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Bertrand Guillot, Sous les couvertures, roman, 170 pages, rue fromentin, septembre 2014, 16 € ***

Publié le par Sébastien Almira

Bertrand Guillot, Sous les couvertures, roman, 170 pages, rue fromentin, septembre 2014, 16 € ***

« Ainsi avaient passé les années, au rythme immuable de la nouveauté littéraire : en septembre la rentrée et son cortège, en novembre les prix et leurs bandeaux rouges, les beaux livres pour Noël, puis d'autres romans en janvier pour passer l'hiver, l'émission de télévision du vendredi soir, et les bluettes de printemps pour préparer les vacances d'été. » page 31

Un samedi soir, une librairie de quartier un peu vieillotte. Comme tous les soirs, sitôt le rideau tombé, les livres s'éveillent et se mettent à vivre, se parlent, se chamaillent, se promènent. Mais ce soir, l'heure est grave : un carton de nouveauté vient d'arriver et chacun a peur de passer à la casserole lundi, autrement dit d'être mis au retour puis au pilon. Mais quelqu'un a une idée.

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Sous les couvertures est un roman d'aventure pas comme les autres. Les livres nous font voyager depuis notre enfance, que ce soit avec un récit de voyage, une magnifique histoire d'amour, un bon polar, un livre drôle et léger et j'en passe. Cette fois-ci, c'est un livre de livres, un livre chez les livres, avec les livres, quels qu'ils soient. Ainsi, nos personnages seront des classiques, des premiers romans, des romans primés, surestimés, oubliés, etc. qui répondent aux noms de Junior, l'Académicien, le Grand, Rouge, etc. Et de temps en temps, nous aurons également le libraire, son fils prônant le tout-technologique, la petite nouvelle qui aimerait tant changer les choses (comme les livres dans leur boudoir, tiens...) et sa colocataire journaliste qui ne pense qu'à draguer ce bel auteur rencontré sur un salon.
Parfois, les aventures humaines et livresques se ressemblent à s'y méprendre et si de prime abord le principe du roman peut paraître niais, Bertrand Guillot est parvenu à concocter, non sans intelligence, une jolie aventure qui ne manque pas d'originalité, de rebondissements et d'humour. Elle permettra également aux petits curieux de voir l'envers du décor d'un métier qu'on pourrait trouver banal, inutile, facile.

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page 118 (début de la phrase page 117 "Etablir un contact direct avec les Etrangers...")

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Livre reçu et lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2014 PriceMinister !

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Le cinéma de novembre 2014 (Magic in moonlight, The Giver, Gone Girl, Hunger Games, Astérix)

Publié le par Sébastien Almira

                                     
Magic in moonlight, de Woody Allen, 1h40 ****
Déguisé en chinois, Stanley Crawford devient le grand Wei Ling Soo, magicien de renommé internationale. Dépêché par un ami de longue date pour démasquer une prétendue médium, il se rend dans la somptueuse propriété des Catledge sur la Côte d'Azur, mais la jeune et ravissante Sophie Baker (Emma Stone, parfaite) usera de ses charmes et de ses prétendus dons sur le grand homme de raison qu'il est.
Magie ou mensonge, drague ou intérêt, Stanley, divinement interprété par Colin Firth, ne sait plus ou donner de la tête. Un très bon Woody Allen, fin, subtil, ingénieux, ensoleillé et magique !


                                     
Gone Girl, de David Fincher, 2h30 ****
A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?
Mais tout n'est pas aussi simple et vous ne serez pas au bout de vos surprises dans cette glaçante adaptation du thriller de Gillian Flynn, Les Apparences. Fincher a réussi à saisir tout ce qui imprègne et entoure les personnages pour un rendu quasi parfait, sublimé par l'interprétation de Ben Affleck et Rosamund Pike.


                                    
The Giver, de Philip Noyce, 1h35 ****
Adapté du célèbre Passeur de Lois Lowry, The Giver surfe avec moins de succès sur la vague des blockbuster pour adolescents. Dans cet état totalitaire, les sentiments, les couleurs, les différences, ont été gommées pour le bien et la sécurité de tous. Lors de la cérémonie annuelle qui donne à chaque jeune adulte un rôle dans la société, Jonas est nommé nouveau Gardien de la Mémoire. Il sera formé par le Passeur (Jeff Bridges). Un nouveau monde s'ouvre à lui, puisqu'il découvre au fil de sa formation tout ce qui a fait et défait les sociétés passées. Qu'est-ce qui est bon, finalement, pour l'homme ? L'amour et la haine ou bien l'aseptisation et la paix ?
Dommage que le film manque de profondeur et soit un peu court, car il y a quelques bonnes trouvailles scénaristiques, l'idée est intéressante, la photographie splendide et le rendu réussi, émouvant (si, si !) et saisissant.


                                    
Hunger Games, La révolte, partie 1, de Francis Lawrence, 2h ***
Cette mode de découpage des derniers tomes de romans ados en deux films m'avait fait craindre le pire mais, finalement, cette première partie de Hunger Games, La révolte est tout à fait convenable sur le contenu, on ne se fait pas chier comme dans Harry Potter et les reliques de la mort, partie 1. La réalisation aussi est réussie, le spectacle est assuré, quelques scènes sont particulièrement fortes. Ce qui pêche toujours, c'est le jeu de certains acteurs, surtout quand on est en tête d'affiche. Jennifer Lawrence ne sait toujours pas jouer la peur, la tristesse, les remords ou encore les cauchemars. Pour une actrice oscarisée, c'est pas terrible.
Cet avant-dernier film remplit toutefois correctement son rôle et ravira les fans.


                                  
Astérix, Le Domaine des Dieux, de Louis Clichy et Alexandre Astier, 1h25 **
Bon, on ne présente plus Astérix, ni Le Domaine des Dieux. Ce qui est à noter ici, c'est la présence d'Alexandre Astier à peu près partout, et le plébiscite du public (notes dithyrambiques sur le net, avis emballés, médias à genoux). Alors, j'y suis allé, l'adaptation est de bonne facture en ce qui concerne l'animation et le scénario, mais je dois dire que je me suis senti un peu seul les deux fois où j'ai ri. Oui, je n'ai ri que deux fois. Non, personne d'autre que moi n'a ri. Ou très bas. Et, sérieux, les gars, qu'est-ce que c'est que ces doublages ? Y'a rien qui va ! C'est pas les bonnes voix du tout, et ça manque de forme, toutes les voix se ressemblent, ou presque, et c'est d'une platitude sans nom.
Cette version d'Astérix ne m'a guère convaincu.

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Matt Haig, Humains, roman à partir de 13 ans, 280 pages, Hélium, août 2014, 15,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                            

Un extra-terrestre débarque sur Terre pour prendre la place et l'apparence du professeur Andrew Martin, éminent mathématicien de l'Université de Cambridge qui a résolu une équation majeure pour l'avenir de l'humanité.
Avec un tel point de départ, on se doute que nombre de scènes seront drôles. Et c'est véritablement le cas. Si je n'ai pas autant ri que dans Sans nouvelles de Gurb d'Eduardo Mendoza, certaines scènes étaient vraiment réussies, notamment celle de l'interrogatoire, hilarante mais trop courte.


« Cette route en particulier était du type autoroute. Une autoroute est le type de route le plus avancé qui soit, ce qui signifie en gros que, comme il en va de la plupart des avancées humaines, le risque de décès accidentel y est considérablement plus élevé. Mes pieds nus reposaient sur une surface appelée asphalte et ressentaient sa texture insolite et grossière. Je regardai ma main gauche. Je la trouvais fort rudimentaire et exotique, mais mon rire cessa tout net quand je pris conscience que cette impayable chose pleine de doigts faisait partie de moi. J'étais étranger à moi-même. Ah, et au fait, le rugissement assourdi était toujours là, mais en nettement moins assourdi.
C'est alors que je vis ce qui se rapprochait de moi avec une vélocité considérable.
(…) Et je fus donc projetée avec une force immense, implacable. Une force qui me projeta en l'air et m'envoya voler. Mais pas voler pour de vrai, car les humains ont beau agiter bras et jambes, ils en sont incapables

(…) J'étais révulsé, terrifié. Jamais je n'avais rien vu de tel que cet homme. Cette face m'était si étrangère, elle était si pleine d'ouvertures et de protubérances incompréhensibles ! Le nez, surtout, me perturbait. Mes yeux innocents eurent l'impression qu'il y avait autre chose à l'intérieur de lui, qui poussait pour sortir. » pages 15-16

Mais il n'y a pas que ça. Il doit éliminer toute forme de preuve (matérielle ou humaine) sur l'équation résolue par Andrew Martin, il est donc contraint de passer du temps parmi nous, de s'imprégner, d'enquêter. Le récit est construit sous la forme du témoignage de cet extra-terrestre, témoignage qu'il fait partager à ces semblables, pour que vous compreniez pourquoi j'ai fait ce que vous savez que j'ai fait mais que nous, on ne sait pas encore.
Si le narrateur a en tête tout ce qu'on lui a appris de négatif sur les terriens et le vérifie chaque jour qu'il passe aux côtés de sa nouvelle femme, de son nouveau fils ou encore de ses nouveaux élèves (« une sous-bactérie biologique si prête à rire de n'importe quoi » page 161), il va bien évidemment se rendre compte que tout n'est pas si noir et que (tenez-vous bien, le ridicule ne tue pas) les humains ont notamment quelque chose d'immense et de fort en eux : l'amour.

« Tout portait à croire que cette couche externe (de vêtements) était la clé des structures de pouvoir sur cette planète. » page 33
« Les humains passent leur temps à faire des choses qu'ils n'aiment pas, et quand ils aiment ce qu'ils font, ils en conçoivent une culpabilité énorme et se promettent ardemment de reprendre dès que possible une activité abominablement déplaisante. » page 235

Humains est un très bon roman de science-fiction pour ados et adultes, si tant est qu'on ne cherche pas dans la science-fiction de vaisseau spatiaux, de drones, de combats entre mages noirs ou autres guerres intergalactiques. L'aventure de cet extra-terrestre, à défaut d'être très surprenante, est aussi drôle que poignante et vous fera (m'a en tout cas fait) passer un bon moment.

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Charlie Chaplin, Mon tour du monde, 200 pages, éditions du Sonneur, octobre 2014, 16 € *

Publié le par Sébastien Almira

                        

« J'ai l'âme d'un touriste, car j'aime visiter des endroits où l'histoire s'est écrite. De l'empathie, de la sensibilité pour les choses, voilà ce que je cherche à éprouver. » pages 31-32

Quelle belle idée. Quelle jolie couverture (1ère, dos et 4ème), simple mais esthétique. Quel beau placement pour les éditions du Sonneur. Sur le papier, tout est beau.
Mais dès qu'on ouvre le livre et qu'on se met à lire, on déchante. Certes, Chaplin est cinéaste et pas écrivain. Il ne s'est toutefois pas foulé pour écrire ce livre. Quitte à s'écrire, autant le faire bien. Il s'agit d'ailleurs bien de s'écrire plus que d'écrire sur le monde, contrairement à ce qui est vanté.

Dans ce voyage d'un an et demi, il rencontre nombre de personnalités, qu'elles soient politiques ou du monde du spectacle. Il mange avec elles, boit avec elles, danse avec elle, se rend chez d'autres avec elles, prend le train avec elles, discute parfois, mais jamais très longtemps. En tout cas pas assez longtemps pour intéresser le lecteur.


                       

Nous déjeunons à Postdam, nous devons visiter, je dîne chez Winston Churchill, on m'invite à, nous prenons le thé avec Marlène Dietrich, l'hôtel Carlton !,le professeur Einstein a téléphoné ce matin, nous arrivons à l'hôtel, Londres enfin ! etc.
Combien de phrases commencent ainsi dans Mon tour du monde ? Incalculable. Pour raconter où il est allé, avec qui et ce qu'il a mangé, Chaplin est très fort. En revanche, dès qu'il s'agit d'approfondir sur ses entretiens avec la première femme entrée au Parlement britannique, avec Gandhi ou Einstein, il n'y a plus personne.
« Nous parlons politique et évoquons les perspectives définies par le gouvernement travailliste, la crise et ses raisons. Nous prenons congés alors qu'il est presque l'heure du dîner. » page 29

C'est honnêtement d'une niaiserie surprenante, creux et futile comme un roman de Marc Lévy, manger est vraisemblablement ce qui l'intéresse le plus. Quelques scènes sont dignes d'intérêt, comme celle chez Churchill et il y a chez Chaplin un côté tendrement naïf qu'il a su garder malgré le succès, mais ça ne suffit à rendre la lecture de son tour du monde agréable. Passez votre chemin.

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Kiesza, Sound of a woman, 13 titres, Island Records, octobre 2014 ****

Publié le par Sébastien Almira



Alors que la génération ayant grandi dans les années 90 voit se monter autour d'eux toute une tripotée de produits et de projets, que les DJs ne cessent de s'inspirer des tubes dance de cette décennie kitsch à mort (chez quel DJ n'entend-on aucun sample 90s, aucune ressemblance troublante, aucune reprise?), ne voilà-t-il pas qu'une petite rousse née à Calgary en 1989 nous pond un album tout droit sorti de la décennie culte ?

Après avoir pris des cours de claquettes, de musique jazz et d'art dramatique, avoir passé quelques années dans la Marine au point d'être recrutée par l'armée comme sniper, Kiesza Rae Ellestad préfère enregistrer un album de démo multi-genres pour candidater à l'école musicale Selkirk College au Canada. Elle y étudie pendant un an le chant, la guitare et le clavier avant d'obtenir une bourse pour le Berklee College of Music de Boston.

Un professeur lui fait rencontrer un ancien élève devenu producteur, il s'agit de Rami Samir Afuni. Elle joue devant 30 000 personnes au Trafalgar Square pour le Canada Day, prête sa voix au groupe norvégien Donkeyboy pour la tuerie Triggerfinger et propose des compositions à Rihanna, Kylie Minogue, Icona Pop et Jennifer Hudson.

En janvier 2014, elle sort enfin son premier single, HideAway, coécrit, produit, mixé et enregistré par le fameux Rami Samir Afuni. Plusieurs millions de vues sont rapidement atteints sur Youtube, l'électro délicieusement nineties de Kiesza fait sensation dans le monde entier. Elle reprend le tube de Haddaway, What is love, au piano dans une version renversante, le superbe Take me to church de Hozier à la guitare encore une fois de façon sublime et propose son second single « officiel » et seconde pépite electro, Giant in my heart.

       

Et c'est il y a quelques semaines que son premier album, Sound of a woman, quasi entièrement écrit, compoé, produit et mixé par Kiesza et Rami, véritable plaidoyer pour les années 90, a paru. Que ce soit de l'electro, de la pop ou du R'n'B lounge à la Janet Jackson, on n'a jamais besoin de sa date de naissance pour savoir dans quelle décennie a grandi cette fille. Je sais, je me répète, mais je suis tellement enthousiaste devant cette fille, son album, ses titres et sa voix, devant ces années 90 dans lesquelles j'ai grandi aussi. Non mais sérieux, une soirée sans Rhythm of the night de Corona ??? Les années 90 ont été un gros vivier de daubes et de kitsch, mais sérieusement, combien de groupes de rock cultes ? Combien de courants musicaux ? Combien de tubes inoxydables ? Et puis, c'est aussi les dernières années quasiment de l'industrie musicale, mais c'est une autre histoire.
Quel pied d'écouter les tueries electro HideAway, No Enemiesz, The Love ou encore Giant in my Heart, la pop défrisante de Sound of a woman, le titre Over Myself, deep house délicieusement badante, le son de Losin' my Mind (feat. Mick Jenkins) ou encore Vietnam que j'appelle « R'n'B lounge » parce que je ne sais pas ce que c'est vraiment, la puissance émotionnelle de l'impressionnante reprise de What is Love au piano et du final Cut me Loose.


Kiesza m'a renversé avec ce retour en arrière délicieusement orchestré et produit, avec cette voix extraordinaire toute droit sortie des mêmes années que ses codes esthétiques, son look et ses rythmes endiablés et lancinants. Après Corona, Haddaway, Scatman, La Bouche, Capella ou encore M People, les années 90 sont bien parties pour hanter vos nuits grâce à Kiesza !

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Le cinéma d'octobre (Mommy / Saint-Laurent / Le Labyrinthe / Les Boxtrolls / Papa was a Rolling Stone)

Publié le par Sébastien Almira

                             
Mommy, de Xavier Dolan, 2h15 *****
Je crois qu'il n'y a pas de mot pour décrire le travail d'écriture et de réalisation de Xavier Dolan, le jeu de ses acteurs, impressionnants (Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval et Suzanne Clément en tête), la photographie remarquable, le choix des titres parsemés tout au long du film qui auraient pu paraître ringard et ridicule, les dialogues ciselés à la perfection. N'ayons par peur des mots, Xavier Dolan est un prodige et sait s'entourer. Ne ratez pas cette pure merveille.



                             
Saint-Laurent, de Bertrand Bonello, 2h30 ***
Après l'officiel et académique Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert, voilà la version underground, esthétique et osée, mais un peu trop longue, de la vie du mythique couturier. Gaspard Ulliel succède à Pierre Niney dans le rôle phare et je dois dire que j'ai été bluffé par sa prestation. Bertrand Bonello a de surcroît beaucoup travaillé l'esthétique de son film, en faisant une véritable œuvre d'art. Parfois déstabilisant, qui tient souvent du génie, très esthétique, ce second film sur YSL a tout ce qu'on attend d'une œuvre d'art.



                             
Le Labyrinthe, de Wes Ball, 1h55 **
Nouvelle adaptation d'une dystopie à succès pour ados, Le labyrinthe entend bien suivre ses grands frères Hunger Games et Divergent. Chaque moi, la boîte envoie des vivres et un nouveau au cœur du labyrinthe. Une trentaine d'adolescents et de jeunes adultes y sont enfermés depuis trois ans sans souvenir du monde extérieur. Attention à la testostérone : les proies du labyrinthe sont exclusivement masculines. L'arrivée de Thomas va tout chambouler puisque lui n'a pas l'intention de rester là (genre, les autres, ils sont trop cons depuis trois ans...).

Le scénario est autant efficace et intéressant (à vérifier sur les prochains tomes) que les acteurs sont mauvais et que pas mal de scènes sont ridicules et bancales, voire illogiques.


                             
Papa was not a Rolling Stone, de Sylvie Ohayon, 1h35 ***
Dans les années 80, Stéphanie grandit à La Courneuve auprès d’une mère absente et d’un beau-père brutal. Très vite, elle décide de se sortir de son quotidien morose. Grâce à l’amour de sa grand-mère, à ses lectures, sa passion pour la danse et pour Jean-Jacques Goldman, elle se débat dans cette cité colorée où l’amitié est primordiale et dont elle espère bien un jour sortir.

Inspirée de sa propre vie, Sylvie Ohayon signe un premier film touchant, juste, drôle et beau. Elle joue avec les clichés sans vraiment tomber dedans. La bande originale est géniale (si quelqu'un trouve la tracklist, je cherche désespérément le titre d'un morceau aux allures de disco-funk extraordinaire), les acteurs saisissants (quel parfait salaud, ce Marc Lavoine !) et quelques scènes sont remarquables (la première vaut son pesant de cacahuètes).


                             
Les Boxtrolls, de Graham Anable et Anthony Stacchi, 1h30 *****
À Cheesebridge, « a gouda place to live », on ne s'intéresse qu'au luxe, à la distinction, au fromage et à se protéger des boxtrolls, horribles monstres vêtus d'une boîte en carton qui remontent des égouts la nuit pour voler ce que les habitants ont de plus cher. Ils ont même enlevé un enfant, voilà dix ans.

Bon, nous, on se rend vite compte que les Boxtrolls sont en fait des collectionneurs d'objets en tout genre et des travailleurs émérites et plutôt attachant (attention, les Mignons ont du souci à se faire !), qu'ils ne sont pas méchants pour un sou et qu'ils n'ont enlevé personne. Mais Archibald Trappenard a bien l'intention de les supprimer jusqu'au dernier afin d'intégrer la haute société.
Film d'animation en stop motion (travail de dingue, d'ailleurs) des studios Laïka signé par le réalisateur de Coraline et celui des Rebelles de la forêt, Les Boxtrolls fait le pari d'une aventure drôle et efficace, doublé d'un message humaniste et d'une esthétique superbe. Un très beau film d'animation qui mériterait une visibilité plus importante histoire d'aller titiller certaines grosses productions niaiseuses et banales.

Bonus Les Boxtrolls :
Pour concevoir le film, il fallait une semaine à un animateur pour réaliser 3,7 secondes de pellicule, c’est-à-dire 90 plans. D'autres chiffres témoignent de la complexité du projet, qui nécessita :
- 892 lampes dont 68 équipements de fluorescents
- 13 modélistes
- 12 charpentiers
- 9 peintres
- 8 décorateurs
- 4 paysagistes pour la construction des 79 plateaux qui ont été construits pour les 26 décors du film.
- 37 kilos de colle en stick
- 96m3 de savon
- 89 sprays de peinture
- 1 000 feuilles de papier de verre
- 2 000 bâtons de glace
- 2 904 doughnuts
- 12 000 boules de coton
- 35 m2 de contreplaqué
- 1 300 boîtes d’archives contenant près de 53 000 visages (qui sont archivés dans la bibliothèque de Laïka).

53 000 visages ont été imprimés en 3D, dont 15 000 pour le personnage d’Œuf. Snatcher dispose de 1 118 000 expressions, Winnie 600 000 et Œuf en a 1 400 000. Et le film contient 180 plans d’humains numérisés, et 131 de Boxtrolls numérisés.

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Marine Carteron, Les Autodafeurs, tome 2, Ma sœur est une artiste de guerre, roman à partir de 12 ans, 360 pages, Rouergue, doado, octobre 2014, 14,90 € ****

Publié le par Sébastien Almira

            

« Je n'étais même pas capable de pleurer la disparition de mes grands-parents, car ma colère m'avait asséché au point que les seuls sentiments que j'arrivais encore à ressentir étaient une envie folle, brûlante, obsédante et délirante de vengeance mais aussi une intolérable sensation d'impuissance : les Autodafeurs m'avaient volé ma vie et je ne pouvais rien y faire. » Auguste Mars, page 17

Qu'on se le dise, si Les Autodafeurs perd une étoile avec ce deuxième tome, ce n'est pas qu'il est moins bon, c'est que l'effet de surprise addictive et jouissive du premier tome n'est plus la même.


Je ne vous raconterai rien sur l'histoire de cette suite puisque les personnes intéressées auront pour la plupart déjà lu le premier tome. Il est donc inutile de vous spoiler sur quoi que ce soit.
Ce que vous avez besoin de savoir, c'est qu'il est aussi addictif. L'intrigue se développe dans une avalanche de suspense, de révélations, d'action et d'humour. Vous me direz, jusque-là rien ne change.

« C'est très facile de reconnaître les gens qui travaillent à l'hôpital, car leurs chaussures sont très bizarres ; ce sont presque toutes des gros sabots en plastique avec des trous, qui ne sont pas très jolis et qui couinent sur le sol des couloirs quand ils frottent sur le linoléum. Je déteste ce bruit, ça me résonne dans la tête et ça me fait mal aux oreilles.
Dans la chambre de Maman, je vois différents types de sabots :
Les sabots blancs vont par quatre et viennent tous les matins pour nettoyer la chambre et refaire le lit. Ils appartiennent à deux filles qui sont très bavardes et de demandent toujours de sortir parce que je les dérange. Elles ne sont pas méchantes mais elles m'appellen « ma biquette », ce qui est idiot car je suis une petite fille. » Césarine Mars, page 49

Et vous aurez raison. Ce qui change, c'est la place grandissante de Césarine dans le récit, c'est une plus grande profondeur des personnages principaux et certains thèmes, personnages et lien entre eux se développent.
Les parallèles avec la réalité que Marine Carteron utilisait déjà dans le premier tome pour rendre la guerre entre la Confrérie et les Autodafeurs crédible s’amplifient. Elle réinvente si bien l'Histoire que l'on connaît en la plaçant dans le cadre du roman qu'on finit par y croire. L'air de rien, elle nous amène, avec ce génial second tome, petit à petit vers une brillante uchronie. Vivement la fin au printemps.


« Pour nous, le peuple incompris des ados, les négociations avec les adultes sont toutes du même type : une lutte pour la liberté. » Auguste, page 41

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Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****

Publié le par Sébastien Almira

Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****


« Cette population, qui depuis longtemps maintenant avait donné les pleins pouvoirs au nouveau régime pour le protéger des « dangers sans visage qui n'épargnent personne », selon l'expression utilisée par notre président du Conseil dans sa dernière allocution, cette population vivait dans un demi-sommeil, une léthargie qui s'accommodait de toutes les compromissions, de toutes les lâchetés. » page 65

Dans un régime dont on ne saura pas grand chose si ce n'est la labyrinthique administration et la « séparation préventive » des asociaux et dangereux individus repérés dès leur plus jeune âge.
Linz, avocat de son état, frappé d'amnésie, ne parvient pas à comprendre pourquoi il est incarcéré. À Schendorf, centre pénitencier qui fait la renommée de la région et qui s'évertue à faire comprendre aux détenus qu'au fond d'eux ils ne désirent pas en sortir, il participe régulièrement à des séances de lectures entre prisonniers qui s'apparentent plutôt à des séances de torture et, de temps à autres, on lui demande pourquoi il a donné les plans de la prison à F.

« Reste que Versini nous a alertés sur le fait essentiel vous concernant :votre dossier est vide, Linz. Oui, vide. Cela est fâcheux, vous en conviendrez, aussi bien pour nous que pour vous. D'autant bien sûr que je n'ai aucun pouvoir de vous libérer, car cela ne signifie pas que vous êtes là sans raison, mais que la raison pour laquelle vous êtes là, administrativement parlant, nous échappe. » pages 26-27

Mais Linz ne connaît ni les plans de la prison, ni le fameux F.
Boehm, directeur illusoire du centre, ne comprend pas non plus ce qui se joue autour de lui, qui tire les ficelles si ce n'est lui ; F ? Linz ? Luis Seabra ?

Les personnages se perdent dans le dédale de l'esprit des uns et des autres, et on se laisse perdre avec eux dans ce labyrinthe monté d'une main de maître par l'auteur, où les espaces se dédoublent et les identités se confondent. Il y a en plus une maîtrise dans l'écriture, limpide, mécanique. Cet impressionnant labyrinthe littéraire nous est conté avec une froideur clinique qui semble vouloir nous rendre encore plus fou.
En une centaine de pages, Luis Seabra fait de son premier roman un grand livre que Kafka et Borgès n'auraient pas renié.

Luis Seabra, F, roman 100 pages, Rivages, août 2014, 15 € ****

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Trop occupé...

Publié le par Sébastien Almira

Trop occupé...

Lecteurs et lectrices perspicaces,

Vous aurez remarqué qu'après une certaine effervescence au début de la rentrée, l'alimentation du blog s'est quelque peu tarie. Et vous aurez bien raison de me le reprocher. Mais cela est dû à une vie sociale assez trépidante, (amis à la maison, week-ends chez des amis, concerts, ciné, soirées à jouer, etc.), ça vous ne pouvez pas m'en vouloir, et à une flemme d'après-rentrée qui a pointé le bout de son nez au début du mois, là vous pouvez.

Une flemme qui ne m'autorise à lire que des bandes dessinées et quelques romans et albums jeunesse. Une flemme qui entrepose une jolie petite pile de livres à critiquer. Une flemme qui me fait découvrir plein de bonnes musiques que je garde pour moi (et là, ceux qui croient qu'en musique j'ai des goûts de merde, ou que je n'écoute que Mylène Farmer me répondront "mais garde-les pour toi, tes découvertes !", ça me fera rire, mais ce n'est pas tout à fait vrai ^^).

Alors, je voulais vous dire que je ne vais pas encore me la jouer "oh, je suis triste, j'ai la flemme, j'ai envie d'abandonner...", petite rengaine que je vous sors bien une fois par an. Non, je vais plutôt vous dire qu'il faut que je me remette au boulot parce que je n'ai eu dernièrement que des bonnes lectures !

En attendant, je peux vous conseiller de lire Humains de Matt Haig chez Hélium, un super roman de SF contemporaine et assez drôle, L'été où Papa est devenu gay d'un nom à rallonge nordique chez Thierry Magnier, un autre roman ado plutôt drôle, aux personnages attachants et à l'intrigue entraînante ! Ou encore Oona & Salinger de Beigbeder, dont je n'ai ni tout lu, ni tout aimé, mais dont ce dernier roman m'a beaucoup plu !

A bientôt,

Sébastien

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Gilles Bornais, J'ai toujours aimé ma femme, roman, 240 pages, Fayard, août 2014, 18 € ****

Publié le par Sébastien Almira

                        

Un homme dont « l'harmonie de (sa) vie de couple était la seule comptable de (son) invulnérabilité », dont sa femme le « protégeait du tumulte quotidien » (page 67) rentre chez lui et trouve sur la table de la cuisine, posés sous un couteau, quatre mots écrits sur un bout de papier qui vont changer sa vie : « je ne rentrerai pas ».
Anéanti par quelques instants sans sa femme (« ce n'est plus votre appartement, c'est un champs de bataille sans bataille, une ruine pleine de secondes et de murs » page 63), il se demande ce qui a pu la retenir plus longtemps que d'accoutumée. Une opération minime avec laquelle elle n'aurait pas souhaité l'inquiéter ? Un moment de réconfort pour une amie ? Un supplément de travail au journal ?
En tout cas, il n'imagine pas une seule seconde qu'il puisse s'agir d'une rupture. Et pour cause, tout a selon lui toujours été parfait dans sa relation amoureuse comme dans leur vie plus généralement, pas un mot plus que l'autre, pas de contrariété, pas de ressentiment, rien qui puisse justifier une rupture. L'amour parfait. « Je l'aurais accompagnée sur la banquise, au milieu des buildings ou dans le désert, pourvu qu'elle y fut heureuse. » (page 16)
Mais nous, lecteurs, ne somme pas dupes : nous savons pertinemment de quoi il s'agit.
Cet homme va donc partir à la recherche de sa femme, appelant tantôt leurs enfants (Jonathan, « 21 ans, heureuse tige sans muscle, cheveux et habits chiffonnés, en deuxième année de kiné, colocataire depuis trois mois à l'autre bout de Paris, des copines à gogo, la musique à fond dans les écouteurs, hermétique et bercé toujours. » et Jessica, l'aînée, « l'artiste de la famille, lunettes Lennon cerclant les yeux bleus de sa mère, une belle renommée déjà dans l'enluminure sur cuir, mariée à Daley, un architecte irlandais, et installée depuis deux ans dan une belle maison de la rue principale de Galway, entre son propre atelier et une boutique de pendules » pages 23-24), attendant devant le journal, interrogeant ses collègues, fouillant, son agenda.

En ces temps de pluies, de grisailles, de faibles températures, de crises et de guerres, voilà le roman qu'il vous faut ! Joliment écrit, très fluide à lire, parfois drôle, souvent étonnant, ce roman de rupture ne vous fera pas pleurer, malgré le sujet, et vous éclairera, à défaut du soleil, sur ce couple parfait. Car en cherchant où est sa femme, notre anti-héro découvrira surtout qui il est.


                                      


« La porte a claqué derrière moi, j'ai appuyé sur l'interrupteur de l'entrée. J'ai prononcé son nom et le silence m'est tombé dessus. Mylène n'était pas là. Elle avait pu être retenue à son journal par la rédaction d'un article de dernière minute ou ressortir faire une course. J'ai déposé ma veste dans la penderie de l'entrée, puis j'ai fureté dans l'appartement à la recherche d'une trace d'elle. Ça n'a pas été long. La feuille d'un format courant était placée en évidence sur l'îlot central dans la cuisine, sous le manche en corne d'un couteau Laguiole.
« Je ne rentrerai pas. »
C'était son écriture, les lettres étaient grosses, tracées d'une main calme, l'encre était celle du stylo Mont-Blanc que je lui avais offert pour sa fête il y a six ans. Je me suis assis, hébété, le papier entre les mains, je l'ai retourné, lu à nouveau, de nouveau, quatre ou cinq fois, puis j'ai fermé les yeux. J'étais privé d'émotion, inerte, minéral. Les quenottes de l'angoisse ont commencé à mordiller l'intérieur de mon crâne. Mes paupières se sont soulevées d'un coup et j'ai inspecté le dressing. Les cintres lignaient la haie soyeuse de ses robes, jupes, tailleurs et chemisiers. En manquait-il ? Elle en possédait tant que j'aurais été incapable de l'affirmer. J'ai constaté que nos trois valises de voyage étaient bien là, puis j'ai filé dans la salle de bain. Autour de la vasque, la surface du meuble ivoire était nue. Son parfum, son savon liquide, ses crèmes de jour, de nuit, ses brosses à cheveux, à dents, rien n'y était. J'ai ouvert la porte du meuble, écarté les tubes, les boîtes, les gants, les serviettes, ma trousse. La sienne manquait. L'avait-elle emplie et emportée ce matin ? Était-elle repassée après le travail ? Quelle importance ? Elle n'avait pas été bloquée au journal, chez une amie. Elle avait prévu son départ et ce projet prévoyait qu'elle « ne rentrerai pas ». pas quand ? Pas ce soir, pas cette nuit ? Que devais-je comprendre ? La complicité a ses limites. Pas demain, pas dimanche, plus jamais ? Comment avait-elle pu écrire cette phrase ? Vingt-quatre années de mots doux, sensés ou brûlants. Puis ces quatre-ci, froids et grinçants, porteurs d'un écho affreux. » pages 17-18

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