arrivée de Thomas va tout chambouler puisque lui n'a pas l'intention de rester là (genre, les autres, ils sont trop cons depuis trois ans...).

Le scénario est autant efficace et intéressant (à vérifier sur les prochains tomes) que les acteurs sont mauvais et que pas mal de scènes sont ridicules et bancales, voire illogiques.


                             
Papa was not a Rolling Stone, de Sylvie Ohayon, 1h35 ***
Dans les années 80, Stéphanie grandit à La Courneuve auprès d’une mère absente et d’un beau-père brutal. Très vite, elle décide de se sortir de son quotidien morose. Grâce à l’amour de sa grand-mère, à ses lectures, sa passion pour la danse et pour Jean-Jacques Goldman, elle se débat dans cette cité colorée où l’amitié est primordiale et dont elle espère bien un jour sortir.

Inspirée de sa propre vie, Sylvie Ohayon signe un premier film touchant, juste, drôle et beau. Elle joue avec les clichés sans vraiment tomber dedans. La bande originale est géniale (si quelqu'un trouve la tracklist, je cherche désespérément le titre d'un morceau aux allures de disco-funk extraordinaire), les acteurs saisissants (quel parfait salaud, ce Marc Lavoine !) et quelques scènes sont remarquables (la première vaut son pesant de cacahuètes).


                             
Les Boxtrolls, de Graham Anable et Anthony Stacchi, 1h30 *****
À Cheesebridge, « a gouda place to live », on ne s'intéresse qu'au luxe, à la distinction, au fromage et à se protéger des boxtrolls, horribles monstres vêtus d'une boîte en carton qui remontent des égouts la nuit pour voler ce que les habitants ont de plus cher. Ils ont même enlevé un enfant, voilà dix ans.

Bon, nous, on se rend vite compte que les Boxtrolls sont en fait des collectionneurs d'objets en tout genre et des travailleurs émérites et plutôt attachant (attention, les Mignons ont du souci à se faire !), qu'ils ne sont pas méchants pour un sou et qu'ils n'ont enlevé personne. Mais Archibald Trappenard a bien l'intention de les supprimer jusqu'au dernier afin d'intégrer la haute société.
Film d'animation en stop motion (travail de dingue, d'ailleurs) des studios Laïka signé par le réalisateur de Coraline et celui des Rebelles de la forêt, Les Boxtrolls fait le pari d'une aventure drôle et efficace, doublé d'un message humaniste et d'une esthétique superbe. Un très beau film d'animation qui mériterait une visibilité plus importante histoire d'aller titiller certaines grosses productions niaiseuses et banales.

Bonus Les Boxtrolls :
Pour concevoir le film, il fallait une semaine à un animateur pour réaliser 3,7 secondes de pellicule, c’est-à-dire 90 plans. D'autres chiffres témoignent de la complexité du projet, qui nécessita :
- 892 lampes dont 68 équipements de fluorescents
- 13 modélistes
- 12 charpentiers
- 9 peintres
- 8 décorateurs
- 4 paysagistes pour la construction des 79 plateaux qui ont été construits pour les 26 décors du film.
- 37 kilos de colle en stick
- 96m3 de savon
- 89 sprays de peinture
- 1 000 feuilles de papier de verre
- 2 000 bâtons de glace
- 2 904 doughnuts
- 12 000 boules de coton
- 35 m2 de contreplaqué
- 1 300 boîtes d’archives contenant près de 53 000 visages (qui sont archivés dans la bibliothèque de Laïka).

53 000 visages ont été imprimés en 3D, dont 15 000 pour le personnage d’Œuf. Snatcher dispose de 1 118 000 expressions, Winnie 600 000 et Œuf en a 1 400 000. Et le film contient 180 plans d’humains numérisés, et 131 de Boxtrolls numérisés.

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Marine Carteron, Les Autodafeurs, tome 2, Ma sœur est une artiste de guerre, roman à partir de 12 ans, 360 pages, Rouergue, doado, octobre 2014, 14,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

            

« Je n'étais même pas capable de pleurer la disparition de mes grands-parents, car ma colère m'avait asséché au point que les seuls sentiments que j'arrivais encore à ressentir étaient une envie folle, brûlante, obsédante et délirante de vengeance mais aussi une intolérable sensation d'impuissance : les Autodafeurs m'avaient volé ma vie et je ne pouvais rien y faire. » Auguste Mars, page 17

Qu'on se le dise, si Les Autodafeurs perd une étoile avec ce deuxième tome, ce n'est pas qu'il est moins bon, c'est que l'effet de surprise addictive et jouissive du premier tome n'est plus la même.


Je ne vous raconterai rien sur l'histoire de cette suite puisque les personnes intéressées auront pour la plupart déjà lu le premier tome. Il est donc inutile de vous spoiler sur quoi que ce soit.
Ce que vous avez besoin de savoir, c'est qu'il est aussi addictif. L'intrigue se développe dans une avalanche de suspense, de révélations, d'action et d'humour. Vous me direz, jusque-là rien ne change.

« C'est très facile de reconnaître les gens qui travaillent à l'hôpital, car leurs chaussures sont très bizarres ; ce sont presque toutes des gros sabots en plastique avec des trous, qui ne sont pas très jolis et qui couinent sur le sol des couloirs quand ils frottent sur le linoléum. Je déteste ce bruit, ça me résonne dans la tête et ça me fait mal aux oreilles.
Dans la chambre de Maman, je vois différents types de sabots :
Les sabots blancs vont par quatre et viennent tous les matins pour nettoyer la chambre et refaire le lit. Ils appartiennent à deux filles qui sont très bavardes et de demandent toujours de sortir parce que je les dérange. Elles ne sont pas méchantes mais elles m'appellen « ma biquette », ce qui est idiot car je suis une petite fille. » Césarine Mars, page 49

Et vous aurez raison. Ce qui change, c'est la place grandissante de Césarine dans le récit, c'est une plus grande profondeur des personnages principaux et certains thèmes, personnages et lien entre eux se développent.
Les parallèles avec la réalité que Marine Carteron utilisait déjà dans le premier tome pour rendre la guerre entre la Confrérie et les Autodafeurs crédible s’amplifient. Elle réinvente si bien l'Histoire que l'on connaît en la plaçant dans le cadre du roman qu'on finit par y croire. L'air de rien, elle nous amène, avec ce génial second tome, petit à petit vers une brillante uchronie. Vivement la fin au printemps.


« Pour nous, le peuple incompris des ados, les négociations avec les adultes sont toutes du même type : une lutte pour la liberté. » Auguste, page 41

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Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****


« Cette population, qui depuis longtemps maintenant avait donné les pleins pouvoirs au nouveau régime pour le protéger des « dangers sans visage qui n'épargnent personne », selon l'expression utilisée par notre président du Conseil dans sa dernière allocution, cette population vivait dans un demi-sommeil, une léthargie qui s'accommodait de toutes les compromissions, de toutes les lâchetés. » page 65

Dans un régime dont on ne saura pas grand chose si ce n'est la labyrinthique administration et la « séparation préventive » des asociaux et dangereux individus repérés dès leur plus jeune âge.
Linz, avocat de son état, frappé d'amnésie, ne parvient pas à comprendre pourquoi il est incarcéré. À Schendorf, centre pénitencier qui fait la renommée de la région et qui s'évertue à faire comprendre aux détenus qu'au fond d'eux ils ne désirent pas en sortir, il participe régulièrement à des séances de lectures entre prisonniers qui s'apparentent plutôt à des séances de torture et, de temps à autres, on lui demande pourquoi il a donné les plans de la prison à F.

« Reste que Versini nous a alertés sur le fait essentiel vous concernant :votre dossier est vide, Linz. Oui, vide. Cela est fâcheux, vous en conviendrez, aussi bien pour nous que pour vous. D'autant bien sûr que je n'ai aucun pouvoir de vous libérer, car cela ne signifie pas que vous êtes là sans raison, mais que la raison pour laquelle vous êtes là, administrativement parlant, nous échappe. » pages 26-27

Mais Linz ne connaît ni les plans de la prison, ni le fameux F.
Boehm, directeur illusoire du centre, ne comprend pas non plus ce qui se joue autour de lui, qui tire les ficelles si ce n'est lui ; F ? Linz ? Luis Seabra ?

Les personnages se perdent dans le dédale de l'esprit des uns et des autres, et on se laisse perdre avec eux dans ce labyrinthe monté d'une main de maître par l'auteur, où les espaces se dédoublent et les identités se confondent. Il y a en plus une maîtrise dans l'écriture, limpide, mécanique. Cet impressionnant labyrinthe littéraire nous est conté avec une froideur clinique qui semble vouloir nous rendre encore plus fou.
En une centaine de pages, Luis Seabra fait de son premier roman un grand livre que Kafka et Borgès n'auraient pas renié.

Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****

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Trop occupé...

Publié le par Sébastien Almira

Trop occupé...

Lecteurs et lectrices perspicaces,

Vous aurez remarqué qu'après une certaine effervescence au début de la rentrée, l'alimentation du blog s'est quelque peu tarie. Et vous aurez bien raison de me le reprocher. Mais cela est dû à une vie sociale assez trépidante, (amis à la maison, week-ends chez des amis, concerts, ciné, soirées à jouer, etc.), ça vous ne pouvez pas m'en vouloir, et à une flemme d'après-rentrée qui a pointé le bout de son nez au début du mois, là vous pouvez.

Une flemme qui ne m'autorise à lire que des bandes dessinées et quelques romans et albums jeunesse. Une flemme qui entrepose une jolie petite pile de livres à critiquer. Une flemme qui me fait découvrir plein de bonnes musiques que je garde pour moi (et là, ceux qui croient qu'en musique j'ai des goûts de merde, ou que je n'écoute que Mylène Farmer me répondront "mais garde-les pour toi, tes découvertes !", ça me fera rire, mais ce n'est pas tout à fait vrai ^^).

Alors, je voulais vous dire que je ne vais pas encore me la jouer "oh, je suis triste, j'ai la flemme, j'ai envie d'abandonner...", petite rengaine que je vous sors bien une fois par an. Non, je vais plutôt vous dire qu'il faut que je me remette au boulot parce que je n'ai eu dernièrement que des bonnes lectures !

En attendant, je peux vous conseiller de lire Humains de Matt Haig chez Hélium, un super roman de SF contemporaine et assez drôle, L'été où Papa est devenu gay d'un nom à rallonge nordique chez Thierry Magnier, un autre roman ado plutôt drôle, aux personnages attachants et à l'intrigue entraînante ! Ou encore Oona & Salinger de Beigbeder, dont je n'ai ni tout lu, ni tout aimé, mais dont ce dernier roman m'a beaucoup plu !

A bientôt,

Sébastien

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Gilles Bornais, J'ai toujours aimé ma femme, roman, 240 pages, Fayard, août 2014, 18 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                        

Un homme dont « l'harmonie de (sa) vie de couple était la seule comptable de (son) invulnérabilité », dont sa femme le « protégeait du tumulte quotidien » (page 67) rentre chez lui et trouve sur la table de la cuisine, posés sous un couteau, quatre mots écrits sur un bout de papier qui vont changer sa vie : « je ne rentrerai pas ».
Anéanti par quelques instants sans sa femme (« ce n'est plus votre appartement, c'est un champs de bataille sans bataille, une ruine pleine de secondes et de murs » page 63), il se demande ce qui a pu la retenir plus longtemps que d'accoutumée. Une opération minime avec laquelle elle n'aurait pas souhaité l'inquiéter ? Un moment de réconfort pour une amie ? Un supplément de travail au journal ?
En tout cas, il n'imagine pas une seule seconde qu'il puisse s'agir d'une rupture. Et pour cause, tout a selon lui toujours été parfait dans sa relation amoureuse comme dans leur vie plus généralement, pas un mot plus que l'autre, pas de contrariété, pas de ressentiment, rien qui puisse justifier une rupture. L'amour parfait. « Je l'aurais accompagnée sur la banquise, au milieu des buildings ou dans le désert, pourvu qu'elle y fut heureuse. » (page 16)
Mais nous, lecteurs, ne somme pas dupes : nous savons pertinemment de quoi il s'agit.
Cet homme va donc partir à la recherche de sa femme, appelant tantôt leurs enfants (Jonathan, « 21 ans, heureuse tige sans muscle, cheveux et habits chiffonnés, en deuxième année de kiné, colocataire depuis trois mois à l'autre bout de Paris, des copines à gogo, la musique à fond dans les écouteurs, hermétique et bercé toujours. » et Jessica, l'aînée, « l'artiste de la famille, lunettes Lennon cerclant les yeux bleus de sa mère, une belle renommée déjà dans l'enluminure sur cuir, mariée à Daley, un architecte irlandais, et installée depuis deux ans dan une belle maison de la rue principale de Galway, entre son propre atelier et une boutique de pendules » pages 23-24), attendant devant le journal, interrogeant ses collègues, fouillant, son agenda.

En ces temps de pluies, de grisailles, de faibles températures, de crises et de guerres, voilà le roman qu'il vous faut ! Joliment écrit, très fluide à lire, parfois drôle, souvent étonnant, ce roman de rupture ne vous fera pas pleurer, malgré le sujet, et vous éclairera, à défaut du soleil, sur ce couple parfait. Car en cherchant où est sa femme, notre anti-héro découvrira surtout qui il est.


                                      


« La porte a claqué derrière moi, j'ai appuyé sur l'interrupteur de l'entrée. J'ai prononcé son nom et le silence m'est tombé dessus. Mylène n'était pas là. Elle avait pu être retenue à son journal par la rédaction d'un article de dernière minute ou ressortir faire une course. J'ai déposé ma veste dans la penderie de l'entrée, puis j'ai fureté dans l'appartement à la recherche d'une trace d'elle. Ça n'a pas été long. La feuille d'un format courant était placée en évidence sur l'îlot central dans la cuisine, sous le manche en corne d'un couteau Laguiole.
« Je ne rentrerai pas. »
C'était son écriture, les lettres étaient grosses, tracées d'une main calme, l'encre était celle du stylo Mont-Blanc que je lui avais offert pour sa fête il y a six ans. Je me suis assis, hébété, le papier entre les mains, je l'ai retourné, lu à nouveau, de nouveau, quatre ou cinq fois, puis j'ai fermé les yeux. J'étais privé d'émotion, inerte, minéral. Les quenottes de l'angoisse ont commencé à mordiller l'intérieur de mon crâne. Mes paupières se sont soulevées d'un coup et j'ai inspecté le dressing. Les cintres lignaient la haie soyeuse de ses robes, jupes, tailleurs et chemisiers. En manquait-il ? Elle en possédait tant que j'aurais été incapable de l'affirmer. J'ai constaté que nos trois valises de voyage étaient bien là, puis j'ai filé dans la salle de bain. Autour de la vasque, la surface du meuble ivoire était nue. Son parfum, son savon liquide, ses crèmes de jour, de nuit, ses brosses à cheveux, à dents, rien n'y était. J'ai ouvert la porte du meuble, écarté les tubes, les boîtes, les gants, les serviettes, ma trousse. La sienne manquait. L'avait-elle emplie et emportée ce matin ? Était-elle repassée après le travail ? Quelle importance ? Elle n'avait pas été bloquée au journal, chez une amie. Elle avait prévu son départ et ce projet prévoyait qu'elle « ne rentrerai pas ». pas quand ? Pas ce soir, pas cette nuit ? Que devais-je comprendre ? La complicité a ses limites. Pas demain, pas dimanche, plus jamais ? Comment avait-elle pu écrire cette phrase ? Vingt-quatre années de mots doux, sensés ou brûlants. Puis ces quatre-ci, froids et grinçants, porteurs d'un écho affreux. » pages 17-18

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Le ciné de septembre (Ennemy / Pride / Les recettes du bonheur / Nos étoiles contraires)

Publié le par Sébastien Almira

                                  
Ennemy, de Denis Villeneuve, 1h30 *
Adam, un professeur discret, mène une vie paisible avec sa fiancée Mary. Un jour qu'il découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur fantasque, il ressent un trouble profond. De là,on ne sait pas si cette histoire de sosies est véridique ou si l'un des deux personnages a un grain (ou deux) dans sa tête.
Si quelques blogueurs vous offriront leur explication détaillée de plusieurs pages pour vous dire combien Ennemy est un chef d’œuvre, je vous dirai simplement que je suis resté très dubitatif devant un rendu aux apparences très simplistes qui se veut labyrinthique. Pour moi, le film ne fonctionne pas, on est trop souvent bouche bée d'incompréhension et d’exaspération.


                                  
Pride, de Matthew Warchus, 2h *****
Été 1984, alors que Margaret Thatcher est au pouvoir, le Syndicat National des Mineurs vote la grève. Lors de leur marche à Londres, un groupe d’activistes gay et lesbien décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs. Mais l’Union Nationale des Mineurs semble embarrassée de recevoir leur aide. Le groupe d’activistes ne se décourage pas. Après avoir repéré un village minier au fin fond du pays de Galles, ils embarquent à bord d'un minibus pour aller remettre l'argent aux ouvriers en mains propres. Ainsi débute l’histoire extraordinaire de deux communautés que tout oppose qui s’unissent pour défendre la même cause. (résumé allociné)
J'ai été bluffé par ce film. Étonné, intéressé, emporté, envoûté, scandalisé, émerveillé par tou ce que j'y ai vu. J'y ai vu des luttes, des difficultés, des tensions, de la haine, mais aussi de la joie, de la fête, du soutien, de la générosité. Reste à savoir si la véritable histoire a bien été retranscrite, je laisse parler les connaisseurs. J'y ai aussi vu des acteurs et des personnages formidables, une époque, une histoire, de la musique (quelle BO sensationnelle!), de la magie.
Honnêtement, Pride est un véritable bijou, un film qui fait rire et pleurer, qui donne de l'espoir et une rage de vivre. Que l'on soit concerné par la lutte des droits LGBT ou que l'on fut, à l'époque, concerné par les grèves des mineurs, on est tous concernés par cette histoire de droits, de libertés, de soutien et d'amitié.


                                  
Les recettes du bonheur, de Lasse Hallström, 2h ****
Réalisateur de Chocolat (avec Juliette Binoche et Johnny Depp) ou plus récemment de Des saumons dans le désert (avec Ewan McGregor, Emily Blunt et Kristin Scott Thomas), Lasse Hallström adapte le roman éponyme de Richard C. Morais, produit notamment par Steven Spielberg et Oprah Winfrey.
C'est l'histoire d'une famille indienne ayant fui leur pays pour des raisons un peu trop rapidement expliquées qui tombe en panne dans le village de Saint-Antonin-Noble-Val où ils décident de s'installer et de créer de nouveau un restaurant. Mais Madame Mallory (Helen Mirren) ne voit pas d'un bon œil l'arrivée de La Maison Mumbai, juste en face de son restaurant étoilé. La guerre est déclarée entre les deux patrons tandis qu'Hassan, le jeune cuistot prodige (et plutôt beau garçon) tombe amoureux de Marguerite (Charlotte LeBon), la sous-chef du Saule Pleureur.
Et ce n'est que le début des festivités ! La cuisine indienne se mélange à la haute gastronomie française, la réalisation pioche du côté de Bollywood, de la comédie française et des ficelles des grosses productions américaines. Mais l'équilibre est aussi saisissant que les plats concoctés par le jeune chef indien passionné de cuisine française !
C'est un très bon film où, bien entendu, on trouvera des bons sentiments, des grosses ficelles et un dénouement attendu, mais on ne va pas voir Les recettes du bonheur pour prendre une claque cinématographique, on y va pour se faire plaisir, et ça marche plus que de raison. Prévoir un resto indien en sortant, ça donne grave la dalle !


                                  
Nos étoiles contraires, de Josh Boone, 2h **
Hazel Grace et Gus, 16 et 18 ans, se sont rencontrés lors d'un groupe de soutien pour les malades du cancer. Elle est solitaire, rêveuse et consciente de ne pas pouvoir vivre comme tout le monde. Lui est plutôt frondeur, il méprise les conventions et joue d'un humour ravageur et d'un charisme fou. C'est une tranche de vie des ces deux grands ados, jeunes adultes, qui fait sensation dan le monde entier, d'abord sous la forme du livre de John Green, désormais avec cette adaptation cinématographique qui fera pleurer sous les chaumières.
Avec leur pote, ils ont à eux trois quatre yeux, cinq jambes et cinq poumons, c'est un film à destination majoritairement des adolescentes et c'est très lacrymal et plein de bons sentiments. Cependant, il y a quelques bons passages, et malgré une Shaylene Woodley plutôt énervante et Sam Trammel qui joue son père de façon navrante, le casting est assez bon : Ansel Elgort donne à Gus un charisme et des contours particulièrement réussis, on notera aussi le rôle du grand Willem Dafoe, qui mériterait des films d'un autre envergure.

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Meg Rosoff, Au bout du voyage, roman à partir de 13 ans, 260 pages, Albin Michel Wiz, août 2014 ****

Publié le par Sébastien Almira

                          

« Je m'entends bien avec mon père, nous formons une bonne équipe. Comme mon homonyme, Mila la chienne, j'ai une conscience aiguë des lieux où je me trouve et de ce que je fais à tout moment. Guère encline à la rêvasserie, j'ai un peu de la détermination d'un terrier. S'il y a quelque chose à remarquer, c'est moi qui le remarque en premier.
Je suis douée pour résoudre les énigmes.
 » page 11


Quoi ?! L'auteure de How I live now (Maintenant c'est ma vie), dont l'adaptation cinématographique m'a subjugué en début d'année, publie un nouveau roman ado à la rentrée ?! Ayant raté la lecture du précédent, je me suis jeté dessus pour me rattraper.

Mila, 12 ans, accompagne son père, parti à la recherche de son meilleur ami Matthew. Grâce à sa très grande sensibilité, elle tente de comprendre ce qui est arrivé à Matthew et accumule les indices au cours de leur voyage en direction de la frontière canadienne.

Petit récapitulatif sur les personnages (que j'ai la flemme de mettre en prose, toutes mes excuses) :
Mila, 12 ans, narratrice, sensible et intelligente
Gil, son père, d'origine franco-portugaise, traducteur, « parmi les défauts de mon père, on trouve une honnêteté poussée jusqu'à l'excès. Et la distraction, bien sûr. » page 38
Marieka, sa mère, d'origine suédoise, violoniste dans un orchestre
Matthew, le meilleur ami d'enfance du père, s'est barré sans prévenir personne
Suzanne, la femme de Matthew, froide, étrange et n'a pas l'air très préoccupée par la disparition de son mari
Gabriel, leur bébé
Honey, leur chien, un grand chien-loup blanc magnifique et triste de l'absence de son maître

                                                  

« J'aime la manière dont la neige s'entasse au sommet des poteaux téléphoniques et s'accumule même sur les câbles en longues lignes blanches et minces. On voit des trous là où des oiseaux se sont posés, qui composent des messages en morse. Point point point. Trait trait trait. Point point point. » page 231

Mila et son père arrivent chez Matthew et Suzanne, une maison en forme de « grand cube dont chaque face verticale serait divisée en quatre carrés de verre » avec un toit en bois incliné pour la neige. Cette maison perdue au beau milieu d'une forêt instaure une atmosphère inquiétante supplémentaire. D'autant que Mila se met instantanément à décrypter chaque objet, chaque placement, chaque détail afin de découvrir ce qui a pu pousser le fameux Matthew à fuir une femme, un bébé et une chienne. La pauvre Mila n'est pas au bout de ses surprises. Au cours du road-trip canadien avec son père et la chienne Honey, elle va en apprendre des vertes et des pas mûres, tant sur Matthew que sur son père.


Alors qu'on ne parle que de John Green, auteur du déjà célébrissime Nos étoiles contraires, devenu culte chez nos ados, comme chez les ados transatlantiques avec le film de Josh Boone, moi je vous propose de vous pencher aussi (parce qu'empêcher les ados de lire John Green, je crois que ça va plus être possible, et il faudra bien que je m'y mette aussi) sur Meg Rosoff. Sur How I live now, dont je vous avais déjà parlé, sur ses autres livres dont certains ont l'air pas mal, et sur ce très beau voyage entre père et fille dans les plaines enneigées du Canada à la recherche d'un ami et d'explications, avec des personnages fouillés, bien exploités et des petits passages emprunts de poésie ou assez critiques envers la société américaine, par exemple.
Bref, ce n'est pas un grand roman, ce n'est pas aussi fort que How I live now (que le film, en tout cas), mais on passe un très bon moment de lecture jusqu'au bout du voyage (facile, je sais).

                   


« La télé américaine propose des centaines de chaînes et je zappe sans vraiment prêter attention à ce qui se passe sur l'écran. Je tombe principalement sur des pubs. Je continue jusqu'aux chaînes à trois chiffres, où je vois une femme dénudée se caresser les seins et me demander si je veux mieux la connaître. Je passe aussitôt à autre chose. Je m'arrête sur un documentaire animalier dans lequel un homme admire un superbe cerf dans une clairière et dit à voix basse : N'est-ce pas une superbe créature ? avant d'épauler son fusil et de lui loger une balle dans le cœur. La bête chancelle et tombe à genoux. J'ai envie de vomir.
Il y a une semaine, l'Amérique me faisait l'effet d'être l'endroit le plus accueillant du monde, mais je commence à voir de la noirceur partout où je regarde.
 » page 249

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Maylis de Kerangal, Corniche Kennedy, roman, 170 pages, Verticales, 2008, Folio, 2010 **

Publié le par Sébastien Almira

                                 

Puisque Réparer les vivants émerveille des dizaines de milliers de lecteurs et que nous recevons bientôt l'auteure, j'ai enfin lu un Maylis de Kerangal. Et, exceptionnellement, je poste donc une chronique d'un livre qui n'est pas une nouveauté, puisque le fameux Réparer les vivants est trop médical pour la chochotte que je suis et que, parmi les autres, c'est Corniche Kennedy qui me tentait le plus.

Ce qui est bien, c'est que c'est rapide à lire, je n'ai pas l'impression d'avoir perdu beaucoup de temps, mais tout de même.
Si le sujet est intéressant et, il faut que je l'avoue, très bien traité (l'adolescence laissée à l'abandon notamment), j'ai eu beaucoup de mal avec l'écriture très travaillée de Maylis de Kerangal.
Les suites de morceaux de phrases souvent sans sujet, parfois sans verbe, qui finissent par former des phrases que l'on a du mal à comprendre, ce n'est pas trop mon truc.
Me faire balader dans tous les sens par une auteure et des phrases qui me font passer pour un lecteur inculte sitôt que je suis largué, ce n'est pas trop mon truc.
Les écritures hyper travaillées, maniérées, faussement désinvoltes dont l'aspect peut paraître brouillon et qui finissent par fatiguer, ce n'est pas trop mon truc.



J'ai eu beaucoup de mal au début du livre à cause de cette écriture, mais j'ai été happé par ce qu'elle racontait.
Cette histoire d'adolescents marseillais décharnés majoritairement issus des quartiers nords, échappant à la société, laissés à l'abandon, qui se retrouvent dans un coin dangereux des calanques chaque après-midi de l'été, leur oasis pour échapper au reste du monde.
Cette histoire de liens, de hiérarchie, d'attitudes, de gestuelle ; cette facilité de les décrire.
Cette histoire de chasse aux jeunes par un commissaire au bout du rouleau poussé par une crevure de maire.
Ces descriptions ô combien savoureuse du Jockey, petit nom donné au maire de Marseille, que je ne pouvais m'empêcher de voir autrement que sous traits grossiers de Jean-Claude Gaudin.

J'ai été tiré par le fonds, malgré la fin (pourquoi cette espèce d'image poétique d'amants incompris qui arrive comme un cheveu sur la soupe et qui est strictement ridicule ?), et malgré la forme qui finalement avait un avantage : celui de pouvoir sauter des mots, des lignes entières, sans être nullement gêné, puisqu'il s'agit souvent de longues descriptions et que la construction des phrases est de toute façon aussi décharnée que l'usage que j'en ai fait.

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