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Fabienne Betting, Bons baisers de Mesménie, roman, 340 pages, Autrement 2016 19.50 €, J'ai Lu avril 2017 6,80 € ***

Publié le par Sébastien Almira


En bon libraire qui ne croit qu'en lui-même (oh ça va, je blague ! Ça fait trois ans que j'avais arrêté le blog mais le ton est toujours le même ^^), je n'aime pas beaucoup qu'on m'offre des livres que je n'ai pas expressément souhaités.
Pour mon anniversaire, une cousine commet l'irréparable : la semaine dernière, elle me tend un joli petit paquet venant de la Librairie Mot à Mot de Pertuis.

J'ai commencé Bons baisers de Mesménie dimanche lors de ma première plage de l'année (j'ai pris quelques couleurs par la même occasion), je l'ai continué chez moi lundi et l'ai terminé mardi dans la calanque de Sugiton (la route est laborieuse mais l'endroit se mérite!).
Vous allez me dire qu'on se contrefout de l'endroit où je l'ai lu et de mon superbe bronzage, que je n'écris ça que pour rendre les Parisiens jaloux. Que nenni ! Si je l'écris, c'est que j'ai lu ce roman exactement au bon endroit : Bons baisers de Mesménie a tout du livre de l'été.

Et Thomas, son personnage principal, a tout du loser. Il sort avec la rondelette secrétaire du psy qu'il voyait pour oublier la prof de mesmène qui l'avait goujatement éconduit, il bosse à McDo et c'est un flemmard accompli.
Un matin, il tombe sur cette petite annonce dans 20 Minutes :

Il ne sait pas encore dans quoi il s'embarque mais, vous, vous risquez d'être embarqués dans un tourbillon d'aventures pittoresques, de suspense (gentillet, on n'est pas non plus dans un polar. Quoi que... la mafia ne semble jamais loin), de folklore, de phrases et de situations cocasses, de politique écologique et de personnages hauts en couleurs.
Fabienne Betting, avec ce premier roman, a réussi son coup : elle, risque d'être embarquée en voyage dans le monde entier dans vos valises estivales (évitez toutefois la Mesménie) !

 

 

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Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Publié le par Sébastien Almira

Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 190 pages, Julliard, janvier 2017, 17€ *****

Je l'ai déjà écrit, ici, ailleurs, j'en ai même parlé avec Bernard Lehut sur RTL : Philippe Besson n'a pas son pareil pour raconter les sentiments sans niaiserie ni superflu.
Surtout lorsqu’il raconte une histoire gay.
Surtout lorsqu'il raconte la sienne.

Lors du dernier RDV que je fais avec notre repré Julliard, il nous présente le prochain Philippe Besson. Sans nous en dire grand chose, il nous le présente comme son plus autobiographique, son plus sincère, son plus émouvant, son meilleur livre.

Je lis d'une traite la première histoire d'amour de l'auteur. Elle n'est pas vraiment réciproque, elle est secrète, elle est bancale, elle est douloureuse, mais c'est la première. « Ce garçon, à l'évidence, n'est pas pour moi », écrira-t-il page 33. Il a 17 ans, c'est en 1984, à Barbezieux.

« Je suis élève de Terminale C au lycée Elie-Vinet de Barbezieux. Ça n'existe pas Barbezieux.
Énonçons autrement. Nul ne peut dire : je connais cet endroit, je suis capable de le situer sur une carte de France. À part peut-être les lecteurs, et ils sont de plus en plus rares, de Jacques Chanderne, natif de la ville, et qui en a vanté l'improbable « bonheur ». ou ceux, il sont plus nombreux, mais ont-ils de la mémoire, qui empruntaient la nationale 10, naguère, pour se rendre en vacances, au début du mois d'août, en Espagne ou dans les Landes, et se retrouvaient systématiquement bloqués dans les embouteillages, là, précisément, à cause d'une succession mal pensée de feux tricolores et d'un rétrécissement de la chaussée. (…)
Je suis né là. À l'époque, on avait encore une maternité. Elle fermé il y a de nombreuses années. Plus personne ne naît à Barbezieux, la ville est vouée à disparaître. (…)
Donc je suis d'une époque révolue, d'une ville qui meurt, d'un passé sans gloire. » pages 18/19/20

« Le sentiment amoureux, il me transporte, il me rend heureux. Mais il me brûle aussi, il m'est douloureux, comme sont douloureuses les amours impossibles.
Car, de cette impossibilité, j'ai une conscience aiguë.
La difficulté, on peut s'en accommoder ; on déploie des efforts, des ruses, on tente de séduire, on se fait beau, dans l’espoir de la vaincre. Mais l'impossibilité, par essence, porte en soi notre défaite. » page 32

Je ne veux pas trop en dire, c'est pourquoi j'ai meublé avec des extraits après quelques lignes, ce serait vous priver d'une partie du plaisir.
Je rejoins entièrement l'avis de mon représentant : Arrête avec tes mensonges est le plus beau, le plus émouvant, le meilleur livre de Philippe Besson. Il m'a bouleversé. J'en pleurais à quatre heures du matin lorsque je l'ai fini (je m'étais couché déjà tard).
L'écrivain originaire de cette ville qui se meurt a écrit des romans qui m'ont beaucoup plu (Le garçon d'Italie, Se résoudre aux adieux, Un homme accidentel, En l'absence des hommes (la première fois), Vivre vite), d'autres qui m'ont bien plu (La maison Atlantique, Les passants de Lisbonne, De là on voit la mer) et quelques rares qui m'ont déplu (La trahison de Thomas Spencer, En l'absence des hommes (la seconde fois), Retour parmi les hommes), je ne dis donc pas ça par habitude : Philippe Besson est fort, très fort, il a les mots justes, le phrasé ressemble à une nécessité, nerveuse et mélancolique.
Arrête avec tes mensonges est une merveille.

« À mesure que je me rapproche, je vois cette nervosité, qui n'est en fait que de la timidité, quelque chose entre la gaucherie et l'émoi, une sorte de confusion plus que d'appréhension. Je me demande s'il éprouve de la honte, je veux croire qu'il s'agit seulement d'une gêne, de la manifestation de sa pudeur. Je retrouve aussi sa sauvagerie, ce qui le tient à part. J'en suis troublé car je me remémore sa mâle assurance, sa confiance calme, je pourrais être rebuté par l'égarement de sa superbe, en réalité rien ne me touche davantage que le craquèlement des armures et la personne qui s'y révèle. » page 39

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Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

Publié le par Sébastien Almira

Joseph Incardona, Chaleur, roman, 145 pages, Finitude, octobre 2016, 15.50€ ***

 Premier article sur lequel je travaille depuis qu’a germé l’idée de reprendre le blog Culturez-Vous. Je recommence à avoir du temps puisque je suis au chômage depuis le début de l’année, et quelques personnes continuent ou commencent à me dire que je n’aurais pas dû laisser tomber il y a deux ans.
Ce ne sera peut-être pas le premier article publié parce que j’aurais aimé « frapper plus fort » pour mon « grand retour » (rires), mais il est là.

La semaine dernière, je suis allé visiter une nouvelle librairie à Marseille (oui, oui, je visite des librairies ^^), la chaleureuse Librairie Pantagruel, créée l’année dernière au Pharo par trois femmes fraîchement débarquées dans le monde des livres.
Il y avait un coup de cœur sur Chaleur, un livre rouge qui attire le regard. J’ai discuté avec la libraire présente ce jour-là et suis reparti avec ce court roman écrit par l’auteur de Derrière les panneaux, il y a des hommes (Grand Prix de littérature policière 2015).

 

« Avec Igor, il n'y avait plus que le 19 et le 67. Le 67 est un Néerlandais, il porte un maillot de bain orange avec un écusson de son pays imprimé dessus : musculature profilée de nageur, silhouette dessinée au pinceau. Il regarde Igor puis son voisin, un Turc gras et lourd dont la tête minuscule émerge d'un torse puissant entièrement recouvert de poils.
Le Néerlandais croise le regard fou du Russe nain, observe la toison gorgée d'eau du Turc; Chacun a son secret pour tenir éloigné le feu qui les brûle. Le Batave au corps d'Apollon les supplie en silence, comprend maintenant que l'entrainement ne suffit pas. Il pourra faire le beau sur une plage, baiser un tas de filles, mais il ne sera jamais champion du monde. Il ne parvient pas à maîtriser cette crispation dans les jambes qui lui fait agiter ses talons sur le sol comme un épileptique.
Leurs regards convergent vers lui, il les voit sourire, nom de Dieu, il s'affole, se demande si le plus dur est de résister à la chaleur ou de rester enfermé avec ces deux tarés. Ils ont flairé la peur, attendent qu'il cède, qu'il se lève se dépêche de quitter la boîte.
Igor et le Turc se donnent une poignée de main humide et sortent à leur tour. Inutile de forcer.
 »
page 58, premier tour des qualifications

Tous les ans, à Heinola en Finlande, des hommes (et des femmes mais dans Chaleur on s’intéressera surtout aux hommes) s’enferment dans un sauna chauffé à 110°C au lieu des 90 habituels et le dernier qui en sort est déclaré Champion du Monde de Sauna.
Depuis quatre ans, Igor Azarov, Russe, 60 ans, 1m59, 58Kg, moustache, cheveux gris, arrive en finale. Depuis quatre ans, Igor Azarov  sort quelques secondes avant Niko.
Niko Tanner, 49 ans, 1m89, 110Kg, acteur porno clean et classique, à jour dans ses vaccins hépatite B et HPA, accro à la Vodka, est la star locale.
« Niko Tanner est doué pour trois choses : la picole, la baise.
Et la chaleur.
»

En plus de savoir si le Champion sera Champion pour la quatrième fois consécutive ou s’il sera détrôné par Igor, le Turc, le Révérend ou encore le jeune arriviste aux airs de Macron, vous découvrirez le drôle de couple que forment Niko et Loviisa (qui a la moitié de son âge et passe son temps à entraîner ses parties intimes pour ses prochains films, de peur qu’on la découvre femme fontaine et que l’étiquette lui colle au cul toute sa vie), ou encore le passé trouble d’Igor (dont la fille tirée à quatre épingles se demande quelle mouche l’a piqué pour participer à un pareil festival de conneries).
« Si elle ne vivait pas dans une grande ville, elle choisirait l’espace au lieu des salles confinées du club de fitness. La salle de gym marque un début de défaite, un refuge confortable face aux éléments, face à soi-même et à sa volonté. » (pages 93-94)


J’écrivais tout à l’heure que j’aurais aimé frapper plus fort parce que, même si j’ai aimé Chaleur, ce livre ne restera pas pour moi dans les annales. C’est pas mal écrit, c’est rythmé, c’est cocasse, c’est noir, c’est original, on s’attache aux deux candidats jusqu’au-boutistes, mais ça reste finalement un peu plat. Pas vain, mais disons que je suis resté sur ma faim. Je m’attendais peut-être à un peu plus de cynisme et de folie pour un roman décalé, bien qu’adapté d’un fait divers.

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BIENTÔT

Publié le par Sébastien Almira

BIENTÔT

Bon, finalement c'est quasi promis : il y aura bientôt de la nouveauté sur le blog !

Peut-être pas très régulièrement, mais un article est déjà prêt. Un recto verso en une demi-heure.  Reste à voir si ce sera le premier ou si j'en écris un autre. Je crois que je suis lancé :)

En tout cas, vous serez bientôt au courant !

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Un nouveau départ...

Publié le par Sébastien Almira

Un nouveau départ...

Comme certains l'auront remarqué, puisque vous êtes toujours nombreux à venir lire 1,38 page par jour en moyenne : cela fait un moment que je n'ai rien publié sur le blog. Plus que des semaines, des mois. Les articles les plus lus ne sont d'ailleurs pas forcément (que) les plus récents, ce qui montre que vous êtes autant d'habitués avide de nouveaux articles que d'inconnus venus glaner des informations sur un livre (la plupart du temps), un film ou un disque précis.

La raison de ce vide est la même que lors de mes précédentes périodes d'abstinence : la flemme. Quelle c****, celle-là...
Sauf que, cette fois, la flemme a pris racine. Sauf que, cette fois, l'envie d'écrire ne me reprend pas. L'envie de partager mes coups de cœur et mes coups de griffe avec vous, oui, mais celle de l'écrire, non, l'envie de passer deux ou trois heures sur un article entre la rédaction, la pêche à la photo, la mise en page et les corrections, non.

On m'a récemment soumis une idée à laquelle j'étais réfractaire il n'y a pas si longtemps : Twitter.
Alors, puisque c'est la flemme qui m'empêche d'écrire, et non le manque d'envie de partager, pourquoi ne pas le faire de façon moins formelle en publiant une photo avec toute petite phrases de rien du tout, ce qui me prendra trente secondes montre en main, sans aucun problème de mise en page avec une super nouvelle version d'une plate-forme de blog à la mords-moi-le-noeud ?

Voilà, je me suis laissé tenter, ça me paraît encore brouillon et vaporeux comme concept, mais c'est lancé.
Je n'ai pas décidé de fermer le blog au profit de l'oiseau bleu. Il se peut que je revienne un jour à une forme de blog qui me conviendra mieux, sans Twitter, ou à cette forme-là qui me manquera. Le blog reste en tout cas ouvert et vivant. Ce qui est là y restera et il n'est pas impossible que j'y publie à nouveau des articles, plus irrégulièrement que je ne devrais le faire sur Twitter cela dit.

Alors pour ceux qui veulent me suivre sur Twitter, ça se passe ICI : https://twitter.com/LireVoirEcouter ou en tapant LireVoirEcouter ou Sébastien Almira.

 

À bientôt !

Sébastien

 

                                     

 

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Brit Awards 2015

Publié le par Sébastien Almira

Brit Awards 2015

Brit Awards 2015, 25/02/2015
Rediffusion sur Virgin Radio TV ce soir, 27/02/2015 et sur MCM vendredi 13/03/2015



Pour la première fois, avant-hier soir, j'ai regardé la cérémonie des Brit Awards, la trente-cinquième, à l'O2 Arena de Londres. Force est de constater que la France fait pale figure, avec ses NRJ Music Awards remplis de pseudo stars commerciales qui gagnent des prix face aux trop rares vrais artistes nominés et avec ses Victoires de la Musique dont tout le monde se fout tant l'ennui guette.

Le show est au rendez-vous. Même si ils en font un peu trop, à l'américaine, les présentateurs sont présents et présentent bien. L'O2 fait passer le Midem de Cannes pour une vulgaire salle des fêtes, la configuration et la déco faisant penser à un grand gala, les moyens et effets mis en place pour les prestations semblant sortis d'une super-production américaine.

Les nominations prouvent encore une fois que l'Angleterre surclasse la France en matière de musique. Leurs artistes commerciaux font figure de grands artistes à côté de nos habituels nominés aux NRJ Music Awards (qui a parlé de Jennifer, M Pokora, Shy'm, tal ou encore Keen'V ?).
En France, jamais un groupe comme Royal Blood n'aurait remporté le prix de meilleur groupe (britannique, en l’occurrence) face à One Direction, Coldplay et Clean Bandit, ni Paloma Faith celui de meilleure artiste féminine (britannique encore) face à des artistes qui, après un bien trop court extrait, peuvent paraître comme plus commerciales.
Sam Smith, après sont triomphe aux Grammy il y a peu, a été sacré révélation britannique et récompensé comme l'artiste au plus gros succès de 2014, mais s'est incliné face à Ed Sheeran pour les prix de l'artiste masculin et l'album britanniques de l'année.
Le Prix des Critiques est allé à James Bay, au détriment de Years & Years et George the Poet tandis que Paul Epworth a été sacré meilleur producteur britannique. Il a travaillé en 2014 avec Coldplay, U2, Foster the People, FKA Twigs, Glass Animals, Lana del Rey et Lorde.
Dans la catégorie meilleur single britannique, face à pas mal de sérieux concurrents, c'est Mark Ronson pour son featuring avec Bruno Mars, le tubesque Upton Funk, qui a été sacré. Enfin le clip britannique de l'année est You & I des One Direction.
Côté international, Pharell Williams, Taylor Swift (face à Beyoncé, Sia, St Vincent et Lana del Rey) et les Foo Fighters ont été couronnés artiste masculin, féminine et groupe de l'année.

Côté prestations, c'est Taylor Swift qui a ouvert les hostilités avant que Sam Smith, Kanye West, George Ezra ou encore Royal Blood ne se presséent sur la scène. Ce sont les deux artistes britanniques de l'année Ed Sheeran et Paloma Faith qui ont livré, pour moi, les meilleurs prestations de la soirée. Le premier en interprétant, seul sur scène, une version haute en couleur de son titre Bloodstream, la seconde en livrant une prestation de toute beauté sur la ballade Only love can hurt like this. On peut toutefois regretter une faible proportion de musique sur scène. Beaucoup de parlotte comme dans les talk-show à l'américaine, beaucoup de stars, et plus de remise de prix que de titres chantés. Dommage pour une soirée célébrant la musique.

Madonna, elle, était annoncée comme le morceau de bravoure de la soirée. Elle n'avait pas chanté aux Brit Awards depuis vingt ans et faisait la promo de son nouvel album Rebel Heart (critique ici) en interprétant le scénarisé et chorégraphié Living for love. Si l'esthétique et la scénographie étaient intéressants, surtout dans une émission de remise de prix, elle n'était pas du tout à la hauteur vocalement. La faute à sa lourde chute (du bas de l'escalier, dans son dos, les danseurs tirent la cape que Madonna ne parvenait pas à décrocher, elle est tombée avec) qui l'aura certainement déstabilisée. On peut lui reconnaître qu'elle a poursuivi sa prestation (presque) comme si de rien était, mais la magie n'était pas vraiment au rendez-vous, entre une choré souvent ridicule (malgré la scénographie), les sourires botoxés et la voix bien trop essoufflée et maladroite.
Drôle de clôture pour une soirée pareille.

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Cécile Coulon, Les grandes villes n'existent pas, essai, 90 pages, Seuil, Raconter la vie, janvier 2015, 7,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                          

« C'est joli, mais je n'y vivrais pas. », « On comprend pourquoi ça ne coûte pas cher d'investir dans la pierre. », « Ici, c'est le paradis pour les enfants, l'enfer pour les adolescents. » Voilà quelques-unes des phrases que Cécile Coulon et quinze autres millions de Français entendent régulièrement à propos de leur village.
C'est en quelques sortes pour leur rendre hommage qu'elle publie ce texte chez Raconter la vie au Seuil. Une manière de tordre le cou aux clichés sur ceux qu'on appelle bien volontiers des bouseux.

Articulé en quelques chapitres autour du village, de la rue, du stade, de l'école, de l'église, du bar, de la boulangerie et de la salle des fêtes, le livre se veut hybride entre l'essai, le témoignage et l'autobiographie. En quatre-vingt dix pages bien branlées, Cécile Coulon déroule son texte plus descriptif qu'argumentaire. C'est l'anecdote qui devient l'argument. La preuve que vivre « à la campagne », qui n'en est pas vraiment une, n'a rien de suicidaire.

Si le dehors est primordial pour la jeunesse, la rue, le stade, la forêt, qui permettent de s'évader, de grandir, de vivre, le bar et la boulangerie sont le centre névralgique d'un village.
« Une boulangerie qui ferme et le village meurt, comme un malade devient cadavre après avoir rendu son dernier soupir. Il n'y a plus rien à en tirer, à part les résidences secondaires que les propriétaires ouvrent deux semaines en été sans savoir comment entretenir la chaudière et couper la haie qui dévore le chemin communal. Quand il n'y a plus de café ni de boulangerie, ça veut dire que l'endroit où vous êtes né, où vous avez grandi, joué, crié, pleuré, ri, est devenu le dortoir des gens qui rachètent les demeures de maître, les maisons de bourgs et les chalets pour en profiter l'été, quand il fait trop chaud pour que les rues soient animées. » page 86
J'ai grandi dans un (super) village, de 3000 habitants, et j'ai reconnu des situations, des ambiances, des ressemblances et je peux vous confirmer l'importance d'un bar et d'une boulangerie !


Cécile Coulon raconte aussi l'école, le collège, plus loin, le lycée, plus loin encore. Elle raconte l'autonomie quand un enfant va acheter le pain seul la première fois, l'âge adulte non pas à dix-huit ans mais à la délivrance du petit papier rose, le permis de conduire, le permis de sortir de la ville, le permis de s'émanciper. Elle raconte la peur des parents à ce moment-là car, si pour les jeunes le permis veut dire liberté, pour les parents il veut dire danger. Elle raconte la solidarité et l'entente entre voisins, dans la rue, à la maison, comme lors des fêtes du village à la salle polyvalente. Elle raconte la vie, même si elle s'en défend. En tout cas la vie d'un village, la vie dans les grandes lignes de ces habitant dont on ne parle que dans le journal régional. Elle raconte qu'il est possible de vivre comme ça. Et à vrai dire c'est bien comme ça que presque tout le monde vivait il y a quelques décennies.

« Ma meilleure amie habitait à cinq kilomètres de la maison de mes parents. Je montais chez elle à vélo, ou à pied. Mais la première fois qu'elle est venue me chercher en scooter pour aller voir, à une quinzaine de kilomètres, une fille du collège que nous appréciions, ce fut comme si ma notion du temps, de la distance, de mon statut, cette image de moi-même que je voulais donner pour recevoir un respect qu'on met des années à gagner sans comprendre qu'il n'existe pas, changeaient en quelques minutes. Nous pouvions bouger, nous déplacer, frimer aussi, nous échapper et prendre le pouvoir en étendant nos connaissances géographiques, en traversant des bleds que d'autres ne connaissaient que de nom, privilèges jusqu'ici réservés à nos parents, qui décidaient seuls des limites routières que nous pouvions franchir ou non. » pages 64-65

Sans se soucier des qu'en-dira-t-on, sans verser dans la défense acharnée de la vie en village, Cécile Coulon livre un bel hommage à une population moquée quand elle n'est pas oubliée. En dressant le positif comme le négatif, les souvenirs comme les vérités générales, de manière acerbe autant qu'attendrissante, l'auteure du Rire du Grand Blessé et du Cœur du Pélican réussit encore une fois son coup.


« « La vie, la vraie » n'existe pas ; la vérité n'est jamais singulière, régulière, la réalité non plus et c'est pourquoi j'ai écrit ce texte. Je ne peux pas raconter la vie, je peux simplement en décrire quelques-unes, avec les défauts, les partis pris, les omissions et les ornements que l'écriture, la mémoire et les sensations des autres imposent. » page 99


                                

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MADONNA, REBEL HEART, sortie 6 mars 2015, 25 titres ***

Publié le par Sébastien Almira

MADONNA, REBEL HEART, sortie 6 mars 2015, 25 titres ***

Pour son retour après les flops de Hard Candy et MDNA, Madonna a voulu faire les choses en grand en invitant toute une tripotée de stars en studio. Ainsi vous croiserez sur ce nouvel album Avicii (Tim Berling dans les crédits), Alicia Keys, Diplo (Thomas Wesley Pentz), MNEK (Uzo Emenik), Kanye West, Natalia Kills, Mike Tyson, MoZella (Maureen McDonald, présente sur au moins huit morceaux de l'album et qui avait notamment bossé pour Kelly Clarkson et Miley Cyrus), Ariel Rechtstail (meilleur producteur aux Grammy Awards en 2014 pour l'album Modern Vampire of the City de Vampire Weekend, qui a aussi bossé avec Diplo, Beyoncé, Kylie Minogue ou Charlie XCX), Rami Yacoub, Savan Kotecha (deux auteurs-producteurs pour une ribambelle de star plus ou moins talentueuses), Nicky Minaj ou encore Toby Gad à qui l'on doit All of me de John Legend ou If I were a boy de Beyoncé, mais aussi et surtout les daubes des One Direction, de Kelly Clarkson et Selena Gomez.

Mais depuis plusieurs semaines, rien ne va. Quatre mois avant la sortie de l'album, la majorité des titres ont pris le chemin de la toile, contraignant la star à publier son premier single deux mois avant la date prévue (Living for love devait sortir pour la Saint-Valentin), puis à dévoiler six autres titres en guise d'amuse-bouches. Et il y a quelques jours, c'est l'intégralité des 25 titres (14 pour le CD classique, 19 pour l'édition limitée, 21 pour l'édition Fnac dont deux remixes, 27 pour l'édition deluxe dont deux remixes, no comment) qui a fuité.

En dehors d'une promotion forcément détruite par ces fuites, l'inconvénient est l'obligatoire comparaison des versions définitives par rapport aux démos. Et force est de constater que le résultat n'est pas toujours à la hauteur des espoirs créés il y a quelques semaines.

Je vous livre ma critique titre par titre, en quasi avant-première donc !

Living for Love *****
(Madonna Ciccone, Thomas Wesley Pentz, Uzo Emenike, Annie Brewster, Alicia Keys, Maureen McDonald, Ariel Rechtstaid, Toby Gad, Nick Rowe)

Retour en force de la Madonne avec ce titre electro 90's plutôt puissant. Comme sur le reste de l'album, on remarque une voix plus mise en avant, les beats soulignent le piano d'Alicia Keys. Grosse surprise à la première écoute, je suis super emballé par ce titre ni vulgaire, ni bourrin, bien produit et efficace. Merci Diplo et la dizaine de personnes qui ont été nécessaires pour un seul titre.


Devil pray ****
(Madonna Ciccone, Tim Bergling, Carl Falk, Rami Yacoub, Savan Kotecha, Dacoury Natche, Blood Diamonds)
Deuxième gros coup de cœur pour ce morceau hybride, entre country et electro. La version démo, sans electro était plus agréable à écouter, l'electro finalement introduit sied pas mal au titre mais il manque une envolée finale : musicalement ça ne décolle jamais.

Ghosttown *****
(Madonna Ciccone, Jason Evigan, Sean Douglas, Evan Bogart, Mathieu Jomphe)
À mi-chemin entre la ballade (ce à quoi on s'attend avec le premier couplet) et le titre pop dansant (refrains efficaces et entêtants), Ghosttown est une belle surprise, sans réelle prise de risque, mais réussie, qui plaira aux fans.


Unapologetic bitch **
(Madonna Ciccone, Thomas Wesley Pentz, Ariel Rechtstaid, Maureen McDonald, Toby Gad )
Un soupçon d'electro et de R&B sur un reggae aux allures de pop pour un titre plutôt plaisant, sans pour autant être exceptionnel, mais qui a le mérite de sortir des rangs.

Illuminati *
(Madonna Ciccone, Toby Gad, Maureen McDonald, Larry Griffin Jr., Mike Dean, Kanye West)
La démo R&B-electro était franchement pas mal. Le résultat final montre un son plus sourd, plus expérimental où tout ne va pas ensemble et frôle finalement l'amateurisme. Madonna ou l'art de chier une démo réussie, acte 1.

Bitch, I'm Madonna (feat. Nicky Minaj) *
(Madonna Ciccone, Thomas Wesley Pentz, Ariel Rechtstaid, Maureen McDonald, Toby Gad, Onika Maraj )
Je déteste profondément la musique, le son, le chant, les tenues, l'attitude, de Nicky Minaj mais j'avais pour autant beaucoup aimé leur précédent duo I don't give A sur l'album MDNA. Ici son pont rappé me donne autant mal aux oreilles que le son affreux qui tient lieu de « refrain ».

Hold Tight **
(Madonna Ciccone, Thomas Wesley Pentz)
Je ne sais pas trop quoi dire sur cette chanson à vrai dire pas mauvaise, mais certainement pas indispensable sur l'édition principale d'un album de Madonna, même signée par le producteur à la mode Diplo.

Joan of Arc **
(Madonna Ciccone, Toby Gad, Maureen McDonald)
Si la version démo m'avait paru jolie à défaut d'être magnifique, Madonna a dû s'entourer de deux personnes pour la dénaturer en y ajoutant des basses pas en rythme sur le refrain. Madonna ou l'art de chier une démo réussie, acte 2. Et que dire des paroles... Je ne suis pas capable de comprendre les paroles à l'oreille et je ne me suis pas amusé à lire celles de chaque titre de l'album, mais bonjour le vocabulaire utilisé...

Iconic (feat. Chance the Rapper & Mike Tyson) ***
(Madonna Ciccone, Toby Gad, Maureen McDonald, Chancelor Bennett, Mike Tyson)
J'aime beaucoup les couplets de ce titre, même les ponts, mais les refrains musicaux (décidément, cette mode...) rap qui lorgnent du côté de I don't give A déjà cité sont d'un prétentieux assez désagréable à l'oreille. Dommage, le titre est plutôt bon sinon.

HeartBreakCity *****
(Madonna Ciccone, Thomas Wesley Pentz)
Jolie mélodie, jolie compo, voix mise en avant : très belle chanson signée Diplo.

Body Shop ***
(Madonna Ciccone, S1, Toby Gad, Maureen McDonald)
Les sonorités indiennes font évidemment penser à Shanti / Ashtangi sur l'album de référence Ray of Light, mais je trouve que ce morceau mineur aurait plus eu sa place dans les titres bonus. A néanmoins le mérite de montrer une autre facette de la Madonne et de sa musique.

Holy Water **
(Madonna Ciccone, Natalia Kills, Martin Kierszenbaum)
Sorte de Gang Bang R&B qui surfe sur Vogue pour se donner un genre, qui aurait plus sa place sur la BO d'un thriller que sur un album original de Madonna.

Inside out *
Une ballade mid-tempo qu'on a l'impression d'avoir entendue deux-cent fois auparavant, doté d'un final qui se la joue I don't give A (décidément...).

Wash all over me ****
(Madonna Ciccone, Maureen McDonald, Miley Cyrus, Tim Bergling)
Nouveau morceau d'Avicii, choisi ici dans une version plus calme et acoustique que la première mouture super efficace, qui manque sur cet album. Madonna ou l'art de chier une démo réussie, acte 3.

MADONNA, REBEL HEART, sortie 6 mars 2015, 25 titres ***

+
Best night **
Encore des influences R'n'B pour ce premier titre bonus pas trop dégueu.

Veni Vidi Vici (feat. Nas) *
Titre urbain complètement foireux.

S.E.X **
Titre urbain intéressant mais moyen, entre Human Nature et Candy Shop.

Messiah *****
Madonna Ciccone, Tim Bergling
À l'écoute de cette somptueuse ballade, on se demande sérieusement qui a choisi les titres de l'édition principale et ceux des éditions limitées. Il est incompréhensible que Messiah soit reléguée dans les bonus après trois morceaux urbains plus ou moins douteux.

Rebel Heart ****
Madonna Ciccone, Tim Bergling, Magnus Lidehäll
Morceau pop réussi qui aurait pu paraître sur l'album Ray of Light. Ravira probablement les fans.


+
Beautiful Scars **
Des sons disco ont été insérés dans ce morceau mid tempo plus ringard que rétro ou moderne. Je ne comprends pas comment ce genre de titre somme toute assez banal ne reste pas au stade de démo dans un carton quand l'excellent Revolution est écarté de l'album.

Queen ***
C'est pas mal, mais il faut se tartiner le reste de l'album avant d'y arriver et, une fois là, ça ne suffit pas pour qu'on apprécie Queen à sa juste valeur. Mauvais placement.

Borrowed Time **
Madonna Ciccone, Tim Bergling
Belle chanson, mais le résultat est moins convainquant que la démo, plus classique. Trop de petits instruments rajoutés par-ci, par-là. Madonna ou l'art de chier une démo réussie, acte 4.

Graffiti Heart ***
Titre electro sympathique. La version démo était toutefois plus aboutie et plus équilibrée.

Autotune Baby *
Commence comme un mauvais titre de Mariah Carey avec la voix d'un bébé claire puis autotunée, puis Madonna fait un semblant de rap sur les « hun-wuah » du-dit bébé. Les yeux sont grand ouverts, ceux du bébé qui ne parvient visiblement pas à dormir, et les nôtres plein d'effroi devant ce titre étrange. On trouvera, au choix, que c'est un titre surprise et fun qui ne se prend pas au sérieux ou une petite bouse qui porte bien son nom.

Addicted *****
Madonna Ciccone, Tim Bergling
LE raté de l'album. Addicted est une putain de bombe electro signée Avicii qui défonce sa race. C'est addictif à mort et ça ferait un sacré carton mais le titre est relégué à la fin de l'édition super limitée... Incompréhensible.

MADONNA, REBEL HEART, sortie 6 mars 2015, 25 titres ***

70 étoiles sur 125, ce qui ramène la note à 5,6/10 pour ce treizième de la reine de la pop. Elle a enchaîné les tubes pendant vingt ans et voilà que depuis trois albums elle court après les producteurs à la mode qui pourront lui faire renouer avec le succès. Elle y réussit parfois (4 minutes, Girl gone wild, Celebration) mais le grand public semble désormais se foutre éperdument de ses nouveaux albums.
L'année dernière, Madonna annonçait ses collaborations pour Rebel Heart sur les réseaux sociaux, gageant que l'on serait surpris par son travail. Je dois dire après plusieurs écoutes que si la surprise n'est pas vraiment au rendez-vous puisque les sons, les genres et les collaborateurs sont sensiblement les mêmes depuis quelques années, il y a toutefois quelques morceaux de bravoure.
Ballade, electro, pop pure, sons hindies, R'n'B : la palette est large et elle prouve qu'elle peut toujours exceller dans ce a quoi elle nous a habitué. Mais on trouve dans cet album beaucoup trop de titres et, surtout, beaucoup trop de mauvais titres. Quand on voit certains morceaux enregistrés puis écartés, on se demande comment une setlist aussi maladroite a pu être validée alors que la Madonne joue gros.
Pour moi, c'était un come-back réussi lorsque l'on a découvert les premières démos, qui m'ont laissé croire le temps de quelques semaines à un successeur d'American Life (pas mal de guitares et d'electro au départ) et lorsque le premier single, Living for Love, a été dévoilé en version définitive. Je m'attendais à un grand album.
Maintenant que tout est là, je pense que Madonna est en passe de rater son retour. Trop de titres, trop de R&B, trop de collaborations, trop de mauvais choix de setlist (pourquoi faut-il notamment attendre les bonus pour entendre les bons titres d'Avicii ?) et certainement bientôt des mauvais choix de singles, malgré le nombre de singles potentiels, comme pour MDNA. Pour le grand public, ce sera « Trop de Madonna ! ».


Album parfait, et là, 4 ou 5 étoiles, je me serais tâté :
Livng for love / Devil pray / Ghosttown / Unapologetic bitch / Joan of Arc (version démo) / Iconic / Heartbreak City / Wash all over me (version démo electro) / Messiah / Rebel Heart / Queen / Borrowed time (version démo) / Addicted / Revolution
bonus : Body shop / Wash all over me (version acoustique) / Graffiti Heart (version démo) / Two step behind me

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Sasha Arango, La vérité et autres mensonges, roman traduit de l'Allemand par Dominique Autrand, 310 pages, 20 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                   

Henry est selon lui-même un homme sans intérêt, un auteur adulé de best-sellers policiers secrètement écrits par sa femme Martha, un bon à rien, si ce n'est un ami généreux et fidèle.

« La littérature ne m'intéresse pas, je veux juste écrire. » Martha
« Le succès n'est qu'une ombre qui se déplace avec le soleil. »
« À un moment ou un autre le soleil se couchera, songeait Henry avec anxiété, et on se rendra compte que je n'existe pas. »
« Il n'y eut rien de particulier à prouver car un auteur, comme chacun sait, n'est capable de rien d'autre que d'écrire, et écrire est à la portée de n'importe qui. Pas besoin d'avoir des connaissances ou des compétences spécifiques, ou des choses particulières à dire sur soi, aucune information digne de ce nom qui s'impose, il suffit d'avoir un peu vécu, personne ne vous demandera de présenter un diplôme. » Henry

Un bon à rien dont la femme est éperdument amoureuse et la maîtresse enceinte jusqu'au cou. Le problème s'appelle Betty, elle est aussi son éditrice, une femme sans scrupule et dépravée, plus jeune, plus belle que Martha, les cheveux blonds bouclés, les tâches de rousseur sur ses seins en orange, les yeux verts, « elle voulait le succès et en même temps la discrétion, l'aventure dans la jungle, mais avec le chauffage central. » Un mauvais plan.

Le point de départ semble plutôt simple, mais La vérité et autres mensonges devient plus tortueux au fil des pages. Si Henry est incapable d'écrire ses romans lui-même, il est en revanche capable de transformer sa propre vie en véritable thriller.
On pourra se heurter à quelques maladresses de traduction, quelques passages plus brouillons que mystérieux ou encore quelques erreurs de significations, mais Sasha Arango mène sa barque avec talent et manipule le lecteur comme bon lui semble. Entre vérités et mensonges, révélations et rebondissements, ce thriller plus alambiqué qu'il n'y paraît tient rudement bien la route.

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Philippe Besson, Vivre vite, roman, 230 pages, Julliard, janvier 2015, 19 € ****

Publié le par Sébastien Almira

            


La rentrée de janvier a commencé il y a un mois déjà, un peu plus même, certains éditeurs ayant publié dès le 31 décembre... Et moi qui me targue de vous éclairer sur l'actualité littéraire, j'ai attendu le mois de février pour écrire un article sur un roman de la rentrée. Il faut dire que janvier a été quelque peu mouvementé, que je n'étais pas trop d'humeur à lire, ni à écrire sur le peu que j'avais lu.
Je me suis jeté sur des BD jeunesse et dans les salles obscures, d'où les deux articles ciné de janvier. Pour ma défense, quel ratio de bonnes nouveautés au cinéma en fin décembre / janvier !


Bref, pour le premier article de la rentrée littéraire de janvier, si, vous savez, celle qui passe quasi inaperçue, je reste proche du septième art puisque Philippe Besson raconte dans Vivre vite, l'idole de vos mères et de vos grands-mères : James Dean.

« Notre passe-temps favori, à Jimmy et moi consistait à improviser des pièces de théâtre. On s'était fabriqué une scène miniature, j'avais cousu des costumes, confectionné des figurines. C'était épatant d'inventer des histoires et de les déclamer devant un public imaginaire. J'ignorais que cela déclencherait chez lui ce désir irrésistible de faire l'acteur plus tard, mais je suis fière de supposer que je suis sans doute à l'origine de sa vocation.
Parfois, je pense : si je ne l'avais pas poussé dans cette direction, s'il n'avait pas embrassé cette profession, s'il n'était pas devenu célèbre du jour au lendemain, il ne serait pas mort brutalement, en pleine jeunesse, en pleine gloire. Il n'aurait pas eu les moyens de s'acheter cette maudite voiture, il n'y aurait pas eu l'accident. Mais je n'arrive pas à me sentir coupable. On n'échappe pas à son destin. Le sien était d'être une étoile et de passer comme une comète. » pages 23-24, Mildred Dean, sa mère.

Vous l'avez peut-être compris avec ce premier extrait, c'est grâce à un roman choral que Philippe Besson entend raconter la courte vie de James Dean. Ainsi, prendront la parole sa mère, son oncle, les réalisateurs, acteurs, photographes avec les lesquels il travaillera, ses amis, si tant est qu'on puisse imaginer que l'acteur avait réellement des amis, lui-même, ou encore son professeur d'art dramatique Adeline Brookshire qui sera la première, page 64, à le nommer James Dean, peut-être parce que c'est elle qui fut le virage dans la vie de Jimmy, celui qui lui fit entamer une carrière, aussi courte soit-elle, parce que c'est à partir de là que Jimmy est devenu James Dean.

« On devait toujours le canaliser. C'était un enfant qui faisait facilement des bêtises. » page 47, Marcus Winslow, son oncle.

« En fait, il faudrait donner l'impression de ne rien faire, d'être soi-même, alors qu'on est absolument un autre. Inventer un pur mensonge plus vraisemblable que la vérité.
Il faudrait aussi puiser en soi des souffrances intimes et les habiller d'apparences trompeuses. » page 70, James Dean.

« Car désormais, je ne pense plus qu'à une chose, une seule, devenir acteur. Si je ne deviens pas acteur, autant être rien.
Pas de méprise : je n'ai pas particulièrement envie de voir ma tête sur des affiches,je ne rêve pas de gloire. Non. Simplement, je ressens des vibrations dès que j'enfile le costume d'un autre, et que j'invente un mensonge en espérant qu'on va me croire. C'est dans les moments où je joue que je suis au plus près de la personne que je veux être. » pages 110-111, James Dean.
 

                      


Et c'est là que réside la force de Vivre vite : Besson s'adapte aux narrateurs qu'il utilise. Il perd parfois son écriture, qui peut en énerver plus d'un, jusqu'à ce qu'elle revienne au galop au détour d'un personnage. Mais même lorsqu'il change le moins sa manière d'écrire, j'avais l'impression d'entendre untel ou un autre parler, sa voix, ses intonations, de voir ses postures, ses expressions. En ça Philippe Besson est très bon.

« Au début de notre amitié, j'ai pensé qu'il préférait les hommes. Et cela ne m'aurait pas particulièrement choqué. J'ai découvert que la réalité était plus subtile. Pour comprendre Jimmy, il fallait admettre qu'il n'avait pas de problème avec sa propre sensibilité et, pour être plus explicite encore, avec sa propre féminité. » page 167, Leonard Rosenman, compositeur.

« D'emblée, j'ai tenté de me débrouiller avec ce paradoxe : la beauté de Jimmy ne sautait pas aux yeux, et pourtant on ne voyait qu'elle. Ses lunettes mangeaient son visage, ses traits étaient un peu grossiers, son regard noirci par les cernes, et cependant il irradiait dès qu'il se mettait à sourire, il inquiétait dès qu'il se refermait, il séduisait dès qu'il vous fixait. » page 199, Dennis Stock, photographe.

Si certains chapitres paraîtront anecdotiques au premier abord, je trouve qu'il n'y a pas de gras dans le roman, rien à retirer. Tout y a une place, la sienne. Tout a un sens, un but. Ici un trait de caractère dévoilé, là un moment clef de la fureur de vivre, de vivre, de James Dean.
Quelques chapitres sont très forts, d'autres très intéressants comme celui d'Elia Kazan, sur le tournage du premier film de James, À l'est d’Éden, page 175 et suivantes, il y a aussi la beauté de ce que dit Elizabeth Taylor ou encore Marlon Brandon, son idole : « Plus tard, je suis allé voir ses films et là, j'ai compris. Compris que c'était un putain de génie. Et les génies ont le droit de faire chier le monde. » (page 192)

À la manière de Frédéric Beigbeder avec son roman Oona & Salinger (article ici), Philippe Besson signe un très bon roman qui, sans dénaturer son œuvre ou sa personne, est peut-être un peu plus classique et abordable pour les non-initiés, pour les habituellement irrités par le style ou le genre de ces deux auteurs. Il y a en Vivre vite un beau roman sur un acteur incandescent devenu en trois films et un accident de voiture, une icône intemporelle. James Dean va si bien à Philippe Besson, et inversement, que ce serait dommage de bouder un tel plaisir.


« Mais que voulez-vous, l'Amérique, cette grande nation, n'est rien d'autre qu'une mère monstrueuse qui dévore ses enfants, une putain de mère maquerelle qui brûle ses gagneuses et ses idoles. » page 222, Sal Mineo, acteur.


                                              

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