Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 13:05

 

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À cause de cette flemme incurable dont je vous ai parlé hier, je n'ai pas écrit cette critique à temps pour la publier en pleine élection présidentielle. On peut dire que j'ai raté mon coup car Yak Rivais a commencé il y a trente ans à raconter l'histoire d'un despote qui ne veut pas quitter le pouvoir et l'a publié juste avant les élections. Bon, vous me direz, la flemme a été plus grande chez lui que chez moi. À moins qu'il ait attendu le bon Président...

 

Vitellius est un « président autocrate et corrompu dépassé par la chute des institutions, cynique, populiste et vulgaire, obsédé sexuel adulé puis haï ». Les élections présidentielles approchent et son adversaire, Vespasien, est donné gagnant par tous les sondages. La démocratie reviendrait enfin et Vitellius chuterait de son piédestal. Or, ça, il ne le veut pas.

Et pour garder le pouvoir, il est prêt à tout : tricherie, insurrection, tirer lui-même sur les passants et son armée pour déclencher une guerre civile. Cloitré dans son palais, il s'amuse comme un petit fou entre deux coups rapides avec la première fille ramassé par un de ses sbires. Avec son homme de main, Herr Doktor et son ministre de l'intérieur, Faux-Cul, il monte l'opération Coup de Jarnac, où des militants déposent des sacs de bulletins à son nom dans plusieurs bureaux de vote pour faire croire à un coup monté de son rival Vespasien.

Mais entre ceux qui se retournent contre lui, ceux qui tombent et ceux qui se rendent compte de son coup monté, rien ne va comme il veut.

 

« Je le sais que Vespasien a demandé une enquête ! Vous croyez que la République a le temps d'attendre ?!... Quoi « forfaiture » ? Quoi « élu légitime » ? Vous vous moquez du monde ? Un type qui a triché !... Comment ça il n'y est pour rien ! Comment ça la quantité de bulletins oubliés n'est pas importantes ! Vous rigolez ! C'est lui qui a tout manigancé, et moi, je me laisserais posséder ? Pas question ! Le pouvoir, c'est moi ! Le Président, c'est moi ! Le Conseil constitutionnel je m'assieds dessus et je les annule, vos élections truquées ! Et je reste où je suis ! À n'importe quel prix, entendez-vous ! À n'importe quel prix ! Je vous emmerde ! » (page 70)

 

Au cours d'une seule nuit, Yak Rivais nous entraine dans la folle course entre un despote qui veut garder sa place et le favori qui veut remettre la démocratie au pouvoir. Humour noir, répliques cinglantes, actions violentes, Yak Rivais n'y va pas de main morte pour monter une farce grand-guignolesque de haute voltige qui court sur 130 pages en surfant sur Jarry, Bretch ou encore Ionesco pour notre plus grand plaisir !

Le propos peut paraître effrayant, mais ne vous inquiétez pas, cela n'arrivera pas. En tout cas, cela n'est pas arrivé cette année. Alors ruez-vous en librairie une semaine après les isoloirs et délectez-vous de ce coup d'état de maître jubilatoire !

 

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« - C'est quoi ton boulot de Président, au juste ? Je veux dire : en quoi ça consiste ?

- Gagner beaucoup de fric pour arroser ceux qui m'aident à garder ma place.

- Tout le monde en profite ?

- Ceux qui me sont utiles. Parce qu'ils font voter les autres.

- Comment ça ?

- Par exemple, toi tu es une idiote, tu lis la presse gratuite. Bon. Dedans, c'est de la propagande pour moi tous les jours. Donc le propriétaire est un ami. Ou bien la télévision ! Tu la regardes. Elle me fait de la propagande. Les patrons sont mes amis : tous les patrons de quelque chose, et tous les responsables de n'importe quoi qui me rend service où ils sont casés. C'est donnant-donnant. Les très riches, par exemple, je baisse leurs impôts, et pour me remercier, ils me versent une partie de leurs économies à titre privé pour que je puisse mener mes campagnes. Tu piges ?

- Ça doit te prendre beaucoup de temps de t'occuper de tout ça ! s'extasie la pute.

- Pour le tout-venant, les affaires courantes, il y a les ministres. Moi j'ai pas de temps à perdre.

- Tes ministres alors, c'est des larbins ?

- Ouais. Ils se servent au passage mais ils répartissent les cadeaux par catégories ou groupes de pression.

- Et le peuple ?

- On s'en fout. Des fois, on s'en sert pour brusquer les choses. Après on l'oublie. Ce n'est qu'un grouillement d'asticots. »

(pages 72-73)

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 21:27

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Voilà, j'ai oublié l'anniversaire de mon blog. Ce sont pas moins de 139 articles que j'ai publiés depuis le 23 février 2009. J'en ai supprimé quelques-uns après coup par souci de qualité. Trois ans que je publie toujours mes articles en retard (oui, oui, j'ai fini Les ficelles du Pantin de Yack Rivais il y a une dizaine de jours). Par flemme, par manque de temps (de retour en librairie depuis une semaine, ouf !), par manque d'envie parfois. Il est d'ailleurs déjà arrivé que je n'écrive finalement pas un article prévu ou même commencé.

 

Mais je continue. Trois ans que je continue. Trois ans qu'il y a des visiteurs. Pas des statistiques de fou, mais des visites régulières (entre 50 et 70 visiteurs uniques par jour).

Un an que je continue en me demandant combien de temps encore. Par flemme, je l'ai déjà dit. J'aime écrire des articles et (surtout, d'accord, je l'avoue) savoir qu'ils sont lus, mais je suis flemmard de nature, d'où les retards réguliers dans mes articles. Mais également parce que j'ai l'impression de ne servir à rien.

 

Je m'explique : savoir que les visites sont régulières et assez importantes (pas la peine de venir me narguer avec "moi j'ai 300 visiteurs par jour, nananère !", je me doute que beaucoup de blogs littéraires ont des statistiques bien meilleures que les miennes), ça fait forcément plaisir. Mais ce qui est le plus important, je trouve, ce sont les commentaires. "Ah ben je l'ai lu, mais j'ai pas du tout aimé, parce que..... ", "Tiens, je connaissais pas ce bouquin, tu m'as donné envie de le lire !", "Hey ! Je suis passé sur ton blog la semaine dernière, j'ai suivi tes conseils : j'ai vu tel film et j'ai adoré ! Merci !" ou encore, en début d'année "Pas mal tes coups de cœur, moi ce que j'ai préféré en 2011, c'est ça, ça et ça. Je te les conseille, ils sont géniaux !".

Pour un blogueur, je pense que ça, c'est un peu "la consécration". Des gens qui vous suivent mais qui, en plus, vous donne leur avis. La communication, à l'heure d'internet, de facebook, de tweeter et compagnie, c'est quand même pas compliqué.

Et bien non, je plafonne à un ou deux commentaires par articles quand ce n'est pas aucun (pardon, il arrive qu'un article reçoive quatre commentaires !). Alors, forcément, la flemme est encore plus grande et l'envie d'arrêter aussi. Du coup, je comprends Ismaël qui avait annoncé l'arrêt de son blog Hendiadyn (pourtant très bon) à cause de ça. Il a fini par reprendre le flambeau, heureusement. Mais je le comprends, c'est si tentant...

 

En attendant, ça fait trois ans et presque trois mois que ce blog existe, que je vous parle de littérature, de musique, de cinéma. Cela représente 139 articles encore en vie, 50 593 visiteurs uniques, 70 479 pages vues avec une journée record avec 2477 pages vues (merci Mylène Farmer !).

 

Alors merci de venir, régulièrement ou pas, visiter le blog Culturez-Vous. Et tant qu'il existe, venez encore (plus) nombreux et communiquez !

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Par Sébastien Almira - Publié dans : Brèves de comptoir
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 16:59

Un mois chargé, mais un très bon mois côté ciné ! C'est parti !

 

affiche-Le-Prenom-2011-1.jpgLe prénom *****

Franchement, j'hésite à mettre la cinquième étoile, le Graal. Il faudrait que je le revoie pour confirmer mon intention de mettre l'adaptation de la pièce à succès (que je n'ai pas vue) au même niveau que Le Dîner de Cons, Le Père-Noël est une ordure et Les Visiteurs. Tout part d'une idée de prénom lancée au cours d'un dîner en amis/famille et là, c'est le drame ! Le moindre détail, la moindre réplique amène à une nouvelle avalanche de situations et de révélations à mourir de rire. Les acteurs sont au top (Bruel, Berling et Benguigui en tête) et jamais on ne s'ennuie !

(Allez, soyons fous, je la mets cette cinquième étoile ! La première de l'année ciné)

 

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Target **

Loin d'être du grand art, ça se laisse regarder, on rigole un peu et ça se permet même de voler un peu plus haut que la moyenne des comédies américaines habituelles (un tout petit peu). Chris Pine et Tom Hardy sont amis, agents secrets et se disputent Reese Witherspoon entre filatures, micros et caméras cachés et coups bas. De son côté, la belle blonde ne sait pas quoi faire et suit quasi scrupuleusement les conseils de sa meilleure amie, légèrement tordue. Entre action, rires et sentiments, un bon compromis à voir en couple.

 

 

week-endWeek-end **

Premier film d'Andrew Haigh, Week-end se défend pas mal en tant que film gay ni niais, ni porno (pas même érotique), ni débile. Deux mecs se rencontrent en boite, passent la nuit ensemble mais ne veulent pas la même chose. Petit-ami, fucking friend ? C'est bateau, hein, comme scénario ? Ouais, et même qu'en plus, il y a des longueurs (1h30 pourtant). Mais c'est bien filmé, bien joué et les deux lignes de conduite qui s'affrontent sont bien menées (malgré un départ peu convaincant : aucun des deux ne voulant clairement d'une relation, les rôles semblant même s'échanger au cours du film). Je vais me la jouer vrai critique de ciné : disons que c'est un réalisateur à suivre et que son coup d'essai n'est ni raté, ni réussi.

 

blanche-neige.jpgBlanche-Neige ***

Je ne connaissais pas Tarsem Singh, mais son univers a quelque chose de fascinant : les images sont saisissantes de beauté. Il soigne chaque détail, les décors (l'autre côté du miroir est magnifique), les costumes (ceux de la Reine surtout). Toutefois, c'est quand même très pileux comme film : entre les sourcils et les bras de Blanche-Neige, la chevelure de la Reine et le torse du Prince... ^^ Plus sérieusement, ça se regarde avec plaisir, si vous n'attendez pas une copie Disney. Avant la version noire de chez noire avec Charliz Theron, place à l'humour. Julia Roberts, en Reine maléfique, accro au sexe, est parfaite. Les sept nains, devenus brigands, se font passer pour des géants. Et Blanche-Neige est tellement bête que c'en est drôle aussi... Un bon film familial, un univers et des images magnifiques et une Julia Roberts en forme !

 

le-fils-de-l-autre.jpgLe fils de l'autre ****

Très beau film de Lorraine Lévy avec Emmanuelle Devos, Pascal Elbé, Jules Sitruk (désormais grand, mué et poilu) et Mehdi Dehbi. Ces deux derniers, Israélien et Palestinien, ne se connaissent pas jusqu'à ce qu'on se rende compte de leur échange à la maternité. Ils ont dix-huit ans lorsqu'ils se rendent compte qu'au beau milieu du conflit politique qui les cernent, ils perdent tous leurs repères. Qui sont vraiment leurs parents ? Comment se sentir Israélien lorsque ceux-ci nous volent nos terres ? Comment se sentir Palestinien lorsqu'on vit richement du bon côté du barrage ? Chocs politiques, familiaux, sociaux, Lorraine Lévy évite l'écueil des bons sentiments tout en ne versant pas non plus dans un carnage familial auquel on aurait pu s'attendre. Vraiment un très beau film.

 

radiostars.jpgRadiostars ****

Très bonne surprise, puisque je n'étais pas tenté. Clovis Cornillac et Manu Payet sont les stars du premier morning de France. Mais à force d'être des connards (c'est eux qui le disent), ils passent deuxièmes. Le big boss les punit de vacances : tournée de la France en bus pour regagner les auditeurs perdus. Douglas Attal, dont c'est visiblement le premier rôle mais pas les premiers pas au cinéma (il a réalisé Santa Closed en 2006), rejoint la troupe de joyeux lurons après s'être fait passé pour uns star du rire outre-Atlantique. Mais rien ne va et le groupe est sur le point d'imploser à chaque instant. Pas lourd ni débile, plutôt bien fait, bien joué et assez drôle, de quoi faire taire les mauvaises langues qui dénigrent sans cesse le cinéma français !

 

Alors merci à Intouchables, The Artist, Polisse, Le prénom, Le fils de l'autre et Radiostars (notamment) de redresser la barre !

Par Sébastien Almira - Publié dans : Leçons de cinéma
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 20:26

 

migdal1.jpg Voilà un journal de stage pas comme les autres. Bruno Migdal n'est pas pas à Villetanneuse, il n'a pas 22 ans. Non, il travaille dans un établissement scientifique et a vingt ans de plus. Ce qui ne l'empêche pas de se passionner pour les lettres.

Après avoir bataillé, il est accepté pour un stage de trois mois chez Grasset, maison qui ne sera jamais cité mais qui se devine aisément grâce aux descriptions et aux périphrases employées pour ne pas la nommer.

 

« Arrivé pile à l'heure (c'est tout moi) devant l'humble vitrine, sertie dans un étranglement de la rue des Saints-Pères. L'enseigne qui la surplombe, d'un jaune fané, est d'une époque révolue, comme sortie d'un magasin d'accessoires.

M'y voici donc.

Ce matin, le ciel est gris, lourd, et la froidure engourdit tout : on m'invite assez fraichement à patienter dans l'un des fauteuils en cuir du hall, que de prestigieux fessiers ont patiné au fil des ans. Pour occuper les yeux une étagère est là, sévère, qui présentent les dernières publication de la Maison. » (page 7)

 

 

Voilà comment commence le récit de trois mois de découverte de l'édition. Pas le côté festif, mondain, voire luxurieux (quoi que l'inauguration du Salon du Livre de Paris, c'est pas très sérieux non plus !), mais l'édition vue de l'intérieur. On est chez Grasset, mais pas chez Beigbéder, on se calme. Bruno est le stagiaire de Trépignol, l'un des éditeurs. Il est chargé de lire des manuscrits et d'en faire une fiche de lecture. Pour 99% des manuscrits qu'il lira, il devra également rédiger une lettre de refus. Car : 1/ les premiers romans sont très rares de nos jours. Chez Grasset, par exemple, ils essaient de n'en publier qu'un par an. 2/ Grasset est l'un des seuls gros éditeurs à envoyer une lettre de refus personnalisée. Ce qui peut parfois leur retomber dessus puisque certains auteurs prennent en compte les remarques et renvoient leur manuscrit, alors que personnaliser le refus n'est pour la Maison qu'une marque de respect.

 

 

Non sans humour (« Elsa me remet un feuillet exposant les signes de correction en usage dans la profession ; cela tient de l'alphabet cunéiforme, des symboles d'une langue perdue, d'une civilisation engloutie : j'ai aussitôt le sentiment d'être adopté par une société occulte, initié à ses rites et à son langage secret », pages 21-22), en prenant le soin de détailler chaque action, chaque employé (« P. R., toujours ponctuel, qui fait partie du comité de lecture, vient y briser son attente [au magasin, local-stock de la maison] tous les mercredis après-midi. Lunaire, circonspect, excessivement discret, il déambule à pas silencieux, mains dans le dos, comme le petit personnage de Sempé. Lui, jette un œil méfiant sur les jaquettes, n'y porte jamais la main. Je me souviens de lui à l'époque d'Actuel, avec Bizot, Burnier, chevelures provocantes, loubards érudits, pamphlétaires en Perfecto, pourfendeurs des notables de la littérature. Ses derniers ouvrages, d'une élégante prose classique, évoquent les batailles napoléoniennes, il a gagné celle du Goncourt, quel étrange cheminement. Il m'adresse un salut furtif et me devient à jamais sympathique ; c'est, de plus, le premier Goncourt à venir me saluer. » page 44) et en causant littérature (« Jeudi 12 février : Ce manuscrit exonère tous les autres : soudain l'apparition d'un ressenti oublié, le plaisir. Enfin une lecture, c'est-à-dire la captation de toute pensée par le récit qui se déploie sous vos yeux. L'essentiel de l'action se déroule dans un univers champêtre, une grande surtout, dans laquelle un personnage enchevêtré à mi-corps dans le plancher [tiens, encore Beckett] attend une délivrance. Ce texte m'évoque l'onirisme pourtant un peu apprêté d'Alain-Fournier, mâtinée de la loufoquerie terriblement maîtrisée d'Éric Chevillard, et dans ce grand écart [ cette rencontre improbabledirait-on aujourd'hui] impose son propre univers. Je verrai plutôt cela pour Minuit. » pages 75-76), Bruno Migdal nous plonge dans le monde de l'édition, chez le plus parisien de tous les éditeurs, avec finesse, sans lourdeur, sans ennui, sans voyeurisme.

 

 

Il signe une petite perle avec l'élégante prose classique qu'il prête à Patrick Rambaud. Ses Petits bonheurs de l'édition se lisent aussi facilement qu'agréablement et ça fait du bien d'entendre parler de littérature et d'édition sans gros sous, sans à-valoir, sans dîners mondains, sans dossier urgent surchargeant les semaines.

Cela dit, je plains Bruno Migdal d'avoir touché pour son premier mois « 394,60 euros, contrepartie de 351,6 heures de boulot mensuel, soit 1 euro de l'heure » (page 62).

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 09:00

sauvagesEn lisant en retard le premier des quatre tomes des Sauvages, il est d'autant plus d'actualité. Le roman se passe sur une seule journée, la veille du second tour des élections présidentielles. Le candidat socialiste qui fait face à Nicolas Sarkozy s'appelle Idder Chaouch. Pour la première fois, un candidat d'origine maghrébine est favori pour l'élection suprême. Vous allez vous dire « encore de la politique sur ce blog ! Pfiouu... », mais il ne s'agit pas que de ça. Pour l'instant, il ne s'agit d'ailleurs pas beaucoup de ça.

 

Le cœur de l'histoire, c'est le mariage de Slim. À Saint-Étienne, la turbulente famille Nerrouche est en effervescence. Entre Krim, le personnage principal, qui a l'air étrange depuis quelques semaines, sa mère, Rabia, qui s'est mise à Meetic pour tromper l'ennui, les rumeurs d'homosexualité qui courent sur le jeune marié, la cousine Kamelia et ses gros seins, Khalida ou la grand-mère arabe typique, le cousin acteur de la série à la mode avec laquelle M6 explose Plus belle la vie, ou encore Nazir, le mystérieux cousin qui n'est pas venu... les portraits sont saisissants de vérité, on a l'impression d'y être, de les connaître tous, leurs petites manies, leurs préférences, on vit les liens et les tensions au sein de la famille Nerrouche comme si on en faisait partie. Et si on s'y perd, un arbre généalogique nous aide page 7 !

 


Entre les préparatifs du mariage, les mystérieux messages que Krim reçoit, les tensions entre les deux familles (algérienne pour la mariée, kabyle pour le marié), le travesti qui se fait enlever par l'oncle de la mariée, Sabri Louatah ne s'y perd pas. Il raconte son histoire comme une série télévisée, entre rires et larmes, et à grand renfort de rebondissemen ts. Avec un style vif et incisif, il noue autant qu'il dénoue les fils de son intrigue afin de nous balader dans les mystères qu'il a parsemés tout au long du récit, et de la série entière on l'imagine.

 

Une lecture très agréable où cependant, je l'avoue, j'ai sauté quelques passages qui m'ennuyaient un peu. En vingt-quatre heures chrono, Sabri Louatah dresse un portrait de famille aussi vivant qu'inquiétant, un vif argumentaire pro et anti Chaouch jusqu'au dénouement pour le moins sanglant et surprenant qui vous fera peut-être attendre la suite avec impatiente ! Personnellement, j'ai de moins en moins envie de lire la suite. Ce premier tome m'a bien plu, même si j'ai sauté quelques passages, mais je ne ressens ni le besoin, ni une envie incommensurable de lire la suite. La connaître, oui. La lire, non.

 

 

 

Extraits :

 

« Il arriva chez la mémé au milieu du classique des classiques : une grande conversation de famille sur la différence entre les Kabyles et les Arabes. Les yeux de lynx de sa mère (qui était toujours en première ligne dans un débat) le singularisèrent tout de suite parmi la foule de ses cousins massés dans le couloir.

- Krim, Krim, viens, viens chéri. Le pauvre, il doit avoir faim.

Krim se faufila entre ses tantes et ses oncles pour rejoindre la toute petite place que sa mère lui avait faite sur le canapé. Il y avait des nouveaux venus : Rachida, la plus jeunes de ses tantes, se rongeait les ongles sur une chaise un peu à l'écart de l'agitation autour de la table basse, criant de temps à autres sur Myriam ou sur Mathieu. Il y avait d'autres cousins dans la pièce voisine ainsi que la troisième des « grandes » : Bekhi, dont le mari Ayoub avait pourtant récemment fait un infarctus.

- Dis bonjour, krim, dis bonjour à khalé.

Le tonton Ayoub se laissa faire la bise sans lever une fesse de son fauteuil. C'était un homme d'une envergure considérable, large d'épaules et de poitrine, qui mesurait pas loin d'un mètre quatre-vingt-dix et dont la vie ingrate passée sur les chantiers ne l'avait jamais empêché de se présenter en public dans des costumes gris bien taillés, mocassins cirés et ongles propres. Ses ongles étaient d'ailleurs ce par quoi on comprenait qu'il était sur le déclin : certains étaient cerclés de noir, la plupart n'étaient pas coupés et deux ou trois même étaient sales. Il prit la nuque de Krim dans son énorme paluche et s'adressa à quelqu'un d'invisible entre Rabia et son fils Toufik sur le canapé d'en face :

- Laïnalek. Il a grandi hein ?

Krim ne savait pas comment réagir : ça faisait au moins quatre ans qu'il avait sa taille actuelle, mais il comprit au doux regard mi-clos de tatan Bekhi que le vieux lion n'avait peut-être plus toute sa tête.

- Viens Krim, prends, prends ! Qu'est-ce que tu veux, un zlébia ? Un morkrout ? » pages 102-104

 

« - Et puis moi je le trouve courageux d'avoir parlé d'identité nationale et de sécurité. Il marque une vraie rupture avec la tradition du PS, je veux dire ces conneries d'il y a dix ans sur le sentiment d'insécurité, le sentiment d'insécurité ! Enfin merde, faut vraiment habiter entre Bastille et Oberkampf pou croire que l'insécurité c'est juste un sentiment. Voilà, Chaouch il a mis les pieds dans le plat, et d'ailleurs ça lui a réussi, il a coupé l'herbe sous le pied de Sarko, il l'a attaqué sur son bilan au lieu de discuter de ses intentions comme d'habitude...

- J'arrive pas à y croire, répondit Fouad exagérément scandalisé.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Incroyable ! Tu te rends même pas compte en plus ! Et non, tu fais même pas semblant ! Putain mon vieux, ça te réussit pas l'exil...

- Mais qu'est-ce que j'ai bien pu dire pour heurter tes chastes oreilles de bobo parisien ?

- L'air de rien, comme ça, s'étrangla Fouad, tu lies identité nationale et insécurité ! Mais en fait c'est pas ta faute, tu te contentes de répéter les éléments de langage que le gang de Sarko nous martèle depuis des mois, ça veut juste dire que ça marche, que plus c'est gros plus ça passe, ça me rend juste dingue ! » pages 187-188

 

 

 

Merci aux éditions Flammarion pour l'envoi de ce livre !

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
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