Samedi 12 avril 2014 6 12 /04 /Avr /2014 22:00

 

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Nées en 2009, suite à la rencontre entre Benoît Virot (créateurde la revue Le Nouvel Attila) et Frédéric Martin (qui travaillait aux éditions Viviane Hamy), les éditions Attila ont publié un catalogue d'une cinquantaine de titres dont l'originalité n'avait d'égal que la qualité graphique de l'objet. Textes rares, subversifs, décalés, drôles, enivrants, qui ont séduit pas mal de lecteurs exigeants.

Mais en 2013, l'aventure s'arrête et les deux hommes créent chacun leur maison d'édition après que leurs auteurs se soient vus proposer de récupérer leurs droits ou de rejoindre la nouvelle structure de leur choix. Benoît Virot crée le Nouvel Attila et Frédéric Martin Tripode.

 

Les Extraits des archives du district n'est pas une nouveauté en soi puisqu'elle faisait partie du catalogue Attila. La quatrième de couv fait indéniablement penser aux textes cultes d'anticipation et de science-fiction, à 1984 en particulier.

C'est l'histoire d'un homme qui tient un journal où il décrit sa vie dans le district, entre faits étranges voire effrayants et banalités. C'est d'ailleurs plus souvent les banalités du quotidien qu'il prend la peine d'écrire. Plusieurs pages pour décrire le fonctionnement des files d'attente à la banque, tout autant pour raconter que la caissière du supermarché n'est pas aimable et range n'importe comment ses courses dans les sacs ou encore que Grodeck est un gros connard qui bat une pauvre vieille das le hall du bâtiment et touche le cul de Sylvia, genre de bombe sexuelle que le narrateur aimerait bien se taper.

 

" Ce nouveau système présente d'indéniables bénéfices et quelques inconvénients. Puisque les avantages paraîtront évidents à toute personne moderne, je veux mentionner un ou deux problèmes. Normalement, la banque assigne un nombre égal de caissiers de chaque côté. Mais si leur nombre ou leurs compétences ne sont pas équivalents, il devient difficile de déterminer combien de personnes en plus dans la file la plus efficace la rendront moins rapide que l'autre. Autrement dit, à un certain point, on ira plus vite dans la plus mauvaise file. Mais où se situe ce point ? Et puis, on peut commencer dans l'une ou l'autre de deux files tout aussi efficaces et s'appercevoir à mi-chemin qu'on a perdu un caissier, ou qu'un débutant commence son service. Si on a déjà attendu une demi-heure, il est peu probable qu'on change de file. Et en fait, même avec un service dégradé, cette file pourrait quand même, à cause d'autres facteurs, avancer plus rapidement. On ne peut pas savoir. Par exemple, une fois (c'était au milieu du mois), mon côté de banque a perdu tous ses caissiers sauf un, alors qu'il en restait trois de l'autre côté. J'ai dévisagé les gardiens et les responsables qui travaillaient dans les bureaux en retrait pour protester contre cette injustice flagrante. L'un d'entre eux, ai-je pensé,  devait forcément avoir pour mission de maintenir une équité raisonnable entre les deux comptoirs. Je n'ai reçu en retour que des regards absents. Personne ne semblait s'appercevoir de la situation ou s'en préoccuper. A une ou deux reprises, j'ai presque dit quelque chose. Ce qui est sûr, c'est que j'ai gigoté. Et toussé. Mais en vain. " pages 32-33

 

Bon, on comprend rapidement que le district fait partie d'un système dictatorial où les habitants ont peu de libertés et sont contraints de tenir un journal qui sera à leur mort récupéré par les autorités. D'ailleurs, les habitants doivent adhérer à un club d'enterrement. Si vous voulez en savoir plus, il y en a des tartines sur plus de vingt pages qui ne m'ont que très peu intéressé. Un peu comme le reste du livre. Le narrateur, surnommé La Taupe, décrit son quotidien avec une froideur et un sens du détail qui frôlent l'autisme sans que rien n'accroche vraiment le lecteur. Ce n'est pas mauvais, mais l'ennui est plutôt envahissant et l'intérêt très limité.

De plus, on pourra s'étonner que dans ce genre de maison d'édition, ni le nom de Marc-Antoine Mathieu, qui a signé le dessin de couverture, ni la première publication chez Attila ne soit pas mentionné, ou que la dernière page avant l'élégant noir ne soit pas centrée comme il faut.

 

 

L'avis du Cafard Cosmique, très élogieux : ICI

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 20:23

 

the-monuments-men-poster02.jpgMonuments Men, de George Clooney, 2h ***


Sept Américains sont prêts à aller envers et contre tous, à braver les interdits et les dangers, pour sauver les milliers d’œuvres d'art volées par les nazis en France. Ce sont les Monuments Men. Malgré leur nom, ils n'ont pas de supers pouvoirs, juste un besoin et une envie inaltérables de se battre au nom de l'art et des Français.

J'aimerais bien connaître un peu la véritable histoire parce que je ne peux m'empêcher de voir des livres d'histoires pour collégiens américains crédules à qui on fait croire que les États-Unis règnent en maître pacifiste et altruiste sur le monde entier. Si on pouvait arr^ter de voir Matt Damon à l'écran, ce serait sympa aussi. Sinon, c'était pas mal, quoiqu'un peu longuet au milieu.

 

 

affiche-Free-Fall-Freier-Fall-2013-1.jpgFree Fall, de Stéphane Lacant, 1h40 ****


On en parle comme de « la réponse allemande au Secret de Brokeback Mountain » simplement pare que c'est l'histoire d'un hétéro macho qui tombe amoureux d'un beau gay après avoir tenté de le repousser, voire de le frapper. Le tout dans un milieu hostile (cow-boy VS flics).

Mais la comparaison s'arrête là. Plus court, moins chiant, plus étouffant (pas de grands espaces), plus moderne dans le traitement de l'histoire comme de l'image, plus sensuel peut-être, Free Fall m'a plus passionné que le film multi-primé d'Ang Lee. Il donne envie de vivre sans se barricader derrière des images, des limites, des interdictions, tant qu'il n'est pas trop tard...

 

 

 

patema-et-le-monde-inverse-affiche.jpgPatema et le monde inversé, de Yasuhiro Yoshiura, 1h40 **


Après une catastrophe écologique, la terre se trouve séparée en deux mondes à la gravité inversée ignorant tout l'un de l'autre. Dans le monde souterrain, Patéma, quatorze ans, adolescente espiègle et aventurière rêve d'ailleurs. Sur la terre ferme, Age, lycéen mélancolique, a du mal à s'adapter à son monde totalitaire. Le hasard va provoquer la rencontre des 2 adolescents en défiant les lois de la gravité.

Partant d'une super idée, le manga m'a déçu sur certains aspects. D'abord, ces Japonais (surtout Patéma) qui hurlent dès qu'ils ouvrent la bouche (ils peuvent pas parler normalement?). Ensuite, si certaines images pourraient passer pour du Miyazaki, d'autres paraissent datées, et le mouvement (des personnages, surtout) n'est pas toujours au point (trop saccadé par moments). Enfin, parlons justement de la fin, cette succession de rebondissements qui affolent le rythme alors que certains moments précédents tentaient d'endormir le spectateur : le rythme du film n'est pas tout à fait maîtrisé. Dommage.

 

 

gerontophilia.jpgGerontophilia, de Bruce LaBruce, 1h20 ****


Lake, 18 ans, un garçon plutôt ordinaire mais hyper bogosse, vit avec une mère névrosée et sort avec une fille de son âge excentrique. Embauché dans une maison de retraite pour l’été, il est troublé par une attirance nouvelle et pour le moins particulière : les vieux messieurs. Il tombe sous le charme de l'un des pensionnaires, Mr Peabody, 82 ans.

Voilà, vous êtes prévenus, si vous rentrez, vous savez ce que vous trouverez. C'est très étrange comme histoire mais finalement pas plus que ces films sur des jeunes garçons intéressés par des vieilles dames riches (cf Hors de Prix, par exemple). Là où le réalisateur habitué aux films chocs frôle la perfection, c'est que tout dans Gerontophilia est toujours subtil, quasi délicieux. Les acteurs sont magiques, on n'est jamais dans le voyeurisme, et ça c'est fort.

 

 

How-I-Live-Now-Maintenant-cest-ma-vie-affiche.jpgHow I live now (Maintenant, c'est ma vie), de Kévin Macdonald, 1h45 *****


Adapté du roman du même titre de Meg Rosoff chez Albin Michel Wiz.

Daisy, une adolescente new-yorkaise un peu connasse sur les bords, passe ses premières vacances dans la campagne anglaise chez ses cousins, qu'elle considère comme des bouseux. Les choses ont le temps d'évoluer entre Daisy et ses cousins avant qu'une éventuelle troisième guerre mondiale n'éclate et ne laisse s'envoler les rires, les sorties et les émois naissants. À partir de là, il n'est question que de survie.

L'incroyable force de film réside en le fait qu'on soit toujours exclusivement avec les adolescents. De la guerre, n'entendra que quelques explosions, on ne verra que quelques secondes d'images à la télévision avant que l'électricité ne soit coupée, on ne vivra que leur survie dans un camp de travail et leur fuite afin de tous se retrouver.

Époustouflant, éprouvant, sensationnel à tout égard, accompagné d'une BO tout aussi explosive, How I live now est un film dont on parle trop peu et indéniablement un des films qu'il ne faut pas rater en ce début d'année.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Leçons de cinéma
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Dimanche 30 mars 2014 7 30 /03 /Mars /2014 13:38

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« S'il est bien des gens à qui il ne faut rien laisser passer, ce sont bien les membres de sa famille. Car la première capitulation, loin d'aplanir les difficultés, ne fait que sceller le socle de décennies de guerre larvées. »

 

Corinne, la trentaine, se retrouve avec ses tantes chez le notaire pour régler la succession de sa grand-mère. Ayant perdu son père, elle est en première ligne et rien ne va se passer comme prévu.

 

Quand le représentant nous l'avait présenté, je m'étais dit « Hum, pourquoi pas ! Une petite comédie pour annoncer l'arrivée du printemps, drôle et acerbe ! ». Sauf que rien n'est drôle et qu'on s'ennuie un peu car, entre les scènes de disputes familiales, il faut bien remplir pour parvenir aux deux-cent pages du format presque poche de Sans les meubles.

Si les scènes de disputes ne manquent pas de mordant (sans pour autant être vraiment réussies), le reste n'est pas parvenu à m'intéresser, ni la vie banale de Corinne, ni son envie perpétuelle de se reposer.

 

On peut allègrement passer à côté de cette fausse bonne idée dont le comique de situation n'arrive pas à la cheville des espérances dues au pitch, ni le reste. Alors, comme dit je ne sais qui dans le livre qu'« il ne faut rien sacrifier au bonheur », ne perdez pas de temps !

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Dimanche 23 mars 2014 7 23 /03 /Mars /2014 10:02

 

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Alors que Christine Angot, habituée de la catégorie, vient de sortir un nouveau roman (qui a l'air à peu près normal, il faut le reconnaître, mais qui se vend toujours aussi peu), c'est Pierre Guyotat qui annonce le retour après une longue absence des attentats à la culture.

Je vous laisse sans attendre découvrir quelques extraits.

 

D'abord, voilà un extrait de l'argumentaire signé par l'auteur lui-même – sans prétention, vous pourrez le remarquer – sur la quatrième de couverture après un long résumé peu compréhensible :

 

« J'ai écrit ce texte de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une œuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. »

 

Voici maintenant les premières lignes du roman :

 

« Vers une nuit chaude

 

..."...et si je t'y mets ma paume à ta fesse...?" - "mets-z-y que mon strass fluo nous éclaire ton panaris d'entre tes doigts..." - "... de quoi que tu me sais un panaris ?" - "à l'odeur, l'homme !" - "... que, belle croupe courbée, tu nous vomis en décharge pleine nous rendre au couchant rouge ses remugles et tu me flaires un panaris te toucher ta fesse par-derrière ?" - "et toi que tu nous débarques et nous tries, mâles, femelles, et nous comptes, les bestiaux déportés de l'autre courbure du monde, tu me devines mâle ou femelle ?" - "... des longues mèches crasse blondes te poisser aux épaules, des talons hauts verts tes chevilles rouges, fesses et reste de parfum femme... et de la mue sifflante ta gorge, de quoi que tes coudes en arrière, tu nous tiens à dix doigts tes côtes y remonter des fois des seins ?... un beau con bien évasé dans une belle fille bien dressée vers le haut... !" - "attends que j'aie vomi tout mon gros vin ces moussons, là-bas debout les herbes crottées, peiner à me quitter leurs dépôts dans ma chatte, de dessus leurs genoux, jeans, shiorts, pagnes, qu'ils m'en ont faire boire à même dedans leur gorge" - "... ils vont pas te reprendre que c'est nous qu'on te veut !" »

pages 9-10

 

Et enfin un autre extrait, pris au hasard, à la première page ouverte par mégarde :

 

« que moi, que j'y tiens dans ma main le cœur que j'en ai vu des fois la petite devant la porte à nous patienter son beau gars qu'il m'est dessus ou après le père, qu'une fois qu'il s'est retiré de moi et se rajuste jeans et musette il me la nomme et me nomme et "faîtes-vous la bise !", que sa jolie robe bien près du corps nous éclate au soleil ses pois rouges sur fond blanc, que le haut de ses seins y est nu et sent bon le lait qu'on lui voit ses tétons pointer l'étoffe et quelle croupe !... qu'elle : "c'est ça, tout sale que tu me préfères à moi, des fois ?", que je lui vois sa petite chatte bien garnie enfler sous l'étoffe que le courant d'air du père qui nous accompagne son gars déhors nous plaque dessus, que moi, ma main sur la braguette de son homme : "à plus sale qu'il y va dessus, ton petit mari !", que j'y mets ma main à la fesse du père qui nous lèche d'une langue quasi blanche la bouche à vin de son gros qui mène les mouches (...) »

page 219

 

 

Pour les courageux – et les fêlés du cerveau – :

Pierre Guyotat, Joyeux animaux de la misère, roman, 410 pages, Gallimard, mars 2014, 21,50 €

 

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Et la quatrième de couv' entière :

 

«Une mégapole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept mégapoles dont l'une au moins est en guerre. Vaisseaux spatiaux, drones occupent l'espace céleste. En bas, animaux, monstres, fous de "dieu".

En bordure d'un district "chaud" de l'une de ces sept mégapoles, de climat chaud, à proximité de grands ports et de grands chantiers, et dans un reste d'immeuble (rez-de-chaussée, escalier, deux étages), un bordel mené par un maître jeune qui l'a hérité de son père, et qui se pique.

Trois putains y traitent un tout-venant de travailleurs – époux souvent trompés, pères prolifiques –, de fugitifs, d'échappés d'asiles, de meurtriers : deux mâles, un "père", son "fils", Rosario, une femelle en chambre à l'étage et qui ne sort jamais – un chien la garde. Les deux mâles sont renforcés, en cas d'affluence, d'un "appoint", époux abandonné avec enfants ; la femelle est le but sexuel mais il faut passer par l'un des mâles, le tarif comprend les deux prises.

Vie domestique ordinaire dedans, et au dehors immédiat : toilette, à l'étage, des putains, leur exposition, en bas, à l'entrée contre le mur (la montre), prises disputées, conflit "père" / "fils", saillies de putains à putains d'autres bordels pour renouvellement des cheptels.

Aventures extérieures, surtout pour Rosario dont la "mère" survit dans un battage mi-urbain mi-rustique, climat humide, très lointain dans la mégapole. Il la visite à intervalles réguliers : le trajet d'aller, en camionnette ou fourgon locaux d'abord puis en bahut intercontinental, dure plus d'une journée, de nuit à nuit, la visite, quelques heures à l'aube, où, entre autres, la mère reprise le mowey, court vêtement, toujours redécousu, du "fils".

La fiction avance sous forme de comédie, crue et enjouée, de dialogues, de jactances, de "direct" sur l'action en cours.


J'ai écrit ce texte, de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une œuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. Le monde qui s'y fait jour n'est ni à désirer ni à rejeter : il existe aussi, en morceaux séparés par la distance, dans l'humanité actuelle ; et je ne suis ni le premier ni le dernier à vouloir et savoir tirer connaissance, beauté et bonté de ce qui peut nous paraître le plus sordide, voire le plus révoltant, à nous tels que nous sommes faits.»

Pierre Guyotat.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Attentats à la Culture
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Jeudi 20 mars 2014 4 20 /03 /Mars /2014 10:16

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Ceux qui se souviennent de mon enthousiasme pour Swamplandia (lire ici) imaginent sûrement l'excitation ressentie en apprenant que la traduction du premier livre de Karen Russell était fin prête. En plus, on m'avait dit que l'une des neuf nouvelles qui composent ce recueil était un préquel au suscité Swamplandia.

 

J'ai donc entamé le livre avec un enthousiasme débordant qui est retombé au bout de trente pages.

Je m'explique. Les nouvelles, à l'origine, c'est pas trop mon truc. C'est souvent un peu frustrant, quand même, il y a rarement une fin, et si la longueur sied parfois bien au texte, elle peut aussi se révéler trop courte. C'est encore plus vrai avec Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups, dont le titre est pourtant exagérément long (un pied de nez fait aux nouvelles?).

 

Alors pourquoi serait-ce pire dans le cas présent, me direz-vous ? Et bien parce que l'univers délirant, merveilleux et luxuriant découvert avec Swamplandia se retrouve partout dans ce recueil. La jeune Américaine fait preuve d'une inventivité rare pour raconter des histoires farfelues à souhait.

Tantôt, ce sont deux jeunes frères, emplis de remords, qui passent leurs nuits à écumer un cimetière de bateaux, au milieu de fantômes de poissons afin de retrouver la sœur morte par leur faute. Plus loin, des enfants au sommeil problématique sont internés dans un camp, par chambrée selon leurs tares (apnée du sommeil, somnambulisme, somniloquie, hyperphagie nocturne, insomnie, narcolepsie, incontinence, etc.). On rencontrera également le fils du minotaure, Lady Yéti qui règne sur le Palais des Neiges Artificielles où se rencontrent et se touchent adultes avertis sur patins à glaces, ou encore une jeune fille coincée dans un coquillages géant sur une île abritant un musée des conques (qui n'est pas sans rappeler un certain parc d'attraction à crocodiles sur une île au nom féerique). Et enfin, on fera plus ample connaissance avec le grand-père Bigtree, installé dans une maison de retraite composée de vieux yachts.

 

« Le chalet 4, c'est un peu la cour des miracles.

Il y a Espalda et Espina, les filles adoptives du révérend – deux jumelles bossues qui rient de tout et se frottent réciproquement leurs bosses dans leur sommeil.

Felipe, un parasomniaque qui est également possédé. Ça date du jour où il a cueilli un guanababa au bord de la route, sans savoir que le racines de l'arbre s'étaient enroulées autour d'une fosse commune où reposaient les restes de révolutionnaires de la Moncada. Depuis lors, il est hanté par l'esprit de Franck Pais. À cause de cela, il dégoupille des grenades imaginaires et hurle dans son sommeil « Viva la revolucion ! » en brandissant le poing. Le jour, c'est un garçon trompeusement apolitique.

Cette année, on a un nouveau lycanthrope d'Europe Centrale. À le voir, on pense tubercules et humidité du Vieux Continent. Son visage est un cauchemar hormonal, un patchwork de plaies suintantes et de cratères acnéiques. Des touffes de poils roussâtres surgissent aux endroits les plus insolites : menton, oreilles. On devine une histoire d'épouvante là-dessous – pas d'école, sa mère fréquente un sabbat de sorcières, il mange du chou rance dans une auge, ce genre de choses. Son sommeil suit les cycles de la lune. » in Le camp de sommeil Z.Z. Pour dormeurs perturbés, page 42

 

Avec des histoires aussi déjantées que ça, on se demande pourquoi un tel travail de création d'univers n'a pas donné lieu à de plus longs textes. Être plongé dans de pareils univers et en être extirpé au bout de vingt ou trente est extrêmement frustrant, d'autant qu'en bonnes nouvelles qui se respectent, on reste toujours sur notre faim, côté fins.

 

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Les amateurs de Karen Russell qui aiment aussi les nouvelles apprécieront sans doute, mais seront-ils nombreux ? Si, en plus, Albin Michel a collé une couv peu ragoûtante, c'est pas gagné. Et c'est très dommage car l'ambiance est follement excitante, l'écriture toujours aussi excentrique, enjouée, haute en couleurs, l'inventivité exceptionnelle et le résultat insolite et fantaisiste.

On retrouve, en plus de l'univers, les deux thèmes chers à l'auteure : les enfants et adolescents, et la mer, l'eau, les coquillages, les animaux marins qui peuplent chacune de ses histoires. Elle s'amuse à dépeindre ces personnages, ces décors et ces détails avec une fantaisie réaliste et un humour délicat mais omniprésent.

J'espère donc que Karen Russell utilisera de nouveau une, voire plusieurs, des nouvelles de son premier livre, afin d'en tirer un autre merveilleux roman. En attendant, découvrez Swamplandia qui vient de paraître au Livre de Poche !

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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- Carter contre le diable, Glen David Gold (Super 8 éditions)


- Cavalcades, Florence Thinard (Thierry Magnier)

- Je suis l'idole de mon père, Arnaud Cathrin (Thierry Magnier)

- Casseurs de solitudes, Hélène Vignal (Rourgue)

 


... à suivre ...

 

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