Vendredi 8 novembre 2013 5 08 /11 /Nov /2013 15:53

 

9-mois-ferme-affiche.jpg9 mois ferme, d'Albert Dupontel, 1h20 *****

Quel pied ! Albert Dupontel en taulard complètement à la masse (« - ça met combien de temps ça ? - Ben 9 mois ! - Ben j'en sais rien, moi, je connais pas tout ça, chui pas une fille! ») et Sandrine Kiberlain en juge psycho-rigide et célibataire endurcie sont juste énormes ! Si en plus, elle tombe enceinte et se retrouve prisonnière de lui, qui demande son aide pour sortir de cette terrible affaire de cambriolage suivi de meurtre avec bouffage d'yeux, vous vous doutez du comique de situation ravageur qui s'abat sur vous pendant ce trop court bijou. On rit à s'en faire mal aux abdos et on en redemande tellement c'est bon ! Et intelligent, en plus de ça : de quoi redorer l'image de la comédie française.

 

 

blue_jasmine.jpgBlue Jasmine, de Woody Allen, 1h35 ***

Deux sœurs. Une aristo dont les affaires juteuses du mari lui assure une vie de rêve. Une simple caissière dont la vie n'a rien de passionnant. C'est comme ça que ça commence. Mais les affaires dudit mari n'ont pas grand chose de légal et l'adultère semble être une passion pour lui. Criblée de dettes, dépressive, à moitié folle, Jasmine (Kate Blanchett) vient vivre quelques temps chez sa sœur Ginger. Histoire que Papy Woody vous prouve que la richesse n'apporte pas forcément le bonheur et qu'on peut vivre heureux même pauvre. C'est plein de bons sentiments, mais la fin est un peu plombante. Soit disant son meilleur film depuis longtemps. Moi je dis pas mal. Cate Blanchett, il est vrai, est parfaite dans ce rôle pas si facile.

 

 

PHOTO-Le-poster-officiel-de-La-Vie-d-Adele_portrait_w532.jpgLa vie d'Adèle, d'Abdellatif Kechiche, 3h ****

Je suis enfin allé voir la Palme d'Or qui a fait couler tant d'encre. Au-delà de tout ce qui a fait scandale, La vie d'Adèle est un très bon film. Les deux actrices principales (Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos) sont d'une justesse qui frise la perfection, chaque scène est d'un réalisme troublant, parfois dérangeant. On en voit des bouches en gros plan bouffer du spaghetti bolo pendant de trop longues secondes. On en voit des larmes et de la morve couler dans la bouche d'Adèle. On en voit de la bite en érection (une seule, d'accord), du cunnilingus et de l'anulingus, et vas-y que je te lèche la chatte pendant que tu me lèche le cul. Et ça dure longtemps en plus, de vraies scènes de sexe.

On a le temps de tout voir, en trois heures, par l'image, par les sentiments, les mots, les gestes. Tout est développé pour qu'on ait l'impression de vivre leur histoire avec elles. On est dans leur vie. C'est le but, et c'est réussi. C'est beau, mais un peu plombant sur la fin.

 

 

au_bonheur_des_ogres.jpegAu bonheur des ogres, de Nicolas Bary, 1h30 ****

Adaptation du premier tome de la saga Malaussène de Daniel Pennac, que je n'ai pas lu, Au bonheur des ogres est un joli film, plein de couleurs et d'humour. C'est une tribu un peu étrange et très bordélique dont le frère aîné s'occupe le temps que la mère effectue une longue cavale amoureuse aux quatre coins du globes. Benjamin Malaussène est bouc émissaire professionnel dans un grand magasin parisien qui a l'air de cacher bien des secrets. Il devient rapidement le principal suspect de la police et devra jouer des pieds et des mains pour découvrir la vérité et ne pas perdre sa tribu. Loufoque, mignon, joyeux, Au bonheur des ogres se dévore avec gourmandise !

 

 

 

21006006_20130913150332044.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpgL'extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet, 1h40 **

Lauréat du prestigieux prix Baird du Musée Smithsonian de Washington, TS Spivet, une jeune garçon surdoué de dix ans, quitte le ranch familial et traverse les États-Unis pour se rendre à la cérémonie, où personne ne sait qu'il est encore un enfant. Adaptation de l'éponyme roman de Rief Larsen qui rencontre un beau succès critique et public, je m'attendais à être émerveillé par la trame, le voyage, l'ambiance, les couleurs, etc. Et finalement, je n'ai vu qu'une bande-annonce plus longue que l'officielle (d'ailleurs, il faut vraiment arrêter de tout raconter dans vos bande-annonces, les gars, c'est juste pas possible...). Et même si c'est mignon, ça n'en est pas moins décevant.

Par Sébastien Almira - Publié dans : Leçons de cinéma
DONNEZ VOTRE AVIS ! - Voir les 0 commentaires
Lundi 4 novembre 2013 1 04 /11 /Nov /2013 15:07

 

davodeau1.jpg

 

Je ne suis pas spécialiste de la bande-dessinée, si tant est que je le sois en littérature. Mais le fait est que – et vous l'aurez remarqué par la présence insignifiante d'articles sur le neuvième art – je ne sais pas en parler, parce que je n'y connais rien. Alors, j'en lis, mais je n'en parle pas.

Et face à la pénurie d'articles littéraires ces derniers jours, dus à quelques vacances en Méditerranée et prochainement à Rennes et Bordeaux et à un ralentissement de mon rythme de lecture, j'ai décidé de me jeter à l'eau pour vous parler d'une BD que je viens de lire.

 

J'avais lu Lulu femme nue pendant les derniers moments de Virgin, quand nous n'avions plus grand chose à faire, plus grand monde à renseigner (à part « où sont les caisses ? », « où est la sortie ? », « C'est normal qu'il n'y a plus de Victor Hugo en rayon ? C'est n'importe quoi ! Ça ne m'étonne pas que vous fermiez... ») et encore moins à conseiller. Ça m'avait bien plu. Aussi, quand une collègue m'a chaudement recommandé de lire Les Ignorants, qui ne me tentait pas, j'ai commencé.

Et j'ai bien fait. D'abord parce que j'aime beaucoup le dessin de Davodeau. Ensuite parce que j'aime le vin, et que j'ai pris quelques notes sur des procédés et bonnes bouteilles.

 

C'est donc tout naturellement que j'ai acheté sa nouvelle parution, Le chien qui louche. Ça y est, je commence à raconter ma vie au lieu de parler des livres en question, comme Nina sur le blog Reading in the rain... Blog que je vous conseille pour les lectures très variés de Nina et ses articles écrits sans langue de bois et toujours avec humour.

 

davodeau2.jpg

 

Bien, bien. Donc, Le chien qui louche. Quel drôle de titre, me direz-vous. Il s'agit en fait du titre d'une peinture du dix-neuvième siècle d'un ancêtre de la petite amie d'un gars qui bosse au Louvre. Fabien est agent de surveillance, il aime son métier. Et lorsque Mathilde le présente à sa famille (alors qu'elle ne veut toujours pas vivre avec lui), ses frères en profitent pour sortir la fameuse croûte du grenier. De quiproquos en malentendus, Fabien se sent obligé de parler de l’œuvre au musée. D'autant qu'un fidèle visiteur partage avec lui un mystérieux secret sur le Louvre.

 

Entre une petite amie aussi distante qu'aimante, cette révélation dont il n'a jamais entendue parler et sa belle-famille qui lui tombe dessus à tout moment pour savoir si le tableau va entrer au Louvre ou non, Fabien ne sait plus où donner de la tête !

 

Les personnages hauts en couleur (bien qu'en noir et blanc) qu'a créés Davodeau nous embarquent dans une aventure humaine cocasse et intelligente. Vie de couple (en bon naturaliste, il s'intéresse là encore aux petites gens) et grandes questions sur l'art (qui peut décider de la valeur d'une œuvre?), l'auteur-dessinateur mélange à nouveau les genres (BD-vin dans Les ignorants) pour notre plus grand plaisir. Même si Le chien qui louche aurait pu s'encombrer de quelques pages de plus.

 

davodeau3.jpg

Par Sébastien Almira - Publié dans : BD
DONNEZ VOTRE AVIS ! - Voir les 1 commentaires
Mercredi 23 octobre 2013 3 23 /10 /Oct /2013 12:59

 

71-WSGvRg3L__SL1500_.jpg

 

L'art d'écrire un roman, par Dany Laferrière !

Voilà ce qui aurait pu être la phrase d'accroche à placer sur le bandeau de ce livre. En 182 notes, qui sont tout autant de « leçons » prodiguées par l'écrivain Haïtien, vous saurez tout de l'art d'écrire de la littérature. C'est un peu le but du livre, même si l'auteur s'en défend.

 

Aussi humble que prétentieux, l'auteur de Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer sera donc votre professeur le temps de quelques heures.

Vous saurez comment ne pas commencer un roman, comment traiter vos personnages, comment utiliser le présent et le passé, comment éviter certains mots, comment décrire un baiser, comment conclure, comment lire, comment s'entraîner. Que ce soit un détail technique ou une généralité sur l'argent, le temps, la lecture ou l'écriture, vous saurez tout.

Il n'hésite pas non plus à parler de lui. De son expérience, de son entourage, de la façon dont ont été reçus ses livres par la critique, par le public et par sa famille. Il dévoile des morceaux de vie qui ont forgé l'homme et l'écrivain qu'il est devenu.

 

C'est franchement très intéressant. Pas pour tout le monde, certes, mais tout de même. Non sans humour et poésie, Dany Laferrière construit un essai (qu'il tente parfois de nous faire prendre pour un roman), sous forme de courts chapitres – une ou deux pages – dont l'intérêt et l'utilité ne sont pas dénués de sens. Certains chapitres sont à lire sans modération, comme « Le grand écrivain » page 122, « Un puissant lecteur » page 129, « La bibliothèque de l'écrivain » page 155 ou encore « Le courage de s'exposer » page 176. d'autres sont plus qu'anecdotiques. Moyens, inutiles, pompeux, etc.

Le problème, c'est qu'à trop se défendre de la moindre prétention, le côté donneur de leçons clignote de plus en plus fort. « Vous remarquerez que l'écrivain en panne d'idée se croit toujours obligé de définir l'écriture. » page 288

 

 


 

 

Je vous mets quelques extraits, parmi les dizaines que j'ai notés :

 

« Puis je me mettais à écrire, en effleurant les touches du clavier de façon à faire le moindre bruit possible. Après un moment j'étais ailleurs, et je tapais comme un dératé jusqu'à ce qu'un voisin me hurle me hurle de cesser ce vacarme. Ce plaisir profond d'écrire dans une ville endormie. Je n'avais que ça en tête : écrire. C'était pour moi une fête perpétuelle. » page 16

 

« Je ne connais pas de plus vif plaisir que d'entendre, sur votre passage, une jeune fille glisser à l'oreille de sa copine : « C'est lui l'écrivain dont je te parlais. » En effet, c'est moi. » page 19

 

« Je reste convaincu que la meilleure école d'écriture se fait par la lecture. C'est en lisant qu'on apprend à écrire. Les bons livres forment le goût. Nos sens sont alors bien aiguisés. On sait quand une phrase sonne juste parce qu'on en a lu souvent de bonnes. Le rythme et la musique finissent par courir dans nos veines. » page 29

 

« Ne vous précipitez pas à écrire un livre uniquement parce que le sujet vous semble intéressant. Ce n'est peut-être pas suffisant pour trois ans d'angoisse et quelques jours de fêtes ça et là. » page 39

 

« Visez le cœur du lecteur même si on sait que c'est avec sa tête qu'il lit. » page 43

 

« Les meilleures fins sont celles qui suivent la pente naturelle du récit, même si ça manque de rebondissements. Les grands classiques évitent les conclusions trop étonnantes. (…) C'est souvent mieux une fin sans tragédie ni grands rebondissements. Un personnage s'enfonce dans la foule. » pages 45-46

 

« Les gens veulent toujours savoir d'où viennent toutes ces idées farfelues qu'ils voient dans les livres. Ça ne leur viendra jamais à l'esprit qu'elles viennent d'eux. Sans cette modestie du lecteur il n'y aura pas de littérature. » page 67

 

« On doit faire bien attention à ne pas multiplier les adjectifs (c'est une épice qui coûte cher). Si un drap est déjà blanc, on n'a pas besoin d'ajouter qu'il est lumineux. Plus vous ajoutez de qualificatifs, moins on vous croit. » page 96

 

« Entre deux phrases longues, vous pouvez glisser une brève. C'est pour le rythme. Le lecteur sent alors que vous maîtrisez la chose. » page 96

 

« Un lecteur c'est quelqu'un qui n'arrive pas à finir une lettre de sa mère, mais dévore six cent pages de quelqu'un qu'il ne connaît pas. » page 114

 

« Le roman est réussi quand à la fin il est différent de ce qu'on a prévu au début. » page 138

 

« Écrire un jour un livre qui mérite l'arbre qu'on a dû abattre pour le fabriquer. » page 253

 

« Lorsque vous êtes pris de découragement devant l'impression que tout a été écrit, il faut vous dire que tout n'a pas été lu, surtout le livre que vous êtes en train d'écrire. » page 292

 

« Mais si vous vous trouvez à l'entrée d'un tel tunnel, alors emportez avec vous ce petit manuel. Il ne vous servira à rien si vous avez du talent, et il ne fera que vous retenir inutilement si vous n'en avez pas, mais emportez-le pour ne pas avoir à l'écrire plus tard. Une corvée de moins... » page 26

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
DONNEZ VOTRE AVIS ! - Voir les 0 commentaires
Dimanche 20 octobre 2013 7 20 /10 /Oct /2013 11:19

A-comme-aujourd-hui.jpg

 

Et ça continue avec les coups de cœur de la rentrée côté ado ! Et quel coup de cœur ! Le genre d'histoire qu'on ne lit pas tous les jours. Le genre de personnages auxquels on s'attache instantanément. Le genre de livre qu'on ne peut pas lâcher (ça vous rappelle Harry Potter, vous aussi ?). Du genre beaucoup trop court aussi. Parce que, vu le niveau, j'aurais aimé continuer lire ce roman pendant un mois sur des milliers de pages, plutôt que me risquer à entamer autre chose.

 

A est un garçon de seize ans (vous me direz : et comment on sait que c'est un garçon ? Lui, il le sait mais, effectivement, bonne question...) qui change de corps chaque jour. Tantôt dans le corps d'une fille, tantôt dans celui d'un garçon, mais toujours de son âge. C'est comme ça depuis qu'il est né. Alors, au début, il ne s'en rendait pas compte. Il trouvait ça normal, il disait à ses parents d'un jour qu'ils allaient les abandonner, comme les autres, lorsqu'ils lui parlaient de vacances prochaines, de pique-nique le week-end, d'école le lendemain. Et un jour, il a compris qu'il n'était pas comme les autres. Que les autres avaient la même vie tous les jours. Que lui n'aurait jamais les mêmes parents, les mêmes amis, la même chambre, les mêmes habitudes, le même look. Qu'il n'aurait jamais la même vie, jamais une vie, mais des milliers de vies.

 

« Je me réveille.

Aussitôt, je dois déterminer qui je suis. Et il n'est pas seulement question de mon corps – ouvrir les yeux et découvrir si la peau de mon bras est claire ou foncée, si mes cheveux sont longs ou courts, si je suis gros ou maigre, garçon ou fille, couvert de cicatrices ou lisse comme un bébé. S'adapter au physique, c'est finalement ce qu'il y a de plus facile quand on se réveille chaque matin dans un corps différent. Non, le véritable défi, c'est d'appréhender la vie, le contextede ce corps.

Chaque jour, je suis quelqu'un d'autre. Je suis moi-même – je sais que je suis moi-même –, mais je suis aussi un autre.

Et c'est comme ça depuis toujours. » page 7

 

cameleon7.jpg

C comme Caméléon

 

Alors il s'est fixé des règles. Interférer le moins possible dans vie de ses hôtes. Ne pas leur apporter d'ennuis. Ne pas chambouler leur vie. Ne pas demander à leur entourage de lui raconter quelque chose (il ne sait pas si son hôte s'en souviendrait le lendemain, « cela doit être atroce de se confier à quelqu'un et de constater dès le lendemain qu'il a tout oublié. Je ne veux pas porter cette responsabilité-là. » page 27). Ne pas s'attacher. S'endormir avant minuit (sinon, le changement de corps est très douloureux). Etc.

 

Mais un jour, il rencontre Rihannon, la petite amie du garçon dont il emprunte le corps. Coup de foudre absolu auquel il ne s'attendait pas. Et malgré des habitudes parfaites, A a bien l'intention d'aller à l'encontre de toutes ses règles pour la revoir. Il ne pense plus qu'à elle. Rihannon. Qu'il se retrouve dans le corps d'une pom-pom girl avec tous les garçons du lycée à ses pieds, dans celui d'un jeune obèse asocial, d'une adolescente au bout du rouleau prête à se suicider ou encore d'un jeune gay qui file le parfait amour, il ne pense qu'à Rihannon. Et il va tout faire pour la retrouver, pour la revoir, pour lui parler, pour l'aimer. Avec un grand A.

 

« Que se passe-t-il au moment précis où l'on tombe amoureux ? Comment un laps de temps aussi court peut-il contenir quelque chose d'aussi immense ? Soudain, je comprends pourquoi les gens ont parfois une impression de déjà-vu, pourquoi certains croient à des vies antérieures : l'écho de ce que j'éprouve résonne bien au-delà des quelques années que j'ai vécues sur cette terre. » page 32

« Les gens sont rarement aussi attirants dans la réalité que dans le regard de ceux qui en sont amoureux. » page 45

 

Et c'est là qu'est tout l'enjeu du roman de David Levithan. Bien entendu, que va-t-il se passer ? Va-t-il réussir ? Etc. etc. C'est le but, il faut du suspense, de l'amour, des rires, des larmes, des disputes et des baisers.

Mais au delà de la pure histoire d'amour, c'est l'hypothèse de celle-ci qui fait l'enjeu de tout le livre. A change sans cesse de corps, n'a jamais la même enveloppe, n'est jamais dans la même ville, ne peut parfois pas se déplacer, a d'autres fois une apparence repoussante, est souvent une fille. Même s'il est toujours le même au fond, il n'est jamais tout à fait la même personne. Comment aimer, comment se faire aimer ? Comment être soi, comment être quelqu'un ?

A doit faire face à un problème de taille et à côté, ce garçon qui raconte que le Diable l'a possédé le temps d'une journée (comment a-t-il fait pour se souvenir du passage de A dans son corps ?), ce n'est pas grand chose. A est confronté à la réalité de son existence, de son identité et de ses possibilités.

 

« Le problème, quand vous vous retrouvez chaque jour dans un nouveau corps, c'est que vous avez beau avoir une histoire, celle-ci demeurera toujours invisible. En étant chaque fois un autre, je dois faire les choses différemment et, d'une certaine façon, repartir à zéro. » page 175

 

David-Levithan.jpg

David Levithan

 

A comme Aujourd'hui est un roman original qui semble sans fin. Que dire de cette galerie de personnages infinie et détonante ?! Ça part dans tous les sens, chaque jour on rencontre de nouveaux personnages, avec de nouveaux problèmes et de nouveaux enjeux. On est en perpétuelle découverte, en perpétuelle surprise. On ne se lasse pas des personnages, on apprend à peine à les aimer que, déjà, il faut les quitter. On a de quoi s'identifier à beaucoup de monde et c'est assez inédit. Même s'il est parfois frustrant de devoir quitter certains personnages.

A comme Aujourd'hui est un roman bouleversant. L'histoire d'amour improbable entre A et Rihannon, et tout ce qu'elle soulève, a de quoi émouvoir. Elle doit faire face à des obstacles particuliers qui la rendent encore plus unique, ainsi on n'a pas l'impression de lire n'importe quel roman d'amour pour adolescents.

A comme Aujourd'hui est un roman philosophique. Avec toutes les questions qu'A se pose, celles que j'ai soulevées un peu plus haut et tout ce que vous remarquerez en le lisant, il a de quoi faire réfléchir. Sur les personnages bien sûr, mais aussi sur vous-même, sur vos choix, sur l'amour et sur la vie en général. Et c'est aussi, à plusieurs reprises, un appel à la tolérance.

A comme Aujourd'hui est un roman jouissif. J'ai ressenti un plaisir de lecture tellement énorme en le lisant que je n'en reviens toujours pas. Terminé il y a une dizaine de jours, je pourrais le relire sans peine dès à présent. Même si la solitude évidente de A est un thème omniprésent du roman, celui-ci a un pouvoir déridant assez prononcé.

A comme Aujourd'hui est un roman époustouflant. Il m'a distrait, enchanté, amusé, bluffé. L'année dernière, je n'avais pas hésité à dire que Chapardeuse de Rebecca Makkai était sans doute l'un des plus beaux romans que j'avais lus. Cette année, c'est au tour de A comme Aujourd'hui de revêtir une couronne de lauriers : c'est l'un des meilleurs romans ado que j'ai lus, si ce n'est le.

 

« Avant même d'ouvrir les yeux, j'aime Vic. Biologiquement fille, il se sent garçon. Il s'est défini tout seul, comme moi. Il sait qui il veut être. La plupart des jeunes de notre âge ne sont pas confrontés à ce genre de problèmes. Mais quand on tient à vivre en accord avec sa propre vérité, il est nécessaire de partir à sa recherche, processus qui s'avère souvent douloureux au début, puis gratifiant. » page 292

 

« Je sens les larmes me monter aux yeux, puis couler le long de mes joues. Je ne connais pas l'homme dont ils parlent – je ne connais personne ici. Je ne fais pas partie de leur univers... et je comprends enfin que c'est pour cette raison que je pleure. Parce que je ne fais pas et je ne ferai jamais partie d'une famille, ni d'une communauté. Je le sais depuis longtemps, depuis des années, mais c'est seulement aujourd'hui que cela me frappe de plein fouet. Jamais personne ne pleurera ma disparition. Jamais personne ne me regrettera comme on regrette le grand-père de Marc. Je ne laisserai à personne des souvenirs tels que ceux auxquels je viens d'être confronté. Qui me connaît, qui sait ce que j'ai fait ? Si je disparais, il n'y aura même pas un corps sur lequel se recueillir : pas de funérailles, pas d'enterrement. Si je disparais, nul ne se souviendra de mon passage sur cette terre, si ce n'est Rihannon. » page 309

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature jeunesse
DONNEZ VOTRE AVIS ! - Voir les 0 commentaires
Mardi 15 octobre 2013 2 15 /10 /Oct /2013 15:33

parabole-failli-1408539-616x0.jpg

 

Pedro est un jeune comédien haïtien à qui le succès semble enfin sourire. Mais, en tournée à l'étranger, il se jette du haut d'un immeuble.

Un ami, l'un de ses deux colocataires, tente de comprendre les raisons de ce suicide à travers une vibrante et virulente plaidoirie qu'il adresse au défunt lui-même.

 

Je dois l'avouer de suite : je n'ai pas terminé ce roman. Pourtant, la trame avait de quoi accrocher et l'écriture de Lyonel Trouillot est, ne pesons pas nos mots, magnifiques. Mais j'ai passé le stade où je me forçais à tout finir. Là, j'aimais ce que je lisais, mais je ne ressentais pas l'intérêt de continuer. Tout simplement.

 

lyonel10.jpg

 

Voici quelques extraits que j'ai eu le temps de noter et qui vous donneront, je l'espère, l'envie de lire cette Parabole du failli et l'envie de revenir me donner votre avis.

 

« Aux vieilles qui s'essoufflaient en grimpant la colline de leurs chaussures d'un autre temps et auxquelles tu offrais quelquefois ton bras, parce que la pente est raide et que ce n'est pas plus mal si les forts aident les faibles. Tu aimais les vieilles autant que les enfants et, toutes fières, avec des sourires de bal de débutantes, elles grimpaient à ton bras cette satanée de colline qui avait épuisé leurs rêves, leurs jambes, leurs amours. Le dernier homme à leur avoir donné le bras avant toi était mort depuis longtemps. Va-t'en-savoir-pourquoi, cette putain de colline est une machine à faire des veuves. » page 14

 

« Tant pis s'ils ne t'écoutaient pas et te tournaient le dos. Tu disais qu'il faut parler aux hommes comme le dos du vent, en retard de vitesse, « à perte », comme dit le poète. « Tout se perd et rien ne vous touche ». Mais rien n'est absolu, éternel, définitif. Pas même la merde. Et, à force de tourner, il arrive que le vent revienne sur ses pas, ramasse de vieux mots, de consignes d'amour autrefois inaudibles, et tout n'est pas perdu. Tu traînais dans la rue ton sac de paraboles, comme l'autre qui n'en finissait pas de dire à sa mère et ses amis, à son père adoptif – un brave type, celui-là, quelle modestie faut-il pour prendre pour épouse la mère d'un enfant né comme au passage du vent –, aux ouvriers et aux comptables, aux pêcheurs et aux érudits : « … en vérité, je vous le dis... » Toi, tu disais : « Les bulletins de nouvelles, c'est de la sauce piquante versée sur le malheur, les infos c'est le pouvoir, inventez des informations à la convenance de vos rêves et vos rêves prendront le pouvoir. » Tu avais beau dire ces choses, nous exhorter à la méfiance quand nous écoutions la radio, le soir où, en écoutant la station étrangère que la femme du camionneur impose à son mari comme une thérapie conjugale, nous avons entendu qu'un garçon de chez nous s'était jeté du douzième étage d'un immeuble d'une grande ville, que les causes de son suicide n'étaient pas connues, nous avons compris qu'entre deux mensonges, les bulletins de nouvelles nous révélaient parfois de tristes vérités. Nous te croyions ailleurs, donnant la comédie. Et voilà que par la voix du présentateur, tu rentrais chez toi, dans notre deux-pièces, comme par effraction, comme la pire des surprises, comme si ton corps s'était brisé là, devant nous, dans la chambre. » pages 15-16

 

« Quand les pauvres se mettent à avoir de la classe et s'expriment comme des chérubins vivant dans les nuages, c'est qu'ils se laissent atteindre par les vices des riches. » page 16

 

« Et, parfois quand on a trop bu, l'un ou l'autre se jette dessus (son matelas) et joue à être toi. Mais, merde, nous n'avons pas ton talent pour être soi-même et les autres. » page 19

 

« C'est toujours sur le dos des autres que l'on développe des amitiés. Le truc, c'est de choisir quels autres. » page 22

 

« Le malheur, c'est comme la copie d'un élève qui a mal appris à la base. On peut juste la noter et constater l'échec. » page 24

Par Sébastien Almira - Publié dans : Littérature adulte
DONNEZ VOTRE AVIS ! - Voir les 1 commentaires

Présentation

Le Méritoire

° attention danger ! ne pas approcher !

* à laisser en boutique sans regret

** à emprunter ou acheter d'occasion
*** à acheter et lire avec plaisir

**** à acheter, lire, prêter et relire

***** attention chef d'oeuvre ! à acheter, lire, offrir, relire et noter dans son testament !

à venir...

- L'ange de charbon, Dominique Batraville (Zulma)

- Carter contre le diable, Glen David Gold (Super 8 éditions)


- Cavalcades, Florence Thinard (Thierry Magnier)

- Je suis l'idole de mon père, Arnaud Cathrin (Thierry Magnier)

- Casseurs de solitudes, Hélène Vignal (Rourgue)

 


... à suivre ...

 

Inscrivez-vous à la newsletter pour être au courant des parutions ! 

Article à (re)découvrir !

 

swamplandia

 

Swamplandia

 vient de sortir au Livre de Poche, c'est l'occasion de le lire !

Rechercher

Pour passer le temps...

C'est la gêne (le blog des connards : culture, société, politique)

Mylène.net (Site de référence)

Abomin'Addict (le blog culturel sur l'horreur)

Catherine Foyot (photographe)

Pascal Fioretto (le site très officiel du pasticheur)

Fabien Lazzaret (graphiste)

Analyses sur l'Espagne d'aujourd'hui

EditoWorld (tout savoir sur le monde du livre)

Ygrek Hoan (ses cinés, ses musiques, ses livres, sa vie)

Partager

Editeurs et Librairies

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés