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Alessandro Piperno, Là où l'histoire se termine, roman traduit de l'italien par Franchita Gonzalez Battle, 290 pages, Liana Lévi, août 2017 *

Publié le par Sébastien Almira



En choisissant le nouveau Piperno, je m'attendais à tomber en plein dans la tradition des grandes histoires de familles italiennes : populaire et mordant, désinvolte et entraînant.
Je ne me suis pas trompé sur toute la ligne mais autant vous le dire tout de suite : je suis déçu par cet auteur dont on dit souvent des louanges.
De ce dernier, La Repubblica a écrit « Piperno est l'architecte d'univers dont on ne voudrait jamais s'éloigner » et il Corriere della serra que « la fin est un coup de poignard en plein cœur. »

Matteo Zevi, Juif Romain, est le seul de sa lignée à ne pas avoir fait de grandes choses. Il a quitté femme et fils (Giorgio) pour une plus jeune (Federica) avec qui il a eu une fille (Martina) avant de se barrer à San Fransisco pour fuir le mafieux à qui il devait un paquet d'argent. Il se mariera deux autres fois et, seize ans plus tard, le fameux mafieux venant de décéder sans laisser de descendant, il revient à Rome comme une fleur, s'attendant à ce que tous soient à ses pieds.
Si Federica, qui n'a pas touché un homme depuis belle lurette, se pomponne avec attention, Giorgio et Martina ont d'autres chats à fouetter (restaurants qui marchent du tonnerre et femme enceinte pour le premier ; vie sentimentale chaotique, entre petit ami peu intéressant, beaux-parents aristo trop bien pensant et belle-sœur dont elle est certainement amoureuse pour la deuxième).

Dans tous les sens du terme, Là où se termine l'histoire devient un champs de bataille : tensions, non-dits, disputes, personnages caricaturaux jalonnent un roman mal écrit (ou traduit ?) tant bourré de répétitions, lourdeurs, maladresses et exagérations qu'on ne peut les compter. La deuxième moitié est mieux travaillée, à moins que je ne m'y sois habitué.
Si le roman n'était que bancal, j'aurais pu m'en accommoder. Mais il a fallu que Piperno prenne ses lecteurs pour des idiots (à moins qu'on ne soit encore payé à la ligne en Italie) en tirant en longueur la moindre explication. Chaque scène est un documentaire d'une lourdeur sans fin et, si vous n'avez pas compris quelque chose, ne vous inquiétez pas, il y reviendra quelques lignes plus tard.
Ce que vous avez en revanche compris aisément, c'est que je me suis emmerdé à aller jusqu'au bout, à attendre que cette histoire se termine et je ne vous le souhaite pas.

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Brit Bennett, Le cœur battant de nos mères, roman traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, 330 pages, Autrement, août 2017, 20,50 € **

Publié le par Sébastien Almira



Critiques dithyrambiques du New Yorker, « une arrivée fracassante dans les lettres américaines », du LA Times, « le roman le plus excitant de la rentrée », du New York Times, « intense et émouvant », du Guardian, « magnifique et sensible », du Vanity Fair, « éblouissant », ou encore du Washington Post, Elle et Vogue.
Finaliste de nombreux prix littéraires.
Sélectionnée par le National Book Award.
Classée dans les meilleures ventes aux USA en 2016.
Bientôt adapté par la Warner.
Dans la lignée d'Elena Ferrante et Chimamanda Ngozi Adichie.

Moi qui n'ai pas lu ces deux dernières, qui ne suis pas un grand fan de littérature américaine, qui vient de changer de librairie et de clientèle, je me fais cette réflexion toute professionnelle : et si ce premier roman apparemment exceptionnel était l'occasion de lire quelque chose de nouveau pour moi, de tester autre chose ?

Nadia a dix-sept ans quand elle avorte, à l'encontre des habitudes de sa communauté. Luke lui a donné une enveloppe remplie de billets et n'est pas venu la chercher. Le père du garçon, M. Sheppard, le Pasteur, se sent redevable et fait travailler la jeune fille au Cénacle pendant l'été, ce que sa femme voit d'un mauvais œil, préférant que Nadia sorte complètement de leur vie et de leur vue. Elle s'y lie d'amitié avec Aubrey, qui a fui la violence de son beau-^père et l'indifférence de sa mère et vit désormais avec sa sœur Mô et la petite amie de celle-ci.

On est à la page 112 et il ne s'est rien passé. Il y a un sens, une intrigue, une ambiance qui se développe, l'écriture est maîtrisée, bien que classique, mais je m'ennuie au milieu d'eux. Je m'ennuie en Californie. Je m'ennuie au milieu de ces catholiques noirs. Je m'ennuie ferme chez Brit Bennett. C'est fade, c'est vain. C'est ce que je reproche à beaucoup de romans américains : cette impression de faire du sur place en pleine lecture, cette lenteur, cette manie de ne pas dire, de laisser supposer.

Le roman devient soudain plus palpitant, j'y crois, je ne saute plus de pages entières, je ne me force plus à poursuivre ma lecture. L'ensemble est toujours autant psychologique mais le récit plus rythmé et plus intéressant.
Jusqu'aux deux ou trois dernières pages. Si j'ai lu ma pus belle dernière page dans El Ultimo Lector de David Toscana (Zulma), j'ai assurément lu les plus mauvaises avec Brit Bennett. Tout retombe comme un soufflé. Le rythme, l'intrigue, l'intérêt, mon enthousiasme et avec ça mon impression générale.

Brit Bennett, Le cœur battant de nos mères, roman traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, 330 pages, Autrement, août 2017, 20,50 € **
Brit Bennett, Le cœur battant de nos mères, roman traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, 330 pages, Autrement, août 2017, 20,50 € **
Brit Bennett, Le cœur battant de nos mères, roman traduit de l'anglais (USA) par Jean Esch, 330 pages, Autrement, août 2017, 20,50 € **

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Amélie Nothomb, Frappe-toi le cœur, roman, 160 pages, Albin Michel, août 2017, 16,90 € ***

Publié le par Sébastien Almira



Alors que j'entame le nouveau Nothomb, je n'ai toujours pas de coup de cœur sur six ou sept romans de la rentrée lus. Je ne m'attends pas à un chef d’œuvre mais la critique l'encense parlant d'un de ses meilleurs et L'Express va même jusqu'à parler d'« un des meilleurs romans de la rentrée ».
Je m'y plonge empli de crainte et d'espoir.

« Aux fêtes, elle aimait que les garçons n'en aient que pour elle, elle veillait à ne donner la préférence à aucun – qu'ils soient tous pâles d'angoisse de ne pas être choisis. Quel plaisir d'être cent fois respirée, mille fois convoitée, jamais butinée !
Il y avait une joie encore plus puissante : il s'agissait de susciter la jalousie des autres. Quand Marie voyait les filles la regarder avec cette envie douloureuse, elle jouissait de leur supplice au point d'en avoir la bouche sèche. Au-delà même de cette volupté, ce que disaient ces yeux amers posés sur elle, c'était que l'histoire en cours était la sienne, c'était elle qu'on racontait, et les autres souffraient de se découvrir figurants, invités au festin pour en récolter les miettes, conviés au drame pour y mourir d'une balle perdue, c'est-à-dire d'une brûlure qui ne leur était pas destinée.
 »
pages 9-10

Lorsque Marie accouchera la première fois, elle ne ressentira rien. Aucun amour pour cette enfant. Mais lorsque le père dira qu'elle est « belle comme une déesse », elle se mettra instantanément à détester sa pauvre fille.
Commence alors un conte cruel comme Amélie Nothomb sait bien en créer.

Je n'en dis pas plus sur la trame mais la romancière tisse une histoire digne de ses premiers romans. Il y a dans Frappe-toi le cœur du Antéchrista, du Hygiène de l'assassin, du Attentat, du Mercure, le tout saupoudré de relans de champagne, de beauté et de laideur, de haine et de malheur, de cruauté, en somme de tout ce qui fait qu'on se délecte de son œuvre depuis si longtemps.
À la différence qu'elle s'est assagie. Si le scénario lui ressemble sans l'ombre d'un doute, il est plus étoffé, plus complexe, plus long dans le temps et la psychologie des personnages est plus fouillée. S'il ne manque pas de cynisme, les phrases sont plus longues, plus classiques et, sur la première moitié, j'ai trouvé ce roman moins percutant que d'accoutumée (c'était déjà le cas avec Riquet à la houppe).
La suite s'accélère, l'intrigue s'étoffe et sa verve reprend quelque peu de sa superbe.
Le final n'est pas bâclé dans les cinq dernières lignes, comme trop souvent ces dernières années, mais ne laisse cette fois encore pas un souvenir impérissable.
C'est un bon Nothomb, au titre magnifique, plus cruel et plus sage à la fois, encore dispensable.

« La bêtise, c'est de conclure », a écrit Flaubert. Cela se vérifiait rarement autant que dans les querelles, où l'on identifiait l'imbécile à son obsession d'avoir le mot de la fin.
Page 162

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Fabienne Betting, Bons baisers de Mesménie, roman, 340 pages, Autrement 2016 19.50 €, J'ai Lu avril 2017 6,80 € ***

Publié le par Sébastien Almira


En bon libraire qui ne croit qu'en lui-même (oh ça va, je blague ! Ça fait trois ans que j'avais arrêté le blog mais le ton est toujours le même ^^), je n'aime pas beaucoup qu'on m'offre des livres que je n'ai pas expressément souhaités.
Pour mon anniversaire, une cousine commet l'irréparable : la semaine dernière, elle me tend un joli petit paquet venant de la Librairie Mot à Mot de Pertuis.

J'ai commencé Bons baisers de Mesménie dimanche lors de ma première plage de l'année (j'ai pris quelques couleurs par la même occasion), je l'ai continué chez moi lundi et l'ai terminé mardi dans la calanque de Sugiton (la route est laborieuse mais l'endroit se mérite!).
Vous allez me dire qu'on se contrefout de l'endroit où je l'ai lu et de mon superbe bronzage, que je n'écris ça que pour rendre les Parisiens jaloux. Que nenni ! Si je l'écris, c'est que j'ai lu ce roman exactement au bon endroit : Bons baisers de Mesménie a tout du livre de l'été.

Et Thomas, son personnage principal, a tout du loser. Il sort avec la rondelette secrétaire du psy qu'il voyait pour oublier la prof de mesmène qui l'avait goujatement éconduit, il bosse à McDo et c'est un flemmard accompli.
Un matin, il tombe sur cette petite annonce dans 20 Minutes :

Il ne sait pas encore dans quoi il s'embarque mais, vous, vous risquez d'être embarqués dans un tourbillon d'aventures pittoresques, de suspense (gentillet, on n'est pas non plus dans un polar. Quoi que... la mafia ne semble jamais loin), de folklore, de phrases et de situations cocasses, de politique écologique et de personnages hauts en couleurs.
Fabienne Betting, avec ce premier roman, a réussi son coup : elle, risque d'être embarquée en voyage dans le monde entier dans vos valises estivales (évitez toutefois la Mesménie) !

 

 

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Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Publié le par Sébastien Almira

Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Je l'ai déjà écrit, ici, ailleurs, j'en ai même parlé avec Bernard Lehut sur RTL : Philippe Besson n'a pas son pareil pour raconter les sentiments sans niaiserie ni superflu.
Surtout lorsqu’il raconte une histoire gay.
Surtout lorsqu'il raconte la sienne.

Lors du dernier RDV que je fais avec notre repré Julliard, il nous présente le prochain Philippe Besson. Sans nous en dire grand chose, il nous le présente comme son plus autobiographique, son plus sincère, son plus émouvant, son meilleur livre.

Je lis d'une traite la première histoire d'amour de l'auteur. Elle n'est pas vraiment réciproque, elle est secrète, elle est bancale, elle est douloureuse, mais c'est la première. « Ce garçon, à l'évidence, n'est pas pour moi », écrira-t-il page 33. Il a 17 ans, c'est en 1984, à Barbezieux.

« Je suis élève de Terminale C au lycée Elie-Vinet de Barbezieux. Ça n'existe pas Barbezieux.
Énonçons autrement. Nul ne peut dire : je connais cet endroit, je suis capable de le situer sur une carte de France. À part peut-être les lecteurs, et ils sont de plus en plus rares, de Jacques Chanderne, natif de la ville, et qui en a vanté l'improbable « bonheur ». ou ceux, il sont plus nombreux, mais ont-ils de la mémoire, qui empruntaient la nationale 10, naguère, pour se rendre en vacances, au début du mois d'août, en Espagne ou dans les Landes, et se retrouvaient systématiquement bloqués dans les embouteillages, là, précisément, à cause d'une succession mal pensée de feux tricolores et d'un rétrécissement de la chaussée. (…)
Je suis né là. À l'époque, on avait encore une maternité. Elle fermé il y a de nombreuses années. Plus personne ne naît à Barbezieux, la ville est vouée à disparaître. (…)
Donc je suis d'une époque révolue, d'une ville qui meurt, d'un passé sans gloire. » pages 18/19/20

« Le sentiment amoureux, il me transporte, il me rend heureux. Mais il me brûle aussi, il m'est douloureux, comme sont douloureuses les amours impossibles.
Car, de cette impossibilité, j'ai une conscience aiguë.
La difficulté, on peut s'en accommoder ; on déploie des efforts, des ruses, on tente de séduire, on se fait beau, dans l’espoir de la vaincre. Mais l'impossibilité, par essence, porte en soi notre défaite. » page 32

Je ne veux pas trop en dire, c'est pourquoi j'ai meublé avec des extraits après quelques lignes, ce serait vous priver d'une partie du plaisir.
Je rejoins entièrement l'avis de mon représentant : Arrête avec tes mensonges est le plus beau, le plus émouvant, le meilleur livre de Philippe Besson. Il m'a bouleversé. J'en pleurais à quatre heures du matin lorsque je l'ai fini (je m'étais couché déjà tard).
L'écrivain originaire de cette ville qui se meurt a écrit des romans qui m'ont beaucoup plu (Le garçon d'Italie, Se résoudre aux adieux, Un homme accidentel, En l'absence des hommes (la première fois), Vivre vite), d'autres qui m'ont bien plu (La maison Atlantique, Les passants de Lisbonne, De là on voit la mer) et quelques rares qui m'ont déplu (La trahison de Thomas Spencer, En l'absence des hommes (la seconde fois), Retour parmi les hommes), je ne dis donc pas ça par habitude : Philippe Besson est fort, très fort, il a les mots justes, le phrasé ressemble à une nécessité, nerveuse et mélancolique.
Arrête avec tes mensonges est une merveille.

« À mesure que je me rapproche, je vois cette nervosité, qui n'est en fait que de la timidité, quelque chose entre la gaucherie et l'émoi, une sorte de confusion plus que d'appréhension. Je me demande s'il éprouve de la honte, je veux croire qu'il s'agit seulement d'une gêne, de la manifestation de sa pudeur. Je retrouve aussi sa sauvagerie, ce qui le tient à part. J'en suis troublé car je me remémore sa mâle assurance, sa confiance calme, je pourrais être rebuté par l'égarement de sa superbe, en réalité rien ne me touche davantage que le craquèlement des armures et la personne qui s'y révèle. » page 39

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Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

 Premier article sur lequel je travaille depuis qu’a germé l’idée de reprendre le blog Culturez-Vous. Je recommence à avoir du temps puisque je suis au chômage depuis le début de l’année, et quelques personnes continuent ou commencent à me dire que je n’aurais pas dû laisser tomber il y a deux ans.
Ce ne sera peut-être pas le premier article publié parce que j’aurais aimé « frapper plus fort » pour mon « grand retour » (rires), mais il est là.

La semaine dernière, je suis allé visiter une nouvelle librairie à Marseille (oui, oui, je visite des librairies ^^), la chaleureuse Librairie Pantagruel, créée l’année dernière au Pharo par trois femmes fraîchement débarquées dans le monde des livres.
Il y avait un coup de cœur sur Chaleur, un livre rouge qui attire le regard. J’ai discuté avec la libraire présente ce jour-là et suis reparti avec ce court roman écrit par l’auteur de Derrière les panneaux, il y a des hommes (Grand Prix de littérature policière 2015).

 

« Avec Igor, il n'y avait plus que le 19 et le 67. Le 67 est un Néerlandais, il porte un maillot de bain orange avec un écusson de son pays imprimé dessus : musculature profilée de nageur, silhouette dessinée au pinceau. Il regarde Igor puis son voisin, un Turc gras et lourd dont la tête minuscule émerge d'un torse puissant entièrement recouvert de poils.
Le Néerlandais croise le regard fou du Russe nain, observe la toison gorgée d'eau du Turc; Chacun a son secret pour tenir éloigné le feu qui les brûle. Le Batave au corps d'Apollon les supplie en silence, comprend maintenant que l'entrainement ne suffit pas. Il pourra faire le beau sur une plage, baiser un tas de filles, mais il ne sera jamais champion du monde. Il ne parvient pas à maîtriser cette crispation dans les jambes qui lui fait agiter ses talons sur le sol comme un épileptique.
Leurs regards convergent vers lui, il les voit sourire, nom de Dieu, il s'affole, se demande si le plus dur est de résister à la chaleur ou de rester enfermé avec ces deux tarés. Ils ont flairé la peur, attendent qu'il cède, qu'il se lève se dépêche de quitter la boîte.
Igor et le Turc se donnent une poignée de main humide et sortent à leur tour. Inutile de forcer.
 »
page 58, premier tour des qualifications

Tous les ans, à Heinola en Finlande, des hommes (et des femmes mais dans Chaleur on s’intéressera surtout aux hommes) s’enferment dans un sauna chauffé à 110°C au lieu des 90 habituels et le dernier qui en sort est déclaré Champion du Monde de Sauna.
Depuis quatre ans, Igor Azarov, Russe, 60 ans, 1m59, 58Kg, moustache, cheveux gris, arrive en finale. Depuis quatre ans, Igor Azarov  sort quelques secondes avant Niko.
Niko Tanner, 49 ans, 1m89, 110Kg, acteur porno clean et classique, à jour dans ses vaccins hépatite B et HPA, accro à la Vodka, est la star locale.
« Niko Tanner est doué pour trois choses : la picole, la baise.
Et la chaleur.
»

En plus de savoir si le Champion sera Champion pour la quatrième fois consécutive ou s’il sera détrôné par Igor, le Turc, le Révérend ou encore le jeune arriviste aux airs de Macron, vous découvrirez le drôle de couple que forment Niko et Loviisa (qui a la moitié de son âge et passe son temps à entraîner ses parties intimes pour ses prochains films, de peur qu’on la découvre femme fontaine et que l’étiquette lui colle au cul toute sa vie), ou encore le passé trouble d’Igor (dont la fille tirée à quatre épingles se demande quelle mouche l’a piqué pour participer à un pareil festival de conneries).
« Si elle ne vivait pas dans une grande ville, elle choisirait l’espace au lieu des salles confinées du club de fitness. La salle de gym marque un début de défaite, un refuge confortable face aux éléments, face à soi-même et à sa volonté. » (pages 93-94)


J’écrivais tout à l’heure que j’aurais aimé frapper plus fort parce que, même si j’ai aimé Chaleur, ce livre ne restera pas pour moi dans les annales. C’est pas mal écrit, c’est rythmé, c’est cocasse, c’est noir, c’est original, on s’attache aux deux candidats jusqu’au-boutistes, mais ça reste finalement un peu plat. Pas vain, mais disons que je suis resté sur ma faim. Je m’attendais peut-être à un peu plus de cynisme et de folie pour un roman décalé, bien qu’adapté d’un fait divers.

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BIENTÔT

Publié le par Sébastien Almira

BIENTÔT

Bon, finalement c'est quasi promis : il y aura bientôt de la nouveauté sur le blog !

Peut-être pas très régulièrement, mais un article est déjà prêt. Un recto verso en une demi-heure.  Reste à voir si ce sera le premier ou si j'en écris un autre. Je crois que je suis lancé :)

En tout cas, vous serez bientôt au courant !

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Un nouveau départ...

Publié le par Sébastien Almira

Un nouveau départ...

Comme certains l'auront remarqué, puisque vous êtes toujours nombreux à venir lire 1,38 page par jour en moyenne : cela fait un moment que je n'ai rien publié sur le blog. Plus que des semaines, des mois. Les articles les plus lus ne sont d'ailleurs pas forcément (que) les plus récents, ce qui montre que vous êtes autant d'habitués avide de nouveaux articles que d'inconnus venus glaner des informations sur un livre (la plupart du temps), un film ou un disque précis.

La raison de ce vide est la même que lors de mes précédentes périodes d'abstinence : la flemme. Quelle c****, celle-là...
Sauf que, cette fois, la flemme a pris racine. Sauf que, cette fois, l'envie d'écrire ne me reprend pas. L'envie de partager mes coups de cœur et mes coups de griffe avec vous, oui, mais celle de l'écrire, non, l'envie de passer deux ou trois heures sur un article entre la rédaction, la pêche à la photo, la mise en page et les corrections, non.

On m'a récemment soumis une idée à laquelle j'étais réfractaire il n'y a pas si longtemps : Twitter.
Alors, puisque c'est la flemme qui m'empêche d'écrire, et non le manque d'envie de partager, pourquoi ne pas le faire de façon moins formelle en publiant une photo avec toute petite phrases de rien du tout, ce qui me prendra trente secondes montre en main, sans aucun problème de mise en page avec une super nouvelle version d'une plate-forme de blog à la mords-moi-le-noeud ?

Voilà, je me suis laissé tenter, ça me paraît encore brouillon et vaporeux comme concept, mais c'est lancé.
Je n'ai pas décidé de fermer le blog au profit de l'oiseau bleu. Il se peut que je revienne un jour à une forme de blog qui me conviendra mieux, sans Twitter, ou à cette forme-là qui me manquera. Le blog reste en tout cas ouvert et vivant. Ce qui est là y restera et il n'est pas impossible que j'y publie à nouveau des articles, plus irrégulièrement que je ne devrais le faire sur Twitter cela dit.

Alors pour ceux qui veulent me suivre sur Twitter, ça se passe ICI : https://twitter.com/LireVoirEcouter ou en tapant LireVoirEcouter ou Sébastien Almira.

 

À bientôt !

Sébastien

 

                                     

 

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Brit Awards 2015

Publié le par Sébastien Almira

Brit Awards 2015

Brit Awards 2015, 25/02/2015
Rediffusion sur Virgin Radio TV ce soir, 27/02/2015 et sur MCM vendredi 13/03/2015



Pour la première fois, avant-hier soir, j'ai regardé la cérémonie des Brit Awards, la trente-cinquième, à l'O2 Arena de Londres. Force est de constater que la France fait pale figure, avec ses NRJ Music Awards remplis de pseudo stars commerciales qui gagnent des prix face aux trop rares vrais artistes nominés et avec ses Victoires de la Musique dont tout le monde se fout tant l'ennui guette.

Le show est au rendez-vous. Même si ils en font un peu trop, à l'américaine, les présentateurs sont présents et présentent bien. L'O2 fait passer le Midem de Cannes pour une vulgaire salle des fêtes, la configuration et la déco faisant penser à un grand gala, les moyens et effets mis en place pour les prestations semblant sortis d'une super-production américaine.

Les nominations prouvent encore une fois que l'Angleterre surclasse la France en matière de musique. Leurs artistes commerciaux font figure de grands artistes à côté de nos habituels nominés aux NRJ Music Awards (qui a parlé de Jennifer, M Pokora, Shy'm, tal ou encore Keen'V ?).
En France, jamais un groupe comme Royal Blood n'aurait remporté le prix de meilleur groupe (britannique, en l’occurrence) face à One Direction, Coldplay et Clean Bandit, ni Paloma Faith celui de meilleure artiste féminine (britannique encore) face à des artistes qui, après un bien trop court extrait, peuvent paraître comme plus commerciales.
Sam Smith, après sont triomphe aux Grammy il y a peu, a été sacré révélation britannique et récompensé comme l'artiste au plus gros succès de 2014, mais s'est incliné face à Ed Sheeran pour les prix de l'artiste masculin et l'album britanniques de l'année.
Le Prix des Critiques est allé à James Bay, au détriment de Years & Years et George the Poet tandis que Paul Epworth a été sacré meilleur producteur britannique. Il a travaillé en 2014 avec Coldplay, U2, Foster the People, FKA Twigs, Glass Animals, Lana del Rey et Lorde.
Dans la catégorie meilleur single britannique, face à pas mal de sérieux concurrents, c'est Mark Ronson pour son featuring avec Bruno Mars, le tubesque Upton Funk, qui a été sacré. Enfin le clip britannique de l'année est You & I des One Direction.
Côté international, Pharell Williams, Taylor Swift (face à Beyoncé, Sia, St Vincent et Lana del Rey) et les Foo Fighters ont été couronnés artiste masculin, féminine et groupe de l'année.

Côté prestations, c'est Taylor Swift qui a ouvert les hostilités avant que Sam Smith, Kanye West, George Ezra ou encore Royal Blood ne se presséent sur la scène. Ce sont les deux artistes britanniques de l'année Ed Sheeran et Paloma Faith qui ont livré, pour moi, les meilleurs prestations de la soirée. Le premier en interprétant, seul sur scène, une version haute en couleur de son titre Bloodstream, la seconde en livrant une prestation de toute beauté sur la ballade Only love can hurt like this. On peut toutefois regretter une faible proportion de musique sur scène. Beaucoup de parlotte comme dans les talk-show à l'américaine, beaucoup de stars, et plus de remise de prix que de titres chantés. Dommage pour une soirée célébrant la musique.

Madonna, elle, était annoncée comme le morceau de bravoure de la soirée. Elle n'avait pas chanté aux Brit Awards depuis vingt ans et faisait la promo de son nouvel album Rebel Heart (critique ici) en interprétant le scénarisé et chorégraphié Living for love. Si l'esthétique et la scénographie étaient intéressants, surtout dans une émission de remise de prix, elle n'était pas du tout à la hauteur vocalement. La faute à sa lourde chute (du bas de l'escalier, dans son dos, les danseurs tirent la cape que Madonna ne parvenait pas à décrocher, elle est tombée avec) qui l'aura certainement déstabilisée. On peut lui reconnaître qu'elle a poursuivi sa prestation (presque) comme si de rien était, mais la magie n'était pas vraiment au rendez-vous, entre une choré souvent ridicule (malgré la scénographie), les sourires botoxés et la voix bien trop essoufflée et maladroite.
Drôle de clôture pour une soirée pareille.

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Cécile Coulon, Les grandes villes n'existent pas, essai, 90 pages, Seuil, Raconter la vie, janvier 2015, 7,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                          

« C'est joli, mais je n'y vivrais pas. », « On comprend pourquoi ça ne coûte pas cher d'investir dans la pierre. », « Ici, c'est le paradis pour les enfants, l'enfer pour les adolescents. » Voilà quelques-unes des phrases que Cécile Coulon et quinze autres millions de Français entendent régulièrement à propos de leur village.
C'est en quelques sortes pour leur rendre hommage qu'elle publie ce texte chez Raconter la vie au Seuil. Une manière de tordre le cou aux clichés sur ceux qu'on appelle bien volontiers des bouseux.

Articulé en quelques chapitres autour du village, de la rue, du stade, de l'école, de l'église, du bar, de la boulangerie et de la salle des fêtes, le livre se veut hybride entre l'essai, le témoignage et l'autobiographie. En quatre-vingt dix pages bien branlées, Cécile Coulon déroule son texte plus descriptif qu'argumentaire. C'est l'anecdote qui devient l'argument. La preuve que vivre « à la campagne », qui n'en est pas vraiment une, n'a rien de suicidaire.

Si le dehors est primordial pour la jeunesse, la rue, le stade, la forêt, qui permettent de s'évader, de grandir, de vivre, le bar et la boulangerie sont le centre névralgique d'un village.
« Une boulangerie qui ferme et le village meurt, comme un malade devient cadavre après avoir rendu son dernier soupir. Il n'y a plus rien à en tirer, à part les résidences secondaires que les propriétaires ouvrent deux semaines en été sans savoir comment entretenir la chaudière et couper la haie qui dévore le chemin communal. Quand il n'y a plus de café ni de boulangerie, ça veut dire que l'endroit où vous êtes né, où vous avez grandi, joué, crié, pleuré, ri, est devenu le dortoir des gens qui rachètent les demeures de maître, les maisons de bourgs et les chalets pour en profiter l'été, quand il fait trop chaud pour que les rues soient animées. » page 86
J'ai grandi dans un (super) village, de 3000 habitants, et j'ai reconnu des situations, des ambiances, des ressemblances et je peux vous confirmer l'importance d'un bar et d'une boulangerie !


Cécile Coulon raconte aussi l'école, le collège, plus loin, le lycée, plus loin encore. Elle raconte l'autonomie quand un enfant va acheter le pain seul la première fois, l'âge adulte non pas à dix-huit ans mais à la délivrance du petit papier rose, le permis de conduire, le permis de sortir de la ville, le permis de s'émanciper. Elle raconte la peur des parents à ce moment-là car, si pour les jeunes le permis veut dire liberté, pour les parents il veut dire danger. Elle raconte la solidarité et l'entente entre voisins, dans la rue, à la maison, comme lors des fêtes du village à la salle polyvalente. Elle raconte la vie, même si elle s'en défend. En tout cas la vie d'un village, la vie dans les grandes lignes de ces habitant dont on ne parle que dans le journal régional. Elle raconte qu'il est possible de vivre comme ça. Et à vrai dire c'est bien comme ça que presque tout le monde vivait il y a quelques décennies.

« Ma meilleure amie habitait à cinq kilomètres de la maison de mes parents. Je montais chez elle à vélo, ou à pied. Mais la première fois qu'elle est venue me chercher en scooter pour aller voir, à une quinzaine de kilomètres, une fille du collège que nous appréciions, ce fut comme si ma notion du temps, de la distance, de mon statut, cette image de moi-même que je voulais donner pour recevoir un respect qu'on met des années à gagner sans comprendre qu'il n'existe pas, changeaient en quelques minutes. Nous pouvions bouger, nous déplacer, frimer aussi, nous échapper et prendre le pouvoir en étendant nos connaissances géographiques, en traversant des bleds que d'autres ne connaissaient que de nom, privilèges jusqu'ici réservés à nos parents, qui décidaient seuls des limites routières que nous pouvions franchir ou non. » pages 64-65

Sans se soucier des qu'en-dira-t-on, sans verser dans la défense acharnée de la vie en village, Cécile Coulon livre un bel hommage à une population moquée quand elle n'est pas oubliée. En dressant le positif comme le négatif, les souvenirs comme les vérités générales, de manière acerbe autant qu'attendrissante, l'auteure du Rire du Grand Blessé et du Cœur du Pélican réussit encore une fois son coup.


« « La vie, la vraie » n'existe pas ; la vérité n'est jamais singulière, régulière, la réalité non plus et c'est pourquoi j'ai écrit ce texte. Je ne peux pas raconter la vie, je peux simplement en décrire quelques-unes, avec les défauts, les partis pris, les omissions et les ornements que l'écriture, la mémoire et les sensations des autres imposent. » page 99


                                

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